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Bifurqué

France, 1907 : Collégien qui, arrêté au point où l’étude des sciences se sépare de l’étude des lettres, abandonnait cette dernière pour celle des sciences. Ce système de bifurcation commença en 1832.

De mon temps, la bifurcation des études y était inscrite. On plaçait les élèves de quatrième à la fourche de deux chemins, comme Hercule, et l’on demandait à ces jeunes gens, qui, pour la plupart, n’avaient encore manifesté de dispositions que pour le chat perché ou l’élevage des vers à soie dans un pupitre, s’ils se destinaient aux lettres ou aux sciences, si la gloire d’un Racine ou d’un Bossuet les sollicitait plus que celle d’un Laplace ou d’un Cuvier. Il eût été aussi raisonnable de tirer la chose à l’as de cœur.

(François Coppée)

Levage

Larchey, 1865 : Opération qui consiste de la part d’un homme à faire sa maîtresse d’une femme, ne fût-ce que pour un jour. De la part d’une femme, c’est amener un homme à lui faire des propositions. — Terme de chasse.

Delvau, 1866 : s. m. Escroquerie, — dans l’argot des faubouriens. Séduction menée à bonne fin, — dans l’argot des petites dames. Galanteries couronnées de succès, — dans l’argot des gandins.

Rigaud, 1881 : Séduction facile et en coupe réglée. — Les filles font des levages dans les bals publics à coups de cancan, les femmes galantes, au théâtre, à coups de lorgnette ; les grandes cocottes, au bois de Boulogne, à coups de huit-ressorts, sur la plage à coups de costume de naïades, à Monaco à coups de cartes.

La Rue, 1894 : Escroquerie. Séduction facile. Lever une femme.

France, 1907 : Raccrochage. Levage au crachoir, lever une femme grâce au bagoût.

— Qu’allait-il devenir de cette grossesse ? Ah ! mon Dieu, mon Dieu ! Elle devait bien s’y attendre, pourtant, avec la vie qu’elle menait, les intrigues qu’elle nouait, ses frasques et ses levages de chaque jour, de chaque soir.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Jane, sur le tapis vert,
Tout l’hiver,
Ayant semé sa galette,
Revint à Paris seulette,
Sans un seul petit morceau
De prince ou de rigolo.
Elle alla crier famine
Chez Thérèse, sa voisine,
La priant de lui prêter
Cent louis pour subsister
Jusqu’à son prochain levage :
Je vous pairai, je le gage,
Avant peu, foi d’animal
Car je ne suis pas trop mal.

(Edme Paz)

Levage (faire un)

Hayard, 1907 : Aller coucher avec une femme.

Levage au crachoir (un)

Virmaître, 1894 : Lever une femme par une faconde intarissable, l’éblouir par un luxe de paroles, pour l’empêcher de songer à la galette (Argot du peuple).

Lever

d’Hautel, 1808 : Lever les épaules. Manière d’exprimer un mécontentement, un mépris intérieur.
Lever le menton à quelqu’un. Pour, le protéger, l’aider de sa fortune et de son crédit dans ses entreprises.
Lever la crète. Pour, devenir fier, hautain, orgueilleux, quand on est en bonne fortune.

Larchey, 1865 : Capter, empaumer.

Il lève un petit jeune homme. Vous verrez qu’il en fera quelque chose.

(De Goncourt)

Larchey, 1865 : Faire un levage. — V. Flanelle.

Tiens, Xavier qui vient d’être levé par Henriette.

(Monselet)

J’irai ce soir à Bullier, et si je ne lève rien…

(Lynol)

Larchey, 1865 : Voler.

Robert dit : Je suis levé et il nous appelle filous.

(Monselet)

Tiens, dit le voleur, voici un pantre bon à lever.

(Canler)

Delvau, 1866 : v. a. Capter la confiance, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi voler. Se faire lever de tant. Se laisser gagner ou « emprunter une somme de… »

Rigaud, 1881 : Prendre possession d’un titre, d’une valeur cotée à la Bourse, en terme de Bourse. — Lever cent Lyon-Méditerranée. — « Levez-vous, madame ? — Non, monsieur, je préfère que vous me reportiez », dit une dame assise à un coulissier. (La Bourse, dessin par Lefils)

Rigaud, 1881 : Séduire facilement. — Lever une femme. Ce mot, pris dans cette acception galante, remonte au siècle dernier. Nous en trouvons un premier exemple dans les Anecdotes sur la comtesse Dubarry, publiées en 1776, Londres.

Le comte philosophe, (Lauraguais) ne pouvant se passer d’une maîtresse, fut tout simplement lever une fille chez la Gourdan, comme on va lever une pièce d’étoffe chez un marchand.

Rigaud, 1881 : Tromper, mentir pour obtenir un service. — Emprunter. — Lever quelqu’un de dix francs. — Être levé, se faire lever, être trompé, être volé, se faire voler. — Pour une fille, être levée, se faire lever, c’est avoir séduit un homme, se faire suivre par un homme qui paraît animé des meilleures intentions, très animé.

Fustier, 1889 : Trouver.

Il avait appris par un de ces industriels de son monde qui ont la spécialité de lever les chopins (de dénicher des affaires)…

(Humbert, Mon bagne)

Virmaître, 1894 : Lever une affaire, la prendre à un autre. Lever un homme au café ou sur une promenade publique.
— À quelle heure vous levez-vous ?
— Quand on me couche. (Argot des filles).

Rossignol, 1901 : Corrompre. On lève un fonctionnaire en lui faisant un don d’argent ou cadeau. Les députés qui se sont laissé corrompre pour l’affaire du Panama ont été levés.

Rossignol, 1901 : Emmener chez soi ou ailleurs une femme que l’on rencontre est faire un levage ; on a lève.

Hayard, 1907 : Capturer.

France, 1907 : Arrêter.

France, 1907 : Trouver, retenir, engager pour l’œuvre d’amour.

Ces misérables enfants, détournés quelquefois du travail honnête de l’atelier, plus souvent ramassés dans la boue des carrefours et dans l’oisiveté des mauvais lieux, sont lancés chaque soir dans des endroits déserts et bien connus où ils savent lever facilement leur triste proie.

(Ambroise Tardieu, Étude sur les attentats aux mœurs)

Un homme qui lève dans un bal une demoiselle affamée, ayant sa langue bien pendue, c’est une chose qui se voit communément, et qui ne mérite pas d’être racontée.

(Théodore de Banville)

—Y a un poète qui m’a dit que comme ça j’avais l’air d’un fil de la Vierge… Hein, sont-ils chouettes, les poètes ! Y a qu’eux pour trouver de ces machins-là.
Et comme le régisseur revenait :
— Madame, on lève.
— On peut, mon neveu, en y mettant le prix.

(Jean Ajalbert)

Moussaillon

France, 1907 : Diminutif de mousse. Sobriquet donné aux aspirants de marine.

Tout le temps où il ne dormait pas, où il n’était pas à table, où il ne courait pas derrière les jupes d’une gamine, s’écoulait à dresser ainsi ses oiseaux, à leur enfoncer dans le cerveau des exclamations de caserne, des brailleries de beuglant. Cet élevage difficile lui servait à payer ses frais d’amour, à acquitter ses dettes dans les alcôves nombreuses où il s’attardait de ci de là, comme s’il avait eu encore des reins souples de moussaillon.

(Mora, Gil Blas)

Pour combattre la flotte anglaise
Comme il faut plus d’un moussaillon,
J’en f’rons deux à ma Paimpolaise
En rentrant au pays breton !

(Théodore Botrel, La Paimpolaise)

Rastaquouère

La Rue, 1894 : Aventurier d’origine équivoque venu à Paris pour faire le plus souvent des dupes.

France, 1907 : Étranger fastueux, dont l’argent a une source douteuse, et qui frise souvent le chevalier d’industrie. Ce mot a désigné d’abord plus spécialement les Américains du Sud, qui venus en Europe après de grosses fortunes faites dans l’élevage des bestiaux, ont attiré l’attention par leur prodigalité et leur luxe de mauvais goût. Comme leur fortune provenait de la vente des peaux et des cuirs, leurs compatriotes les ont appelés rascacueros, c’est-à-dire racleurs de cuirs, de l’espagnol rascar, racler, et cueros, cuirs. Ce mot, passé dans notre langue, est devenu par corruption rastaquouère. L’acteur Brasseur, dans le Brésilien, rôle légendaire qu’il créa, s’empara de ce mot dont il termina ses phrases, et le public, dont il en avait désopilé la rate, le répéta. Longtemps il ne servit qu’à désigner les naturels de l’Amérique espagnole, ensuite il s’est généralisé et a fini par s’appliquer à tout étranger ridicule, commun et fastueux, puis finalement à des étrangers louches. D’après la Vie parisienne, il y a le vrai et le faux rastaquouère :

Le vrai, qui se distingue par la race et qui est sympathique, malgré la pointe d’extravagance qui, habituellement, est en lui ; le faux, le dégénéré, le répandu, le populaire, qui provient indistinctement des cinq parties du monde et qui est odieux.

Tapage

Delvau, 1866 : s. m. Amour, — dans l’argot des typographes.

Rigaud, 1881 : Emprunt. — Fort tapage, emprunt d’une forte somme.

Rigaud, 1881 : Séduction exercée sur une femme. Est d’un degré plus relevé que le levage, en ce sens que la femme tapée songe moins à ses intérêts qu’au plaisir qu’elle aura.

La Rue, 1894 : Amour, séduction. Emprunt.

France, 1907 : « Séduction exercée sur une femme, d’un degré plus relevé que le « levage », en ce sens que la femme tapée songe moins à ses intérêts qu’au plaisir qu’elle aura. »

(Riaut)

France, 1907 : Emprunt d’argent.

Vieux jeu

Delvau, 1866 : s. m. Méthode classique, procédé d’autrefois pour faire des chansons, des vaudevilles, des romans. Argot des gens de lettres.

France, 1907 : Vieille façon, vieille manière d’agir ou de penser ; terme populaire.

C’était un notaire de la vieille école, un notaire vieux jeu, fier de ses panonceaux, d’une probité qu’aucun soupçon n’avait jamais effleurée, de la délicatesse la plus scrupuleuse, d’une exquise courtoisie, et non moins renommé pour sa prudence, son tact et ses sages conseils.

(Albert Cim, Jeunes amours)

Dans la rue ne jamais offrir le bras ; on aurait l’air vieux jeu, rococo, 1830, si l’on agissait autrement. Il faut avouer, du reste, qu’avec les préoccupations des relevages de traîne, avec les embarras du manchon, du parapluie ou de l’ombrelle, la nouvelle habitude est infiniment plus pratique pour les dames.

(H. Barthélémy, La Vie élégante)

Y-a-t-il du levage ?

Larchey, 1865 : Y-a-t-il moyen de faire un levage.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique