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Aille (terminaison en)

La Rue, 1894 : Souvent l’argot se borne à ajouter, à la fin du mol, la terminaison en aille, en orgue, en iergue, en uche, en mare. Ex. ; Vouziergue trouvaille bonorgue ce gigotmuche ? Trouvez-vous bon ce gigot ? Épicemare, épicier. V. Largonji.

Beurre

d’Hautel, 1808 : C’est entré là-dedans comme dans du beurre. Pour dire tout de go, librement, sans aucun effort.
Il est gros comme deux liards de beurre, et on n’entend que lui. Se dit par mépris d’un marmouset, d’un fort petit homme, qui se mêle dans toutes les affaires et dont la voix se fait entendre par-dessus celle des autres.
Promettre plus de beurre que de pain. Abuser de la crédulité, de la bonne-foi de quelqu’un ; lui promettre des avantages qu’on ne peut tenir.
Des yeux pochés au beurre noir. Yeux meurtris par l’effet d’une chute, d’un coup, ou d’une contusion quelconque.
C’est bien son beurre. Pour, cela fait bien son affaire ; c’est réellement ce qui lui convient.

Vidocq, 1837 : s. m. — Argent monnoyé.

Larchey, 1865 : Argent. — V. Graisse.

Nous v’là dans le cabaret
À boire du vin clairet,
À ct’heure
Que j’ons du beurre.

(Chansons, Avignon, 1813)

Mettre du beurre dans ses épinards : Voir augmenter son bien-être. — On sait que les épinards sont la mort au beurre.
Avoir du beurre sur la tête : Être couvert de crimes. — Allusion à un proverbe hébraïque. V. Vidocq. Beurrier : Banquier (Vidocq).

Delvau, 1866 : s. m. Argent monnayé ; profit plus ou moins licite. Argot des faubouriens. Faire son beurre. Gagner beaucoup d’argent, retirer beaucoup de profit dans une affaire quelconque. Y aller de son beurre. Ne pas craindre de faire des frais, des avances, dans une entreprise.

Rigaud, 1881 : Argent.

La Rue, 1894 : Argent (monnaie). Synonymes : braise, carme, nerf, blé, monarque, galette, carle, pognon, michon, cercle, pilon, douille, sauvette, billes, blanc, mitraille, face, philippe, métal, dalles, pèze, pimpions, picaillon, noyaux, quibus, quantum, cuivre, vaisselle de poche, zozotte, sonnettes, auber, etc. Milled, 1.000 fr. Demi-sac, 500 fr. Pile, mètre, tas, livre, 100 fr. Demi-jetée, 50 fr. Signe, cigale, brillard, œil-de-perdrix, nap, 20 fr. Demi-signe, 10 fr. Tune, palet, dringue, gourdoche, 5 fr. Escole, escaletta, 3 fr. Lévanqué, arantequé, larante, 2 fr. Linvé, bertelo, 1 fr. Grain, blanchisseuse, crotte de pie, lisdré, 50 cent. Lincé, 25 cent. Lasqué, 20 cent. Loité, 15 cent. Lédé, 10 cent. (Voir largonji). Fléchard, rotin, dirling, broque, rond, pétard, 5 cent. Bidoche, 1 cent.

Rossignol, 1901 : Bénéfice. Une bonne qui fait danser l’anse du panier fait son beurre. Un commerçant qui fait ses affaires fait son beurre. Un domestique qui vole ses maîtres sur le prix des achats fait son beurre. Le domestique, né à Lisieux, qui n’est pas arrive après vingt ans de Service à se faire des rentes parce que son maître, né à Falaise, est plus Normand que lui, n’a pas fait son beurre.

France, 1907 : Argent monnayé, profit de quelque façon qu’il vienne ; argot des faubouriens. Les synonymes sont : braise, carme, nerf, blé, monarque, galette, carte, pognon, michon, cercle, pilon, douille, sauvette, billes, blanc, mitraille, face, philippe, métal, dalles, pèze, pimpions, picaillon, noyaux, quibus, quantum, cuivre, vaisselle de poche, zozotte, sonnettes, etc.
Faire son beurre, prélever des bénéfices plus ou moins considérables, honnêtes ou non ; y aller de son beurre, ne pas hésiter à faire des frais dans une entreprise ; c’est un beurre, c’est excellent ; au prix où est le beurre, aux prix élevés où sont toutes les denrées, argot des portières.

Il faut entendre un restaurateur crier : « L’addition de M. le comte ! » pour s’apercevoir que la noblesse, de nos jours, pas plus que du temps de Dangeau, n’est une chimère. Pour une jeune fille dont le père s’appelle Chanteaud, pouvoir signer « comtesse » les billets aux bonnes amies qui ont épousé des Dupont et des Durand, c’est tout ! Remplacer le pilon ou le mortier, armes dérisoires de la rue des Lombards, par un tortil élégant surmontant des pals, des fasces, des croix ou des écus semés sur des champs de sinople, quel charmant conte de fées ! Et ça ne coûte que trois cent mille francs ; c’est pour rien, au prix où est le beurre.

(Edmond Lepelletier, Écho de Paris)

Avoir du beurre sur la tête, être fautif, avoir commis quelque méfait qui vous oblige à vous cacher. Cette expression vient évidemment d’un proverbe juif : « Si vous avez du beurre sur la tête, n’allez pas au soleil ; il fond et tache. »
Mettre du beurre dans ses épinards, se bien traiter, car, suivant les ménagères, les épinards sont la mort au beurre. Les politiciens ne visent qu’à une chose : à mettre du beurre dans leurs épinards.

Je pense que c’est à la politique des groupes que l’on doit la médiocrité presque universelle qui a éclaté dans la crise actuelle. Le député entre à la Chambre par son groupe, vote avec son groupe, a l’assiette au beurre avec lui, la perd de même. Il s’habitue à je ne sais quelle discipline qui satisfait, à la fois, sa paresse et son ambition. Il vit par une ou deux individualités qui le remorquent.

(Germinal)

Corbillard de loucherbem

Fustier, 1889 : « Et voici, pour corser tous ces parfums et leur donner la note aiguë, voici passer au galop le corbillard de loucherbem, l’immonde voiture qui vient ramasser dans les boucheries la viande gâtée. »

(Richepin)

France, 1907 : Voiture qui ramasse, dans les boucheries, la viande gâtée. Loucherbem signifie, en largonji, boucher. Cet argot consiste à substituer la lettre l à la première consonne qu’on transporte à la fin du mot suivi de la désinence em.

Ierchem

France, 1907 : Faire ses besoins. Déformation du mot chier au moyen de la règle du largonji qui consiste à supprimer la première ou les deux premières lettres du mot pour les reporter à la fin avec une terminaison variable é, es, oc, igue, cot, et le plus souvent em et uche et à remplacer par une autre les lettres transposées. Nous donnons au fur et à mesure dans la lettre I quelques autres exemples du largonji.

Iloirevem

France, 1907 : Ivoire, en largonji. Voir Ierchem.

Infirmerifique

France, 1907 : Infirmerie, en largonji.

Infirmierifuge

France, 1907 : Infirmier, en largonji.

Inlenieurgem

France, 1907 : Ingénieur, en largonji. Voir Ierchem.

Insolpé

Delvau, 1866 : adj. et s. Insolent, — dans le même argot [des voleurs].

Rigaud, 1881 : Insolent, changement de la dernière syllabe.

La Rue, 1894 : Insolent.

France, 1907 : Insolent ; argot des voleurs ; en largonji, on dit insolentsoc.

Lachème

France, 1907 : Vache. Déformation du mot par le largonji.

Largonji

La Rue, 1894 : Argot des bouchers consistant à déformer les mots en substituant la lettre l a la première consonne qu’on reporte à la fin du mot et qu’on fait suivre des finales é, em, es, oc, i, ique, uche. Ex. ; largonji pour jargon, lapierpès pour papier, alareilpé pour appareil, lianopuche, pour piano, élicierpem pour épicier. Quand le mot commence par in, an ou en c’est la seconde consonne oui est remplacée par l ; ex. ; enlerfem (enfer). Si la lettre l se trouve en présence de trois consonnes réunies elle se reporte à la suivante ; ex. ; entrelolsoc (entresol). Quelques mots échappent à ces règles générales : alibme (abîme), lajemcrès (jamais), etc.

France, 1907 : Argot, littéralement jargon. Cet argot, particulier aux garçons bouchers, consiste à déformer les mots en substituant la lettre l à la première consonne qu’on reporte à la fin du mot en la faisant suivre d’une finale quelconque. « Quand le mot commence par in, au ou en, dit Jean La Rue, c’est la seconde consonne qui est remplacée par l’l ; ex. : enlerfeu, enfer. Si la lettre l se trouve en présence de trois consonnes réunies, elle se reporte à la suivante ; ex. : entrelolsoc, entresol. »

Il apprit à parler l’argot,
Pas l’argot du pègre à la mie,
Ni l’argot chiqué des tatas…
Non… mais l’argot d’académie :
Largonji… chauffé sur le tas.

(Aristide Bruant)

Toutes mes chansons du pays de Largonji ont chanté dans ma tête comme des choses vécues, au cours ou au retour de mes visites à ce pays bizarre, et elles sont venues au monde telles quelles, costumées à la mode de leur pays, avec leur défroque originale, sans que j’eusse besoin de les rhabiller au décrochez-moi-ça des dictionnaires.

(Jean Richepin)

Limonade de linspré

Rigaud, 1881 : Champagne, — dans le jargon des voleurs. C’est mot à mot : limonade de prince.

France, 1907 : Vin de Champagne. Linspré est l’argot largonji de prince.

Linquec

France, 1907 : Le nombre cinq déformé par le procédé de largonji.

Linspré

Vidocq, 1837 : s. m. — Prince.

Delvau, 1866 : s. m. Prince, — dans l’argot des voleurs, qui cultivent l’anagramme comme le grand Condé les œillets.

Rigaud, 1881 : Prince, — dans le jargon des voleurs. — Mot retourné.

La Rue, 1894 : Prince.

France, 1907 : Prince ; argot des voleurs, d’après les règles de largonji.

Lisserpem

France, 1907 : Uriner. Déformation du mot pisser par le largonji.

Loucherbème

France, 1907 : Argot des bouchers. Il consiste dans la désarticulation du substantif de la langue ordinaire en le faisant précéder de la lettre l et suivre de la désinence bèmes. Ainsi boucher fait loucherbème. Cet argot est assez difficile à parler et demande de la pratique ; il est encore plus difficile à saisir des oreilles profanes. On en a augmenté la difficulté en substituant à bème, tantôt muche, tantôt mar ou oque. Voir Largonji.

Moi, j’suis gonzesse d’loucherbème,
Un soir qu’a m’fera trop lierchème,
J’y fous mon vingt-deux dans la peau.

(Aristide Bruant)

Loupel

Vidocq, 1837 : s. m. — Pouilleux. Terme des Floueurs parisiens.

Delvau, 1866 : s. m. Avare ; homme tout à fait pauvre, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Pouilleux. — Dans le patois du Midi pel signifie pou ; lou pel le pou.

La Rue, 1894 : Pouilleux. Avare.

France, 1907 : Avare, pouilleux. C’est le mot pou déformé par le largonji.

Loupiot

La Rue, 1894 : Enfant.

Virmaître, 1894 : Enfant (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Enfant.

France, 1907 : Enfant, c’est-à-dire pouilleux. De pou, déformé par le largonji.

— Ça te chagrine tant que ça, dis, d’avoir un loupiot ? Ben vrai, moi, ça m’amuse ! Je suis content, tiens ! Et puis je suis un bon garçon ! C’est pas parce qu’on a jamais passé devant M. le maire qu’on s’en aime moins ! Il est à moi ce môme-là, puisque c’est moi qui l’ai fait ! On le reconnaîtra, et puis ça fera la rue Michel.

(Oscar Méténier)

Monstre

Larchey, 1865 : Colossal.

Elle lui apporte un bouquet monstre.

(M. Alhoy)

Larchey, 1865 : Détestable, monstrueux, au figuré. V. Largonji.

J’en ai assez de vos monstres de concerts.

(P. de Kock, 1845)

Delvau, 1866 : adj. Étonnant, colossal, — dans l’argot du peuple.

Delvau, 1866 : s. m. Les paroles qu’un musicien adapte à un air trouvé par lui, en attendant les paroles plus poétiques du librettiste.

Rigaud, 1881 : Canevas d’une pièce de théâtre, d’un livre. — Bouts-rimés dont le sens et la rime importent peu et qu’un compositeur de musique donne au parolier pour lui indiquer la mesure et la coupe des strophes qu’il convient d’appliquer à une mélodie.

Rigaud, 1881 : Énorme, colossal. Succès monstre.

France, 1907 : Énorme, colossal ; s’emploie adjectivement.

France, 1907 : Libretto ; argot des gens de théâtre.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique