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Abélardiser

Delvau, 1866 : v. a. Mutiler un homme comme fut mutilé par le chanoine Fulbert le savant amant de la malheureuse Héloïse.
C’est un mot du XIIIe siècle, que quelques écrivains modernes s’imaginent avoir fabriqué ; on l’écrivait alors abaylarder, — avec la même signification, bien entendu.

France, 1907 : Infliger à quelqu’un l’opération que le chanoine Fulbert fit subir à l’amant de sa nièce Héloïse, ce que le pieux Lamartine indique par une singulière périphrase : « Les portes de la maison d’Abélard s’ouvrirent une nuit par la complicité achetée de ses serviteurs. Des bourreaux, guidés et soldés par Fulbert, le surprirent pendant son sommeil ; ils l’accablèrent d’outrages, et le laissèrent baigné dans son sang et dégradé par son châtiment. » Et tout cela au lieu de dire simplement : « Ils lui firent l’ablation des testicules. »
Il y a quelques mois, un jeune vicaire de l’Église anglicane fut abélardisé par le mari d’une dame que le révérend comblait de ses célestes faveurs. Ce mari médecin se servit du vieux subterfuge des maris trompés, auquel femmes et amants se laissent toujours prendre. Il feignit un voyage et rentra subito au moment où on l’attendait le moins. Les coupables dormaient dans une douce quiétude, et le docteur les chloroformisa l’un et l’autre sans esclandre. Puis il procéda à l’opération du monsieur, fit le pansement dans les règles et se retira. On devine la mutuelle surprise au lendemain matin, à l’heure des adieux. Le révérend dut se faire transporter à domicile plus penaud qu’il n’était venu. Mais le trait caractéristique, c’est qu’après guérison il assigna le mari, lui demandant des dommages et intérêts pour blessure ayant occasionné une incapacité de travail.
Le mot date du XIIIe siècle ; on l’écrivait alors abaylardiser, puis plus tard abailardiser :

D’un colonel vous courtisez la femme,
S’il vous surprend, il vous abailardisera.

(Pommereul)

Babillarder

Virmaître, 1894 : Écrire (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Écrire une lettre.

France, 1907 : Écrire.

Dégueularder

France, 1907 : Parler, médire.

Embrouillarder (s’)

Rigaud, 1881 : Sentir les premières vapeurs alcooliques monter au cerveau.

France, 1907 : S’enivrer.

Embrouiller (s’)

Delvau, 1866 : v. réfl. Commencer à ressentir les atteintes de l’ivresse, — dans l’argot des ouvriers. Ils disent aussi S’embrouillarder.

France, 1907 : Même sens que s’embrouillarder.

Entrelarder

d’Hautel, 1808 : Un discours entrelardé. C’est-à-dire, mêlé de choses risibles et de choses sérieuses ; de bon et de mauvais.

Delvau, 1866 : v. a. Mêler, farcir, au propre et au figuré.

Lard

d’Hautel, 1808 : Vilain comme lard jaune. Très-intéressé ; d’une avarice sordide.
Faire du lard. Dormir la grasse matinée.
Elle est grasse à lard. Se dit d’une femme qui a un embonpoint rustique et ridicule.

Delvau, 1864 : le membre viril, — que grignottent si volontiers ces charmantes souris qu’ont appelle les femmes. Voyez : Couenne, chair, viande.

Gentils galants de rond bonnet,
Aimant le sexe féminin
Gardez si l’atelier est net,
Avant de larder le connin.

(Ancien Théâtre français)

Delvau, 1866 : s. m. La partie adipeuse de la chair, — dans l’argot du peuple, qui prend l’homme pour un porc. Sauver son lard. Se sauver quand on est menacé. Les ouvriers anglais ont la même expression : To save his bacon, disent-ils.

Rigaud, 1881 : Graisse humaine. Perdre son lard, maigrir.

La Rue, 1894 : Sa propre graisse, son corps. Sauver son lard, éviter un danger. Faire du lard, paresser au lit. Signifie aussi la marmite du souteneur.

Rossignol, 1901 : Jeune enfant.

Larder

d’Hautel, 1808 : Au figuré, s’épancher en paroles piquantes sur le compte de quelqu’un ; le mettre en pièces dans ses propos.

Larchey, 1865 : Percer d’un coup de pointe. — Lardoire : Épée.

Vous verrez si je manie bien la lardoire.

(Ricard)

Delvau, 1866 : v. a. Percer d’un coup d’épée ou d’un coup de sabre, — dans l’argot des troupiers. Se faire larder. Recevoir un coup d’épée.

Rigaud, 1881 : Donner un coup d’épée, un coup de couteau.

Hayard, 1907 : Accoucher.

France, 1907 : Percer d’un coup de couteau, d’épée ou de sabre la peau humaine, et par suite « terme libre, dit Le Roux, qui signifie faire le déduit, se divertir avec une femme ».

Lardon

d’Hautel, 1808 : Raillerie, brocard, paroles fines et quelquefois mordantes.

Fustier, 1889 : Jeune homme. Argot du peuple.

C’que c’est que la vie ! On était quat’cinq lardons. On a tiré ensemble quinze berges de rigolade, de flemme et de jeunesse.

(Mirliton, journal, oct. 1885)

Virmaître, 1894 : Enfant. Diminutif de lard. Dans le peuple, pour la chair de l’homme ou de la femme, on dit : le lard ; comme l’enfant est le produit des deux sexes, de là, lardon. Quand quelqu’un, dans une conversation, vous pique à chaque moment, on dit :
— As-tu bientôt fini de me larder ?
Allusion au veau que le charcutier pique de lardons (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Synonyme de lard.

France, 1907 : Enfant.

La pauvresse était entourée d’une demi-douzaine de lardons plus sales et plus dépenaillés les uns que les autres. « Eh ! ma bonne femme, lui dis-je, quand on est si misérable que vous êtes, pourquoi faire tant d’enfants ? — Ah ! mon bon Monsieur, me répondit-elle d’une voix gémissante, ce n’est pas ma faute, allez ; mais chaque fois que mon homme rentre saoul, faut y passer ou gare les taloches. »

(Les Propos du Commandeur)

Molard

Delvau, 1866 : s. m. Mucosité expectorée, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Crachat très gras, le frère du glaviot. — Molarder, cracher gras.

Virmaître, 1894 : Cracher des mucosités qui filent comme du macaroni. Graillonner salement. Quand un large crachat s’étale sur un trottoir, on dit :
— Quel beau molard (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Crachat.

France, 1907 : Expectoration du gosier.

Molarder

Delvau, 1866 : v. n. Graillonner, expectorer abondamment.

France, 1907 : Cracher.

Avec des raclements de gosier qui rauquaient crapuleusement, il ramenait du fond de sa poitrine quelque mucosité gluante et la lançait en l’air d’un long jet sifflant, comme il eût voulu à toutes leur cracher à la face.
Mais cela ne le dépoétisait point, même cela ; et beaucoup, la plupart, pour tout dire, absolument folles de lui, allaient jusqu’à trouver qu’il molardait d’une façon chic.

(Jean Richepin)

Paillarder

d’Hautel, 1808 : Libertiner, s’adonner à la lubricité.

Delvau, 1864 : Baiser une femme, ou seulement la peloter.

Il fut surpris paillardant derrière le grand autel.

(B. Estienne)

Elle ne faisoit tout le jour que paillarder avec lui.

(Brantôme)

Rebabillarder

France, 1907 : Récrire, faire une nouvelle babillarde. Voir ce mot.

Roublarder

France, 1907 : Ruser.

Les inconnues dont ils immortalisent, dans leurs poèmes, sur des fonds de paysage symbolique ou de colonnades sardanapalesques, les vertus héroïques ou les sanglantes luxures, n’ont été, le plus souvent, que des êtres chétifs et répugnants, Béatrix d’hôpital et Elvires de trottoir ; ou bien de patientes cuisinières, des maritornes expertes dans l’art de roublarder.

(Octave Mirabeau)

Roublarderie

un détenu, 1846 : Pauvreté, misère, détresse.

Delvau, 1866 : s. f. Ruse, astuce, expérience de l’homme qui a vécu et qui remplace l’argent qu’il n’a pas par l’ingéniosité qu’il aura jusqu’au bout de son rouleau. Signifie aussi : Pauvreté, gêne, misère.

France, 1907 : Adresse, ruse.

Plus tard, il apprendra, le pauvre gas, que la canaillerie l’emporte sur le labeur, que le mieux habillé est plus choyé, mieux reçu, toujours vainqueur, que la roublarderie écrase et exploite le haut intellect.

(Léon Daudet)

Roublardise

Rigaud, 1881 : Malice, coquinerie, astuce. — Pour la roublardise, elle n’a pas sa pareille.

France, 1907 : Même sens que roublarderie.

On couchait à l’Orphelinat Clipot pour ne pas coucher sous les ponts ou dans les carrières, et, aussi, on y allait comme on serait allé dans un mauvais lieu où ça ne coûterait rien. Espèce de maison de joie, en effet, car sous le papillonnage de l’abbé, qui, plein de roublardise pourtant, poussait sa personnelle indifférence de la luxure jusqu’à en ignorer la possibilité, peut-être même jusqu’à la tolérer, négligeable ordure, la vie s’installa par couples en le charitable et immonde refuge ; les voyous conquéraient les vrais enfants à leurs saletés souvent professionnelles ; il y avait, derrière les arbres, ou sous l’estrade du hangar, ou dans le cabinet particulier devenu chapelle, des cris tout à coup de gosses à qui l’on faisait mal. Dans le dortoir, ce fut une chose accoutumée qu’un seul lit suffisait a deux orphelins.

(Catulle Mendès, Gog)

Trique à larder

France, 1907 : Canne à épée.

Trique à larder, trique à picoter

Rigaud, 1881 : Canne à épée. — Faire flamber la trique à larder, jouer de la canne à épée, porter un coup de canne à épée.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique