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Absinthe en parlant (faire l’)

Rigaud, 1881 : Lancer, en parlant, de petits jets de salive, — dans le jargon des piliers de café. L’étymologie est anecdotique.

Pelloquet est là, et demande une absinthe, qu’on lui sert, sans lui apporter en même temps la carafe d’eau. Il parle — comme il parlait toujours — la pipe à la bouche, et postillonnant dans son verre… — Eh bien ? demande-t-il tout à coup, et la carafe ? — Ne vous dérangez pas, garçon, crie une habituée : l’absinthe est faite.

(Maxime Rude, Tout Paris au café)

Et avec cela, quand elle ouvrait la bouche pour jaser, elle faisait l’absinthe !

(Huysmans, les Sœurs Vatard)

Adjectiver quelqu’un

Delvau, 1866 : v. a. Lui adresser des injures, qui ne peuvent être en effet que des adjectifs.

France, 1907 : Lui lancer des injures.

Balancer

Ansiaume, 1821 : Abattre.

Il faut balancer la lourde pour arriver à la malouse.

Bras-de-Fer, 1829 : Remuer.

Vidocq, 1837 : v. a. — Jeter.

Clémens, 1840 : Jeter, refuser.

M.D., 1844 : Jeter.

M.D., 1844 : Renvoyer.

un détenu, 1846 : Chasser, renvoyer d’un emploi.

Larchey, 1865 : Jeter au loin. On sait que l’action de balancer imprime plus de force à une projection. V. Litrer. Balancer, envoyer à la balançoire : Congédier, renvoyer.

Elle m’a traité de mufle. — Alors il faut la balancer.

(Monselet)

Je l’envoie à la balançoire.

(id.)

On dit aussi exbalancer :

Je vais les payer et les exbalancer à la porte.

(Vidal, 1833)

Balancer son chiffon rouge : Parler, remuer la langue. — Balancer sa canne : Devenir voleur. — C’est-à-dire jeter la canne de l’homme qui marche dans l’unique but de se promener. — Balancer ses halènes : Cesser de voler, jeter ses outils de voleur. — Balancer une lazagne : Adresser une lettre. — Balancer ses chasses : Regarder à droite et à gauche. Balancement :

Le conducteur appelle son renvoi de l’administration un balancement.

(Hilpert)

Balançoire : mensonge, conte en l’air.

Non, monsieur ! je n’avais pas fait un accroc. — C’est une balançoire.

(P. de Kock)

Delvau, 1866 : v. a. Donner congé à quelqu’un, renvoyer un employé, un domestique, — dans l’argot du peuple, qui ne se doute pas qu’il emploie là, et presque dans son sens originel, un des plus vieux mots de notre langue.
On dit aussi Envoyer à la balançoire.

Rigaud, 1881 : Jeter au loin, renvoyer, envoyer promener.

Quand votre femme vous ennuie… Toc ! on la balance.

(E. Grangé et Lambert-Thiboust. La Mariée du Mardi-Gras)

Rossignol, 1901 : Voir balanstiquer.

France, 1907 : Balancer quelqu’un, le renvoyer, lui donner son congé. Se dit aussi pour se moquer de lui, le berner.

Mais surtout tu te garderas
De l’amour d’un étudiant.
Toujours d’avance tu exigeras
Qu’il fasse tinter son argent,
Sinon tu le balanceras…
On ne vit pas de l’air du temps.

(Règles de la chasse aux hommes)

Balancer la tinette

Delvau, 1866 : Vider le baquet-latrine, — dans l’argot des troupiers.

Rigaud, 1881 : Vider le baquet aux excréments, — dans le jargon des troupiers. — Quitter un endroit, vider les lieux, jeu de mots facile à saisir.

Balancer le chiffon rouge

Vidocq, 1837 : v. a. — Parler.

Rigaud, 1881 : Parler. Le chiffon rouge figure la langue. Allusion de couleur. Mot à mot : lancer la langue.

La Rue, 1894 : Parler.

Balancer le chinois (se)

Delvau, 1864 : Jouer avec son membre pour jouir, le faire dodeliner de la tête, comme un poussah, jusqu’à ce que, l’érection arrivant, il se tienne roide comme la justice et pleure silencieusement toutes les larmes de son œil unique.

Rigaud, 1881 : Se livrer à l’onanisme.

Balancer les châssis

Rigaud, 1881 : Regarder de tous les côtés, jeter les yeux à droite et à gauche, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Regarder vivement de tous les côtés, par ex. en faisant le guet.

France, 1907 : Faire le guet, avoir l’œil.

Balancer quelqu’un

Delvau, 1866 : v. a. Le faire aller, se moquer de lui. Argot des faubouriens.

Balancer sa canne

Vidocq, 1837 : v. a. — De vagabond devenir voleur.

Delvau, 1866 : v. a. De vagabond devenir voleur, — ce qui est une manière comme une autre de franchir le Rubicon qui sépare l’honneur du vice.
Signifie aussi Rompre son ban, s’évader.

Rigaud, 1881 : Passer du vagabondage au vol.

La Rue, 1894 : Passer du vagabondage au vol. C’est le Rubicon du vagabond.

France, 1907 : Se transformer de simple vagabond en voleur. Signifie aussi rompre son ban.

Balancer sa largue

Delvau, 1864 : Se débarrasser de sa maîtresse, — dans l’argot des filles et des maquereaux.

Delvau, 1866 : v. a. Se débarrasser de sa maîtresse, — dans l’argot des voleurs.

France, 1907 : Renvoyer sa maîtresse, argot des voleurs ; — ses alènes, devenir honnête homme, se ranger ; — ses châsses, regarder à droite et à gauche.

Balancer ses alênes

Delvau, 1866 : v. a. Quitter le métier de voleur pour celui d’honnête homme, à moins que ce ne soit pour celui d’assassin.

Virmaître, 1894 : Quitter le métier de voleur. Deux escarpes sont embusquées au coin d’une rue ; de loin, ils voient passer un garçon de recettes, une lourde sacoche sur l’épaule. — Quel dommage, dit l’un, que l’on ne puisse effaroucher son pognon. Je balancerai mes alênes et j’irai vivre honnête dans mon patelin (Argot des voleurs).

Balancer ses chasses

Delvau, 1866 : v. a. Regarder ça et là, distraitement. Argot des voyous.

Balancer ses halènes

Rigaud, 1881 : Se retirer du commerce du vol. Mot à mot : jeter ses halènes, ses outils.

Balancer ses halênes

Vidocq, 1837 : v. a. — Cesser d’être voleur.

Balancer son chiffon rouge

France, 1907 : Parler ; — une lazagne, envoyer une lettre.

Balancer son rondin

Virmaître, 1894 : Aller au cabinet. Allusion à la forme ronde des excréments (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Aller à la selle.

Balancer un homme

Delvau, 1864 : Le quitter, soit parce qu’il ne vous donne pas assez d’argent, soit parce qu’il vous ennuie.

Toujours d’avance exigeras
Qu’il fasse tinter son argent ;
Sinon tu le balanceras…
On ne vit pas de l’air du temps.

(Parnasse satyrique)

Balancer une femme

Delvau, 1864 : La renvoyer comme Abraham Agar, soit parce qu’elle devient gênante, soit parce qu’elle est trop libertine.

Elle m’a traité de mufle. — Alors, il faut la balancer.

(Charles Monselet)

Balançon

Ansiaume, 1821 : Barreau de fer.

Il faut deux plombes pour faucher les balançons.

Delvau, 1866 : s. m. Marteau de fer, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Marteau de fer, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Marteau de fer.

Virmaître, 1894 : Marteau. Pour frapper vigoureusement il faut balancer son marteau par le manche (Argot des voleurs). N.

Hayard, 1907 : Marteau.

France, 1907 : Marteau de fer.

Balanstiquer

Virmaître, 1894 : Jeter. C’est une amplification de balancer : se débarrasser de quelque chose qui gène, ou d’une personne dont on a assez (Argot des voleurs). N.

Rossignol, 1901 : Jeter, se débarrasser d’une chose dont on ne veut pas ou plus. On balanstique sa maîtresse ; on balanstique un vieux chapeau.

Hayard, 1907 : Chasser, jeter.

Balinstringuer

France, 1907 : Jeter de haut en bas, d’une fenêtre ou d’un mur. Assassiner. Réunion fantaisiste des deux verbes balancer et dinguer.

Bander son arc

Delvau, 1864 : Bander, — le membre viril étant pris pour flèche et la nature de la femme pour cible.

Alors, bandant mon arc sous un autre balcon,
Je ne daignerai plus, vers le but de ton con,
Lancer la flèche de ma pine.

(Emmanuel des Essarts)

Bidet

d’Hautel, 1808 : Pousser son bidet. S’immiscer dans les affaires d’autrui à dessein d’en tirer profit ; se lancer dans le monde ; achever hardiment une entreprise.

Vidocq, 1837 : s. m. ab. — Le Bidet est un moyen de correspondance très-ingénieux, et cependant fort simple, qui sert aux prisonniers, qui pour une raison quelconque ont été séparés, à correspondre entre eux de toutes les parties du bâtiment dans lequel ils sont enfermés ; une corde passée à travers les barreaux de leur fenêtre, et qu’ils font filer suivant le besoin en avant ou en arrière, porte une lettre et rapporte la réponse ; il est inutile de dire que ce n’est que la nuit qu’ils se servent de ce moyen de correspondance.

Delvau, 1864 : 1o Cuvette de forme ovale, ordinairement enchâssée dans un tabouret de même forme, au-dessus de laquelle la femme se place à califourchon pour se laver — après le coït. — Ce meuble indispensable, essentiel, était connu des Romains, qui se lavaient post rem veneream, et quasi religiose. Sa forme était à peu près la même qu’aujourd’hui.

Des coups de Pincecul, quelques coups de bidet.
Enlèveront bientôt, et la trace, et l’effet.

(Louis Protat)

Femme prudente se sauve,
À dada sur son bidet.

(A. Jacquemart)

2o Le membre viril, dada que les femmes enfourchent pour aller au bonheur.

Il est d’une vigueur que rien ne peut abattre
Que ce drôle était bien mon fait !
Trois fois sans débrider il poussa son bidet.

(Les Plaisirs du cloître)

À dada, à dada,
À dada sur mon bidet.

(Jacquemart)

Il la jeta d’abord sur sa couchette,
Lui présenta son pétulant bidet.

(Le Cosmopolite)

Chaque père en voyant cette jeune fillette,
Sent son bidet tout prêt à rompre sa gourmette.

(Piron)

Larchey, 1865 : Ficelle transportant la correspondance des prisonniers enfermés à des étages différents (Vidocq). — C’est leur bidet de poste.

Delvau, 1866 : s. m. « Moyen très ingénieux, dit Vidocq, qui sert aux prisonniers à correspondre entre eux de toutes les parties du bâtiment dans lequel ils sont enfermés ; une corde passée à travers les barreaux de leur fenêtre, et qu’ils font filer suivant le besoin en avant ou en arrière, porte une lettre et rapporte la réponse. »

Rigaud, 1881 : Ficelle qui sert à transporter d’un étage à l’autre la correspondance clandestine des prisonniers.

La Rue, 1894 : Ficelle transportant la correspondance clandestine des prisonniers enfermés à des étages différents.

Virmaître, 1894 : La ficelle qui sert aux prisonniers pour se transmettre leurs correspondances d’étages en étages. Allusion au bidet de poste (Argot des voleurs). V. Postillon.

Virmaître, 1894 : Vase intime que l’on rencontre dans les cabinets de toilette un peu chics. Bidet, ainsi nommé par allusion au bidet sur lequel monte le cavalier ; madame se met à cheval dessus, et généralement l’eau ne pourrait servir qu’à faire du Thé de la Caravane (Argot des filles). N.

France, 1907 : « Moyen très ingénieux, dit Vidocq, qui sert aux prisonniers à correspondre entre eux de toutes les parties du bâtiment dans lequel ils sont enfermés ; une corde passée à travers les barreaux de leur fenêtre, et qu’ils font filer suivant le besoin en avant ou en arrière, porte une lettre et rapporte la réponse. »

France, 1907 : Vase de toilette des dames, appelé ainsi parce qu’elles l’enfourchent pour s’en servir.

Bigorgnion

Rigaud, 1881 : Mensonge — dans le jargon des voyous. Lancer des bigorgnions, débiter des mensonges.

Billancer

Delvau, 1866 : v. n. Faire son temps, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Faire son temps, payer sa dette à la justice, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Payer. Faire son temps de prison.

Virmaître, 1894 : Condamné qui a fait sa prison. C’est la corruption de billancher, payer ; en effet, le prisonnier qui a fait sa prison a payé sa dette (Argot des voleurs). N.

France, 1907 : Faire son temps en prison. Corruption du mot suivant [Billancher].

Brandiller

d’Hautel, 1808 : Mouvoir continuellement la tête, ainsi que le font la plupart des personnes avancées en âge. Ne pouvoir rester en place ; se balancer sur sa chaise.

Camelotte

d’Hautel, 1808 : C’est de la camelotte ; ce n’est que de la camelotte. Se dit par mépris et pour rabaisser la valeur d’une marchandise quelconque, et pour faire entendre que la qualité en est au-dessous du médiocre.

Ansiaume, 1821 : Marchandise.

J’ai de la camelotte en rompant, mais pour du carle, niberg.

Vidocq, 1837 : s. m. — Sperme.

Vidocq, 1837 : s. f. — Toute espèce de marchandises.

M.D., 1844 : Marchandise.

un détenu, 1846 : Mauvaise marchandise.

Delvau, 1866 : s. f. « Femme galante de dix-septième ordre, » — dans l’argot du peuple.

Delvau, 1866 : s. f. Mauvaise marchandise ; besogne mal faite, — dans l’argot des ouvriers ; Livre mal écrit, dans l’argot des gens de lettres. Les frères Cogniard, en collaboration avec M. Boudois, ont adjectivé ce substantif ; ils ont dit : Un mariage camelotte.

Rigaud, 1881 : Le contenu en bloc de la hotte, — dans le jargon des chiffonniers. Au moment du triquage, du triage, chaque objet est classé sous sa dénomination. Ainsi, les os gras sont des chocottes ; les os destinés à la fabrication, des os de travail ; le cuivre, du rouget, le plomb, du mastar ; le gros papier jaune, du papier goudron ; le papier imprimé, du bouquin ; la laine, du mérinos ; les rognures de drap, les rognures de velours, des économies ; les croûtes de pain, des roumies ; les têtes de volaille, des têtes de titi ; les cheveux, des douilles ou des plumes ; les tissus laine et coton, des gros ; les toiles à bâche et les toiles à torchon, des gros-durs ; les rebuts de chiffons de laine, des gros de laine ou engrais.

Rigaud, 1881 : Mauvaise marchandise, objet sans valeur. Le camelot est une étoffe très mince et d’un mauvais usage, faite de poils de chèvre, de laine, de soie et de coton de rebut, d’où camelotte. — Tout l’article-Paris qui se fabrique vite, mal, à très bas prix, est de la camelotte.

Ah ! ce n’est pas de la camelotte, du colifichet, du papillotage, de la soie qui se déchire quand on la regarde.

(Balzac, L’Illustre Gaudissart)

Rigaud, 1881 : Prostituée de bas étage.

Rigaud, 1881 : Toute espèce de marchandise, — dans le jargon des voleurs. — Camelotte savonnée, marchandise volée. — Balancer la camelotte en se débinant, jeter un objet volé quand on est poursuivi. — Les revendeurs, les truqueurs, les petits étalagistes, désignent également leur marchandise sous le nom de camelotte. — J’ai de la bonne camelotte, j’ai de la bonne marchandise.

Virmaître, 1894 : Marchandise. Pour qualifier quelque chose d’inférieur on dit : c’est de la camelotte (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Marchandise.

France, 1907 : Objet de nulle valeur ou marchandise volée.

— Si elle ne veut pas de la camelotte, une autre en voudra.
— Si j’en étais sûr !…
— Viens avec moi chez ma fourgate.

(Marc Mario et Louis Launay, Vidocq)

Camelotte en pogne, être pris en flagrant délit de vol. On dit aussi camelotte dans le pied. Prostituée de bas étage.

Canard

d’Hautel, 1808 : Boire de l’eau comme un canard ou comme une Cane. Pour dire boire beaucoup d’eau et coup sur coup, ce qui arrive assez ordinairement à ceux qui ont fait une grande débauche de vin.
Bête comme un canard.
Donner des canards à quelqu’un.
Pour lui en faire accroire ; le tromper.

M.D., 1844 : Fausse nouvelle.

Halbert, 1849 : Nouvelle mensongère.

Larchey, 1865 : Fausse nouvelle.

Ces sortes de machines de guerre sont d’un emploi journalier à la Bourse, et on les a, par euphémisme, nommés canards.

(Mornand)

Larchey, 1865 : Imprimé banal crié dans la rue comme nouvelle importante. V. Canardier. autrefois, on disait vendre ou donner un canard par moitié pour mentir, en faire accroire. — dès 1612, dans le ballet du courtisan et des matrones, M. Fr. Michel a trouvé « Parguieu vous serez mis en cage, vous estes un bailleur de canars. » — On trouve « donner des canards : tromper » dans le Dict. de d’Hautel, 1808.

Larchey, 1865 : Récit mensonger inséré dans un journal.

Nous appelons un canard, répondit Hector, un fait qui a l’air d’être vrai, mais qu’on invente pour relever les Faits-Paris quand ils sont pâles.

(Balzac)

Larchey, 1865 : Sobriquet amical donné aux maris fidèles. Le canard aime à marcher de compagnie.

Or, le canard de madame Pochard, s’était son mari !

(Ricard)

Delvau, 1866 : s. m. Chien barbet, — dans l’argot du peuple, qui sait que ces chiens-là vont à l’eau comme de simples palmipèdes, water-dogs.

Delvau, 1866 : s. m. Fausse note, — dans l’argot des musiciens. On dit aussi Couac.

Delvau, 1866 : s. m. Imprimé crié dans les rues, — et par extension, Fausse nouvelle. Argot des journalistes.

Delvau, 1866 : s. m. Journal sérieux ou bouffon, politique ou littéraire, — dans l’argot des typographes, qui savent mieux que les abonnés la valeur des blagues qu’ils composent.

Delvau, 1866 : s. m. Mari fidèle et soumis, — dans l’argot des bourgeoises.

Delvau, 1866 : s. m. Morceau de sucre trempé dans le café, que le bourgeois donne à sa femme ou à son enfant, — s’ils ont été bien sages.

Rigaud, 1881 : Cheval, — dans le jargon des cochers. J’ai un bon canard, bourgeois, nous marcherons vite. Ainsi nommé parce que la plupart du temps, à Paris, à l’exemple du canard, le cheval patauge dans la boue.

Rigaud, 1881 : Mauvaise gravure sur bois, — dans le jargon des graveurs sur bois.

Rigaud, 1881 : Méchant petit journal, imprimé sans valeur.

Ne s’avisa-t-il pas de rimer toutes ses opinions en vers libres, et de les faire imprimer en façon de canard ?

(Ed. et J. de Goncourt)

Rigaud, 1881 : Mensonge, fausse nouvelle. — Au dix-septième siècle, donner des canards à quelqu’un avait le sens de lui enfaire accroire, lui en imposer. (Ch. Nisard, Parisianismes)

Rigaud, 1881 : Morceau de sucre trempé dans du café. Comme le canard, il plonge pour reparaître aussitôt. Rien qu’un canard, un petit canard. On donne aussi ce nom à un morceau de sucre trempé dans du cognac.

Boutmy, 1883 : s. m. Nom familier par lequel on désigne les journaux quotidiens, et quelquefois les autres publications périodiques. Le Journal officiel est un canard, le Moniteur universel est un canard, tout aussi bien que le Journal des tailleurs et que le Moniteur de la cordonnerie ou le Bulletin des halles et marchés.

La Rue, 1894 : Journal. Fausse nouvelle inventée pour relever les Faits-Paris. Imprimé banal crié dans la rue.

Virmaître, 1894 : Mauvais journal. Quand un journal est mal rédigé, mal imprimé, pas même bon pour certain usage, car le papier se déchire, c’est un canard (Argot du peuple et des journalistes).

Virmaître, 1894 : Nouvelle fausse ou exagérée. Ce système est employé par certains journaux aux abois. On pourrait en citer cinquante exemples depuis les écrevisses mises par un mauvais plaisant dans un bénitier de l’église Notre-Dame-de-Lorette et qui retournèrent à la Seine en descendant par les ruisseaux de la rue Drouot ; jusqu’au fameux canard belge. Un huissier à l’aide d’une ficelle pécha vingt canards qui s’enfilèrent successivement, comme Trufaldin dans les Folies Espagnoles de Pignault Lebrun, il fut enlevé dans les airs, mais la ficelle se cassa et il tomba dans un étang ou il se noya. Ce canard fit le tour du monde arrangé ou plutôt dérangé par chacun, il y a à peine quelques années qu’il était reproduit par un journal, mais la fin était moins tragique, l’huissier était sauvé par un membre de la Société des Sauveteurs à qui on décernait une médaille de 1re classe. Pour sauver un huissier on aurait dû lui fourrer dix ans de prison (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Terme de mépris employé dans les ateliers vis-à-vis d’un mauvais camarade.
— Bec salé, c’est un sale canard (Argot du peuple). N.

Hayard, 1907 : Journal, fausse nouvelle.

France, 1907 : Fausse nouvelle insérée dans un journal pour relever les Faits Divers lorsqu’ils sont pâles. Les filous et les tripoteurs de la Bourse se servent de canards pour faire la hausse ou la baisse. Cette expression est assez ancienne, car, dans le Dictionnaire Comique de Philibert Joseph Le Roux (1735), on trouve à côté du mot l’explication suivante : « En faire accroire à quelqu’un, en imposer, donner des menteries, des colles, des cassades, ne pas tenir ce qu’on avait promis, tromper son attente. »
De là à appeler canard le journal qui ment et, par suite, tous les journaux, il n’y avait qu’un pas ; il a été franchi.
Nous allons lancer un canard, c’est-à-dire, nous allons faire un journal.

France, 1907 : Gravure sur bois.

Terme de mépris employé dans les ateliers vis-à-vis d’un mauvais camarade. Argot populaire.

(Ch. Virmaître)

Chien barbet, argot populaire, à cause du plaisir qu’ont ces chiens de se jeter à l’eau. Bouillon de canard, eau.
Fausse note ; argot des musiciens.
Petit morceau de sucre trempé dans le café ou l’eau-de-vie que l’on donne aux enfants.

Pendant la communion.
Bébé, regardant avec attention le prêtre en aube distribuant les hosties, se décide à tirer maman par la robe.
Maman — Quoi donc ?
Bébé — Je voudrais aller comme tout le monde près du monsieur en chemise.
Maman — Pourquoi faire ?
Bébé — Pour qu’il me donne aussi un canard.

(Gil Blas)

Chabler

Virmaître, 1894 : Lancer des pierres dans un arbre pour en abattre les fruits. Chabler est le synonyme de gauler (Argot du peuple) N.

France, 1907 : « Lancer des pierres dans un arbre pour en abattre les fruits. Chabler est le synonyme de gauler. » (Ch. Virmaître)

Chandelle (faire une)

Fustier, 1889 : Lancer une balle en hauteur de telle sorte qu’elle puisse facilement retomber dans les mains des joueurs. Argot des enfants. Allusion à la chandelle romaine, sorte de fusée.

Châsse

France, 1907 : Œil. Balancer ou boiter des châsses, être louche. Se foutre l’apôtre dans la châsse, se tromper.

C’est nous les joyeux, les petits joyeux,
Les petits joyeux qui n’ont pas froid aux châsses ;
C’est nous les joyeux, les petits joyeux,
Qui n’ont pas froid aux yeux !

(Chanson des Bataillons d’Afrique)

Chasse, chassis

Larchey, 1865 : Œil. — L’œil est pour la vue une sorte de châssis.

Je m’arcboute et lui crève un chassis.

(Vidocq)

V. Coquer, Balancer, Estorgue.

Chevalier d’industrie

Vidocq, 1837 : s. m. — Les chevaliers d’industrie, quelles que soient d’ailleurs les qualités qu’ils possèdent, n’ont pas marché avec le siècle, ils sont restés stationnaires au milieu des changemens qui s’opéraient autour d’eux, je crois même qu’ils ont reculé au lieu d’avancer ; car j’ai beau regarder autour de moi, je ne reconnais pas, parmi les illustrations comtemporaines, les dignes successeurs des Cagliostro, des comte de Saint-Germain, des Casanova, des chevalier de la Morlière, et de cent autres dont les noms m’échappent.
Ces messieurs de l’ancien régime étaient pour la plupart des cadets de famille, mousquetaires, chevau-légers ou chevaliers de Malte, qui, avant de devenir fripons, avaient commencé par être dupes. Ils portaient la cravate, le jabot et les manchettes de point de Bruxelles, l’habit nacarat, la veste gorge de pigeon, la culotte noire, les bas de soie blancs et les souliers à talons rouges ; l’or et les pierreries étincelaient sur toute leur personne ; ils étaient toujours pimpans, frisés, musqués et poudrés, et lorsqu’il le fallait ils savaient se servir de l’épée qui leur battait le mollet. Un nom illustre, un titre quelconque, qui leur appartenait réellement, ou qu’ils savaient prendre, leur ouvrait toutes les portes ; aussi on les rencontrait quelquefois à l’œil de bœuf, au petit lever, ou dans les salons de la favorite ; comme les plus grands seigneurs ils avaient leur petite maison, ils entretenaient des filles d’opéra ; et le matin avant de sortir, ils demandaient à leur valet s’il avait mis de l’or dans leurs poches, le Chevalier à la Mode de Dancourt, le marquis du Joueur ; et celui de l’École des Bourgeois, sont des types que le lecteur connaît aussi bien que moi.
À cette époque un homme de bonne compagnie devait nécessairement avoir des dettes, et surtout ne pas les payer ; Don Juan faisait des politesses à M. Dimanche, mais Don Juan est une spécialité. Les grands seigneurs et les chevaliers d’industrie du dix-huitième siècle faisaient rosser par leurs gens ou jeter par les fenêtres ceux de leurs créanciers qui se montraient récalcitrants. Les chevaliers d’industrie de l’époque actuelle sont, sauf les qualités qu’ils ne possèdent pas, à-peu-près ce qu’étaient leurs prédécesseurs ; l’humeur des créanciers est plus changée que tout le reste ; ces messieurs, maintenant, ne se laissent ni battre, ni jeter par la fenêtre, mais ils se laissent duper : les chevaliers spéculateurs n’en demandent pas davantage.
Voici l’exposé des qualités physiques et morales que doit absolument posséder celui qui veut suivre les traces des grands hommes de la corporation :
Un esprit vif et cultivé, une bravoure à toute épreuve, une présence d’esprit inaltérable, une physionomie à la fois agréable et imposante, une taille élevée et bien prise.
Le chevalier qui possède ces diverses qualités n’est encore qu’un pauvre sire, s’il ne sait pas les faire valoir ; ainsi il devra, avant de se lancer sur la scène, s’être muni d’un nom d’honnête homme ; un chevalier d’industrie ne peut se nommer ni Pierre Lelong, ni Eustache Lecourt.
Sa carrière est manquée s’il est assez sot pour se donner un nom du genre de ceux-ci : Saint-Léon, Saint-Clair, Saint-Firmin, ou quelque autre saint que ce soit ; le saint est usé jusqu’à la corde.
Pourvu d’un nom, l’aspirant doit se pourvoir d’un tailleur. Ses habits, coupés dans le dernier goût, sortiront des ateliers de Humann, de Barde ou de Chevreuil : le reste à l’avenant ; il prendra ses gants chez Valker, son chapeau chez Bandoni, ses bottes chez Concanon, sa canne chez Thomassin ; il ne se servira que de foulards de l’Inde, et de mouchoirs de fine batiste ; il conservera ses cigares dans une boîte élégante, des magasins de Susse ou de Giroux.
Il se logera dans une des rues nouvelles de la Chaussée-d’Antin. Des meubles de palissandre, des draperies élégantes, des bronzes, des globes magnifiques, des tapis de Lamornaix, garniront ses appartements.
Ses chevaux, seront anglais, son tilbury du carrossier à la mode.
Son domestique ne sera ni trop jeune ni trop vieux ; perspicace, prévoyant, audacieux et fluet, il saura, à propos, parler des propriétés de monsieur, de ses riches et vieux parents, etc., etc.
Lorsque l’aspirant se sera procuré tout cela, sans débourser un sou, il aura gagné ses éperons de chevalier.
Un portier complaisant est la première nécessité d’un chevalier d’industrie, aussi le sien sera choyé, adulé, et surtout généreusement payé.
Lorsque toutes ses mesures sont prises, le chevalier entre en lice et attaque l’ennemi avec l’espoir du succès ; alors les marchands et les fournisseurs attendent dans son antichambre qu’il veuille bien les recevoir ; quelquefois même un escompteur délicat apporte lui-même de l’argent au grand personnage ; à la vérité, cet honnête usurier vend ses écus au poids de l’or, il ne prend que 4 ou 5 p. % par mois, et l’intérêt en dedans, de sorte que l’emprunteur ne reçoit que très-peu de chose, mais toujours est-il qu’il reçoit, tandis qu’il est positif que le marchand d’argent ne recevra jamais rien.

Chiffe

d’Hautel, 1808 : C’est de la chiffe. Se dit par mépris d’une étoffe de mauvaise qualité.
Mou comme chiffe. Se dit d’une personne nonchalante, lâche, paresseuse et sans énergie.

Delvau, 1864 : Se dit d’un membre viril trop mou, — qui n’est plus ou qui n’est pas encore assez viril.

Ah ! vous n’êtes pas un homme, vous êtes une chiffe !

(Lemercier de Neuville)

Delvau, 1866 : s. f. Homme sans énergie, chiffon pour le courage, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Mou comme une chiffe, mais c’est un pléonasme.

Rigaud, 1881 : Langue, — dans le jargon des voyous qui disaient autrefois chiffon rouge. — Faire crosser la chiffe, parler. Mot à mot : faire sonner la langue ; c’était autrefois dans le môme sens : Balancer le chiffon rouge. — Avaler sa chiffe, mourir.

France, 1907 : Homme veule et sans énergie, mou comme un chiffon.

— Oh ! sacrée chiffe, va ! s’il est permis d’être un homme et de s’aplatir comme ça devant un de ces salops qui nous mangent !

(Émile Zola, Germinal)

France, 1907 : Langue. Chiffe, graille et loque, trois sobriquets par lesquels le roi Louis XV désignait ses filles.

Chiffon rouge

Bras-de-Fer, 1829 : Langue.

Halbert, 1849 : La langue.

Larchey, 1865 : Langue. — Allusion à la couleur et à la souplesse de la langue. V. Balancer.

Delvau, 1866 : s. m. La langue, — dans l’argot des voleurs, qui sont parfois des néologues plus ingénieux que les gens de lettres. Balancer le chiffon rouge. Parler. Les voleurs anglais disent de même Red rag.

Rossignol, 1901 : La langue.

France, 1907 : La langue. Balancer le chiffon rouge, bavarder.

Chiffon, balancer le chiffon, le chiffon rouge

Vidocq, 1837 : s. f. — La langue. Parler.

Chinois

d’Hautel, 1808 : Un Chinois de paravent. Nom injurieux que l’on donne à un bambin, à un homme petit, laid, difforme et ridicule, comme on nous représente les Chinois.

Delvau, 1864 : Le vit, toujours chauve — par la tête — et pour qui le con est le céleste empire. On dit : se polir, ou se balancer le Chinois, pour se branler.

Larchey, 1865 : Homme original, fantasque.

Là-dessus, v’là mon Chinois qui se fâche.

(Monselet)

Delvau, 1866 : s. m. Original ; quidam quelconque, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Chinois de paravent.

Delvau, 1866 : s. m. Petite orange verte, confite dans l’eau-de-vie, qui est, à ce qu’il paraît, le produit d’un oranger particulier, le citrus vulgaris chinensis, le bigaradier chinois.

France, 1907 : Cafetier.

France, 1907 : Homme bizarre, singulier, original. On dit aussi : Chinois de paravent. Allusion aux Chinois que l’on représente spécialement sur les paravents.

France, 1907 : Petite orange confite dans l’eau-de-vie.

Colantes

Ansiaume, 1821 : Bottes.

J’ai le dessein de grinchir les coulantes du cardeuil pour m’exbalancer du pré.

Commencer une femme

France, 1907 : Lancer sa maîtresse dans le monde galant, de façon à en tirer profit.

Dandiner

d’Hautel, 1808 : Se dandiner. Avoir un maintien sot et décontenancé ; se balancer sur sa chaise ; niaiser, paresser.

Halbert, 1849 : Balancer.

France, 1907 : Battre, frapper ; celui qui est battu remue son corps, se dandine pour esquiver ou parer les coups.

Dandiner (se)

Rossignol, 1901 : Se balancer en marchant.

Dar dar ou dare dare

France, 1907 : Rapidement, vite. Du vieux verbe darer, courir, lancer.

Dariole

d’Hautel, 1808 : Au propre, espèce de pâtisserie légère. Au figuré, et seulement en style vulgaire, coup, morniffle que l’on donne avec la main.
Donner ou repasser des darioles à quelqu’un. Le maltraiter ; se porter sur lui à des voies de fait ; le battre.

Larchey, 1865 : Coup. — De l’ancien verbe darer : lancer vivement. V. Roquefort.

V’là que je vous y allonge une dariole
Qu’i r’pare avec son nazaret ;
Le raisinet coulait
D’son nez comm’ une rigole.

(Le Casse-Gueule, ch., 1841)

Delvau, 1866 : s. f. Soufflet, coup de poing, — dans le même argot [du peuple].

Rigaud, 1881 : Coup, contusion.

Fustier, 1889 : Pâtisserie commune. Darioleur : pâtissier.

La Rue, 1894 : Coup de poing.

Virmaître, 1894 : Soufflet, coup de poing. A. D. La dariole est une pâtisserie commune qui se vend dans les fêtes publiques. Le pâtissier se nomme darioleur (Argot du peuple). N.

Hayard, 1907 : Coup.

France, 1907 : Coup ; du vieux mot darer, lancer.

France, 1907 : Pâtisserie commune.

Demi-cachemire

Delvau, 1866 : s. m. Fille ou femme qui est encore dans les limbes de la richesse et de la galanterie, et qui attend quelque protection secourable pour briller au premier rang des drôlesses. Au XVIIIe siècle, en appelait ça Demi-castor. Les mots changent, mais les vices restent.

France, 1907 : Se disait, au temps où les châles des Indes étaient à la mode, des filles qui commençaient à se lancer dans la galanterie.

Demi-castor

Delvau, 1864 : Femme de moyenne vertu.

Deux de ces filles qu’on appelle dans le monde demi-castors, se trouvèrent, par hasard, assises près de moi l’autre jour au jardin des Tuileries.

(Correspondance secrète)

Fustier, 1889 : « Demi-castor est devenu un terme courant sous lequel on désigne une personne suspecte, équivoque, sous des dehors soignés ; mais en grattant le castor on trouverait le lapin. »

(Figaro, janvier 1887)

France, 1907 : Fille qui commence à se lancer dans le monde de la haute noce. Le mot est du XVIIIe siècle.

Les carpes de ces messieurs, turbineuses d’amour, rôdeuses de bitume, splendeurs fleuries d’Opéra, noctambules des cabinets particuliers, demi-castors, marquises complaisantes, toutes sont égales au pied de l’autel du grand Saint Alphonse. Celle qui donne cent louis et celle qui donne cent sous, les ont gagnés du même travail.

(Fin de Siècle)

Encore un ménage de demi-castor qui se lézarde. À vrai dire, presque tous finissent de la sorte. Du reste, comment voudriez-vous qu’il en fut autrement ? Est-ce qu’une femme qui a vécu pendant vingt ans de la vie libre et indépendante, changeant d’amant comme de chemise, peut supporter longtemps la vie de ménage ?

(Gil Blas)

Dinguer

Vidocq, 1837 : v. a. — Tomber.

Larchey, 1865 : Tomber. — Envoyer dinguer : Jeter à terre.

Delvau, 1866 : v. n. Flâner, se promener, — dans l’argot des faubouriens. Envoyer quelqu’un dinguer. Le congédier brusquement, s’en débarrasser en le mettant à la porte.

Delvau, 1866 : v. n. N’être pas d’aplomb, — dans l’argot des coulisses, — où l’on emploie ce verbe à propos des décors et des machinistes.

Rigaud, 1881 : Lancer, frapper, laisser tomber, onomatopée du bruit d’un objet qui tombe à terre. — Envoyer dinguer, envoyer promener. — En terme de théâtre un objet qui dingue est un objet mal équilibré, qui menace de tomber.

Virmaître, 1894 : Envoyer dinguer quelqu’un, c’est l’envoyer promener. Quand deux hommes se battent et que l’un tombe sur le pavé, sa tête dingue. Synonyme de sonner (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Jeter, renvoyer. Une chose qui ne plait pas ou plus, on l’envoie dinguer. Un patron envoie dinguer un ouvrier qui ne fait pas son affaire.

France, 1907 : Chanceler, flâner ; du provençal dingue-dangue, oscillation. « Qu’en ba dingue-dangue », il marche en se dandinant.

Écarter du fusil

Delvau, 1866 : v. n. Envoyer, en parlant, une pluie de salive au visage de son interlocuteur. On disait autrefois Écarter la dragée.

Rigaud, 1881 : Lancer, en parlant une petite pluie de salive. Les brèche-dents, ceux qui zézaient, écartent ordinairement du fusil. Le synonyme est : postillonner. Jadis on disait : Écarter la dragée.

La Rue, 1894 : Sentir mauvais de la bouche ou lancer des postillons en partant.

Virmaître, 1894 : Lancer en parlant des jets de salive. On dit aussi : lancer des postillons. Quand quelqu’un a cette infirmité on ouvre son parapluie en l’écoutant et on ajoute :
— Tu baves et tu dis qu’il pleut (Argot du peuple).

France, 1907 : Envoyer, en parlant, de la salive ou des postillons au visage ou dans l’assiette de son voisin. On disait autrefois : écarter la dragée.

Ensuite une vieille carogne, qui écartait la dragée, prit la parole.

(Recueil de pièces comiques)

Se dit aussi pour avoir mauvaise haleine.

Enflacqué

Larchey, 1865 : Emprisonné. — Mot à mot : jeté en — Du vieux mot flaquer : lancer violemment. V. Roquefort.

C’est donner tout son argent à l’homme enflacqué.

(Balzac)

Entrepointer (s’)

France, 1907 : Se disputer ; littéralement, se lancer des pointes.

Envoyer

d’Hautel, 1808 : Je l’ai envoyé paître, promener, au diable. Pour dire que l’on a congédié durement un importun, un fâcheux.

Delvau, 1866 : v. a. et n. Injurier, se moquer, critiquer, — dans l’argot du peuple. C’est bien envoyé ! Se dit d’une repartie piquante ou d’une impertinence réussie.

Rigaud, 1881 : Dire, répondre, lancer la réplique. C’est rien envoyé ! c’est bien répondu.

Rigaud, 1881 : Pour envoyer le mot, la phrase à l’acteur. C’est le rôle du souffleur. Un souffleur qui envoie bien est précieux.

Rossignol, 1901 : Voir appuyer.

Esbalancer

Vidocq, 1837 : v. a. — Rejeter, renvoyer.

Clémens, 1840 / La Rue, 1894 : Pousser, jeter à terre.

France, 1907 : Jeter, pousser.

Escousse

Delvau, 1866 : s. f. Élan, — dans l’argot des écoliers. Prendre son escousse. Reculer de quelques pas en arrière pour sauter plus loin en avant.

France, 1907 : Élan. Prendre son escousse, reculer de quelques pas pour s’élancer.

Étouffeur

Delvau, 1866 : s. m. Libraire qui ne sait pas lancer ses livres ou qui ne veut pas lancer les livres édités par les autres libraires.

Rigaud, 1881 : Libraire, éditeur, qui connaît mal son métier. Celui qui lance mal, qui ne sait pas lancer un ouvrage. Faute de quelques réclames dans les journaux, l’étouffeur voit moisir les éditions au fond de sa boutique.

Virmaître, 1894 : On étouffe une affaire, un scandale. Un libraire étouffe un livre qu’il ne sait pas lancer. Le caissier qui vole son patron étouffe la monnaie. C’est surtout dans les cercles que les croupiers étouffent les jetons. On étouffe un perroquet. Étouffer, en un mot, est le synonyme de voler (Argot du peuple).

France, 1907 : Éditeur qui, ne sachant pas lancer ses livres on se refusant à la dépense d’un lancement, étouffe les auteurs. Se dit aussi d’un libraire-éditeur qui ne vent vendre que les livres édités par lui.

France, 1907 : Voleur, grec.

Exbalancer

Ansiaume, 1821 : Jetter.

J’exbalance la camelotte, car elle me feroit tomber.

France, 1907 : Renvoyer.

Exbalancer (s’)

Ansiaume, 1821 : Partir.

Je m’exbalance d’ici, car j’ai entravé deux roussins.

Faire de l’œil

Delvau, 1864 : Provoquer un passant, par un coup d’œil, à monter tirer un coup de cul.

Aussi, je le dis sans orgueil,
Le beau sexe me fait de l’œil.

(Jules Moineaux)

Rossignol, 1901 : On fait de l’œil à une femme pour tâcher de la posséder.

France, 1907 : Lancer des œillades provocatrices, regarder amoureusement quelqu’un.

D’ailleurs, à mesure qu’elle avance en âge, l’incertitude de sa vie l’inquiète ; toute son ambition serait d’avoir au moins quelques jolis costumes à mettre, et assez le paroles pour être remarquée des loges d’avant-scène : c’est là, en effet, que se tiennent les vieux généraux de l’empire, les banquiers célibataires, les Ulysses cosmopolites de l’hôtel des Princes, tous armés d’indiscrètes jumelles. Pour nous servir d’une expression consacrée dans le langage des coulisses, c’est en faisant bien l’œil de ce côté-là que la figurante parviendrait à retrouver toute l’existence dorée qu’elle a perdue après les beaux jours de sa jeunesse. Mais ce sont là autant de soupirs jetés dans les nuages.

(Philibert Audebrand)

La nuit venue, la scène changeait : à peine les réverbères étaient-ils allumés que la foule grossissante roulait à flots bruyants autour des galeries ; beaucoup de jeunes gens, une infinité de militaires, quelques vieux libertins, maints désœuvrés, un petit nombre d’observateurs force filous, des filles à moitié nues : c’était le moment où tous les vices se donnaient rendez-vous, se coudoyant, se heurtant, s’entremettant, où, tandis que les filles faisaient de l’œil, les escrocs jouaient des mains.

(Octave Uzanne, La Française du siècle)

Faiseur de flanelle

France, 1907 : Amateur qui fréquente les débits de chair humaine sans toucher à la marchandise.

Tous les voyous, tous les faiseurs de flanelle, contre lesquels la maquerelle dépitée lâchait autrefois ses souteneurs, sont maintenant choyés et bien reçus, on leur paye à boire ; on les excite à aller faire du charivari chez la voisine triomphante ; on leur sert même des huitres, à la condition qu’ils iront lancer les coquilles contre les carreaux du lupanar possesseur de la beauté ravie.

(Léo Taxil, La Prostitution contemporaine)

Falourde engourdie

Ansiaume, 1821 : Cadavre.

Il a fallu exbalancer du trimard les falourdes engourdies.

Clémens, 1840 : Cadavre.

Delvau, 1866 : s. f. Cadavre, — dans l’argot des voyous.

Virmaître, 1894 : Un cadavre. Allusion à la rigidité (Argot du peuple).

France, 1907 : Cadavre.

Filature

Virmaître, 1894 : Terme employé par les agents de la sûreté pour indiquer qu’ils filent un voleur (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Suivre. Un agent de police fait une filature, lorsqu’il suit un voleur pour savoir ce qu’il fait.

Hayard, 1907 : Occupation d’un agent qui suit quelqu’un.

France, 1907 : Action de filer quelqu’un, en terme de policier.

Mais la police est en défaut quand l’individu observé change de costume ou prend une voiture. Son flair est dérouté par le moindre écart dans la marche, qu’elle suppose normale, de l’individu. Mais en filature, les agents ne chassent qu’à vue. Couper sa barbe et troquer une blouse contre un paletot suffit à les dévoyer. Quand l’homme filé à les moyens de prendre un fiacre, l’agent lâche la poursuite. Il n’ira pas se lancer à son tour dans un sapin. Quand il présenterait sa note de frais, on lui rayerait impitoyablement son véhicule, en le prévenant sévèrement de ne plus « tirer de ces carottes-là. »

(Edmond Lepelletier)

France, 1907 : Cantine. On dit aussi filature de poivrots.

Matra était un petit clairon à poil noir, aux yeux de souris, trapu comme une poutre, et si leste qu’il semblait cacher des ressorts dans sa culotte. Je le connus au 17e bataillon de vitriers.
— Combien veux-tu par mois ?
Il suçait son embouchoire :
— Sept sous par semaine.
— Ça y est.
Le clairon pivota.
— Où allons nous ? Demandai-je.
— À la filature des poivrots, dit Matra, faut bien arroser le marché.
Cette filature, c’était la cantine.

(Georges d’Esparbès)

Flanquer

d’Hautel, 1808 : Appliquer ; donner avec emportement ; jeter quelque chose au nez de quelqu’un ; se placer mal-à-propos dans un lieu.
Je lui ai flanqué un bon souflet ; je lui ai flanqué cela au nez ; il est venu se flanquer au milieu de la compagnie. Pour, je lui ai appliqué un soufflet ; je lui ai jeté cela au nez ; il est venu, se poster, se placer, etc.

d’Hautel, 1808 : Ce verbe a les mêmes acceptions, et s’emploie absolument dans le même sens que le verbe précédent [Flaquer].

Halbert, 1849 : Mettre.

Delvau, 1866 : v. a. Lancer un coup, jeter, — dans l’argot des bourgeois, qui n’osent pas employer le verbe énergique des faubouriens. Se flanquer. Se jeter, s’envoyer. On disait autrefois Flaquer pour Lancer, jeter avec force un liquide.

La Rue, 1894 : Mentir.

France, 1907 : Jeter, lancer ; du vieux français flanquer.

Fourchette (lancer un coup de)

Fustier, 1889 : Porter à l’adversaire avec lequel on se bat un coup dans les deux yeux à la fois en y enfonçant, d’un mouvement rapide, l’index et le doigt majeur écartés.

Gilles (faire)

France, 1907 : S’enfuir précipitamment. Cette expression n’est plus guère usitée que dans le Midi : nous la donnons à titre de curiosité. S’il faut s’en rapporter au Moyen de parvenir, elle viendrait de ce qu’un certain Gilles, seigneur du Languedoc, s’enfuit pour ne pas être contraint à prendre la couronne qu’on lui offrait. On le canonisa pour ce fait.

Mais avant que passer outre, dit de bonhomme Scaliger, pourquoy est-ce que, quand quelqu’un s’en est enfui, on dit « Il a fait Gilles ! » — C’est pour ce que saint Gilles s’enfuit de son pays, et se cacha de peur d’être faít roi.

Je prens, sans balancer, ce que j’avois d’argent
De papiers, de bijoux et d’un soin diligent,
Tous quatre, de Thémis aprehendans les pates,
Sans bruit, nous faisons Gilles avec nos Dieux pénates.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Jupin leur fit prendre le saut,
Et contraignit de faire Gille
Le grand Typhon jusqu’en Sicile.

(Scarron, Virgile travesti)

On attribuait à ce saint modeste le pouvoir de guérir les cancers ; aussi désignait-on cette horrible maladie sous le nom de mal Saint-Gilles.

Ginginer

Larchey, 1865 : Faire une œillade.

Elle gingine à mon endroit…

(Gavarni)

Rigaud, 1881 : Cligner des yeux. — Regarder quelqu’un amoureusement.

France, 1907 : Lancer des œillades.

Gribouillette

d’Hautel, 1808 : Gribouillette, gribouillette. Mot dont on amuse les enfans, en faisant mouvoir les doigts sous leurs mentons, et en les chatouillant.
Jeter quelque chose à la gribouillette. Le jeter au hasard parmi une troupe d’enfans qui cherchent chacun à s’en saisir.

Delvau, 1866 : s. f. Objet quelconque lancé au milieu d’enfants, — dans l’argot des écoliers, qui se bousculent alors pour s’en emparer. Cela constitue un jeu. Jeter une chose à la gribouillette. La lancer un peu au hasard, — dans l’argot du peuple.

France, 1907 : Jeu d’enfants qui consiste à jeter un objet en l’air pour le rattraper à la volée. Jeter à la gribouillette, jeter au hasard.

Harricoter

Ansiaume, 1821 : Rompre.

Il faut harricoter la ligotante et l’exbalancer avec le canot.

Hasarder le paquet

Delvau, 1866 : Tenter une chose, fortune ou danger, après avoir longtemps hésité.

France, 1907 : Se lancer dans une entreprise, dans une aventure, après réflexions et hésitations.

Jeter son bonnet par dessus les moulins

Delvau, 1866 : Dire adieu à la pudeur, à l’innocence, et, par suite au respect des honnêtes gens, et se lancer à cœur perdu dans la voie scabreuse des aventures amoureuses. Argot du peuple.

Virmaître, 1894 : Traîner sa fleur d’oranger dans les ruisseaux (Argot du peuple).

Juste milieu

Delvau, 1866 : s. m. Député conservateur quand même, ami quand même du gouvernement régnant. Argot des journalistes libéraux. On dit aussi Centrier.

France, 1907 : Le derrière où le devant.

Debout sur son lit, la gamine se mit d’abord à gambader, faire la culbute, jouer avec son oreiller, me lancer son traversin, puis tout à coup levant sa chemise avec des éclats de vire, me fit voir son juste milieu.

(Les Propos du Commandeur)

Lancer

Halbert, 1849 : Pisser.

Delvau, 1866 : v. n. Meiere, — dans l’argot des voleurs.

France, 1907 : Uriner.

Lancer (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. De timide devenir audacieux auprès des femmes. Argot des bourgeois.

Lancer son prospectus

Rigaud, 1881 : Jouer de la prunelle, faire entrevoir sous le feu des prunelles tout un monde de voluptés, — dans le jargon des filles.

France, 1907 : Distribuer des œillades pleines de tromperies et de promesses comme les prospectus des marchands.

Lancer une femme

Rigaud, 1881 : Produire une femme dans le monde où l’on s’amuse. La lancer sur le chemin de la fortune, la mettre à la mode. Les gandins prononçaient et les gommeux prononcent : Je la lince. Une femme lancée est une femme qui occupe un certain rang dans la prostitution dorée, un des premiers sujets du monde galant. « Bientôt on la fêtera, on viendra verser à ses pieds les richesses du Potose ; on l’habillera de soie, on emplumera son chapeau… Alors elle sera lancée. » (Les Filles d’Hérodiade, 1845)

Lanceuse

Delvau, 1866 : s. f. Lorette vieillie sous le harnois, qui sert de chaperon, et de proxénète, aux jeunes filles inexpérimentées, dont la vocation galante est cependant suffisamment déclarée.

France, 1907 : Vieille femme qui a passé l’âge des amours et qui s’occupe de produire de jolies filles, leur sert de chaperon pour les lancer dans la carrière du vice.

Lascailler

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Pisser.

Vidocq, 1837 : v. a. — Uriner.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Larchey, 1865 : Pisser (Vidocq). — De lance. On dit encore : lancer de l’eau. V. Lansquiner.

Rigaud, 1881 : Uriner, — dans le jargon des voleurs.

France, 1907 : Uriner.

— Eh ! la Rouquine ! as-tu fini de lascailler ? T’as donc vidé l’abreuvoir dans ton ventre ?

(Les Joyeusetés du régiment)

Lazagne

Larchey, 1865 : Lettre (Vidocq). — Allusion aux lazagnes, longues bandes de pâtes d’Italie, ressemblant assez à des morceaux de papier. V. Balancer.

Delvau, 1866 : s. f. Lettre, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Lettre, — dans le jargon des voleurs. Balanceur de lazagnes, écrivain public.

La Rue, 1894 : Lettre. Billet de banque.

Virmaître, 1894 : Lettre (Argot des voleurs).

Hayard, 1907 : Lettre.

France, 1907 : Pâte en forme de rubans dont la composition est la même que celle du vermicelle et, comme le macaroni, fort en usage en Italie, où on la mange au gras et au fromage.

Lèche-curé

Rigaud, 1881 : Bigot, bigote, — dans le jargon du peuple.

France, 1907 : Dévot, dévote. Si elles ne léchaient que le curé, mais elles lèchent aussi les vicaires !

Un tas de lèche-curés assiégeaient le confessionnal du beau vicaire et, ne lui laissant pas un moment de repos, venaient le relancer jusque dans la sacristie. Ah ! les enragées bougresses ! comme je leur aurais donné du bâton !

(Les Propos du Commandeur)

Lorgner

d’Hautel, 1808 : Regarder quelqu’un du coin de l’œil ; lancer des regards indiscrets sur quelqu’un.
Lorgner une femme. La regarder avec recherche ; en devenir amoureux.

France, 1907 : Regarder.

Pendant tout le souper, parlant de chose et d’autre,
Notre vieille sans-dent lorgnoit le bon apôtre,
Qui, loin de lui vouloir donner le moindre espoir,
Ne faisoit pas semblant de s’en apercevoir ;
Sa jeunesse, son air et sa gentille face
Commençoient d’échauffer cette vieille carcasse ;
Toujours tomboit sur lui quelqu’amoureux regard.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Marle

Rossignol, 1901 : Malin.

France, 1907 : Souteneur, corruption de marlou. Être marle, connaître la vie, être malin.

On ne s’embêtait pas un seul instant ; le marle, non, le maître offrait du champagne… et il en vendait !
Il vendait de tout, même… surtout des gonzesses, sous prétexte de lancer des artistes : les vieux y trouvaient leur compte et lui aussi !

(Aristide Bruant, Les Bas-fonds de Paris)

Mufle, muffe, feton

Larchey, 1865 : Homme mal élevé, grossier. — Allusion au mufle d’un animal. — V. Balancer.

Eh ! dis donc, la belle blonde, tu vas quitter ces deux muffles et t’en venir avec moi.

(E. Sue)

Vois-tu, muffeton ? lui disait la dame.

(G. de Nerval)

Non decet

France, 1907 : « Cela ne convient pas. » Locution latine, par laquelle ou avertit quelqu’un de l’inconvenance d’un acte ou d’une parole.

M. le sénateur Bérenger passe sa vie à lancer des non decet.

Nouvelle

d’Hautel, 1808 : On n’en a eu ni vent ni nouvelle. Pour dire qu’on n’a plus entendu parler de quelqu’un, qu’on a perdu une affaire de vue.
On dit en parlant de l’autre monde, que personne n’en est revenu dire de nouvelles.

Rigaud, 1881 : Pour Nouvelle-Calédonie. Passer à la Nouvelle, être condamné à la déportation, — dans l’argot des voleurs.

France, 1907 : La Nouvelle-Calédonie. Passer à la Nouvelle, être transporté.

À quatorze ans fort souvent l’on se tâte
Et l’on se dits « Quel sera mon métier ?
Serai-je huissier ou délayeur de pâte,
Artiste peintre, évêque ou charretier ? »
Un jour soudain, un ami vous révèle
Que vous feriez un excellent colon…
« Tiens ! dites-vous, le conseil parait bon,
Essayons donc d’aller à la Nouelle ! »

(Georges Prud’homme)

Il en a pour vingt ans d’Nouvelle,
On n’en r’vient pas, de c’pat’lin-là,
Mais l’on part avec sa donzelle,
C’est tout c’qu’i’ faut pour vivr’ là-bas.

France, 1907 : Parcelle de la mèche ou fétu brûlant avec plus d’éclat, au milieu de la flamme d’une chandelle. C’est, dit-on, l’annonce d’une nouvelle. Si l’on frappe le flambeau sur la table et que la petite flammèche se détache et tombe, on en conclut que le messager est un cavalier, et, si elle persiste, que c’est un piéton.

(Cte Jaubert, Glossaire du Centre de la France)

Dans les campagnes lorraines, quand le feu se met à lancer des étincelles et à pétiller, c’est signe de visite.

Œil ouvert

France, 1907 : Crédit chez un cafetier, un débutant. Sans remonter aux Grecs pour l’origine de cette expression, je me rangerai volontiers de l’avis d’Alfred Delvau, qui pense que, pour avoir l’œil, les clients ont commencé par faire de d’œil à la dame de comptoir. Voir Faire l’œil.

L’œil ouvert se fermait partout. Nous ne pouvions plus mettre les pieds dans la rue sans apercevoir une figure de créancier qui nous guettait au passage. D’abord ils vinrent nous relancer jusque dans nos chambres, mais les adjudants Péchiné et Metzmaker donnèrent la consigne aux hommes de garde le ne laisser pénétrer aucun paletot.

(Hector France, L’Homme qui tue)

Oraison jaculatoire (faire l’)

Delvau, 1864 : Darder son aiguillon et lancer son sperme dans le con d’une femme, pendant qu’elle fait sa prière — sur le dos.

Maman, vois-les donc tous deux.
Avec quelle ardeur ils prient !
Regarde comme ils s’écrient : Mon amour !, je vois… les cieux ! —
Ils font, la chose est notoire,
Comme un acte méritoire,
L’oraison jaculatoire
Qu’en mon temps j’ai faite aussi.

(Léger)

Parthe (flèche de)

France, 1907 : Lancer une flèche de Parthe, c’est lancer en se retirant une épigramme, un mot méchant auquel celui qui le reçoit n’a pas le temps de répondre. Allusion à l’ancienne manière de combattre des Parthes qui, excellents cavaliers et excellents archers, harcelaient l’ennemi par des charges consécutives, puis fuyaient en lançant leurs traits, pour recommencer ensuite l’attaque. C’était la tactique des Arabes pendant les guerres de la conquête de l’Algérie.

Pas permis à tout le monde d’aller à Corinthe (il n’est)

France, 1907 : Vieux dicton grec passé en latin, puis en français : Non licet omnibus adire Corinthum. Ou encore, suivant l’adage d’Horace :

Non cuivis homini contingit adire Corinthum.

Traduction vulgaire : L’on ne fait pas ce que l’on veut. L’on ne peut se lancer dans telle ou telle entreprise, car il en coûte des efforts et de l’argent. Corinthe, dans l’antique Grèce, étant autrefois, à cause de son temple de Vénus, habitée par nombre de courtisanes. Le poète Anacréon, qui ne comptait à Athènes que trente-cinq maîtresses, en avait une légion à Corinthe. C’est lui qui le dit ; il est à présumer qu’il se vante comme un simple Marseillais, car il ajoute : « Compte-m’en de Lesbos, d’Ionie, de Carie et de Rhodes deux mille. Mais quoi, tu parais surpris de me voir tant de maîtresses ! Je ne t’ai pas encore nommé celles de Syrie, de Canope ni de Crète où le fils de Vénus cache ses mystères. Et je ne pourrais entreprendre de nombrer celles que j’ai eues au delà de Gadès, de la Bactriane et des Indes ! » Et encore le jeune Bathilde n’est pas dans le tas ! Voilà des mœurs qui effaroucheraient fort M. le sénateur Bérenger ! Quoi qu’il en soit, s’il faut s’en rapporter au voluptueux poète de l’Amour mouillé, c’était à Corinthe que l’on trouvait les plus belles filles de la Grèce. Le lieu était donc très couru et, en conséquence, la vie fort chère. On y poussait le luxe à l’extrême et Aspasies et Phrynés, les horizontales de l’époque, y trafiquaient de leurs charmes à des prix exagérés. Les opulents seuls pouvaient se permettre d’affronter un voyage dans la capitale de l’Achaïe et les dépenses excessives d’un séjour dans cette ville de plaisirs. De là le dicton passé à travers les âges.

Sapho, qui va trop loin se perd,
Je crains un labyrinthe ;
Le chemin ne m’est point ouvert
Pour aller à Corinthe.

(De Coulanges)

Érasme donne une autre version. D’après lui, l’aphorisme grec viendrait de ce qu’il était très difficile et dangereux d’entrer dans le port de Corinthe à cause des nombreux écueils qui l’entouraient. Nous préférons la première version.

Passer le Rubicon

France, 1907 : Franchir un passage dangereux. Se lancer tête baissée dans une audacieuse entreprise. Allusion à César qui, marchant sur Rome, fut un moment indécis avant de franchir le Rubicon, petite rivière appelée aujourd’hui Fiumicino, qui séparait la Gaule cisalpine de l’Italie et qu’il était défendu, sous peine de mort, aux généraux de franchir avec leurs troupes. César, qui visait à la dictature, franchit le Rubicon avec son armée (49 ans av. J.-C.) en s’écriant : Alea jacta est ! (Le sort en est jeté !) Alors éclata la guerre civile qui se termina à Pharsale.

Ma foi, passons le Rubicon !
Je m’en vais frapper à ta porte,
Et qu’à l’instant Satan m’emporte
Si tu me vois, sous ton balcon,
Comme une rosse de manège,
Tourner encor pieds dans la neige !

(G. Remi)

Paumer

Vidocq, 1837 : v. a. — Perdre.

un détenu, 1846 : Prendre, saisir, empoigner.

Larchey, 1865 : Empoigner. V. Du Cange. — Du vieux mot paumoier. — V. Cigogne.

Rends-moi la bourse, ou sinon je te paume.

(le Rapatriage, parade, dix-huitième siècle)

Larchey, 1865 : Perdre.

Je ne roupille que poitou ; je paumerai la sorbonne si ton palpitant ne fade pas les sentiments du mien.

(Vidocq)

Delvau, 1866 : v. a. Empoigner, prendre — avec la paume de la main. S’emploie au propre et au figuré. Être paumé. Être arrêté. Être paumé marron. Être pris en flagrant délit de tricherie, de vol ou de meurtre.

Delvau, 1866 : v. a. Perdre, — dans l’argot des voleurs. Paumer la sorbonne. Devenir fou, perdre la tête.

Rigaud, 1881 : Arrêter, appréhender au corps. Se faire paumer ; mot à mot : se faire mettre la paume de la main au collet.

Rigaud, 1881 : Dépenser, — dans le jargon des ouvriers. Paumer son fade, dépenser l’argent de sa paye.

Rigaud, 1881 : Perdre, — dans le jargon des voleurs. — Paumer l’atout, perdre courage.

La Rue, 1894 : Perdre. Dépenser. Empoigner. Arrêter. Se paumer, s’égarer.

Virmaître, 1894 : Perdre.
— Tu fais une drôle de gueule.
— J’avais deux sigues d’affure et j’en paume quatre, y a de quoi.
— Fallait pas jouer (Argot des voleurs). N.

Rossignol, 1901 : Perdu. — « J’ai paumé ma bourse. » — « J’ai paumé au jeu. » — Celui qui a de la perte a de la paume.

Rossignol, 1901 : Prendre, surprendre, arrêter. — « J’ai été paumé par ma mère au moment où je fouillais dans sa bourse. » — « Le môme Bidoche a été paumé en volant à l’étalage. »

Hayard, 1907 : Perdre.

France, 1907 : Dérober, détourner adroitement quelque chose, mettre la paume de la main sur un objet.

France, 1907 : Donner, lancer. « Paumer la gueule à un roussin », donner un coup de poing sur la figure d’un agent. Argot des voyous.

France, 1907 : Manger avec avidité.

France, 1907 : Prendre, arrêter, saisir ; littéralement, tenir dans la paume de la main, Argot populaire.

Il y a trois ans, les enjuponnés cherchaient les assassins d’un paysan et de sa femme ; ils en avaient déjà deux dans les griffes, il leur manquait un troisième.
Au hasard, ils paumèrent un pauvre bougre qui n’était pour rien dans l’affaire.

(Le Père Peinard)

Paumer sur le tas, arrêter en flagrant délit. Paumé dans le dos, flambé, perdu.

— Faut gicler, les gonzesses, on va vous paumer su’l’tas.

(A. Bruant, Les Bas-fonds de Paris)

Pélerin

d’Hautel, 1808 : Pour, fourbe, hypocrite, qui fait le bon apôtre.
Vous ne connoissez pas le pélerin. Se dit en mauvaise part ; pour, vous ne connoissez pas l’homme.
Rouge au soir, blanc au matin, c’est la journée du pélerin. Signifie, qu’il faut boire du vin blanc le matin, et du rouge le soir ; et dans un autre sens que ces deux couleurs de l’horizon, dénotent que le jour qui commence sera beau.

France, 1907 : Individu quelconque. Ce mot est employé généralement en mauvaise part : « Je connais le pèlerin », dit-on d’une personne dont on a eu à se plaindre.

À son avidité naturelle, il joignait le plus insupportable des vices que donne la civilisation : le drôle était économiste. Il me fit un sermon en trois points pour me démontrer que bien vivre et à bon marché était la misère des peuples sans commerce et sans industrie, tandis que la cherté est la marque de la civilisation la plus avancée… Discuter avec ces fanatiques, qui n’ont qu’une idée, le ciel m’en garde. Je connais ces pèlerins. La France, ses arsenaux, sa marine, ses armées, sa gloire, ses droits, ils livreraient tout au Grand Turc, s’il leur promettait en échange la liberté… de la boucherie.

(René Lefebvre, Paris en Amérique)

C’était chose ordinaire de trouver quatre ou cinq pendus se balancer au vent du matin, à Denver particulièrement, surtout sur le pont du Cherry, jeté sur la crique de ce nom. On faisait monter le pèlerin sur le parapet auquel on avait attaché une corde, et un nœud coulant au cou, il sautait, bon gré mal gré, dans l’éternité.

(Hector France, Chez les Indiens)

Père la Tuile (le)

Delvau, 1866 : Dieu, — dans l’argot des faubouriens, qui ne sont pas plus irrévérencieux que les peintres qui l’appellent le Père Eternel.

Rigaud, 1881 : Dieu.

Virmaître, 1894 : Dieu. Il n’est pourtant jamais tombé sur personne. Cette expression est en usage dans le monde des prisons.
— As-tu entendu le ratichon balancer sa jasante au Père la Tuile (Argot des voleurs).

Pétard

Vidocq, 1837 : s. m. — Haricot.

Clémens, 1840 : Éveil, se faire de la bile.

un détenu, 1846 : Un sou.

Delvau, 1866 : s. m. Bruit, esclandre.

N’bats pas l’quart,
Crains l’pétard,
J’suis Bertrand l’pochard !

dit une chanson populaire.

Delvau, 1866 : s. m. Derrière de l’homme ou de la femme. Se dit aussi pour Coup de pied appliqué au derrière.

Rigaud, 1881 : Derrière. — Haricot. Le haricot est tantôt un musicien, tantôt un pétard, tantôt exécutant, tantôt musique. Allusion compréhensible, même pour les enfants.

Fustier, 1889 : Argot des artistes et des gens de lettres. Succès bruyant.

Pourquoi ce qui n’avait pas réussi jusqu’alors, a-t-il été, cette fois, un événement de librairie ? ce qu’on appelle, en argot artistique, un pétard.

(Gazette des Tribunaux, 1882. )

Fustier, 1889 : Sou.

À droite, un comptoir en étain
Qu’on astique chaque matin.
C’est la qu’on verse
Le rhum, les cognacs et les marcs
À qui veut mettre trois pétards
Dans le commerce.

(Gaulois, 1882)

La Rue, 1894 : Un sou. Soumet. Haricot. Postérieur. Bagarre.

Virmaître, 1894 : Le derrière.
— Crois-tu qu’elle est bien en viande ? Quel riche pétard ! On en mangerait une tranche.
L’allusion se devine ; souvent il tire des feux d’artifice (Argot du peuple). N.

Virmaître, 1894 : Sou. C’est une corruption du mot patard, expression employée par François Villon. En Suisse, il y a des siècles, patard était une monnaie divisionnaire ; en terme de mépris, on disait : un patard de vache (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Le derrière.

Rossignol, 1901 : Sou.

Rossignol, 1901 : Tapage, bruit.

Avez-vous fini de faire du pétard, on n’entend que vous.

France, 1907 : Bruit, tapage.

Comment, v’là d’jà ménuit qui sonne !
Ej’ croyais pas qu’l’était si tard,
C’est vrai qu’on rencont’ pus personne
Et qu’on n’entend pus grand pétard.
Vrai, si j’étais propriétaire,
J’irais ben m’coucher un moment…
Mais je n’suis mêm’ pas locataire…

(Aristide Bruant)

Faire du pétard, faire du bruit, récriminer, protester vigoureusement, causer du désordre.

Autrefois, elle était fantasque,
Capricieuse, et f’sait du pétard,
Ne r’gardant pas à faire un’ frasque,
Encor moins à faire un cornard.
Mais maintenant on peut sur elle
Se reposer de tout souci,
Comme un pigeon dessous une aile…

(Henri Bachmann, La Femme mûre)

Faire un pétard est, en terme littéraire et artistique, produire une œuvre sensationnelle, qui heurte les idées courantes, choque les préjugés bourgeois, et l’on ne se doute pas du nombre de bourgeois que contient le monde artistique et littéraire. En littérature, Nana, d’Émile Zola, fut un pétard ; en peinture, la Salomée de Henri Regnault en fut un également.

Si je fais du théâtre, ce sera pour être joué, et, tout en le faisant comme je comprends qu’il doit être, — l’image de la vie. Je ne casserai aucune vitre, ne lancerai aucun pétard.

(Émile Zola)

France, 1907 : Le derrière, maître Luc, ce que l’intellectuel Armand Silvestre admire le plus chez la femme.

Le timbré s’est fait une théorie bien à lui sur les différents types de femmes. Il prétend qu’il faut être, et il est, lui, gourmand avec les brunes, gourmet avec les blondes, glouton avec les rousses, et goinfre avec les châtaines bien capitonnées, aux tétons fermes et abondants, aux croupes plantureuses et charnues, car l’adjudant apprécie la quantité au même titre que la qualité.
— J’aurais dû rentrer dans l’artillerie ou le génie, dit-il quelquefois, car j’adore les pétards, moi !

(Le Régiment)

Je les ai vus égayant
La foules ivre d’allégresse :
Chacun d’eux, certe, est bruyant
Étincelant, flamboyant,
Mais, je le confesse,
Rentré chez moi sur le tard,
Je me suis dit à moi-même :
« Ces pétards, nom d’un pétard !
Ne valent pas le pétard
De celle que j’aime ! »

(Gil Blas)

France, 1907 : Pièce d’un sou ; corruption du vieux français patard.

— J’aimerais mieux encore turbiner d’achar du matois à la sorgue pour affurer cinquante pétards par luisant que de goupiner.

(Mémoires de Vidocq)

À droite un comptoir en étain
Qu’on astique chaque matin :
C’est là qu’on verse
Les rhums, les cognacs et les marcs
À qui veut mettre trois pétards
Dans le commerce.

(Chanson du Père Lunette)

France, 1907 : Soufflet. Ça claque.

Piersonnage

France, 1907 : Proxénétisme maternel. Le mot ne fut guère employé que vers 1830 à cause d’une femme nommée Pierson qui trafiquait des charmes de sa fille.

Il y a des mères qui ne craignent pas de prendre l’initiative de la prostitution de leurs filles, et de les lancer elles-mêmes dans ce monde déplorable. C’est ce que le Figaro appelle le piersonnage. Ceux qui fréquentent la Closerie des Lilas y connaissent bien une fort jolie demoiselle, qui ne vient jamais seule, Si quelqu’un l’aborde : « Adressez-vous à ma mère !  ;» dit-elle.
Je m’arrête… Mais je dois dire que ce qui m’a plus indigné encore que cette infâme spéculation, c’est le calme parfait et souriant avec lequel la mère, — car c’est une vraie mère ! — pose et discute ses conditions !

(Ces Dames, 1850)

Piquer un renard

Larchey, 1865 : Vomir. — V. Renard. — Piquer un soleil : Rougir subitement. — Piquer l’étrangère : V. ce mot. — Piquer une tête : S’élancer ou tomber la tête la première. — Piquer un laïus : V. ce mot. — Piquer une carte :

Lui imprimer certaines marques imperceptibles, et susceptibles de ne les faire connaître a d’autres qu’à vous.

(Mornand)

Piquer sur quatre : Gagner une partie d’écarté presque perdue, lorsque votre adversaire a sur vous quatre points d’avance. — Se piquer le nez : V. ce mot. — Pas piqué des vers, des hannetons : Vigoureux, intact, frais, sain.

C’est qu’il fait un froid qui n’est pas piqué des vers ici !

(Gavarni)

Une jeunesse entre quinze et seize, point piquée des hannetons, un vrai bouton de rose.

(Montépin)

C’est qu’elle n’était pas piquée des vers, Et oui, morbleu ! C’est ce qu’il faut à Mahieu.

(Les amours de Mahieu, ch., 1832)

Rigaud, 1881 : Restituer forcément un bon ou un mauvais repas.

France, 1907 : Vomir.

Pituiter

Larchey, 1865 : Déblatérer. — Allusion au caractère pernicieux de la pituite.

On en a déjà assez pituité sur notre compte.

(Lynol)

Delvau, 1866 : v. a. Médire, faire des indiscrétions, bavarder. Argot des faubouriens.

France, 1907 : Médire, bavarder, lancer au figuré sa pituite, sa bave sur le prochain ; argot populaire.

Planter le harpon

Delvau, 1866 : v. a. Lancer une idée, avancer une proposition, — dans l’argot des marins.

France, 1907 : Faire une proposition, exprimer une idée ; argot des marins.

Pointeau

Rigaud, 1881 : Employé qui pointe le temps dans les usines, — en terme d’ouvrier.

France, 1907 : Surveillant dans les fabriques qui pointe les entrées et les sorties des ouvriers ainsi que les heures de travail.

Et d’abord, sachez que la « loi scélérate » a eu pour résultat immédiat la création d’un policier nouveau modèle : le pointeau.
Ce mouchard passe, d’une à sept fois par semaine, — suivant la tête des bons fieux qu’il surveille, — chez leur pipelet, à leur gargote, etc. Il va aussi chez leur patron, fait des ragots et, neuf fois sur dix, réussit à les faire balancer.
Tâchez donc de me dire en vertu de quel article du Code se pratique cette surveillance policière ?

(Le Père Peinard)

Polir le chinois (se)

Delvau, 1864 : Se branler le vit. Boileau ; qui n’aimait pas les femmes nous a dit : Polissez-le sans cesse et le repolissez.

Le noir cocu que la chair aiguillonne.
Tranquillement se polit le chinois.

(Chanson anonyme moderne)

On dit aussi : Se balancer le chinois.

Pontes pour l’aff

Virmaître, 1894 : Ponte doit être pris dans le sens de bailleur de fonds assemblés pour lancer une affaire plus ou moins véreuse. On sait que le ponte (joueur) est généralement peu scrupuleux (Argot des boursiers).

Postillon

Larchey, 1865 : « Un postillon est une boulette de mie de pain pétrie entre les doigts et renfermant un avis adressé à un détenu. »

(Canler)

Delvau, 1866 : s. m. Éclaboussure de salive ou de nourriture que lancent en parlant les gens à qui il manque des dents ou ceux qui ont la malhonnête habitude de parler en mangeant.

Ces postillons sont d’une maladresse !

Delvau, 1866 : s. m. La première dame mise en circulation, — dans l’argot des joueurs de jacquet.

Rigaud, 1881 : Boulette de mie de pain recélant un billet qu’un détenu lance d’une cour à l’autre, lorsqu’il a quelque communication à faire à un camarade. — Envoyer le postillon, correspondre entre prisonniers.

Rigaud, 1881 : Carte servant de point de repère — peut-être vaudrait-il mieux orthographier repaire — pour reconnaître soit le début, soit la fin, soit la reprise d’une passe au baccarat, — dans le jargon des grecs. Nommé postillon parce qu’il conduit le char de la fortune sur le tapis vert.

Rigaud, 1881 : Insinuation déplacée. — Faire postillon.

Rigaud, 1881 : Petite pluie de salive dont le postillonneur asperge, bien innocemment, le visage de son interlocuteur.

Virmaître, 1894 : Baver en parlant, c’est lancer des postillons (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Boulette de mie de pain dans laquelle est un billet laconique. Cette boulette est lancée dans la cour où se trouve le prisonnier que l’on veut prévenir qu’un de ses complices s’est mis à table. Le postillon est aussitôt ramassé, et ouvert ; le billet est collé sur la muraille ; quand les gardiens s’aperçoivent du coup, il est trop tard (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : C’est une bouchée de pain, dans laquelle on met beaucoup de poivre, à la portée de la main d’un voisin de table, qui ne manque jamais de la manger.

Rossignol, 1901 : Salive que des personnes envoient en parlant.

Hayard, 1907 : Jet de salive en parlant.

France, 1907 : Boulette de mie de pain pétrie entre les doigts et qui sert de communication entre les prisonniers entre eux ou entre les prisonniers et leurs visiteurs. Elle contient um mot, un avis. « Envoyer le postillon », correspondre à l’aide de la dite boulette. Argot des voleurs.

Postillons

France, 1907 : Projectiles que certaines personnes lancent en parlant sur leurs voisins, et ce qui est plus grave, lorsqu’on est à table, dans les assiettes, ce qui fait paraitre nauséabonds les meilleurs plats. « Lancer des postillons. »

Pouille (faire la)

France, 1907 : Se passer ou se lancer des matériaux de main en main, comme font les couvreurs, les maçons.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique