France, 1907 : Faire sa mijaurée, sa sainte nitouche.
Tu fais ton aubépine ! Eh ! Fiche-moi la paix,
Sinon je cogne dur. Suis-je donc un niais ?
Quoi ! Tu ne gagnes rien et tu veux que je t’aime !
(Jérôme Monti, Le Traquenard)
Aubépine (faire son)
France, 1907 : Faire sa mijaurée, sa sainte nitouche.
Tu fais ton aubépine ! Eh ! Fiche-moi la paix,
Sinon je cogne dur. Suis-je donc un niais ?
Quoi ! Tu ne gagnes rien et tu veux que je t’aime !
(Jérôme Monti, Le Traquenard)
Baiser Lamourette
France, 1907 : Réconciliation de peu de durée.
Un baiser historique célèbre et dont le souvenir fait sourire à tort, c’est le baiser Lamourette.
L’Assemblée législative de 1792 était divisée. Des députés, les uns voulaient la paix, les autres la guerre. Un parti soutenait la constitution monarchique, un autre parti essayait de la renverser pour rétablir la République.
Cependant les armées ennemies allaient passer la frontière, entrer en France.
Devant ce cri : « La patrie est en danger ! » Les discordes civiles devraient-elles continuer à troubler les discussions de l’Assemblée ? Une pensée commune ne devrait-elle pas réunir tous les citoyens ?
Un brave homme, l’abbé Lamourette, monta à la tribune et fit un appel à la conciliation.
— Jurons de n’avoir qu’un seul esprit, qu’un seul sentiment ! Jurons-nous fraternité éternelle ! Que l’ennemi sache que ce que nous voulons, nous le voulons tous, et la patrie est sauvée !
À ces mots, un souffle d’enthousiasme passa sur l’Assemblée. Les députés des opinions les plus opposées se jetèrent dans les bras les uns des autres. Il n’y eut plus ni droite ni gauche, mais des hommes confondus, échangeant un baiser fraternel. Ce ne fut qu’une trêve dans la guerre implacable entre l’ancien régime et le nouveau ; et pourtant le baiser Lamourette s’impose à l’histoire par sa grandeur, car il représente, dans la Révolution, la tolérance philosophique : des hommes épris du bien, combattant pour le triomphe de leurs idées sans cesser de s’aimer, oubliant, à un moment donné, leurs querelles dans l’élan d’un sentiment de justice et d’amour.
Bâton de réglisse
Fustier, 1889 : Gardien de la paix. Prêtre.
Bomber
Fustier, 1889 : Frapper, battre. Argot de souteneur.
Si tu prends des airs de bégueule,
Gare à ta peau… J’te vas bomber.
Rossignol, 1901 : Frapper quelqu’un est le bomber.
Si tu ne me fiches pas la paix, je vais te bomber.
Boulevardier
Rigaud, 1881 : Fidèle habitué des boulevards, qui, pour lui, commencent sur le trottoir du grand café de la Paix et finissent à l’angle de la rue du Faubourg-Montmartre. Là est tout le Paris du boulevardier, avec ses cafés, ses restaurants et ses drôlesses. Il dédaigne le trottoir d’en face qu’il abandonne aux provinciaux et aux gens en course.
France, 1907 : Bohême journaliste ou gommeux qu’on rencontre dans les cafés du boulevard.
Canularium
Fustier, 1889 : Argot des élèves de l’École normale. Sorte d’investiture ; épreuves que subissent à l’École les nouveaux venus. Dans le numéro du 13 novembre 1887 du journal La Paix, M. Joseph Montet a fait une curieuse description de cette cérémonie.
France, 1907 : Sorte de brimade à l’École Normale, où les anciens font subir aux nouveaux un examen grotesque qui les canule fortement.
Chouriner
Bras-de-Fer, 1829 : Frapper à coup de couteau.
M.D., 1844 : Donner des coups de couteau.
Delvau, 1866 : v. a. Tuer, — dans l’argot des ouvriers qui ont lu les Mystères de Paris d’Eugène Sue, et qui, à cause de cela, n’ont que de fort incomplètes et de fort inexactes notions de l’argot des voleurs. V. Suriner.
Rigaud, 1881 : Frapper à coups de couteau.
La Rue, 1894 : Tuer à coups de couteau ou chourin.
France, 1907 : Donner des coups de couteau. Ce mot a été mis à la mode par Eugène Sue. L’Auvergnat prononce, à l’instar des gens de son pays, l’s comme le ch et appelle un surin, chourin, d’où suriner, chouriner.
Un amant qui supprime sa maîtresse est, peu ou prou, toujours condamné… les mauvaises mœurs étant désavouables. Un mari qui chourine sa femme est, le plus souvent, acquitté… Il faut lui tenir compte des circonstances régulières dans lesquelles le meurtre s’est accompli.
(Séverine)
Nous ne sommes pas du nombre de ceux qui haïssent, en plein jour, l’uniforme du gardien de la paix et qui l’adorent, à trois heures du matin, dans une rue mal fréquentée. À toute heure, il nous inspire une profonde sympathie ; nous nous souvenons que, grâce à lui, nous pouvons rentrer à notre demeure, à l’heure de nuit qui nous convient, sans trop risquer d’être chouriné.
(Hogier-Grison, Les Hommes de proie)
Pour les amateurs de spectacles,
Pour les largu’s qu’aim’ les émotions,
C’est la modern’ cour des miracles :
On n’y pay’ pas d’contributions !
C’est pas là qu’la vertu domine,
Quant aux grands airs, y n’en faut plus ;
Bref, c’est l’vrai pont où l’on chourine,
Bourgeois d’provinc’, passez pas d’ssus !!!
(Aristide Bruant)
Cogne
Ansiaume, 1821 : Gendarme.
J’ai ébobi deux cognes, sans la grive je crompois.
Vidocq, 1837 : s. m. — Gendarme.
Clémens, 1840 / M.D., 1844 / un détenu, 1846 / Halbert, 1849 : Gendarme.
Delvau, 1866 : s. m. Apocope de Cognac, — dans l’argot des faubouriens.
Delvau, 1866 : s. m. Gendarme. La cogne. La gendarmerie.
Rigaud, 1881 : Cognac. — Prendre un petit cogne, histoire de se rincer la dent, prendre un petit verre de cognac, pour se rafraîchir la bouche.
Viens pitancher un verre de cogne !
(Huysmans, Marthe)
La Rue, 1894 : Gendarme. Agent.
Virmaître, 1894 : Gendarme (Argot des voleurs). V. Hirondelle de potence.
Rossignol, 1901 : Gendarme. On nomme aussi les gardiens de la paix des cognes
Acré (sauvons-nous), v’la les cognes.
Hayard, 1907 : Gendarme.
France, 1907 : Abréviation de cognac et de cognard. Ces trois mots sont dérivés du verbe cogner.
Mais une heure après, ô guignon !
La faridondaine, la faridondou,
Les cognes m’ont mis à l’abri,
Biribi !
(Georges Prud’homme, Rouge et Noir)
France, 1907 : Eau-de-vie ; abréviation de cognac. Un noir de trois ronds sans cogne, une tasse de café noir de trois sous sans eau-de-vie.
Cordon bleu
Delvau, 1866 : s. m. Cuisinière émérite. Argot des bourgeois.
France, 1907 : On appelle ainsi les bonnes cuisinières. L’ordre du Cordon Bleu ou du Saint Esprit, créé par Henri III en 1578, aboli en 1791, rétabli en 1816, et bien qu’il n’ait pas été supprimé en 1830, cesse d’être conféré à partir de cette époque. Il n’était donné qu’aux grands seigneurs, aux princes, aux généraux, aux prélats, tous amis de la bonne chère, ou, du moins, obligés par état d’avoir une table bien servie. On disait donc d’un excellent cuisinier : « Il est digne d’entrer chez un cordon bleu », puis, par abréviation, on finit par désigner le cuisinier lui-même ou la cuisinière du nom de cordon bleu.
Les jeunes filles de notre pays devraient bien prendre exemple sur celles du Nord et ne pas dédaigner de s’initier à l’art des fourneaux. Elles y trouveraient profit, une fois mariées. Une bonne table, en effet, est souvent la meilleure garantie de la paix et du bonheur du ménage, et l’on ne s’y trompe pas dans les foyers in partibus. Que de maris ne déserteraient pas la salle à manger conjugale pour celle du cercle, si leurs femmes s’entendaient mieux à garnir leur assiette, à leur offrir des plats choisis flattant leurs goûts et leurs manies ! Que de maîtresses de maison ne passeraient point leur vie à crier après leurs cuisinières et à réclamer les tabliers d’icelles, si elles savaient mettre la main à la pâte et, au besoin, apprendre à leur cordon bleu la façon de préparer le plat dont la mauvaise conception les désole et les exaspère !…
(Santillane, Gil Blas)
Cornichon
d’Hautel, 1808 : Petit concombre propre à confire. On dit ironiquement, bassement et figurément d’un homme niais, inepte, inhabile à faire quelque chose : C’est un cornichon, il a l’air d’un cornichon, il est bête comme un cornichon.
Vidocq, 1837 : s. m. — Veau.
Delvau, 1864 : Le membre viril, avec lequel les femmes aiment à accommoder leur viande.
Larchey, 1865 : Veau (id.). — Mot à mot : fils de cornante. — Cornichon : Niais (d’Hautel, 1808).
Jour de Dieu ! Constantin, fallait-il être cornichonne.
(Gavarni)
Cornichon : Élève de l’École militaire.
Une fois en élémentaires, il se bifurque de nouveau en élève de Saint-Cyr ou cornichon, et en bachot ou bachelier ès-sciences.
(Institutions de Paris, 1858)
Delvau, 1866 : s. et adj. Nigaud, homme simple, qui respecte les femmes, — dans l’argot de Breda-Street ; parfois imbécile, — dans l’argot du peuple, qui juge un peu comme les filles, ses filles.
Delvau, 1866 : s. m. Veau. Argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Aspirant à l’École militaire de Saint-Cyr.
France, 1907 : Niais, nigaud ; argot populaire.
Vous me disiez qu’il y a je ne sais combien de siècles, un vieux c…ornichon, qui faisait de la menuiserie, et qui s’appelait Joseph, avait épousé une petite brune… et que la petite brune avait fait la connaissance d’un pigeon, qui était le Saint-Esprit… et qu’à la suite de cette affaire votre idiot de menuisier était devenu pa ju d’un petit Jésus, sans avoir eu à en prendre la peine… et que la petite brune était restée demoiselle comme avant.
(Léo Taxil, Le Sacrement du Curé)
France, 1907 : Sobriquet donné par les potaches aux candidats à l’École de Saint-Cyr.
Le monôme des candidats à Saint-Cyr, autrefois dit le monôme des cornichons, a eu lien comme d’habitude. Plus de neuf cents jeunes gens y ont pris part. Les cornichons s’étaient réunis place du Panthéon. Ils se sont mis en marche à quatre heures et demie, précédés et flanqués de nombreux gardiens de la paix. En tête, un candidat portait un magnifique drapeau en soie frangé d’or, sur lequel on lisait : « Les candidats de Saint-Cyr — 1893. »
(Gaulois)
Dégommer
un détenu, 1846 : Mourir, cesser de vivre.
Larchey, 1865 : Destituer.
Réélu ! — Dégommé !
(Gavarni)
Delvau, 1866 : v. a. Destituer, casser d’un grade, — dans l’argot des troupiers. Se dégommer. S’entre-tuer.
Rigaud, 1881 : Surpasser. — Destituer.
Fustier, 1889 : Mourir. Dégommé, mort. Quart des dégommés, commissaire des morts.
France, 1907 : Casser, en argot militaire, un caporal ou un sous-officier de son grade. Destituer un fonctionnaire, lui enlever sa gomme.
La cour, qui en voit de raides cependant, a eu de la peine à digérer celle-là. Toutelois, on n’ose jamais tenir grande rigueur à un premier ministre. Timidement la magistrature lui a posé cette petite question : Mais vous êtes trigame ?
— C’est bien possible, a répondu Crispi, mais je suis aussi ministre. Si vous ne me f… pas la paix, je vous dégomme.
(Le Petit Pioupiou)
N’est-ce pas la gomme qu’on emploie pour donner à une étoffe la roideur, le poli, l’éclat ? Quand cette étoffe est dégommée, elle a perdu son lustre, elle est devenue chiffon. Un homme maladif, souffrant, est, dit-on, dégommé. C’est une expression très juste et qui lait image. Voyez ce préfet, à la démarche roide et fière, au regard olympien. Il fait trembler son département. — Vienne un simple télégramme, trois mots… Il est démissionné — non, il est dégommné. Son œil se voile, sa raideur s’affaisse. (J’en ai connu un qui avait perdu en une nuit dix centimètres de sa taille.) Le frac vulgaire, ou le démocratique paletot-sac, a remplacé l’habit brodé. Dégommé ! oh ! oui, dégommé !
(Baron Piot)
France, 1907 : Mourir.
— Comment ! Le colonel est dégommé ! C’est pour ça qu’on est si joyeux ! C’était pourtant un brave brave homme.
— Brave homme, c’est possible ! mais ça va faire de l’avancement ! de l’avancement, mon bon, de l’avancement…
(Hector France, L’Homme qui tue)
France, 1907 : Surpasser.
Déporter
Rigaud, 1881 : Renvoyer, — dans le jargon des ouvriers. — Être déporté, être renvoyé de l’atelier.
Rossignol, 1901 : Renvoyer quelqu’un de chez soi ou le mettre à la porte, c’est le déporter.
France, 1907 : Mettre à la porte.
Les rixes sont fréquentes dans la salle du Sénat, mais tout se passe en famille, et rarement la police intervient. Si, par hasard, une affaire prend trop mauvaise tournure, le garçon, solide gaillard, déporte (c’est le mot consacré) les combattants dans la rue, où un cercle de curieux les protège, pendant qu’ils s’administrent une peignée en règle ; ensuite, comme les duellistes renommés, ils se réconcilient sur le terrain et rentrent dans l’établissement, où ils se font servir une tournée de tord-boyaux qui cimente la paix conclue.
(G. Macé, Un Joli monde)
Par la venterne on te déporte,
Au claq renquille par la porte.
(Hogier-Grison)
Douceur (faire en)
France, 1907 : Voler ou tromper quelqu’un en le flattant ou le faisant boire. Se dit aussi pour tout acte vigoureux accompli sans violence.
Doué d’une force herculéenne, il considère comme une lâcheté de l’employer sans nécessité absolue. Si un malfaiteur qu’il arrête veut lui résister, il l’étreint… en douceur, et l’enlève comme une plume sans la moindre violence. Dans une bagarre, sa présence suffit pour ramener la paix. Il sépare placidement, écarte d’un revers de mains les combattants, et ramasse dans le tas celui qu’il cherche.
(G. Macé, Un Joli monde)
Écorcher
d’Hautel, 1808 : Être écorché. Être rançonné ; payer trop cher ce que l’on achète.
On dit d’un traiteur chez lequel il faut donner beaucoup d’argent pour dîner, qu’on est écorché quand on va chez lui.
Beau parler n’écorche point la langue. Signifie qu’il ne coûte pas plus de parler civilement qu’avec arrogance.
Écorcher un auteur. L’entendre mal, ou le traduire à contre-sens.
Il est brave comme un lapin écorché. Se dit d’un poltron ; d’un homme pusillanime et lâche.
Écorcher le renard. Pour dire, vomir, dégobiller, regorger.
Écorcher les oreilles. Prononcer mal ; parler mal devant quelqu’un qui est instruit.
Autant fait celui qui tient que celui qui écorche. Signifie que le recéleur est aussi coupable que le voleur même.
Il crie comme si on l’écorchoit. Se dit d’une personne délicate, et aimant à crier ; qui fait beaucoup de bruit pour rien.
Faire quelque chose à écorche cul. En rechignant ; de mauvaise grace.
Il faut tondre les brebis, mais non pas les écorcher. Il faut plumer la poule, etc. Voyez Crier.
Delvau, 1866 : v. a. Surfaire un prix, exagérer le quantum d’une addition, de façon à faire crier les consommateurs et à les empêcher de revenir.
Rigaud, 1881 : Faire payer un objet deux ou trois fois sa valeur ; c’est la qualité dominante chez la plupart des boutiquiers de Paris dont les boutiques sont placées, sans doute, sous le patronage de Saint Barthélémy.
France, 1907 : Surfaire un prix ; présenter un compte d’apothicaire. Écorcher une langue, la mal parler. Écorcher les auteurs, les mal traduire.
Pour signer la paix, la Prusse a exigé de la France une indemnité de guerre de cinq milliards.
Ce n’est pas seulement en parlant que les Allemands écorchent le français.
On dit aussi écorcher un rôle.
À cette époque aussi, Albert Glatigny, dégingandé, si long qu’il était sans fin, si souple qu’il était sans consistance, Glatigny écrivait ses poèmes archi-lyriques ; mais il était, en même temps, acteur à un petit théâtre de banlieue, ce qui lui dont à manger à peu près chaque jour. Or, un matin, Théodore de Banville surpris ledit Glatigny en train de répéter le rôle d’Achille dans l’Iphigénie de Racine.
— Eh quoi ! sécria-t-il, tu vas jouer une pièce de ce… monsieur ?
— Parbleu ! répondit Glatigny ; et c’est précisément parce que je l’exècre que je le joue. Car personne, songes-y bien, personne ne lui fit plus de tort que je ne lui en prépare à ce moment.
Alors comme Banville demeurait soupçonneux :
— Théodore, ajouta Glatigny, viens seulement, ce soir, au théâtre de Montmartre : et tu verras comment je le joue, ce polisson, tu verras comment je l’écorche !
Ficher
d’Hautel, 1808 : Met bas et trivial qui est d’un fréquent usage parmi les Parisiens, et qui a un grand nombre d’acceptions.
Fichez le camp d’ici. Manière impérative et malhonnête de renvoyer quelqu’un ; et qui équivaut à, sortez d’ici ; retirez-vous.
Va te faire fiche. Pour, va te promener ; laisse moi tranquille.
Se ficher. Pour, se moquer de quelqu’un ; ne pas craindre ses menaces ; s’embarrasser peu de quelque chose.
Je m’en fiche. Pour, je me moque bien de lui ; je m’embarrasse peu de cette chose.
Je ťen fiche. Expression dubitative, pour cette chose n’est pas vraie ; tu te trompes assurément.
Je m’en fiche comme de Colin-Tampon. C’est-à-dire, comme de rien du tout ; je ne fais aucun cas de sa personne.
C’est bien fichant de n’avoir pas pu parvenir à conclure cette affaire.
C’est fichant d’avoir sacrifié son bien pour un ingrat.
C’est fichant de faire le gros seigneur et de n’avoir pas le sou. Ces locutions, comme on voit, expriment alternativement le regret, la plainte, le déplaisir, l’ironie.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Donner.
Vidocq, 1837 : v. a. — Bâiller.
Larchey, 1865 : Donner, flanquer.
Je l’ai fichue à l’eau.
(E. Sue)
J’lui fiche un soufflet.
(1750, Cailleau)
Fiche-moi la paix.
(Jaime)
Dès la fin du quatorzième siècle, ficher se trouve souvent dans le livre des faicts du mareschal de boucicaut (édit. michaud). — à une déroute de sarrasins, il est dit que les jardins favorisèrent beaucoup leur retraite, car s’y fichèrent ceulx qui eschapper peurent (p. 276). — la même année (1399), on nous représente les vénitiens après un combat maritime s’en allant ficher en leur ville de modon (p. 283). — enfin,
quand chateaumorant, avec la compaignée des autres prisonniers feurent arrivez à venise, adonc on les ficha en forte prison.
(édit. petitot, t. II, p. 83)
Larchey, 1865 : Faire. — Il est à remarquer que la finale de cet infinitif s’élide presque toujours.
Mais voyons, Limousin, avec un méchant budget d’une cinquantaine de millions, qu’est-ce que tu peux fiche ?
(Gavarni)
Larchey, 1865 : Fourrer.
Ne vas pas te ficher cela dans la cervelle.
(Le Rapatriage, parade du dix-huitième siècle)
Delvau, 1866 : v. a. Donner. Signifie aussi : Appliquer, envoyer, jeter.
Delvau, 1866 : v. n. Faire, convenir, importer. Une remarque en passant : On écrit Ficher, mais on prononce Fiche, à l’infinitif.
France, 1907 : Donner, envoyer. C’est une corruption du bas latin ficham facere, faire la fine, se moquer de quelqu’un.
Voir Faire fi. Les Italiens disent : Far le fiche. « Fichez-moi la paix. »
Flic-à-dard, fliquot
La Rue, 1894 : Gardien de la paix.
Flicarts
Rossignol, 1901 : Gardiens de la paix.
Flics
Rossignol, 1901 : Gardiens de la paix.
Foutre
France, 1907 : Ce verbe est employé si souvent même par les gens du meilleur ton et à tant de sauces différentes que, malgré le sens obscène qui s’y attache, il a sa place obligée dans ce dictionnaire. Il a d’abord sa signification primitive futuere, faire l’acte qui perpétue les espèces, et, dans notre purisme ou plutôt notre pudibonderie imbécile, la chose par laquelle nous existons et le mot qui la désigne sont acte et mot qu’il est malséant de mentionner.
Indépendamment de sa signification originelle latine, il est employé dans le sens de faire :
Qu’est-ce que cela me peut foutre ?
Lorsqu’on tient ces vilains propos,
Je les méprise et je passe outre,
Alerte, gaillard et dispos !
(Albert Glatigny, Joyeusetés galantes)
Donner : fous-moi la paix ; fous-lui un gnon ; foutez-lui son compte.
Je crierai : Foutez-moi la paix avec vos odes !
À mon âge, on relit les livres déjà lus,
Puis, mon corps n’est pas faits à vos nouvelles modes ;
Soyez chastes, surtout, car je ne b… plus !
(Albert Glatigny, Joyeusetés galantes)
Dans une réunion publique :
Un pur. — Citoyens… je demande qu’on me foute du pain, qu’on me foute du vin, qu’on me foute de la viande !…
Un tiède. — Citoyens !… Vous l’entendez ! il demande qu’on lui foute du pain, qu’un lui foute du vin, qu’on lui foute de la viande ; il ne demande pas qu’on lui foute du travail. Moi, je demande qu’on le foute à la porte et qu’il nous foute la paix.
Je t’en fous mon billet, je t’en donne ma parole.
Foutre (se)
Delvau, 1866 : Se moquer, — dans l’argot du peuple, qui ne mâche pas ses mots, et, d’ailleurs, n’attache pas à celui-ci d’autre sens que les bourgeois au verbe se ficher. D’un autre côté aussi, n’est-il pas autorisé à dire ce que le bibliophile Jacob n’a pas craint d’écrire dans Vertu et tempérament, — un roman fort curieux et fort intéressant sur les mœurs de la Restauration, où on lit : « Quand un lâche nous trahirait, nous nous en foutons ! »
La Rue, 1894 : Se moquer. Le mot est grossier. Se ficher est une atténuation. Signifie aussi jeter, placer, donner, faire, s’habiller. Ficher au poste (on prononce fich’), ficher sa montre au clou, ficher une gifle, mal fichu (mal habillé), ne rien fiche. Allez vous faire ficher (allez au diable), ficher dedans (tromper) ; ficher la paix (laisser tranquille) ; ficher le camp (partir).
France, 1907 : Se moquer de quelqu’un ou de quelque chose, ne pas y tenir.
— Je me fous de la philosophie, en sommes, vous savez ! Et je donnerais tout l’œuvre d’Aristote, voire Platon et son Banquet, pour tenir longtemps, — toujours ! — dans mes bras, une taille souple comme la vitre, prolongée comme la tienne, ô mon idole, par un de ces derrières royaux qui démolissent si éloquemment toutes les ratiocinations des Strindberg !…
(Fin de Siècle)
Ça m’est égal, v’là tout’ l’histoire ;
Je n’vous désire ni bien ni mal ;
Ne m’gênez pas, c’est l’principal ;
Buvez sitôt qu’j’ai fini d’boire.
J’suis pas méchant, ça m’dérang’rait ;
J’suis pas bon, un autr’ me mang’rait ;
J’mijot’ dans mon indifférence !
Dites noir, dites rouge ou blanc,
Moi je n’dis rien—c’est bien plus franc —
Criez : Viv’ le roi ! Viv’ la France !
Viv’ la Prusse ! Engueulez-vous tous…
J’m’en fous !
(Paul Paillette)
— Non, papa serait en colères…
D’ailleurs, je n’ai que trente sous,
— Garde ton argent ! je m’en fous !
Est-ce qu’à ton âge on éclaire ?
(Albert Glatigny)
Sous la Restauration, le couplet suivant était chanté par les bonapartistes :
Je me fout du Roi,
Du comte d’Artois,
Du duc d’Angoulème,
Du duc de Berry,
D’la duchesse aussi
Et de qui les aime.
Foutre la paix
Delvau, 1866 : Laisser tranquille.
Gaff
Ansiaume, 1821 : Sentinelle.
En entrant en vergue le gaff m’a fait tomber.
un détenu, 1846 : Gardien, surveillant, vedette.
Fustier, 1889 : Gardien de la paix en bourgeois. V. plus bas Guignol.
Gamme (monter une)
Larchey, 1865 : Gronder, tancer crescendo.
Rigaud, 1881 : Administrer une correction à un enfant jusqu’à ce qu’il crie. — Les gosses gueulent à la tortore. — Monte-z’y leur une gamme et qu’ils nous f… la paix : — Les enfants demandent à manger. — Bats-les et qu’ils nous laissent tranquilles. (Fragment d’une conversation faubourienne prise sur le vif.) Gamme signifiait, au XVIIe siècle, réprimande, récrimination, comme le prouvent les exemples suivants :
Je m’en vais le trouver et lui chanter sa gamme.
(Molière)
Avec dame Junon, sa femme,
Qui souvent lui chante la gamme.
(Scarron)
Guignol
Fustier, 1889 : Gendarme. Argot des voleurs.
Survient-il dans une foire quelque figure rébarbative, le teneur flaire un gaff (un gardien de la paix en bourgeois), ou un guignol (un gendarme en civil)…
(Petit Journal, mai 1886)
France, 1907 : Homme sans consistance, sans caractère et sans parole, qui n’est bon qu’à amuser les autres et sur lequel on ne peut compter. Faire le guignol, c’est faire de grands gestes, se remuer à tort et à travers.
On a donné le nom de guignol à tous les farceurs politiques et littéraires. Henry Bauer a publié une série d’études critiques sous le titre : Les Grands Guignols.
Parfois, dans mes rares éclaircies d’obnubilation politique, il me passe comme un sentiment confus de ce qu’ils veulent dire par : le jeu des portefeuilles. J’y entrevois une sorte de conséquence farce et logique du parlementarisme où nous pataugeons, et, — vous l’avouerai-je ? — la comédie la plus burlesque de son grand guignol national. Mais ce n’est qu’un éclair dans ma nuit de contribuable.
(Émile Bergerat)
France, 1907 : Théâtre de marionnettes en plein vent, appelé ainsi de son principal personnage.
D’après Joanny Augier qui a décrit le canut dans les Français peints par eux-mêmes, Guignol aurait Lyon pour origine : « Il fréquente, dit-il en parlant du canut, un petit spectacle de marionnettes, tout à fait local, dont le principal personnage, assez semblable au Pulcinella des Italiens, au Punch des Anglais, est un nommé Guignol, type du canut lui-même, dont les lazzis moqueurs et dérisoires à son encontre font pourtant ses délices et son plus parfait amusement »
Guignol est une marionnette d’origine lyonnaise, et date de la fin du premier empire. Vers 1812 un entrepreneur de marionnettes, ruiné à la suite des guerres, se vit réduit à vendre aux enchères ses décors et ses pantins. Un seul acquéreur se présenta, un nommé Mourguet, connu depuis vingt ans dans Lyon où il vendait des chansons sur les places publiques, tandis que sa femme l’accompagnait en jouant de l’orgue de Barbarie. Il eut les marionnettes à très bon compte. Il loua alors dans un quartier pauvre de la ville, celui de Saint-Paul, une vieille salle qui pouvait contenir cent personnes, y installa, outre la scène, une galerie et un parterre. On payait de quatre à douze sous. On y joua d’abord les Jocrisse, qui étaient fort à la mode. Mais un directeur d’un des grands théâtres de la ville défendit, en vertu de son privilège, qu’on représentât les Jocrisse ailleurs que chez lui. Mourguet alors changea les types de ses personnes et appela Jocrisse Guignolant.
« Le nouveau Jocrisse était méconnaissable, dit Tony Révillon qui raconte l’anecdote dans le Drapeau noir. Son nez était aplati ; un petit serre-tête noir terminé par une queue ou salsifis en demi-cercle couvrait sa perruque rousse ; le justaucorps rouge des valets avait disparu pour faire place à la veste marron à boutons blancs de l’ouvrier lyonnais. L’accent s’était modifié comme le costume. Mourguet parlait canut. Il avait les ô et les â circonflexes de la Croix-Rousse, l’accent traînard et doux de Saint-Just.
Le succès fut immense.
Pendant six mois, on s’abordait par ces mots : « Avez-vous vu Guignol ? »
Le public, trouvant Guignolant trop long, avait baptisé lui-même le héros du théâtre lyonnais.
Mais en dépit du costume et de l’accent, Guignol rappelait trop Jocrisse. Son créateur le modifia.
Désormais il sera lui-même. Ouvrier, il représentera les misères, les tiraillements, les menues joies du peuple des tisseurs ; héros de théâtre, il incarnera la justice, protégera les faibles, se soustraira à la tyrannie par la ruse et châtiera la méchanceté par les coups. Gai comme tous les comiques, sa gouaillerie aura parfois la dent cruelle, mais la bonne humeur et la verve l’emporteront. Cette verve et le bâton de Polichinelle (le picarlat) sont italiens. Tout le reste est lyonnais, et surtout l’ami, le confident du héros, Benoit, qui plus tard deviendra Gnafron, mais qui aura laissé pour trace de son passage deux locutions : Dis donc, Benoit ! et Va donc, Benoit ! populaires aujourd’hui dans le département un Rhône. »
Un gendre de Mourguet, Josseraud, introduisit Guignol à Paris.
Hola
d’Hautel, 1808 : Mettre les holas. Séparer deux personnes qui se battent, rétablir la paix et l’union entre des gens divisés.
Ilotier
Fustier, 1889 : Ce mot, dans le langage policier, désigne le gardien de la paix chargé de surveiller continuellement un certain nombre de rues, toujours les mêmes et qui forment, pour ainsi dire, les limites d’un îlot.
Il est clair qu’après le passage de l’îlotier en un point déterminé, ce point reste un certain temps dégarni.
(Petite République française, mai 1882)
Jambe (la)
Rossignol, 1901 : Pour dire à quelqu’un : laisses-moi, tu me rases, tu m’ennuies, ou tais-toi, en voilà assez, on dit : la Jambe, fiche-nous la paix.
Kif-kif
Delvau, 1866 : adv. Ric-à-ric, — dans l’argot des faubouriens qui ont servi dans l’armée d’Afrique.
Boutmy, 1883 : Expression qui vient des Arabes, importée assurément dans l’atelier par quelque zéphyr ou quelque zouave typographe. Dans le patois algérien, kif-kif signifie semblable à : kif-kif bourricot, semblable à un âne. Les compositeurs l’emploient pour dire qu’une chose est la même qu’une autre : C’est kif-kif, c’est équivalent, c’est la même chose.
Merlin, 1888 : Synonyme à identique, de semblable, — de l’arabe.
France, 1907 : Même chose. Mot arabe rapporté par les troupiers d’Afrique. Il s’emploie toujours pour indiquer la similitude.
Ya dix ans les pauvres bougres que les Versaillais avait envoyés à la Nouvelle radinaient. Y avait eu d’abord des grâces, puis l’amnistie. Le populo mené en bateau par les politicailleurs commencait à ruminer : jusque-là on avait cru qu’une fois Grévy président de la République, les 363 devenus les maîtres de tout, ça allait marcher comme sur des roulettes.
Ah ouat ! Kif-kif comme sous Mac-Mahon.
(Le Père Peinard)
L’exemple ? On s’en moque, remoque et contre-moque ! Avoir le cou tranché net on crever des boyaux vides, c’est kif-kif ! Au moins, avant de mourir, on est nourri !
(Séverine)
On dit aussi dans le même sens kif-kif bourico, comme le baudet.
Que ce soit le printemps rose
Où tout dit : « J’aime ! » à l’écho,
Que ce soit l’hiver morose,
Pour eux : kif-kif bourriko !
(Octave Pradels)
Jules Jouy, dans sa chanson des Gardiens de la paix, qui fit jadis les délices des habitués du Chat Noir, termine par ce couplet sur l’air des Canards tyroliens :
Quand les sergots restent chez eux,
À mon avis, ça vaut bien mieux,
Qu’ils s’occupent de leurs conjungos,
Car, des sergots, ou pas d’sergots,
Pour nous, c’est kif-kif bourrico,
Tralalalala, tralalala !
Paix ! paix ! paix ! paix !
Voilà les gardiens de la paix !
Je ne sais pourquoi Dubut de Laforest a, dans la Femme d’affaires, dénaturé l’orthographe pourtant si rationnelle de kif-kif :
— Laissez-moi là, puisque je ne suis pas un homme !
— Un singe, c’est quif quif !
Lâcher d’un cran
Rossignol, 1901 : « Fiche-nous la paix, tu nous ennuies, lâche-nous d’un cran. — Ma maîtresse m’a quitté, elle m’a lâché d’un cran. »
France, 1907 : Se débarrasser de quelqu’un.
— Les hommes sont si bêtes qu’ils n’estiment que ce qui coûte cher. Moi aussi, j’avais un amant, un poète, que j’adorais de tout mon petit cœur. Eh bien ! comme j’étais très sage et très douce avec lui, que je travaillais honnêtement afin de lui enlever l’ombre d’une dépense, un beau jour il m’a lâchée de plusieurs crans pour s’acoquiner avec une vieille lorette, maquillée comme un mur peint à neuf, et qui lui a mangé ses onze mille francs de capital en trois mois.
(Ces Dames du Casino, 1862)
Lâcher le coude
France, 1907 : Laisser quelqu’un tranquille ; s’emploie surtout dans le sens de ficher la paix.
— Lâchez-nous le coude avec votre politique… Lisez les assassinats, c’est plus rigolo.
(Émile Zola, L’Assommoir)
— Alors elle s’est mise en colère et a crié devant tout le corps de ballet réuni : « Voyez-vous cette sale puce qui dit que les autres ne connaissent pas l’amour, parce qu’elle a eu un vieil orang-outang ! » Moi de lui dire : « Tu aurais bien voulu l’avoir à ma place, et même après moi, car tu es encore contente, aujourd’hui, de ramasser mes restes. » Alors, la Salvia s’en est mêlée. Elle m’a regardée avec ses grands yeux bêtes et m’a dit : « Ce n’est pas gentil, Zéozia, ce que tu dis là. » Je me monte et je lui crie : « Toi aussi, tu as mes restes ! Lâche-moi le coude ! »
(Edgar Monteil, Le Monde officiel)
Lampion
Halbert, 1849 : Sergent de ville.
Larchey, 1865 : Chapeau à cornes.
Je passe le pantalon du cipal et je coiffe le lampion.
(Bourget)
Larchey, 1865 : Œil. — Allusion à la flamme.
Si j’te vois faire l’œil en tirelire à ton perruquier du bon ton, Calypso, j’suis fâché d’te l’dire, Foi d’homme ! j’te crève un lampion.
(Chanson populaire)
Delvau, 1866 : s. m. Chapeau, — dans l’argot des voyous.
Rigaud, 1881 : Bouteille. — Œil. — Chapeau. — Sergent de ville.
La Rue, 1894 : Chapeau. Œil. Bouteille. Gardien de la paix.
Hayard, 1907 : Verre d’eau-de-vie.
France, 1907 : Bouteille.
France, 1907 : Chapeau, à cause de sa forme.
France, 1907 : Gardien de la paix.
France, 1907 : Œil.
Si j’te vois fair’ l’œil en tir’lire
À ton perruquier du bon ton,
Irma, j’suis fâché de te l’dire,
Foi d’homme, j’te crève un lampion !
(Chanson populaire)
Landwehr
France, 1907 : Nom donné en Allemagne à une partie de la population appelée à servir d’auxiliaire aux troupes en cas de guerre ; de land, pays, et wehr, défense.
Alors que nous n’avions que l’armée active, — car je ne compte pas la mobile qui n’était à ce moment qu’une fantaisie, et la garde nationale qui n’existait que pour rire — la Prusse ayant, elle, sa landwehr sérieuse, sa landsturm prête à entrer en ligne.
Landwehr et Landsturm étaient disséminées un peu partout… Le capitaine Fitreman était bottier rue de la Paix, à Paris ; le lieutenant Sanfans était marchand de vins à Belleville ; le caporal Shobig était balayeur municipal ; le sergent Sudelkock était cuisinier dans un grand restaurant du boulevard.
(Hogier-Grison, La Police)
Libertaire
France, 1907 : Personne qui aime la liberté complète sans distinction d’opinion.
Barsac alla siéger à l’extrême gauche de la Chambre, mais il signifia clairement qu’il n’était ni radical, ni socialiste. Il se nomma : un libertaire. Il entendait par là que, seule, la liberté de chaque individu lui serait chère. Radical il n’était : parce que ce mot ne signifiait rien ; socialiste non plus, parce que le socialisme est un dogme, et que, comme tout dogme, il est faux, n’a rien de réel, parce qu’il serait fatal pour un grand nombre en remplaçant l’autoritarisme ancien par une domination inférieure, parce que c’est une force essayant de se constituer pour asservir l’individu.
(Félicien Champsaur, Le Mandarin)
Socialistes et libertaires nous prophétisent un monde enfin libre et fraternel dans la paix et dans l’harmonie ; mais tous ces précurseurs sont, en général, de terribles individualistes, fort impatients de jouir, de satisfaire leur fameux « moi », et m’ont tout l’air de n’avoir aucune confiance dans le retour de l’âge d’or et dans la réconciliation des loups et des agneaux.
Quelques-uns sont de bonne foi, je le veux bien : mais alors ils étonnent par leur optimisme enfantin. C’est des progrès de la science, c’est de l’instruction intégrale qu’ils attendent l’avènement d’une société meilleure, persuadés qu’ils sont que les machines supprimeront le travail et qu’on peut moraliser les hommes avec des manuels. Et tant de naïveté, n’est-ce pas ? fait de la peine.
(François Coppée)
Luné (être bien ou mal)
France, 1907 : Être de bonne ou mauvaise humeur.
Ce matin-là, il n’y eut qu’un cri dans tout le Paradis.
— Le bon Dieu est mal luné aujourd’hui. Malheur à celui qui contrarierait ses desseins !
L’impression générale était juste : le Créateur n’était pas à prendre avec des pincettes.
À l’archange qui vint se mettre à sa disposition pour le service de la journée, il répondit sèchement : Zut ! fchez-moi la paix !
(Alphonse Allais)
Ministre
Rigaud, 1881 : Pour le soldat, tout individu crevant de santé, bien placé ou bien renté, que rien n’émeut, content de lui, gros et gras à lard est un « ministre ». Il y a, comme on voit, un grand fond d’observation chez le troupier français. — Gros ministre, marche donc, si tu peux, ou roule, si tu peux pas marcher.
Rossignol, 1901 : Mulet. En campagne, les mulets sont des ministres parce qu’ils sont toujours charges des affaires de l’État.
France, 1907 : Mulet, cheval de bât ; argot militaire spécialement de l’armée d’Afrique. Cette appellation burlesque vient de ce que les mulets, chevaux de bât sont chargés, disent les soldats, des affaires du régiment, comme les ministres de celles de l’État. Dans certains départements du Centre, ministre, qu’on prononce minisse, est le nom donné aux baudets (Voir Mazarin).
Dans l’enquête sur le chemin de fer de Clermont, un cantonnier chargé de constater la circulation journalière sur une route écrivait dans son rapport : « Le… (quantième), huit chevaux, six bœufs, dix vaches, trois ministres. » Nous nous sommes plu à constater que ce sobriquet était antérieur à l’établissement du régime représentatif ; il date peut-être des guerres de religion, et aura été employé en haine de ceux, comme on disait, de la religion prétendue réformée et de leurs ministres. Se dit notamment à la Charité, l’une des villes de sûreté des protestants, dans la paix dite boiteuse et mal assise ; à Sancerre, ville fameuse par le siège qu’elle a soutenu après la Saint-Barthélémy, et surtout à Asniéres, village encore tout protestant, aux portes de Bourges. L’explication la plus honnête est celle qu’on tire simplement du latin minisier, serviteur.
(Jaubrert, Glossaire du centre de la France)
O fortunatos nimium
France, 1907 : (sous-entendu : sua si bona norint). « Ô trop heureux s’ils connaissaient leur bonheur ! » Locution latine tirée des Églogues de Virgile et que l’on applique à ceux qui ne savent pas apprécier la paix, la tranquillité, les liens modestes dont ils jouissent.
Opportuniste
Rigaud, 1881 : Réactionnaire de l’avenir ; Orléaniste honteux. Républicain qui, en attendant le moment opportun où il pourra voir triompher sa cause, sait se contenter d’une bonne place. Les opportunistes, dont M. Gambetta est le chef, ont pour adversaires les intransigeants, républicains trop pressés.
France, 1907 : Au banquet des places et des honneurs fortuné convive, ou simplement postulant à l’assiette au beurre — disent les anti-opportunistes qui n’ont d’autre désir que de prendre les mêmes places au susdit banquet.
Les hideux opportunistes donnaient, dans les balthazars officiels, le baiser de Judas à l’alliance russe, tandis qu’ils travaillaient sournoisement à la rendre impossible.
Ce qui distingue les opportunistes des autres échantillons de l’espèce humaine, c’est qu’ils ne s’intéressent ni à la patrie, ni à la République, ni à la défense des frontières, ni à la paix, ni à la guerre, ni au bonheur du peuple, ni à son malheur. Ils ne s’occupent que d’eux-mêmes, ne connaissent qu’eux-mêmes et ne voient qu’eux-mêmes.
(Henri Rochefort)
Je ne connais pas de plus répugnant, de plus ignoble parti que le parti dit opportuniste.
Il n’en est aucun. d’ ailleurs, qui soit honni, méprisé davantage par les vrais républicains.
Pourquoi ?
Parce que l’opportunisme n’est ni la République, ni la Monarchie, parce que c’est un parti hybride, où il n’y a ni doctrines, ni principes, ni programmes, ni pudeur, un parti politique où, sans le moindre souci de la dignité, de l’honneur, on emprunte à l’heure et à la course, comme on prend un fiacre, les doctrines, les principes et les programmes des autres.
(L’Autorité, août 1889)
Pas de chahut
France, 1907 : Fantaisie où l’acrobatie joue le principal rôle, Voir Chahut.
Quelques femmes chantaient et riaient en esquissant un pas de chahut sur la chaussée sous l’œil impassible d’un gardien de la paix qui, le képi sur les yeux et les mains ballantes, demeurait droit comme un bec de gaz et ne daignait rien voir.
(Edmond Lepelletier)
Pèlerin
Rigaud, 1881 : Individu dont on ignore le nom, particulier, le premier venu. — Quel est ce pèlerin-là ?
Fustier, 1889 : Gardien de la paix. Argot du peuple. Allusion aux pèlerines en caoutchouc que les gardiens portent depuis l’année dernière.
Picaillons
Larchey, 1865 : Écus.
Je lui pinçais ses picaillons.
(Robert Macaire, ch., 1836)
J’leur donnerons des picalions. Vive la paix ! Vive la nation !
(Chanson poissarde du Consulat. Tourneur fils)
Delvau, 1866 : s. m. pl. Pièces de monnaie, — dans l’argot des faubouriens.
Rigaud, 1881 : Pièces de cinq francs. — Un certain nombre de pièces de monnaie d’argent. Avoir des picaillons.
Madame Zéphyrin l’aurait plumé, lui aussi s’il avait eu des picaillons.
(Vast-Ricouard, Le Tripot)
Pisser des lames de rasoir
France, 1907 : Être dans un moment difficile et pénible ; être importuné. « Fichez-moi la paix ! Vous me faites pisser des lames de rasoir ! »
Purgatoire
d’Hautel, 1808 : Il est comme les ames du purgatoire, il ne demande que le repos. Se dit d’un homme qui à l’intrigue, à l’ambition, au tumulte du grand monde, préfère la paix, l’ordre et la retraite.
Rabibocher
Larchey, 1865 : Raccommoder. V. Collant.
N’en parlons plus ! Il faut que je me rabiboche avec vous.
(E. Sue)
Delvau, 1866 : v. a. Réconcilier des gens fâchés, — dans l’argot des bourgeois. Se rabibocher. Se réconcilier.
Rigaud, 1881 : Réparer. — Se rabibôcher, se réconcilier entre enfants.
La Rue, 1894 : Réparer. Réconcilier.
Virmaître, 1894 : Quand un ménage est en désaccord et qu’un raccommodage a lieu, il est rabiboché. Le rabibochage n’est le plus souvent qu’un replâtrage. Quand les enfants jouent aux billes, ceux qui ont perdu disent au gagnant :
— Veux-tu nous rabibocher ?
C’est-à-dire nous rendre quelques billes (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Faire la paix avec un ami lorsqu’on est fâché, c’est se rabibocher.
Hayard, 1907 : Se remettre en camaraderie après avoir été fâché.
France, 1907 : Rajuster à la hâte, raccommoder vite et sans beaucoup de soin. Provincialisme.
Radis noir
Rigaud, 1881 : Prêtre, — dans le jargon des ouvriers.
Fustier, 1889 : Gardien de la paix.
Virmaître, 1894 : Prêtre. Allusion à la robe noire. Cette expression date du temps où l’on jouait à l’Ambigu la pièce des Mystères de Paris. Rodin, célèbre type de canaille, mangeait pour son dîner un plat de radis noir (Argot du peuple). N.
Rossignol, 1901 : Curé. Tous ceux qui portent la soutane.
Hayard, 1907 : Prêtre.
France, 1907 : Prêtre.
Faut voir tous les plans que tire un sacré radis noir : il a emberlificotté du certain nombre de pauvres femmes et les réunit tous les dimanches, avec ordre d’amener leurs gosses, et la représentation commence.
D’abord, les enfants braillent des cantiques et un tas de couillonnades, ensuite un cabotin dit une messe avec une trifouillée de micmacs, puis, comme on attrape pas des mouches avec du vinaigre, on tire une tombola et les bidards gagnent des verres des bols, des assiettes.
(Le Père Peinard)
Ramiauler
France, 1907 : Remettre, raccommoder, faire la paix.
— Je voulons point nous ramiauler avec té.
— Ni mé itou, tâteux de pies !
(Hugues Le Roux)
Rapatrier
d’Hautel, 1808 : Raccommoder deux personnes brouillées.
Se rapatrier. Faire la paix, se réconcilier avec, quelqu’un, convenir réciproquement d’oublier ses torts.
Refait
France, 1907 : Terme de jeu. Coup à refaire.
Mais, d’une part, nous l’avons dit, des femmes qui jouent ne sont plus des femmes, elles sont devenues des joueurs, Leur conversation se réduit à ces mots qui appartiennent à tous les mondes, car on joue malheureusement aujourd’hui dans tous les mondes : — « Je passe la main, je tiens tout, je demande des cartes, le roi est bon, l’as est meilleur, c’est le retour du dix ; encore un refait, ce lansquenet est insupportable, il n’y a que des refaits. »
(Adolphe Belot, Le Drame de la rue de la Paix)
Rincer l’œil (se)
Fustier, 1889 : Regarder complaisamment quelque chose ou quelqu’un.
Depuis notre arrivée, vous n’avez cessé de vous rincer l’œil de toutes ces créatures éhontées…
(Chavette)
France, 1907 : Jouir d’un spectacle agréable, se complaire à la vue suggestive d’une jolie femme, de ses charmes.
— Ah ! çà, est-ce que tu vas recommencer, et vous deux, est-ce que vous n’allez pas bientôt me ficher la paix ? De quoi vous mêlez-vous ? Il m’a regardée, tu dis ; eh bien ! et après ? Est-ce que je ne vaux pas la peine qu’on me reluque ? Je suis assez bien tournée pour ça. Si Jean me trouve jolie, ça prouve qu’il a du goût. Il s’est rincé l’œil, il a bien fait. À sa place, j’en aurais fait bien plus.
(Ivan Bouvier)
Adonc tout était duc, marquis ou prince,
Et, selon le trope exquis du Boireau,
C’était le high-life où son œil se rince,
Quand la République y pousse un poireau.
Ruraux
France, 1907 : Sobriquet donné par les Parisiens aux membres de la Chambre des députés qui, en 1871, signèrent le désastreux traité de paix. Cette Chambre était composée en grande partie de députés conservateurs de la province.
Une Chambre se réunit en grande partie formée par les soins et sous les menaces et la pression des Prussiens, avec mandat de traiter de la paix : aussi, quelle Chambre !!! jamais on n’en vit une pareille, c’est la plus complète collection de palmipèdes qui se puisse voir ; recrutée en dépeuplant les basses-cours des fermes des départements. Ces oies ne furent même pas les oies du Capitole. On les baptisa du nom, à mon avis bien anodin et bien poli, de ruraux ; ils sont, certes, les cryptogames du fumier électoral, et des plus vénéneux encore.
(C. Matel, Les Étrivières)
Salamalec
d’Hautel, 1808 : Salutation humble, plus servile que respectueuse ; courbette ; terme arabe qui signifie la paix.
Faire des salamalecs à quelqu’un. Lui donner des preuves d’une grande soumission ; d’un respect servile.
France, 1907 : Salutation cérémonieuse ; allusion aux salutations et aux compliments interminables que se font les Arabes, littéralement Salam alek, le salut sur toi, phrase par laquelle ils débutent. Faire des salamalecs.
Savoir se tenir
France, 1907 : Savoir se conduire non seulement en société, mais dans tous les détails de la vie… suivant les snobs.
Savoir se tenir est un grand art à notre époque ; à ceux qui le possèdent, on passe beaucoup d’imperfections, de défauts et même de vices.
Un homme du monde qui sait se tenir a des vêtements élégants, des chemises artistement repassées, des bottines toujours irréprochables.
Pour un empire, il ne sortirait pas à pied en chapeau rond, dans les rues de Paris, même au mois d’août. Il ne se permettrait pas de monter dans une voiture de place ; il n’oserait porter à la main le plus léger paquet. Il aura dix maîtresses, il se ruinera pour elles et compromettra par la même occasion l’avenir de sa femme et de ses enfants, mais il évitera de se montrer en première loge à l’Opéra, au Bois en voiture découverte, avec la moins compromettante de ses dix maîtresses.
Il lui arrivera de ne jamais payer ses fournisseurs, mais il sera d’une régularité exemplaire quand il s’agira d’une différence de bourse, d’un pari fait aux courses ou d’une dette de jeu.
(Adolphe Belot, Le Drame de la rue de la Paix)
Sergo
Rigaud, 1881 : Sergent de ville.
La Rue, 1894 : Gardien de la paix.
Sergocratie
France, 1907 : La police, le corps des gardiens de la paix.
Nul n’ignore qu’en notre doux pays, la sergocratie, sous prétexte de maintenir l’ordre, tient le haut du pavé. Elle a tous les droits et se croit tout permis.
(La Sociale, 1896)
Sergot
Virmaître, 1894 : V. Bec de gaz.
Hayard, 1907 : Sergent de ville.
France, 1907 : Gardien de la paix. Ce sobriquet vient de ce qui et les appelait autrefois sergents de ville.
Y a des nuits ousque les sergots
Les ramass’nt, comm’ des escargots,
D’la rue d’Flandre à la Chopinette…
(Aristide Bruant)
Si vis pacem para bellum
France, 1907 : Si tu veux la paix, prépare-toi à la guerre.
Tête (faire sa)
Larchey, 1865 : Prendre de grands airs.
Tu y gagnes d’avoir l’exercice une fois de plus par jour pour apprendre à faire ta tête.
(Vidal, 1833)
Rigaud, 1881 : Faire des embarras ; prendre des airs importants.
Ça veut faire sa tête et ça ne sait pas seulement lire.
(V. Rozier, Les Bals publics à Paris)
France, 1907 : Prendre des airs importants, faire le glorieux.
Y’a t’y rien qui vous agace,
Comme un’ levrette en pal’tot !
Quand y’a tant de gens su’la place
Qui n’ont rien à s’mett’ su’l’dos ?
J’ai l’horreur d’ces p’tit’s bêtes,
J’aim’ pas leurs museaux pointus,
J’aim’ pas ceux qui font leur tête
Pass’ qui z’ont des pardessus.
(Auguste de Chatillon, La Levrette en paletot)
Faire une tête, ne pas paraître content.
— Allons, Mignonne, ne me fais pas ainsi une tête, tu me navres. Que veux-tu que je fasse pour toi ? — Me foutre la paix !
(Les Propos du Commandeur)
Se faire une tête, se maquiller.
Les gens comme moi ont par moments d’irrésistibles besoins de franchise. On ne peut pas pendant de longues années se faire laborieusement une tête et jouer la comédie sans se sentir heureux de se montrer quelquefois, tel que l’on est, à un homme d’esprit ; c’est un repos nécessaire.
(Simon Boubée, Le Testament d’un martyr)
Tortillade
Ansiaume, 1821 : Festin.
Ils ne font que des tortillades en vergue, ils se feront grimer.
France, 1907 : Nourriture, de tortiller, manger ; argot populaire.
Voilà : un crime quelconque se commet, aussitôt l’indignation publique réveillée, — elle dort quelquefois, complaisamment, — l’indignation publique se dresse, éructe un cri et ouvre une large gueule. Oui, imagine-toi la susdite indignation sous la forme terrifiante d’un monstre mythologique, doué d’une mâchoire de crocodile, affamé dès son réveil, s’en donnant par les babines, mangeant à tous les râteliers, même à celui de la justice, et s’offrant de rabelaisiennes tortillades pour dormir ensuite plus profondément, assouvi, abruti, dans la paix lourde d’une longue digestion… Donc, un crime se commet et l’indignation publique ouvre la gueule.
(Gustave Guesvilier)
Tournée des grands-ducs
France, 1907 : Visite que font dans les cabarets borgnes, les centres de misère et de vice, les personnages de marque en les hôtes princiers de la France, accompagnés d’agents de la Sûreté.
Cette tournée dans Les enfers parisiens, dit l’ancien chef de sureté Goron, est devenue presque classique. Combien de fois ai-je accompagné, dans ces promenades nocturnes, de hautes personnalités parisiennes !
Ils débouchaient cependant sans encombre dans le caveau où grouillait à cette heure matinale une étrange population plus que mêlée. Autour de tables en bois grossièrement équarri, inondées de liqueurs poisseuses, buvaient d’honnêtes maraichers et des souteneurs, des marchandes des quatre-saisons et des filles, des mendiants et des ivrognes des deux sexes.
Les uniformes de deux gardiens de la paix sommeillant sur leur chaise rassuraient dès l’entrée les mondains curieux de visiter cet endroit autrefois dangereux, compris maintenant dans la tournée des grands-ducs et surveillé en conséquence d’une façon moins apparente, mais plus efficace par de nombreux agents en bourgeois.
(Gorton-Busset, Croquis parisiens)
Tronche
d’Hautel, 1808 : Pour dire la tête.
Gare la tronche. Pour, prends garde à ta tête.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Tête.
Vidocq, 1837 : s. f. — La Sorbonne est la tête qui pense, qui médite ; la Tronche est la tête lorsque le bourreau l’a séparée du tronc. Je crois qu’il serait difficile d’exprimer d’une manière à la fois plus concise et plus énergique deux idées plus dissemblables.
un détenu, 1846 : Tête.
Larchey, 1865 : La Sorbonne est la tête qui pense, qui médite ; la Tronche est la tête lorsque le bourreau l’a séparée du tronc.
(Vidocq, 1837)
Gare la tronche ! prends garde à la tête.
(d’Hautel, 1808)
Delvau, 1866 : s. f. Visage ; tête, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Tête, visage. — Tronche à la manque, sergent de ville, agent de police, — dans le jargon des voleurs ; c’est-à-dire vilaine tête.
La Rue, 1894 : Tête. Visage. Tronche à la manque. Gardien de la paix. Figure mauvaise.
Virmaître, 1894 : Tête (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Tête.
Je lui ai envoyé un coup de tronche dans l’estomac, qui l’a envoyé à dame.
Hayard, 1907 : Tête.
France, 1907 : Tête. Tronche à la manque, agent de police.
Le protestantisme a une tronche moins rébarbative que le catholicisme — parce qu’il est une minorité et qu’il a été persécuté. Mais, il ne faut pas se gourrer : s’il était le maître, il serait aussi inquisiteur que le papisme. Et la preuve c’est que, en Allemagne, en Angleterr et en Amérique, il est bougrement intolérant.
(Père Peinard)
Et quand on r’tombe au temps présent,
On n’trouv’ pas ça plus amusant ;
Y font vomir les satisfaits
À qui pus rien ne fait d’effet ;
Et vomir les poir’s, les bett’raves,
Les résignés, à tronch’s d’esclaves
Et tous les genr’s de revoltés
Qui finiss’nt par êt’ députés !
(Jehan Rictus, Les Soliloques du pauvre)
anon., 1907 : Tête.
Turlupiner
d’Hautel, 1808 : Railler, berner, duper quelqu’un, l’impatienter, l’inquiéter, l’obséder.
Delvau, 1864 : Agacer, ennuyer, taquiner quelqu’un par paroles : — badiner, chatouiller, patiner ou peloter quelqu’un (gestes et attouchements réciproques) — afin de baiser ou d’être baisée.
Finissez donc, dame Jacq’line,
Disait gros Pierre ; j’ vas m’fâcher,
Où diable allez-vous me nicher ?
J’ n’aim’ pas ainsi qu’on m’turlupine.
(Blondel)
L’auteur a parfaitement l’intention de faire dire au chanteur :
J’ n’aim’ pas ainsi qu’on m’ tire la pine.
Delvau, 1866 : v. a. Agacer, ennuyer quelqu’un, se moquer de lui, — dans l’argot du peuple.
France, 1907 : Ennuyer, agater, taquiner, tourmenter ; expression populaire.
Monsieur, l’homme demande — qu’on lui fiche — la paix ! Chacun est maître de soi-même, de ses opinions, de sa tenue et de ses actes, dans la limite de l’inoffensif. Les citoyens de l’Europe sont las de sentir à toute heure sur leur épaule la main d’une autorité qui se rend insupportable à force d’être toujours présente. Ils tolèrent encore que la loi leur parle au nom de l’intérêt publie, mais lorsqu’elle entend prendre la défense de l’individu malgré lui et contre lui, lorsqu’elle régente sa vie intime, son mariage, son divorce, ses volontés dernières, ses lectures, ses spectacles, ses jeux et son costume, l’individu à le droit de demander à la loi pourquoi elle l’embête et le turlupine avec tant de persévérance !
(Pierre Louys, Les Aventures du roi Pausole)
J’en ai par-dessus les épaules
De toujours parler de ces vieux.
Assez, n’est-ce pas ? Les plus drôles
Sont encore trop ennuyeux,
Et nous avons à faire mieux,
En ce temps de batailles fauves,
Que de turlupiner des pieux
Et de chercher des poux aux chauves.
(Jean Richepin, Étrennes pour tous les Académiciens)
Tuyau de poêle
Larchey, 1865 : Chapeau rond, botte à l’écuyère. — Allusion de forme.
Il donna un coup de poing dans son tuyau de poêle, jeta son habit à queue de morue.
(Th. Gautier, 1833)
Delvau, 1866 : s. m. Chapeau rond, qui semble, en effet, plus destiné à coiffer des cheminées que des hommes. Ce sont les romantiques, Théophile Gautier en tête, qui l’ont ainsi baptisé.
Rigaud, 1881 : Chapeau haute forme. — Pantalon des soldats d’infanterie de ligne, — dans le jargon des troupiers.
Merlin, 1888 : Dans le langage familier, on désigne ainsi un chapeau de haute forme ; dans l’argot militaire, c’est une botte.
La Rue, 1894 : Chapeau haut de forme. Soulier dont l’extrémité est béante.
Virmaître, 1894 : Chapeau haut de forme. Allusion juste, car il a la forme et la couleur d’un tuyau (Argot du peuple).
France, 1907 : Chapeau haut de forme appelé ainsi parce qu’il fait ressembler celui qui le porte à quelqu’un coiffé d’un tuyau de poêle tronqué. Il faut être, comme nous le sommes, habitués à cette grotesque coiffure pour ne pas en voir tout le ridicule. Cette abomination nous vient comme tant d’autres modes de la Grande-Bretagne. Ce fut un chapelier anglais, John Hetherington qui, désirant se faire une réclame monstre, s’en coiffa le premier. Il l’inaugura le 15 janvier 1797 — notez cette date mémorable dans les fastes de l’imbécillité publique — en se promenant dans les rues principales de Londres, où il provoqua un véritable scandale. Bien que fervents admirateurs de tout ce qui est excentrique, les Anglais trouvèrent que ce chapeau dépassait les bornes du laid. Le chapelier fut hué ; il y eut des bousculades ; Hetherington tint bon et reparut le lendemain et les jours suivants aves son grotesque couvre-chef, dont il avait orné de pareils sa vitrine. Le scandale ne discontinua pas et finalement son auteur fut poursuivi devant le tribunal du lord-maire sous l’inculpation d’avoir troublé la paix publique. Il déclara pour sa défense qu’un citoyen anglais avait le droit de se coiffer comme bon lui semblait. Le Times lui donna raison et dès lors l’opinion fut en sa faveur.
Quelques jeunes fashionables s’affublèrent par plaisanterie du nouveau chapeau, un membre de la famille royale le trouva à son goût et dès lors la gentry l’adopta. De l’Angleterre, il passa sur le continent, et traversant les frontières, les monts et les mers, il est allé coiffer jusqu’aux têtes des rois nègres.
La perfidie du chapeau haut de forme, dit George Auriol, est du reste indéniable. Il est fatal aux crânes les plus endurcis. Il recèle le microbe de la migraine et propage le bacille de l’abrutissement. Il exige des soins constants. Dès qu’on oublie de le lisser, de le polir, de le caresser et de le lécher, — il se rebiffe !
Moi qui vous parle, lorsque par hasard je m’encombre d’un chapeau tube, je suis le plus malheureux des hommes. À peine l’horrible tuyau est-il sur ma tête, qu’il s’horripile de lui-même malgré toutes les précautions que je prends, si bien qu’au bout d’une demi-heure il ressemble à un hérisson longtemps battu par la tempête.
Nous sommes tous fort laids même en habits de fête :
Boutonnés, ficelés et traînant notre ennui,
Les pieds dans deux tuyaux, un tuyau sur la tête,
Les deux bras engainés, le corps dans un étui
Que fabrique un tailleur pour les preux d’aujourd’hui.
Aussi prêtons-nous mal à la mélancolie,
Et la belle qui rêve et veut l’émotion
Ne peut guère trouver que par une folie
L’emblème du monsieur qui fait sa passion.
(Aurélien Scholl)
Vézouiller
Delvau, 1866 : v. n. Puer, — dans l’argot des faubouriens. Vézouiller du bec. Avoir une haleine à la Paixhans.
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