France, 1907 : Ce qui rapporte de quoi manger des biftecks. Besogne idiote, mais bifteckière, telle que celle d’employé de ministère ou des contributions indirectes.
Bifteckifère
Chou pour chou (aller)
Rigaud, 1881 : Suivre exactement la copie imprimée. (Boutmy, Les Typographes parisiens.) C’est une réminiscence du proverbe : Chou pour chou, Aubervilliers vaut bien Paris.
Autrefois le terrain du village d’Aubervilliers était presque entièrement planté de choux qui passaient pour meilleurs que ceux des autres endroits. De là ce proverbe dont on se sert pour égaler sous quelque rapport deux choses dont l’une a été trop rabaissée, ou pour signifier que chaque chose a une qualité qui la rend recommandable.
(Quitard, Dict. des Proverbes)
Boutmy, 1883 : v. Suivre exactement la copie imprimée. C’est l’équivalent de Kif-kif.
Crampser ou cramser
France, 1907 : Mourir, de crampe ; avec le dernier hoquet vient la crampe finale.
Les fils souhaiteront à leurs vieux parents de vivre kifkif Mathieu-Salé, jusqu’à 834 ans, tandis qu’en réalité ils voudraient les voir crampser illico, afin d’hériter vivement.
(Almanach du Père Peinard, 1893)
Envoûter
Rossignol, 1901 : Pendant la campagne de Chine, en 1859, Berger, caporal au 2e bataillon de chasseurs à pied, surprit un grand cadavre de spahi qui cherchait à déshabiller un Chinois qui se défendait autant qu’il pouvait.
Que fais-tu là, grand sauvage, tu vois bien que c’est un Chinois. — Scientifique, répond l’Arabe ; macache toucar nico basta, macache trouvé chinoise, trouve chinois, c’est kifkif : ça m’est égal veux pas faire de mal, en… brasser seulement ; pas trouvé chinoise, trouvé chinois, c’est la même chose.
Kif-kif
Delvau, 1866 : adv. Ric-à-ric, — dans l’argot des faubouriens qui ont servi dans l’armée d’Afrique.
Boutmy, 1883 : Expression qui vient des Arabes, importée assurément dans l’atelier par quelque zéphyr ou quelque zouave typographe. Dans le patois algérien, kif-kif signifie semblable à : kif-kif bourricot, semblable à un âne. Les compositeurs l’emploient pour dire qu’une chose est la même qu’une autre : C’est kif-kif, c’est équivalent, c’est la même chose.
Merlin, 1888 : Synonyme à identique, de semblable, — de l’arabe.
France, 1907 : Même chose. Mot arabe rapporté par les troupiers d’Afrique. Il s’emploie toujours pour indiquer la similitude.
Ya dix ans les pauvres bougres que les Versaillais avait envoyés à la Nouvelle radinaient. Y avait eu d’abord des grâces, puis l’amnistie. Le populo mené en bateau par les politicailleurs commencait à ruminer : jusque-là on avait cru qu’une fois Grévy président de la République, les 363 devenus les maîtres de tout, ça allait marcher comme sur des roulettes.
Ah ouat ! Kif-kif comme sous Mac-Mahon.
(Le Père Peinard)
L’exemple ? On s’en moque, remoque et contre-moque ! Avoir le cou tranché net on crever des boyaux vides, c’est kif-kif ! Au moins, avant de mourir, on est nourri !
(Séverine)
On dit aussi dans le même sens kif-kif bourico, comme le baudet.
Que ce soit le printemps rose
Où tout dit : « J’aime ! » à l’écho,
Que ce soit l’hiver morose,
Pour eux : kif-kif bourriko !
(Octave Pradels)
Jules Jouy, dans sa chanson des Gardiens de la paix, qui fit jadis les délices des habitués du Chat Noir, termine par ce couplet sur l’air des Canards tyroliens :
Quand les sergots restent chez eux,
À mon avis, ça vaut bien mieux,
Qu’ils s’occupent de leurs conjungos,
Car, des sergots, ou pas d’sergots,
Pour nous, c’est kif-kif bourrico,
Tralalalala, tralalala !
Paix ! paix ! paix ! paix !
Voilà les gardiens de la paix !
Je ne sais pourquoi Dubut de Laforest a, dans la Femme d’affaires, dénaturé l’orthographe pourtant si rationnelle de kif-kif :
— Laissez-moi là, puisque je ne suis pas un homme !
— Un singe, c’est quif quif !
Kif-kif (c’est)
La Rue, 1894 : C’est équivalent.
Kif-kif, quif-quif
Rigaud, 1881 : Égal, pareil. — C’est kif-kif, c’est la même chose.
Le Réveillon et les rois, ce n’est pas le moins du monde kif-kif.
(Le Père Duchêne, janvier 1879)
Bon ! qu’ ça y a coupé le sifflet, qui ça l’a fait taire, c’est quif-quif.
(Hennique, La Dévouée)
Kifkif
Rossignol, 1901 : Mot arabe qui veut dire : la même chose, semblable. On dit aussi kifkif-bourriquot (semblable à l’âne). Beaucoup de personnes se servent de cette phrase sans savoir ce qu’elles disent. Ainsi, Sarcey, lorsqu’il a écrit un article ayant ce titre. On a donné bien des versions de ces mots, mais la seule, la vraie, et il n’y en a pas d’autre, c’est la comparaison du superflu des Arabes qui l’ont tous comme un bourriquot. Un jour dans la brousse, plusieurs camarades et moi, nous surprenions un bico, Arabe, qui cherchait à posséder une jeune indigène de onze ou douze ans : « Tu vas tuer cette enfant, avec ton zobi kifkif-bourriquot, » lui dit l’un de nous, et l’Arabe, sans se déconcerter et avec un air bon enfant, se retourna vers celui qui l’avait interpellé et lui répondit : « Chauffe (regarde) macache kifkif-bourriquot, moi comme les hommes. »
Kiki
France, 1907 : Cou ; argot populaire.
Tous les jours ils condamnent des pauvres gars qui n’ont pas su comprendre les lois de notre dégoûtante société. Ils écument le trop-plein, les marchands d’injustice : par leur truc journalier, ils serrent le kiki aux types qui réclament, ou prennent leur place au soleil !
(Le Père Peinard)
Cette fois, le gros a changé de tactique, il ne châtrera pas son adversaire : il l’étranglera, l’étouffera en douceur. Carrément, il lui introduit deux doigts de son énorme patte gauche dans les narines, tandis que, de sa droite, il lui serre le Kifi.
(La Sociale)
— Vous comprenez que c’te prétention de me faire payer ses dettes m’a semblé un peu violente. Je l’ai chipée délicatement par le kiki et j’y ai demandé :
— Dis donc, est-ce que par hasard tu m’aurais pris pour un pante ?
(Oscar Méténier)
Même tabac
France, 1907 : Même chose, synonyme de kif-kif.
À Saint-Denis, même tabac : la jeunesse s’est fendue d’une chouette manifestance devant le buste de la République ; quand les patriotes bourgeois ont eu fermé leur égout à paroles et cessé de célébrer en phrases macaroniques la prise de la Bastille, un riche fieu s’est fendu d’un discours démoucheté que le populo a applaudi.
(Le Père Peinard)
Parigo, parigot
France, 1907 : Sobriquet que les provinciaux donnent aux Parisiens.
Pour lors, dans la nuit du 17 au 18 mars, ce charognard bas-du-cul (Thiers) fit envahir par une chiée de troubades, afin de désarmer le populo pendant qu’il roupillait.
Il restait des canons et une quantité énorme de flingots.
Turellement, les Parigots ne voulurent rien lâcher, sachant bien qu’une fois désarmés, les bandits de la haute les feraient virevolter à leur gré, kif-kif une toupie hollandaise.
(Le Père Peinard)
Parigo, quoi !… des Batigneule,
Toujours prêt à coller un paing,
Mais j’comprends pas qu’on s’cass’ la gueule
Pour gagner d’quoi s’y fout’ du pain.
El’travail, c’est ça qui nous crève,
Mêm’les ceux qu’est les mieux bâtis,
V’là pourquoi que j’m’ai mis en grève.
(Aristide Bruant, Dans la Rue)
Petiot
France, 1907 : Diminutif de petit, en usage chez le peuple des villes et des campagnes.
Pour exploiter les gosses, les crapulards ont plus d’un joint.
Il y a d’abord le coup de l’apprentissage : on colle le gosse à l’atelier et on lui fait remplir les fonctions d’homme de peine.
Il y a aussi des bagnes où on n’exploite quasiment que des mômes, sous l’hypocrite prétexte de faire de la boite une vague école professionnelle.
Mais fichtre, le pire enfer pour les mômes, c’est ces cochonnes de maisons de correction où on claquemure les petiots, — le plus souvent pour d’insignifiantes babioles qui ne seraient pas répréhensibles dans une societé libre — en supposant qu’elles y fussent encore possibles !
À un âge où les pauvrets ne devraient songer qu’à se laisser vivre, à rigoler, à chahuter, — et à s’instructionner quand ils s’en sentiraient le besoin, — on les fourre au ballon et on les traite kif-kif des forçats.
(Le Père Peinard)
Ouvrez la porte
Aux petiots qui ont bien faim,
Les petiots claquent des dents.
Ohé ! Il faut qu ils entrent,
Vous mangez là-dedans,
Bonnes gens,
Eux n’ont rien dans le ventre.
Ouvrez la porte
Aux petiots qu’ont un briquet,
Les petiots grincent des dents.
Ohé ! les durs d’oreilles !
Nous verrons là-dedans,
Bonnes gens,
Si le feu vous réveille.
(Jean Richepin)
Pousser du col (se)
Delvau, 1866 : v. réfl. Être content de soi, et manifester extérieurement sa satisfaction, — dans l’argot des faubouriens, qui ont remarqué que les gens fats remontaient volontiers le col de leur chemise. Une chanson populaire — moderne — consacre cette expression ; je me reprocherais de ne pas la citer ici :
Tiens ! Paul s’est poussé du col !
Est-il fier, parc’qu’il promène
Sarah, dont la douce haleine
Fait tomber les mouch’sau vol.
Signifie aussi s’enfuir.
France, 1907 : Se glorifier ; être content de soi.
Brouf, quelle sale garce d’époque !
On tourne le croupion au progrès et on se fiche à faire des courses de vitesse, kif-kif les écrevisses ; à reculons ! Encore un peu et nous aurons dépassé la barbarie du moyen âge pour dégouliner dans on ne sait quelle férocité monstrueuse.
N’empêche qu’on se pousse du col et qu’on a des prétentions à éclairer la route de l’avenir.
(Le Père Peinard)
J’me dis, en me poussant du col :
Vieux veinard, c’est pas d’la p’tit bière,
J’vais r’cevoir dans mon entresol,
Je l’parierais, une rosière.
(E. du Bois)
Sabir
Virmaître, 1894 : Bois, forêt. Quelques-uns écrivent : sabri. C’est la finale retournée (Argot des voleurs).
Hayard, 1907 : Forêt.
France, 1907 : Jargon hétéroclite des soldats et colons d’Algérie, composé d’arabe, de français, d’italien, d’espagnol, de maltais ; de l’espagnol saber, savoir. On dit généralement petit sabir.
Il nous amusa pendant plus d’une heure avec son comique petit sabir où les chouias, les besefs, les macache bono et les kifkif bourrico se trouvaient en profusion.
(Hector France)
Tireflûter par la tangente (se)
France, 1907 : Se tirer d’affaire par des mensonges ; prendre des faux-fuyants.
Et qu’ils n’essayent pas de se tireflûter par la tangente, en prétextant que des faits pareils ne se voient qu’en Angleterre.
Tralala ! c’est partout kif-kif bourriquot.
Ceux qui ont goûté des prisons de France peuvent en témoigner.
En ce qui me concerne, j’en sais quelque chose.
Plus d’une fois j’ai vu des pauvres vieux se lamenter et pleurer comme des madeleines parce que l’heure de déguerpir de la prison était venue.
« Que faire ?… Que devenir ?… disaient-ils avec raison. Nous allons entrer dans la société et nous y serons montrés au doigt : on nous traitera en pestiférés. Notre seule ressource sera de refaire vivement un coup quelconque afin de nous faire emboiter à nouveau. »
Et ça ne ratait pas !
(Le Père Peinard)
Tout de go
France, 1907 : Brusquement.
Ainsi, à mon sentiment, une révolution ne s’amène pas tout de go, kif-kif un gosse qui viendrait au monde avec toutes ses dents et la pipe à la bouche.
(Le Père Peinard)
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