d’Hautel, 1808 : S’adonner à la boisson. Se passionner pour le jus de la treille ; se livrer à tous les excès de l’ivrognerie.
Boisson
Cave
d’Hautel, 1808 : Eau bénite de cave. Pour dire le jus de la treille ; le vin.
Rigaud, 1881 : Église, — dans l’ancien argot.
Virmaître, 1894 : Homme. Allusion à l’estomac de l’homme qui emmagasine une foule de choses (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Imbécile ; celui qui joue à un jeu de hasard où il ne gagnera pas est pour le teneur un cave.
France, 1907 : Dupe ; mot à mot : enfermé dans une cave.
France, 1907 : Homme ou femme ; argot des voleurs qui font allusion aux liquides de toutes sortes que la génération d’Adam emmagasine.
Charmer
d’Hautel, 1808 : Charmer les puces. Manière de parler burlesque et bachique, qui signifie chasser l’ennui, la mélancolie en s’enivrant du doux jus de la treille.
Envermillonner
d’Hautel, 1808 : S’envermillonner. S’enluminer la figure par les douces vapeurs du jus de la treille.
Picton
Ansiaume, 1821 : Vin.
Le picton est mâte. Nous étions tous de chérence.
anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Boisson.
Vidocq, 1837 : s. m. — Vin.
Clémens, 1840 / un détenu, 1846 : Vin.
Delvau, 1866 : s. m. Vin bleu, sûret, — dans l’argot du peuple, qui se pique la langue et le nez en en buvant, surtout comme il en boit. « Il en boit comme un Poitevin, » dirait un étymologiste en s’appuyant sur les habitudes d’ivrognerie qu’on prête aux Pictones.
Rigaud, 1881 : Petit vin nouveau.
Vive le picton, Le picton a du bon.
(Louis Huart, Ulysse ou les porcs vengés)
Un coup d’picton / Moi je m’en fiche / Il faut que j’liche / Un coup d’picton, / J’aime bien mieux l’huil’ que l’ coton.
(B. Dorilas, Un coup de picton)
France, 1907 : Vin. C’est avec le vin qu’on se pique le nez. Le jus de la treille a dans la langue des ouvriers et des voleurs nombre de qualificatifs dont voici les principaux : bleu, petit bleu, gros bleu, briolet, ginglet, ginglard, huile, pive, pivois, vinasse, etc.
Encore un coup d’picton,
La mère Gaspard, il n’est pas tard,
Encore un verre ;
Encore un coup d’picton
Pour nous mettre à la raison.
(Vieille chanson)
Soiffans picton sans lance,
Pivois non maquillé.
(Chanson argotique)
Sans beurre ou chiffonniers aristocrates
Vidocq, 1837 : Le cabaret du Pot blanc, situé à proximité de la barrière de Fontainebleau, est le rendez-vous de ces hommes qui parcourent les rues de Paris le crochet à la main, la hotte sur le dos, et qui quelquefois sont munis d’une lanterne, non pas comme Diogène pour chercher un homme qu’ils ne trouveraient pas dans la rue de la moderne Babylone, mais pour chercher, calembourg à part, des loques à terre.
Les mœurs de ces individus sont de nature à être peintes. Malgré leur amour pour l’égalité des rangs, et la liberté, ils n’en sont pas moins de véritables despotes, des aristocrates s’il en fût.
Les chiffonniers se sont classés suivant leur rang, leur fortune, et le genre qu’ils ont adopté. Ceux qui possèdent un hoteriot en bon état, un crochet dont le manche est propre et luisant forment la première classe ; ceux qui appartiennent à la seconde n’ont qu’un mannequin assez propre ; ceux qui appartiennent à la troisième ne possèdent qu’une vieille serpillère dans laquelle ils mettent ce qu’ils ramassent.
Ce n’est pas seulement dans l’exercice des fonctions que la distinction a lieu, elle existe aussi au Pot blanc, et pour ne point mettre leur hoteriot en contact avec les mannequins et les serpillières, les chiffonniers de la première classe se sont emparés de la plus belle, ou plutôt de la moins vilaine pièce du Pot blanc : elle leur appartient exclusivement, et pour bien indiquer sa destination, ils l’ont nommée la Chambre des Pairs. Les porteurs de mannequins, à leur exemple, se sont emparés d’une autre pièce qu’ils ont nommée la Chambre des Députés. Les membres de la troisième classe ont donc été forcés de se contenter de celle dont n’ont point voulu les deux autres, el ils l’ont nommée : la Réunion des vrais Prolétaires.
L’étiquette étant ainsi réglée, les membres d’une chambre n’oseraient entrer dans celle destinée à une catégorie à laquelle ils n’appartiennent pas ; ils sont très-retenus, et par conséquent très-sévères envers celui qui pénètre dans le sanctuaire sans y être appelé.
À l’entrée de chaque salle sont rangés les hoteriots, les mannequins, et les serpillières ; les crocs ont aussi leur place.
Le vin qu’on boit au Pot blanc n’a pas été composé avec le jus de la treille ; mais, tel qu’il est, il paraît fort bon aux habitués ; il est servi dans un pot de terre que ces Messieurs nomment petit père noir, et extrait d’un broc omnibus auquel ils ont donné le nom de Moricot. Des filles d’une tournure toute particulière servent une gibelotte équivoque, du bœuf à la mode, ou d’autres mets de cette espèce, mais elles en exigent la valeur avant même de déposer le plat sur la table. On voit souvent les consommateurs venir rendre au comptoir les brocs, pots et verres, et boire jusqu’à concurrence de la somme déposée en garantie de ces objets ; le comptoir est un lieu franc où fraternisent les membres des trois catégories.
Trognon
d’Hautel, 1808 : Un petit trognon. Terme de mépris ; pour dire une fille de petite taille, réplète, surchargée d’embonpoint.
J’en fais autant de cas que d’un trognon de choux. Pour dire que l’on n’a aucune considération pour quelqu’un.
Larchey, 1865 : Petite femme.
En lorgnant la brunette, j’lui dis : Mon petit trognon
(Les Amours de Jeannette, ch., 1813)
Delvau, 1866 : s. f. Petite fille, le cœur d’une femme, — dans l’argot du peuple.
Delvau, 1866 : s. m. Tête, — dans l’argot des faubouriens, moins polis que les gueux anglais, qui eux disent Costard (grosse pomme). Dévisser le trognon. Tordre le coup à quelqu’un.
Virmaître, 1894 : Expression de tendresse, comme mon petit chat, mon petit lapin bleu.
Qu’il est joli, qu’il est mignon,
Qu’il est gentil mon p’tit trognon, (Argot du peuple).
France, 1907 : Petite fille, jolie fillette, mot d’amitié ; métaphorique, littéralement, le milieu, l’entrejambe.
Les gandins mettaient pour vous suivre
Un louis en guise de lorgnon ;
À présent, mon pauvre trognon,
Vous ne savez plus comment vivre,
Vos appas, vos dents, vos cheveux,
Tout est parti, mon amoureuse…
Une place de balayeuse,
C’est ce qui vous irait le mieux.
(Léon Rossignol, Lettres d’un Mauvais Jeune homme à sa Nini)
France, 1907 : Tête, cervelle ; argot populaire.
— Comment, scrongnieugnieu, faut donc que j’vous l’répète cinquante fois, qu’c’est à cause des sales idées que vous m’avez foutues dans l’trognon, vous et Kelsalbecq, que d’puis huit jours j’suis dévasté d’un embêtement vraiment consécutif.
(G. Frison)
Dévisser le trognon, tuer.
France, 1907 : Visage ; expression populaire pour trogne.
Les belles, les belles
À l’or sont fidèles,
Lanlaire, lanlin !
Le jus de la treille
Fait trognon vermeil…
(Vieille chanson)
Vin à faire danser des chèvres
France, 1907 : Mauvais vin très aigre. Cette expression vient d’un proverbe rimé du XVIIe siècle :
Vin qui est de Bretigny,
De Villejuif ou de Gagny,
Propre à faire les chèvres danser,
Ou en Caresme pain saulcer.
L’abbé Tuet, dans ses Matinées sénonaises, explique ainsi le proverbe du vin de Bretigny qui fait danser les chèvres : « il y avoit à Bretigny, près Paris, un particulier nommé Chèvre, c’étoit le coq du village, et une grande partie du vignoble lui appartenoit. Ce bonhomme ne haïssoit point le jus de la treille, et quand il avoit bu, sa folie étoit de faire danser sa femme et ses enfans. »
Voilà comment le vin de Bretigny faisait danser les Chèvres.
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