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Anquilleuse

anon., 1827 : Femme qui porte un tablier, pour cacher ce qu’elle vole chez les marchands.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Femme qui porte un tablier.

Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 : Femme qui porte un tablier pour cacher ce qu’elle vole.

La Rue, 1894 : Voleuse des magasins de nouveautés. Elle cache les objets volés sous ses jupons, entre ses jambes ou quilles.

France, 1907 : Voleuse de magasin qui cache entre ses jambes les objets volés. Ce mot, qui date de plusieurs siècles, s’explique de lui-même. Entre-quilles, pour entre-jambes, entre-cuisses.

Bondieusardisme

France, 1907 : Cagotisme, hypocrisie religieuse.

On demandait à une fille en pleine maturité, atteinte, comme beaucoup, de bondieusardisme, pourquoi elle déployait pour aller à la messe un si grand luxe de jupons blancs ornés de dentelles et des bas de soie bien tirés sur le mollet…
— Que voulez-vous, répondit la dévote, par ce temps de perdition, ces précautions sont indispensables… On peut rencontrer un… insolent. Il trouverait le tout propre, le dessous comme le dessus.

Chaloupe

Larchey, 1865 : Femme dont le jupon se gonfle comme une voile de chaloupe. — « C’te chaloupe ! » crie Un gamin de Gavarni derrière une élégante.

Delvau, 1866 : s. f. Femme à toilette tapageuse, — dans l’argot des voyous. Chaloupe orageuse. Variété de chahut et femme qui le danse.

Chapelle (faire petite)

France, 1907 : Mouvement particulier aux femmes qui se trouvent près du feu. Elles troussent leurs jupons, présentant à la flamme leurs jambes, colonnes du tabernacle qui est au fond.

Chicanou

France, 1907 : Avocat, avoué, homme d’affaires.

Enfin, j’aurais pu ajouter à ceux-ci une foule d’autres chicanous subalternes, parmi lesquels il faut bien nous garder d’oublier l’avocat que sa profession a repoussé ; pauvre diable tué par la concurrence, et qui, après avoir. sans succès, étalé dans le bazar des Pas-Perdus sa loquèle au rabais, tombe, de chute en chute, jusque dans l’humble poussière de quelque greffe, ou bien sous l’échoppe de l’écrivain public, à moins toutefois que le patronage administratif ne s’empare de cette incapacité si bien éprouvée.

(Old Nick, L’Avocat)

C’est les enjuponnés, les marchands d’injustice : chats fourrés, grippe-minauds, chicanous, avocats bêcheurs, et toute la vermine qui vit de leur maudit métier.

(Almanach du Père Peinard, 1894)

Conférencier

Delvau, 1866 : s. m. Orateur en chambre, qui parle de tout sans souvent être payé pour cela. Mot nouveau, profession nouvelle.

Rigaud, 1881 : Faire des conférences. Parler devant un public plus ou moins nombreux de ce qu’on n’a eu ni le temps, ni la patience, ni la force d’écrire pour un journal.

Rigaud, 1881 : Individu qui parle sur un sujet quelconque, devant un public quelconque, dans une salle quelconque. Lorsque le conférencier est une dame, alors c’est une conférencière. Ordinairement elle parle en faveur de la revendication des droits de lafemmeet s’étend longuement sur le chapitre des mœurs publiques : La Rochefoucauld en jupon. Vulgairement on appelle le mâle et la femelle « des endormeurs en boîte. »

Débourrer

d’Hautel, 1808 : Il commence à se débourrer. Pour il devient insensiblement plus civil ; il se familiarise avec le ton, les usages du monde et les bienséances sociales.

Delvau, 1866 : v. a. Déniaiser quelqu’un, — dans l’argot du peuple. Se débourrer. S’émanciper, se dégourdir.

Fustier, 1889 : Jargon des maquignons. Cheval débourré, cheval qui a perdu l’embonpoint factice qu’on lui avait donné pour le vendre.

Au bout de quelque temps, les fraudes se découvrent, l’embonpoint factice s’affaisse, les côtes reparaissent, et la bête est ce qu’on appelle débourrée…

(Siècle, 1867. Cité par Littré.)

Rossignol, 1901 : L’empereur n’y allait pas à cheval.

Hayard, 1907 : Aller aux water-closets.

France, 1907 : Déniaiser. Enlever la bourre d’innocence, dégrossir.

… Faites-nous des romans
Remplis de passions et de débordements ;
Qu’ils soient bien croustillants, gonflés de choses sales,
Détritus ramassés aux fanges de nos halles ;
Mettez-y des catins retroussant leur jupon…
Surtout des vieux paillards, au nez plein de roupilles,
Qui s’en vont débourrant toutes les jeunes filles.

(Barrillot, La Mascarade humaine)

Dessous

d’Hautel, 1808 : Savoir le dessous des cartes. Connoitre les intrigues, les ressorts cachés d’une affaire.

Halbert, 1849 : Amant supplémentaire.

France, 1907 : Amant de cœur d’une fille. Celui qu’on cache quand se présente l’amant payant, le miché sérieux.

France, 1907 : La chemise, les jupons et le pantalon d’une femme.
Nini Patte-en-l’air affirme que ses dessous lui coûtent trois cents francs. Puisqu’ils sont destinés à être exhibés, ce luxe n’a rien de surprenant ; mais que penser de cette prude dévote à qui une amie demandait pourquoi, au moment de partir en voyage, elle soignait tant ses dessous. — « Ah ! Répliqua-t-elle, on ne sait avec qui l’on se trouve dans les trains et l’on peut rencontrer un insolent. »

Les jambes en question, les demi-nus suspects, les dessous prévenus, il me semble qu’on serait juste, qu’on ferait preuve de bonne grâce en reconnaissant la part qu’ils ont souvent dans la naissance du sentiment et dans la conservation de l’amour.

(Fernand Vandérem, Le Journal)

Dos

d’Hautel, 1808 : Il a bon dos. Se dit d’un homme absent, sur lequel on rejette toutes les fautes ; et quelquefois d’un homme opulent qui peut supporter les frais d’une forte entreprise.
Être dos à dos. Vivre en mauvaise intelligence ; ne remporter ni l’un ni l’autre l’avantage dans un procès.
N’avoir pas une chemise à mettre sur son dos. Être réduit à une extrême indigence.
On mettra cela sur son dos. C’est-à-dire, sur son compte ; on lui fera payer les charges de cette affaire.
Faire le gros dos. Faire le fat ; se donner de l’importance ; faire le riche, le financier, lorsqu’on n’a pas le sou.
On dit d’un homme difficile à manier, et que l’on n’offense jamais impunément, qu’Il ne se laisse pas manger la laine sur le dos.
On dit dans un sens contraire, d’un homme mou et lâche, qui souffre tout sans mot dire, qu’Il se laisse manger la laine sur le dos.
Ils ont toujours le dos au feu et le ventre à la table.
Se dit des gens qui font un dieu de leur ventre ; qui ne respirent que pour manger.
On dit d’un homme ennuyeux et importun, qu’on le porte sur son dos.

Rossignol, 1901 : Souteneur. On dit aussi donner du dos ou du rein, cela regarde les chattes.

France, 1907 : Souteneur, amant d’une fille publique qui se fait entretenir par elle, maquereau enfin. C’est l’abréviation de dos vert, alias maquereau. Aristide Bruant a écrit les paroles et la musique de la Marche des Dos :

Le riche a ses titres en caisse,
Nous avons nos valeurs en jupon,
Et, malgré la hausse ou la baisse,
Chaque soir on touche un coupon.
V’là les dos, viv’nt les dos !
C’est les dos, les gros, les beaux !
À nous les marmites,
Grandes ou petites !
V’là les dos, viv’nt les dos !
 
Il était le personnage le plus connu, du Moulin de la Galette aux Folies-Bergère. Richepin l’avait surnommé l’empereur des dos. Son porte-monnaie était sans cesse garni de pièces jaunes que de gentilles tributaires étaient trop heureuses de lui apporter, après une nuit de travail.

(E. Lepelletier, Le Bel Alfred)

— Oh ! allez ! ne vous gênez pas ! faites comme chez vous ! appelez-moi dos pendant que vous y êtes : pourquoi pas ? Mais si moi, traîne-savates de naissance et d’éducation, je m’étais conjoint avec une gonzesse suiffarde qui m’aurait apporté du poignon à plein les plis de sa pelure blanche, — et ça se fait tous les jours dans la bonne société, — comment donc est-ce que vous m’auriez intitulé ?

(Montfermeil)

anon., 1907 : Souteneur.

Drapeau rouge

France, 1907 : Menstrues. Mettre de drapeau rouge, avoir ses menstrues ; argot des ouvrières.

— Qui va danser à l’Alcazar, ce soir ?
On répondit :
— Moi !… Moi !… Moi !…
Clara reprit :
— J’irais bien, moi. Seulement, je ne danserai pas beauconp. Comme c’est le 14 Juillet, j’ai mis le drapeau rouge.
— Tiens ! moi aussi, fit une blondine de vingt ans, pâle de chlorose, qu’on appelait Lucie.
Et la première de l’atelier, la « contre-dame », comme on dit là-bas, déclara :
— Moi aussi !
On riait. Maria Dambre, qui seule n’avait pas compris, questionna de sa voix de fausset, tout en faufilant un jupon :
— Qu’est-ce que c’est donc que le drapeau rouge ?

(Marcel Prévost, Gil Blas)

On dit aussi dans le même sens : voir éclore la rose rouge.

Endosses

Delvau, 1866 : s. f. Épaules, — dans l’argot des voleurs.

La Rue, 1894 : Jupons. Épaules.

France, 1907 : Épaules ; argot des voleurs.

France, 1907 : Jupons.

— Tu es un vrai homme ! Le Pâtissier était girond et gentil avec les femmes, mais toi tu as de l’atout… une gonzesse peut être fière de toi… personne ne touchera à mes endosses et tu seras toujours mon homme ! Allons ! un bécot et qu’on fasse risette à sa petite femme !…

(Edmond Lepelletier, Les Secrets de Paris)

Enjuponné

Hayard, 1907 : Juge.

France, 1907 : Magistrat ou prêtre.

Qui dit accusé, dit condamné, — grâce à la racaille des marchands d’Injustice : turellement, ceci ne s’adresse qu’aux pauvres bougres, car chacun sait que les enjuponnés n’ont pas l’habitude de condamner les richards.

(Père Peinard)

Enjuponner (s’)

France, 1907 : Se mettre sous le joug d’une femme.

Nous aimions l’omnibus
Pour son impériale,
Et la femme — notre égale —
En à fait le blocus !
Au diable les jupons !
Elle aime mieux nos frusques ;
C’est nous, pauvres mollusques,
Qui nous enjuponnons !!

(Henri Buguet)

Enquiller

Vidocq, 1837 : v. a. — Entrer.

Larchey, 1865 : Entrer. — Mot à mot : jouer des quilles dans… V. Quille. — Ancien mot, car nous trouvons déquiller : sortir, dans Du Cange. V. Baptême. — Enquilleuse : V. Détourner.

Delvau, 1866 : v. a. Cacher, — dans l’argot des voleurs. Enquiller une thune de camelote. Cacher entre ses cuisses une pièce d’étoffe.

Delvau, 1866 : v. n. Entrer quelque part comme une boule au jeu de quilles, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Caser, pourvoir d’une place. — Cacher entre ses cuisses un objet volé. Enquiller une thune de camelotte, cacher sous ses jupons une pièce d’étoffe. — Arriver, entrer.

Faut espérer que Je démoc enquiller a.

(La Patrie, du 2 mars 1852.)

La Rue, 1894 : Pourvoir d’un emploi. Arriver, entrer. Cacher sous ses jupons un objet volé, comme le fait l’anquilleuse.

Virmaître, 1894 : Entrer.
— Il y a longtemps que je cherche à m’enquiller dans cette boîte (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Entrer.

France, 1907 : Cacher entre ses jambes ou sous ses jupons un objet volé où que l’on veut soustraire aux perquisitions douanières. De quilles, jambes ; mot à mot, mettre entre les quilles.

France, 1907 : Entrer vivement.

J’enquille dans sa cambriole,
Loufa malura dondaine !
Espérant de l’entifler,
Loufa, malura dondé !

(Vidocq)

Faire à la pose (la)

France, 1907 : Poser ; vouloir se faire passer pour plus qu’on ne vaut. C’est le fait des imbéciles ou des intrigants de la faire à la pose.

Brouh ! ça vous fout la frousse : parce que quelques salopiots d’enjuponnés voudront la faire à la pose, ils vont m’expédier au bagne ou, chose plus emmerdante, me faire couper le coup.

(Père Peinard)

J’antipathis’ les bourgeois qui nous r’prochent
D’fair’ turbiner nos femm’s, sœurs et bell’s-sœurs.
Tandis qu’nous ons les deux mains dans les poches
Pour honorer le glorieux nom d’sout’neurs.
Tous ces muff’s-là qui la font à la pose,
S’ils regardaient autour d’eux, je n’dout’ pas
Qu’ils r’connaîtraient qu’il n’y a guère aut’ chose
Que des sout’neurs ; y en a des tas, des tas !!

(Édouard Maubert)

Faire des siennes

Delvau, 1866 : v. a. Faire des folies ou des sottises, — dans l’argot des bourgeois.

France, 1907 : Se conduire d’une façon déréglée, commettre des extravagances.

Comme un petit fripon
Qui de temps en temps fait des siennes.

(Imbert)

Il passait de la brune à la blonde, se frottait aux jupons, palpant les corsages, bref faisait des siennes.

(Les Propos du Commandeur)

Falzar, falzard

France, 1907 : Pantalon de travail ; abréviation et déformation de pantalzar, qui est lui-même une déformation de pantalon avec changement de finale. Pourquoi la finale zar ? « Parce que, dit Lorédan Larchey, le mot bazar était sans doute en ce temps-là une nouveauté, et peut-être aussi parce que le pantalon, comme le bazar, contient toutes sortes d’objets. De même on terminait jadis les mots en rama lorsque les panoramas commencèrent à être de mode. »

Il n’y a vraiment qu’à Paris
Qu’on peut avoir autant d’esprit !

ainsi que le dit un distique de mirliton.

A veul’nt pas, comme la calotte,
Rester en jupon ;
À veul’nt porter la culotte…
Moi, j’coup’ pas dans l’pont,
Nous aut’s, si nous t’nons à l’homme,
Bien qu’c’est des démons,
C’est plus qu’son falzard, en somme,
Que nous réclamons.

(Blédort)

Femme de carême

Virmaître, 1894 : Femme outrageusement maigre. Un hareng saur en jupons (Argot du peuple). N.

Frisons

Delvau, 1866 : s. m. pl. Boucles de cheveux frisés à la chien, que les femmes à la mode portent aujourd’hui sur les tempes. Ces cheveux-là au moins leur appartiennent tandis que les frisons en soie qu’elles portent en chignon ne leur ont jamais appartenu.

France, 1907 : Boucles de cheveux sur les tempes ou la nuque.

Mes frisons, à moi, sont les frisons du flâneur, et, si vous voulez les étudier en dehors du silence du cabinet, dans la rue mouvementée ou sur le boulevard méliniteux, faisons ensemble une sortie de flâneurs, au moment charmant et psychologique où les ouvrières vont à l’atelier, les femmes d’employés au marché, les bourgeoises au bain et les grandes mondaines au Bois.
Et nous analyserons, nous détaillerons, nous admirerons les nuques, presque toujours ornées de frisons voluptueux, de tout ce joli monde enjuponné qui compose le véritable peuple souverain, la tête de ligne, la classe dirigeante de l’humanité en marche.

(E. Domerc)

Frou-frou

Rigaud, 1881 : Passe-partout, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Passe-partout. Bruit de la soie frottée.

France, 1907 : Bruit des jupes, froissement d’étoffes. Onomatopée.

Il avait fort couru le jupon, le brave homme, et, à l’occasion, un frou-frou de robe animait encore sa vieillesse : une antique ramure, en un mot, dans laquelle la sève courait toujours.

(Me Huvelin, Le Journal)

On eût dit qu’elle venait de déserter les galeries d’un temple de la vieille Rome ou de descendre d’un cadre ancien, tant il y avait de majesté et d’onction en ses moindres gestes, en ces moindres frou-frous.

(Dubut de Laforest)

Et je songeais au temps où, le feutre à l’oreille,
Laissant voir la folie ardente qui s’éveille,
Pour les jeux de l’amour on était toujours prêt
Où les hommes toujours en quête de querelles,
Dans leur frou-frou soyeux, suivaient les pas des belles
La rapière à la hanche, — et tendaient le jarret !

(Macdonald, duc de Tarente)

La jambe laisse sous les plis,
Espèce d’onde aérienne,
Deviner les contours polis
De la cuisse marmoréenne ;
Et dans la chanson des frou-frous,
Dans le doux vol des clartés blondes,
On sent flotter les duvets roux
Sous le gras des épaules rondes.

(Clovis Hugues)

Faire du frou-frou, faire des embarras.

Fuseaux

d’Hautel, 1808 : Il est monté sur des fuseaux. Se dit en plaisantant d’une personne maigre, et qui a de grandes jambes sans molets.

Delvau, 1866 : s. m. pl. Jambes grêles, — dans l’argot du peuple, qui parle comme a écrit Voltaire.

Rigaud, 1881 : Jambes de femme, minces du bas et fines du haut.

Virmaître, 1894 : Jambes minces comme des baguettes de fusil. Dans le peuple, on dit : Minces du bas, fines du haut. On dit également : Mince d’aiguilles à tricoter (Argot du peuple). N.

Hayard, 1907 : Jambes.

France, 1907 : Jambes maigres.

Une poétesse, oubliée aujourd’hui, Mélanie Waldor, était amoureuse de l’auteur des Trois Mousquetaires, qui la fuyait comme la peste.
Elle ne trouva rien de mieux, pour provoquer un dénouement qui se faisait trop attendre, que de mettre un soir, devant la cheminée, le feu à ses jupons.
Alexandre Dumas se précipite à ses pieds pour éteindre les flammes, et Mélanie de s’écrier :
— Ah ! Hercule aux pieds d’Omphale…
— Oui, répond Alexandre Dumas ; mais je vois les fuseaux et… je file.

Giberne

Delvau, 1864 : Le fessier, d’une femme, qui est, si on le veut, une boîte à cartouches. Allusion à la place ordinaire de la giberne.

Elle a une crâne giberne, ton adorée, faut lui rendre justice. Tout est-il à elle, dis ?

(Charles Monselet)

Delvau, 1866 : s. f. La partie du corps dont les femmes augmentent encore le volume à grand renfort de jupons et de crinolines. Ce mot, — de l’argot des faubouriens, s’explique par la position que les soldats donnaient autrefois à leur cartouchière.

France, 1907 : Derrière, fesses.

La grosse dondon qui nous servait à table était agrémenté de rotondités antérieures et postérieures qui faisaient loucher les jeunes lieutenants ; on n’entendait que ces exclamations : « Pristi ! quelles avant-scènes ! Nom de Dieu ! Belle giberne ! »

(Les Gaietés du régiment)

Gigoter

Delvau, 1866 : v. n. Remuer les gigues ; danser.

France, 1907 : Danser.

… Et pendant qu’elle gigotait, furibonde, ses jupons relevés jusqu’aux jarretières, sous les rires et les huées…

(Camille Lemonnier)

On dit aussi gigoter du jarret :

— Je vous promets, dans tous les cas, de me faufiler au bal quelques minutes.
— C’est ça, et nous y gigoterons du jarret.

(Ange Pitou)

France, 1907 : Remuer, agiter les jambes, littéralement : les gigots.

Le boiteux vient, clopine sur la tombe,
Crie hosanna, saute, gigote et tombe.

(Voltaire)

L’officier souffleta le juif, de sa main gantée, avec tant de force, que le pauvre diable fut projeté de la borne sur le sol, où il gigota ainsi qu’un lièvre atteint d’un coup de feu.

(Jacques Celti, Du Nord au Midi)

J’eus avec celle-ci la même explication, mais elle eut une crise et gigota de telle sorte que je dus appeler sœur Rébecca, qui la fit revenir à elle en lui jetant un baquet d’eau sur la tête.

(Hector France, Chez les Indiens)

Gipe

France, 1907 : Sorte de souquenille que les palefreniers, paysans, vignerons et autres gens de peine portaient autrefois par-dessus leur pourpoint ; de l’espagnol gipo, jupon.

Comme la gipe était large et de grosse toile, le pourpoint, au contraire, étroit et ordinairement de drap, la coutume de ces gens-là, quand ils voulaient danser, sauter, folâtrer à leur aise, était de se mettre en simple gipe, d’où sont venus les noms de gipai et de gipailler.

(Guy Barozal, Noël bourguignon, 1720)

Gouyassé

France, 1907 : Trousseur de jupons crottés, coureur de servantes.

Gueule (faire la)

France, 1907 : Prendre des airs importants ou simplement ne pas paraître satisfait.

La bourgeoisie âpre et bégueule
Dont les plus beaux jours sont comptés,
D’ici peu fera triste gueule
Devant nos faubourgs révoltés.

(Georges Baillet)

Les quotidiens ont raconté, ces jours-ci, sans le plus léger commentaire, qu’à Londres, en plein tribunal, un prolo a réclamé le bagne, affirmant qu’il préférait vivre en prison qu’en liberté.
Le pauvre bougre en question, James Kendrick, fut arrêté sur le tas, il y a deux ans, en train de fracturer une porte. Son affaire paraissait si claire que, sans ajuster leurs bésicles, ni défriser leurs perruques d’étoupes blanches, les enjuponnés administrèrent à l’accusé trois ans de servitude pénale.
C’était justement ce que désirait Kendrick ! Tout au plus aurait-il renaudé parce que la dose n’était pas assez forte.
Gai ct content, notre condamné fut expédié au bagne de Portland ; jovial comme pas un, le type se fit gober de tout le monde, aussi bien des gardes-chiourme que des autres détenus. C’était un prisonnier modèle, aussi s’empressa-t-on de le fiche en liberté conditionnelle.
Kendrick fit bien un peu la gueule, mais il avait 102 francs de masse à palper et il se dit qu’il lui serait facile de se faire refoutre dedans, puisqu’il n’était qu’en liberté conditionnellement.

(La Sociale)

Gueux

d’Hautel, 1808 : Gueux comme un rat d’église. Réduit à la dernière indigence.
C’est un gueux revêtu. Se dit d’un homme pauvre qui, devenu riche, oublie son premier état.
C’est un gueux fieffé. Pour dire un fripon dans toute la force du terme.

Larchey, 1865 : « Les dames des halles se servent toutes de chaufferettes et de ces horribles petits pots en grès qu’on nomme des gueux. Elles les posent sur leurs genoux pour se réchauffer les doigts. » — Privat d’Anglemont.

Larchey, 1865 : « Que j’en ai gagné de c’te gueuse d’argent ! » — H. Monnier. — Pris en bonne part.

Delvau, 1866 : s. m. Coquin, — dans l’argot du peuple, qui, d’un seul mot, prouve ainsi éloquemment que le Vice est le fils naturel de la Misère.

Delvau, 1866 : s. m. Petit pot de terre qu’on emplit de cendres rouges et que les marchandes en plein vent et les bonnes femmes pauvres placent sous leurs pieds pour se chauffer.

Rigaud, 1881 : Chaufferette en grès ; la chaufferette des pauvres femmes.

La Rue, 1894 : Coquin. Malheureux. Le froid.

Virmaître, 1894 : Coquin, canaille, gredin.
— Vous êtes un gueux d’avoir commis une aussi mauvaise action (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Misérable (Argot du peuple). Tout le monde connaît la chanson de Béranger :

Les gueux, les gueux
Sont des gens heureux,
Ils s’aident entre eux,
Vivent les gueux !

Virmaître, 1894 : Petit vase en argile qui sert de chaufferette aux portières ou aux marchandes des halles. C’est la chaufferette primitive. Le gueux a donné naissance à une plaisanterie assez drôle. À la foire de Saint-Romain, qui a lieu à Rouen tous les ans le ler novembre, une marchande, pour utiliser son feu, fait cuire des harengs ; elle a son gueux sous ses jupons, un gamin lui crie :
— Hé ? la mère, tes harengs vont brûler.
— A pas peur, petit, j’ai l’œil dessus (Argot du peuple).

France, 1907 : Chaufferette en terre dont se servent les marchandes en plein vent.

… Accroupie près d’un gueux sur les cendres duquel une cafetière ronronne.

(Paul Mahalin)

Jeu (vieux)

Rigaud, 1881 : Vieille école, ancien régime, vieux système. — L’écrivain qui emploie dans un livre des moyens usés, des rengaines pour charmer ses lecteurs : vieux jeu. — L’auteur dramatique dont les procédés scéniques, le dialogue rappellent soit l’exagération des romantiques, soit la monotonie des classiques : vieux jeu. — L’avocat, l’orateur qui effeuille à la barre, à la tribune, les vieilles fleurs desséchées de la rhétorique, celui qui dit : « Nos modernes Hétaïres, le vaisseau de l’État conduit par d’habiles pilotes, l’honorable organe du ministère public, l’hydre de l’anarchie ose relever la tête… » vieux jeu. — Celui qui appelle sa femme « sa moitié » ; celui qui, en quittant un ami, le prie de « mettre ses respectueux hommages aux pieds de madame » ; vieux jeu, vieux jeu.

France, 1907 : Anciennes habitudes hors de cour, usages passés de mode, plaisanteries rabattues.

Quand, vers la trentaine, le comte Sosthène d’Apremont, après une éducation provinciale et vieux jeu sous les jupons maternels, devenu grand gas balourd et hobereau savantasse, décoré du pape, avait eu, comme il convient, l’idée du mariage…

(Gaëtan de Meaulne)

Juponner

France, 1907 : Courir le guilledou.

Elle m’acceptait aucune invitation, ne donnait jamais de bal. Aussi la considérait-on comme une incurable malade, et plaignait-on le marquis d’être rivé à un tel boulet, lui surtout qui exubérait de santé, qui adorait le monde, qui eût rêvé de jeter l’argent par les fenêtres, de juponner sans trêve, d’accorder sa vie sur un brante de violons.

(Champaubert)

Juponnier

Rigaud, 1881 : Celui qui aime les femmes, le jupon.

France, 1907 : Coureur de filles.

C’était le plus grand juponnier que j’aie jamais connu. Sans cesse en chasses dans le champ des fauvettes, ayant l’art de plaire et celui de s’y prendre, il revenait rarement bredouille.

(Les Propos du Commandeur)

Linge

d’Hautel, 1808 : Aimer le linge fin. Expression figurée qui signifie aimer à faire sa cour au beau sexe ; avoir la passion des femmes.
Être curieux de linge sale. Locution ironique et figurée ; qui signifie être malpropre dans ses vêtemens.

Delvau, 1866 : s. m. Chemise, — dans l’argot du peuple. Jupon blanc de dessous, — dans l’argot des filles. Avoir du linge. Porter une chemise blanche. Faire des effets de linge. Retrousser adroitement sa robe, de façon à montrer trois ou quatre jupons éblouissants de blancheur et garnis de dentelles — de coton.

Rigaud, 1881 : Élégante fille publique.

La Rue, 1894 : Joueur de bonneteau. Femme galante ayant une certaine toilette.

Hayard, 1907 : Femme.

France, 1907 : Femme galante qui porte de la toilette. Elle fait des effets de linge.

France, 1907 : Joueur de bonneteau.

Lingé (être)

Rigaud, 1881 : Porter du linge blanc ; avoir une chemise blanche.

France, 1907 : Avoir du beau linge. On dit aussi faire des effets de linge, en parlant des femmes qui retroussent leur robe pour montrer qu’elles ont des jupons blancs.

Car enfin, c’est des sottises
D’aller chez des gens tout nus
Pour leur apprend’e des bêtises
À qui personn’ ne croit pus !
Pour leur y dir’ que la Vierge
À fait tout’ seule un garçon,
Rien qu’en allumant un cierge
Apporté par un pigeon.
Et puis un évêq’, ça marque,
Ça coûte très cher au Trésor,
C’est lingé comme un monarque
Et ça s’habille tout en or.
P’têt’ que là-bas, les bons nègres
— Car y a pas d’municipal —
S’engraiss’ront (c’est bêt’ d’êt’ maigres)
D’un rosbif épiscopal !

(Gringoire)

Lorette

Delvau, 1864 : Femme entretenue par Monseigneur Tout-le-Monde, et qui habite volontiers dans les environs de l’église de notre dame de Lorette. D’où son nom, qui lui a été donné par Nestor Roqueplan.

Je suis coquette
Je suis lorette
Reine du jour, reine sans feu ni lieu !
Eh bien ! J’espère
Quitter la terre
En mon Hotel… Peut-être en l’Hotel-Dieu

(G. Nadaud)

Larchey, 1865 : « C’est peut-être le plus jeune mot de la langue française ; il a cinq ans à l’heure qu’il est, ni plus ni moins, l’âge des constructions qui s’étendent derrière Notre-Dame-de-Lorette, depuis la rue Saint-Lazare jusqu’à la place Bréda, naguère encore à l’état de terrain vague, maintenant entourée de belles façades en pierres de taille, ornées de sculptures. Ces maisons, à peine achevées, furent louées à bas prix, souvent à la seule condition de garnir les fenêtres de rideaux, pour simuler la population qui manquait encore à ce quartier naissant, à de jeunes filles peu soucieuses de l’humidité des murailles, et comptant, pour les sécher, sur les flammes et les soupirs de galants de tout âge et de toute fortune. ces locataires d’un nouveau genre, calorifères économiques à l’usage des bâtisses, reçurent, dans l’origine, des propriétaires peu reconnaissants, le surnom disgracieux, mais énergique, d’essuyeuses de plâtres. l’appartement assaini, on donnait congé à la pauvre créature, qui peut-être y avait échangé sa fraîcheur contre des fraîcheurs. À force d’entendre répondre « rue Notre-Dame-de-Lorette » à la question « où demeurez-vous, où allons-nous ? » si naturelle à la fin d’un bal public, ou à la sortie d’un petit théâtre, l’idée est sans doute venue à quelque grand philosophe, sans prétention, de transporter, par un hypallage hardi, le nom du quartier à la personne, et le mot Lorette a été trouvé. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il a été lithographié pour la première fois par Gavarni, dans les légendes de ses charmants croquis, et imprimé par Nestor Roqueplan dans ses Nouvelles à la main. Ordinairement fille de portier, la Lorette a eu d’abord pour ambition d’être chanteuse, danseuse ou comédienne ; elle a dans son bas âge tapoté quelque peu de piano, épelé les premières pages de solfège, fait quelques pliés dans une classe de danse, et déclamé une scène de tragédie, avec sa mère, qui lui donnait la réplique, lunettes sur le nez. Quelques-unes ont été plus ou moins choristes, figurantes ou marcheuses à l’Opéra ; elles ont toutes manqué d’être premiers sujets. Cela a tenu, disent-elles, aux manœuvres d’un amant évincé ou rebuté ; mais elles s’en moquent. Pour chanter, il faudrait se priver de fumer des cigares Régalia et de boire du vin de Champagne dans des verres plus grands que nature, et l’on ne pourrait, le soir, faire vis-à-vis a la reine Pomaré au bal Mabile pour une polka, mazurka ou frotteska, si l’on avait fait dans la journée les deux mille battements nécessaires pour se tenir le cou-de-pied frais. La Lorette a souvent équipage, ou tout au moins voiture. — Parfois aussi elle n’a que des bottines suspectes, à semelles feuilletées qui sourient à l’asphalte avec une gaîté intempestive. Un jour elle nourrit son chien de blanc-manger ; l’autre, elle n’a pas de quoi avoir du pain, alors elle achète de la pâte d’amandes. Elle peut se passer du nécessaire, mais non du superflu. Plus capable de caprice que la femme entretenue, moins capable d’amour que la grisette, la Lorette a compris son temps, et l’amuse comme il veut l’être ; son esprit est un composé de l’argot du théâtre, du Jockey Club et de l’atelier. Gavarni lui a prêté beaucoup de mots, mais elle en a dit quelques-uns. Des moralistes, même peu sévères, la trouveraient corrompue, et pourtant, chose étrange ! elle a, si l’on peut s’exprimer ainsi, l’innocence du vice. Sa conduite lui semble la plus naturelle du monde ; elle trouve tout simple d’avoir une collection d’Arthurs et de tromper des protecteurs à crâne beurre frais, à gilet blanc. Elle les regarde comme une espèce faite pour solder les factures imaginaires et les lettres de change fantastiques : c’est ainsi qu’elle vit, insouciante, pleine de foi dans sa beauté, attendant une invasion de boyards, un débarquement de lords, bardés de roubles et de guinées. — Quelques-unes font porter, de temps à autre, par leur cuisinière, cent sous à la caisse d’épargne ; mais cela est traité généralement de petitesse et de précaution injurieuse à la Providence. » — Th. Gautier, 1845.

Delvau, 1866 : s. f. Fille ou femme qui ne vit pas pour aimer, mais au contraire, aime pour vivre. Le mot a une vingtaine d’années (1840), et il appartient à Nestor Roqueplan, qui a par un hypallage audacieux, ainsi baptisé ces drôlesses du nom de leur quartier de prédilection, — le quartier Notre-Dame-de-Lorette.

Rigaud, 1881 : Femme galante, femme entretenue. M. Prudhomme l’appelle « la moderne hétaïre ». Le mot a été créé en 1840 par Nestor Roqueplan.

Comme Vénus aphrodite de l’écume des flots, la lorette était née de la buée des plâtres malsains, là-haut, dans les quartiers bâtis en torchis élégants, la petite Pologne des femmes. Roqueplan s’était fait son parrain ; Balzac son historien ; Gavarni sa marchande de mots et de modes.

(Les Mémoires du bal Mabille)

Qu’est-ce que la lorette ? C’est la loi du divorce rétablie et, pour plus d’un mari, je le dis avec tristesse, la patience du mariage… La lorette n’est ni fille, ni femme, à proprement parler. C’est une profession c’est une boutique.

(Eug. Pelletan, La nouvelle Babylone)

Elle a un père à qui elle dit : Adieu papa ; tu viendras frotter chez moi dimanche. — Elle a une mère qui prend son café quotidien sur un poêle en fonte.

(Ed. et J. de Goncourt)

Il y a mille et une manières, en apparence de devenir lorette, mais au fond c’est la même. Une pauvre fille que l’on vend, une pauvre fille que l’on trompe.

(Paris-Lorette)

Une lorette, parlant d’un entreteneur pour lequel elle a du goût, dit : « Mon homme » ; l’entreteneur qu’elle considère et respecte est son monsieur ; quant à l’entreteneur pur et simple, quoi qu’il fasse, et quoi qu’il donne, il n’est jamais qu’un mufle.

(Idem)

Aujourd’hui les lorettes célèbres de 1840 ont vieilli. Elles comptent leur dépense avec leurs cuisinières, prennent l’omnibus quand il pleut, et élèvent des oiseaux. La lorette pure est maintenant un type évanoui, une race disparue.

(Paris à vol de canard.)

France, 1907 : Femme galante d’un certain luxe de tenue. Le mot a été mis à la mode par Nestor Roqueplan, vers 1840, à cause du nombre considérable de ces filles dans le quartier de Notre-Dame-de-Lorette. « L’ensemble des rues de ce quartier, écrivait-il, s’appelle le quartier des Lorettes, et, par extension, toutes ces demoiselles reçoivent dans le langage de la galanterie sans conséquence le nom de lorettes. » Le quartier est à peu près resté le même, mais le mot n’est plus guère employé que par les provinciaux.

Lorette, dit Balzac, est un mot décent inventé pour exprimer l’état d’une fille ou la fille d’un état difficile à nommer et que, dans sa pudeur, l’Académie a négligé de définir, vu l’âge de ses quarante membres. Quand un nom nouveau répond à un cas social qu’on ne pouvait pas dire sans périphrase, la fortune de ce mot est faite. Aussi la lorette passa-t-elle dans toutes les classes de la société, même dans celles où ne passera jamais une lorette.

Les lorettes habitent invariablement rue Notre-Dame-de-Lorette, rue Bréda, rue du Helder, rue Taitbout, rue Neuve-des-Mathurins ou rue Richer. Elles ne traversent jamais la Seine et s’écartent peu de la zone des boulevards. Elles savent Barême par cœur, jouent à la Bourse, roulent équipage, éclaboussent ceux qui vont à pied, et m’admettent dans leur salon que les hommes du meilleur monde… Elles ont les hommes en profond mépris et m’estiment que les coupons de la Banque de France.

(Ces Dames. — Physionomies parisiennes)

L’autre jour, j’ai entendu faire la définition suivante d’une lorette par la petite fille d’une portière de la place Vintimille :
— Une lorette, a-t-elle dit, c’est une dame qu’a une chemise sale, emprunte dix sous à mon papa, porte des jupons bariolés comme des drapeaux, ses bijoux au clou quand elle en a, et des plumes à son chapeau. À quarante ans, elle est ouvreuse aux Délassements-Comiques.
J’ai interrogé l’enfant terrible dans le but de savoir de qui elle tenait des renseignements aussi exacts.
— Monsieur, m’a-t-elle répondu naïvement, je le sais mieux que vous, puisque c’est arrivé à ma sœur.

(Léon Rossignol, Lettres d’un Mauvais Jeune homme à sa Nini)

Enfin, dans la catégorie des clandestines, c’est-à-dire parmi des filles dont l’insoumission à la police des mœurs est continuelle, toutes, depuis la riche lorette jusqu’à la pierreuse, sont dans la nécessité de se faire protéger. On conçoit alors que la position sociale des souteneurs doit varier autant que celle dans laquelle les filles se sont elles-mêmes placées.

(Léo Taxil, La Prostitution contemporaine)

Marcheuse

d’Hautel, 1808 : Nom que l’on donne aux femmes qui conduisent les courtisanes, qui les accompagnent dans le lieu de leur trafic.

Delvau, 1864 : Femme qui a été fille et qui, ne l’était plus, est chargée de conduire dans les chemins du vice celles qui le sont encore.

Ses fonctions sont d’appeler les passants à voix basse, de les engager à monter dans le bordel où, d’après ses annonces banales, ils doivent trouver un choix exquis de jeunes personnes. Dans, la maison de tolérance de première ligne, il y a ordinairement plusieurs marcheuses dont l’emploi principal est de promener les filles d’amour sur les boulevards et dans les passages.

Larchey, 1865 : « La marcheuse est un rat d’une grande beauté que sa mère, fausse ou vraie, a vendu le jour où elle n’a pu devenir ni premier, ni deuxième, ni troisième sujet de la danse, et où elle a préféré l’état de coryphée à tout autre, par la grande raison qu’après l’emploi de sa jeunesse, elle n’en pouvait pas prendre d’autre. Pour qu’un rat devienne marcheuse, c’est-à-dire figurante de la danse, il faut qu’elle ait eu quelque attachement solide qui l’ait retenu à Paris, un homme riche qu’elle n’aimait pas, un pauvre garçon qu’elle aimait trop. C’est un débris de la fille d’Opéra du dix-huitième siècle. »

(Balzac)

Larchey, 1865 : « Un simple bonnet la coiffe ; sa robe est d’une couleur foncée et un tablier blanc complète ce costume. Les fonctions de la marcheuse sont d’appeler les passants à voix basse, de les engager à monter dans la maison qu’elle représente, où, d’après ses annonces banales, ils doivent trouver un choix exquis de jeunes personnes. »

(Béraud)

Enfin arrivent les marcheuses… Elles marchent pour les filles demeurant en hôtel garni ; celles-ci n’ont qu’une chaussure et un jupon blanc Faut-il qu’elles exposent dans les boues leur unique habillement, la marcheuse affrontera pour elles les chemins fangeux.

(1783, Mercier)

Delvau, 1866 : s. f. Femme en bonnet et en tablier blanc, dont les fonctions « sont d’appeler les passants à voix basse et de les engager à monter dans la maison qu’elle représente ».

Delvau, 1866 : s. f. Rat d’une grande beauté que sa mère, fausse ou vraie, dit H. de Balzac, a vendue le jour où elle n’a pu devenir ni premier, ni deuxième, ni troisième sujet de la danse, et où elle a préféré l’état de coryphée à tout autre, par la grande raison qu’après l’emploi de sa jeunesse elle n’en pouvait pas prendre d’autres. C’est un débris de la fille d’Opéra du XVIIIe siècle.

Rigaud, 1881 : Dame comparse du corps de ballet, à l’Opéra.

Rigaud, 1881 : Racoleuse d’une maison de tolérance.

Fille publique qui fait la porte, c’est-à-dire qui, du seuil des maisons de joie, appelle les passants.

(Paris-Vivant, la Fille, 1858)

C’est-à-dire la femme stationnant sur le seuil de la porte de la maison de tolérance.

(Béraud, Les Filles publiques de Paris, t. II, 1839)

Par ordonnance de police, les marcheuses doivent être âgées d’au moins quarante ans… Est-ce pour inspirer plus de confiance ?

La Rue, 1894 : Dame comparse au théâtre. Racoleuse.

Virmaître, 1894 : Belle femme qui figure à l’Opéra, Marcheuse : la femme qui appelait les passants en termes très engageants ; elle détaillait avec complaisance les charmes de la marchandise qui était dans l’intérieur de la maison. La marcheuse était généralement un beefteack à corbeau hors d’âge et de service. Les marcheuses furent supprimées à la porte des maisons de tolérance par arrêté de M. Andrieux, préfet de police, en 1881 (Argot des souteneurs).

Rossignol, 1901 : La femme qui fait les cent pas à la porte d’une maison de tolérance où elle est pensionnaire pour y amener des clients, c’est la marcheuse.

Hayard, 1907 : Femme qui fait le trottoir.

France, 1907 : Fille qui se promenait sur le trottoir devant une maison de tolérance pour engager les passants à y entrer. Un arrêté du préfet de police Andrieux supprima en 1881 ce genre d’excitation à la débauche.

Les fonctions de la marcheuse sont d’appeler les passants à voix basse, de les engager à monter dans la maison qu’elle représente, où, d’après ces annonces banales, ils doivent trouver un choix… Il y a ordinairement plusieurs marcheuses dont l’emploi principal est de promener les filles d’amour sur les boulevards et dans les passages.

(F. Béraud)

La marcheuse est reconnaissable à ses chapeaux modestes, uniformément noirs, qui écrasent sa tête plus qu’ils ne la couronnent. C’est elle qui a lancé la première en France ces interminables waterproofs, ces cache-misère, longs comme un de ces jours sans pain qu’elle a plus d’une fois connus.

(Édouard Petit)

France, 1907 : Jolie fille qui figure dans un Corps de ballet.

La marcheuse est un rat d’une grande beauté que sa mère, fausse où vraie, à vendue le jour où elle n’a pu devenir ni premier, ni second, ni troisième sujet de la danse, et où elle a préféré l’état de coryphée à tout autre, par la grande raison qu’après l’emploi de sa jeunesse elle n’en pouvait pas prendre d’autre. Pour qu’un rat devienne marcheuse, c’est-à-dire figurante de la danse, il faut qu’elle ait eu quelque attachement solide qui l’ait retenue à Paris, un homme riche qu’elle m’aimait pas, un pauvre garçon qu’elle aimait trop.

(Balzac)

… Les marcheuses, dont le nom tristement significatif indique qu’elles seraient mieux sur l’asphalte où on les a prises, que sur les planches de l’Opéra.

(Théophile Gautier)

Mener les poules pisser

Delvau, 1866 : Se dit, — dans l’argot du peuple, d’un homme qui s’amuse aux menus soins du ménage et porte le jupon au lieu de porter la culotte. L’expression date du XVIIe siècle. Dans un ballet de la cour de Gaston, duc d’Orléans, on voit Jocrisse qui mène les poules pisser. Jocrisse est là le type du genre.

France, 1907 : Se dit d’un benêt qui s’occupe des menus soins du ménage. Une vieille pièce montre Jocrisse, le type du genre, menant pisser les poules.

Mesurer de l’avoine (pas fait pour)

France, 1907 : Expression populaire, employée comme critique d’une fille ou d’une femme qui repousse les amoureux. Ce n’est pourtant pas fait pour mesurer de l’avoine, dit-on en parlant du déduit d’amour.

Guérigny est un patelin de la Nièvre où les bigottes qui ne sont pas encore aussi racornies que des peaux de bique sont dans la désolation.
Elles avaient un curé qui, en compagnie de son vicaire et d’un ratichon ami, menait une vie de patachon. C’est foutre pas ces trois frocards qui ont contribué à la dépopulation de la France !
Ces corbeaux-là se payaient des noces à tout casser, — et ils n’oubliaient pas le sexe !
La supérieure du couvent, une vieille guenon, plus laide que les sept péchés capitaux, et chipie en diable, est allée casser du sucre à mossieu l’évêque.
Sur ce, le curé et le vicaire ont été fichus à la porte.
Mais, avant de prendre la poudre d’escampette, le ratichon est monté en chaire et s’est fendu d’un sermon gondolant :
« Mes très chers frères, qu’il a dégoisé, la supérieure, jalouse de ma popularité, m’a débiné parce que je ne fréquente pas les riches et que j’en pince pour les bonheurs terrestres. Dame, je crache pas dessus… on m’a dit que c’était pas fait pour mesurer de l’avoine, et j’ai voulu m’en rendre compte, malgré mes jupons… »

(Le Père Peinard)

Mouillette

France, 1907 : Membre viril.

Un honnête homme était reprimandé
Pour ce qu’après avoir mis sa mouillette
Dans le coquetier mal gardé
De je ne sais quelle fillette
Troussant volontiers ses jupons…

(A. Glatigny, Joyeusetés galantes)

Mouscaille

Vidocq, 1837 : s. f. — Matière fécale.

Clémens, 1840 : Excréments.

Delvau, 1866 : s. f. Le résultat de la digestion, — dans l’argot des voleurs.

La Rue, 1894 : Gadoue. Excréments.

Virmaître, 1894 : La marchandise que l’on abandonne avec satisfaction dans les châlets de nécessité. Mouscailler : faire ses besoins (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Déjections.

France, 1907 : Excréments ; argot des prisons.

Cette semaine on vient de découvrir deux superbes pots aux roses — où les roses sont remplacées par de la fine fleur de mouscaille — qui prouvent surabondamment que si on veut trouver de la justice quelque part, c’est pas dans la turne où règnent les enjuponnés qu’il faut s’égarer.

(Le Père Peinard)

Foutre, non ! Parmi les socialos politicards, il peut y avoir des cocos qui ont de l’honnêteté, mais qué que ça prouve ? Rien, sinon qu’ils manquent de flair. Y a des types qui pourraient écraser 36.000 étrons, pétrir la mouscaille de leurs dix doigts… parce qu’ils ne sentiront rien, c’est-y une preuve que ça ne pue pas ?

(Almanach du Père Peinard, 1894)

Naser

un détenu, 1846 : Avoir quelqu’un au nez, détester, abhorrer.

Delvau, 1866 : v. a. et n. Avoir quelqu’un dans le nez.

France, 1907 : Détester, « avoir dans le nez ».

— Ce vieux sacristain est toujours dernière moi à flairer mes jupons. Il ne sait donc pas comme je le nase.

(René de Nancy)

Panier à crottes

Rossignol, 1901 : Le derrière.

France, 1907 : Les jupons. Remuer ou secouer son panier à crottes, danser.

Pas de clarinette pour secouer le panier à crottes des dames.

(Émile Zola)

Pape (soldat du)

Larchey, 1865 : Mauvais soldat.

Soldats du pape, méchantes troupes. Machiavel a dit que les compagnies de l’église sont le déshonneur de la gendarmerie.

(Le Duchat, 1738)

Le terme remonterait donc au seizième siècle.

Vous êtes bien des soldats du pape. Est-ce que par hasard un jupon vous ferait peur ?

(L. Reybaud)

Paumer

Vidocq, 1837 : v. a. — Perdre.

un détenu, 1846 : Prendre, saisir, empoigner.

Larchey, 1865 : Empoigner. V. Du Cange. — Du vieux mot paumoier. — V. Cigogne.

Rends-moi la bourse, ou sinon je te paume.

(le Rapatriage, parade, dix-huitième siècle)

Larchey, 1865 : Perdre.

Je ne roupille que poitou ; je paumerai la sorbonne si ton palpitant ne fade pas les sentiments du mien.

(Vidocq)

Delvau, 1866 : v. a. Empoigner, prendre — avec la paume de la main. S’emploie au propre et au figuré. Être paumé. Être arrêté. Être paumé marron. Être pris en flagrant délit de tricherie, de vol ou de meurtre.

Delvau, 1866 : v. a. Perdre, — dans l’argot des voleurs. Paumer la sorbonne. Devenir fou, perdre la tête.

Rigaud, 1881 : Arrêter, appréhender au corps. Se faire paumer ; mot à mot : se faire mettre la paume de la main au collet.

Rigaud, 1881 : Dépenser, — dans le jargon des ouvriers. Paumer son fade, dépenser l’argent de sa paye.

Rigaud, 1881 : Perdre, — dans le jargon des voleurs. — Paumer l’atout, perdre courage.

La Rue, 1894 : Perdre. Dépenser. Empoigner. Arrêter. Se paumer, s’égarer.

Virmaître, 1894 : Perdre.
— Tu fais une drôle de gueule.
— J’avais deux sigues d’affure et j’en paume quatre, y a de quoi.
— Fallait pas jouer (Argot des voleurs). N.

Rossignol, 1901 : Perdu. — « J’ai paumé ma bourse. » — « J’ai paumé au jeu. » — Celui qui a de la perte a de la paume.

Rossignol, 1901 : Prendre, surprendre, arrêter. — « J’ai été paumé par ma mère au moment où je fouillais dans sa bourse. » — « Le môme Bidoche a été paumé en volant à l’étalage. »

Hayard, 1907 : Perdre.

France, 1907 : Dérober, détourner adroitement quelque chose, mettre la paume de la main sur un objet.

France, 1907 : Donner, lancer. « Paumer la gueule à un roussin », donner un coup de poing sur la figure d’un agent. Argot des voyous.

France, 1907 : Manger avec avidité.

France, 1907 : Prendre, arrêter, saisir ; littéralement, tenir dans la paume de la main, Argot populaire.

Il y a trois ans, les enjuponnés cherchaient les assassins d’un paysan et de sa femme ; ils en avaient déjà deux dans les griffes, il leur manquait un troisième.
Au hasard, ils paumèrent un pauvre bougre qui n’était pour rien dans l’affaire.

(Le Père Peinard)

Paumer sur le tas, arrêter en flagrant délit. Paumé dans le dos, flambé, perdu.

— Faut gicler, les gonzesses, on va vous paumer su’l’tas.

(A. Bruant, Les Bas-fonds de Paris)

Penaillons

France, 1907 : Jupons, cottes.

Rien ne restait de son ancienne coquetterie. Même devant le monde, elle trôlait avec le roulement de sa ceinture devenue énorme, ses penaillons remontés à ses genoux, les bras et la face poissés de crasse noire, supportant de ses mains larges ouvertes sur le bas-ventre la rondeur douloureuse de sa maternité.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Polisson

d’Hautel, 1808 : Terme injurieux quand il s’adresse à un homme ; et de plaisanterie quand on l’applique aux enfans.
C’est un petit polisson. Se dit d’un enfant qui aime à jouer, à folâtrer ; à perdre le temps aux jeux de son âge.

Larchey, 1865 : « Toutes les dames et demoiselles qui, pour suppléer au manque de rondeur de certaines parties, portent ce que Mme de Genlis appelle tout crûment un polisson et que nous appelons une tournure. » — Th. Gautier, 1833.

Delvau, 1866 : s. m. Amas de jupons pour avantager les hanches. Le mot est de madame de Genlis. Aujourd’hui on dit mieux Tournure.

Delvau, 1866 : s. m. Gamin.

Delvau, 1866 : s. m. Impertinent, — dans l’argot des bourgeois.

Delvau, 1866 : s. m. Libertin, — dans l’argot des bourgeoises.

Rigaud, 1881 : Faux appas en crin que nos arrière-grand’mères ne plaçaient pas sur la gorge.

Rigaud, 1881 : Gentilhomme de la Cour des Miracles. Les polissons jouaient les déguenillés et tâchaient d’inspirer la pitié en grelottant sous leurs haillons.

France, 1907 : Sorte de coussin que le beau sexe s’accroche au bas des reins pour se développer le postérieur ; le mot est tombé en désuétude.

Dames et demoiselles quelconques, pour suppléer au manque de rondeur de certaines parties, portent ce que Mme de Genlis appelle, tout crûment, un polisson, et que nous appelons une tournure.

(Théophile Gautier)

France, 1907 : Variété de mendiants de la Cour des miracles décrits ainsi dans le Jargon de l’argot : « Polissons sont ceux qui ont des frusquins qui ne valent que floutière ; en hiver, quand sigris bouesse (quand il fait froid), c’est lorsque leur état est plus chenastre. »

Pommes

Delvau, 1864 : Les tétons.

Il montre aux regards de l’amour
Abricot mignon qui s’entr’ouvre,
Et plus haut deux pommes d’amour.

(Félix)

Un beau bouquet de roses et de lis
Est au milieu de deux pommes d’albâtre.

(Voltaire)

Quand tu frippais mes jupons,
Poussé par trent’-six rogommes,
N’t’ai-j’ pas fait trouver des pommes
Où tu n’cherchais qu’des chiffons ?

(Parnasse satyrique)

France, 1907 : Seins de femme.

Un beau bouquet de roses et de lis
Est au milieu de deux pommes d’albâtre.

(Voltaire)

Porter

d’Hautel, 1808 : Elle porte les culottes et son mari les jupons. Se dit d’une femme qui est plus maître à la maison que ne l’est son mari.
Chacun porte sa croix en ce monde. Pour dire chacun a ses peines, ses afflictions.
Il ne le portera pas en paradis. Se dit par menace en promettant de se venger de quelqu’un.
Porter quelqu’un sur les épaules. En être très importuné, très-fatigué, très-ennuyé.
Porter l’endosse. Endurer la peine, le dommage, le tort d’une affaire.
Ce que l’on ne peut porter, on le traîne. Se dit lorsqu’on a un travail au-dessus de ses forces, ou un fardeau que l’on ne peut porter.

France, 1907 : Bière brune anglaise. La blanche est appelée ale.

On sait qu’il existe en Angleterre, comme d’ailleurs en d’autres pays, des sociétés s’occupant du sort des repris de justice qui, leur peine achevée, rentrent dans la circulation. À certaines époques même, on leur offre des banquets arrosés de thé et de lectures bibliques. Il est probable qu’ils préfèreraient un pot de gin ou de porter, mais on ne leur donne pas le choix.

(Hector France, Lettres d’Angleterre)

Sabot

d’Hautel, 1808 : On appelle par plaisanterie des sabots, des escarpins de Limoges.
Sabot.
Pour, vaisseau.
Aller dans le sabot. S’embarquer ; s’enrôler sur mer ; partir pour les îles ; prendre la profession de marin.
Elle a cassé son sabot. Se dit d’une fille qui a perdu son honneur ; qui s’est laissé séduire.
Il est venu à Paris en sabots. Se dit d’un homme de basse extraction qui, de pauvre qu’il étoit, est devenu très-riche.

Larchey, 1865 : Navire.

Aller dans le sabot : S’embarquer.

(Vidocq)

V. Sapin. — Allusion de forme.
Sabot : Violon.

Jeune homme ! emparez-vous de ce sabot.

(Dumersan et Varin)

Delvau, 1866 : s. m. Canot, barque, — dans l’argot des voleurs. Aller au sabot. S’embarquer.

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui aime à dormir.

Delvau, 1866 : s. m. Mauvais billard. Signifie aussi Mauvais violon.

Delvau, 1866 : s. m. Toupie plate, — dans l’argot des gamins.

Rigaud, 1881 : Nez, — dans le jargon des voyous.

Rigaud, 1881 : Petit bateau. — Mauvais violon. — Vieille voiture. En général tout vieux meuble, tout objet meublant démodé. — Matériel hors de service.

Rigaud, 1881 : Terme d’imprimerie. Boîte destinée à recevoir les lettres usées qui passeront à la refonte.

Boutmy, 1883 : s. m. Boîte dans laquelle les compositeurs jettent les lettres usées et destinées à être refondues. Par extension, mauvais ouvrier. Dans un autre sens, petit chariot qui sert à transporter les formes.

La Rue, 1894 : Nez. Petit bateau. Voiture. Violon mauvais. Ouvrier maladroit. En général tout ce qui est mauvais.

Virmaître, 1894 : Barque.
— Nous allons embarquer dans le sabot pour la Nouvelle, disent les voleurs.
Dans le peuple on dit d’un homme qu’un coup de canon ne réveillerait pas :
— Il dort comme un sabot.
Allusion à la toupie que les enfants nomment sabot, laquelle ronfle comme un tuyau d’orgue (Argot des voleurs et du peuple).

Rossignol, 1901 : Navire. Le condamné que l’on embarque à l’Île de Ré, pour la Nouvelle-Calédonie, met le pied dans le sabot.

Hayard, 1907 : Bateau.

France, 1907 : Blé mal venu ou dont le grain a été attaqué par les insectes.

France, 1907 : Boîte dans laquelle on apporte les cartes dans les maisons de jeu. Voir Servir un potage.

France, 1907 : Mauvais ouvrier, maladroit.

France, 1907 : Mauvais violon, mauvais billard. Jouer comme un sabot, mal jouer.

France, 1907 : Vaisseau de guerre ou des messageries ; le mot est pris en mauvaise part.

Le médecin voulut l’emmener. Elle refusa et s’assit dans la cambuse parmi les tonneaux. Elle ne bougerait plus de là. Il l’avait assez promenée. Nom de Dieu ! elle le connaissait maintenant, son sacré sabot, mieux que n’importe quel homme du bord. L’avait-elle assez parcouru ! sa robe et ses jupons en témoignent.

(P. Bonnetain, Une femme à bord)

Smart

France, 1907 : Élégance, bel air, recherches de manières et de décors, distinction d’allure, dandysme, fashion ; néologisme venu de l’anglais.

En 1885, on était bécarre, comme on avait été raffiné sous Charles IX, libertin sous Louis XV, talon rouge sous la Régence et plus tard incroyable. Le parfait bécarre devait porter des bottes pointues, un pantalon étriqué, le gilet blanc très ouvert, n’avoir qu’un seul gant à la main gauche et surtout paraître très gourmé, très Anglais et très sanglé. Hier, nous avions des snobs d’essence particulière, dont la colonie fréquente de préférence aux environs de l’Are de l’Étoile. On les reconnaissait à leur costume prétentieux, enjuponnés qu’ils étaient, rapporte la chronique de 1896, de longues redingotes, le col enfoncé dans des collets en velours, les épaules remontées presque un niveau des oreilles par le relief des manches, et s’efforçant en leur démarche d’avoir un air 1830. Maintenant, nous avons les petits jeunes très modernes, très envoyés, à qui le smart américain vient de jeter son dernier cri.

(Frédéric Loliée)

Strapontin

Fustier, 1889 : Ce mot, en langage très familier, désigne l’objet de toilette que les femmes appellent du nom de tournure.

Grande bataille ! Entre qui ? Entre les strapontinistes et les antistrapontinistes. On appelle strapontin en langue fantaisiste, l’appendice proéminent que les dames portent en ce moment au-dessous de la taille.

(Monde illustré, novembre 1885)

(V. les mots nuage et tapez-moi ça dans le Supplément.)

Fustier, 1889 : Petit matelas en galette, étroit et plat.

Virmaître, 1894 : Femme qui a l’estomac bien garni. Elle possède un strapontin supérieurement rembourré — ce n’est pourtant pas une place pour s’asseoir. Ou appelle aussi strapontin la tournure que les femmes mettent sous leurs jupons, peur paraître avoir un postérieur engageant (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Tournure que des femmes se mettaient sous les jupes pour se grossir le derrière. Voir Sous-lieutenant.

Des centaines et des milliers de tournures, strapontins, sous-lieutenants, s’exhibaient triomphalement à tous les regards, aux vitrines de toutes les boutiques où l’on s’habille. La femme n’aurait jamais laissé apercevoir cet agrément significatif de sa personne accroché à une patère, ou déposé sur un meuble, comme un chapeau, qu’il aurait fallu se rendre à l’évidence des exhibitions marchandes, et se préoccuper de ces treillages matelassés, de forme et de destination si particulières.

(Gustave Geffroy)

Tâter les endosses

France, 1907 : Soulever les jupons.

Le bon curé n’eût pas demandé mieux que de tâter les endosses à la petite, mais la crainte non du Seigneur, mais du gendarme qui est le commencement de la sagesse, le retenait.

(Les Propos du Commandeur)

Troussis

France, 1907 : Dessous de jupes retroussées ; argot populaire.

Vos petits pieds doux et fripons,
Sous le troussis de vos jupons,
Mesdames et Mesdemoiselles,
Paraissent battre de leurs ailes
Tout le long des pavés boueux,
En trottinant, petits pieds roses,
Semez à chaque pas des roses,
Petits pieds,
Petits pieds,
Petits pieds gracieux !

Vésuvienne

Delvau, 1866 : s. f. Femme galante. L’expression date de 1848, et elle n’a pas survécu à la République qui l’avait vue naître. Les Vésuviennes ont défilé devant le Gouvernement Provisoire ; mais elles n’auraient pas défilé devant l’Histoire si un chansonnier de l’époque, Albert Montémont, ne les eût chantées sur son petit turlututu gaillard :

Je suis Vésuvienne,
À moi le pompon !
Que chacun me vienne
Friper le jupon ?

France, 1907 : Sobriquet donné aux membres d’un club féminin qui se forma en 1848, appellation que justifiait la pétulance de ces dames et demoiselles et l’ardeur de leur feu pour la nouvelle république. Ces excentriques personnes devaient être âgées de 15 à 30 ans. Le 26 mars 1848, Le bataillon des vésuviennes, drapeau tricolore en tête, se rendit à l’Hôtel de Ville pour y solliciter la protection du gouvernement provisoire. Ce fut Lamartine qui les reçut. Le porte-parole de la bande l’apostropha en ces termes :

Citoyen, les vésuviennes out tenu à t’exprimer toute l’admiration que tu leur inspires. Au nom de toutes nos sœurs, nous avons mission de t’embrasser !

Lamartine frémit. Il ne se sentait nulle attraction pour ces viragos en dépit de leur costume qui participait de celui de la cantinière et de la danseuse de corde ; mais il se tira habilement de la corvée dont on le menaçait :

Citoyennes, s’écria-t-il, merci des sentiments que vous me témoignez ! mais laissez-moi vous le dire : des patriotes telles que vous ne sont pas des femmes : elles sont des hommes. Entre hommes, on ne s’embrasse pas, on se tend la main…

Elles finirent, dit-on, toutes ou presque toutes à la Closerie des Lilas. C’est ce qu’elles avaient à faire de mieux. Elles furent chantonnées dans des couplets moqueurs :

Je suis vésuvienne,
À moi le pompon ;
Que chacun me vienne
Friper le jupon !


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique