Entrez le mot à rechercher :
  Mots-clés Rechercher partout 


Balayeuse

Rigaud, 1881 : Femme qui porte une longue jupe de robe dont elle balaie le pavé. On les a aussi appelées : « La joie des balayeurs. »

Rigaud, 1881 : Jupe à traîne dont la mode a suivi celle des crinolines. Fausse jupe garnie de dentelles et cousue après la robe, mode de 1876-1879.

France, 1907 : Longue queue de robe qui ramasse tous les crachats du trottoir.
L’intelligente personne qui traîne ce balai est également appelée balayeuse.

Balcon (faire le)

Delvau, 1864 : Moyen ingénieux employé par les filles pour faire savoir à leurs abonnés qu’elles sont visibles : — il leur suffit de mettre au balcon une chaise sur laquelle sera déposée une chemise ou une jupe commencée… puis de retirer le tout quand le client est entré.

Je vous dis que vous faites la fenêtre ; on vous a vue au balcon.
— Ah ! M. le commissaire, comme on vous a trompé : je ne vais jamais à ce bal là.

(J. Ch.)

Ballon (carguer son)

Rigaud, 1881 : Relever ses jupes. Les jours où il lansquine, il y a un tas de pantes à reluquer les flûtes des gonzesses qui carguent leurs ballons. Les jours de pluie, il y a un tas d’imbéciles occupés à regarder les jambes des femmes qui relèvent leurs jupes.

Brandon et brandilloires

Delvau, 1864 : Le membre viril, et les testicules, qui brandillent si voluptueusement sous une main de femme.

Levant mes jupes, il me fit voir un superbe brandon…, qu’il fit agir avec toute l’impétuosité qu’un long jeûne de mer pouvait lui fournir.

(Mémoires de miss Fanny)

Cant

Delvau, 1866 : s. m. Afféterie de manières et de langage ; hypocrisie à la mode. Expression désormais française. Le cant et le bashfulness, deux jolis vices !

Delvau, 1866 : s. m. Argot des voleurs anglais, devenu celui des voleurs parisiens.

Rigaud, 1881 : Argot des voleurs anglais.

France, 1907 : Hypocrisie de manières et de langage, particulière d’abord à nos voisins de Grande-Bretagne, mais qui, grâce à l’anglomanie, a passé le détroit pour s’implanter chez nous. Bérenger, Jules Simon, Frédéric Passy et autres diables devenus vieux, se font les propagateurs du cant.

La jeune Anglaise est de bonne heure experte en la matière. Plus libre que la Française, plus franche d’allures, moins attachée aux jupes maternelles, mêlée à la société des garçons dans les jeux en plein air, elle se familiarise vite, en dépit du cant qui, du reste, s’attaque plus aux mots qu’aux choses, autorise et se permet des privautés sans grandes conséquences.

(Hector France, La Taverne de l’Éventreur)

La banalité nous envahit. Nos mœurs se patinent d’une couche uniforme de prudhommerie et de snobisme. Le cant règne en maître. Si nous ne mourons plus guère de mort tragique, nous dépérissons lentement de spleen et d’ennui ; et, en fin de compte, cela revient à peu près au même.

(La Nation)

Care (vol à la)

Rossignol, 1901 : La femme qui vole un objet dans un magasin commet un vol à la care parce qu’elle le cache. Il y a des careuses de profession qui, pour commettre ce vol, ont dessous leur jupe un grand sac où elles enfouissent le produit de leurs vols. Ce sac est nommé par elles un kanguroo (sarigue), probablement pour faire allusion à la poche que cet animal a sur le ventre pour y mettre ses petits.

Catau, ou cathos, ou catin

Delvau, 1864 : Fille ou femme légère — comme chausson. Nom de femme qui est devenu celui de toutes les femmes — galantes.

Je vous chanterai, dans mes hexamètres,
Superbe catin dont je suis l’amant.

(Parnasse satyrique)

Une catin, sans frapper à la porte,
Des cordeliers jusqu’à la cour entra.

(Marot)

Parmi les cataux du bon ton,
Plus d’une, de haute lignée,
À force d’être patinée
Est flasque comme du coton.

(Émile Debraux)

Retiens cette leçon, Philippine : quelque catin que soit une femme, il faut qu’elle sache se faire respecter, jusqu’à ce qu’il lui plaise de lever sa jupe. — Je pense de même…

(Andréa de Nerciat)

… En tout, tant que vous êtes
Non, vous ne valez pas, ô mes femmes honnêtes,
Un amour de catin.

(Alfred de Musset)

Des catins du grand monde
J’ai tâté la vertu.

(Émile Debraux)

Chahut

Larchey, 1865 : Danse populaire.

Un caractère d’immoralité et d’indécence comparable au chahut que dansent les faubouriens français dans les salons de Dénoyers.

(1833, Mansion)

La chahut comme on la dansait alors était quelque chose de hideux, de monstrueux ; mais c’était la mode avant d’arriver au cancan parisien, c’est-à-dire à cette danse élégante décemment lascive lorsqu’elle est bien dansée.

(Privat d’Anglemont)

Larchey, 1865 : Dispute.

Je n’ai jamais de chahut avec Joséphine comme toi avec Millie.

(Monselet)

Delvau, 1866 : s. m. Bruit, vacarme mêlé de coups, — dans l’argot des faubouriens. Faire du chahut. Bousculer les tables et les buveurs, au cabaret ; tomber sur les sergents de ville, dans la rue.

Delvau, 1866 : s. m. Cordace lascive fort en honneur dans les bals publics à la fin de la Restauration, et remplacée depuis par le cancan, — qui a été lui-même remplacé par d’autres cordaces de la même lascivité. Quelques écrivains font ce mot du féminin.

Rigaud, 1881 : Bruit, tapage. Faire du chahut.

Rigaud, 1881 : Cancan poussé à ses dernières limites, l’hystérie de la danse. On dit également le ou la chahut.

Un d’eux, tout à fait en goguette, se laissera peut-être aller jusqu’à la chahut.

(Physiologie du Carnaval)

La Rue, 1894 : Dispute, tapage, mêlée. Danse de bastringue.

France, 1907 : « Le chahut est la danse par excellence, dit l’auteur des Physionomies parisiennes, danse fantaisiste, sensuelle, passionnée, plus d’action et de mouvement que d’artifice, qui se prête aux improvisations les plus hardies et les plus excentriques… Le cancan est l’art de lever la jupe : Le chahut, l’art de lever la jambe. »
S’il faut en croire le même auteur, ce qui caractérise le chahut, c’est la décence ; car, dit-il, tout ce qui est simple et naturel est décent, et le chahut est la plus simple et la plus naturelle de toutes les danses.
Le chahut remonte à la plus haute antiquité. Cette danse à été et est encore celle de tons les peuples primitifs. Les austères Lacédémoniennes dansent le chahut en costume des plus légers : c’est le chahut que le saint roi David dansait devant l’arche, et le Parisien badaud a pu jouir d’un vrai chahut sauvage avec les Peaux-Rouges du colonel Cody.

— Hein ! quelle noce à la sortie du bloc ! Que de saladiers rincés joyeusement et de chahuts échevelés pour célébrer le sacrifice ! Franchement, ça vaut ça !

(Montfermeil)

France, 1907 : Bruit, tapage.

Peu à peu, le cabaret du Hanap d’Or s’était rempli de monde. Adèle, Marie étaient venues entourées d’une bande de petits gommeux qui, ce soir-là, avaient trouvé amusant d’aller faire du chahut à l’Élysée-Montmartre.

(Édouard Ducret, Paris canaille)

Chapelle (faire)

Rigaud, 1881 : Se chauffer à un feu de cheminée ou devant un poêle, en relevant ses jupes de manière à montrer un peu plus que la couleur des jarretières. — Faire chapelle ardente, se chauffer comme il est dit ci-dessus, mais sans jupes.

Chiffonner

d’Hautel, 1808 : Une figure chiffonnée. Un visage dont les traits, sans être beaux ni réguliers, forment cependant un ensemble agréable.
Cela me chiffonne. Pour cela m’embarrasse, m’inquiète, me tourmente.

Delvau, 1866 : v. a. Contrarier, ennuyer, — dans l’argot des bourgeois.

Rigaud, 1881 : Taquiner amoureusement une femme, la pincer amoureusement.

Et lorsqu’ils sontpochards, ils chiffonnent les bonnes

(L. Huart. Ulysse ou les porcs vengés)

La Rue, 1894 : Contrarier.

France, 1907 : Contrarier, ennuyer.

— Si vous ne voulez pas être mon obligée, soyez tranquille, je vous demanderai quelque chose en échange : comme ça, nous serons quittes !
— Quoi donc ? Que me demanderez-vous ?
— De me faire mes heures supplémentaires la semaine prochaine. Je suis de garde et ça me chiffonne.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Agacer, tripoter une femme ou une fille ; littéralement, lui chiffonner les jupes ou essayer de lever sa chemise.

— L’épouser ! L’épouser ! exclama bruyamment le capitaine, en battant du bras ; ce petit torchon… ce laideron, cette grêlée !… Il pensait à chiffonner ça parce que c’est jeune. Un amour d’étape. J’aurais deviné ça du coup… et je l’aurais secoué.

(Alexis Bouvier, La Belle Grêtée)

— Savez-vous comment on peut chiffonner le plus une soubrette au minois chiffonné ?
— En ne la chiffonnant pas.

(Dr Grégoire, Turlutaines)

Coucou

Bras-de-Fer, 1829 : Montre.

Vidocq, 1837 : s. f. — Montre. Terme des Floueurs.

Delvau, 1864 : Oiseau jaune, de la race des cocus, aussi féconde que celle des mirmidons.

Les coucous sont gras,
Mais on n’en tue guère ;
Les coucous sont gras,
Mais on n’en tue pas ;
La crainte qu’on a de manger son père,
Son cousin germain, son oncle ou son frère.
Fait qu’on n’en tue guère,
Fait qu’on n’en tue pas.

(Vieille chanson)

Larchey, 1865 : Cocu.

Une simple amourette Rend un mari coucou.

(Chansons. impr. Chassaignon, 1851)

En 1350, un mari trompé s’appelait déjà en bas latin cucullus (prononcez coucoullous), et, en langue romane, cous. V. Du Cange.

Delvau, 1866 : s. m. Cocu, — par antiphrase. Faire coucou. Tromper un homme avec sa femme. On dit aussi Faire cornette, quand c’est la femme qui est trompée.

Delvau, 1866 : s. m. Montre, — dans l’argot des voleurs, qui confondent à dessein avec les horloges de la Forêt-Noire. Ils disent mieux Bogue.

France, 1907 : Ancienne voiture des environs de Paris où grisettes et commis se faisaient véhiculer à la campagne, le dimanche, au bon temps des romans de Paul de Kock, L. Couailhac, dans Les Français peints par eux-mêmes, a ainsi décrit cette humble boîte à compartiments que trainait un cheval poussif :

On y est si bien pressé, si bien serré, si bien étouffé ! Elle rappelle si bien l’époque où les Des Grieux des gardes françaises et de la basoche allaient manger une matelote à la Râpée avec les Manon Lescaut des piliers des Halles. Comme tout ce bon attirail de cheval et de voiture unis ensemble respire le parfum de la galanterie joyeuse, vive et folle du bon temps, du temps ou les grisettes portaient les jupes courtes, faisaient gaiement claquer leurs galoches sur le pavé, se décolletaient comme des marquises et se moquaient de tout avec Madelon Friquet ! Oh ! la charmante voiture ! comme le coude touche le coude, comme le genou presse le genou, comme la taille des jeunes filles est abandonnée sans défense aux entreprises des audacieux !

On appelle aussi coucou, par ironie, la machine à vapeur.

France, 1907 : Cocu. Faire coucou, tromper un mari avec sa femme.

Il y a des syllabes qui portent en elles une vertu magique de rire ou de larmes, comme les plantes que les nécromanciens recueillent au clair de lune empoisonnent où guérissent. Ce petit mot de cocu, plein et sonore comme une tierce de clairon, sonne pour notre race une fanfare toujours joyeuse.

(Hugues Le Roux)

France, 1907 : Montre. Allusion aux horloges de bois fabriquées en Suisse et appelées ainsi à cause du petit oiseau qui les surmonte et chante coucou à toutes les heures.

Cracher sur une chose (ne pas)

France, 1907 : L’aimer, en faire cas. « Il ne crache ni sur la pipe, ni sur la jupe, ni sur la bouteille. »

Déballonner (se)

Virmaître, 1894 : S’évader. Mot à mot : se sauver du ballon (prison). Déballonner : accoucher. Se défaire de son ballon ou mieux du lève-jupes (Argot des voleurs).

France, 1907 : S’évader ; accoucher, c’est-à-dire se défaire de son ballon.

Détourneur, -euse

Vidocq, 1837 : s. m. — Voleurs dans l’intérieur des boutiques. On ne saurait, dans le commerce, prendre de trop minutieuses précautions, l’on objecterait en vain que la méfiance est un vice, pour ma part je suis de l’avis du proverbe qui dit que la méfiance est la mère de la sûreté ; il est encore une considération qui doit, si je ne me trompe, lever les scrupules des ames timorées qui croiraient, en se tenant continuellement sur leurs gardes, blesser la susceptibilité des individus avec lesquels elles peuvent se trouver en relation, cette considération peut être formulée en peu de mots : la loi punit le crime, mais elle ne le prévient pas ; le législateur a voulu, sans doute, laisser ce soin aux particuliers. Combien, à l’heure qu’il est, y a-t-il, dans les bagnes et dans les prisons, de malheureux qui jamais n’auraient succombé, si l’incurie et la négligence n’avaient pas pris le soin d’écarter tous les obstacles qui pouvaient les embarrasser.
Ces réflexions devaient naturellement trouver place ici ; mais, pour être conséquent, il faut de suite pouvoir indiquer le remède propre à combattre le mal que l’on signale ; voici, au reste, les précautions qu’il faut prendre pour éviter les vols que tous les jours encore les Détourneurs et Détourneuses commettent dans l’intérieur des magasins.
Lorsqu’il se présente une femme, il faut examiner avec soin si, immédiatement après elle, et au même comptoir, il n’en vient pas une ou deux autres pour faire diversion ; s’il en est ainsi, la première entrée demande toujours des marchandises placées dans des rayons élevés ; elle examine et pousse de côté la pièce destinée à sa compagne, qui marchande de son côté, observe et saisit le moment propice pour escamoter une pièce et la faire adroitement passer par l’ouverture d’une robe à laquelle sont jointes, sur le devant, des poches dont la capacité peut facilement contenir deux pièces de taffetas ou de toute autre étoffe du même genre, de 25 à 30 aunes ; ces robes, on le pense bien, sont presque toujours très-amples ; ainsi l’ampleur excessive d’une robe à poches est un diagnostic qui trompe rarement.
L’hiver le manteau de ces femmes leur sert à exécuter la même manœuvre.
D’autres femmes ne volent que des dentelles ou malines, et quelque difficile qu’elle paraisse, voilà cependant leur manière de procéder : tout en marchandant, elles laissent, ou plutôt font tomber une ou deux pièces de dentelles qu’elles ramassent avec le pied et savent cacher dans leur soulier qui est un peu grand et sans cordons autour de la jambe, le bout du bas est coupé, ce qui forme une sorte de mitaine. Ces femmes se servent du pied avec une dextérité vraiment étonnante ; la première qui imagina ce genre de vol, que l’on nomme grinchir à la mitaine, la grande Dumiez, était douée d’une adresse extraordinaire.
Quoique ces femmes soient ordinairement vêtues avec une certaine élégance, avec de l’attention et la clé de leur individualité, il n’est pas difficile de les reconnaître ; elles prononcent souvent ces mots dans la conversation, coquez ou servez (prenez). Quelquefois aussi, si l’une d’elles remarque de l’attention de la part du commis qui la sert ou de quelqu’autre, elle prononce celui-ci : rengraciez (ne faites-rien, on regarde) ; ou bien elle affecte une sorte de crachement, cherchant à imiter celle qui aurait de la peine à expectorer.
D’autres voleuses de dentelles, voiles, foulards, etc., procèdent de la manière suivante. L’une d’elles arrive seule, et tandis qu’elle marchande, une femme d’une mise propre, mais quelque peu commune, arrive, tenant un enfant entre ses bras ; au même instant la première arrivée laisse tomber devant elle l’objet destiné à l’arrivante, celle-ci se baisse pour poser son enfant à terre, ramasse l’objet et le cache sous les jupes de l’enfant, qu’elle pince instantanément ; il crie, elle le relève avec une phrase ad hoc, et sort après avoir montré un échantillon qu’on ne peut lui assortir. Ainsi, si, contre toute attente, on venait à s’aperçevoir du vol qui vient d’être commis, celle qui reste n’a rien à craindre.
D’autres Détourneuses se servent d’un carton à double fond, qu’elles posent sur l’objet qu’elles convoitent, quoique ce carton paraisse toujours très-bien fermé, il peut néanmoins s’ouvrir très-facilement.
Les hommes qui exercent le métier de Détourneurs sont beaucoup plus faciles à reconnaître que les femmes, quoiqu’ils agissent d’une manière à-peu-près semblable. Beaucoup disent qu’ils viennent acheter pour une dame très-difficile, mais très-souvent ils travaillent de complicité avec une femme. Bon nombre de voleurs sont vêtus à la mode des gens de province, ou en marchands forains. Les Détourneuses les plus adroites sont évidemment celles qui ont été surnommées Enquilleuses, elles savent placer à nu entre leurs cuisses une pièce d’étoffe de vingt à vingt-cinq aunes, et marcher sans la laisser tomber et sans paraitre embarrassées, si ce n’est pour monter ou descendre un escalier.
Il faut être bien convaincu que les voleurs que je viens de faire connaître ont continuellement les yeux attachés sur la proie qu’ils convoitent, et qu’ils ne laissent pas échapper l’occasion lorsqu’elle se présente ou qu’ils l’ont fait naître ; on ne saurait donc exercer sur tous ceux qui se présentent dans un magasin, une trop grande surveillance. Il ne faut pas non plus se laisser éblouir par une mise recherchée, voire même par un équipage : les voleurs savent se procurer tous les moyens d’exécution qui leur paraissent nécessaires ; un excellent ton n’indique pas toujours un homme comme il faut, donc examinez comme les autres, et peut-être plus que les autres, celui qui se ferait remarquer par l’excellence de ses manières.
Lorsqu’ils auront conçu quelques soupçons sur un acheteur, le maître de la maison et l’inspecteur devront dire assez haut pour être entendus : Donnez-la sur les largues, ou bien : Allumez la Daronne et le Momacque, si ce sont des femmes du genre de celles qui ont été signalées.
Remouchez le Rupin et la Rupine, si ce sont des hommes ou des femmes vêtus avec élégance.
Débridez les chasses sur les Cambrousiers, si ceux que l’on soupçonne ressemblent à des marchands forains ou gens de la campagne.
On peut même, lorsque l’on soupçonne les personnes qui sont à un comptoir, venir dire au commis chargé de les servir : Monsieur, avez-vous fait les factures de M. Détourneur et de Mme l’Enquilleuse, cela suffira ; et si les soupçons étaient fondés, les voleurs se retireront presque toujours après avoir acheté. La mise en pratique de ces conseils, qui sont dictés par une vieille expérience, ne peut manquer de prouver leur sagesse.
Il y a parmi les Détourneurs de nombreuses variétés, entre lesquelles il faut distinguer ceux qui ont été surnommés les Avale tout cru ; ces voleurs sont presque toujours vêtus avec élégance, ils portent des lunettes a verres de couleur, du plus bas numéro possible, afin de passer pour myopes.
Ils se présentent chez un marchand de diamans et de perles fines, et demandent à voir de petits diamans ou de petites perles. Ces pierres sont ordinairement conservées sur papier ; le marchand leur présente ce qu’ils demandent ; comme ils sont myopes ils examinent la carte de très-près et savent, avec leur langue, enlever une certaine quantité de perles ou de diamans qu’ils conservent dans la bouche sans paraître gênés : ces voleurs sont rarement pris, et gagnent beaucoup.
Après les Avale tout cru, viennent les Aumôniers, ces derniers, comme ceux dont je viens de parler, sont toujours vêtus avec élégance ; ils entrent dans la boutique d’un joaillier, et demandent des bijoux que le marchand s’empresse de leur présenter ; tandis qu’ils les examinent, un mendiant ouvre la porte du magasin, et demande la caristade d’une voix lamentable, l’Aumônier, généreux comme un grand seigneur, jette une pièce de monnaie, le mendiant se baisse, et avec elle il ramasse soit une bague, soit une épingle de prix que l’Aumônier a fait tomber à terre. L’Aumônier se retire après avoir acheté quelque bagatelle ; mais si avant son départ le marchand s’est aperçu du vol qui a été commis à son préjudice, il insiste pour être fouillé, et ne sort que lorsque le marchand croit avoir acquis les preuves de son innocence.

Dondon

d’Hautel, 1808 : Une grosse dondon. Sobriquet injurieux que l’on donne à une servante d’auberge ; à une grosse réjouie ; à une femme grasse et d’un solide embonpoint.

Delvau, 1864 : Femme facile, qui se laisse prendre le cul par le premier venu, et, au besoin, se laisse baiser par lui.

Toinette, fraîche dondon,
Chantait ainsi son martyre.

(Jules Poincloud)

Delvau, 1866 : s. f. Femme chargée d’embonpoint ; servante de cabaret — dans le même argot [du peuple].

Delvau, 1866 : s. f. Maîtresse, — dans l’argot dédaigneux des bourgeoises.

France, 1907 : Grosse femme aux forts appas.

C’est la remplaçante, une dondon au grand nez rouge, prétentieuse, endimanchée, et munie d’un vaste panier vide, qu’elle dissimule tout d’abord dans le recoin le plus obscur de l’entrée. Puis elle demande les cabinets, y passe un instant ; entre ensuite à la cuisine, retrousse la jupe de sa vieille robe de soie puce, épingle un torchon sur son large bedon afin de ne pas se salir, et demande à Julie la clef de la cave.

(Paul Alexis, Quelques originaux)

C’estoit une grosse dondon,
Grasse, vigoureuse, bien saine,
Un peu camuse à l’afriquaine,
Mais agréable au dernier point.

(Scarron, Virgile travesti)

Écarteur

France, 1907 : Champion des courses landaises, lesquelles se font avec des vaches rétives. L’écarteur est ainsi nommé à cause des écarts et sauts plus ou moins savants et gracieux qu’il fait, à l’imitation des toreros espagnols, lorsque la vache se précipite pour l’encorner.

Dans ce temps-là, c’était précisément le jeu des courses qui es passionnant le plus, le jeu des courses landaises que pratiquent tous les gamins du pays. Ils s’en allaient dans une lande couverte de bruyères. Lui faisait l’écarteur, naturellement ; elle faisait le taureau… Hop ! hop !… Et elle fondait sur lui, toutes ses jupes relevées par le vent.

(Jean Rameau, L’Écarteur de Bénaruc)

Écossais (en)

France, 1907 : Sans pantalon. Les Écossais ne portaient ni caleçon ni pantalon, mais une jupe plissée descendait un peu au-dessous du genou. Ce costume pittoresque tend à disparaitre ; cependant plusieurs régiments écossais ont conservé l’ancien costume : aussi sont-ils fort appréciés du beau sexe.

Étaler sa bidoche

Virmaître, 1894 : Se décolleter par en haut. Raccourcir ses jupes par en bas. Mot à mot : étaler sa viande. Les filles appellent cette manière de s’habiller ou plutôt de se déshabiller l’éloquence de la chair car elles ne pratiquent pas le proverbe : À bon vin pas d’enseigne (Argot du peuple). N.

Faire chapelle

Virmaître, 1894 : Écarter les jambes et retrousser ses jupes pour se chauffer devant le feu. Une accouplée se chauffe de cette manière, l’autre qui la regarde lui dit :
— Fais-le assez cuire car je ne l’aime pas saignant (Argot des filles). N.

Virmaître, 1894 : Il existe une catégorie d’individus certainement malades du cerveau, car leur passion idiote ne peut autrement s’expliquer. Ils s’arrêtent devant la devanture des magasins ou travaillent les jeunes filles, généralement des modistes, ils entr’ouvrent leur paletot, en tenant un pan de chaque main et font voir ce que contient leur culotte déboutonnée. Ces cochons opèrent également dans les jardins publics ou jouent les petites filles. Ce n’est pas la police correctionnelle qu’il leur faudrait mais bien un cabanon à Charenton. On les nomme aussi des exhibitionnistes, de ce qu’ils font une exhibition (Argot du peuple).

France, 1907 : « Il existe, dit Charles Virmaître, une catégorie d’individus certainement malades du cerveau, car leur passion idiote ne peut autrement s’expliquer. Ils s’arrêtent devant la devantures des magasins où travaillent les jeunes filles, généralement des modistes, ils entr’ouvrent leur paletot, en tenant un pan de chaque main et font voir ce que contient leur culotte déboutonnée. Ces cochons opèrent également dans les jardins publics où jouent les petites filles… On les nomme Aussi des exhibitionnistes, de ce qu’ils font une exhibition. » Cela s’appelle faire chapelle. Voir Chapelle.

Fracas (petit)

France, 1907 : Courtisane.

Il paonnait dans nos jupes ainsi qu’un beau sergent racoleur, s’étalait, se tenait chez les petits fracas comme en un salon de maison douteuse.

(Colombine)

Tandis que les petits fracas, momentanées du quartier de l’Europe ou de la rue Marbeuf, tapageantes chéries, font feu des quatre pieds, les unes à Spa autour de la roulette, les autres à Aix, à la Villa des Fleurs, poursuiveuses d’inconnu, parties à la recherche de l’attelage qui pose et de l’hôtel qui cote, celle qu’on assassine, sûre de ses abonnés et de son budget de rentière, demeure, elle à son poste au milieu de Paris estival et désert.

(Écho de Paris)

Buffalo-Bill a remplacé le général Boulanger auprès de nos petits fracas aristocratiques. C’est la grande attraction du moment ; on se l’arrache dans toutes les salles à manger.

(Gil Blas)

Frimoussette

France, 1907 : Petite frimousse.

Une frimoussette nichée dans une perruque à marteaux. Allongée dans les ramages d’un fauteuil, elle écoutait babiller trois dames, et l’index posé sur une mouche du menton, ironique, agaçait de coups de pointes sa jupe à la circassienne.

(Georges d’Esparbès)

Frotteur

Fustier, 1889 : Argot de Police.

Maniaques qui suivent la foule pour se frotter à elle ; pour toucher d’une main frémissante les femmes de toutes catégories qui se pressent autour d’eux.

(Giffard : Les grands bazars)

France, 1907 : Maniaque sadique qui se frotte aux jupes des femmes.

Il est souvent difficile de distinguer un pickpocket d’un… frotteur, car dans une foule leur façon de procéder est la même. Je dois ajouter que certains individus à passions honteuses deviennent, à la longue, des pickpockets de profession. Ils commencent par un mouchoir de dame, objet de leur convoitise érotique ; puis ils arrivent à enlever aussi le porte-monnaie qu’ils sentent sous ce mouchoir… On les reconnait à leur regard plongeant de haut en bas, et qu’ils dirigent vers l’échancrure des robes pour voir la gorge des femmes. Leur choix fait dans un but obscène, ils frôlent la femme, l’obsèdent des heures entières, allument, entretiennent leurs désirs en chiffonnant sa robe.

(G. Macé, Un Joli Monde)

Frou-frou

Rigaud, 1881 : Passe-partout, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Passe-partout. Bruit de la soie frottée.

France, 1907 : Bruit des jupes, froissement d’étoffes. Onomatopée.

Il avait fort couru le jupon, le brave homme, et, à l’occasion, un frou-frou de robe animait encore sa vieillesse : une antique ramure, en un mot, dans laquelle la sève courait toujours.

(Me Huvelin, Le Journal)

On eût dit qu’elle venait de déserter les galeries d’un temple de la vieille Rome ou de descendre d’un cadre ancien, tant il y avait de majesté et d’onction en ses moindres gestes, en ces moindres frou-frous.

(Dubut de Laforest)

Et je songeais au temps où, le feutre à l’oreille,
Laissant voir la folie ardente qui s’éveille,
Pour les jeux de l’amour on était toujours prêt
Où les hommes toujours en quête de querelles,
Dans leur frou-frou soyeux, suivaient les pas des belles
La rapière à la hanche, — et tendaient le jarret !

(Macdonald, duc de Tarente)

La jambe laisse sous les plis,
Espèce d’onde aérienne,
Deviner les contours polis
De la cuisse marmoréenne ;
Et dans la chanson des frou-frous,
Dans le doux vol des clartés blondes,
On sent flotter les duvets roux
Sous le gras des épaules rondes.

(Clovis Hugues)

Faire du frou-frou, faire des embarras.

Froufroutement

France, 1907 : Même sens que frou-frou. Inutile interpolation introduite à tort par quelques écrivains modernes, puisque frou-frou, onomatopée, n’avait pas besoin d’un substantif faisant double emploi.

Une sonnette se fit entendre, et la porte communiquant avec la chambre du conseil s’ouvrit. L’huissier d’audience clama, d’une voix aiguë :
— Messieurs, la Cour !
Alors tous les assistants se levèrent, et un grand silence succéda dans la salle au brouhaha des conversations, au remuement des pieds, au froufroutement des jupes.

(Félicien Champsaur, Le Mandarin)

Froufrouter

France, 1907 : Faire avec ses jupes de bruit soyeux appelée frou-frou.

Aussi l’impression délicieuse, quand sur le gravier du jardin, des robes, de vraies robes glissent, froufroutent, miroitent ! Enfin, peut être le hasard qui est resté le pseudonyme de Dieu qu’on a dit, jettera-t-il à travers cette foule promeneuse quelqu’un de ces types que l’Orient langoureux, et pourtant jaloux âprement, enfouit au plus profond de ses trésors ? Qui sait si, par une grâce inespérée, je ne vais pas voir apparaître soudain quelque front pâle, idéalement, comme un reflet de lune, avec des yeux bruns au pur velours, des yeux de gazelle et d’enfant ?

(Alexandre Hepp)

Galop, galopade

France, 1907 : Réprimande.

— Non, non, je ne puis rester plus longtemps, dit le trottin au vieux satyre qui la retenait par les jupes, j’ai déjà trop tardé à écouter vos saloperies… ma mère en rentrant va me flanquer un galop !

(Les Propos du Commandeur)

Glueau

Rossignol, 1901 : Jeune enfant qui se tient constamment aux jupes de sa mère.

Gouine

d’Hautel, 1808 : C’est une franche gouine. Nom injurieux que l’on donne à une femme qui s’adonne au vice, à la crapule ; à une prostituée.

Delvau, 1864 : Nom qu’on donne à toute fille ou femme de mœurs trop légères, et que le Pornographe fait venir de l’anglais queen, reine — de l’immoralité ; mais qui vient plutôt de Nelly Gwinn, célèbre actrice anglaise qui avait commencé par être bouquetière, et qui, d’amant en amant, est devenue la maîtresse favorite de Charles II.

Delvau, 1866 : s. f. Coureuse, — dans l’argot du peuple, qui a un arsenal d’injures à sa disposition pour foudroyer les drôlesses, ses filles. À qui a-t-il emprunté ce carreau ? A ses ennemis les Anglais, probablement. Il y a eu une Nell Gwynn, maîtresse de je ne sais plus quel Charles II. Il y a aussi la queen, qu’on respecte si fort de l’autre côté du détroit et si peu de ce côté-ci. Choisissez !

Rigaud, 1881 : Guenon. Méchante femme.

Rossignol, 1901 : Prostituée.

France, 1907 : Fille de mauvaises mœurs, prostituée de bas étage.
Ce mot, d’origine anglaise, vient-il de la fameuse maîtresse de Charles II, la jolie Nelly Gwin, dont la basse extraction lui attira les sarcasmes haineux des dames de la cour ? Vient-il de queen, reine ? ou de l’anglo-saxon cwen, femme ? Nous laissons à de plus érudits le soin de le décider.

Mais une fois qu’ils ont conquis la palme désirée, ils t’oublient, vieille nourrice dont le lait leur sortirait encore du nez si on le pressait ; ils oublient qu’ils sont tes enfants, et ils te crachent joyeusement au visage pour complaire à cette gouine de Paris qui leur a laissé retrousser sa jupe sale et baiser sa bouche aux puanteurs d’égout !…
Oui, oui, tu n’es qu’une gouine, Paris de malheur ! Et une antique gouine, qui n’a même jamais été que cela !

(Jean Richepin)

Grisette

d’Hautel, 1808 : Terme injurieux et de mépris. Petite ouvrière à mise simple et bourgeoise. Fille de moyenne vertu, qui prête l’oreille aux discours des garçons.

Virmaître, 1894 : Jeune fille, ouvrière plumassière, fleuriste, modiste ou polisseuse qui fit la joie de nos pères et le désespoir des leurs. Depuis qu’elle a passé les ponts, ce n’est plus qu’une vulgaire cocotte.

Type charmant, grisette sémillante,
Au frais minois, sous un piquant bonnet
Où donc es-tu, gentille étudiante
Reine sans fard de nos bals sans apprêts.

Ainsi s’exprime la chanson en vogue autrefois au quartier latin (Argot du peuple).

France, 1907 : Fauvette grise, appelée aussi syriot, et, en Provence, passerine.

France, 1907 : Jeune ouvrière galante, appelée ainsi de la petite étoffe légère de ce nom que portaient les jeunes filles du peuple.
Le mot est vieux de près de trois siècles. On le rencontre souvent dans La Fontaine :

Sous les cotillons des grisettes
Peut loger autant de beauté
Que sous les jupes des coquettes,
D’ailleurs, il n’y faut point faire tant de façons.

(Joconde)

Une grisette est un trésor ;
Car sans se donner de la peine,
Et sans qu’aux bals on la promène,
On en vient aisément à bout ;
On lui dit ce qu’on veut, bien souvent rien du tout.

(Ibid.)

Ce type charmant et essentiellement parisien, célébré dans les romans de Paul de Kock et qui est maintenant complétement disparu, à été magistralement décrit par Jules Janin :

De tous les produits parisiens, le produit le plus parisien sans contredit, est la grisette. Voyagez tant que vous voudrez dans les pays lointains, vous rencontrerez des arcs de triomphe, des jardins royaux, des musées, des cathédrales, des églises plus ou moins gothiques ; comme aussi, chemin faisant, partout où vous conduira votre humeur vagabonde, vous coudoierez des bourgeois et des altesses, des prélats, et des capitaines, des manants et des grands seigneurs ; mais nulle part, ni à Londres, ni à Saint-Pétersbourg, ni à Berlin, ni à Philadelphie, vous ne rencontrerez ce quelque chose si jeune, si gai, si frais, si fluet, si fin, si leste, si content de peu, qu’on appelle la grisette. Que dis-je, en Europe ? vous parcourriez toute la France que vous ne rencontreriez pas dans toute sa vérité, dans tout son abandon, dans toute son imprévoyance, dans tout son esprit sémillant et goguenard, la grisette de Paris.
Les savants (foin des savants !), qui expliquent toute chose, qui trouvent nécessairement une étymologie à toute chose, se sont donné bien de la peine pour imaginer l’étymologie de ce mot-là : la grisette. Ils nous ont dit, les insensés ! qu’ainsi se nommait une mince étoile de bure à l’usage des filles du peuple, et ils en ont tiré cette conclusion : « Dis-moi l’habit que tu portes, et je te dirai qui tu es ! »…
Pour se vêtir, pour se nourrir, pour se loger, pour cultiver le parterre qui est devant sa fenêtre, pour le mouron de l’oiseau qui chante dans sa cage, pour le bouquet de violettes qu’elle achète chaque matin, pour cette chaussure si luisante et si bien tenue, pour cette élégance soutenue des pieds à la tête, dont serait fière plus d’une reine de préfecture, la grisette parisienne gagne à peine de quoi fournir chaque jour au déjeuner d’un surnuméraire du ministère de l’intérieur. Et cependant avec si peu, si peu que rien, elle est bien plus que riche, elle est gaie, elle est heureuse ; elle ne demande en son chemin qu’un peu de bienveillance, un peu d’amour.

 

Il est ainsi des œuvres — les seules vraiment populaires — assez banales et veules pour se prostituer aux lubies du lecteur. Celle de Murger s’affirma complaisante jusqu’à l’invraisemblance. Rien de plus étrange que la déformation de sa Mimi. Le livre la montre avide et coquette, infidèle et cruelle, torturant Rodolphe, exposant le vicomte Paul. De tendresse, pas un témoignage ; de charme, de poésie, nul indice. Si elle s’attendrit enfin, c’est sur elle-même, lorsque, dévorée par la phtisie elle agonise sur un lit d’hôpital. Eh bien ! de cette créature odieuse et lamentable, de cette fille banale entre toutes, le publie à fait la grisette, — sa grisette, la femme en qui il met toutes ses complaisances, maîtresse idéale de l’étudiant et du calicot, compagne élue des cœurs secs de la vingtième année. Rire et sourire, esprit et joliesse, elle a tous les petits charmes qui attirent sans retenir. Et que d’autres avantages ! Un regard la conquiert, un geste la congédie, un ruban l’habille. Elle s’en va si elle lasse, revient dès qu’on la rappelle, jamais ne coûte ni n’encombre. Et, lorsque sonne pour le jeune homme l’heure grave de l’établissement et du mariage, elle disparaît, pour toujours cette fois, discrète jusqu’au mystère, sans laisser le souci de ce qu’elle va devenir, sa vie avant le frêle et le vague du destin d’un oiseau.

(Joseph Caraguel)

— Et moi ! dit un grave professeur de philosophie, comment n’ai-je pas pleuré sur la dernière lettre que m’a écrite l’unique femme que j’aie adorée. C’était une grisette aussi, que je trahissais pour deux marquises. Je crois que je me souviendrai d’elle à mon dernier jour, et que je la regretterai dans l’autre monde. Cette lettre, que je conserve tendrement, elle se terminait ainsi : « Adieu, Monsieur, vous êtes un cochon. » Et il y avait en prost-scriptum : « Ah ! Gustave, je te croyais le cœur plus sensible. »

(H. de Latouche, Grangeneuve)

Les garçons de ces cafés — de mon temps du moins, hier — étaient des filles, plaisantes quelquefois, avatars de la grisette métamorphosée en tireuse de bocks.
Les grisettes, que sont-elles devenues ? Je sais bien une Parisienne, jolie, fine, essentiellement artiste, qui prétend avoir, à l’occasion, une âme de grisette, sans adresse, oui, si celle y tient, mais si mondanisée et si spirituelle qu’elle semble plutôt une reine de Petit-Trianon. — Que sont devenues les vraies grisettes, celles que les amoureux d’antan serrèrent dans leurs bras ? Où sont les jeunes créatures qui faisaient leur bonheur des feuilles qui leur tremblaient sur la tête, dans les charmilles de Fontenay-aux-Roses, des saladiers où bleuissait le vin des barrières, des rayons de soleil où dansent les papillons, d’un brin de chèvrefeuille arraché à la haie du chemin, et d’un baiser sonore cueilli sur la pourpre de leurs lèvres où sur la printanière fraicheur de leurs joues doucement teintées ?

— Te voilà veuf pendant une semaine,
Lui dit-il ; viens, nous dînerons ce soir
En devisant des heures envolées,
De ce beau temps où nous étions garçons,
Où nous laissions mille folles chansons
Jaillir sans fin de nos lèvres brûlées
Par les baisers de ces démons d’amour
Qu’on appelait, en ces temps, des grisettes,
Viens ! nous ferons au passé des risettes ;
Soyons garçons et libres pour un jour !

(A. Glatigny)

Grue

d’Hautel, 1808 : Faire le pied de grue. S’humilier ; faire des soumissions devant quelqu’un ; monter la garde dans les antichambres d’un homme puissant.
Avoir un cou de grue. Avoir le cou long.
Il est planté là comme une grue. Pour, il ne sait quelle contenance tenir ; il croque le marmot.

Delvau, 1864 : Fille entretenue, parce que les filles de cette espèce sont souvent plus bêtes que belles — ce qui fait qu’on ne s’explique pas les folies que les gandins font pour elles.

Dans certains théâtres, on voit de jeunes aspirantes qui se font des yeux jusqu’aux oreilles et des veines d’azur du corset jusqu’aux tempes ; ce ne sont pas des femmes, ce sont des pastels ; cette première catégorie de grues s’appelle les maquillées.

(Joachim Duflot)

Larchey, 1865 : « Pour qualifier une fille aux jambes maigres aux gros yeux à fleur de tête, à l’intelligence épaisse, on dit : C’est une grue. » — Scholl. — « Mme Croquoison : Nous sommes tous des grues. » — Le Rapatriage, parade du dix-huitième siècle.

Delvau, 1866 : s. f. Femme entretenue, que la Nature a douée d’autant de bêtise que de beauté, et qui abuse de celle-ci pour faire accepter celle-là. C’est un mot heureux que les gens de lettres ont trouvé là pour répondre à l’insolence des filles envers les honnêtes femmes. Bécasses ! disaient-elles. Grues ! leur répond-on. Mais ce mot, dans ce sens péjoratif, n’est pas né d’hier, il y a longtemps que le peuple l’emploie pour désigner un niais, un sot, un prétentieux.

Rigaud, 1881 : Femme sotte et prétentieuse. — Dans le dictionnaire de l’Académie, grue est donné dans le sens de niais. — Dans le jargon des comédiens, c’est une demoiselle qui possède de la beauté, de l’argent et des toilettes en quantité suffisante pour obtenir un bout de rôle où elle montre ses épaules, ses diamants et sa bêtise. Elle lève les gentilshommes de l’orchestre, comme la grue lève les fardeaux ; d’où son surnom.

La Rue, 1894 : Bête. Femme entretenue. V. Biche.

Virmaître, 1894 : Fille publique, jolie mais bête à manger du foin. De cette allusion est né un mauvais calembourg : Les camelots crient : Demandez l’Indicateur des grues de Paris pour rues (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Fille de bas étage.

Hayard, 1907 : Fille publique.

France, 1907 : « Bête marécageuse qui plume les gros pigeons et nourrit les petits poissons », dit la Vie Parisienne. Fille ou femme de mœurs légères ; nom que donnent les femmes à leurs rivales ou simplement à celles qu’elles n’aiment pas.
D’après Lorédan Larchey, grue viendrait non de l’oiseau à longues jambes, mais du vieux français grus, qui a perdu son orthographe primitive en passant à travers les âges.

J’avais donné précédemment grue avec le sens de marcheuse, dit-il, c’est-à-dire de figurante faisant commerce d’amour à l’ombre du théâtre. Je croyais que le mot était éclos, il y a trente ans, dans les corps de ballet, où les femmes paraissent montées sur des jambes d’autant plus longues que leurs jupes sont plus courtes. Mais le Dictionnaire de Godefroy vient de me donner fort à penser. J’y trouve grus comme mot injurieux, signifiant ribaude au moyen âge. En voici un exemple justificatif daté de 1415… « Ellui Girart appela la suppliante deux ou trois fois grus ! grus ! Et pour ce qu’elle n’entendoit pas ce que c’estoit à dire de telles paroles, demanda audit Girart que c’estoit. Lequel Girart lui dit que c’estoit à dire ribaude, en l’appelant par plusieurs fois : grus : ribaude ! grus : ribaude ! »

 

— Figure-toi que, sans savoir ni pourquoi ni comment, je m’étais amourachée de lui : ce jour-là, j’ai fait un joli coup ! Pas beau, pas d’esprit, pas d’argent : rien, quoi ! Par-dessus le marché, Monsieur me trompait avec la première grue venue ; on n’a pas idée de ça !

(Jules Noriac, Le Grain de sable)

Gladiola, dans la délicieuse revue de Blondel et Montreau, nous montre avec beaucoup de talent sa superbe poitrine et son dos ensorceleur. Ses admirables jambes, qui ne mesurent pas moins de soixante-dix centimètres vers la région communément appelée cuisse, ont été rappelées quatre fois. C’est un vrai triomphe pour la charmante jeune grue.

(George Auriol, Le Journal)

— Et quand elle a parlé des tableaux vivants… J’ai eu une envie de rire… elle qui a montré ses jambes pendant quinze ans dans toutes les revues : car c’est une ancienne actrice.
— Une actrice ! pas même… une ancienne grue.

(Maurice Donnay, Chère Madame)

La dame : une trentaine d’années, plutôt très jolie, mais l’air un peu grue et surtout très dinde.

(Alphonse Allais, La Vie drôle)

Fille de petits brocanteurs juifs, elle avait l’ambition et la ténacité des femmes de sa race ; jetée à seize ans sur les planches aux figurations et aux féeries, elle avait vite eu honte de ce métier de grue.

(Henry Bauër, Une Comédienne)

— Les jeunes filles nous servent d’éprouvette. On s’apprend à flirter et à aimer avec elles, pour de rire, à blanc, en attendant qu’on s’attaque plus tard sérieusement aux vraies femmes, aux femmes mariées. Comprenez-vous ? Les jeunes filles, pour moi, c’est comme le volontariat de l’amour. Une première étape, avant les grandes manœuvres que vous faisons ensuite avec les grues, et la guerre sanglante avec les dames du monde.

(Henri Lavedan)

Et puis, aussi bien je m’ennuie :
La grue, aux yeux couleur de jais,
Dans laquelle je me plongeais,
Depuis ce matin est enfuie
Et m’a laissé d’autres sujets
De tracas et de rêverie.

(A. Glatigny, Joyeusetés galantes)

Les frimas remplacent la brise ;
Tombant comme d’un encensoir,
La neige sur la terre grise
Étend son vaste et blanc mouchoir,
Sous le ciel inclément et noir,
Malgré les rafales bourrues,
Des filles vont errant le soir…
L’hiver est rude aux pauvres grues !
Princesses, heureuses d’avoir
Chambre bien close et rentes drues,
Ne condamnez pas sans savoir…
L’hiver est rude aux pauvres grues !

(Georges Gillet)

Jupière, jupasse

Rigaud, 1881 : Couturière qui fait les jupes des robes.

Kanguroo

Rossignol, 1901 : Vaste poche dissimulée sous la jupe et entre les jambes des voleuses qui commettent le vol dit à la carre. Elles enfoncent dans cette poche les objets ou étoffes qu’elles volent dans les magasins. Cette poche est nommée par elles kanguroo, probablement pour faire allusion à la poche que cet animal a sur le ventre pour y mettre ses petits.

Lâcher la bonde

Virmaître, 1894 : Se comprend de deux manières. Lâcher la bonde : faire ses besoins. Lâcher la bonde à son tempérament : donner cours à sa violence, à son mauvais caractère. Dans les ateliers, quand le contre-coup gueule trop fort, on dit : Gare, il a lâché sa bonde (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Faire ses besoins.

Comme la nièce du curé, se croyant seule, se baissait contre la haie, étalant son énorme arrière-train, le père François, qui se trouvait juste « en face », glissa doucement sa pelle à l’endroit précis et recueillit le résidu. Après avoir lâché la bonde, elle se releva, tourna la tête et, n’apercevant rien, secoua ses jupes avec épouvante et frénésie. Mais lui élevant alors la pelle au-dessus de le haie, lui dit d’un ton aimable : « Soyez tranquille, Mam’zelle, le voici. Il n’est pas perdu ! »

(Les Propos du Commandeur)

Lâcher les écluses

Virmaître, 1894 : Pisser. L’allusion est juste, malgré que cela ne fasse pas monter la Seine. On dit aussi : mon pantalon ne tient pas l’eau (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Uriner.

Tandis que la petite était en train de lâcher les écluses, jupes troussées, bien à l’aise, se croyant seule, le vieux la guignait par la lucarne.

(Les Propos du Commandeur)

Se dit aussi pour pleurer.

Lancé

Larchey, 1865 : Gris.

Patara, au moins aussi lancé que le cheval, tapait sur la bête à tour de bras.

(Phys. du Matelot, 1843)

Larchey, 1865 : Rapide projection de la jambe.

Paul a un coup de pied si vainqueur et Rigolette un si voluptueux saut de carpe ! Les admirateurs s’intéressaient à cet assaut de lancés vigoureux.

(1847, Vitu)

Delvau, 1866 : adj. Sur la pente de l’ivresse, — dans l’argot des bourgeois.

Delvau, 1866 : s. m. Effet de jambes, dans l’argot des bastringueuses.

Rigaud, 1881 : Légèrement pris de vin.

France, 1907 : Effet de jambes ; argot des bastringues.

À elle le pompon pour les lancés chics ! La jupe troussée jusqu’aux hanches, elle étalait la blancheur de son pantalon aux yeux du cipal ahuri.

(Les Joyeusetés du régiment)

Larcottier

Larchey, 1865 : Paillard (Vidocq). — Mot à mot : larguotier : amateur de largues.

France, 1907 : Coureur de jupes ; corruption de larguottier, paillard, amateur de largues.

Lésée

Fustier, 1889 : Femme.

La frangine ! Je n’y ai seulement pas parlé ! Elle ferait bien mieux de s’occuper de ses lésées (femmes) !

(A. Humbert, Mon bagne)

Hayard, 1907 : Femme.

France, 1907 : Femme ou fille publique. Elle est, en effet, lésée par son souteneur.

Devant l’Élysée-Montmartre, des voitures stationnaient. Des filles descendaient l’escalier, dans la lumière bleuâtre de l’électricité, rigoleuses, les jupes haut troussées pour montrer leurs dessous… Et, en face, dans l’ombre du large trottoir central, sous les arbres frileux, des types louches, un bout de cigarette éteinte au coin des lèvres, le dos bombé dans le mince veston, les mains aux poches, surveillaient leurs lésées, lancées sur le grand chantier du turbin.

(Aristide Bruant, Les Bas-fonds de Paris)

Si nos doches étaient moins vieilles,
On les ferait plaiser,
Mais les pauv’ loufoques balaient
Les gras de nos lésées.

(Jean Richepin)

Lune

d’Hautel, 1808 : Être dans sa bonne ou sa mauvaise lune. Se dit des gens capricieux, qui ont tantôt l’humeur agréable, et tantôt insupportable.
C’est une pleine lune. Se dit d’une figure rebondie, d’un visage large et réjoui.
Il a un quart de lune dans la tête. Pour dire, il est un peu fou.
Faire un trou à la lune. Pour, faillir, faire banqueroute ; s’en aller furtivement ; mettre la clef sous la porte.

Delvau, 1866 : s. f. Caprice ; mauvaise humeur, — dans l’argot du peuple. Être dans ses lunes. Avoir un accès de mauvaise humeur, de misanthropie.

Delvau, 1866 : s. f. Le second visage que l’homme a à sa disposition, et qu’il ne découvre jamais en public, — à moins d’avoir toute honte bue. On dit aussi Pleine lune.

Delvau, 1866 : s. f. Visage large, épanoui, rayonnant de satisfaction et de santé. On dit aussi Pleine lune.

Fustier, 1889 : Pièce de vingt sous. Argot du bagne.

On arrivait à supprimer tout risque en achetant à la fois le servant et l’argousin. L’un ne coûtait pas plus cher que l’autre. C’était affaire de quelques lunes.

(Humbert, Mon bagne)

France, 1907 : Caprice. « Madame a ses lunes aujourd’hui. »

France, 1907 : Le derrière.

Des personnes très convenables, dit Dubut de Laforest, élevées aux Oiseaux ou ailleurs, baptisent « lune » ce que la Mouquette (de Germinal) montrait aux soldats, pendant la bataille des mineurs et des troupiers.

On connait la vieille chanson :

Veux-tu voir la lune, mon gas ?
Veux-tu voir la lune ?
Si tu ne l’as pas vue, la voilà.

Et la commère de se trousser.

Tentante divorcée à chevelure brune
Dont les seins sont cabrés comme deux pics altiers,
Le soleil aurait beau passer devant ta lune,
Il n’en éclipserait jamais les deux quartiers.

(Gil Blas)

Un soir, revenant avec ma cousine
Au milieu d’un bois, je marchais devant ;
Tout à coup, butant sur une racine,
La belle tomba, les jupes au vent.
Or, à cet instant, dans les cieux, la lune
Brilla dans son plein ; ce fut très heureux,
Car, déjà sur la terre, en voyant une,
Épaté, je dis : « Tiens, mais ça fait deux ! »

(Famechon)

La lune que j’aime
Me boude ce soir,
Et sa face blème
Ne se fait pas voir,
Prends pitié, ma brune,
De mon désespoir !
Où donc est la lune, la lune, la lune,
Où donc est la lune, ce soir ?
— Laisse ton humeur chagrine,
Réplique Colombine,
Si t’es gentil, Pierrot,
Tu la verras bientôt.

(Gilberte)

La p’tit’ môm’, pour un’ thune,
Montre à chaqu’ citoyen
Des effets de plein’ lune
Que lui peut voir pour rien.

(Léo Lelièvre)

France, 1907 : Pièce de vingt sous.

Marcheur

France, 1907 : Coureur de jupes, débauché, viveur. On dit plus généralement vieux marcheur.

Le petit vicomte, nouvellement marié, a présenté sa jeune femme au vieux marcheur, son oncle.
— Eh bien ! vous plait-elle ? demande-t-il.
— Si elle me plaît ? Répond le vieux marcheur, tous mes compliments ! Je t’en souhaite beaucoup comme ça…

(Le Journal)

Gobé seul’ment pour sa galette,
Un vieux marcheur, lundi dernier,
Rigolait avec un’ poulette
En cabinet particulier.

(Muffat et Desmarets)

Marseillaise

Larchey, 1865 : Pipe courte et poreuse fabriquée à Marseille.

Et tout en parlant ainsi, il chargeait et allumait sa marseillaise.

(Luchet)

Delvau, 1866 : s. f. Pipe courte, dont le fourneau est à angle droit avec le tuyau.

Rigaud, 1881 : Pipe en terre fabriquée à Marseille.

La pipe dite marseillaise a eu longtemps les sympathies exclusives de tous les fumeurs sincères et convaincus.

(Paris-Fumeur)

Elle est un peu délaissée aujourd’hui ; il paraît que les fumaillons trouvent qu’elle ne culotte pas assez vite. Albert Flocon, l’ancien membre du gouvernement provisoire en 1848, ne fumait que dans des « marseillaises ». Il contribua beaucoup à en propager la mode dans les clubs.

France, 1907 : Courte jupe fabriquée à Marseille. Avoir une Marseillaise dans le kiosque, être timbré.

Enfin, pour sûr, la politique lui aura tourné la tête. Il a une Marseillaise dans le kiosque.

(Baumaine et Blondelet)

Il ne s’agit pas, dans l’exemple ci-dessus, de courte pipe, mais du célèbre chant trop ressassé de Rouget de Lisle.

Matot

France, 1907 : Coureur de jupes. Bon matou, individu apprécié des dames.

Moussaillon

France, 1907 : Diminutif de mousse. Sobriquet donné aux aspirants de marine.

Tout le temps où il ne dormait pas, où il n’était pas à table, où il ne courait pas derrière les jupes d’une gamine, s’écoulait à dresser ainsi ses oiseaux, à leur enfoncer dans le cerveau des exclamations de caserne, des brailleries de beuglant. Cet élevage difficile lui servait à payer ses frais d’amour, à acquitter ses dettes dans les alcôves nombreuses où il s’attardait de ci de là, comme s’il avait eu encore des reins souples de moussaillon.

(Mora, Gil Blas)

Pour combattre la flotte anglaise
Comme il faut plus d’un moussaillon,
J’en f’rons deux à ma Paimpolaise
En rentrant au pays breton !

(Théodore Botrel, La Paimpolaise)

Mousseuse

Fustier, 1889 : Femme galante, à la mode.

Mousseuse est pimpant, léger, provocant, vaporeux ; mousseuse donne bien l’idée du bruissement de la soie, du froufrou du satin, de la joyeuse envolée des jupes de batiste et de dentelles. La mousse est ce qui brille, scintille, pétille, émoustille. Voilà pourquoi mousseuse, un mot significatif et complet, mérite droit de cité ; voilà pourquoi mousseuse court grand’chance d’être adopté par la gent boulevardière… Les débutantes ès-galanterie deviendront des moussettes.

(Voltaire, 9 mars 1887)

France, 1907 : Nom par lequel quelques journalistes désignent les demoiselles qui trafiquent de ce que Dumas fils appelait leur capital.

Un de nos confrères du Voltaire propose d’appeler mousseuses les jolies créatures dénuées de préjugés qui, a dit M. Prudhomme, « passent une existence qui pourrait être plus chastement employée à faire des indécences qui leur rapportent de l’argnt ».
Mousseuse ne saurait nous déplaire ; le terme est galant et non dénué de signification.
Va donc pour mousseuse.
Je doute que mousseuse ait la fortune d’horizontale.

(Maxime Boucheron, Écho de Paris, 1881)

Nénés, nénets ou nénais

France, 1907 : Seins de femme.

Ce M. du Plastron n’était pas insensible aux séductions éternelles de la jupe, et point fâché de le prouver ; pour s’assurer sans doute que les nénés de la particulière étaient bien à leur place, il risqua de ce côté une reconnaissance qui n’avait rien de commun avec celles du Mont-de-Piété.

(Jean Deslilas, Fin de Siècle)

Soyez blond’s, brun’s, grass’s, maigres même,
Soyez grand’ dame ou m’nu trottin,
Vous avez tout’s la grâc’ suprême,
Et toutes la peau de satin,
Si l’une a le teint lys et rose,
Une autre a d’merveilleux nénés ;
Une troisièm’, c’est autre chose,
Brill’ par la taille ou les mollets.

(Henri Bachman)

Mignarde, amoureuse, replète,
Le néné ferme et rondelet,
Tout en sa personne me plaît
— Hormis son goût pour la toilette.

(Armand Silvestre)

Œil américain

France, 1907 : Œil scrutateur qui observe tout, ne laisse rien échapper de ce qui se passe : allusion à la vue perçante prêtée aux tribus indiennes de l’Amérique par Fenimore Cooper dans ses célèbres romans, entre autres Œil-de-Faucon. Cette expression tend à remplacer cette autre de plus vénérable origine : yeux d’Argus. On dit généralement des femmes, plus observatrices des détails que les hommes, qu’elles ont l’œil américain, et aussi qu’elles ouvrent l’œil. Mais ouvrir l’œil, c’est être circonspect, prudent, ne pas agir à la légère. Les Grecs disaient : Le loup à l’œil au bois. Le loup, en effet, s’éloigne rarement du bois : il ne le perd pas de vue, toujours prêt à y trouver un refuge. Nous avons, pour exprimer la surveillance attentive du maître : avoir l’œil au chanin et à la ville.
On lit dans le Trésor des Sentences du XVIe siècle, de Gabriel Meurier :

Un seul œil a plus de crédit
Que deux oreilles n’ont d’audivi.

On dit vulgairement : ouvrir l’œil et le bon.

Le vieux commandant s’apercevait bien que son sacripant de neveu tournait autour de jupes de Mariette et semblait humer les parfums sui generis autant que champêtres qui s’en exhalaient comme on hume ceux d’une rose. Il voyait approcher le moment de la décisive culbute, aussi se promeltait-il d’avoir l’œil américain, c’est-à-dire d’ouvrir l’œil et le bon.

(Les Propos du Commandeur)

Paillasse

d’Hautel, 1808 : Un paillasse. Nom que l’on donne par mépris à un mauvais comédien qui charge trop son rôle ; à un homme sans esprit qui fait le bouffon, le plaisant, et qui y réussit mal.

d’Hautel, 1808 : Une paillasse de corps-de-garde. Femme livrée à la débauche la plus crapuleuse, et entièrement adonnée au vice, gourgandine qui fréquente les casernes, les corps-de-garde, et qui sert de divertissement aux soldats.
Serviteur à la paillasse. Pour dire, adieu à l’armée, ou il faut coucher sur la paille.

d’Hautel, 1808 : Pour la bedaine, le ventre.
Il a bien bourré sa paillasse. Pour, il s’est bien repu, il a mangé d’une belle manière.
Il s’est fait crever la paillasse. Pour il s’est fait tuer ; il a été tué en se battant.

Delvau, 1864 : Fille de la dernière catégorie, — la digne femelle du paillasson.

En avant, la femm’ du sergent !
Balancez, la femm’ dm fourrier,
Demi-tour, la femm’ du tambour,
Restez là, paillasse à soldat…

(La Leçon de danse, — chant guerrier)

Eh ! titi ! oh ! èh ! là-bas,
Tiens ! est-c’ que tu déménages ?
— Pourquoi qu’ tu tiens ce langage ?
— C’est qu’ t’as ta paillass’ sous le bras.
— Eh ! non, mon vieux, c’est ma femme…

(Chanson populaire).

Larchey, 1865 : Caméléon politique. — Allusion à la chanson de Béranger : Paillass’, mon ami, N’saut’ pas à demi, Saute pour tout le monde, etc. De là aussi est venu le synonyme de sauteur.

Larchey, 1865 : Ventre. — La paille s’en échappe comme les intestins.

Il s’est fait crever la paillasse, il s’est fait tuer.

(d’Hautel, 1808)

Delvau, 1866 : s. f. Corps humain, — dans l’argot des faubouriens. Se faire crever la paillasse. Se faire tuer en duel, — ou à coups de pied dans le ventre. On dit aussi Paillasse aux légumes.

Delvau, 1866 : s. f. Femme ou fille de mauvaise vie. On dit aussi Paillasse de corps de garde, et Paillasse à soldats.

Delvau, 1866 : s. m. Homme politique qui change d’opinions aussi souvent que de chemises, sans que le gouvernement qu’il quitte soit, pour cela, plus sale que le gouvernement qu’il met. On dit aussi Pitre et Saltimbanque.

Rigaud, 1881 : Fille publique, — dans le jargon des troupiers.

Rigaud, 1881 : Saltimbanque politique dont les opinions sont plutôt à vendre qu’à louer. — Celui qui saute à pieds joints sur ses promesses.

La Rue, 1894 : Fille publique. Saltimbanque. Le corps humain. Se faire crever la paillasse, se faire tuer.

Virmaître, 1894 : Femme. Un homme se promène, sa femme au bras ; il est rencontré par un ami :
— Tiens, tu déménages, Charlot ?
— Pourquoi donc ?
— Puisque t’as ta paillasse sous le bras (Argot du peuple). V. Boulet.

Virmaître, 1894 : Pitre qui fait le boniment devant les baraques de saltimbanques. Paillasses : les hommes politiques qui servent tous les gouvernements, pourvu qu’ils paient.

Paillass’, mon ami,
N’saut’ pas à demi.
Saute pour tout le monde. (Argot du peuple).

France, 1907 : Femme de mauvaise vie, prostituée. Paillasse de corps de garde, fille à soldats. On dit aussi, dans le même sens, paillasse à troufion.

Les nymphes d’alentour ne se laissent pas approcher, ou si par hasard on accroche une jupe à la brune, on est sûr que c’est une vieille paillasse qui a servi à tous les avant-postes du camp.

(Hector France, L’Homme qui tue)

Du temps qu’elle faisait la noce,
Jamais on n’aurait pu rencontrer — c’est certain,
Paillasse plus cynique et plus rude catin.

(André Gill, La Muse à Bibi)

France, 1907 : Individualité. « S’il s’imagine que je vais me décarcasser pour sa paillasse ! »

France, 1907 : Ventre. Crever la paillasse à quelqu’un, le tuer.

Toujours bonne fille et sans corset, la France prit sur elle, et à ses frais, bien entendu, de mettre en œuvre l’utopie sentimentale du Bohême, et, sous tous les rois susnommés, des milliers de benêts, ses fils et nos pères, se firent crever glorieusement la paillasse pour assurer le droit contre la force et établir le fameux équilibre ! Cette besogne de la monarchie française est ce que l’on définit dans les manuels scolaires par la locution : « abaisser la maison d’Autriche. »
Que fit Louis XI ? — Il commença l’abaissement de la maison d’Autriche. — Que fit François Ier ? — Il continua à abaisser la maison d’Autriche. — Et Henri IV ? — Il abaissa la mais… ! — Et Richelieu ?… Et Louis XIV ?… — Sous leurs règnes, l’abaissement de la… etc., etc., et ainsi de suite, jusqu’au mariage de Napoléon avec Marie-Louise, ce dernier cran de l’abaissement est le coup du lapin aux Habsbourg.

(Émile Bergerat)

Petite chapelle

France, 1907 : Coterie politique, artistique ou littéraire.

France, 1907 : Posture d’une femme assise à croupetons et jupes un peu relevées.

Mes bras, mes jambes, mes appas
Tout ça foutait l’camp, à grands pas,
J’osais pus fair’ la p’tite chapelle
À Grenelle.

(Aristide Bruant, Dans la Rue)

Peton

d’Hautel, 1808 : Diminutif. Petit pied. Il ne se dit que par plaisanterie des pieds des enfans.

France, 1907 : Petit pied.

— Toi, tu n’as qu’à te mettre une jupe, un bas de tricot, et à poser ton peton sur un tabouret, tu feras un amour de femme géante, à Saint-Cloud. Messieurs les militaires tâteront ton petit mollet, et ils en rêveront la nuit.

(Henri Lavedan, Leur beau physique)

Ah ! que j’en sais, belle nourrice,
Et qui ne sont pas loin d’ici,
Qui se tiendraient heureux de baiser seulement
Les petits bouts de vos petons !

(Molière)

Pissenlits (arroser les)

Rigaud, 1881 : Uriner en plein champ.

France, 1907 : Uriner en plein air ; expression populaire.

Embusqué derrière la haie, il la surprit en train d’arroser les pissenlits.
— Oh ! s’exclama-t-il, le bel arrosoir !
Elle n’acheva pas et s’enfuit sans secouer ses jupes.

(Les Joyeusetés du régiment)

Poétaillon

France, 1907 : Méchant petit poète. La province fournit aux concours de poésie une nuée de poétaillons en jupes.

Pot (fouille au)

France, 1907 : Individu qui prend des libertés avec les femmes.

Il fallait le voir toujours en pétoche autour d’elle. Un vrai fouille-au-pot qui tâtait sa jupe par derrière, dans la foule, sans avoir l’air de rien.

(Émile Zola)

Putassier

d’Hautel, 1808 : Qui fréquente les filles de joie, homme adonné au libertinage.

Delvau, 1864 : Coureur de bordels ; anciennement on disait putier.

Sy est pour vrai ; car je le tais,
Que ce n’est qu’un vilain putier.

(Farces et Moralités)

Delvau, 1866 : s. et adj. Libertin.

France, 1907 : Coureur de jupes.

L’avocat bêcheur était bougrement content ! Le soir, après avoir gueuletonné ferme, il sortit courir le guilledou, et fut encore plus putassier que d’habitude.

(Le Père Peinard)

Roupie de singe

Larchey, 1865 : Rien. — Roupie a ici le sens de monnaie. On dit monnaie de singe pour grimace.

Delvau, 1866 : s. f. Rien, — dans l’argot des voleurs.

La Rue, 1894 : Rien, chose sans valeur.

Virmaître, 1894 : Mauvais café qui a la couleur de la roupie qui pend au nez du priseur (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Mauvais café.

France, 1907 : Chose sans valeur.

Partout tu vas êt’ invité
Va falloir te payer du linge ;
Mon vieux, c’est pas d’la roupi’ d’singe…
Entrez donc, Mossieu l’député.

(Aristide Bruant)

France, 1907 : Mauvais café. On dit aussi jus de chapeau.

Il pouvait être quatre heures du soir, et, depuis le café du matin, un quart de jus de chapeau avec lequel on était réveillé le sang, les hommes n’avaient rien mangé ni bu. Houleux, livides, entre-choquant leurs files, ils titubaient comme des ivrognes dans le petit jour sale de l’hiver. Leurs ceinturons leur tombaient sous le ventre, leurs capotes étaient crottées comme des jupes, toutes les prunelles luisaient de souffrance, et les képis, sur les têtes, étaient enfoncés comme des bonnets.

Saint-Jean-le-Rond

France, 1907 : Le derrière.

— Je parie que tu ne me fouetteras pas, dit ma petite cousine, et, se tournant, elle troussa ses jupes et m’étala Saint-Jean-le-Rond.

(Les Propos du Commandeur)

Serrer la croupière à quelqu’un

France, 1907 : Le surveiller de près, le tenir sévèrement.

— Ouvrez l’œil, mon garçon, et tâchez de filer droit et de ne pas flairer de trop près les jupes de ma fille, car je me charge de vous serrer la croupière.

(Les Joyeusetés du Régiment)

Sotto voce

France, 1907 : À mi-voix, littéralement sous la voix, terme musical ; italianisme.

Et, en attendant qu’on frappe les trois coups, ce macaronique escadron volant minaude, papotte sotto voce, fait des effets de jupes, joue de l’éventail et jette sur le troupeau des individualités sans mandat des regards hautains qui semblent dire : C’est nous qui sont les princesses !

(Émile Blavet)

Souillot

Delvau, 1866 : s. m. Ivrogne, débauché, arsouille, — dans l’argot des faubouriens.

France, 1907 : Individu livré à la basse débauche.

Un souillot de la pire espèce qui ne courait qu’après les jupes crottées.

(Les Propos du Commandeur)

Sous-ventrière

Rigaud, 1881 : Écharpe de M. le maire ; écharpe de M. le commissaire.

Virmaître, 1894 : Écharpe.
— As-tu vu le quart-d’œil avec sa sous-ventrière, y la dégotte mal ?
Allusion à la sous-ventrière du cheval (Argot du peuple).

France, 1907 : Ceinture, écharpe de maire, de commissaire de police et autres autorités. En argot militaire, c’est le ceinturon. Allusion à la large courroie qui dans le harnachement passe sous le ventre du cheval.

Pourquoi sceller par une cérémonie ce qu’une autre cérémonie peut défaire. Pourquoi faire consacrer par un bonhomme sanglé d’une sous-ventrière, l’union que trois autres bonshommes en jupe et en toque pourront déclarer nulle et non avenue ?

(La Révolte)

S’en faire péter la sous-ventrière, manger ou boire avec excès.

Strapontin

Fustier, 1889 : Ce mot, en langage très familier, désigne l’objet de toilette que les femmes appellent du nom de tournure.

Grande bataille ! Entre qui ? Entre les strapontinistes et les antistrapontinistes. On appelle strapontin en langue fantaisiste, l’appendice proéminent que les dames portent en ce moment au-dessous de la taille.

(Monde illustré, novembre 1885)

(V. les mots nuage et tapez-moi ça dans le Supplément.)

Fustier, 1889 : Petit matelas en galette, étroit et plat.

Virmaître, 1894 : Femme qui a l’estomac bien garni. Elle possède un strapontin supérieurement rembourré — ce n’est pourtant pas une place pour s’asseoir. Ou appelle aussi strapontin la tournure que les femmes mettent sous leurs jupons, peur paraître avoir un postérieur engageant (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Tournure que des femmes se mettaient sous les jupes pour se grossir le derrière. Voir Sous-lieutenant.

Des centaines et des milliers de tournures, strapontins, sous-lieutenants, s’exhibaient triomphalement à tous les regards, aux vitrines de toutes les boutiques où l’on s’habille. La femme n’aurait jamais laissé apercevoir cet agrément significatif de sa personne accroché à une patère, ou déposé sur un meuble, comme un chapeau, qu’il aurait fallu se rendre à l’évidence des exhibitions marchandes, et se préoccuper de ces treillages matelassés, de forme et de destination si particulières.

(Gustave Geffroy)

Tambouriner

Delvau, 1864 : Jouir d’une femme, en frappant son ventre à coups de cette baguette qu’on appelle le membre viril.

Ma foi, s’il te perd sous ma jupe,
Nous le feront tambouriner.

(Chanson anonyme moderne)

France, 1907 : Battre.

Il ne se passait guère de semaine qu’il ne tambourinât les côtes de sa femme.

(Confessions de l’abbé Ledru)

Torchonner

d’Hautel, 1808 : Chiffonner ; fripper.
Un habit, une robe torchonnée. C’est-à-dire, faits sans goût, ou frippés.
On dit aussi d’une personne mal vêtue, ou trop surchargée d’ornemens, qu’Elle est torchonnée.

France, 1907 : Battre.

France, 1907 : Essuyer avec un torchon.

Des piles de soucoupes se dressaient, d’une blancheur d’albâtre, sur l’éclat miroitant des marbres : des femmes passaient, vêtues d’une jupe de flanelle à plis qui tuyautait jusqu’au milieu du mollet et d’une camisole lâche de satinette où sursautait un triple rang de fausses perles plus grosses que des noisettes. Elles passaient des bocks, torchonnaient un coin de table, virvoltaient lourdement, avec des tournures hommasses et des coups de reins de lutteuses de foire, sous leurs jupes blanches qui bombaient comme des culottes ou comme des corsage de la dame du comptoir ; puis, entre deux tournées, elles venaient s’abattre auprès des clients pour allumer une cigarette et pousser à la consommation.

(Camille Le Senne, Cher Maître)

France, 1907 : Travailler mal et salement.

Tripatouilleur

France, 1907 : Tripoteur, agent d’affaires véreuses et aussi explorateur de dessous de jupes, peloteur.

Ah ! comme les hommes, même explorateurs et tripatouilleurs, valent mieux ! Et malgré les avertissements et injonctions de l’autorité supérieure, on continuait d’aller en foule au cabinet du docteur Henrion et de tenir en quarantaine la doctoresse Briquel.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Troussis

France, 1907 : Dessous de jupes retroussées ; argot populaire.

Vos petits pieds doux et fripons,
Sous le troussis de vos jupons,
Mesdames et Mesdemoiselles,
Paraissent battre de leurs ailes
Tout le long des pavés boueux,
En trottinant, petits pieds roses,
Semez à chaque pas des roses,
Petits pieds,
Petits pieds,
Petits pieds gracieux !

Tulipe orageuse

Larchey, 1865 : Cancan.

Tous quatre frétillant des tulipes de plus en plus orageuses.

(E. Sue)

Allusion aux jupes plus ou moins ballotées des cancaneuses.

Delvau, 1866 : s. f. Variété de cancan ou de chahut.

France, 1907 : Sorte de danse excentrique, variété de chahut.

Ses occupations consistaient surtout à étudier la belle nature en la personne de filles de brasserie aux formes opulentes, et à se livrer, à la célèbre Closerie des Lilas, à des exercices acrobatiques, en dansant la Tulipe orageuse.

(Hector France)

Tulipe orageuse (le pas de la)

Rigaud, 1881 : Pas chorégraphique très risqué au point de vue de la décence. Cavalier seul exécuté par une danseuse de bal public qui enlève ses jupes à la hauteur de la tête en tournant sur elle-même. — La tulipe orageuse est le nec plus ultra du cancan, et laisse bien loin la rémoulade, le passage du guet, le coup du lapin, et le présentez armes !

Son amour pour la chorégraphie s’était développé au Prado où elle dansait la tulipe orageuse avec un chic qui lui avait valu les applaudissements frénétiques de la galerie.

(Abbot, La Princesse Mathilde)

Va de la lance

France, 1907 : Ardent en amour, coureur de jupes ; expression populaire.

Vasinette

France, 1907 : Bain. Aller à la vasinette. Expression populaire.

Comme la plupart des campagnardes, elle était arrivée à la quarantaine sans être allée une seule fois à la vasinette, aussi, dès le premier jour, M. le curé fut-il fort incommodé des âcres odeurs qui s’échappaient de ses jupes.

(Les Propos du Commandeur)

Verveux

Delvau, 1866 : s. m. Crinoline, — dans l’argot des paysans des environs de Paris, qui trouvent une ressemblance entre ce filet à cerceaux et cette jupe à cage.

Vieux marcheur

France, 1907 : Vieux débauché, homme mûr qui court après les jupes courtes.

Les Roméos de notre temps ne sont pas trop aimants. On cite de quelques-uns des traits affreux, des mots épouvantables. « J’aime mieux les femmes que je paie, disait l’un d’eux, fier de son imbécile cynisme : ça vous dispense des égards. » Le vieux marcheur, au contraire, ne se dispensera pas des égards, où il met ses joies, même envers la femme qu’il paie. Les femmes savent très bien ces choses, beaucoup, assez vite, arrivent à estimer que, comme il est rare qu’on puisse tout avoir en ce monde, ce qui est doux et durable vaut encore mieux que ce qui est violent et passager. Et c’est ainsi que, très enviable parfois, le vieux marcheur peut encore cueillir une rose dans le jardin où l’inattentive jeunesse passe trop vite, dévastatrice, parfois, comme Attila, mais ignorant la douce et forte joie des amours qui sont faites, un peu mélancoliques, mais exquises, de la dernière tendresse guérissant ou faisant oublier les blessures de la vie.

(Colomba)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique