France, 1907 : Petit galop ; anglicisme. Expression du turf qui désigne le petit galop d’essai auquel s’amusent les jockeys avant de ranger leurs chevaux dans le starter. Par extension, d’un cheval qui a gagné aisément la course, on dit qu’il a gagné « dans un canter », c’est-à-dire comme en un petit galop d’essai.
Canter
Cheval mort
France, 1907 : On appelle ainsi, en terme de courses, un cheval qui, bien que porté sur la liste, ne doit point courir.
Le propriétaire, l’entraîneur, le jockey ou même quelquefois le lad de l’écurie ayant renseigné le maître filou, celui-ci s’empresse de donner le cheval mort à une cote superbe. On le prend naturellement à la préférence d’un autre et le tour est joué…
(Hogier-Grison, Le Monde où l’on flibuste)
Dernier bateau (être du)
France, 1907 : Être dans le mouvement, suivre la mode.
Je sais bien que l’employé de bureau n’a plus les manches de lustrine et le toquet de velours des romans de Paul de Kock. Je le veux aussi du dernier bateau, jeunet, habillé aux laissés pour compte des grands tailleurs, cachant même Bourget dans le fond de son pupitre, ce qui indique, ce me semble, une jolie culture intellectuelle. Pris individuellement, il est charmant, spirituel même, sachant joliment tourner une lettre agressive.
(Mentor, Le Journal)
Un membre du Jockey, tout à fait dernier bateau et converti au sport moderne, sollicite la concession d’une grande piste pour bicyclettes. Je le sais par la veuve d’un officier supérieur, qui postule elle-même la location des chaises sur la piste. Les chances de cette dame respectable étaient, jusqu’ici, à peu près nulles. Elle n’avait dans sa manche qu’une douzaine de sénateurs et de députés, personnages de second plan, sans grande influence, pas même compromis dans le Panama. Mais je viens d’apprendre avec plaisir qu’elle est sérieusement recommandée par le concierge de la maîtresse du beau-frère du fameux Terront.
(François Coppée)
Disqualifié
Fustier, 1889 : Argot de turf. Cheval disqualifié, cheval mis hors concours par suite d’une infraction au règlement commise par son propriétaire ou par son jockey. (Littré.)
Droguage
France, 1907 : « Souvent, dans les courses de chevaux, les jockeys et même les propriétaires font administrer aux pauvres bêtes une drogue quelconque qui les fait s’arrêter, tremblant la fièvre et demi-mortes, à quinze cents mètres du point de départ ; cela se nomme le droguage. »
Entraîner
Delvau, 1866 : v. a. et n. Soumettre un cheval, un jockey ou un rameur à un régime particulier, de façon qu’ils pèsent moins et courent et rament mieux.
Faire casser le ciboulotte (se)
France, 1907 : Se faire casser la tête. Voir Ciboulot.
— Pour en revenir à Panama, vous l’achetez et moi je l’entraîne et je le monte. Ça me connaît. De cette façon, je supprime l’entraîneur et le jockey, qui vous mettent toujours dedans. Voilà la part que j’apporte dans l’association.
— Tu ne débourses pas un centime. Qu’est-ce que tu risques ?
— Je peux me faire casser de ciboulot : à part ça, je ne risque rien.
(Maurice Donnay, Les Affaires)
Gentleman-rider
France, 1907 : Homme du monde qui monte dans les courses ; du verbe anglais to ride, monter à cheval. Les membres du Jockey-Club et les officiers de cavalerie ont seuls le droit de monter dans les courses des gentlemen-riders.
Gruger
d’Hautel, 1808 : Pour, rapiner, voler, manger ; être aux crocs de quelqu’un ; lui soutirer de l’argent.
Il le gruge d’une belle manière. Pour, il le vole, il le ruine secrètement.
Delvau, 1866 : v. a. Manger le bien de quelqu’un, — dans l’argot du peuple. Les gens de lettres écrivent grue-ger, par allusion aux mœurs des grues, — ces Ruine-maison !
France, 1907 : Manger ; du bas allemand grusen, écraser, broyer avec les dents. Gruger quelqu’un, le piller, lui manger son bien.
Certes, ce monde circonscrit, brillant et mêlé, qui va du turf au Jockey, en passant par les foyers de théâtres, nous montre plus de princes tombés aux maquignonnages louches qu’aspirant aux hautes vertus démocratiques. Plus d’un, parmi ces brillants, à mis son grain air, sa renommée d’élégance au service de quelque cocotte, ambitieuse de gruger de jeunes bourgeois vaniteux.
(Francis Chevassu)
Dans Nos Intimes, Victorien Sardou essaye de faire le dénombrement des variétés d’amis. « Nous avons, dit l’illustre académicien, l’ami despote qui nous fait faire ses commissions, l’ami spirituel qui fait des mots à nos dépens, l’ami indiscret qui raconte aux hommes nos petites faiblesses et aux dames nos petites infirmités !… l’ami gêné qui est encore bien plus gênant, l’ami parasite qui nous mange, l’ami spéculateur qui nous gruge, enfin mille espèces d’amis dont le dénombrement serait éternel, depuis celui qui nous emprunte nos livres … qu’il ne nous rend pas, jusqu’à celui qui nous emprunte notre femme… qu’il nous rend ! »
Half-half
France, 1907 : Mélange de bière. Anglicisme qui a sa raison d’être, puisque nous n’avons pas l’équivalent en français, littéralement moitié-moitié. Le half-half se compose d’une partie de porter ou de stout (bières brunes) et d’une égale quantité d’ale (bière blanche). Le mélange de fait immédiatement devant le consommateur.
Le jockey de courses plates, n’ayant guère à redouter les chutes et les accidents, n’a d’autre ennemie que l’obésité, mais c’est une ennemie qui le guette après chaque repas et au coin de toutes les tavernes où il se laisse attirer par les séductions du half-half.
(F. Laffon, Le Monde des courses)
Lad
Fustier, 1889 : Garçon d’écurie.
Autour du favori un cercle s’est formé pendant que les lads sellent le cheval sous la surveillance de l’entraîneur.
(Vie Parisienne, 1882)
France, 1907 : Garçon d’écurie de courses. Anglicisme.
Le lad est la bonne à tout faire d’une écurie de courses. C’est généralement un apprenti jockey, mais son apprentissage est terrible.
À peine reçu comme stable boy ou petit garçon d’écurie, le futur jockey est admis à l’honneur d’éplucher les légumes de la femme de l’entraîneur ; peu à peu, il arrive à ratisser le jardin, arrosée les jambes des chevaux malades, balaye la cour et fait le lit de ses camarades. Mais, petit à petit, il apprend son métier, et bientôt on lui confie un cheval, — alors le lad est arrivé.
Le lad ne fait qu’un avec sa bête ; il doit la soigner et la veiller nuit et jour, il la promène et la sort pour les exercices quotidiens.
Différent des garçons d’écurie français, qui portent la blouse ou le gilet et des sabots, le lad est toujours vêtu, du matin jusqu’au soir, d’un affreux complet à carreaux… Il chausse des souliers anglais ; quelquefois possède un gant, mais brandit toujours un bambou.
(F. Laffon, Le Monde des courses)
Lionne
Larchey, 1865 : « C’étaient de petits êtres féminins, richement mariés, coquets, jolis, qui maniaient parfaitement le pistolet et la cravache, montaient à cheval comme des lanciers, prisaient fort la cigarette, et ne dédaignaient pas le champagne frappé. »
(F. Deriège)
Delvau, 1866 : s. f. Femme à la mode — il y a trente ans. C’était « un petit être coquet, joli, qui maniait parfaitement le pistolet et la cravache, montait à cheval comme un lancier, prisait fort la cigarette et ne dédaignait point le Champagne frappé. » Aujourd’hui, mariée ou non, grande dame ou petite dame, la lionne se confond souvent avec celle qu’on appelle drôlesse.
France, 1907 : Femme, fille, sœur où maîtresse du lion. « C’étaient, dit Deriège, cité par Lorédan Larchey, de petits êtres féminins, richement mariés, coquets, jolis, qui maniaient parfaitement le pistolet et la cravache, montaient à cheval, prisaient la cigarette. » Si le type n’est pas complètement disparu, le mot est dors d’usage.
Lancée par l’hymen dans une carrière brillante, elle fut bientôt citée parmi les divinités de la mode parisienne, et aujourd’hui elle figure avec avantage dans cette élite de merveilleuses que l’on rencontre à toutes les solennités élégantes ; infatigables amazones, dédaignant les paisibles récréations de leur sexe et abdiquant le doux empire des grâces discrètes pour suivre nos dandys à la course et se mêler aux grandes et aux petites manœuvres du Jockey-Club ; reines du monde cavalier, que l’on a surnommées les Lionnes, pour rendre hommage à la force, à l’intrépidité et à l’inépuisable ardeur dont elles donnent chaque jour tant de preuves.
(Eugène Guinot)
Lorette
Delvau, 1864 : Femme entretenue par Monseigneur Tout-le-Monde, et qui habite volontiers dans les environs de l’église de notre dame de Lorette. D’où son nom, qui lui a été donné par Nestor Roqueplan.
Je suis coquette
Je suis lorette
Reine du jour, reine sans feu ni lieu !
Eh bien ! J’espère
Quitter la terre
En mon Hotel… Peut-être en l’Hotel-Dieu
(G. Nadaud)
Larchey, 1865 : « C’est peut-être le plus jeune mot de la langue française ; il a cinq ans à l’heure qu’il est, ni plus ni moins, l’âge des constructions qui s’étendent derrière Notre-Dame-de-Lorette, depuis la rue Saint-Lazare jusqu’à la place Bréda, naguère encore à l’état de terrain vague, maintenant entourée de belles façades en pierres de taille, ornées de sculptures. Ces maisons, à peine achevées, furent louées à bas prix, souvent à la seule condition de garnir les fenêtres de rideaux, pour simuler la population qui manquait encore à ce quartier naissant, à de jeunes filles peu soucieuses de l’humidité des murailles, et comptant, pour les sécher, sur les flammes et les soupirs de galants de tout âge et de toute fortune. ces locataires d’un nouveau genre, calorifères économiques à l’usage des bâtisses, reçurent, dans l’origine, des propriétaires peu reconnaissants, le surnom disgracieux, mais énergique, d’essuyeuses de plâtres. l’appartement assaini, on donnait congé à la pauvre créature, qui peut-être y avait échangé sa fraîcheur contre des fraîcheurs. À force d’entendre répondre « rue Notre-Dame-de-Lorette » à la question « où demeurez-vous, où allons-nous ? » si naturelle à la fin d’un bal public, ou à la sortie d’un petit théâtre, l’idée est sans doute venue à quelque grand philosophe, sans prétention, de transporter, par un hypallage hardi, le nom du quartier à la personne, et le mot Lorette a été trouvé. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il a été lithographié pour la première fois par Gavarni, dans les légendes de ses charmants croquis, et imprimé par Nestor Roqueplan dans ses Nouvelles à la main. Ordinairement fille de portier, la Lorette a eu d’abord pour ambition d’être chanteuse, danseuse ou comédienne ; elle a dans son bas âge tapoté quelque peu de piano, épelé les premières pages de solfège, fait quelques pliés dans une classe de danse, et déclamé une scène de tragédie, avec sa mère, qui lui donnait la réplique, lunettes sur le nez. Quelques-unes ont été plus ou moins choristes, figurantes ou marcheuses à l’Opéra ; elles ont toutes manqué d’être premiers sujets. Cela a tenu, disent-elles, aux manœuvres d’un amant évincé ou rebuté ; mais elles s’en moquent. Pour chanter, il faudrait se priver de fumer des cigares Régalia et de boire du vin de Champagne dans des verres plus grands que nature, et l’on ne pourrait, le soir, faire vis-à-vis a la reine Pomaré au bal Mabile pour une polka, mazurka ou frotteska, si l’on avait fait dans la journée les deux mille battements nécessaires pour se tenir le cou-de-pied frais. La Lorette a souvent équipage, ou tout au moins voiture. — Parfois aussi elle n’a que des bottines suspectes, à semelles feuilletées qui sourient à l’asphalte avec une gaîté intempestive. Un jour elle nourrit son chien de blanc-manger ; l’autre, elle n’a pas de quoi avoir du pain, alors elle achète de la pâte d’amandes. Elle peut se passer du nécessaire, mais non du superflu. Plus capable de caprice que la femme entretenue, moins capable d’amour que la grisette, la Lorette a compris son temps, et l’amuse comme il veut l’être ; son esprit est un composé de l’argot du théâtre, du Jockey Club et de l’atelier. Gavarni lui a prêté beaucoup de mots, mais elle en a dit quelques-uns. Des moralistes, même peu sévères, la trouveraient corrompue, et pourtant, chose étrange ! elle a, si l’on peut s’exprimer ainsi, l’innocence du vice. Sa conduite lui semble la plus naturelle du monde ; elle trouve tout simple d’avoir une collection d’Arthurs et de tromper des protecteurs à crâne beurre frais, à gilet blanc. Elle les regarde comme une espèce faite pour solder les factures imaginaires et les lettres de change fantastiques : c’est ainsi qu’elle vit, insouciante, pleine de foi dans sa beauté, attendant une invasion de boyards, un débarquement de lords, bardés de roubles et de guinées. — Quelques-unes font porter, de temps à autre, par leur cuisinière, cent sous à la caisse d’épargne ; mais cela est traité généralement de petitesse et de précaution injurieuse à la Providence. » — Th. Gautier, 1845.
Delvau, 1866 : s. f. Fille ou femme qui ne vit pas pour aimer, mais au contraire, aime pour vivre. Le mot a une vingtaine d’années (1840), et il appartient à Nestor Roqueplan, qui a par un hypallage audacieux, ainsi baptisé ces drôlesses du nom de leur quartier de prédilection, — le quartier Notre-Dame-de-Lorette.
Rigaud, 1881 : Femme galante, femme entretenue. M. Prudhomme l’appelle « la moderne hétaïre ». Le mot a été créé en 1840 par Nestor Roqueplan.
Comme Vénus aphrodite de l’écume des flots, la lorette était née de la buée des plâtres malsains, là-haut, dans les quartiers bâtis en torchis élégants, la petite Pologne des femmes. Roqueplan s’était fait son parrain ; Balzac son historien ; Gavarni sa marchande de mots et de modes.
(Les Mémoires du bal Mabille)
Qu’est-ce que la lorette ? C’est la loi du divorce rétablie et, pour plus d’un mari, je le dis avec tristesse, la patience du mariage… La lorette n’est ni fille, ni femme, à proprement parler. C’est une profession c’est une boutique.
(Eug. Pelletan, La nouvelle Babylone)
Elle a un père à qui elle dit : Adieu papa ; tu viendras frotter chez moi dimanche. — Elle a une mère qui prend son café quotidien sur un poêle en fonte.
(Ed. et J. de Goncourt)
Il y a mille et une manières, en apparence de devenir lorette, mais au fond c’est la même. Une pauvre fille que l’on vend, une pauvre fille que l’on trompe.
(Paris-Lorette)
Une lorette, parlant d’un entreteneur pour lequel elle a du goût, dit : « Mon homme » ; l’entreteneur qu’elle considère et respecte est son monsieur ; quant à l’entreteneur pur et simple, quoi qu’il fasse, et quoi qu’il donne, il n’est jamais qu’un mufle.
(Idem)
Aujourd’hui les lorettes célèbres de 1840 ont vieilli. Elles comptent leur dépense avec leurs cuisinières, prennent l’omnibus quand il pleut, et élèvent des oiseaux. La lorette pure est maintenant un type évanoui, une race disparue.
(Paris à vol de canard.)
France, 1907 : Femme galante d’un certain luxe de tenue. Le mot a été mis à la mode par Nestor Roqueplan, vers 1840, à cause du nombre considérable de ces filles dans le quartier de Notre-Dame-de-Lorette. « L’ensemble des rues de ce quartier, écrivait-il, s’appelle le quartier des Lorettes, et, par extension, toutes ces demoiselles reçoivent dans le langage de la galanterie sans conséquence le nom de lorettes. » Le quartier est à peu près resté le même, mais le mot n’est plus guère employé que par les provinciaux.
Lorette, dit Balzac, est un mot décent inventé pour exprimer l’état d’une fille ou la fille d’un état difficile à nommer et que, dans sa pudeur, l’Académie a négligé de définir, vu l’âge de ses quarante membres. Quand un nom nouveau répond à un cas social qu’on ne pouvait pas dire sans périphrase, la fortune de ce mot est faite. Aussi la lorette passa-t-elle dans toutes les classes de la société, même dans celles où ne passera jamais une lorette.
Les lorettes habitent invariablement rue Notre-Dame-de-Lorette, rue Bréda, rue du Helder, rue Taitbout, rue Neuve-des-Mathurins ou rue Richer. Elles ne traversent jamais la Seine et s’écartent peu de la zone des boulevards. Elles savent Barême par cœur, jouent à la Bourse, roulent équipage, éclaboussent ceux qui vont à pied, et m’admettent dans leur salon que les hommes du meilleur monde… Elles ont les hommes en profond mépris et m’estiment que les coupons de la Banque de France.
(Ces Dames. — Physionomies parisiennes)
L’autre jour, j’ai entendu faire la définition suivante d’une lorette par la petite fille d’une portière de la place Vintimille :
— Une lorette, a-t-elle dit, c’est une dame qu’a une chemise sale, emprunte dix sous à mon papa, porte des jupons bariolés comme des drapeaux, ses bijoux au clou quand elle en a, et des plumes à son chapeau. À quarante ans, elle est ouvreuse aux Délassements-Comiques.
J’ai interrogé l’enfant terrible dans le but de savoir de qui elle tenait des renseignements aussi exacts.
— Monsieur, m’a-t-elle répondu naïvement, je le sais mieux que vous, puisque c’est arrivé à ma sœur.
(Léon Rossignol, Lettres d’un Mauvais Jeune homme à sa Nini)
Enfin, dans la catégorie des clandestines, c’est-à-dire parmi des filles dont l’insoumission à la police des mœurs est continuelle, toutes, depuis la riche lorette jusqu’à la pierreuse, sont dans la nécessité de se faire protéger. On conçoit alors que la position sociale des souteneurs doit varier autant que celle dans laquelle les filles se sont elles-mêmes placées.
(Léo Taxil, La Prostitution contemporaine)
Pur-sang
Larchey, 1865 : Cheval de race.
Célestine hochait la tête comme un pur-sang avant la course.
(Balzac)
Delvau, 1866 : s. f. Fille entretenue et qui mérite de l’être à cause de sa beauté — et de ses vices. Argot des viveurs.
Delvau, 1866 : s. m. Cheval de race, — dans l’argot du Jockey-Club.
Delvau, 1866 : s. m. Vin rouge naturel, sans addition d’eau ni d’alcool, — dans l’argot des cabaretiers.
Starter
Fustier, 1889 : Argot de courses. Celui qui donne aux jockeys le signal du départ.
France, 1907 : Employé des courses qui donne le signal du départ. Anglicisme, du verbe to start, partir.
— Une place ? Quelle place ? Je n’ose pas le dire. Faut-il vous l’avouer, Monsieur ? Je suis starter dans les courses de bicyclettes. C’est moi qui donne le signal du départ. Quelquefois c’est en tirant un coup de pistolet — pan ! — d’autres fois c’est en criant : « Allez ! » de cette belle voix que jalousait M. Beauvallet et qui est demeurée superbe. « Allez ! »… Starter, moi ! starter de vélodromes. Voilà où j’en suis. Quelquefois, je ferme les yeux, quand je dis : Allez ! et il me semble que je donne le signal non pas d’une course, mais d’un duel.
(Jules Clarétie, Brichanteau, comédien)
Starting-machine
France, 1907 : Machine à donner les départs aux courses. Cette machine, inventée par un Américain, réunit plusieurs avantages ; les principaux sont la suppression des faux départs, l’impossibilité de suspecter le starter d’avoir avantagé un ou plusieurs des concurrents au détriment des autres, et la sérénité du starter lui-même vis-à-vis des jockeys, toujours tentés de voler le départ.
Traîner
France, 1907 : Terme de courses, anglicisme pour entraîneur. Le trainer est presque toujours un ancien jockey devenu trop lourd pour continuer à monter. Son rôle est plus important que celui du jockey, car sa mission consiste à faire arriver le cheval au plus complet développement de ses forces. Il est la cheville ouvrière d’une écurie de courses.
Les trainers sont de véritables artistes en chevaux. Ils font de la science pratique, de l’histoire naturelle en action. Aussi se passionnent-ils et la spéculation se concilie-t-elle très bien, chez eux, avec l’enthousiasme.
Un trainer avait été charge d’instruire, pour le Derby, un cheval momme Éléonor.
À mesure que le jour de la course approchait, cet homme devenait inquiet, distrait, hagard. Il ne mangeait plus, ne dormait plus. Il finit par tomber tout à fait malade.
Ses parents, le voyant alité pour la première fois de sa vie, crurent qu’il touchait à ses derniers moments, et appelèrent le vicaire de la paroisse pour le consoler.
Le moribond n’entendait rien, s’agitait sur son lit et gémissait comme une âme en peine.
— Mon ami, lui dit le vicaire, n’avez-vous point quelque chose sur la conscience qui vous tourmente ? S’il en est ainsi, je vous engage à me le confier.
— Oui, répondit le jockey, et je le dirai, mais à vous seul.
Le vicaire se baissa vers le mourant, et celui-ci lui murmura dans l’oreille :
— Éléonor est un cheval douteux.
À quelques jours de là, le cheval douteux gagna deux grands prix, celui du Derby et celui des Oaks.
Le trainer se releva guéri.
(Tony Révillon)
Turfiste
Delvau, 1866 : s. m. Habitué des courses, propriétaire de chevaux coureurs, parieur.
France, 1907 : Personne qui s’occupe de courses.
La langue des courses, en France, on l’a cent fois fait remarquer, est un parler purement anglais. Nous appelons lad un garçon d’écurie, steeple-chase (chasse au clocher) une course d’obstacles et crack un cheval de course, comme nous appelons hunter un cheval de chasse. Jockey, qui signifiait autrefois maquignon en Angleterre, et dont nous avons fait d’abord le synonyme de laquais, est devenu le nom de celui qui monte un cheval de course. Comme les Anglais, nous nous servons de l’expression dead head (dède hède) pour désigner une épreuve nulle où deux chevaux arrivent ensemble et tête à tête au poteau marquant le terme de la course. Comme pour les Anglais, le betting est pour nous le lieu où s’exécutent les paris, et pas n’est besoin d’être turfiste pour savoir ce qu’on doit entendre par bookmaker, starter, outsider, performance, etc.
(Pontarmé, Petit Parisien)
Zinc
Delvau, 1866 : s. m. Chic, — dans le même argot [des faubouriens]. Avoir du zinc. Avoir une brillante désinvolture.
Delvau, 1866 : s. m. Maladie vénérienne, — dans l’argot des faubouriens.
Delvau, 1866 : s. m. Voix métallique et solide, — dans l’argot des coulisses. Avoir du zinc. Avoir une voix sonore. On dit aussi Être zingué.
Rigaud, 1881 : Argent. — Comptoir de marchand de vin. — Prendre un canon sur zinc.
Des poivrots, le coude sur le zinc, riaient au nez des petites.
(Huysmans, les Sœurs Vatard)
La Rue, 1894 : Argent. Comptoir de marchand de vin. Syphilis.
Virmaître, 1894 : Argent monnayé.
— J’ai du zinc dans ma profonde, nous pouvons aller de l’avant (Argot du peuple).
Virmaître, 1894 : Le comptoir du mastroquet. Allusion au plomb qui couvre le comptoir. Boire sur le zinc, c’est boire debout.
— Viens-tu licher un glacis sur le zinc, j’ai dix ronds d’affure (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Comptoir de marchand de vins.
Je n’ai pas le temps, je veux bien accepter quelque chose, mais nous prendrons ça sur le zinc.
Hayard, 1907 : Comptoir de marchand de vin.
France, 1907 : Argent, monnaie.
France, 1907 : Comptoir de marchand de vin.
Près des Halles centrales, dans un sous-sol, aux faibles lueurs des becs de gaz, entre le zinc du tenancier et un orchestre composé d’un piano, d’un violon et d’une basse, on voit des enfants s’agiter, polker, valser, et autour d’eux rôde une immonde clientèle d’érotomanes et de gagas. Les mères ou leurs remplaçantes absorbent des saladiers de vin chaud, de punch au rhum, et, le long du Marché-aux-Anges, on heurte des mégères ivres, titubantes ou étendues sur le plancher, cuvant leur vin.
Mignonnes ouvrières, trottins, petits abandonnés des deux sexes, vagabonds et vagabondes, tous les oiseaux sans nid, autant de numéros de parisiens ; et les matrones des départements et de l’étranger y amènent de la marchandise, comme d’autres des animaux sur le marché de la Villette.
(Dubut de Laforest, La Traite des blanches)
Le comptoir, à l’intérieur, donnait le sentiment de la proximité des faubourgs. C’était le zinc traditionnel, avec sa fontaine à eau couverte, ses bouteilles multicolores alignées derrière le patron qui, debout dès l’aube, en gilet à manches, hiver comme été, versait le marc, l’absinthe et le vin blanc aux ouvriers se rendant au travail.
(É. Zola, La Conquête de Plassans)
Zinc des ratichons, Maître autel.
France, 1907 : Costume de gymnastique à l’École polytechnique, appelé ainsi dans l’argot des élèves parce que la toile en est de couleur grisâtre.
France, 1907 : Élégance, chic.
— Je joue le rôle d’un pigeon du Jockey-Club qui se croit aimé pour lui-même… Il faut que j’aie du zinc ce soir.
(Philippe Auderbrand)
France, 1907 : Uniforme chamarré de haut fonctionnaire.
La soirée du ministre était fort brillante et les ambassadeurs, les ministres plénipotentiaires, les attachés militaires étaient là dans leurs costumes chamarrés. Les préfets mêmes avaient sorti leur frac, avec joie, car le préfet de la Seine s’était pavané depuis le matin dans le sien et on l’avait entendu s’écrier plusieurs fois :
— Enfin, j’ai donc sorti mon zinc ! Il ne sera pas dit que mes administrés ne m’auront pas admiré dans mon zinc.
(Edgar Monteil, Le Monde officiel)
France, 1907 : Voix métallique dans l’argot des chanteurs. Avoir du zinc, c’est avoir un organe vocal bien timbré.
Peut-être a-t-on choisi le zinc de préférence à tout autre métal, à cause de son rapprochement avec les verbe anglais to sing, chanter.
(Émile Gouget, L’Argot musical)
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