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Jeter le mouchoir

Delvau, 1864 : Choisir une fille, au bordel ou au bal et l’emmener coucher avec soi ; ou, si l’on est femme, faire comprendre à un homme qu’on bande pour lui et qu’on voudrait bien se le payer.

Jetez vous-même le mouchoir
Ou bien au sort il faudra voir
Dans le dortoir,
Qui pourra vaut échoir.

Delvau, 1866 : v. a. Distinguer une femme et lui faire agréer ses hommages et son cœur, — dans l’argot des vieux galantins.

France, 1907 : Arrêter son dévolu sur une femme. Allusion à la coutume des princes orientaux qui, dans leur harem., jetaient un foulard de soie à l’odalisque qu’ils choisissaient pour la nuit.
Il existe encore dans l’Inde et en Perse certaines tribus où les jeunes filles choisissent elles-mêmes leur mari, non pas en leur jetant le mouchoir, mais en envoyant une amie ou une suivante épingler son mouchoir au turban de l’homme qu’elle honore de sou choix. Celui-ci, de par les règles de la tribu, est obligé d’épouser celle qui le juge ainsi digne de son affection, à moins qu’il ne puisse prouver qu’il est trop pauvre pour trouver la somme exigée par le père de la jeune personne. Car, au contraire de chez nous où c’est la femme qui achète son mari, c’est le mari qui achète sa femme. Ces prétendus sauvages ont du bon.

Ainsi parlant, seul dans sa chambre,
Chaque matin, Monsieur Morgan
Balance de l’air d’un sultan
Son fin mouchoir parfumé d’ambre ;
Il sort tout radieux d’espoir,
Promène sa fadeur galante,
Frais et dispos rentre le soir,
Se fait un turban du mouchoir
Et tombe aux pieds de sa servante.

(Duault)

Lever une femme

Delvau, 1864 : Ou seulement lever. Dire des galanteries à une femme, au bal ou dans la rue, et l’emmener coucher avec soi pour en faire.

J’irai ce soir à Bullier, si je ne lève rien…

(Lynol)

Delvau, 1866 : v. a. « Jeter le mouchoir » à une femme qu’on a remarquée au bal, au théâtre ou sur le trottoir. Argot des gandins, des gens de lettres et des commis. Lever une femme au crachoir. La séduire à force d’esprit ou de bêtises parlées.

Poulette

Delvau, 1866 : s. f. Grisette, femme légère qui se laisse prendre au cocorico des séducteurs bien accrêtés. Lever une poulette. « Jeter le mouchoir » à une femme, dans un bal ou ailleurs.

France, 1907 : Jeune fille, jeune femme.

Vous savez comme on mange aux fêtes de village, et chez l’ami Castagne je vous réponds que personne ne meurt de faim. Nous eûmes un repas qui se faisait dire vous : coquilles d’écrevisses, truites de la Sorgues, rien que des viandes fines et du vin cacheté ; le coup du milieu ; des liqueurs de toutes sortes, et, pour nous servir à table, une poulette de vingt ans qui… je ne vous en dis pas davantage.

(Frédéric Mistral)

Époux d’une aimable poulette,
Beaux discours ne servent à rien,
Croyez-moi, suivez ma recette, ;
Elle est simple et fait toujours bien :
Le jardinier cultive, arrose
Soir et matin la tendre fleur ;
C’est par ce moyen que la rose
Conserve longtemps sa fraîcheur.

(Pigault-Lebrun, L’Esprit follet)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique