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Chialer

M.D., 1844 / M.D., 1844 : Crier.

Virmaître, 1894 : Pleurer. On dit aussi : y aller de sa larme (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Pleurer.

France, 1907 : Pleurer, crier.

— Ah ! ah ! dit l’Frisé, te v’là morte !
Et l’grand niqu’doul s’mit à pleurer.
Oh ! oh ! qu’il chialait, faut qu’j’emporte
Un bout d’souvenir pour l’adorer.
Et prenant la botte et les bas,
Il est parti là-bas, là-bas.

(Jean Richepin)

Un consommateur têtu réclamait un verre de marc que lui refusait le garçon, ne recevant pas l’argent.
— Vas-tu fermer ! lui cria une femme se dressant à côté de lui, et comme il persistait avec la vaillance opiniâtre des bons poivrots, la dame ajouta :
— Si tu continues à chialer, je vas envoyer une mandale !…
Et comme l’ivrogne chialait toujours, il reçut sa « mandale », un vigourenx coup de poing sur la joue, qui le fit subitement se taire.

(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris)

anon., 1907 : Pleurer.

Chigner

Larchey, 1865 : Pleurer.

Ça lui fera du bien de chigner.

(Balzac)

Rigaud, 1881 : Bouder ; gronder. — Chignard, boudeur, grognon.

Rossignol, 1901 : Griser.

France, 1907 : Larmoyer, pleurer comme les enfants ; aphérèse de rechigner. « Cet affreux marmot ne fait que chigner. »

— Alors, la v’là qui se met à chigner :
— Je vas te dire la vérité… C’est que j’a pas mangé depuis avant-hier.
Du coup, je l’ai lâchée, et j’ai sorti ma pièce de vingt ronds… Je voyais bien qu’elle ne mentait pas. Elle pissait de l’œil avec trop de conviction…
— Si c’est ça, que je lui dis, v’là de quoi aller bouffer…

(Oscar Méténier)

Démorfillage

Rigaud, 1881 : Action de démarquer une carte, c’est-à-dire enlever les signes, traits d’ongles, points de repère que les grecs font aux cartes qu’ils veulent reconnaître.

Je vas leur z’y en coller du démorfillage.

(A. de Caston, Les Tricheurs)

France, 1907 : Action de faire disparaître le marquage d’une carte.

Emballer

Larchey, 1865 : Arrêter, écrouer.

Tu vas nous suivre à la Préfecture. Je t’emballe.

(Chenu)

On dit d’un cheval emporté qu’il emballe son cavalier, sans doute parce que celui-ci est réduit au rôle passif d’un simple ballot.

Delvau, 1866 : v. a. Arrêter, — dans l’argot des voleurs et des filles.

Delvau, 1866 : v. n. Se dit, — dans l’argot des maquignons, — d’un cheval qui prend le mors aux dents, sans se soucier des voyageurs qu’il traîne après lui. S’emballer, se dit dans le même sens d’un homme qui s’emporte.

Rigaud, 1881 : Mettre en prison. — Emballez-moi ce particulier.

Rigaud, 1881 : Terminer promptement. — L’ouvrage est emballé.

La Rue, 1894 : Conduire en prison. Donner un coup de poing. S’éprendre passionnément. Emballement, entraînement subit, emportement.

France, 1907 : Arrêter, emmener en prison.

— Dis donc, toi, si c’est comme ça que tu fais ta tournée !… Sais-tu où je l’ai trouvé, ton Delphin ?
— Où ça ?
— Sur ma fille… Je vas écrire au préfet, pour qu’il te casse, père de cochon, cochon toi-même.
Du coup, Bécu se fâcha.
— Ta fille, je ne vois que ses jambes en l’air… Ah ! elle a débauché Delphin ? Du tonnerre de Dieu si je ne la fais pas emballer par les gendarmes.
— Essaye donc, brigand !

(Émile Zola, La Terre)

C’est que le coup d’État les atteignit, eux ! À l’abri des représailles dont se décime toute effervescence populaire, se moquant comme d’une guigne qu’on ait mitraillé les faubourgs en Juin ; ayant approuvé, sinon commandé la canonnade ; ne se rendant même pas compte — les imbéciles ! — que la dictature en était la résultante (les ouvriers les regardant narquoisement emballer pour Mazas) ils sentirent, pour la première fois, la poigne du gendarme s’abattre à leur collet.

(Séverine, Le Journal)

France, 1907 : Donner un coup de poing.

Gaupe

d’Hautel, 1808 : Terme d’injure et de mépris, qui se dit d’une femme malpropre et désagréable. ACAD.
Vulgairement on donne ce nom à une coureuse, à une femme de mauvaises mœurs.

Delvau, 1864 : Fille légère — comme chausson.

Delvau, 1866 : s. f. Fille d’une conduite lamentable.

La Rue, 1894 : Basse prostituée.

France, 1907 : Fille de mauvaise vie, ignoble et malpropre.

— Jour de Dieu ! je saurai vous frotter les oreilles :
Marchons, gaupe, marchons…

(Molière)

— Tais-toi, mou de veau mal lavé,
Pourquoi m’appelles-tu bâtarde,
Bassinoire de corps de garde,
Gaupe ! — Moi, gaupe ! gaupe, moi !
Ah ! chienne ! pan… Tiens, v’là pour toi.

(Vadé)

Il était 10 heures du matin, Nestine, éreintée, reposait entre les bras de son amant, quand un coup violent retentit à la porte.
— Nestine… ouvre-moi !
La gamine se réveilla en sursaut.
— M’man ! C’est m’man ! nous sommes pincés !
— De quoi ? de quoi ? fit Anatole en se frottant les yeux. Ta mère ? Eh bien ! je m’en fous. Je suis chez moi et je paye mon terme…
— Veux-tu ouvrir, petite gaupe ! continua la voix de la mère. Ouvre, ou je vas chercher les fliques !

(Oscar Méténier)

Gobichonneur

Larchey, 1865 : Gourmand.

Le roi, le triomphateur des gobichonneurs.

(La Bédollière)

Delvau, 1866 : s. m. Ami des franches lippées.

France, 1907 : Bambocheur.

— Oh donc ! je vas vous tambouriner le cuir un petit peu, moi, Fanfan La Blague, le roi, le triomphateur des chanteurs et des gobichonneurs.

(A. Lorentz, L’invalide)

Merde (se fondre en)

Rigaud, 1881 : Faire de fréquentes visites aux lieux d’aisances, avoir le dévoiement. — dans le jargon du peuple. — Ben sur que si ça continue, je vas me fondre en merde.

Muflerie

France, 1907 : Grossièreté, sottise.

— Sais-tu, toi qui parles, interrompt l’homme aux chausses délabrées, pourquoi on a fermé Saint-Eustache ?
Eh bien ! je vas te le dire. C’est à force de leur avoir fait des mufleries. D’abord, en rigolade, y en avaient qui venaient se laver dans les bénitiers. Le curé ronchonnait, mais laissait ouvert. Puis voilà un qui a fait ses ordures dans un journal et qu’a été le poser sur l’autel. Misère de bon sang ! C’est-y des choses à faire ? Le curé a fermé sa boîte, moi je te dis qu’il a bien fait.

(Guy Tomel, Le Bas du pavé parisien)

Pingoin

France, 1907 : Imbécile, propre à rien ; argot populaire.

France, 1907 : Le public, la foule ; argot des forains. Pingoin maigre, c’est peu de spectateurs, un petit auditoire ; pingoin gras, grosse foule.

— Vois-tu le pingoin comme il s’allume ? Ça n’est rien ; à la reprise, je vas l’incendier.

(Eugène Sue)

Pingouin

Rigaud, 1881 : Public, — dans le jargon des saltimbanques. Pingouin maigre, public peu nombreux, pingouin gras, public nombreux.

Vois-tu le pingouin, comme il s’allume ?… ça n’est rien… À la reprise je vas l’incendier.

(E. Sue, Les Misères des Enfants-Trouvés)

Fustier, 1889 : Terme injurieux. Synonyme d’imbécile, de propre à rien.

La Rue, 1894 : Public.

Quart d’œil

Larchey, 1865 : Quarante-huit commissaires de police veillent sur Paris comme quarante-huit providences au petit pied ; de là vient le nom de quart d’œil que les voleurs leur ont donné dans leur argot puisqu’ils sont quatre par arrondissement.

(Balzac)

Comme le mot est antérieur à l’organisation susdite, nous y voyons plutôt une allusion à l’ancienne robe noire des commissaires dite cardeuil. V. Fr. Michel. — V. Parrain.

Rigaud, 1881 : Surnom attribué autrefois par les voleurs au commissaire de police. Aujourd’hui les voyous et leurs modèles les voleurs donnent indistinctement ce nom aux commissaires de police et aux sergents de ville. Un étymologiste de la petite Roquette que nous avons consulté nous a affirmé que ce sobriquet leur avait été inspiré par les allures de ces agents de l’autorité, qui les guettent en tapinois et ne montrent que le quart de l’œil.

Virmaître, 1894 : Commissaire de police (Argot du peuple). V. Moissonneur.

Rossignol, 1901 : Commissaire de police.

France, 1907 : Commissaire de police. Voici quelle serait, d’après Balzac, l’origine de ce sobriquet :

Quarante-huit commissaires de police veillent sur Paris, comme quarante-huit providences au petit pied ; de là vient le nom de quart d’œil que les voleurs leur ont donné dans leur argot, puisqu’ils sont quatre par arrondissement.

Mais, objecte Lorédan Larchey, comme le mot est antérieur à l’organisation susdite, on doit y voir plutôt, avec M. Michel, une allusion à l’ancienne robe noire des commissaires, dite cardeuil.

— C’est pas assez de se voir déshonorer par sa fille… Faut encore être insultée par un goaupeur. Eh bien ! puisque c’est comme ça, je vas m’en aller… mais je vas revenir avec le quart d’œil, c’te fois-ei !… Et c’est lui qui te montrera ce que ça coûte, grand feignant, de vouloir se payer des pucelles de quinze ans moins trois mois… Attends un peu !

(Oscar Méténier)

France, 1907 : Coup d’œil furtif, œillade amoureuse que l’on jette en passant, du coin, du quart de l’œil, à une personne d’un sexe différent que l’on veut aguicher ou qui vous plait. Provincialisme.

Nombre de jeunes pensionnaires à qui l’on donnerait le bon Dieu sans confession sont déjà expertes dans le quart d’œil.

Soupe (tremper une)

Larchey, 1865 : Battre. — Mot à mot : faire avaler une correction.

Où qu’tu vas, Polite ? — Je vas tremper une soupe à ma femme.

(Gavarni)

Soupe au lait : Homme colère. — On sait que le lait bouillant déborde avec rapidité.

Rigaud, 1881 : Corriger à coups de poing. — Battre l’ennemi, dans le jargon des troupiers.


Argot classique, le livre • Telegram

Dictionnaire d’argot classique