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Arnaque

Halbert, 1849 : Agent de sûreté.

Virmaître, 1894 : Nom d’un jeu qui se joue sur la voie publique et sur les boulevards extérieurs ; il est connu également sous le nom de tourne-vire. Ce jeu consiste en une roue posée à plat sur un pivot, la table est composée de trois planches mobiles, supportées par deux tréteaux ; ces planches sont recouvertes d’une toile cirée ; cette toile est divisée en carrés qui forment cases, ces cases se distinguent par des emblèmes différents, les quatre rois : trèfle, cœur, pique et carreau, une ancre, un cœur, un dé et un soleil. Les joueurs misent sur une case, la roue tourne et celui qui gagne reçoit dix fois sa mise. En évidence, sur la table, il y a des paquets de tabac, des cigares, des pipes et autres objets, mais c’est pour la frime, le tenancier du jeu paie le gagnant en monnaie. Ce jeu est un vol. Autour de la table, il y a toujours deux ou trois engayeurs, ils sont de préférence à chaque bout (la table est un carré long) ; au moment ou la plume va s’arrêter sur une case, par un mouvement imperceptible, un des engayeurs s’appuie sur la planche mobile du milieu, la plume dévie et le tour est joué ; si c’est un engayeur qui gagne, il partage avec ses complices (Argot des camelots). N.

Rossignol, 1901 : Veut dire truc. Les jeux de hasard tels que : La boule Orientale, le billard à cheminée, le billard américain, la jarretière, la ratière, le malo ou mal au ventre, sont arnaqués parce qu’il y a des trucs qui empêchent de gagner.

Attouchements

Virmaître, 1894 : Être assez indiscret pour vouloir s’assurer si une jolie femme porte un pantalon et met ses jarretières au-dessus du genou. Synonyme de peloter (Argot du peuple) V. Baisenses.

Bas-bleu

Delvau, 1866 : s. m. Femme de lettres, — dans l’argot des hommes de lettres, qui ont emprunté ce mot (blue stocking) à nos voisins d’outre-Manche.
Alphonse Esquiros (Revue des Deux Mondes, avril 1860) donne comme origine à cette expression le club littéraire de lady Montague, où venait assidûment un certain M. Stillingfleet, remarquable par ses bas bleus. D’un autre côté, M. Barbey d’Aurevilly (Nain jaune du 6 février 1886) en attribue la paternité à Addison. Or, le club de lady Montague ne date que de 1780, et Addison était mort en 1719. Auquel entendre ?

France, 1907 : Nom donné aux femmes de lettres, traduction littérale de l’anglais Blue stocking. Alphonse Esquiros raconte que cette expression prit naissance dans le club littéraire de la célèbre lady Montague qui vivait au commencement du XVIIIe siècle. Dans sa résidence de Twickenham, près de Londres, elle réunit toutes les célébrités littéraires du temps, Pope, Addison, Steele, Young, etc., et dans le nombre se trouva un certain Stillingfleet, auteur ignoré aujourd’hui, qui avait l’habitude de porter des bas bleus. Quantité de femmes de lettres ou aspirant à le devenir fréquentaient le salon de lady Montague, et le public railleur appela ces réunions le club des Bas bleus, nom qui fut bientôt donné à chacune des habituées.
D’après Barbey d’Aurevilly, ce serait Addison qui aurait baptisé le club.
Mills, dans son History of Chivalry, raconte d’autre part qu’il se forma à Venise, en 1400, une société littéraire sous le nom de Société du Bas (Società della Calza) et dont tous les membres devaient, comme signe distinctif, chausser des bas bleus. Cette société fut connue plus tard en Angleterre, et c’est sans doute à elle qu’Addison fit allusion en baptisant de ce nom celle de Lady Montague. Quoi qu’il en soit, la provenance est bien anglaise, et c’est en Angleterre que pullule, plus qu’en aucun pays du monde, cette variété excentrique de la race humaine.
Dans tous les temps et dans toutes les nations, les femmes savantes ont excité les railleries, et, les hommes s’étant attribué l’universelle toute-puissance, nombreux sont les proverbes à l’adresse de celles qui essayent de se tailler une part de la masculine souveraineté.
Nos pères surtout se sont égayés à ce sujet :

La femme qui parle latin,
Enfant qui est nourri de vin,
Soleil qui luisarne au matin,
Ne viennent pas à bonne fin.
C’est une chose qui moult me déplait,
Quand poule parle et coq se tait.

(Jean de Meun)

« Femme qui parle comme homme, geline qui chante comme coq, ne sont bonnes à tenir. »

Ne souffre à ta femme pour rien
De mettre son pied sur le tien,
Car lendemain la pute beste
Le vouloit mettre sur ta teste.

(G. Meurier, Trésor des sentences)

Qui n’a qu’une muse pour femme faict des enfans perennels.

(Adages français, XVIe siècle)

Napoléon Ier qui ne se piquait pas de galanterie et qui avait des idées particulières sur les femmes au point de vue de leur rôle social, avait coutume de dire :
« Une femme a assez fait quand elle a allaité son fils, ravaudé les chaussettes de son mari et fait bouillir son pot-au-feu. »
Aussi aimait-il peu les bas-bleus ; les femmes s’occupant de littérature lui paraissaient des monstres.
À une soirée des Tuileries, Mme de Staël demandait à l’empereur :
— Quelles femmes préférez-vous, sire ?
— Celles qui ont beaucoup d’enfants, répondit brutalement Napoléon.
Oui, mais elles ruinent leur mari.
En aucun pays du monde on aime les bas-bleus, que ce soit en France, en Chine ou au Japon.
Lorsque la poule chante, dit un proverbe japonais, la maison marche à sa ruine. Je suppose que chanter signifie, en ce cas, écrire des poèmes.
Si vous êtes coq, disent les Persans, chantez ; si vous êtes poule, pondez.
Et les Russes : Ça ne va jamais bien quand la poule chante.
Les Chinois : Une femme bruyante et une poule qui chante ne sont bonnes ni pour les Dieux ni pour les hommes.
Terminons par ce verset tiré du Talmud, et saluons, car c’est le meilleur :

Dieu n’a pas tiré la femme de la tête de l’homme, afin qu’elle le régisse ; ni de ses pieds afin qu’elle soit son esclave ; mais de son côté, afin qu’elle soit plus près du cœur.

Mais le dernier mot et le plus féroce sur les bas-bleus a été dit par Barbey d’Aurevilly, dans la Revue critique :

Ces bas-bleus ne le sont plus jusqu’aux jarretières. Ils le sont par-dessus la tête ! Leurs bas sont devenus une gaine. Les femmes maintenant sont bleues de partout et de pied en cap ; égales de l’homme, férocement égales, et toutes prêtes à dévorer l’homme demain… Vomissantes gargouilles de déclarations bêtes ou atroces, elles sont bleues jusqu’aux lèvres, qu’elles sont bleues comme de vieilles négresses !

Albert Cim a écrit un volume très documenté sur les bas-bleus.

Cancan

Larchey, 1865 : Danse. — Du vieux mot caquehan : tumulte (Littré).

Messieurs les étudiants,
Montez à la Chaumière,
Pour y danser le cancan
Et la Robert Macaire.

(Letellier, 1836)

Nous ne nous sentons pas la force de blâmer le pays latin, car, après tout, le cancan est une danse fort amusante.

(L. Huart, 1840)

M. Littré n’est pas aussi indulgent.

Cancan : Sorte de danse inconvenante des bals publics avec des sauts exagérés et des gestes impudents, moqueurs et de mauvais ton. Mot très-familier et même de mauvais ton.

(Littré, 1864)

Delvau, 1866 : s. m. Fandango parisien, qui a été fort en honneur il y a trente ans, et qui a été remplacé par d’autres danses aussi décolletées.

Delvau, 1866 : s. m. Médisance à l’usage des portières et des femmes de chambre. Argot du peuple.

Rigaud, 1881 : La charge de la danse, une charge à fond de train… de derrière.

La Rue, 1894 : Danse excentrique, un degré de moins que le chahut et la tulipe orageuse.

France, 1907 : Danse de fantaisie des bals publics, particulière à la jeunesse parisienne, et qui n’a d’équivalent dans aucun pays, composée de sauts exagérés, de gestes impudents, grotesques et manquant de décence. Ce fut le fameux Chicard, auquel Jules Janin fit l’honneur d’une biographie, l’inventeur de cette contredanse échevelée, qu’il dans pour la première fois dans le jardin de Mabille, sous Louis-Philippe. Il eut pour rival Balochard, et ces deux noms sont restés célèbres dans la chorégraphie extravagante. Nombre de jolies filles s’illustrèrent dans le cancan ; Nadaud les a chantées dans ces vers :

Pomaré, Maria,
Mogador et Clara,
À mes yeux enchantés
Apparaissez, chastes divinités.

Le samedi, dans le jardin de Mabille,
Vous vous livrez à de joyeux ébats ;
C’est là qu’on trouve une gaité tranquille,
Et des vertus qui ne se donnent pas.

Il faut ajouter à ces reines de Mabille, Pritchard, Mercier, Rose Pompon et l’étonnante Rigolboche, qui, toutes, eurent leur heure de célébrité. Parmi les plus fameuses, on cite Céleste Venard, surnommée Mogador, qui devint comtesse de Chabrillan, et Pomaré, surnommée la reine Pomaré, dont Théophile Gautier a tracé ce portrait :

C’est ainsi qu’on nomme, à cause de ses opulents cheveux noirs, de son teint bistré de créole et de ses sourcils qui se joignent la polkiste la plus transcendante qui ait jamais frappé du talon le sol battu d’un bal public, au feu des lanternes et des étoiles.
La reine Pomaré est habituellement vêtue de bleu et de noir. Les poignets chargés de hochets bizarres, le col entouré de bijoux fantastiques, elle porte dans sa toilette un goût sauvage qui justifie le nom qu’on lui a donné. Quand elle danse, les polkistes les plus effrénés s’arrêtent et admirent en silence, car la reine Pomaré ne fait jamais vis-à-vis, comme nous le lui avons entendu dire d’un ton d’ineffable majesté à un audacieux qui lui proposait de figurer en face d’elle.
Pomaré a eu les honneurs de plusieurs biographies. La plus curieuse est celle qui a pour titre :
   VOVAGE AUTOUR DE POMARÉ
   Reine de Mabille, princesse de Ranelagh,
   grande-duchesse de la Chaumière,
   par la grâce du cancan et autres cachuchas.
Le volume est illustré du portrait de Pomaré, d’une approbation autographe de sa main, de son cachet… et de sa jarretière — une jarretière à devise.

Le mot cancan est beaucoup plus ancien que la danse, car on le trouve ainsi expliqué dans le Dictionnaire du vieux langage de Lacombe (1766) : « Grand tumulte ou bruit dans une compagnie d’hommes et de femmes. »
La génération qui précède celle-ci, connaît, au moins pour l’avoir entendu, ce vieux refrain de 1836 :

Messieurs les étudiants
S’en vont à la Chaumière
Pour y danser l’cancan
Et la Robert-Macaire.

Nestor Roqueplan, dans des Nouvelles à la main (1841), a fait la description du cancan :

L’étudiant se met en place, les quadrilles sont formés. Dès la première figure se manifestent chez tous une frénésie de plaisir, une sorte de bonheur gymnastique. Le danseur se balance la tête sur l’épaule ; ses pieds frétillent sur le terrain salpêtré : à l’avant-deux, il déploie tous ses moyens : ce sont de petits pas serrés et marqués par le choc des talons de bottes, puis deux écarts terminés par une lançade de côté. Pendant ce temps, la tête penchée en avant se reporte d’une épaule à l’autre, à mesure que les bras s’élèvent en sens contraire de la jambe. Le [beau] sexe ne reste pas en arrière de toutes ces gentillesses ; les épaules arrondies et dessinées par un châle très serré par le haut et trainant fort bas, les mains rapprochées et tenant le devant de sa robe, il tricote gracieusement sous les petits coups de pied réitérés ; tourne fréquemment sur lui-même, et exécute des reculades saccadées qui détachent sa cambrure. Toutes les figures sont modifiées par les professeurs du lieu, de manière à multiplier le nombre des « En avant quatre ». À tous ces signes, il n’est pas possible de méconnaître qu’on danse à la Chaumière le… cancan.

Chapelle (faire)

Rigaud, 1881 : Se chauffer à un feu de cheminée ou devant un poêle, en relevant ses jupes de manière à montrer un peu plus que la couleur des jarretières. — Faire chapelle ardente, se chauffer comme il est dit ci-dessus, mais sans jupes.

Coupe-jarret

d’Hautel, 1808 : Brigand, bretteur, homme qui ne cherche que dispute. Nom donné dans la révolution aux Septembriseurs et aux exécuteurs d’ordres sanguinaires.

Dinguer (envoyer)

Hayard, 1907 : Envoyer promener.

France, 1907 : Renvoyer quelqu’un, l’éconduire brutalement, le jeter par terre. « Je l’ai envoyé dinguer contre la muraille. »

— Un tas de sale monde qui se revengeait de n’avoir pas su lui lever les cottes. C’est pas faute d’avoir essayé, au moins, ah ! ben non :! Mais elle les avait envoyés dinguer tous, tous. Il n’y avait pas un homme du culot qui pouvait tant seulement se vanter qu’il avait vu la couleur de sa jarretière.

(Camille Lemonnier, Happe-chair)

Un docteur très distingué est appelé par Baudelot, sérieusement indisposé.
— Je crois, docteur, que j’ai la maladie à la mode.
— Parbleu ! la dengue ; c’est ridicule, tous mes malades ont la dengue, maintenant.
— Et… le remède… à la dengue ?
Le docteur, impatienté :
— L’envoyer dinguer… voilà tout !

(Rouge et Noir)

Fendre (se)

Larchey, 1865 : Commettre une prodigalité peu habituelle.

Descends huit bouteilles. — Puisque vous vous fendez, dit le peintre, je paie un cent de marrons. — Oh ! oh !

(Balzac)

Le mot indique bien un jour de largesses inaccoutumées. Ce n’est pas la bourse de l’avare qui se fend, ce sont ses propres entrailles.

Delvau, 1866 : v. réfl. Montrer de la générosité, dépenser beaucoup d’argent, s’ouvrir, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi : Se dévouer. Se fendre à s’écorcher. Pousser à l’excès la prodigalité.

Rigaud, 1881 : Faire de la dépense en dehors de ses habitudes ; se livrer à une prodigalité inusitée. Les avares se fendent lorsqu’ils offrent quelque chose.

Je vous paye un exemplaire de ce groupe mille écus. Oh ! oui, sapristi ! mille écus, je me fends.

(Balzac)

Rossignol, 1901 : Offrir.

Joseph a fait des largesses, il s’est fendu d’un cigare.

France, 1907 : Donner, mais donner avec un certain effort, comme celui qu’on fait en se fendant à la salle d’armes.

Elle s’était enfuie comme une nymphe farouche surprise derrière les saules. criant en un tumulte de portes refermées : « Dites à monseigneur de m’attendre, je ne suis pas encore habillée. » Et elle avait reparu aussitôt, radieuse, les cheveux relevés en poignée au-dessus de la nuque, souriant, avec, autour de ses cuisses fuselées, blanches autant que des fruits savoureux où l’on voudrait mordre et étancher sa soif, des jarretières de valenciennes. Et l’Altesse avait été si sensible à cette marque de déférence qu’elle se fendit, le lendemain, d’un triple collier de merveilleuses perles dans les cent cinquante mille.

(René Maizeroy)

— Oui, monte, monte.
— Pas chez elle ! Chez moi.
— Non, chez moi.
— J’suis la plus gosse.
— J’suis la plus cochonne.
— J’me fends d’deux louis.
— Moi aussi.
— Moi, ce que tu voudras.

(Jean Richepin, Gil Blas illustré)

Philippe VII, notre Roy,
Qu’une gêne par trop grande
Met en complet désarroi,
Sollicite votre offrande,
Des sous !
Qu’à son désir on se rende,
Des sous !
Royalistes, fendez-vous !

(Blédort, Chansons de faubourg)

Y en a qui dépens’nt des prix fous
Pour des chos’s qu’a pas tant d’mérites ;
Moi, pour dîner je m’fends d’deux sous.
C’est rien bon des pomm’s de terr’ frites.

(Ch. de Saint-Héaut)

Filer plato ou filer le parfait amour

France, 1907 : Aimer platoniquement, faire le pied de grue sous les fenêtres de son idole et se contenter de baisers et de soupirs, c’est-à-dire de tout ce qu’il y a de plus imparfait en amour.

Dans l’art de plaire Anseaume est plus habile
Qu’aucun amant dont l’histoire ait parlé.
Filez, filez, chevalier de Camille :
Auprès d’Omphale, Hercule a bien filé.
Cœurs enflammés, cherchez-vous un modéle ?
Qui mieux qu’Anseaume alla jamais au fait ?
C’est là l’entendre, et c’est ce qu’on appelle,
En bon français, filer l’amour parfait.

(Grécourt)

C’est, en effet, à l’aventure d’Hercule chez Omphale, lorsque subjugué par la beauté de la reine de Lydie il s’abaissa jusqu’à filer en compagnie de ses filles d’honneur, que l’on fait remonter l’origine de cette expression. Dans ses Proverbes, C. de Méry ajoute :

Quelques commentateurs prétendent qu’Hercule ne mania pas le fuseau chez Omphale, et donnent à cette expression une origine tant soit peu érotique. Ils disent que cette reine, plus forte même qu’Hercule dans les combats amoureux, était souvent forcée de changer de rôle et de position contre l’usage ordinaire des femmes, pour soulager son amant : ce qui est d’autant plus incroyable qu’on attribue à ce héros des faits prodigieux en amour. Si l’on en croit la menteuse mythologie, à qui des faits de cette nature ne coûtent rien, il eut affaire, en une seule nuit, avec les 50 filles de Thespis, qui, dit-on, étaient toutes pucelles, et en eut autant d’enfants. Seulement, pour faire ombre au tableau, et par un accident qui prouvait qu’Hercule tenait encore de l’humanité et n’était pas un dieu accompli, on dit qu’il plia le jarret avec la dernière.

Frou-frou

Rigaud, 1881 : Passe-partout, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Passe-partout. Bruit de la soie frottée.

France, 1907 : Bruit des jupes, froissement d’étoffes. Onomatopée.

Il avait fort couru le jupon, le brave homme, et, à l’occasion, un frou-frou de robe animait encore sa vieillesse : une antique ramure, en un mot, dans laquelle la sève courait toujours.

(Me Huvelin, Le Journal)

On eût dit qu’elle venait de déserter les galeries d’un temple de la vieille Rome ou de descendre d’un cadre ancien, tant il y avait de majesté et d’onction en ses moindres gestes, en ces moindres frou-frous.

(Dubut de Laforest)

Et je songeais au temps où, le feutre à l’oreille,
Laissant voir la folie ardente qui s’éveille,
Pour les jeux de l’amour on était toujours prêt
Où les hommes toujours en quête de querelles,
Dans leur frou-frou soyeux, suivaient les pas des belles
La rapière à la hanche, — et tendaient le jarret !

(Macdonald, duc de Tarente)

La jambe laisse sous les plis,
Espèce d’onde aérienne,
Deviner les contours polis
De la cuisse marmoréenne ;
Et dans la chanson des frou-frous,
Dans le doux vol des clartés blondes,
On sent flotter les duvets roux
Sous le gras des épaules rondes.

(Clovis Hugues)

Faire du frou-frou, faire des embarras.

Genou

d’Hautel, 1808 : Il coupe comme les genoux de ma grand’mère. Se dit d’un mauvais couteau qui n’est point affilé, qui n’est point habile à la coupe.
Rompre l’anguille au genou. Se servir de moyens peu convenables pour réussir dans une affaire.

Larchey, 1865 : Tête chauve.

Il ébauchait une calvitie dont il disait lui-même sans tristesse : Crâne à trente ans, genou à quarante.

(Victor Hugo)

Delvau, 1866 : s. m. Crâne affligé de calvitie. Avoir son genou dans le cou. Être chauve.

Rigaud, 1881 : Crâne dénudé. — Homme chauve. — On voit beaucoup de genoux à l’orchestre de la Comédie-Française.

France, 1907 : Crâne chauve. Avoir son genou dans de cou, être dépourvu de cheveux.

Je la connus un peu avant son divorce, et les émotions de cette crise la rendaient plus jolie et plus intéressante. Elle était même courtisée, en même temps par un banquier fort riche, mais vieux, chauve comme un genou, et vraiment laid.

(Paul Alexis)

Bébé joue avec un vieux beau, cassé comme un divan d’hôtel meublé, chauve comme un concombre :
— Oh ! Dis, Monsieur, s’écrie tout à coup Bébé en caressant le crâne du vieux beau, pourquoi n’y mets-tu pas une jarretière ?

Gigoter

Delvau, 1866 : v. n. Remuer les gigues ; danser.

France, 1907 : Danser.

… Et pendant qu’elle gigotait, furibonde, ses jupons relevés jusqu’aux jarretières, sous les rires et les huées…

(Camille Lemonnier)

On dit aussi gigoter du jarret :

— Je vous promets, dans tous les cas, de me faufiler au bal quelques minutes.
— C’est ça, et nous y gigoterons du jarret.

(Ange Pitou)

France, 1907 : Remuer, agiter les jambes, littéralement : les gigots.

Le boiteux vient, clopine sur la tombe,
Crie hosanna, saute, gigote et tombe.

(Voltaire)

L’officier souffleta le juif, de sa main gantée, avec tant de force, que le pauvre diable fut projeté de la borne sur le sol, où il gigota ainsi qu’un lièvre atteint d’un coup de feu.

(Jacques Celti, Du Nord au Midi)

J’eus avec celle-ci la même explication, mais elle eut une crise et gigota de telle sorte que je dus appeler sœur Rébecca, qui la fit revenir à elle en lui jetant un baquet d’eau sur la tête.

(Hector France, Chez les Indiens)

Jarnac (coup de)

France, 1907 : Coup habile mais déloyal, traîtrise.
Jarnac était un gentilhomme de la cour de Henri II. Il eut une dispute avec La Châtaigneraie, autre courtisan, et l’on vida comme de coutume l’affaire en champ clos. Comme la Châtaigneraie était renommé pour sa force à l’épée, les amis de Jarnac, qui justement sortait de maladie, redoutaient fort pour lui l’issue du duel. Mais d’un coup d’épée que lui seul connaissait, il coupa le jarret de son adversaire. Ce coup en dehors des usages du duel fut jugé déloyal, et l’expression coup de Jarnac fut dès lors prise en mauvaise part.

Jarnaffe

Delvau, 1866 : s. f. Jarretière, — dans l’argot des voleurs. Jeu de la jarnaffe. Escroquerie dont Vidocq donne le procédé, pages 233-34 de son ouvrage.

Rigaud, 1881 : Jarretière ; changement des deux dernières syllabes.

La Rue, 1894 / France, 1907 : Jarretière.

Jarnaffe (jeu de la)

Vidocq, 1837 : Un individu, place devant lui une table sur laquelle est une jarretière en lisière et un couteau. Il réunit deux extrémités de la jarretière, de manière à ce qu’elle forme un cercle, puis il la place sur la table, et la roule sur elle-même ; ensuite il invite les assistans à prendre le couteau qu’ils devront, pour gagner, planter dans la circonférence du cercle, de manière à arrêter la jarretière. Il exécute lui-même cette manœuvre, qui paraît très-facile ; mais lorsque le pantre tire à son tour, celui qui tient le jeu sait préparer la lisière de manière à ne jamais le laisser gagner.

Jarnaffes

Vidocq, 1837 : s. f. — Jarretières.

Jarnaffle ou jarnaffe

Virmaître, 1894 : Jarretière (Argot des voleurs).

Jarret

Delvau, 1866 : s. m. Bon marcheur — dans l’argot du peuple, qui emploie souvent la métonymie.

Jarret (lever le)

Rigaud, 1881 : Marcher en colonne, — en terme de troupier. — Avoir du jarret, être on marcheur.

Jarretière

d’Hautel, 1808 : Donner des jarretières à quelqu’un. Pour, lui donner des coups de sangle ou de mouchoir sur les jambes : c’est ce que les écoliers appellent donner du vinaigre.

France, 1907 : Chaîne de montre ; argot des voleurs.

Jarretières (mettre quelque chose dans les)

Rigaud, 1881 : Donner une gratification à une fille publique. Les prostituées de maison placent cet argent dans leurs bas, sous la jarretière.

Moyenâgeux, moyenâgiste

France, 1907 : Artiste ou écrivain qui traite du moyen âge. Tableau ou écrit qui rappelle les sombres couleurs de ce que les ignorants appellent le bon vieux temps, qui était celui des cruautés et des superstitions.

Je n’ai connu vraiment que M. Barbey d’Aurevilly qui ait eu cette fierté d’esprit et cette indépendance de caractère. Mais M. d’Aurevilly l’avait à l’espagnole, un peu campé à la façon d’un premier rôle, le jarret tendu et le poing sur la hanche, avec je ne sais quoi de mélodramatique et de moyenâgeux, qui l’ont fait surnommer le Connétable des lettres ; ses mots à l’emporte-pièce, ses saillies cruelles et ses fantaisies imprévues avaient toutes comme un panache dix-huit cent trente ; son verbe exagéré et violent se pavanait pour ainsi dire dans le pourpoint de velours cramoisi de Théophile Gautier à la première d’Hernani.

(Jean Lorrain)

Dans le but de ressembler à une femme du vieux peintre Botticelli, Mlle Estelle (qui enrage de s’appeler Estelle, un nom bourgeois et mil huit cent trente) est une jeune personne tout à fait moderniste : or le modernisme consiste, comme vous le savez, à copier tout ce qu’on peut trouver de plus ancien. Le comble du modernisme, c’est de faire des pastiches de Villon et de les débiter dans des cabarets moyenâgeux.

(Simon Boubée, Le Testament d’un martyr)

Œil au bois (avoir l’)

France, 1907 : Être vigilant, prendre garde à ses affaires. Allusion aux voleurs et aux coupe-jarrets qui hantaient les bois et obligaient par conséquent les vovageurs à ouvrir un œil attentif. Voir Œil américain.

Panier aux crottes

Delvau, 1866 : s. m. Le podex et ses environs, — dans l’argot du peuple. Remuer le panier aux crottes. Danser.

Rigaud, 1881 : Derrière.

Et pas de musique au dessert, bien sûr pas de clarinette pour secouer le panier aux crottes des dames.

(L’Assommoir)

C’est une variante moderne de l’ancien « pot aux crottes ».

Jamais on ne vid si bien remuer le pot aux crottes ny secouerle jarret.

(Le facétieux réveille-malin des esprits mélancholiques, 1654)

Pied, bon œil (avoir bon)

France, 1907 : Être encore solide ; pouvoir, malgré l’âge, sacrifier à Vénus.

Bah ! qu’importe ? Il était jeune ; il avait bon pied, bon œil et le jarret solide. Les belles dames de la ville avaient bien voulu le trouver aimable et beau garçon, les paysannes seraient-elles plus difficiles ? Une femme est toujours une femme après tout, et pourvu qu’elle soit complaisante et jolie, que peut-on demander de plus ?

(Hector France, Marie Queue-de-Vache)

Piquer un ronflé

France, 1907 : Dormir. Voir Pioncer.

Le vieux. — Mon médecin me l’a dit : « Vous avez besoin de sommeil. »
Le jeune. — T’as un médecin ?
Le vieux. — Je t’écoute ! Le premier de Paris.
Le jeune. — Où ça ?
Le vieux. — À l’hospice.
Le jeune. — Farceur !
Le vieux. — Assez de salive. Graisse tes jarrets, moi je pique un petit ronflé.

(Henri Lavedan)

Tirante

Halbert, 1849 : Jarretière.

Rigaud, 1881 : Jarretière. — Cordon de sonnette.

France, 1907 : Jarretière ; argot des voleurs.

Tirantes

Delvau, 1866 : s. f. pl. Jarretières, — dans l’argot des voleurs.

La Rue, 1894 : Jarretières.

Virmaître, 1894 : Jarretières. A. D. Le mot est impropre ; c’est serrantes. En effet, la jarretière serre la jambe ou la cuisse suivant la façon dont elle est placée. Il est vrai qu’elle tire le bas, mais c’est en le serrant (Argot des voleurs).

Turf

Larchey, 1865 : Champ de course, arène quelconque.

Un vigoureux coup de jarret a remis Pitt debout sur le turf.

(A. Deriège)

Voilà de quoi faire envahir désormais par toutes les fashions le turf littéraire.

(Aubryet)

Delvau, 1866 : s. m. Champ de course, — dans l’argot des sportsmen. Par extension, Arène quelconque. Le turf littéraire. La littérature ; les journaux.

France, 1907 : Champ de courses ; anglicisme.

Vaquero

France, 1907 : Gardien de troupeaux de taureaux et de chevaux sauvages dans la Camargue.

À vingt pas de la ferme, les vaqueros entouraient une vingtaine de petits taureaux dont les cornes avaient à peine poussé, et ils s’amusaient à les terrasser comme ils eussent fait de jeunes chiens.
Ces petites bêtes étaient déjà rageuses et ne semblaient pas commodes à manier, pourtant.
Noires comme le jais, les jambes sèches et la tête énorme, la queue battant les flancs, elles s’élançaient, rapides comme l’éclair, sur les vaqueros, qui tantôt les franchissaient, tantôt les évitaient par un mouvement aussi prompt que l’idée, tantôt les renversaient d’un coup d’épaule en leur tenant le jarret gauche.

(Fernand Delisle, Souvenirs de chasse en Provence)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique