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Absinthe (faire son)

Delvau, 1866 : Verser de l’eau sur l’absinthe, afin de la précipiter et de développer en elle cette odeur qui crise tant de cerveaux aujourd’hui.
Signifie aussi Cracher en parlant. On a dit à propos d’un homme de lettres connu par son bavardage et ses postillons : « X… demande son absinthe, on la lui apporte, il parle art ou politique pendant un quart d’heure, — et son absinthe est faite. »

Rigaud, 1881 : Pour les profanes, c’est verser au hasard de l’eau dans un verre contenant un ou deux doigts de liqueur d’absinthe ; pour les fidèles, c’est la laisser tomber de haut, doucement, avec conviction, tantôt au milieu, tantôt près des bords du verre. Ils appellent cela « battre l’absinthe. » C’est insulter un buveur d’absinthe que de lui offrir de « faire son absinthe. » Presque tous les dilettanti de la liqueur verte la boivent debout. Est-ce par respect, est-ce par suite d’une habitude contractée devant le comptoir du marchand de vin ?

Agonir, agoniser

Larchey, 1865 : Insulter. C’est l’agonizin des Grecs.

Je veux t’agoniser d’ici à demain.

(Ricard)

Si bien que je fus si tourmentée, si agonie de sottises par les envieuses.

(Rétif, 1783)

France, 1907 : Insulter, accabler d’injures. Alfred Delvau pense que ce mot est une corruption d’ahonir, vieux verbe français encore employé en Normandie.

Barbe

d’Hautel, 1808 : Ivresse, passion du vin chez les ouvriers imprimeurs. Les lundi, mardi, mercredi de chaque semaine outre le dimanche, sont les jours consacrés à prendre la barbe ; jours perfides qui font la désolation des auteurs, des libraires, la mine des maîtres, et qui conduisent infailliblement les compagnons à l’hôpital.
Avoir la barbe. Être complètement ivre.
Prendre la barbe. Faire la ribotte, se griser, se souler, se laisser abrutir par le vin. Lorsque quelqu’un tient des discours déraisonnables, ou fait des propositions ridicules, on lui demande, S’il a la barbe. Toutes ces locutions ne sont usitées que parmi les imprimeurs.
Rire sous barbe. Rire intérieurement et avec malice ; ressentir un plaisir secret que l’on manifeste à l’extérieur par des signes ironiques.
Il s’en torchera les barbes. C’est-à-dire, il s’en passera ; il n’y a rien pour lui dans cette affaire.
Faire la barbe à quelqu’un. Le surpasser dans une science ou un art quelconque ; lui être infiniment supérieur.
À son nez, à sa barbe. Pour dire que l’on a fait quelque chose à la vue de quelqu’un, à dessein de se moquer de lui, de l’insulter.

Delvau, 1866 : s. f. Ivresse, — dans l’argot des typographes. Avoir sa barbe. Être ivre.
On dit aussi Prendre une barbe. Se griser.

Rigaud, 1881 : Ivresse, dans le jargon des ouvriers. — Prendre une barbe, se griser. Avoir sa barbe, être soûl.

Boutmy, 1883 : s. f. La barbe dit l’auteur de Typographes et gens de lettres, c’est ce moment heureux, ce moment fortuné, qui procure au malheureux une douce extase et lui fait oublier ses chagrins, ses tourments et sa casse ! Que ne trouve-t-on, pas dans cette dive bouteille ? Pour tous, elle est un soulagement aux travaux ennuyeux ; pour quelques-uns moyen de distraction ; d’autres y cherchent l’oubli, un certain nombre l’espérance.

La barbe a des degrés divers. Le coup de feu est la barbe commençante. Quand l’état d’ivresse est complet, la barbe est simple : elle est indigne quand le sujet tombe sous la table, cas extrêmement rare. Il est certains poivreaux qui commettent la grave imprudence de promener leur barbe à l’atelier ; presque tous deviennent alors Pallasseurs, surtout ceux qui sont taciturnes à l’état sec.

Fustier, 1889 : Répétition.

Une barbe, c’est une répétition de bachot donnée à un aspirant au diplôme. Il s’assied, on le rase, il paye, c’est une barbe !

(Richepin)

Virmaître, 1894 : Beau mâle, gars solide.
— Mon homme est un rude barbe.
Il y a des barbes qui, dans certains quartiers, sont en réputation comme autrefois les terreurs (Argot des filles et des souteneurs).

Virmaître, 1894 : Vieux. Par corruption on dit : birbe. On appelle les vieux de 1848 qui survivent : des vieilles barbes (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Ennuyer quelqu’un en lui causant est lui faire la barbe ; on dit aussi raser.

France, 1907 : Souteneur. Abréviation de barbot. Vieille barbe, politicien de la vieille école, homme de 1848. Avoir sa barbe, être ivre, d’où : prendre une barbe, pour se griser. On appelle aussi barbe une répétition donnée à un candidat au bachot. Faire sa barbe, c’est, en argot des coulisses, gagner de l’argent.

Cœur

d’Hautel, 1808 : À deux mains trois cœurs. Locution adverbiale et populaire, pour dire avec ardeur, avec empressement, de tout cœur.
Mettre du baume de son cœur sur quelque chose. Voy. Baume.
Dîner par cœur. Se passer de dîner ; ce que l’on appelle plus populairement encore, se serrer le ventre.
Un sans-cœur.
Homme lâche et paresseux, sans orgueil, sans amour-propre ; peu délicat sur le point d’honneur, et à qui aucune remontrance ne fait impression.
Il a bon cœur, il garde tout, et ne rend rien. Se dit par raillerie, d’un envahisseur ; d’un homme qui ne rend pas fidèlement ce qu’on lui a prêté.
Mettre le cœur sur le carreau. Rébus populaire qui signifie vomir, après avoir mangé avec excès.
Mettre le cœur au ventre. Animer, exciter quelqu’un ; lui donner du courage.
Faire contre fortune bon cœur. Montrer de la résignation et de la fierté dans des circonstances difficiles.
Il a le cœur haut et la fortune basse. Voyez Bas.
Cela lui ronge le cœur. C’est-à-dire, le chagrine, l’agite, le tourmente, le consume.
Cela lui tient au cœur. Pour, il met une grande importance à cette affaire.
Cela fait mal au cœur. Pour, cela fait pitié ; cause un grand déplaisir.
Se dit aussi d’un ouvrage mal exécuté, fait grossièrement et sans propreté.
On dit d’un homme qui se laisse insulter sans venger son honneur, qu’Il n’a pas de cœur, s’il souffre cela.
Il dit cela de bouche, mais le cœur n’y touche.
Pour, il affecte des sentimens qu’il n’a pas ; il dit le contraire de ce qu’il pense.

Delvau, 1864 : La nature de la femme, — un muscle creux comme l’autre — Le mot est de Boufflers et au XVIIIe siècle, où la sentimentalité était inconnue, et où il était tout simple, alors, que les femmes eussent le cœur — où les poules ont l’œuf.

Dans ce cœur tendre, aussitôt ce satyre
Enfonce un long… sujet de pleurs.

(Béranger)

Dès que cet enfant n’est pas de vous, ma belle nymphe, et qu’avec un cœur neuf, vous m’apportez en mariage des beautés immaculées, pourquoi rougirais-je ?

(A. de Nerciat)

Un jour cet amant divin,
Qui mettait l’amour au vin,
Sur le revers d’une tonne
Perça le cœur d’Érigone.

(Collé)

Damoiseau

France, 1907 : Petit-maître, jeune oisif, à tête vide. Le gommeux d’il y a cent ans.

Des damoiseaux la nation timide,
Quand il s’agit d’affronter bataillons,
A du courage et paraît intrépide,
Lorsqu’il ne faut qu’insulter cotillons.

(Grécourt)

Emboîter

Rigaud, 1881 : Constituer le point de dix ou de vingt, au moyen d’une carte tirée, — dans le jargon des joueurs de baccarat. — Exemple : un sept sur un trois, un huit sur un dix et un deux. Être emboîté, avoir pris au tirage une carte qui constitue le point de dix ou de vingt, c’est-à-dire baccarat, zéro, le plus mauvais point.

Rigaud, 1881 : Donner un coup de poing, — dans le jargon des barrières.

Rigaud, 1881 : Gagner les bonnes grâces de quelqu’un, l’engager à faire quelque chose en votre faveur, — dans le jargon du régiment. Y a pas moyen de s’emboîter pour t’en faire payer pour deux sous.

Fustier, 1889 : Insulter. — Se faire emboîter, argot théâtral, être sifflé.

Rossignol, 1901 : Un soldat emboîte le pas à celui qui est devant lui. Emboîté veut aussi dire être puni, mis à la boîte (salle de police). Celui qui reçoit des reproches de son chef se fait emboîter.

France, 1907 : Injurier ; argot des coulisses.

France, 1907 : Serrer de près.

Un sous-lieutenant accablé de besogne
Laissa sa femme emboîtant le pas ;
Elle partit seule pour le bois de Boulogne
Elle s’en revint un dragon sous le bras.

(Vieille chanson)

Enquiner, enquiquiner à la course

Larchey, 1865 : Insulter.

Escracher

Vidocq, 1837 : v. a. — Demander le passe-port à un voyageur.

M.D., 1844 : Chasser.

un détenu, 1846 : Insulter, dire des sottises, reluquer en colère.

Larchey, 1865 : Demander le passe-port, interroger.

En passant le portier vous escrache ; J’étais fargué, mais l’habit cachait tout Le jardinant, je frisais ma moustache ; Un peu de toupet, et je passe partout.

(Chans. nouv., Dict. Le Bailly)

Hayard, 1907 : Disputer, engueuler.

France, 1907 : Montrer ses papiers.

France, 1907 : S’injurier, se quereller. Regarder.

Faire la figue

France, 1907 : Mettre le bout du pouce entre l’index et le médium, et le présenter ainsi à la personne qu’on veut insulter. Ce geste était fort commun chez les Romains, qui l’appliquaient aux pédérastes, et est encore une grave insulte en Italie : « Le père Jacob, écrit à ce sujet Charles Nisard, dit que cette expression tient de l’italien far la fica, et a son origine dans le châtiment ignominieux que l’empereur Frédéric infligea aux Milanais pour avoir chassé de leur ville l’impératrice, montée sur une mule le visage tourné vers la queue. Frédéric, ajoute-t-il, fit mettre une figue au fondement de la mule, et força quelques Milanais à arracher publiquement cette figue, puis à la remettre à sa place avec les dents, sans l’aide de leurs mains. Aussi la plus grande injure qu’on puisse faire aux Milanais est de leur faire la figue ; ce qui a lieu en leur montrant le bout du pouce serré entre les deux doigts voisins. C’est ce qu’on fait chez nous aux petits enfants quand on leur a, soi-disant, pris le nez. » Mais, sans révoquer en doute la vérité de cette anecdote, la conclusion en est contestable, puisque Juvénal et Martial en parlent dans leurs écrits.

… Papefigue se nomme
L’île et province où les gens d’autrefois
Firent la figue au portrait du saint-père.

(La Fontaine)

L’ung d’eulx, voyant le pourtrait papal, lui feit la figue, qui est en icelluy pays signe de contemnement et dérision manifeste.

(Rabelais)

Voir Faire la nique.

Insolenter

France, 1907 : Injurier, insulter, dire des insolences.

Pour me consoler, il m’a raconté que c’était l’habitude des magistrats d’insolenter du haut de leur siège des gens à qui ils tireraient très bas leur chapeau dans la rue.

(Gil Blas)

Morguer

d’Hautel, 1808 : Braver, défier, insulter ; railler quelqu’un.

Peuple

d’Hautel, 1808 : Du petit peuple. Nom de mépris que l’on donne aux artisans, aux ouvriers de la plus basse classe du peuple, qui, cependant, par leur industrie, leurs fatigues et leurs peines, font la fortune de nos gros négocians.
La voix du peuple est la voix de Dieu. Pour dire que le sentiment général, ordinairement, est fondé sur la justice et la vérité.

Delvau, 1866 : s. et adj. Commun, vulgaire, trivial, — dans l’argot des bourgeoises, qui peut-être s’imaginent être sorties de la cuisse de Jupiter ou d’un Montmorency. Être peuple. Dire ou faire des choses de mauvais goût.

Delvau, 1866 : s. m. Public, — dans le même argot [des faubouriens]. Se foutre du peuple. Insulter à l’opinion reçue, accréditée. Un faubourien dit volontiers à un autre, lorsqu’il est molesté par lui ou lorsqu’il en reçoit une blague un peu trop forte : Est-ce que tu te fous du peuple ?

France, 1907 : Peuplier ; argot populaire. Vieux mot, du latin populeus.

Peuple, du public (se moquer du)

Larchey, 1865 : Insulter à l’opinion.

Grande colère du père Duchesne contre M. Veto qui se fout du peuple.

(1793, Hébert)

Encore fort usité.

Queue leu leu (à la)

France, 1907 : À la suite l’un de l’autre. Marcher à la queue leu leu. Leu est le vieux français pour loup.

Non content d’insulter les accusés, de leur prodiguer ces épithètes de « misérables », de « bandits » qui font partie du bagage oratoire, il s’est livré à une débauche de sentimentalité et de religiosisme digne de Joseph Prudhomme. On a entendu défiler à la queue leu leu tous les clichés accoutumés : « le doigt de la Providence », « la justice de Dieu », « la violation des lois divines et humaines », et le procureur a couronné ce beau morceau par la plus grotesque des invocations au « feu du ciel. »

(Émile Richard)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique