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Conasse

Rigaud, 1881 : Femme stupide. — Les filles de maison appliquent cette épithète aux femmes honnêtes aussi bien qu’aux filles insoumises qui, d’après ces cloîtrées de la prostitution, ne comprennent pas mieux leurs intérêts les unes que les autres. Pour elles, hors de la maison, pas de salut, pas d’esprit de conduite.

Devant les étrangers et surtout devant des jeunes gens ou des hommes à conversation libre et plaisante, elles (les filles publiques) vantent leur savoir-faire, elles reprochent à leurs camarades leur impéritie, et leur donnent ains ; le nom de conasse, expression par laquelle elles désignent ordinairement une femme honnête.

(Parent-Duchatelet, De la Prostitution)

Virmaître, 1894 : Fille peu au courant du métier, qui raccroche à n’importe quel prix (Argot des souteneurs).

Rossignol, 1901 : Prostituée ainsi nommée par les autres filles, parce qu’elle n’est pas inscrite à la police sur les registres de la prostitution.

Fille

d’Hautel, 1808 : Une fille de joie. Fille de mauvaise vie, d’un commerce débauché ; coureuse, gourgandine.
C’est la fille au vilain, qui en donnera le plus l’aura. Se dit d’une fille que l’on veut marier à celui qui aura plus de fortune ; d’une chose que l’on met à l’enchère.

Delvau, 1864 : Mot injurieux pour désigner une femme qui fait métier et marchandise de l’amour.

Le mot fille signifie, ad libitum, ce qu’il y a de plus pur, ce qu’il y a de plus doux, ce qu’il y a de plus bas, ce qu’il y a de plus vil dans le sexe féminin. — Il est sage et timide comme une fille. — Il aime tendrement sa fille. — En quittant l’auberge, il a donné quelque chose à la fille. — Il a eu l’imprudence de se montrer au spectacle avec une fille.

(E. Jouy)

Prenez les intérêts des filles de Cypris,
Et ne permettez pas qu’on en fasse mépris.

(La France galante)

Le ramage des filles est cent fois préférable à l’argot des boursiers.

(A. Delvau)

Nos ingénues à sentiments,
En fait d’amants,
Ruin’nt plus d’jeun’s gens
En quinze jours,
Qu’une fille en douze ans.

(É. Debraux)

Delvau, 1866 : s. f. Femme folle de son corps, — dans l’argot du peuple. Fille d’amour. Femme qui exerce par goût et qui n’appartient pas à la maison où elle exerce. Fille en carte. Femme qui, par l’autorisation de la préfecture de police, exerce chez elle ou dans une maison. Fille à parties. Variété de précédente. Fille soumise. Fille en carte. Fille insoumise. Femme qui exerce en fraude, sans s’assujettir aux règlements et aux obligations de police, — une contrebandière galante.

Delvau, 1866 : s. f. Femme qui vit maritalement avec un homme, — dans l’argot des bourgeoises, implacables pour les fautes qu’elles n’ont pas le droit de commettre.

Delvau, 1866 : s. f. Servante, — dans l’argot des bourgeois.

Rigaud, 1881 : Dans le jargon des joueurs de rams, ce sont les cartes du talon qui restent sur le tapis à la disposition du premier en cartes. — Quand un ramseur échange son jeu contre celui qui est sur le tapis, il a coutume de dire :

Voyons le cul de la fille ou voyons le derrière de la fille.

La Rue, 1894 : Bouteille. Fillette, demi-bouteille.

France, 1907 : Bouteille. La demi-bouteille est la fillette.

France, 1907 : Paquet de cartes.

Je connais un monsieur qui joue aux cartes tous les soirs. Il y a sur la table une fille, c’est-à-dire un jeu secret, avec lequel on peut changer le sien si l’on en est mécontent. À tout moment, j’entends mon monsieur crier : « Je prends encore la fille une fois, mais, si elle ne me réussit pas, ce sera la dernière. » Cela ne lui réussit pas, ce qui n’empêche qu’un quart d’heure après, il la prend de nouveau, en répétant : « Je prends encore la fille une fois, mais, si elle ne me réussit pas, ce sera la dernière. »

(Henry Maret, Le Radical)

France, 1907 : Prostituée. Dans l’argot bourgeois, ce mot a remplacé garce, qui lui-même veut dire jeune fille (féminin de gars).

— Nous ne sommes pas des pieds-de-mufles. Je laisse nos sœurs en dehors. Beaux bijoux d’amour, gentilles biquettes, les sœurs à nous, les filles à maman ! Non, je parle des autres, du tas. Sérieusement, qu’est-ce que vous pouvez trouver d’amusant à ces faux mammifères ? C’est gauche, et laid.
— Il y en a de ravissantes !
— Non. C’est pas formé, ça court encore après la gorge et ses hanches, et, au moral, de deux choses l’une : c’est bête comme un lapin de choux ou effronté comme une guenou. Quand ça ne fait pas la petite fille, ça fait la fille. Pas de milieu.

(Henri Lavedan)

Et c’est coquet, et ça vous dévisage un homme
Du haut en bas, avec un regard polisson.
Ah ! ces gamines… c’est tout de suite grand comme
La botte, et c’est déjà — fille — comme chausson.

(André Gill, La Muse à Bibi)

Fille en carte

France, 1907 : Femme autorisée par la Préfecture à exercer son métier de prostituée. On lui donne aussi le nom de fille soumise. La fille insoumise est celle qui exerce sans autorisation.

Mais à côté des filles à numéro, inscrites pêle-mêle sur un registre que tient la maquerelle, il y a, avons-nous dit, les filles en carte, celles que la Préfecture autorise à exercer leur infâme métier pour leur compte. On les appelle aussi « filles isolées. »

(Léo Taxil, La Prostitution contemporaine)

Fille insoumise

Rigaud, 1881 : Fille qui exerce la prostitution sans privilège ni estampille de la police. — On dit, par abréviation : Insoumise.

Fille soumise

Delvau, 1864 : Fille ou femme à laquelle la préfecture de police impose une carte, dans l’intérêt de la santé publique — que compromettent tant les coureuses insoumises.

Fouilleuse

Fustier, 1889 : Argot de police. Femme chargée de fouiller dans les prisons soit les détenues soit les visiteuses qui les viennent voir.

Le soir, la Fouilleuse du Dépôt explore les poches et les vêtements de la femme…

(Gazette des Tribunaux, 1875.)

France, 1907 : Femme employée dans les grands magasins pour fouiller les femmes soupçonnées de vol.

Voulez-vous connaitre toutes ces femmes du monde portant des noms honorables qu’un soupçon n’a jamais effleurées, qui ont été cependant déshabillées dans les pièces où se trouvent les fouilleuses du Grand Bazar ? Elles sont enregistrées ici, comme ailleurs, sur le répertoire des voleuses, parmi les domestiques, les filles galantes et les pickpockettes.

(G. Macé, Un Joli Monde)

Religieuse chargée, au Dépôt, de fouiller les nouvelles arrivées.

Voici le Dépôt. Tout le monde attend pêle-mêle. Enfin arrive la fouilleuse. Les sœurs aux voiles blanc, bleu, noir, dirigées par la sœurs assistante, prennent les tickets qui sont marqués d’un trait au crayon bleu, si la fille est soumise, et d’un crayon rouge, si la fille est insoumise.

(Hogier-Grison, La Police)

Enfin on appelle aussi fouilleuse la salle où l’on fouille les prévenus.

Il lui fallait défiler à la permanence sous les yeux fouilleurs et devant les mines rébarbatives d’inspecteurs de police, en costumes civils, dévisageant les arrivants et cherchant à reconnaître les ordinaires habitués des lieux de détention.
Conduit ensuite dans une vaste salle, il passa devant le guichet où veille le brigadier, fut conduit à la fouilleuse, où on le débarrassa de son argent et de ses bijoux, puis, après qu’on lui eut fait relever les manches de son veston et de sa chemise afin de vérifier si ses bras ne portaient pas de tatouages révélateurs, il dut donner ses nom, prénoms au greffe et se trouva immatriculé.

(Edmond Lepelletier)

Insoumise

Virmaître, 1894 : Fille en carte qui s’affranchit volontairement de la visite sanitaire imposée par le règlement. Les insoumises sont très nombreuses à Paris et forment la majeure partie du personnel de la prostitution (Argot des filles). N.

Rossignol, 1901 : Fille qui se prostitue, mais qui n’est pas inscrite sur les registres de la police des mœurs.

Numéro (fille à)

France, 1907 : Pensionnaire de lupanars.

Il y a trois classes de prostituées : 1o les filles à numéro ou filles de bordel ; 2o les filles en carte ou filles isolées ; 3o les filles insoumises ou les clandestines.

(Léo Taxil, La Prostitution contemporaine)

Panuche

Rigaud, 1881 : Femme à son aise, femme heureuse, — dans le jargon des voleurs et des filles. À Saint-Lazare, les filles insoumises appellent ainsi les femmes de maison qui, à leur tour, les traitent de connasses, connassons, niaises, petites niaises. Aux yeux de l’insoumise, le sort de la panuche en traitement est le sort le plus beau, le plus digne d’envie. « Madame » s’intéresse à elle, « madame » lui envoie argent, vin de Bordeaux et friandises. Et puis, quand Saint-Lazare lui aura refait une santé, ne retrouvera-t-elle pas tout de suite toilettes fraîches, bon souper, bon gîte et le reste ?

La Rue, 1894 : Femme bien mise. Femme de maison.

Virmaître, 1894 : Femme élégamment mise, L. L. Panuche est la maîtresse d’une maison de tolérance (Argot des souteneurs). V. Maman-maca.

Hayard, 1907 : Femme élégante.

France, 1907 : Prostituée, argot des souteneurs, ou maîtresse de lupanar.

Passe (maison de)

Rigaud, 1881 : Maison d’amour de passage, maison de passage de l’amour à prix divers. Lieu mixte où la prostitution dresse un autel hâtif. La misère, la soif du luxe et la débauche, trois insatiables pourvoyeuses, jettent dans ces antres des femmes de toutes les classes, depuis l’insoumise famélique jusqu’à la grande dame à qui la fortune de son mari ne permet pas de dépenser cinquante mille francs par an pour ses toilettes.

Hayard, 1907 : Maison hospitalière.

France, 1907 : Lieu où les prostituées du trottoir conduisent leur miché.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique