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Amadou

Vidocq, 1837 : s. m. — Les argotiers du temps passé nommaient ainsi une drogue dont ils se frottaient pour devenir jaunes et paraître malades.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Delvau, 1866 : s. et adj. Homme qui prend aisément feu — afin d’être aimé, amatus. Argot du peuple.

Delvau, 1866 : s. m. « C’est dequoy les argotiers se frottent pour se faire devenir jaunes et paraistre malades, » — c’est-à-dire pour amadouer et tromper les bonnes âmes.

France, 1907 : Substance avec laquelle les mendiants et les vagabonds enduisent leur face pour se donner une apparence maladive.

Les anciens argotiers, ceux du moins qui avaient établi leurs pénates dans la Cour des Miracles, et dont la profession était de vivre d’aumônes, en simulant des infirmités, exprimaient la substance particulière au moyen de laquelle ils se faisaient paraitre jaunes et malades par le mot amadou.

(Charles Nisard, Curiosités de l’Étymologie française)

Artilleur à genoux

Larchey, 1865 : infirmier. — Allusion au canon du clystère et à la posture que réclame sa manœuvre. Ph. Le Roux (1718) nomme déjà mousquetaires à genoux les apothicaires. — On dit aussi : Canonnier de la pièce humide.

Delvau, 1866 : s. m. Infirmier militaire, — dans l’argot du peuple, qui a entendu parler des mousquetaires à genoux des siècles précédents. On dit aussi Artilleur de la pièce humide.

Artilleur de la pièce humide

Rigaud, 1881 : Infirmier militaire. — Pompier.

Artilleurs de la pièce humide

Merlin, 1888 : Infirmiers, par allusion à l’instrument de l’emploi. — On dit aussi : Artilleurs à genoux.

France, 1907 : Infirmiers militaires.

« C’est les mitrons », disait le bourgeois connaisseur sur un petit ton de pitié. « Ce sont les artilleurs de la pièce humide », soulignaient les voisins, des frondeurs plus méchants. Et sur nos fronts planait, non la Gloire aux ailes largement déployées, aux gestes superbes, à l’allure héroïque, mais la seringue du matassin, la seringue de Molière, la seringue d’étain, énorme, à canule, la seringue de café-concert, la seringue classique et démodée, emblème des basses œuvres médicales.

(« Germinal », Mot d’Ordre)

C’est un sauveur
Que l’artilleur
De la pièce humide ;
Dans son coup de feu,
C’est un vrai preu’ ;
Là, rien ne l’intimide,
Il est souvent couvert d’éclat,
Il n’en est pas plus fier pour c’la
L’artilleur de la pièce humide.

On dit, dans l’argot du peuple : Artilleur à genoux.

As de pique

d’Hautel, 1808 : Terme équivoque et satirique qui veut dire en propres termes, un niais, un idiot, un stupide.
Il est là comme un as de pique. Pour dire ne sait quelle contenance tenir ; il a l’air gauche, hébêté. Molière a fait usage de cette expression dans le Dépit amoureux.

Rigaud, 1881 : Le fondement. — Écusson en drap noir apposé au collet de la capote des soldats du bataillon d’Afrique.

Virmaître, 1894 : Se dit d’une femme qui possède abondamment ce que d’autres n’ont que très peu… (Argot du peuple). V. Fournitures.

France, 1907 : L’anus ; argot populaire.

L’infirmier, la seringue au poing, cria au malade : « Allons, montre ton as de pique. »

(Les Joyeusetés du régiment)

B (marqué au)

France, 1907 : On désigne ainsi toute personne atteinte d’une infirmité dont le nom commence par la deuxième lettre de l’alphabet : bancal, bancroche, bègue, boiteux, borgne, bossu. Une vieille superstition populaire attachait à ces disgrâces de la nature certaines fâcheuses influences… influences fâcheuses surtout pour ceux qui en sont atteints.

Badouillarde

Rigaud, 1881 : Femelle du badouillard.

Toute badouillarde devra prouver à la société que, des pieds à la tête, elle ne possède aucune infirmité.

(Physiologie du Carnaval, 1842)

Baromètre

d’Hautel, 1808 : Son corps est comme un baromètre. Se dit par raillerie d’un homme qui a de grandes infirmités, et auquel les moindres changemens de temps sont très-préjudiciables.

Virmaître, 1894 : La médaille des députés. Pour le coiffeur ou l’ouvrier chapelier qui quitte son rasoir ou balance son tablier par un caprice du suffrage universel, la médaille qu’il a dans sa poche marque le beau fixe pendant quatre ans. Elle est pour lui le baromètre du bonheur (Argot du peuple). N.

Béquillards (les)

Virmaître, 1894 : Vieillards infirmes et mendiants que la police arrête quotidiennement et qu’elle est forcée de relâcher faute de délit. Ainsi nommés parce qu’ils ont des béquilles ou qu’ils boitent s’appuyant sur une canne (Argot des voleurs). N.

Béquille

d’Hautel, 1808 : C’est une vieille béquille. Terme de mépris ; pour dire un vieux radotteur, un vieillard infirme qui a peine à se trainer.

Ansiaume, 1821 : Potence.

En approchant de la béquille, il a mangé le morceau à l’engueuseur.

Halbert, 1849 : Potence.

Larchey, 1865 : Potence (Vidocq). — La potence ressemble à une béquille. — Béquiller : Pendre. V. Farre.

Delvau, 1866 : s. f. Potence. — dans l’argot des voleurs, dont les pères ont eu l’occasion de remarquer de près l’analogie qui existe entre ces deux choses.

Billet de logement

Virmaître, 1894 : Quand les filles vont à Montretout (la visite sanitaire), si elles sont malades, elles sont retenues et dirigées sur l’infirmerie de Saint-Lazare ; le médecin inscrit la nature de la maladie sur un bulletin dont la couleur varie suivant la gravité du cas. Une fois installées dans leur lit, le bulletin est placé à la tête du lit dans un petit cadre spécial. De là le nom de billet de logement (Argot des filles).

France, 1907 : Bulletin que délivre le médecin aux filles malades que l’on envoie à l’infirmerie de Saint-Lazare.

Bossu

d’Hautel, 1808 : Rire comme un bossu. Pour dire à gorge déployée ; s’ébouffer de rire ; parce que les, personnes affligées de cette infirmité ont ordinairement l’humeur folâtre, badine et enjouée.

Branque

Vidocq, 1837 : s. m. — Ane.

Halbert, 1849 : Âne.

Delvau, 1866 : s. m. Âne, — dans l’argot des voleurs, dont les ancêtres, les gueux infirmes, étaient portés à l’hospice sur un cacolet, qu’ils appelaient brancard.

France, 1907 : Âne, sans doute parce qu’il tire les brancards.

Cafard

Rigaud, 1881 : Écolier rapporteur, petit espion de collège, — dans le jargon des collégiens.

Fustier, 1889 : Argot militaire. Insecte qui travaille la tête d’un officier et le rend intolérable pour ses hommes. Par extension, l’officier lui-même, atteint de cette infirmité. (Ginisty, Manuel du réserviste)

Virmaître, 1894 : Individu qui affecte des dehors religieux. Hypocrite qui n’en croit pas un traître mot et exploite la crédulité publique. Cafard est employé comme terme de mépris (Argot du peuple). N.

Virmaître, 1894 : Ouvrier qui, dans les ateliers, capte la confiance de ses camarades pour rapporter aux patrons ce qu’ils pensent et ce qu’ils disent (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Rapporteur. Celui qui rapporte au patron ce que font ou disent ses camarades.

Hayard, 1907 : Mouchard.

France, 1907 : Mouchard, terme d’atelier ; de l’arabe caphara, renégat.
Cafard s’écrivait autrefois caphards, ainsi qu’on le trouve dans Rabelais.

Ci n’entrez pas hypocrites, bigots,
Vieulx matagots, marmiteux, boursouflés…

Haires, cagots, caphards, empantouphlés…

Calorgne

d’Hautel, 1808 : Mot burlesque et satirique pour dire, un bigle, un myope, un loucheur, celui qui a quelqu’infirmité sur la vue, qui l’empêche de voir clairement les objets.

Delvau, 1866 : s. m. Borgne, ou seulement Bigle. On dit aussi Caliborgne.

Camaraderie

Delvau, 1866 : s. f. Aide mutuelle mais intéressée que se prêtent les gens de lettres, journalistes ou dramaturges, pour arriver à la fortune et à la réputation. C’est la courte échelle appliquée à l’art et à la littérature, c’est-à dire aux deux plus respectables choses qui soient au monde, — les plus respectables et les moins respectées, « Passe-moi la casse et je te passerai le séné. Dis que j’ai du génie et je crierai partout que tu as du talent. »
Le mot est nouveau, dans ce sens du moins, car les membres de la société de la casse et du séné, souvent, ne sont que des associés et pas du tout des amis ; ils s’aident, mais ils se méprisent. C’est Henri Delatouche, l’ennemi, et, par conséquent, la victime de la camaraderie, qui est le parrain de ce mot, dont la place était naturellement marquée dans ce Dictionnaire, sorte de Muséum des infirmités et des difformités de la littérature française.

Canonnier de la pièce humide

Larchey, 1865 : Voir artilleur.

Delvau, 1866 : s. m. Infirmier, — dans l’argot des soldats.

Virmaître, 1894 : Soldat infirmier qui opère sur les derrières de l’armée (Argot du peuple).

France, 1907 : Infirmier ; argot militaire.

Castu

anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 : Hôpital.

Delvau, 1866 : s. m. Hôpital, — dans l’argot des voleurs, qui savent mieux que personne que les premiers établissements hospitaliers en France, notamment l’hôpital général à Paris, ont été de véritables forteresses, castelli.

Rigaud, 1881 : Hôpital, — dans l’ancien argot.

La Rue, 1894 : Hôpital. Cachot.

Virmaître, 1894 : Infirmerie, hôpital (Argot des voleurs).

Hayard, 1907 : Hôpital.

France, 1907 : Hôpital : forme abrégée de castuc, prison. Barbaudier de castu, directeur d’hôpital. Conce ou cousse de castu, infirmier.

Le barbaudier du castu est-il francillon ? Se dit-il de la fourcandière ?

(Le Jargon de l’argot)

Cataplasmier

France, 1907 : Infirmier.

Chenoc

La Rue, 1894 : Mauvais, avarié. Vieil infirme.

France, 1907 : Mauvais, avarié, individu bon à rien.

Chevalier de la courte lance

Rigaud, 1881 : Savetier, par allusion au tranchet ; le mot date de 1649.

France, 1907 : Infirmier, appelé ainsi à cause de sa seringue.

Cheviller

d’Hautel, 1808 : Il a l’ame chevillée dans le corps. Se dit d’un homme qui, quoique dans un âge avancé, résiste néanmoins à de grandes infirmités, à des maladies dangereuses.

Chose

Larchey, 1865 : Dignité.

Tu me feras peut-être accroire que tu n’as rien eu avec Henriette ? Vois-tu, Fortuné, si tu avais la moindre chose, tu ne ferais pas ce que tu fais…

(Gavarni)

Larchey, 1865 : Embarrassé. — Du vieux mot choser : gronder. V. Roquefort.

Ma sainte te ressemble, n’est-ce-pas, Nini ? — Plus souvent que j’ai un air chose comme ça !

(Gavarni)

Ce pauvre Alfred a sa crampe au pylore, ça le rend tout chose.

(E. Sue)

Mamselle, v’là qu’vous m’rendez tout chose, je vois bien que vous êtes un esprit fort.

(Rétif, 1783)

Larchey, 1865 : Indignité.

C’est ce gueusard d’Italien qui a eu la chose de tenir des propos sur Jacques.

(Ricard)

Delvau, 1866 : adj. Singulier, original, bizarre, — dans l’argot du peuple, à qui le mot propre manque quelquefois. Avoir l’air chose. Être embarrassé, confus, humilié. Être tout chose. Être interdit, ému, attendri.

Delvau, 1866 : Nom qu’on donne à celui ou celle qu’on ne connaît pas. On dit aussi Machin. Ulysse, au moins, se faisait appeler Personne dans l’antre de Polyphème !

France, 1907 : Mot banal servant à remplacer un nom qui vous échappe. C’est le synonyme de Machin. « Quand on n’a pas la mémoire des noms propres, dit Charles Nisard, — ce qui est l’infirmité de quelques personnes, — ou quand on ne veut pas l’avoir — ce qui est la manie de beaucoup d’autres, — on se sert communément de ce mot pour désigner l’individu qu’on ne peut ou qu’on ne veut pas nommer. »

Parlons bas, Chose nous écoute.

(Comédie des Proverbes)

France, 1907 : Singulier, étrange. Je me gens tout chose, je me sens mal à l’aise. Vous avez l’air tout chose, vous paraissez malade, embarrassé.

Cireux

d’Hautel, 1808 : Pour chassieux. Sobriquet que l’on donne à celui qui a les yeux remplis d’humeurs et de chassie.

Delvau, 1866 : adj. et s. Qui a delà chassie, de la cire aux yeux.

Virmaître, 1894 : Qui a de la cire aux yeux. Dans le peuple on dit de celui qui est afiligé de cette infirmité qu’il fournit les cierges au Sacré-Cœur (Argot du peuple).

France, 1907 : Personne qui a les yeux chassieux.

Clocher

d’Hautel, 1808 : Il n’a jamais vu que le clocher de son village. Se dit par raillerie d’un homme qui n’a jamais sorti de son pays natal, et à qui tout paroît merveilleux.

d’Hautel, 1808 : Boiter. Il ne faut pas clocher devant un boiteux. Pour il ne faut pas contrefaire ni tourner en ridicule les personnes infirmes. Cette locution proverbiale signifie aussi qu’il faut bien se garder de faire l’important et le capable devant des gens plus habiles que soi.
Il y a toujours quelque chose qui cloche dans ce qu’il entreprend. Pour dire qu’un homme prend peu de soin, qu’il n’est pas très-exercé dans les affaires dont il se mêle.

Cocodès

Larchey, 1865 : Jeune dandy ridicule. — Diminutif de coco pris en mauvaise part.

Ohé ! ce cocodès a-t-il l’air daim !

(L. de Neuville)

Une physiologie des Cocodès a paru en 1864.

Delvau, 1866 : s. m. Imbécile riche qui emploie ses loisirs à se ruiner pour des drôlesses qui se moquent de lui.
On pourrait croire ce mot de la même date que cocotte : il n’en est rien, — car voilà une vingtaine d’années que l’acteur Osmont la mis en circulation.

France, 1907 : Dandy ridicule qui dépense sottement la fortune que son père ou ses ancêtres lui ont laissée, ce qui rétablit l’équilibre social, en quoi le cocodès a du bon. Ce fut un acteur du nom d’Osmard qui inventa ce mot et le mit en circulation. Il le tira, sans doute, de coco, homme sans consistance, digne de mépris, dans l’argot bourgeois. Cocodès a pour féminin et digne compagne : cocodette. Ses synonymes sont nombreux : petit crevé, gommeux, poisseux, gâteux, boudiné, grelotteux, etc. ; ils peuvent être confondus sous la désignation générale de crétins.

… Les corodès et les petits crevés de l’époque, successeurs des daims, des lions et des gants jaunes qui représentaient alors la classe des élégants, n’étaient que d’affreux bonshommes étiolés, flétris, barbouillés de fard, parfumés, grasseyant et ridicules, dont le costume, pour épatant qu’il fût aux yeux de ces fantoches, n’en était pas moins laid, burlesque et contraire à tout sentiment de correction.

(Octave Uzanne, La Femme et la Mode)

Le cocodès apparut sur l’asphalte parisien vers 1863. Il portait un faux col droit très haut, englobant parfois le menton. Il semblait être né avec un carreau dans l’œil.
Le petit crevé date de 1869. Son nom qui semblerait si bien provenir de l’état d’épuisement où l’ont mis les excès, paraît cependant venir de la mode de la chemise à petits crevés que portait habituellement un élégant de cette époque. Il portait la raie au milieu et deux petites coques plaquées au cosmétique sur le front.
Le gommeux. On prétend que c’est l’ancien petit crevé, qui obséda tellement ses amis du récit de ses campagnes que ceux-ci le comparèrent à la gomme qui colle et dont on ne peut se dépêtrer. C’est à ce sentiment des désagréments de la gomme et de tout ce qui est gluant qu’on doit une variété de l’espèce des gommeux appelée :
Le poisseux. Il a vécu ce que vivent les roses. Puis, comme, en souvenir de la guerre, il avait conservé la capote militaire, qui sur son dos civil paraissait un vêtement d’hôpital lui donnant l’air infirme et maladif, il devint :
Le gâteux, et son manteau, qui descendait jusqu’à la cheville, fut appelé gâteuse, Le pantalon s’élargissait par le bas et tombait de telle sorte sur la chaussure qu’il donnait au pied toute la grâce du pied de l’éléphant. Cet animal avait par sa coiffure une supériorité incontestable sur le gâteux, dont les chapeaux minuscules atteignaient le comble du ridicule sur un corps grossi démesurément par les vêtements. Tout à coup la chrysalide sort de son cocon gâteux, et apparait :
Le boudiné, emprisonné dans des vêtements trop étroits, trop courts et atteignant les dernières limites du collant. Vrai boudin ambulant, menaçant sans cesse de faire craquer son enveloppe. Une variété de boudin, peut-être de seconde qualité, reçoit un nom particulier :
Le petit gras, auquel succéda le vibrion, qui s’effaça à son tour devant :
Le grelotteux. Cet être grelottait sous la bise, grâce aux vêtements étriqués du boudiné.

(Courrier de Vaugelas)

Comte de caruche

Halbert, 1849 : Porte-clefs.

Delvau, 1866 : s. m. Porte-clés, — dans l’argot des voleurs, qui se plaisent à occuper leurs loisirs forcés en s’improvisant les Borel d’Hauterive de leur prison.

Rigaud, 1881 : Geôlier. — Comte de castu, infirmier, — dans l’ancien argot.

Comte de castu

France, 1907 : Infirmier. Castu est l’hôpital. On dit aussi conce de castu.

Conce de castu

Virmaître, 1894 : Infirmier d’hôpital. Conce doit être une corruption de gonce (Argot des voleurs).

France, 1907 : Voir Comte de castu.

Copahu (caporal) ou sous-directeur de la pièce humide

Merlin, 1888 : Le caporal d’infirmerie.

Corbuche loff

Virmaître, 1894 : Faux ulcère. Les mendiants, pour exciter la charité publique, employent toutes sortes de moyens ; ils se font manchots, culs-de-jatte, boiteux, etc. Le truc le plus usité est celui des faux ulcères ; une simple mouche de Milan suflit pour produire une plaie artificielle qui peut disparaître par un simple lavage. Les troupiers carottiers pratiquent ce moyen pour aller à l’infirmerie (Argot des voleurs). N.

France, 1907 : Ulcère factice fait à l’aide d’ingrédients.

Cote

d’Hautel, 1808 : Faire une cote mal taillée. Pour, s’arranger à l’amiable ; diminuer chacun de ses prétentions pour l’arrangement d’une affaire.

Fustier, 1889 : Terme de course. Tableau sur lequel les bookmakers indiquent les alternatives de hausse et de baisse qui ont lieu sur les chevaux qui prennent part à des courses.

Les paris à la cote sont les seuls autorisés, depuis que les paris mutuels, reconnus jeux de hasard ont sombré par-devant la police correctionnelle.

(Carnet des courses)

France, 1907 : Dans les écoles, la cote est le total des notes chiffrées données, soit à la fin du mois, soit à celle du trimestre.

À l’École Polytechnique, on cote tout travail d’après une échelle qui va de 0 à 20, la cote 0 signifiant absolument nul et 20 parfaitement bien.
Coter quelqu’un, c’est l’apprécier, c’est lui donner une cote ; parfois même, c’est simplement l’observer avec attention. Il y a des examinateurs qui cotent très haut, d’autres très bas. À l’amphithéâtre, le capitaine de service cote un élève dont la tenue laisse à désirer. On dit encore, dans ce dernier sens, coter ou repérer. Quelle que soit l’intégrité d’un examinateur, mille causes, dont il ne se rend pas toujours compte, peuvent l’influencer. La note qu’il aurait dû donner au mérite réel se trouve, par suite de l’influence subie, modifiée dans certaines circonstances. Signalons la cote galon, dont profitent les gradés : la cote major, donnée particulièrement aux majors des deux promotions ; la code binette ou la cote d’amour, suivant le physique du malheureux appelé au tableau : la cote papa, donnée à celui dont le père, surtout s’il occupe une haute situation, est connu de l’examinateur ; la cote capote, attribuée à l’élève malade qui passe ses examens revêtu de la capote blanche de l’infirmerie, etc., etc.
L’habitude de coter par des chiffres variant de 0 à 20 est si enracinés parmi les polytechniciens qu’ils la conservent toute leur vie. Au sortir de l’École, ils ont une tendance à appliquer cette méthode, par amusement, il est vrai, aux affaires de la vie : beaucoup d’entre eux, dans le monde, cotent de 0 à 20 les jeunes filles à marier.

(Albert Lévy et G. Pinet, L’Argot de l’X)

France, 1907 : On appelle ainsi, en terme de courses, le tableau indiquant les hausses et les baisses qui ont lieu sur les chevaux.

Couper la gueule à quinze pas

Larchey, 1865 : Exhaler une si mauvaise odeur qu’on la sent a quinze pas. — Cette expression ne manque pas de justesse, car la bouche souffre autant que le nez en pareil cas.

Quand elle a mangé du cerv’las, Ça vous coup’la gueule à quinz’pas.

(Colmance)

Delvau, 1866 : v. a. Avoir une haleine impossible à affronter, même à une distance de quinze pas, — dans l’argot des faubouriens, impitoyables pour les infirmités qu’ils n’ont point.

France, 1907 : Avoir l’haleine forte, autrement dit : tuer les mouches à quinze pas.

Cousse de castu

Delvau, 1866 : s. m. Infirmier d’hôpital, — dans l’argot des voleurs. J’ai vu écrit conce de castus dans le vieux dictionnaire d’Olivier Chéreau, avec cette définition conforme du reste à la précédente : « Celuy qui porte les salletés de l’hospital à la rivière. » Cousse ne signifie rien, tandis que conce est une antiphrase ironique et signifie parfumé (de l’italien concio).

La Rue, 1894 : Infirmier d’hôpital.

France, 1907 : Infirmier.

Cracher son âme

Delvau, 1866 : v. a. Mourir, — dans l’argot des infirmiers, qui ne se doutent guère qu’ils emploient là une des plus énergiques expressions latines : Vomere animam, dit Lucrèce. Chrysanthus animam ebulliit, dit un des convives du festin de Trimalcion.

Dache

Delvau, 1866 : s. m. Diable, — dans l’argot des voleurs, qui pourtant ne croient ni à Dieu ni à diable. Envoyer à dache. Envoyer promener, envoyer au diable. Les ouvriers emploient aussi cette expression.

Rigaud, 1881 : Diable. — Envoyer à dache, envoyer au diable.

La Rue, 1894 : Diable. À dache ! au diable.

Rossignol, 1901 : Dire à quelqu’un : Allez raconter çà à Dache, le perruquier des zouaves, c’est lui dire : je ne vous crois pas.

France, 1907 : Diable ; argot des voleurs. De diache, vieux mot qui a même signification. Dans l’argot militaire, Dache est un perruquier passé légendaire aux zouaves pour sa simplicité ; on dit, après avoir écouté quelques grosses gasconnades : Allez donc raconter cela à Dache, le perruquier des zouaves !

Mais voici que la voix de coq enrhumé de l’infirmier-sacristain retentit dans la salle :
— Eh ! les amis, y aura des brioches à la messe.
— Des brioches ! Faut conter ça à Dache.
— Oui, oui, des brioches en place de pain bénit.
— C’est pas des blagues, au moins, Lenglumé ?
— Parole d’honneur ! D’ailleurs, allez-y voir.
Et Lenglumé passait et continuait dans la salle voisine :
— Eh ! les amis, vous savez, y aura des brioches à la messe.
— Nom de Dieu ! c’est donc pas pour rire ?

(Hector France, L’Homme qui tue)

Dételer

Delvau, 1866 : v. n. Renoncer aux jeux de l’amour et du hasard, — dans l’argot des bourgeois, qui connaissent le Solve senescentem d’Horace, mais qui ont de la peine à y obéir. On dit aussi Enrayer.

Rigaud, 1881 : Dételer le char de l’amour, pour parler la langue académique. Se retirer des joies de ce monde, parce qu’on est vieux, infirme et désillusionné.

À cette heure il avait dételé, mais il aimait encore la société des femmes folles de leur corps.

(E. de Goncourt, La Fille Élisa)

France, 1907 : Ne plus pouvoir sacrifier à Vénus. Un cheval dételé ne tire plus. « Le mot, dit Lorédan Larchey, est du XVIIIe siècle. Effrayé dès le début de sa dernière maladie, Louis XV disait à La Martinière : — Je le sens, il faut enrayer. — Sentez plutôt qu’il faut dételer ! répondit brusquement le docteur. »

Comme nous nous attardions, après ce souper frugal de camarades qui ont dételé, qui regardent avec une sereine philosophie les autres continuer la fête, qui ne se passionnent plus pour rien, et ainsi que des soldats chevronnés qui firent les mêmes campagnes, commencent à remuer ce tas de feuilles mortes qu’est le passé !

(Champaubert)

Dindornier

Delvau, 1866 : s. m. Infirmier, — dans l’argot des voleurs.

France, 1907 : Infirmier. Dindornier de castu, prisonnier employé à l’infirmerie.

Dindornier de castu

Virmaître, 1894 : Infirmier. Prisonnier employé comme auxiliaire pour remplir ces fonctions dans les infirmeries des prisons (Argot des voleurs). N.

Diridornier

Rigaud, 1881 : Infirmier.

Dominos (boîte aux)

France, 1907 : Cercueil, à cause de sa forme.

… Enfin, quand l’heure
Vient, quand vous comprenez que, malgré votre beurre,
Faut vous en aller dans la boîte aux dominos,
Pioncer ad æternum comme les camaros,
Se dire amèrement que les larmes versées
Autour de vous sont des larmes intéressées,
Et que vos héritiers qui sanglotent si fort
Sollicitent le ciel de hâter votre mort !

(André Gill)

L’infirmier prepare la boîte aux dominos ; le malheureux laisse échapper un cri, un cri suprême. On tire les rideaux. Les malades disent tout bas, en se signant : « C’est fini ! » Et un quart d’heure après l’homme est à l’amphithéâtre.

(Ch. Virmaître, Paris oublié)

Donner un coup de pilon

Virmaître, 1894 : Les mendiants qui ont une jambe de bois nomment cette jambe un pilon. L’allusion de forme est juste. Quand ils vont mendier à une porte, ils ont soin de faire voir leur infirmité, de là l’expression donner un coup de pilon (Argot des mendiants). N.

France, 1907 : « Les mendiants qui ont une jambe de bois nomment cette jambe un pilon. L’allusion de forme est juste. Quand ils vont mendier à une porte, ils ont soin de faire voir leur infirmité ; de là l’expression donner un coup de pilon. »

(Ch. Virmaître)

Écarter du fusil

Delvau, 1866 : v. n. Envoyer, en parlant, une pluie de salive au visage de son interlocuteur. On disait autrefois Écarter la dragée.

Rigaud, 1881 : Lancer, en parlant une petite pluie de salive. Les brèche-dents, ceux qui zézaient, écartent ordinairement du fusil. Le synonyme est : postillonner. Jadis on disait : Écarter la dragée.

La Rue, 1894 : Sentir mauvais de la bouche ou lancer des postillons en partant.

Virmaître, 1894 : Lancer en parlant des jets de salive. On dit aussi : lancer des postillons. Quand quelqu’un a cette infirmité on ouvre son parapluie en l’écoutant et on ajoute :
— Tu baves et tu dis qu’il pleut (Argot du peuple).

France, 1907 : Envoyer, en parlant, de la salive ou des postillons au visage ou dans l’assiette de son voisin. On disait autrefois : écarter la dragée.

Ensuite une vieille carogne, qui écartait la dragée, prit la parole.

(Recueil de pièces comiques)

Se dit aussi pour avoir mauvaise haleine.

Écloppé

d’Hautel, 1808 : Il est tout écloppé. C’est-à-dire, estropié, perclus de quelques-uns de ses membres ; infirme, languissant.

Emplâtre

d’Hautel, 1808 : Où il n’y a point de mal, il ne faut point d’emplâtre. Signifie que quand on se porte bien, il est inutile de prendre des médicamens.
C’est un vrai emplâtre ; un pauvre emplâtre. Se dit d’une personne sans vigueur, sans capacité, d’un homme valétudinaire et rempli d’infirmités. Le peuple fait ce mot féminin, et dit une emplâtre.

Vidocq, 1837 : s. f. — Empreinte.

Larchey, 1865 : Empreinte (Vidocq). Allusion à la couche de cire molle sur laquelle est prise l’empreinte.

Delvau, 1866 : s. m. Empreinte, — dans l’argot des voleurs, qui se garderaient bien d’en prendre avec du plâtre (comme l’insinue M. Francisque Michel) et qui se servent au contraire de substances molles, ou se malaxant entre les doigts, collant enfin (ένπλάσσω) comme la cire, la gomme-résine, etc.

Delvau, 1866 : s. m. Homme sans énergie, pusillanime, qui reste collé en place, sans pouvoir se décider à bouger. Argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Empreinte à la cire.

Rigaud, 1881 : Portée de cartes dont se servent les tricheurs. Faire un emplâtre ou placard, placer une série de cartes dans un ordre déterminé. Les grecs cachent l’emplâtre dans une tabatière à double fond, sous l’aisselle. Au lansquenet et au baccarat, choisissant le moment propice, le tricheur place adroitement l’emplâtre sur le paquet de cartes qu’il tient ostensiblement à la main. Il faut se méfier d’un individu qui tire de sa poche soit son mouchoir, soit sa tabatière ou tout autre objet en gardant les cartes à la main. Il faut surveiller également celui qui, ayant posé les cartes sur le tapis, les couvre un instant avec une tabatière. Il y a cent à parier contre un que la tabatière est à double fond. Le double fond recèle un emplâtre que la pression du doigt fera descendre sur le paquet de cartes.

La Rue, 1894 : Empreinte (d’une clé, d’une serrure) à la cire. Portée de cartes à l’usage des grecs.

France, 1907 : Cravate longue.

France, 1907 : Empreinte à la cire d’une serrure ; argot des voleurs.

France, 1907 : Paquet de cartes préparé pour tricher au jeu ; argot des grecs. Plaquer une emplâtre, poser une portée.

Avant de plaquer ton emplâtre,
Tâche au moins qu’elle soit chenâtre.

(Hogier-Grison)

France, 1907 : Propre à rien ; homme sans énergie et mou comme un emplâtre.

— Eh ! dites donc, là-bas, crie le sous-officier au conscrit, votre cheval est donc malade ?
— Je ne sais pas, maréchal des logis.
— Comment, vous ne savez pas… il a pourtant un rude emplâtre sur le dos.

(Facéties de Caserne)

Esquinté

un détenu, 1846 : Malheureux, pauvre, infortuné, infirme.

Virmaître, 1894 : Fatigué, moulu, rompu. L’ouvrier qui travaille mal esquinte son ouvrage. Quand deux individus se battent, le plus fort esquinte son adversaire. Dans une polémique, on esquinte son contradicteur pour avoir raison (Argot du peuple).

Faire ses petits paquets

Delvau, 1866 : v. a. Être à l’agonie, — dans l’argot des infirmiers, qui ont remarqué que les malades ramassent leurs draps, les ramènent vers eux instinctivement, à mesure que le froid de la mort les gagne.

France, 1907 : Mourir.

Faire tomber le rouge

Delvau, 1866 : Avoir l’inconvénient de la bouche — dans l’argot des comédiens, à qui l’émotion inséparable donne souvent cette infirmité passagère.

Fantaisisme

Delvau, 1866 : s. m. École littéraire antagoniste du Réalisme. C’est le dévergondage à la quinzième puissance, c’est l’extravagance chauffée à une douzaine atmosphères. La littérature d’autrefois a connu cette infirmité de l’esprit, cette maladie de l’imagination, mais à l’état d’exception ; la littérature d’aujourd’hui a moins de santé, mais il faut espérer qu’elle n’en mourra pas.

Faucheux

d’Hautel, 1808 : Espèce d’araignée qui a le corps petit et les jambes fort grandes.
Beaucoup de personnes croyent bien parler, en appelant cet insecte faucheur, mais c’est à tort ; il faut dire faucheux.
Un faucheur
est l’ouvrier qui fauche, qui coupe les foins.

Vidocq, 1837 : s. m. — Ciseaux.

Delvau, 1866 : s. m. Homme à jambes longues et grêles comme les pattes du Phalangium, — dans l’argot du peuple, qui ne laisse passer devant lui aucune infirmité grave ou légère, sans la saluer d’une injure ou tout au moins d’une épigramme.

Flûte

d’Hautel, 1808 : Arranger ses flûtes. Prendre ses mesures, se disposer pour faire quelque chose.
Il est monté sur deux grandes flûtes. Manière ironique de dire que quelqu’un a des jambes longues et maigres ; qu’il est mal bâti, mal tourné.
On dit de deux personnes qui se détestent mutuellement, que leurs flûtes ne s’accordent pas ensemble.
Il y a de l’ordure à ses flûtes.
Pour dire qu’un homme est coupable de ce dont on l’accuse.
Juste et carré comme une flûte. Voy. Carré.
Il a toujours la flûte au derrière. Manière plaisante de dire qu’un homme prend souvent des lavemens, qu’il est toujours dans les drogues.
Il en revient toujours à Robin ses flûtes. C’est à dire, au sujet qui l’intéresse.
Ce qui vient par la flûte, retourne au tambour. Pour dire que le bien mal acquis ne profite jamais.

Delvau, 1866 : s. f. Bouteille de vin, — dans l’argot des ouvriers.

Delvau, 1866 : s. f. L’instrument avec lequel les matassins poursuivent M. de Pourceaugnac, — dans l’argot du peuple, Tulou médiocre. Avoir toujours la flûte au cul. Abuser des détersifs.

Fustier, 1889 : Verre de bière.

France, 1907 : Bouteille de vin, canon.

France, 1907 : Seringue ; d’où flûtiste ou joueur de flûte, infirmier.

Flûte (jouer de la)

Rigaud, 1881 : Prendre un clystère. — Joueur de flûte, flûtiste, infirmier. C’était autrefois flûtencul, qui avait également le sens d’apothicaire.

Peste du courtaud de boutique et du flûtencul !

(Pièces comiques)

Flûtiste

France, 1907 : Infirmier.

Fourlourd

Vidocq, 1837 : s. m. — Malade.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Delvau, 1866 : s. m. Malade, — dans l’argot des prisons.

Rigaud, 1881 : Malade, — dans le jargon des forçats. — Ces messieurs appelaient fourlourde l’infirmerie du bagne.

La Rue, 1894 : Malade.

Franc-mitou

France, 1907 : Mendiant ou vagabond affectant une infirmité qu’il n’a pas ou couvert d’une plaie factice.

Fumer sa pipe

Delvau, 1866 : Se dit, — dans l’argot des infirmiers, — « d’un symptôme qui se présente quelquefois dans les apoplexies : le malade, dont un côté de la face est paralysé, a ce côté gonflé passivement à chaque expiration ; mouvement qui a quelque ressemblance avec celui d’un fumeur. »

Glorieux

d’Hautel, 1808 : Il fait bon battre un glorieux, car il ne s’en vante pas. Signifie qu’un homme vain et orgueilleux garde toujours le secret sur les mésaventures qui peuvent lui arriver.
Il n’est pas corps glorieux. Signifie, il est sujet aux infirmités, aux vicissitudes humaines.

Graisser les bottes

Delvau, 1866 : v. a. Donner des coups à quelqu’un, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi : Faire des compliments à quelqu’un, le combler d’aise en nattant sa vanité.

Virmaître, 1894 : Mourir. L. L. Graisser les bottes : l’extrême-onction. Mot à mot : graisser les bottes pour le voyage lointain (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Flatter bassement.

France, 1907 : Se préparer au départ, allusion à la coutume de graisser les bottes pour en rendre le cuir plus souple, ce que nos pères ne manquaient jamais de faire avant de se mettre en route. Se dit aussi pour donner l’extrême-onction, le prêtre oignant d’un peu d’huile les pieds du moribond.

Un prêtre qui psalmodie quelques phrases banales, la prière commune, qui vous graisse les bottes ; un infirmier qui attend dans un coin que l’homme ait fini pour l’enlever aussitôt, car la place est promise. Un autre râle sur un brancard à la porte.

(Ch. Virmaître, Paris oublié)

Quand la mort viendra graisser nos bottes pour le dernier voyage.

(Noëls bourguignons)

Gruger

d’Hautel, 1808 : Pour, rapiner, voler, manger ; être aux crocs de quelqu’un ; lui soutirer de l’argent.
Il le gruge d’une belle manière. Pour, il le vole, il le ruine secrètement.

Delvau, 1866 : v. a. Manger le bien de quelqu’un, — dans l’argot du peuple. Les gens de lettres écrivent grue-ger, par allusion aux mœurs des grues, — ces Ruine-maison !

France, 1907 : Manger ; du bas allemand grusen, écraser, broyer avec les dents. Gruger quelqu’un, le piller, lui manger son bien.

Certes, ce monde circonscrit, brillant et mêlé, qui va du turf au Jockey, en passant par les foyers de théâtres, nous montre plus de princes tombés aux maquignonnages louches qu’aspirant aux hautes vertus démocratiques. Plus d’un, parmi ces brillants, à mis son grain air, sa renommée d’élégance au service de quelque cocotte, ambitieuse de gruger de jeunes bourgeois vaniteux.

(Francis Chevassu)

Dans Nos Intimes, Victorien Sardou essaye de faire le dénombrement des variétés d’amis. « Nous avons, dit l’illustre académicien, l’ami despote qui nous fait faire ses commissions, l’ami spirituel qui fait des mots à nos dépens, l’ami indiscret qui raconte aux hommes nos petites faiblesses et aux dames nos petites infirmités !… l’ami gêné qui est encore bien plus gênant, l’ami parasite qui nous mange, l’ami spéculateur qui nous gruge, enfin mille espèces d’amis dont le dénombrement serait éternel, depuis celui qui nous emprunte nos livres … qu’il ne nous rend pas, jusqu’à celui qui nous emprunte notre femme… qu’il nous rend ! »

Guigne à gauche

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui louche, — dans l’argot des faubouriens.

La Rue, 1894 : Borgne.

Virmaître, 1894 : Se dit d’une personne qui louche. Dans le peuple, on dit de celui qui est affligé d’une semblable infirmité, qu’il trempe la soupe et renverse les légumes dans les cendres, ou bien qu’il regarde en Bourgogne si la Champagne brûle (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Celui qui louche.

France, 1907 : Louche.

On l’appelait guigne à gauche, à cause d’un œil qui n’était pas sur le même alignement que le voisin ; mais qu’importait cet œil ? Ce n’était pas lui, mais ses appâts rondelets et fermes que le brisquart ne cessait de reluquer ; il en louchait.

(Les Joyeusetés du régiment)

Haleine à la Domitien

France, 1907 : Haleine fétide. L’empereur Domitien était, disent les historiens, affligé de cette infirmité, qui fut le triste apanage des membres de la famille Bourbon. On dit aussi haleine cruelle ou homicide.

Hanneton

d’Hautel, 1808 : (l’h s’aspire).
Ils se tiennent par le cul comme des hannetons. Se dit des gens qui font clique et coterie ; qui sont toujours ensemble.
Il est étourdi comme un hanneton. Se dit d’un jeune écervelé, d’un homme qui agit inconsidérément.
Le peuple n’aspire point l’h, et dit au pluriel, des zannetons.

Delvau, 1866 : s. m. Manie quelconque, idée fixe, — dans l’argot de Breda-Street, où les hannetons hommes viennent d’eux-mêmes s’attacher le fil à la patte. Avoir un hanneton dans le plafond. Être fou de quelqu’un ou de quelque chose. Les voyous anglais ont une expression analogue : To have a bee in his bonnet (avoir une abeille dans son chapeau), disent-ils.

Rigaud, 1881 : Monomanie, idée fixe. On dit de quelqu’un qui est tourmenté d’une idée aussi fixe que saugrenue : « Encore son hanneton qui le travaille ». Celui qui a un hanneton dans le plafond est hannetonné, c’est-à-dire qu’il a la tête fêlée.

Boutmy, 1883 : s. m. Idée fixe et quelquefois saugrenue. Avoir un hanneton dans le plafond, c’est avoir le cerveau un peu détraqué. On dit aussi, mais plus rarement Avoir une sauterelle dans la guitare et une araignée dans la coloquinte. Le hanneton le plus répandu parmi les typographes c’est, nous l’avons déjà dit, la passion de l’art dramatique. Dans chaque compositeur il y a un acteur. Ce hanneton-là, il ne faut ni le blâmer ni même plaisanter à son sujet ; car il tourne au profit de l’humanité. Combien de veuves, combien d’orphelins, combien de pauvres vieillards ou d’infirmes doivent au hanneton dramatique quelque bien-être et un adoucissement à leurs maux ! Mais il en est d’autres dont il est permis de rire. Ils sont si nombreux et si variés, qu’il serait impossible de les décrire ou même de les énumérer ; comme la fantaisie, ils échappent à toute analyse. On peut seulement en prendre quelques-uns sur le fait. Citons, par exemple, celui-ci : Un bon typographe, connu de tout Paris, d’humeur égale, de mœurs douces, avait le hanneton de l’improvisation. Quand il était pris d’un coup de feu, sa manie le talonnant, il improvisait des vers de toute mesure, de rimes plus ou moins riches, et quels vers ! Mais la pièce était toujours pathétique et l’aventure tragique ; il ne manquait jamais de terminer par un coup de poignard, à la suite duquel il s’étendait lourdement sur le parquet. Un jour qu’il avait improvisé de cette façon et qu’il était tombé mort au milieu de la galerie de composition, un frère, peu touché, se saisit d’une bouteille pleine d’eau et en versa le contenu sur la tête du pseudo Pradel. Le pauvre poète se releva tout ruisselant et prétendit à juste raison que « la sorte était mauvaise ». C’est le hanneton le plus corsé que nous ayons rencontré et on avouera qu’il frise le coup de marteau. Un autre a le hanneton de l’agriculture : tout en composant, il rêve qu’il vit au milieu des champs ; il soigne ses vergers, échenille ses arbres, émonde, sarcle, arrache, bêche, plante, récolte. Le O rus, quando ego te aspiciam ? d’Horace est sa devise. Parmi les livres, ceux qu’il préfère sont la Maison rustique et le Parfait Jardinier. Il a d’ailleurs réalisé en partie ses désirs. Sa conduite rangée lui a permis de faire quelques économies, et il a acquis, en dehors des fortifications, un terrain qu’il cultive ; malheureusement ce terrain, soumis à la servitude militaire, a été saccagé par le génie à l’approche du siège de Paris. Vous voyez d’ici la chèvre ! Un troisième a une singulière manie. Quand il se trouve un peu en barbe, il s’en va, et, s’arrêtant à un endroit convenable, se parangonne à l’angle d’un mur ; puis, d’une voix caverneuse, il se contente de répéter de minute en minute : « Une voiture ! une voiture ! » jusqu’à ce qu’un passant charitable, comprenant son désir, ait fait approcher le véhicule demandé. Autre hanneton. Celui-ci se croit malade, consulte les ouvrages de médecine et expérimente in anima sua les méthodes qu’il croit applicables à son affection. Nous l’avons vu se promener en plein soleil, au mois de juillet, la tête nue, et s’exposer à une insolation pour guérir des rhumatismes imaginaires. — Actuellement, son rêve est de devenir… cocher. Un de nos confrères, un correcteur celui-là, a le hanneton de la pêche à la ligne. Pour lui, le dimanche n’a été inventé qu’en vue de ce passe-temps innocent, et on le voit dès le matin de ce jour se diriger vers la Seine, muni de ses engins. Il passe là de longues heures, surveillant le bouchon indicateur. On ne dit pas qu’il ait jamais pris un poisson. En revanche, il a gagné, sur les humides bords des royaumes du Vent, de nombreux rhumes de cerveau.

France, 1907 : Idée baroque, saugrenue on simplement idée fixe, dans l’argot des typographes. Le hanneton est ce que, dans l’argot de tout le monde, on appelle le dada.

À la suite de l’exposé de ce hanneton qui a produit le plus grand effet, une discussion bruyante, raisonnée, mais peu raisonnable, s’engage entre les diverses parties de l’atelier.

(Décembre-Alonnier, Typographes et gens de lettres)

France, 1907 : Personne étourdie, qui va donner tête baissée et sans réfléchir dans tous les potins et toutes les aventures. Maladroit sans réflexion.

Nous disons volontiers de certaines personnes dont les façons étourdies ne nous agréent pas : « C’est un hanneton ! Ce n’est qu’un hanneton ! » En politique, cette espèce de hanneton est très répandue. Les moins mauvais parmi les boulangistes étaient des hannetons. Que de fois on a dit, en parlant de MM. Turquet et Laur : « Pas méchants, mais quels hannetons ! »

(Léon Bernard-Derosne, Gil Blas)

Avoir un hanneton dans le plafond, être un peu timbré.

Hopitache

Ansiaume, 1821 : Infirmerie.

J’ai grinchi deux empaphes à l’hopitache pour faire des limaces.

Hypothéquer

d’Hautel, 1808 : Son bien est hypothéqué sur les brouillards de la Seine. Voy. Brouillard.
On dit d’une personne dont la santé est très affoiblie, ou qui a une grande infirmité, qu’elle est bien hypothéquée.

Incomplet

d’Hautel, 1808 : C’est un être incomplet. Se dit par raillerie d’un homme incommodé de quelqu’infirmité ; d’un petit homme sans moyens, tant au physique qu’au moral.

Inconvénient

Delvau, 1866 : s. m. Infirmité, — dans l’argot du peuple. Avoir l’inconvénient de la bouche. Mériter cette épigramme de Tabourot à Punaisin :

Tu t’esbahis pourquoy ton chien,
Les estrons de sa langue touche :
Se peut-il pas faire aussi bien
Qu’il lesche ta lèvre et ta bouche ?

Avoir l’inconvénient des pieds. Suer outrageusement des pieds.

Indicateur

Rigaud, 1881 : Espion, mouchard ; terme technique de la préfecture de police.

La compagnie des allumettes emploie un certain nombre d’individus à surveiller les concurrents de son privilège ; elle a des indicateurs, etc.

(Petit journal, du 2 août 1877)

France, 1907 : Individu qui donne des renseignements à la police.

Il y a deux genres d’indicateurs : les indicateurs sur place, tels que les marchands de chaînes de sûreté et les marchands d’aiguilles, bimbelotiers d’occasion, faux aveugles, etc., et les indicateurs errants : marchands de balais, faux infirmes, musiciens ambulants… Il y avait, sous l’empire, des indicateurs jusque dans le haut commerce parisien.

(Mémoires de M. Claude)

Infi

France, 1907 : Abréviation d’infirmerie, dans l’argot polytechnicien.

Il est rare qu’on ait à soigner à l’infi quelque affection grave, car l’École, située au sommet de la montagne Sainte-Geneviève, est parfaitement saine ; l’hygiène et la nourriture laissent peu à désirer. Les malades que l’on y voit le plus habituellement sont ceux qui ne sont pas soignés par les sœurs. (Voir Castapiane)

(Albert Lévy et G. Pinet)

Infirme

Delvau, 1866 : s. et adj. Imbécile, — dans l’argot du peuple et des gens de lettres. Jouer comme un infirme. Jouer très mal.

Rigaud, 1881 : Maladroit. Ouvrier qui gâche l’ouvrage, qui ne fait rien qui vaille.

Ils sonnèrent tant bien que mal, ces infirmes, et les gens accoururent au tapage.

(L. Cladel, Ompdrailles)

France, 1907 : Imbécile, faible de cervelle.

Infirmerifique

France, 1907 : Infirmerie, en largonji.

Infirmierifuge

France, 1907 : Infirmier, en largonji.

Insexualité

France, 1907 : Qui n’a pas de sexe, soit au physique, soit au figuré. « Ce qui fait la vertu de certaines gens, c’est qu’ils sont atteints de cette infirmité appelée l’insexualité. »

Ah ! les luttes de Titans de la chair contre l’ineffable empyrée qu’ils veulent toujours escalader et d’où ils retombent brûlés de fièvres, les reins lassés et les lèvres crevassées de rictus, tandis qu’assagis, bienheureux, les mammifères calmes de l’humanité ruminent bêtement, le cœur vide, dans la fraîcheur d’une placide et constitutionnelle insexualité.

(Jules Monod)

Insinuant

Delvau, 1866 : s. m. Apothicaire, — dans l’argot des voleurs, qui ont voulu détrôner M. Fleurant.

Rigaud, 1881 : Apothicaire, infirmier.

Virmaître, 1894 : Pharmacien. Malgré l’invention du docteur Eguisier, qui permet avec le petit appareil que l’on sait, d’opérer seul, le mot insinuant est resté pour caractériser le pharmacien, descendant de l’apothicaire Flutencul, qui insinuait la canule de la seringue dans le derrière du malade (Argot du peuple).

France, 1907 : Apothicaire. Allusion à la seringue que ces praticiens insinuaient eux-mêmes jadis dans le fondement.

Ipéca (le Père)

Merlin, 1888 : Le docteur ; — en raison du remède fréquemment employé à l’infirmerie (l’ipécacuana). On dit aussi abréviativement : Le père Péca.

France, 1907 : Chirurgien militaire, appelé ainsi à cause du remède employé dans les régiments, l’ipécacuana dont ipéca est l’apocope.

Landreux

Vidocq, 1837 : s. m. — Personnage infirme ou qui traîne une vie languissante.

(Villon)

Rigaud, 1881 : Infirme, — dans l’ancien argot.

France, 1907 : Invalide.

Lavement

d’Hautel, 1808 : Il me tourmente comme un lavement. Se dit d’une personne pressante qui ne laisse pas de répit jusqu’à ce qu’on l’ait satisfaite.
Rendre quelque chose comme un lavement. C’est-à-dire, s’acquitter d’une obligation presqu’aussitôt qu’on l’a contractée ; rendre à quelqu’un avec une précipitation affectée les politesses qu’on a reçues de lui.

Delvau, 1866 : s. m. Homme ennuyeux, tracassier, canulant, — dans l’argot du peuple, qui n’aime pas les détersifs.

Rigaud, 1881 : Adjudant, — en style de régiment. Le mot se renverse. C’est pourquoi, à l’infirmerie, les lavements ont reçu le nom « d’adjudants ». — Laisse-moi vite passer, j’ai un adjudant dans le ventre.

Rigaud, 1881 : Ennuyeux personnage, rabâcheur, tannant. — Pressé comme un lavement, très pressé, allusion au lavement qui, une fois absorbé, n’aime pas à rester longtemps en place.

France, 1907 : Personne ennuyeuse.

— Je viens de subir un fameux lavement. — Qui donc ? — Ma belle-mère est restée plus d’une heure ici.

Lettres de Jérusalem

Vidocq, 1837 : Les évènemens de notre première révolution ont donné naissance aux Lettres de Jérusalem ainsi qu’aux Vols à la Graisse et à plusieurs autres. De la fin de 1789 à l’an VI de la république, des sommes très-considérables, résultats de Lettres de Jérusalem, sont entrées dans les diverses prisons du département de la Seine, et notamment à Bicêtre. En l’an VI, il arriva dans cette dernière prison, et dans l’espace de deux mois, plus de 15,000 francs.
Voici quelle était la manière de procéder des prisonniers qui voulaient faire un arcat, c’est-à-dire escroquer de l’argent à une personne au moyen d’une Lettre de Jérusalem. Ils se procuraient les adresses de plusieurs habitans des départemens, et, autant que possible, ils choisissaient ceux qui regrettaient l’ancien ordre de choses, et qu’ils croyaient susceptibles de se laisser séduire par l’espoir de faire une opération avantageuse ; on adressait à ces personnes une lettre à-peu-près semblable à celle-ci.

Monsieur,
Poursuivi par les révolutionnaires, M. le vicomte de ***, M. le comte de ***, M. le marquis de ***, (on avait le soin de choisir le nom d’une personne connue et récemment proscrite), au service duquel j’étais en qualité de valet de chambre, prit le parti de se dérober par la fuite à la rage de ses ennemis ; nous nous sauvâmes, mais suivis pour ainsi dire à la piste, nous allions être arrêtés lorsque nous arrivâmes à peu de distance de votre ville ; nous fûmes forcés d’abandonner notre voiture, nos malles, enfin tout notre bagage ; nous pûmes cependant sauver un petit coffre contenant les bijoux de Madame, et 30 000 fr. en or ; mais, dans la crainte d’être arrêtés nantis de ces objets, nous nous rendîmes dans un lieu écarté et non loin de celui où nous avions été forcés de nous arrêter ; après en avoir levé le plan, nous enfouîmes notre trésor, puis ensuite nous nous déguisâmes, nous entrâmes dans votre ville et allâmes loger à l’hôtel de ***. Nous nous informâmes en soupant d’une personnes à laquelle on pût, au besoin, confier des sommes un peu fortes ; nous voulions charger cette personne de déterrer notre argent, et de nous l’envoyer par petites parties au fur et à mesure de nos besoins, mais la destinée en ordonna autrement. Vous connaissez sans doute les circonstances qui accompagnèrent l’arrestation de mon vertueux maître, ainsi que sa triste fin. Plus heureux que lui, il me fut possible de gagner l’Allemagne, mais bientôt assailli par la plus affreuse misère, je me déterminai à rentrer en France. Je fus arrêté et conduit à Paris ; trouvé nanti d’un faux passeport, je fus condamné à la peine des fers, et maintenant, à la suite d’une longue et cruelle maladie, je suis à l’infirmerie de Bicêtre. J’avais eu, avant de rentrer en France, la précaution de cacher le plan en question dans la doublure d’une malle qui, heureusement, est encore en ma possession. Dans la position cruelle où je me trouve, je crois pouvoir, sans mériter le moindre blâme, me servir d’une partie de la somme enfouie près de votre ville. Parmi plusieurs noms que nous avions recueillis, mon maître et moi, à l’hôtel, je choisis le vôtre. Je n’ai pas l’honneur de vous connaître personnellement, mais la réputation de probité et de bonté dont vous jouissez dans votre ville, m’est un sûr garant que vous voudrez bien vous acquitter de la mission dont je désire vous charger, et que vous vous montrerez digne de la confiance d’un pauvre prisonnier qui n’espère qu’en Dieu et en vous.
Veuillez, Monsieur, me faire savoir si vous acceptez ma proposition. Si j’étais assez heureux pour qu’elle vous convint, je trouverais les moyens de vous faire parvenir le plan, de sorte qu’il ne vous resterait plus qu’a déterrer la cassette ; vous garderiez le contenu entre vos mains ; seulement vous me feriez tenir ce qui me serait nécessaire pour alléger ma malheureuse position.
Je suis, etc.
P. S. Il n’est pas nécessaire de vous dire qu’une affaire semblable à celle que je vous propose doit être faite avec la plus grande discrétion ; ainsi, dans votre réponse, qui devra passer par le greffe de la prison avant de m’être remise, bornez-vous, seulement à me répondre, oui, ou non.

Toutes les Lettres de Jérusalem étaient calquées sur le même modèle, et tous les jours il en sortait, des prisons de la Seine, une très-grande quantité ; sur dix, sur vingt même, une tombait entre les mains d’un individu qui, par bonté d’ame, ou dans l’espoir de s’approprier tout ou partie du trésor, voulait bien se charger de la commission, et qui répondait au prisonnier. (C’est ici le lieu de faire remarquer que ce n’était jamais à celui qui avait monté l’arcat que la réponse était adressée ; un autre prisonnier était chargé de figurer, c’est-à-dire, de représenter, au besoin, le domestique infortuné du comte ou du marquis.)
Lorsque la réponse du Pantre était parvenue à l’Arcasineur, il s’empressait de lui écrire qu’il bénissait le ciel qui avait bien voulu permettre que la première personne à laquelle il s’était adressé, fût assez bonne pour compâtir à ses peines ; il était prêt, disait-il, à lui envoyer le plan qui devait le guider dans ses recherches ; mais pour le moment cela lui était impossible, attendu que, pour subvenir à ses premiers besoins, il avait été forcé de mettre sa malle, et tout ce qu’elle contenait, entre les mains d’un infirmier, en garantie d’une somme de… (la somme était toujours en rapport avec la fortune présumée de l’individu auquel on s’adressait.) Mais pourtant, ajoutait en terminant l’Arcasineur, si vous voulez avoir l’extrême complaisance de m’envoyer la somme due par moi à l’infirmier, je vous enverrai de suite le plan, et toutes les indications qui vous seraient nécessaires. La cupidité exerce un tel empire sur la plupart des hommes, que, presque toujours, le prisonnier recevait la somme qu’il avait demandée ; il arrivait même que, par excès de complaisance ou de précaution, le Sinve l’apportait lui-même, ce qui ne l’empêchait pas de subir le sort du commun des martyrs.
Les Lettres de Jérusalem ne sont pas mortes avec les circonstances qui les avaient fait naître ; tous les jours encore, des arcats sont montés dans les prisons, et l’audace des Arcasineurs est si grande, qu’ils ne craignent pas de s’adresser à des individus qui doivent, par le fait seul de leurs relations antérieures, connaître leurs us et coutumes ; cela est si vrai, qu’un Arcasineur m’adressa, il y a peu de temps, la lettre suivante :

Toulon, le 14 novembre 1835.

Monsieur,
J’ai fait du bien ; qu’il est doux, ce mot ! Ce mot renferme des pages entières, des volumes même. Un bienfait n’est jamais perdu. Quoi ! le bienfaiteur désintéressé a-t-il besoin de récompense ? Non ! Il est trop payé, s’il est humain et généreux, par cette satisfaction qui énivre les ames sensibles après un bienfait.
Telle j’étais, Monsieur, à votre égard, lors de votre évasion de Toulon, et votre nom m’eût été toujours inconnu, sans mon petit-fils, dans les mains duquel se trouvait votre biographie en me faisant le récit de cette aventure, me mit à même de connaître le nom de l’individu auquel je m’étais intéressée. Il me restait cependant le doute que vous ne fussiez tel que je le souhaitais, ce qui aurait pu attirer sur moi la divine réprobation et l’exécration des hommes. Mais l’aveugle confiance que vous eûtes en moi en était un sûr garant ; et je me disais : le coupable endurci n’aime que la nuit, le grand jour l’épouvante. Enfin le ciel même parut me l’attester, quand il vint lui-même à votre secours, et vous offrit, par le moyen de l’enterrement, la voie de salut que vous me demandâtes, et que, par un excès d’humanité, je vous promis. Pourquoi donc, Monsieur, après votre aveu et votre prière : Sauvez-moi, ame sensible, Dieu vous on tiendra bon compte, ne continuâtes-vous pas à me dire : Vous sauvez un malheureux qui n’a pas trempé dans le crime dont il a été accusé, et qui l’a plongé dans l’abîme dont il est si difficile, mais non impossible de se relever ! Cette déclaration aurait redoublé en moi l’intérêt qui me portait à vous aider, et aurait laissé en moi cette sécurité, et cette satisfaction que l’on éprouve à la suite d’un bienfait qui est ignoré de tout le monde. Mais, hélas ! comme les temps sont changés, depuis lors, pour nous ! Vous, en butte alors à la plus cruelle destinée, manquant de tout, obligé à fuir la société des hommes, et moi qui menais une vie paisible, quoique veuve d’un maître marin mort au service du roi Louis XVI, par le moyen d’un modique commerce, et une conscience pure, qui me mettait, ainsi que mes deux demoiselles en bas âge, à l’abri des premiers besoins.
Depuis que cette faible ressource m’a manqué, n’en ayant pas d’autres, je n’ai fait que languir.
Atteinte une des premières par le choléra je croyais toucher à la fin de mes maux, mais le ciel en a disposé autrement. La volonté de Dieu soit faite. Dieu a voulu m’épargner en prolongeant mon existence ; Dieu y pourvoira.
Je souhaite, Monsieur, que Dieu continue à prospérer vos affaires, et que vous soyez toujours le soutien des malheureux.
Agréez, Monsieur, les sentimens de ma considération, avec lesquels je suis,

Votre dévouée servante,
Geneviève Peyron, Ve Diaque.
Rue du Pradel, 19.

Voici en quels termes je répondis à cette lettre ; car, quoique bien convaincu qu’elle n’émanait pas de la personne qui m’avait rendu l’important service de favoriser mon évasion, mais bien de quelque Arcasineur pensionnaire du bagne de Toulon, qui avait appris la circonstance qu’il me rappelait, par mes Mémoires, je ne voulais pas, si contre toute attente mes prévisions étaient fausses, m’exposer à manquer de reconnaissance.
« Je serais mille fois heureux, Madame, si le hasard me faisait retrouver la femme qui m’a si généreusement aidé, à Toulon, lors de mon évasion ; je suis tout prêt à reconnaître, comme je le dois, ce qu’elle a fait pour moi, mais je ne veux point m’exposer à être dupe.
Ce que vous me dites, Madame, me prouve jusqu’à l’évidence que vous n’êtes pas la femme généreuse qui me procura les moyens de sortir de la ville de Toulon, et que vous ne connaissez cette circonstance de ma vie que par la lecture de mes Mémoires. Au reste, si vous êtes réellement la personne en question, vous pouvez aisément m’en donner la preuve, en me rappelant un incident qui m’arriva lorsque j’étais chez vous ; incident que la mémoire la moins locale ne peut avoir oublié ; si vous pouvez faire ce que je vous demande, je suis prêt à vous envoyer 500 fr., et même plus, etc., etc. »
L’Arcasineur ne se tint pas pour battu, et il me répondit en ces termes :

Toulon, le 30 novembre 1815.

Monsieur,
Il sied à la bienséance de répondre à une honnête missive, mais il n’est pas permis d’humilier les personnes.
Née dans une classe médiocre, appartenant à des parens dont l’honneur et la probité ont été les idoles, j’ai su répondre à leur attente, et me mériter, par une conduite toujours exempte de blâme, l’estime publique. Quoique illettrée, la nature m’a douée de ce tact qui tient lieu d’éducation soignée, et qui nous met à même de juger du procédé d’une personne. Mon petit-fils, né dans un siècle plus heureux que le mien, quant à l’instruction, a été choisi par moi pour être l’organe de mes pensées, et l’interprète de mes sentimens.
Oui, monsieur, je l’avouerai sans réserve, la tournure de votre lettre, et vos phrases ont tellement blessé mon amour-propre, que j’en ai été indignée. Vous eussiez beaucoup mieux fait de ne pas répondre que de m’offenser, et réserver votre manière de rédiger pour des ames basses et vénales. Cependant, un seul de vos paragraphes a mérité toute mon attention, et m’a paru être le plus fondé : c’est la crainte d’être trompé. J’ai apprécié vos doutes, et je les ai même admis. Mais, d’ailleurs, m’examinant attentivement, comment admettre en moi de pareilles idées, et supposer en moi un subterfuge, m’écriai-je au fond de l’ame, m’attachant à la ligne au contenu de ma lettre ! Demandait-elle une reconnaissance pécuniaire ? Contenait-elle un emprunt ? Exigeait-elle un sacrifice ? Non ! rien de tout cela. Elle ne contenait que l’épanchement sincère d’une ame sensible en apprenant l’heureux changement de votre sort ; et si la comparaison de nos destinées en différentes époques a été interprétée pour une demande quelconque, je la repousse de toutes mes forces, et hautement je m’écrie : mieux vaut mourir que s’humilier.
Quant à la preuve convaincante que vous me demandez, afin de reconnaître si je suis la personne en question, je répugnerais à la donner, précisément parce qu’elle a pour but la proposition d’une somme, si ce n’était une satisfaction personnelle. Je vous observerai donc que, soit vous, soit un autre individu auquel soit arrivé un pareil accident, vous ne fûtes jamais chez moi, n’ayant pu faire, sans me compromettre ; que le court entretien dans lequel je vous fis espérer les moyens de sortir, eut lieu publiquement, et que la circonstance et l’incident dont vous me parlez, me sont aussi inconnus que le Phénix. Et qu’enfin, n’ayant jamais joué, pendant ma vie, quoique orageuse, que des rôles honorables, je ne commencerai pas à l’hiver de mon âge à démentir mes sentimens.
J’ai l’honneur d’être,
Monsieur

Votre servante,
Genièvre Peyron, Ve Diaque.

Je ne voulus point prendre la peine de répondre à cette seconde missive. J’engage toutes les personnes qui en recevraient de semblables à suivre mon exemple.

Limonadier de postérieurs

Rigaud, 1881 : Apothicaire. (Le Nouveau Vadé, 1824)

France, 1907 : Apothicaire, infirmier.

Malade du pouce

Larchey, 1865 : Fainéant dont la paresse constitue la seule infirmité. — Malade du pouce : Avare.

Il est malade du pouce. Ça empêche les ronds de glisser.

(Monselet)

C’est-à-dire : ses doigts ne peuvent se résoudre à laisser échapper la moindre monnaie.

Delvau, 1866 : adj. Avare, homme qui n’aime pas à compter de l’argent, — aux autres. Argot des faubouriens.

Delvau, 1866 : adj. Paresseux, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Avoir le pouce démis pour son argent.

Rigaud, 1881 : Avare. — Paresseux.

France, 1907 : Paresseux. Se dit aussi pour avare.

Malandre

d’Hautel, 1808 : Espèce de crevasse, de fente, qui se fait au pli du genou d’un cheval.
Il se porte bien, il n’a ni suros ni malandre. Pour dire qu’une personne n’a aucune infirmité.

Malandreux

Delvau, 1866 : s. et adj. Infirme ; malade ; mal à son aise, — dans l’argot du peuple. On disait autrefois Landreux.

Marque

d’Hautel, 1808 : Marque de cela. Pour preuve de cela.
Faire porter de ses marques à quelqu’un. Le maltraiter, lui donner des coups, dont il reste marqué.

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Fille.

Vidocq, 1837 : s. f. — Fille.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Halbert, 1849 : Fille.

Delvau, 1866 : s. f. Femme, — dans le même argot [des voleurs]. Marque de cé. Femme légitime d’un voleur. Marque franche. Concubine.

Rigaud, 1881 : Fille publique.

Fustier, 1889 : Femme qui a deux cordes à son arc : la prostitution et le vol.

La Rue, 1894 : Fille publique. Marque de cé, marquecé, femme légitime du voleur. Marque franche, maîtresse du voleur.

France, 1907 : Fille, femme prostituée. Une marque de cé, une femme légitime de voleur. Marque franche, maîtresse et associée de voleur. On dit aussi marquise, dans le même sens.
Ce mot marque dérive de l’espagnol, car on trouve dans l’ancienne Germania espagnole marca, marquida et marquisa dans le sens de femme publique.

France, 1907 : Mois ; argot des voleurs, de l’italien marchese, « Il a été messiadieu à six marques pour pegrasse », il a été condamné à six mois pour vol. Quart de marque, semaine. Tirer six marques, être emprisonner pour six mois.

Il ne saurait être douteux, dit Francisque Michel, que ce nom ne soit venu à cette division de l’année de l’infirmité périodique qu’ont les marques ou femmes, lorsque la Lune, pour tenir sa diète et vaquer à ses purifications menstruelles, fait marquer les logis féminins par son fourrier, lequel pour écusson n’a que son impression rouge.

Mayeux

Larchey, 1865 : Bossu. — Un peu avant 1830, d’innombrables charges, parmi lesquelles on distinguera celles de Traviès, eurent pour objet un bossu du nom de Mayeux : c’est le type d’un homme ridiculement contrefait, vaniteux et libertin, mais brave et spirituel à ses heures. De là son nom donné à tous ceux qu’affligent la même infirmité.

Ici d’affreux petits mayeux.

(De Banville)

Delvau, 1866 : s. m. Bossu, — dans l’argot du peuple, qui se souvient du type créé par le caricaturiste Traviès, vers 1830. Se dit, par extension, de tout Homme laid au physique et au moral.

France, 1907 : Bossu, contrefait ; argot populaire. Le type de Mayeux est une création du caricaturiste Traviès, qui, de 1830 à 1840, obtint un succès colossal. Libertin, frondeur, chauvin, blasphémateur, et de plus homme à bonnes fortunes, il suivait les femmes, leur débitait des propos cyniques, donnait des sérénades, sortant, avec un air de comique lascivité, d’un rendez-vous : « Adieu. farceuse, sois tranquille, je reviendrai ! » faisant l’empressé, les jours de pluie, en venant au secours d’une « beauté » à demi noyée : « Je suis Français, n… de D… ! » s’adressant des compliments : « Il faut convenir que ma maîtresse est une femme gaillarde », ou encore, surpris par sa légitime épouse en flagrant délit. Traviès n’a créé que ce type de Mayeux, il y est resté rivé. D’autres silhouettes légendaires l’ont détrôné ensuite, qui étaient plus au goût du jour.

Moine-lai

Delvau, 1866 : s. m. Invalide tombé en enfance, comme on en voit quelques-uns dans la Salle de la Victoire, — l’infirmerie de l’Hôtel des vieux braves.

Montretout

France, 1907 : Nom donné par les filles publiques à la visite sanitaire à laquelle elles sont astreintes tous les quinze jours. Elles y étalent en effet au docteur chargé du dispensaire tout ce qu’on ne laisse voir d’ordinaire qu’à son mari ou à son amant.

Quand les filles vont à Montretout, si elles sont malades, elles sont retenues et dirigées sur l’infirmerie de Saint-Lazare.

(Ch. Virmaître)

France, 1907 : Veston que portent généralement les pédérastes et qui ne descend que jusqu’aux hanches, laissant voir les formes.

Morphinomanie

France, 1907 : Manie de se piquer à la morphine. Le mot est nouveau comme la chose ; et comme tout ce qui est nouveau, la morphinomanie a pris une extension considérable en peu d’années. Voici une statistique qui montre la diffusion énorme de cette manie toxique, suivant les professions, représentant le nombre des morphinomanes pour 100 dans tous les pays :
Médecins. 40 ; femmes de médecins, 10 ; femmes galantes, 14 ; ouvrières, 13 ; ouvriers, 6 ; négociants, 8 ; militaires, 7 ; pharmaciens, 3 ; étudiants en médecine, 3 ; employés, 3 ; étudiants en droit, 2 ; hommes de lettres, 0.7 ; avocats, 1,07 ; prêtres, 0,3 ; hommes politiques, 0,4 ; artistes, 0,9 ; professeurs, 0,4 ; religieuses, 11 ; infirmières, 2 ; artistes femmes, 1.4 ; jeunes filles, 0,5 ; sages-femmes, 0,5 ; femmes d’officiers, 1,1 ; femmes de négociants, 3,4. Sans profession : hommes, 15,5 ; femmes, 43,1. Les chiffres ont été établis sur 630 hommes et 350 femmes.
Ainsi, les personnes qui se morphinisent le plus, ce sont d’abord les femmes riches sans profession, ensuite les médecins. Les médecins, 40 pour 100, c’est effrayant ! Ils sout bien placés pour abuser de la morphine.

Mort

d’Hautel, 1808 : La mort n’a pas faim. Se dit par pitié et par mépris en parlant d’une personne réduite à la dernière misère, ou pleine d’infirmités, et qui vit cependant malgré toutes ces vicissitudes.
Mourir de sa belle mort. Mourir de mort naturelle.
Avoir la mort dans l’ame ; entre les dents ; sur le bord des lèvres. Être dans un mauvais état de santé, être à l’agonie.
La mort fera un triste repas. Se dit d’un malade maigre et décharné.
Il est bon pour aller chercher la mort. Se dit d’un musard, d’un lambin, d’un homme qui est très long dans toutes les commissions qu’on lui donne.

d’Hautel, 1808 : Les morts ont toujours tort. Pour dire qu’on excuse toujours les vivans aux dépens des morts.
Il a la gueule morte. Se dit d’un fanfaron, d’un médisant, d’un grand parleur à qui il est arrivé quelque mortification.

Delvau, 1866 : s. m. Partner imaginaire à qui l’on réserve des cartes comme s’il était vivant, — dans l’argot des joueurs de whist et de mistigri. Faire un mort. Jouer le whist à trois personnes, en découvrant le jeu de la quatrième — absente. Prendre le mort. Changer les cartes qu’on vous a données, et qu’on trouve mauvaises, contre celles réservées au partner imaginaire.

Rigaud, 1881 : Condamné, — dans le jargon des voleurs.

Rigaud, 1881 : Enjeu augmenté après coup par le procédé de la poussette. (L. Larchey)

Fustier, 1889 : Malade. Argot des élèves de l’École de Saint-Cyr. Se faire porter élève-mort.

Mouchic

un détenu, 1846 : Infirme.

Numéro à renouveler

France, 1907 : Malade d’hôpital qui va bientôt mourir et dont par conséquent le numéro sera renouvelé par celui qui prendra sa place dans son lit ; argot des infirmiers.

Si seulement une voix consolante
Me répondait, quand j’ai longtemps gémi ;
Si je pouvais sentir ma main tremblante
Se réchauffer dans la main d’un ami !

Quand Hégésippe Moreau écrivit ces vers, il était déjà très malade ; il sentit qu’il serait bientôt un numéro à renouveler, comme disent les infirmiers.

(Ch. Virmaître, Paris oublié)

Onze heures (bouillon d’)

France, 1907 : Bouillon empoisonné, drogue qui achève le moribond.

C’est de l’Hôtel-Dieu qu’est partie la légende du bouillon d’onze heures. Un malade amené un soir, vers 5 heures, fut couché puis, suivant l’usage, l’interne de service, escorté d’un infirmier, vint pour le questionner et donner les prescriptions urgentes. Le malade, imbu des préjugés qu’on a ordinairement contre l’hôpital, attendait anxieux : il repassait dans sa mémoire toutes les histoires lugubres qu’on débite à tort et à travers ; il se disait : « La salle est pleine, j’arrive le dernier, on va sans doute, pour se débarrasser de moi, me faire mourir. » Il répondit en tremblant aux questions de l’interne. Celui-ci, voyant un homme plein de vie, plus malade du cerveau que du corps, ordonna un bouillon, et ajouta : « Vous donnerez le bouillon d’onze heures. » Dans la nuit, le malade mourut subitement. Depuis cette époque, le bouillon d’onze heures est légendaire dans les hôpitaux, et l’on emploie cette expression pour dire que l’on se débarrasse des gens à volonté.

(Ch. Virmaître, Paris oublié)

Pain

d’Hautel, 1808 : La rue au pain. Pour dire, le gosier, l’avaloir, la vallée d’Angoulême, de Josaphat.
C’est bien le pain. Locution vulgaire qui équivaut à, c’est bien ce qu’il faut ; cela fait bien mon affaire.
Pain de munition. Voy. Munition.
M. ou madame qui a le pain. Sobriquet que l’on donne par plaisanterie à celui ou celle qui se charge à table de servir le pain. On prononce calepin, comme si ces trois mots n’en faisoient qu’un.
Il n’y a pas long-temps qu’il mangeoit le pain d’un autre. Se dit par raillerie d’un homme qui fait le hautain, et dont la première condition étoit la domesticité.
Pain coupé n’a point de maître. Se dit par plaisanterie à table, lorsqu’en se trompant, on prend le pain de son voisin.
Il a mangé de plus d’un pain. Se dit d’un homme qui a vu du pays ; qui s’est trouvé dans des positions fort différentes les unes des autres.
Il sait son pain manger. Se dit d’un homme industrieux, intelligent, qui sait se tirer d’affaire.
Il ne vaut pas le pain qu’il mange. Se dit d’un homme oisif, paresseux et fainéant, qui ne fait œuvre de ses dix doigts.
Le pain lui vient quand il n’a plus de dents. Pour dire, que le bien arrive dans un temps où l’âge et les infirmités en ôtent toute la jouissance.
Avoir son pain cuit. Être à son aise, pouvoir vivre sans travailler ; avoir sa subsistance assurée.
C’est autant de pain cuit. Signifie qu’une chose que l’on a faite, et qui ne peut être employée pour le présent, servira dans un temps plus éloigné.
C’est du pain bien dur. Se dit d’un emploi pénible, dans lequel la nécessité contraint de rester.
Il a eu cette maison pour un morceau de pain. Pour dire à fort bon compte, à fort bas prix.
Faire passer le goût du pain à quelqu’un. Le faire mourir ; le tuer, l’assassiner.
Il a mangé le pain du roi. Pour, il a été plusieurs fois en prison.
Rendre le pain bénit, ou ses comptes. Manière basse et grossière de dire qu’un homme gorgé de nourriture la rejette, vomit.
Ôter le pain de la main de quelqu’un. Lui ôter les moyens de subsister.
Faire la guerre au pain. Manger avec appétit ou de fort gros morceaux de pain, comme le font les jeunes gens, et notamment les écoliers.
Chercher son pain. Pour dire mendier, demander l’aumône.

Delvau, 1866 : s. m. Coussin de cuir, — dans l’argot des graveurs, qui placent dessus la pièce a graver, bois ou acier.

Rigaud, 1881 : Coussinet en cuir dont se servent les graveurs pour poser la planche à graver.

Rigaud, 1881 : Soufflet, coup de poing sur le visage. Le mot pain traduit le bruit produit par un soufflet bien appliqué. Coller un pain, donner une gifle. M. Larchey écrit paing et donne poing comme étymologie. Passer chez paing, recevoir des coups.

La Rue, 1894 : Coup au visage.

Hayard, 1907 : Coup.

France, 1907 : Coup de poing sur le visage.

Que, formidable, Richepin
Provoque le Géant alpin
Et le tombe et lui flanque un pain.

(Catulle Mendès)

France, 1907 : Coussin de cuir sur lequel les graveurs placent la pièce à graver.

Paquet

d’Hautel, 1808 : Il ne remue pas plus qu’un paquet de linge sale. Se dit d’un homme insouciant, paresseux et sans activité, qui a de la peine à se mouvoir pour ses propres affaires.
On dit d’une demoiselle, dont le corsage s’est épaissi, et à qui l’embonpoint a fait perdre de ses graces, qu’Elle est devenue un peu paquet.
Des paquets.
On donne cette épithète incivile à des personnes âgées qui, dans un bal, ne font plus que regarder danser.
Risquer le paquet. S’engager dans une affaire douteuse ; hasarder une demande au risque d’être refusé.
Įl a fait son paquet. Pour, il s’en est allé ; il a quitté cette maison.
Il porte son paquet avec lui. Se dit par raillerie d’un bossu, pour lui reprocher son infirmité.

d’Hautel, 1808 : Pour gausse, mensonge, hâblerie, contes en l’air, subterfuge, gasconnade.
Ne nous donnez plus de ces paquets-là. Pour, ne nous faites plus de pareils contes.
Paquet, signifie aussi brocard, lardon, paroles malignes et piquantes.
Donner dans un paquet. Être pris pour dupe ; être attrapé.
Donner à chacun son paquet. Faire des réprimandes à tous ceux que l’on trouve en faute.
On dit aussi, donner à quelqu’un son paquet, pour faire taire quelqu’un par des réponses vives, mordantes et ingénieuses.

Delvau, 1864 : Ornement naturel de la culotte de l’homme, qui monte si fort la tête aux femmes ; ornement postiche, parce qu’exagéré, de la culotte des danseurs espagnols, nécessaire pour donner de la verve à leurs danseuses.

T’as un beau paquet, mon chéri !

(Lemercier de Neuville)

Sur cet insolent paquet,
Je lâche un vigoureux pet.

(Parnasse satyrique)

Delvau, 1866 : s. m. Compte, — dans l’argot du peuple. Avoir son paquet. Être complètement ivre. Recevoir son paquet. Être congédié par un patron, ou abandonné par un médecin, ou extrême onctionné par un prêtre. Faire son paquet. Faire son testament. Risquer le taquet. S’aventurer, oser dire ou taire quelque chose.

Rigaud, 1881 : Femme habillée sans goût.

Fustier, 1889 : Injure employée surtout dans la classe ouvrière et qui est synonyme d’imbécile.

Tout à coup deux… braves gens, porteurs de deux belles casquettes neuves, les abordent et l’un d’eux, sur un air connu, en fixant Joseph : Oh ! regarde-moi donc ce paquet !

(Gazette des Tribunaux, 1882)

La Rue, 1894 : Compte. Recevoir son paquet. Ivresse.

Virmaître, 1894 : Homme ou femme gros, court sur pattes, sans élégance, ressemblant à un paquet de chair (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Bête, imbécile.

Hayard, 1907 : Homme ou femme, épais et naïf.

France, 1907 : Personne lourde, gênante qui pèse comme un paquet dans une réunion. Femme habillée d’une façon ridicule. Injure que s’adressent les voyous.

Un simple racleur de guitare,
Moi, si tu veux, dare dare
Peut te rabattre ton caquet,
Et te mettre dans les ordures,
Sans préjudice des futures
Représailles, ton nez, paquet !

(Raoul Ponchon)

Parisianisme

France, 1907 : Habitude, état d’esprit, manière de penser ou d’agir des Parisiens.

Consultez-les, les magnats de la publicité ; s’ils daignent répondre, ils vous affirmeront d’abord qu’ « on ne peut écrire qu’à Paris ». Est-ce qu’on pense, est-ce qu’on parle français en province ? Y connait-on l’esprit parisien, le parisianisme, comme d’aucuns disent, cette qualité maîtresse, qui figure au nombre des grandes découvertes de ce siècle ?

(Est Républicain)

Il est atteint d’une infirmité : c’est une variété du snobisme, que l’on pourrait appeler le parisianisme aigu.

(Simon Boubée, Le Testament d’un martyr)

Pas clocher devant les boîteux (se)

France, 1907 : Ne faire aucune allusion aux défauts naturels de son prochain. Ne pas parler de corde dans la maison d’un pendu. Les gens affligés d’infirmités physiques ou morales sont généralement fort susceptibles et aptes à se blesser des plus involontaires allusions.

Pied bleu

Larchey, 1865 : Conscrit portant encore les guêtres bleues du paysan.

Le pied bleu ne prête pas longtemps à rire par sa gaucherie.

(La Bédollière)

Delvau, 1866 : s. m. Conscrit, — dans l’argot des troupiers.

France, 1907 : Conscrit. On dit plus généralement pied. Engueuler quelqu’un comme un pied, c’est-à-dire comme un conscrit.

Il prend un air digne, toise l’infirmier de haut en bas, et te l’engueule comme un pied.

(Georges Courteline)

Piètre

d’Hautel, 1808 : Mesquin, chétif, triste, abattu, harrassé ; tout ce qui est d’une qualité ou d’une condition médiocre.

Clémens, 1840 : Jeannot, niais, dont se servent les tireurs de cartes.

Rigaud, 1881 : Ancien sujet de la Cour des Miracles. Le piètre jouait le rôle de faux boiteux dans la grande comédie des infirmités pour rire. On dit encore en Basse-Normandie piètre, pour boiteux.

La Rue, 1894 : Compère des tireurs de cartes. Faux estropié.

France, 1907 : Faux estropié ; argot des voleurs.

Pompe

Delvau, 1866 : s. f. Retouche, — dans l’argot des tailleurs. Petite pompe. Retouche des pantalons et des gilets. Grande pompe. Retouche des habits et des redingotes.

Rigaud, 1881 : Botte. — Faire les pompes au prix-courant, voler des bottes à l’étalage. Le voleur à l’étalage, aussitôt le coup fait, part en courant.

Rigaud, 1881 : Officier attaché à l’instruction générale, en terme d’École de Saint-Cyr.

Ils remplissent un peu les fonctions de pion.

(Saint-Patrice)

Corps de pompe, les professeurs.

Ceux qui savent quelques bribes de dessin pochent en quatre traits la caricature du général ou du corps de pompe.

(R. Maizeroy, Souvenirs d’un Saint-Cyrien, 1880)

Rigaud, 1881 : Retouche faite à un vêtement.

Rigaud, 1881 : Travail suivi, — dans le jargon des typographes. — Avoir de la pompe, avoir beaucoup d’ouvrage pressé à faire.

Fustier, 1889 : Étude. Cours. Argot des Élèves de l’École de Saumur.

La Pompe ! A ce grand mot votre intellect se tend
Et cherche à deviner… La Pompe, c’est l’étude,
La Pompe, c’est la longue et funeste habitude
De puiser chaque jour chez messieurs les auteurs
Le suc et l’élixir de leurs doctes labeurs.

(Nos farces à Saumur)

France, 1907 : Atelier de tailleurs. C’est aussi la retouche des vêtements.

France, 1907 : Beignet ; patois de l’Auvergne.

Quant à nos vendangeurs, ils ne se contentent pas de mastiquer le gigot, la fourme et la pompe aux pommes. Tout cela ne serait point succulent sans l’eau bénite de cave dont ils s’administrent des lampées, à qui mieux mieux, sans danses ni bourrées finales, et aussi sans taquineries amoureuses entre filles et garçons.

(Jacques d’Aurelle)

France, 1907 : Étude, travail ; argot des écoles militaires.

La pompe ! à ce grand mot votre intellect se tend
Et cherche à deviner… La pompe c’est l’étude,
La pompe, c’est la longue et funeste habitude
De puiser chaque jour chez messieurs les auteurs
Le suc et l’élixir de leurs doctes labeurs…

(Théo-Critt, Nos farces à Saumur)

France, 1907 : Seringue, plus généralement appelée, dans l’argot militaire, pièce humide, d’où le nom d’artilleurs de la pièce humide donné aux infirmiers militaires.

On a prôné les pompiers et pourquoi ?
C’est peut-êtr’ bien pour leurs jeux hydrauliques
Aux mêm’s honneurs nous avons un peu droit
Et même mieux, j’vais l’prouver sans réplique ;
Quand les pompiers au feu s’en vont encore,
C’est pour l’éteindr’, si je n’me trompe ;
Quand un pompier à le feu dans le corps,
C’est nous qui manœuvrons la pompe.

France, 1907 : Soulier. Il aspire l’eau lorsqu’il est troué. « Refiler un coup de pompe dans l’oignon », donner un coup de soulier au derrière. On appelle encore un soulier troué pompe aspirante.

Postillon d’eau chaude

Rigaud, 1881 : Mécanicien, chauffeur de locomotive. — Infirmier militaire.

Virmaître, 1894 : Infirmier (Argot du peuple). V. Canonnier de la pièce humide.

France, 1907 : Mécanicien d’une machine à vapeur. Infirmier chargé de donner les lavements dans un hôpital.

Poussif

d’Hautel, 1808 : Un gros poussif. Pour dire un rustre, un grossier personnage, un gros butor.
Être poussif. Être tout essoufflé, comme le sont ordinairement les asthmatiques au moindre mouvement qu’ils font.

Delvau, 1866 : adj. Qui n’a plus de souffle, qui n’en peut plus, — dans l’argot du peuple, qui, travaillant comme un cheval, en a naturellement les infirmités.

Rabiot

Larchey, 1865 : Temps pendant lequel le soldat peut être forcé de rester à son corps après sa libération. Il y eut plus d’un rabiot en Crimée. — Restant de soupe laissée au fond de la gamelle (De Vauvineux).

Virmaître, 1894 : Faire plus de temps qu’il n’a été convenu. Au régiment, un homme puni fait autant de jours de présence en plus qu’il a eu de jours de punition. Avoir du rabiot : avoir du bon, toucher un reliquat sur lequel on ne comptait pas (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Faire plus de temps de travail que l’on ne doit. Le militaire qui a été condamné par un conseil de guerre fait du rabiot, parce que le temps de sa condamnation ne compte pas sur le congé. Celui qui a droit à son congé, et qui est retenu sous les drapeaux pendant une guerre, fait du rabiot, — telle la classe 1847 qui, pendant la guerre de Crimée, a fait près de neuf années au lieu de sept ; de même la classe 1863 qui a été libérée en 1871. Rabiot veut aussi dire : surplus. Lorsque, dans un partage, chacun a eu son compte, ce qui reste est du rabiot qui est encore à partager.

Hayard, 1907 : Temps en plus, en prison ou au régiment.

France, 1907 : « Il y en a de deux sortes, dit le Petit Pioupiou : Le rabiot que fait le fourrier Coudepousse sur la distribution du vin, et celui que les amis du cuisinier font sur le tata, ne sont nullement du même genre que le rabiot que fait un réserviste qui reste au corps après la libération de ses camarades. » Le rabiot est donc un reste, un excédent et, dans certains cas, un profit illicite. Faire du rabiot, c’est donc prélever indûment une part sur les vivres ou la boisson des hommes de troupe, ou rester au corps plus que le temps réglementaire. On écrit aussi rabio.

— C’que c’est que c’paquet-là ?
— Mon colonel, c’est… du sel.
— Du sel… tant que ça de sel ! C’que vous foutez d’tant d’sel ?
— Mon colonel, c’est que… c’est un peu de rabio.
— Rabio ! C’ment ça, rabio ? Pour lors vous avez volé tout c’sel-là aux hommes ! S’cronhnieugnieu !… Allons, foutez-moi tout ça dans la soupe !

(Ch. Leroy, Guibollard et Ramollot)

France, 1907 : Convalescent employé par les infirmiers à quelques menus services dans les salles d’hôpital.

France, 1907 : Économe ; argot du Borda. Un économe est toujours censé faire du rabiot. On est monorabiot ou birabiot suivant qu’on a un ou deux galons. C’est aussi le nom donné à l’élève chargé d’aller vérifier les vivres qui entrent à bord.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique