Rigaud, 1881 : Poêle, ainsi nommé par les troupiers parce que, dans certains régiments, une chambrée de quarante hommes n’a droit aux bienfaits du poêle que tous les deux ans. Les pelotons de rangs pairs peuvent se chaufferies années paires, et les pelotons de rangs impairs, les années impaires. Il y en a ainsi pour tout le monde… en attendant un peu.
Bi-annuel
Couverture
Fustier, 1889 : Dans le jargon militaire, la couverture, mot tout récent, signifie l’ensemble des troupes et des ouvrages de fortification qui couvrent une frontière et sont destinés à soutenir un premier choc.
Surtout ne dites pas que le général Février a le commandement de la couverture.
(Figaro, mars 1887)
France, 1907 : Bruit fait dans les coulisses ou dans la salle.
Nous appelons couverture le bruit que nous faisons dans la salle pour couvrir un impair, un pataquès, une faute de français.
(P. Mahalin)
France, 1907 : Garanties, dans l’argot des financiers.
Gaffe
Clémens, 1840 : Celui qui fait le guet.
Delvau, 1866 : s. f. Bouche, langue, — dans l’argot des ouvriers. Se dit aussi pour action, parole maladroite, à contretemps. Coup de gaffe. Criaillerie.
Delvau, 1866 : s. f. Les représentants de l’autorité en général, — dans l’argot des voleurs, qui redoutent probablement leur gaflach (épée, dard). Être en gaffe. Monter une faction ; faire sentinelle ou faire le guet.
Delvau, 1866 : s. m. Gardien de cimetière, — dans l’argot des marbriers.
Delvau, 1866 : s. m. Représentant de l’autorité en particulier. Gaffe à gail. Garde municipal à cheval ; gendarme. Gaffe de sorgue. Gardien de marché ; patrouille grise. On dit aussi Gaffeur.
Rigaud, 1881 : « Cette main est terrible, c’est-à-dire dans l’argot significatif du jeu, une vraie gaffe ! » (A. Cavaillé.) Elle tire tout l’argent des pontes vers le banquier comme ferait une gaffe.
Rigaud, 1881 : Balourdise. Faire gaffe sur gaffe.
Rigaud, 1881 : Patrouille ; gardien, guichetier. — Gaffe des machabées, gardien de cimetière. — Gaffe à gayet, garde municipal à cheval. — Gaffe de sorgue, gardien de nuit dans un marché. — Être en gaffe, être en faction.
La Rue, 1894 : Balourdise. Gardien. Surveillance. Guet. Bouche, langue.
Virmaître, 1894 : Faire le guet pour avertir des complices de l’arrivée de la rousse ou des passants qui pourraient les déranger (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Faire ou dire une maladresse. Prendre la main de son ami, dessous la table, croyant prendre celle de sa femme, c’est faire une gaffe.
Rossignol, 1901 : Gardien de prison.
Hayard, 1907 : Dire ou faire une bêtise.
France, 1907 : Bouche, langue ; corruption du vieux mot gave. Coup de gaffe, criaillierie. Avaler sa gaffe, mourir.
France, 1907 : Grande fille sèche et maigre. Allusion au harpon appelé gaffe.
… Une grande gaffe chaude, à nez de perroquet, qui n’avait pas trouvé à se marier malgré ses folles envies d’homme, et que les lurons s’amusaient à leurrer de promesses, la pinçant au gras des côtes, toute rouge et les paupières battantes.
(Camille Lemonnier, Happe-Chair)
France, 1907 : Maladresse, balourdise, bévue. Faire une gaffe, commettre une maladresse.
Mme Ledouillard. — Mon mari… j’adore mon mari ; c’est extraordinaire, mais c’est comme ça. Et puis, quand par hasard j’ai envie de le tromper, je me dis : Mon Dieu ! si ça allait ne pas être meilleur, ou même moins bien, c’est ça qui serait une gaffe !
(Maurice Donnay, Chère Madame)
La gaffe, ou impair, est certainement une source innocente de rire dont la littérature actuelle a tiré l’effet comique le plus nouveau. Alfred de Musset, que Deschanel n’aime point, doit à l’étude de la gaffe un de ses plus jolis ouvrages, ce délicieux proverbe : On ne saurait songer à tout, que la Comédie-Française ne joue jamais, naturellement.
(Émile Bergerat)
Aux uns et aux autres, la réclame offerte par l’interview ne déplait pourtant pas outre mesure ; mais ils sont gênés par la brusquerie de l’interrogatoire. Les prudents craignent de faire une gaffe et les prophètes se méfient de l’improvisation. Car nous n’avons plus que de faux prophètes, sans délire sacré, des sibylles, pas bien solides sur le trépied.
(François Coppée)
À propos, dis donc à ton frère
De ne pas mettre, en m’écrivant,
Eros, le gosse de Cythère,
Avec un h en commençant.
Alors, pour réparer la gaffe,
Il en met un dans le mot cœur !
Je crois qu’au jeu de l’orthographe
Il ne sort pas souvent vainqueur.
(Jacques Rédelsperger)
Gaffeur, euse
Fustier, 1889 : Du verbe argotique gaffer, commettre des impairs.
J’en connais (une femme) une qui est fort jolie, et qui possède un salon fort convenablement fréquenté… Un peu gaffeuse, par exemple.
(Charivari, avril 1887)
Gaffeur, gaffeuse
France, 1907 : Maladroit qui commet des impairs ou dit des grossièretés sans s’en douter.
Paloignon est invité à dîner. À un moment du repas, le maître de la maison regarde à droite et à gauche, paraissant impatienté.
— Vous cherchez quelque chose ? demande Paloignon d’un ton aimable.
— Oui, je cherche les cornichons.
— Ah ! c’est cela… aussi je voyais bien que vous n’étiez pas dans votre assiette.
Nous sommes, en histoire du moins, très épris de vérité aujourd’hui ; et c’est une tendance caractéristique de notre époque que de tâcher de rétablir les choses telles qu’elles furent exactement. Le pauvre Latude lui-même n’a pas échappé à ce souci de débarrasser de la part de roman les physionomies légendaires. Il reste un être fort pitoyable, dont les âmes sensibles peuvent toujours déplorer les malheurs. Mais le terrible Gascon qui était en lui apparait aussi, à la lumière des recherches, et semble un peu, s’il est permis d’employer cette expression très contemporaine, un entêté gaffeur qui fut, on peut l’avancer, son pire ennemi.
(Paul Ginisty, Causerie littéraire)
Impair
Delvau, 1866 : s. m. Insuccès, fiasco, — dans l’argot des artistes.
La Rue, 1894 : Insuccès. Maladresse.
Virmaître, 1894 : Commettre un impair : se couper dans un interrogatoire et dire ce qu’il ne faudrait pas. Faire un impair à quelqu’un, c’est lui manquer de respect. Impair : commettre une faute, se tromper dans l’appréciation de la valeur d’une affaire. Aller un peu trop de l’avant, c’est commettre un impair (Argot du peuple). N.
Rossignol, 1901 : Se tromper, indélicatesse.
Nous ne sommes plus, des amis, depuis qu’il m’a fait un impair.
Impair (faire un)
Hayard, 1907 : Une bêtise.
Impasse
France, 1907 : Desservir une rue en impasse, c’est, dans l’argot des facteurs de la poste, commencer une distribution d’un côté, par les numéros pairs, par exemple, et la terminer par les numéros impairs. Aller successivement des numéros pairs aux impairs s’appelle fricoter.
Nec pluribus impar
France, 1907 : Cette orgueilleuse devise du majestueux Louis XIV a donné lieu à de nombreuses controverses. Elle signifie simplement : unique, dans le sens de supérieur à tous.
Je ne puis m’expliquer comment on peut traduire ces trois mots latins par sans pareil. Le mot à mot est : « Non par plusieurs impair », c’est-à-dire « Impair par un seul », c’est-à-dire unique. C’est un peu algébrique, mais d’ailleurs parfaitement clair. Dieu n’est pas sans pareil, il est unique ; et l’orgueil de Louis XIV, ou celui qu’on voulait lui prêter, était aussi non pas sans pareil, mais unique.
(J. de S…, L’Intermédiaire des chercheurs et curieux)
Numero deus impare gaudet
France, 1907 : « Le nombre impair est aimé de Dieu. » Locution latine tirée d’une églogue de Virgile, où il est fait allusion aux propriétés mystiques que les anciens Grecs attribuaient aux nombres impairs.
Pelle (ramasser une)
Merlin, 1888 : Faire un impair.
Rossignol, 1901 : Faire une chute, tomber. Ce mot veut aussi dire ne pas réussir une entreprise, une chose, y perdre de l’argent.
France, 1907 : Tomber, faire une chute, mais plus particulièrement pour le cas où le corps est projeté obliquement sur le sol, comme si l’on voulait s’y enfoncer, les bras en avant, et en soulever une partie, en somme, faire œuvre de pelle. « Et de même que, dit M. T. Pavot dans l’Intermédiaire des chercheurs et curieux, dans : boire un verre de vin, verre est mis pour verrée, le contenant pour le contenu, de même aussi ramasser une pelle devra s’entendre, non de l’outil lui-même, mais de la pelletée. Bien des gens en effet, par vice de langage, emploient un mot pour l’autre, disant : une pelle de terre, une pelle de charbon. »
Toto n’a aucun soin de ses affaires. Il a égaré les objets qui lui servaient à confectionner des pâtés de sable, et il demande au cousin de sa maman, qui revient, en boitant, d’une excursion à bicyclette :
— Tu n’as pas trouvé, par hasard, ma pelle et mon seau ?
— Je n’ai pas vu de seau, répond le cousin, l’oreille basse, mais je suis sûr d’avoir ramassé une pelle.
(Le Journal)
Taper à tour de bras
Virmaître, 1894 : Cogner vigoureusement.
— J’ai beau taper ma femme à tour de bras, quand elle me fait un impair, elle me gobe tout de même (Argot du peuple).
Tricoter
d’Hautel, 1808 : Tricoter quelqu’un. Lui donner la bastonnade ; l’étriller d’une rude manière.
Tricoter. Marcher précipitamment et à petits pas.
Larchey, 1865 : Battre. — Du vieux mot Tricote : gros bâton. V. Roquefort.
Prends vite un bâton ; Tricote cet homme sans cœur.
(Chanson carnavalesque, 1851, impr. Chassaignon)
Larchey, 1865 : Danser. — Comparaison du jeu des jambes à celui des aiguilles.
Delvau, 1866 : v. a. Battre. On dit aussi Tricoter les côtes.
Delvau, 1866 : v. n. Danser.
France, 1907 : Marcher d’un pas mal assuré, comme un homme ivre ; et par ampliation faire des zigzags, aller d’un côté du trottoir à l’autre.
Qu’il fasse la rue en tricotant, c’est-à-dire en allant successivement des numéros pairs aux numéros impairs, ou qu’il la desserve en impasse, ce qui s’entend d’une distribution commencée par un côté et terminée par l’autre, il ne peut tarder à trouver un obstacle.
(J. Hilpert, Le Facteur de la poste aux lettres)
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