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Affranchi

Delvau, 1866 : s. et adj. Corrompu, qui a cessé d’être honnête. Argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Voleur que les remords n’empêchent pas de dormir, c’est-à-dire affranchi de tout scrupule.

La Rue, 1894 : Homme perverti, n’ayant plus de scrupules. Voleur n’ayant plus de remords. Fagot affranchi, forçat libéré.

Rossignol, 1901 : Quelqu’un que l’on a mis au courant d’une chose qu’il ignorait a été affranchi. — Un individu qui n’ignore rien est un affranchi.

France, 1907 : Initié au vol, argot des voleurs ; affranchi des préjugés vulgaires, sans doute. Se dit aussi d’un condamné qui a purgé sa peine.

Affranchir

Ansiaume, 1821 : Gagner quelqu’un, corrompre.

Nous ne craignons plus le lubin, je l’ai affranchi.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Initier.

Vidocq, 1837 : v. a. — Corrompre, apprendre à quelqu’un les ruses du métier de fripon ; ainsi l’on dira : Affranchir un sinve avec de l’auber, corrompre un honnête homme avec de l’argent, l’engager à taire la vérité ; affranchir un sinve pour grinchir, faire un fripon d’un honnête homme.

Larchey, 1865 : Pervertir, c’est-à-dire affranchir des règles sociales.

Affranchir un sinve pour grinchir : pousser un honnête homme à voler.

(Vidocq)

Delvau, 1866 : v. a. Châtrer, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Couper.

Delvau, 1866 : v. a. Initier un homme aux mystères du métier de voleur, faire d’un voyou un grinche.

Rigaud, 1881 : Donner des leçons de vol à un novice. Pousser quelqu’un au vol, corrompre un témoin.

Fustier, 1889 : Terme de joueur : On dit qu’une carte est affranchie lorsqu’elle n’est plus exposée à être prise. J’ai fait prendre mon roi pour affranchir ma dame. — Mettre au courant des ruses des grecs. Il y a des professeurs d’affranchissement.

Virmaître, 1894 : Châtrer, faire ablation des parties génitales à un animal quelconque. Le tondeur de chiens est l’affranchisseur des chats, comme le chanoine Fulbert le fut pour Abélard (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Exciter un individu mâle ou femelle au vice ou au vol. S’affranchir d’une tutelle gênante (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Faire connaître à un complice les êtres d’une maison où l’on veut commettre un vol est l’affranchir.

Hayard, 1907 : Débaucher.

France, 1907 : Initié un adepte. Le débarrasser de ses derniers scrupules. Se dit également pour châtrer. La châtré est en effet affranchi de certaines passions.

Affranchisseur

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui rend hongres les animaux entiers. On dit aussi Coupeur.

Virmaître, 1894 : Voleur qui pousse un honnête homme pressé par le besoin à voler (Argot des voleurs).

France, 1907 : Celui qui châtre.

Aiguille

d’Hautel, 1808 : De fil en aiguille. De propos en propos ; d’une chose à une autre.
Elle ne sait pas faire un point d’aiguille. Se dit d’une fille ignorante et paresseuse ; d’une véritable idiote.
Disputer sur la pointe d’une aiguille. Contester, chicaner sur la moindre chose.
Fournir quelqu’un de fil et d’aiguille. C’est-à-dire de tout ce qui lui est nécessaire ; pourvoir à tous ses besoins.

Delvau, 1864 : Le membre viril, avec lequel on pique les femmes — qui en enflent pendant neuf mois.

Mariette est femme très honnête,
Et si ce n’est un jour de fête,
Elle a toujours l’aiguille en main.

(Théophile)

Un vieil homme est comme une vieille horloge, plus elle va avant, plus l’aiguille se raccourcit.

(Tamarin)

Delvau, 1866 : s. f. Clé, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Clé — Barbe de huit jours, — dans le jargon des voleurs. Elle pique comme une aiguille.

La Rue, 1894 : Clé.

Virmaître, 1894 : Fausse clé (Argot des voleurs).

France, 1907 : Clé, dans l’argot des voleurs. Carte pointant entre les autres de façon à seconder la tricherie d’un grec. (Lorédan Larchey)

S’il voit qu’un pigeon se dispose à lui tenir banco, il ne manquera pas de le faire couper immédiatement sous l’aiguille.

(Cavaillé)

Ambulante

Rigaud, 1881 : Fille publique. Allusion aux marches et contremarches auxquelles ces demoiselles se livrent, avant de se livrer au public. Le mot remonte au siècle dernier.

Une belle soirée qu’elles étaient assises au pied d’un arbre, et interrogeaient les passants, s’ils voulaient s’amuser (c’est le terme technique avec lequel ces ambulantes expriment sous une image honnête l’acte de leur métier le plus malhonnête).

(Anecdotes sur la comtesse du Barry, 1776)

Virmaître, 1894 : Fille qui va de cafés en cafés, tantôt à Montmartre tantôt à Grenelle. C’est généralement une fille rangée qui n’a pas de souteneur. Elle passe dans son quartier pour une laborieuse ouvrière qui va travailler au loin. Elle ne ramène jamais chez elle (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Voleuse qui va de maison en maison offrir de menus objets de vente.

Anneau d’Hans Carvel (l’)

Delvau, 1864 : Le con de la femme — dans lequel tout honnête homme doit mettre le doigt quand il n’y peut plus mettre la pine.

Une femme aimable est un anneau qui circule dans la société, et que chacun peut mettre à son doigt.

(Sophie Arnould)

Chantons l’anneau du mariage,
Bijou charmant, bijou béni ;
C’est un meuble utile au ménage,
Par lui seul un couple est uni.
Avant quinze ans, jeune fillette
Veut que l’on pense à son trousseau,
Et qu’on lui mette, mette, mette,
Mette le doigt dans cet anneau.

(Béranger)

Argot

d’Hautel, 1808 : Langage des porte-balles entr’eux, et qui se compose en partie de termes burlesques, de néologismes baroques et de mots anciens que l’usage a rejetés ; on donne aussi ce nom au patois des vauriens, des filous, qui, est inintelligible pour les honnêtes gens.
Les argots. Les extrémités supérieures et inférieures les mains et les pieds.
Fendre l’argot. Se sauver à toutes jambes ; s’éclipser.
Se dresser sur ses argots. Prendre un air arrogant ; s’emporter, se mettre en colère.
Se faire donner sur les argots. Pour se faire battre ; se faire redresser, corriger.

Halbert, 1849 : Bête.

Delvau, 1866 : s. m. Imbécile, — dans le langage des voleurs.

France, 1907 : Imbécile.

Asinver

Delvau, 1866 : v. a. Abêtir quelqu’un, — dans l’argot des voleurs, pour qui les honnêtes gens sont des sinves.

France, 1907 : Rendre simple, de sinve, niais ; argot des voleurs.

Aspic

d’Hautel, 1808 : Une langue d’aspic. Médisant, brouille-ménage, homme dangereux, que l’on doit soigneusement éviter.

Vidocq, 1837 : s. m. — Médisant, Calomniateur.

Halbert, 1849 : Avare.

Larchey, 1865 : Calomniateur (Vidocq). — Grâce à leur venin, ces serpents ont toujours symbolisé la calomnie. L’aspic des voleurs n’est que la vipère des honnêtes gens.

Delvau, 1866 : s. m. Avare, — dans l’argot des voleurs.

Delvau, 1866 : s. m. Mauvaise langue, bavard indiscret. Argot du peuple.

Virmaître, 1894 : Avare. Aspic signifie aussi mauvaise langue, langue de vipère. Cette expression est empruntée au proverbe : Mieux vaut un coup d’épée qu’un coup de langue (Argot du peuple). N.

Hayard, 1907 : Avare.

France, 1907 : Mauvaise langue, calomniateur ; argot populaire.

Assaut

d’Hautel, 1808 : Faire assaut de bêtises et de malhonnêtetés. Débiter à qui mieux mieux des sornettes, des contes biscornus ; se dire réciproquement de grosses injures.

Asticoter

d’Hautel, 1808 : Contrarier, tracasser, tourmenter quelqu’un sur de petits détails ; chicaner sur la pointe d’une aiguille.

Delvau, 1866 : v. a. Harceler quelqu’un, le contrarier, le piquer par des injures ou seulement par des épigrammes, ce qui est le forcer à un mouvement vermiculaire désagréable. Argot du peuple.

France, 1907 : Harceler quelqu’un, l’ennuyer, le tracasser sans cesse.

La poésie de T… vous connaissez ça : le couplet graveleux qui dilate les faces niaises des Benjamins du parvis de la Bourse, le rondeau où le naturalisme est bafoué, où Zola et Daudet sont asticotés par cet animalcule. Pourtant, la chose paraît à la rampe. Sa stupéfiante bêtise, sa banalité hurlante navrent les honnêtes gens et ravissent le quantum de sots qui compose un public des premières.

(Henry Bauër, Les Grands Guignols)

Le gouvernement a tort de ne pas le ménager, ce public d’artistes qui ne fait pas de politique, et qu’on amène fatalement à en faire en l’asticotant, trois cent soixante-cinq jours par an, dans ses goûts, ses habitudes, dans sa soif du beau, sa faim d’indépendance, dans son adoration de l’idéal.

(Séverine, Gil Blas)

Attendre l’omnibus

France, 1907 : Lorsqu’un voleur fait le guet à une heure indue et dans quelque endroit isolé, il répond aux agents qui l’ont surpris et lui demandent ce qu’il fait là, qu’il attend l’omnibus. Tout le monde sent la justesse et l’ironie de cette expression. Rien ne rappelle, en effet, l’attitude du voleur qui se tient aux écoutes, pendant que ses complices font leur main, comme celle du bourgeois ou de la bourgeoise qui attend l’omnibus.

Le président. — Vous êtes accusés d’avoir assassiné un invalide qui rentrait à l’hôtel.
Boulard. — De quoi ?… C’est pas vrai… Ah !
Le président. — Que faisiez-vous sur l’esplanade des invalides à une heure du matin ?
Boulard. — De quoi ?… J’attendais l’omnibus… Ah !

(Alph. Karr, Les Guêpes)

Et en attendant l’omnibus, cet honnête coquin tuait l’invalide… pour lui voler son nez d’argent ! Il paya ce nez de sa tête.

Les voleurs ainsi surpris s’excusaient autrefois en disant qu’ils cherchaient leur chien. On les appelait chercheurs de barbet.

(Oudin, Curiositez françoises)

Toute invention nouvelle est la source de quantité d’expressions qui passent bientôt du sens propre dans le sens figuré, et donnent lieu à une foule de métaphores. C’est par là que les langues s’enrichissent, que les idées s’étendent et deviennent plus claires, parce qu’on a plus de mots pour les exprimer. C’est au goût à faire le choix de ces mots et à les appliquer.

(Ch. Nisard)

Attraper quelque chose

Delvau, 1864 : Gagner la chaude-pisse ou la vérole dans un coït malsain, avec une coureuse ou avec une honnête femme.

Que ces drôlesses-là sont souvent de bons greniers à chaudes-pisses ! ce qu’on appelle de véritables attrape-michés.

(Comte De Caylus)

Si j’attrape quéque chose, au moins j’ l’aurai pas volé.

(Lemercier de Neuville)

Avoir deux œufs sur le plat

Virmaître, 1894 : On emploie cette expression pour une femme qui a des seins à l’état de soupçon. Ce à quoi elle répond : J’en ai assez pour un honnête homme (Argot du peuple). N.

Bâcler

d’Hautel, 1808 : Son affaire sera bientôt bâclée. Pour, sera bientôt expédiée, promptement conclue.
C’est une affaire bâclée. C’est-à-dire terminée, conclue.
Bâcler la lourde. Terme d’argot ; signifie fermer la porte.

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Fermer.

un détenu, 1846 : Faire quelque chose.

Delvau, 1866 : v. a. Fermer, — dans l’argot des voleurs, qui se servent là d’un vieux mot de la langue des honnêtes gens. On dit aussi Boucler.

France, 1907 : Faire une chose hâtivement et sans soin. Bâcler l’ouvrage.

Bagatelle

d’Hautel, 1808 : S’amuser à la bagatelle. Donner son temps & des choses frivoles, ne penser qu’a la dissipation et aux plaisirs.
Il ne faut pas s’amuser aux bagatelles de la porte. Voyez Amuser.

La Rue, 1894 : Amour.

Rossignol, 1901 : La femme honnête n’aime pas son mari uniquement pour la bagatelle.

France, 1907 : Une affaire de canapé, ainsi que le disait Napoléon, en parlant de l’amour. Être porté sur la bagatelle, aimer à rendre le devoir amoureux aux dames.

Enfin, dernier tableau, une almée et sont danseur jouèrent la pantomime de la Bagatelle (sic). Impossible de décrire l’enthousiasme des assistants indigènes à ce spectacle.

(Alfred Lecomte)

Elle ne croyait pas à l’amour
Et très tard resta demoiselle,
Quand, d’un galant, notre donzelle
Accepta la main un beau jour.
Elle prisa fort la bagatelle
Et révéla une ardeur telle
Que le pauvre diable en est mort !
N’éveillons pas le chat qui dort.

Balancer sa largue

Delvau, 1864 : Se débarrasser de sa maîtresse, — dans l’argot des filles et des maquereaux.

Delvau, 1866 : v. a. Se débarrasser de sa maîtresse, — dans l’argot des voleurs.

France, 1907 : Renvoyer sa maîtresse, argot des voleurs ; — ses alènes, devenir honnête homme, se ranger ; — ses châsses, regarder à droite et à gauche.

Balancer ses alênes

Delvau, 1866 : v. a. Quitter le métier de voleur pour celui d’honnête homme, à moins que ce ne soit pour celui d’assassin.

Virmaître, 1894 : Quitter le métier de voleur. Deux escarpes sont embusquées au coin d’une rue ; de loin, ils voient passer un garçon de recettes, une lourde sacoche sur l’épaule. — Quel dommage, dit l’un, que l’on ne puisse effaroucher son pognon. Je balancerai mes alênes et j’irai vivre honnête dans mon patelin (Argot des voleurs).

Ballotter

d’Hautel, 1808 : Railler, berner, tourner quelqu’un en ridicule. Un honnête n’aime pas être ballotté, ou pour mieux dire, il ne se met jamais dans ce cas.

Banlieusard, arde

France, 1907 : Habitant de la banlieue ; argot des Parisiens.

Le champ de foire devient le rendez-vous de la bohème banlieusarde, le lieu d’élection des bonnes et des garçons jardiniers ; la gouape du faubourg parisien vient aussi fraterniser. Dès les premières ombres du soir, on flirte derrière les baraques éteintes — quelquefois dedans ; les couples enamourés se ruinent aux petits jeux honnêtes et loyaux : biribi, bonneteau, passe anglaise et autres importations.

(Le Journal)

Banque

Delvau, 1866 : s. f. Escroquerie, ou seulement mensonge afin de tromper, — dans l’argot du peuple, qui connaît son Robert Macaire par cœur. Faire une banque. Imaginer un expédient — d’une honnêteté douteuse — pour gagner de l’argent.

Delvau, 1866 : s. f. Paye, — dans l’argot des typographes.

Delvau, 1866 : s. f. Tout le monde des saltimbanques, des banquistes. Truc de banque ! Mot de passe et de ralliement qui sert d’entrée gratuite aux artistes forains dans les baraques de leurs confrères. On les dispense de donner à la quête faite par les banquistes d’une autre spécialité que la leur.

Rigaud, 1881 : Association entre escrocs. Art de flouer son prochain. Faire une banque, combiner une escroquerie.

Rigaud, 1881 : Métier du saltimbanque.

Rigaud, 1881 : Paye des ouvriers typographes.

Rigaud, 1881 : Ruse, frime.

C’est une banque.

(Scribe, L’honneur de ma fille, 1836)

Rigaud, 1881 : Troupe de théâtre, — dans l’ancien, argot des comédiens.

Le gonze qui est à votre ordre est-il de la banque ? Celui qui est à côté de vous est-il un comédien ?

(Mémoires de Dumesnil)

Boutmy, 1883 : s. f. Paye des ouvriers. Le prote fait la banque aux metteurs en pages, qui à leur tour la font aux paquetiers. Ce mot entre dans plusieurs locutions. Par exemple on dit : La banque a fouaillé, pour indiquer que le patron n’a pas payé au jour dit. Être bloqué à la banque, c’est ne rien recevoir. Faire banque blèche s’emploie dans le même sens.

La Rue, 1894 : Troupe de théâtre. Métier de saltimbanque. Ruse, frime. Paye des ouvriers typographes. Association entre voleurs : Faire une banque, être de la banque.

Virmaître, 1894 : Les voleurs qui se partagent le produit d’un vol emploient cette expression (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Les forains propriétaires des grandes baraques, Pezon, Bidel, Marquetti, Corvi, sont ce que l’on nomme dans les fêtes la Banque, parce qu’ils sont riches.

France, 1907 : Escroquerie, duperie ; paiement, dans l’argot des ouvriers imprimeurs ; réunion de saltimbanques. Être de la banque, faire partie d’une bande d’escrocs ; faire la banque, allécher le client ; faire une banque, imaginer, préparer une escroquerie. Tailler une banque, tenir les cartes au baccara.

Bâton

d’Hautel, 1808 : C’est un bâton merdeux, on ne sert par où, le prendre. Locution, basse et grossière pour dire qu’un homme est revêche et acariâtre ; qu’on ne peut l’aborder sans en recevoir quelques duretés, quelques malhonnêtetés.
Le tour du bâton. Espèce de correctif que l’on aux monopoles, aux exactions, aux friponneries que se permettent certaines gens dans leur emploi. L’homme probe a en horreur le Tour du bâton.
Faire quelque chose à bâtons rompus. C’est-à-dire, après de fréquentes interruptions.
S’en aller le bâton blanc à la main. Se ruiner dans une entreprise, dans une spéculation ; se retirer sans aucune ressource.
C’est son bâton de vieillesse. Pour dire le soutien de ses vieux jours.
Martin bâton. Bâton avec lequel on frappe les ânes.
Avoir le bâton haut à la main. C’est-à-dire être pourvu d’une grande autorité, d’un grand pouvoir.
C’est un aveugle sans bâton. Se dit d’un homme inhabile dans son métier, ou qui manque des choses nécessaires à sa profession.
Tirer au court bâton. Disputer, contester quelque chose avec vigueur et opiniâtreté ; ne céder qu’à la dernière extrémité.
Il crie comme un aveugle qui a perdu son bâton. Voy. Aveugle.

Delvau, 1864 : Le membre viril, à cause de ses fréquentes érections qui lui donnent la dureté du bois — dont on fait les cocus. Les femmes s’appuient si fort dessus qu’elles finissent par le casser.

Vous connaissez, j’en suis certaine,
Derrière un petit bois touffu,
Dans le département de l’Aisne,
Le village de Confoutu.
Par suite d’un ancien usage
Qui remonte au premier humain,
Tout homme y fait pèlerinage,
La gourde et le bâton en main.

(Eugène Vachette)

Virmaître, 1894 : Juge de paix (Argot des voleurs). N.

Bécarre, bécarreux

France, 1907 : Synonyme de gandin, dandy, mais plus inepte, car il est tout à fait anglicisé. Il doit être grave, raide, gourmé, porter un faux col de vingt centimètres, saluer d’un geste automatique, paraître n’avoir que trente ans, ne pas danser et n’affecter aucune frivolité de manières ou de luxe. Bécarre n’est pas un nouveau mot, Molière a dit plaisamment à propos de musique : Hors du bécarre, point de salut.

Former des jeunes filles suffisamment instruites, mais moins savantes que sensées, de goûts simples et de mœurs irréprochables : ne recruter ces enfants que dans des familles honnêtes, bourgeoises, si l’on veut, d’antiques préjugés, ignorant le pschut !, le v’lan, la gomme, la poisse, le bécarre…

(Albert Cim, Institution de Demoiselles)

Belle petite

France, 1907 : Même sens que ci-dessus.

Pour la circonstance, elle avait pris ce que les femmes de cette catégorie appellent une tenue de femme honnête. Elle portait un petit chapeau fermé, très simple, recouvert d’une épaisse voilette, et sous la fourrure entr’ouverte on voyait une robe de soie noire d’une parfaite sévérité. Néanmoins, il s’exhalait de toute sa personne ce léger parfum de la femme galante, ce je ne sais quoi provocant qui fait qu’un Parisien expérimenté reconnait aussitôt ce que nos pères appelaient une cocotte, et que l’argot du jour appelle une belle petite.

(Édouard Ducret, Paris-Canaille)

Bénir

d’Hautel, 1808 : Que le bon Dieu te bénisse ! Phrase interjective, qui marque la surprise, l’improbation, le mécontentement.
Dieu vous bénisse ! Salut, souhait que l’on fait à quelqu’un qui éternue. On se sert aussi de cette locution pour se débarrasser honnêtement d’un pauvre qui demande l’aumône, et auquel on ne veut rien donner.
Il dépenseroit autant de bien qu’un évêque en béniroit. Voyez Autant.
Eau bénite de cour. Fausses carresses, vaines protestations d’amitié.
C’est pain bénit que d’attraper un rusé, un avare. Pour dire que c’est un mal dont chacun rit.
Ventre bénit. Nom que l’on donne aux bedeaux de paroisses, parce qu’ils vivent le plus souvent du pain bénit qu’on les charge de distribuer aux fidèles.
Changement de corbillon, appétit de pain bénit. Vieux proverbe qui signifie que la diversité et la variété plaisent en toutes choses. Voyez Appétit.
Il est réduit à la chandelle bénite. Se dit d’un moribond qui approche de sa dernière heure.

Béquille du père Banaba (la)

Delvau, 1864 : Le membre viril de tous les hommes, sur lequel s’appuient si volontiers toutes les femmes. Expression employée dès l’époque de la régence dans de nombreuses chansons.

J’ai perdu ma béquille,
S’écriait Barnaba ;
Quelle est l’honnête fille
Qui la rapportera ?

(Collé)

Marc une béquille avoit
Faite en fourche, et de manière
Qu’à la fois elle trouvoit
L’œillet et la boutonnière.

(Grécourt)

Besoin (hôtel de)

France, 1907 : Maison de prostitution que certains hypocrites affectant le puritanisme prétendent supprimer. Les bordels sont, en quelque sorte, des exutoires qui sauvegardent les honnêtes femmes et leurs filles des tentatives audacieuses de gens trop amoureux.

Beurre

d’Hautel, 1808 : C’est entré là-dedans comme dans du beurre. Pour dire tout de go, librement, sans aucun effort.
Il est gros comme deux liards de beurre, et on n’entend que lui. Se dit par mépris d’un marmouset, d’un fort petit homme, qui se mêle dans toutes les affaires et dont la voix se fait entendre par-dessus celle des autres.
Promettre plus de beurre que de pain. Abuser de la crédulité, de la bonne-foi de quelqu’un ; lui promettre des avantages qu’on ne peut tenir.
Des yeux pochés au beurre noir. Yeux meurtris par l’effet d’une chute, d’un coup, ou d’une contusion quelconque.
C’est bien son beurre. Pour, cela fait bien son affaire ; c’est réellement ce qui lui convient.

Vidocq, 1837 : s. m. — Argent monnoyé.

Larchey, 1865 : Argent. — V. Graisse.

Nous v’là dans le cabaret
À boire du vin clairet,
À ct’heure
Que j’ons du beurre.

(Chansons, Avignon, 1813)

Mettre du beurre dans ses épinards : Voir augmenter son bien-être. — On sait que les épinards sont la mort au beurre.
Avoir du beurre sur la tête : Être couvert de crimes. — Allusion à un proverbe hébraïque. V. Vidocq. Beurrier : Banquier (Vidocq).

Delvau, 1866 : s. m. Argent monnayé ; profit plus ou moins licite. Argot des faubouriens. Faire son beurre. Gagner beaucoup d’argent, retirer beaucoup de profit dans une affaire quelconque. Y aller de son beurre. Ne pas craindre de faire des frais, des avances, dans une entreprise.

Rigaud, 1881 : Argent.

La Rue, 1894 : Argent (monnaie). Synonymes : braise, carme, nerf, blé, monarque, galette, carle, pognon, michon, cercle, pilon, douille, sauvette, billes, blanc, mitraille, face, philippe, métal, dalles, pèze, pimpions, picaillon, noyaux, quibus, quantum, cuivre, vaisselle de poche, zozotte, sonnettes, auber, etc. Milled, 1.000 fr. Demi-sac, 500 fr. Pile, mètre, tas, livre, 100 fr. Demi-jetée, 50 fr. Signe, cigale, brillard, œil-de-perdrix, nap, 20 fr. Demi-signe, 10 fr. Tune, palet, dringue, gourdoche, 5 fr. Escole, escaletta, 3 fr. Lévanqué, arantequé, larante, 2 fr. Linvé, bertelo, 1 fr. Grain, blanchisseuse, crotte de pie, lisdré, 50 cent. Lincé, 25 cent. Lasqué, 20 cent. Loité, 15 cent. Lédé, 10 cent. (Voir largonji). Fléchard, rotin, dirling, broque, rond, pétard, 5 cent. Bidoche, 1 cent.

Rossignol, 1901 : Bénéfice. Une bonne qui fait danser l’anse du panier fait son beurre. Un commerçant qui fait ses affaires fait son beurre. Un domestique qui vole ses maîtres sur le prix des achats fait son beurre. Le domestique, né à Lisieux, qui n’est pas arrive après vingt ans de Service à se faire des rentes parce que son maître, né à Falaise, est plus Normand que lui, n’a pas fait son beurre.

France, 1907 : Argent monnayé, profit de quelque façon qu’il vienne ; argot des faubouriens. Les synonymes sont : braise, carme, nerf, blé, monarque, galette, carte, pognon, michon, cercle, pilon, douille, sauvette, billes, blanc, mitraille, face, philippe, métal, dalles, pèze, pimpions, picaillon, noyaux, quibus, quantum, cuivre, vaisselle de poche, zozotte, sonnettes, etc.
Faire son beurre, prélever des bénéfices plus ou moins considérables, honnêtes ou non ; y aller de son beurre, ne pas hésiter à faire des frais dans une entreprise ; c’est un beurre, c’est excellent ; au prix où est le beurre, aux prix élevés où sont toutes les denrées, argot des portières.

Il faut entendre un restaurateur crier : « L’addition de M. le comte ! » pour s’apercevoir que la noblesse, de nos jours, pas plus que du temps de Dangeau, n’est une chimère. Pour une jeune fille dont le père s’appelle Chanteaud, pouvoir signer « comtesse » les billets aux bonnes amies qui ont épousé des Dupont et des Durand, c’est tout ! Remplacer le pilon ou le mortier, armes dérisoires de la rue des Lombards, par un tortil élégant surmontant des pals, des fasces, des croix ou des écus semés sur des champs de sinople, quel charmant conte de fées ! Et ça ne coûte que trois cent mille francs ; c’est pour rien, au prix où est le beurre.

(Edmond Lepelletier, Écho de Paris)

Avoir du beurre sur la tête, être fautif, avoir commis quelque méfait qui vous oblige à vous cacher. Cette expression vient évidemment d’un proverbe juif : « Si vous avez du beurre sur la tête, n’allez pas au soleil ; il fond et tache. »
Mettre du beurre dans ses épinards, se bien traiter, car, suivant les ménagères, les épinards sont la mort au beurre. Les politiciens ne visent qu’à une chose : à mettre du beurre dans leurs épinards.

Je pense que c’est à la politique des groupes que l’on doit la médiocrité presque universelle qui a éclaté dans la crise actuelle. Le député entre à la Chambre par son groupe, vote avec son groupe, a l’assiette au beurre avec lui, la perd de même. Il s’habitue à je ne sais quelle discipline qui satisfait, à la fois, sa paresse et son ambition. Il vit par une ou deux individualités qui le remorquent.

(Germinal)

Beurre demi-sel

Delvau, 1866 : s. m. Fille ou femme qui n’est plus honnête, mais qui n’est pas encore complètement perdu. Argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Demoiselle qui n’a eu encore que deux ou trois amants.

France, 1907 : Fille ou femme qui a jeté son bonnet par-dessus les moulins, mais qui n’est pas encore tombée dans le domaine public.

Une fille perdue s’appelait autrefois une dessalée.

(Alfred Delvau)

Boîte

d’Hautel, 1808 : C’est la boîte à la malice. Se dit d’un enfant spirituel, espiègle et malin.
Il semble toujours qu’il sorte d’une boîte. Se dit par ironie d’une personne qui est toujours tirée à quatre épingles ; dont le maintien est roide et affecté.
Dans les petites boîtes les bons onguents. Manière, honnête d’excuser la petitesse de quelqu’un, parce que les choses précieuses font ordinairement peu de volume.
Mettre quelqu’un dans la boîte aux cailloux. Pour le mettre en prison ; le coffrer.

Delvau, 1864 : Sous-entendu : à jouissance, ou bien encore, boîte à pines. Fille publique.

Delvau, 1866 : s. f. Théâtre de peu d’importance, — dans l’argot des comédiens ; bureaux de ministère, — dans l’argot des employés ; bureau de journal, — dans l’argot des gens de lettres ; le magasin ou la boutique, — dans l’argot des commis.

Rigaud, 1881 : Atelier, maison, magasin, établissement quelconque

Dans l’argot domestique, tout ce qui n’est pas une bonne maison est une boîte. Une bonne maison est celle où les maîtres ne sont pas regardants et où l’on peut s’arrondir sans être inquiété.

(Bernadille, Esquisses et Croquis parisiens)

Boutmy, 1883 : s. f. Imprimerie, et particulièrement mauvaise petite imprimerie. C’est une boîte, dit un vieux singe ; il y a toujours mèche, mais hasard ! au bout de la quinzaine banque blèche. Casse. Faire sa boîte, c’est distribuer dans sa casse. Pilleur de boîtes ou fricoteur, celui qui prend, à l’insu et au détriment de ses compagnons, et dans leurs casses, les sortes de caractères les plus courantes dans l’ouvrage qu’il compose, et qui manquent au pilleur ou qu’il a déjà employées. V. Planquer des sortes.

Fustier, 1889 : Argot militaire. Salle de police. Coucher à la boîte, boulotter de la boîte : être souvent puni ; avoir une tête à boîte : être affligé d’une maladresse qui attire sur vous les préférences de l’instructeur. — Grosse boîte, prison.

Rossignol, 1901 : Salle de police. Tous ceux qui ont été militaires ont certainement entendu dire par tous les grades.

Je vais vous flanquer à la boîte.

Rossignol, 1901 : Terme d’employés ou d’ouvriers. Un agent de police qui va à la préfecture va à la boîte. Pour un employé, son magasin est sa boîte ; l’atelier pour l’ouvrier est sa boîte.

France, 1907 : Mauvaise maison, logement où l’on est mal. Aussi ce terme est-il employé pour désigner tout endroit où l’on travaille, ou du moins où l’on est obligé de travailler : pour l’ouvrier, son atelier ou son usine est une boîte ; pour l’employé, c’est son magasin ou son bureau ; pour le domestique, c’est la maison de ses maîtres ; pour l’écolier, c’est la pension, le collège ou l’école.

Pourquoi, en dépit des souffrances endurées, n’éprouve-t-on aucune amertume rancunière contre la boîte, comme nous l’appelions en nos mauvais jours, lorsque les minutes paraissaient si longues ?

(René Maizeroy)

Bon

d’Hautel, 1808 : Il est bon, mais c’est quand il dort. Se dit par plaisanterie, en parlant d’un enfant turbulent, espiègle et difficile à conduire.
Il est bon par où je le tiens. Se dit à-peu-près dans le même sens, pour exprimer qu’un enfant a la mine trompeuse ; qu’il est plus dégoisé qu’il le paroît.
Il est bon là. Manière ironique qui équivaut à, il est sans façon, sans gêne ; je l’aime encore bien de cette façon.
Il est bon là. Signifie aussi, il est bien capable de faire face à cette affaire ; il est bon pour en répondre.
Il est si bon qu’il en pue ; il est si bon qu’il en est bête. Se dit trivialement et incivilement d’une personne foible et pusillanime, et qui n’inspire aucun respect.
Il est bon comme du bon pain. Se dit d’une personne qui, par défaut de jugement, ou par foiblesse, se laisse aller à toutes les volontés.
Les bons pâtissent pour les mauvais. Signifie que les innocens portent souvent la peine des coupables.
Les bons maîtres font les bons valets. C’est-à-dire qu’il faut que les maîtres donnent l’exemple de la douceur et de la complaisance à leurs domestiques.
Quand on est trop bon le loup vous mange. Signifie qu’un excès de bonté est toujours nuisible.
À tout bon compte revenir. Veut dire qu’entre honnêtes gens, erreur ne fait pas compte.
Jouer bon jeu bon argent. Jouer loyalement, franchement.
Faire bonne mine et mauvais jeu. Dissimuler les peines, les chagrins que l’on ressent ; le mauvais état de ses affaires.
Avoir bon pied bon œil. Être frais, gaillard et dispos ; prendre garde à tout.
Faire le bon valet. Faire plus que l’on ne commande ; flatter, carresser quelqu’un pour gagner ses faveurs, et en tirer avantage.
Il a une bonne main pour chanter et une bonne voix pour écrire. Raillerie qui signifie qu’une personne n’est habile dans aucun de ces arts.
À bon chat bon rat. Se dit lorsque dans une affaire, un homme fin et subtil rencontre un adversaire aussi rusé que lui.
Ce qui est bon à prendre est bon à rendre. Se dit de ceux qui, provisoirement, et sous un prétexte quelconque, s’emparent du bien d’autrui, sauf à le restituer ensuite, s’il y a lieu. Le peuple, traduit ainsi ce proverbe : Ce qui est bon à prendre est bon à garder, parce qu’on ne rend jamais, ou du moins bien rarement, ce dont on s’est emparé.
Bon jour, bon œuvre. Veut dire que les gens vertueux saisissent l’occasion des grandes fêtes pour faire de bonnes actions ; et les méchans pour commettre leurs crimes.
Mettre quelqu’un sur le bon pied. C’est-à-dire, ne pas lui laisser prendre d’empire sur soi, en agir librement avec lui.
À quelque chose malheur est bon. Signifie que souvent d’un accident il résulte un grand bien.
N’être bon ni à rôtir ni à bouillir ; n’être bon à aucune sauce. C’est n’être propre à aucun emploi ; n’être bon à rien.
Il n’est pas bon à jeter aux chiens. Se dit d’un homme contre lequel on a conçu une grande animadversion ; ou qui, d’une haute faveur, est tombé tout-à-coup dans la disgrace la plus complète.
Tout cela est bel et bon, mais l’argent vaut mieux. Se dit à ceux qui allèguent des excuses, des prétextes, pour ne point remplir leurs engagemens.
Un bon Gaulois. Pour dire un homme qui tient aux anciennes modes, aux anciens usages.
S’expliquer en bon Français. C’est parler ouvertement, sans rien déguiser.
Une bonne fuite vaut mieux qu’une mauvaise attente.
C’est un bon diable ; un bon garçon ; un bon enfant ; un bon vivant ; un bon luron.
Termes familiers, qui se prennent communément en bonne part, à l’exception cependant du second et du troisième, qui s’emploient quelquefois dans un sens ironique.
Après bon vin bon cheval. Signifie que quand on a fait bonne chère, on se remet en route plus aisément.
Faire bon pour quelqu’un. S’engager à payer pour lui, se rendre sa caution.
Trouver bon ; coûter bon. Approuver tout ; payer quelque chose fort cher.
Tenir bon. C’est résister avec courage et fermeté.
Se fâcher pour tout de bon. Bouder, être sérieusement fâché.
On ne peut rien tirer de cet homme que par le bon bout. C’est-à-dire, que par la rigueur, par les voies judiciaires.
C’est un bon Israélite. Se dit par raillerie d’un homme simple et dénué d’esprit.
Rester sur la bonne bouche. C’est-à-dire, sur son appétit ; ne pas manger selon sa faim.
Faire bonne bouche. Flatter, endormir quelqu’un par de belles paroles.
Garder une chose pour la bonne bouche. La réserver pour la fin, comme étant la plus agréable et la plus facile.
C’est bon et chaud. Pour exprimer que ce que l’on mange est brûlant.
Mon bon. Ma bonne. Noms caressans et flatteurs que les bourgeoises de Paris donnent à leurs maris. Les personnes de qualité se servent aussi de ces mots, par bienveillance ou par hauteur, en parlant à leurs inferieurs.

Larchey, 1865 : Bon apôtre, hypocrite.

Vous n’êtes bons ! vous… N’allons, vous n’avez fait vos farces !

(Balzac)

C’est un bon : C’est un homme solide, à toute épreuve.

Ce sont des bons. Ils feront désormais le service avec vous.

(Chenu)

Pour un agent de police, un homme bon est bon à arrêter.
Être des bons : Avoir bonne chance.

Delvau, 1866 : s. m. Homme sur lequel on peut compter, — dans l’argot du peuple, à qui l’adjectif ne suffisait pas, paraît-il.

Rigaud, 1881 : Agent des mœurs, — dans l’argot des filles et des voleurs. Le bon me fiole, l’agent des mœurs me dévisage.

Boutmy, 1883 : s. m. Épreuve sur laquelle l’auteur a écrit : Bon à tirer, c’est-à-dire bon à imprimer. Cette épreuve est lue une dernière fois, après l’auteur, par le correcteur en seconde ou en bon.

La Rue, 1894 : Homme bon à voler. Agent des mœurs. Le bon me fiole, l’agent me regarde. Avoir bon, prendre en flagrant délit.

France, 1907 : Naïf, bon à voler. Être le bon, être arrêté à bon escient ; vous êtes bons, vous, vous êtes un farceur ; bon jeune homme, garçon candide ; être des bons, avoir bonne chance ; il est bon, il est amusant ; c’est un bon, c’est un homme sur lequel on peut compter. Bon endroit, le derrière, le podex.

Elle reçut un maître coup de soulier juste au bon endroit.

(Zola)

Bon pour Bernard, bon pour les cabinets d’aisance.

Bonnet d’évêque

Delvau, 1866 : s. m. Le train de derrière d’une volaille. Argot des bourgeois.

Delvau, 1866 : s. m. Petite loge du cintre. Argot des coulisses.

Rigaud, 1881 : Loge des quatrièmes en forme de mitre, d’où le nom. — Train de derrière d’une volaille découpée de façon à ce qu’il figure la mitre. C’est un des morceaux les plus délicats, et, à table, chez d’honnêtes bourgeois, l’objet d’aimables plaisanteries.

Boucardier ou boucarmier

France, 1907 : Dévaliseur de boutiques, à l’aide d’un petit garçon, dit pégriot, qui s’y cache et ouvre pendant la nuit.

— Ce sont les agents qui inventent les noms des nouveaux genres de vol ?
— Nullement. Les malfaiteurs s’en chargent. Quelques-uns utilisent les loisirs que leur fait la prison à cataloguer en argot les différentes dénominations de leurs exploits. Le nom est modelé sur le procédé employé pour son accomplissement. C’est ainsi qu’ils ont baptisé :
Cambrioleurs, les dévaliseurs de chambres (dérivé de cambriole, qui signifie chambre) ;
Carroubleurs, les voleurs à l’aide de fausses clés (carroubles) ;
Fric-frac, les casseurs de porte ;
Vanterniers, ceux qui s’introduisent dans les habitations par les fenêtres ;
Boucarmiers, dévaliseurs de boutiques.
Puis viennent les charrieurs, goupineurs, ramastiqueurs, mastaroubleurs, bonjouriers, roulottiers, tireurs.
Ces derniers sont les plus nombreux, l’opération étant simple, facile et à portée de tous les malhonnêtes gens.

(G. Macé, Un Joli monde)

Bougrerie

Delvau, 1864 : Péché contre nature que commettent, non seulement les pédérastes, mais même quelquefois les honnêtes gens avec les femmes.

Un peu de bougrerie
Est dans la vie
Quelquefois de saison.

(Collé)

Bouillabaisse

Delvau, 1866 : s. f. Confusion de choses ou de gens. Argot des coulisses et des gens de lettres. Faire de la bouillabaisse. Arranger confusément des choses ou des idées.

France, 1907 : Amalgame de choses confuses, mélange disparate d’idées ou de gens. La bouillabaisse est une soupe ou plutôt un plat provençal dans lequel il entre une grande variété de poissons et de crustacés. En voici d’ailleurs la recette donnée par un poète méridional :

Oh ! ne transigez pas, ayez de la rascasse,
Du merlan, du saint-pierre et du rouget, assez
Pour un jeune requin. Parmi les crustacés,
Préférez la langouste à petite carcasse.
L’anguille ? l’oublier serait un trait cocasse !
La sardine s’impose aux mollusques tassés,
La cigale de mer poivre ces testacés !
D’un arôme enragé de piment madécasse.
Or, sans ail, thym, fenouil, quatre épices, lauriers,
Oignons et céleris, jamais vous ne l’auriez !
Un zeste de citron délicat l’enjolive.
Quant au safran, maudit qui le dose !… Raca
Sur l’huile qui n’est pas honnêtement d’olive !
Et quand on l’a mangée, on peut faire caca !

Bouis

d’Hautel, 1808 : Un bouis. Terme bas et de mépris ; cloaque, maison de débauche et de prostitution ou les honnêtes gens se gardent bien d’entrer.

Bras-de-Fer, 1829 : Fouet.

Vidocq, 1837 : s. m. — Bordel.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Delvau, 1866 : s. m. Fouet, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Maison de tolérance, — dans l’ancien argot.

France, 1907 : Fouet.

Brèche

d’Hautel, 1808 : Faire brèche à son honneur. Ternir sa réputation par un fait déshonnête.

Delvau, 1864 : La nature de la femme, par laquelle l’homme entre dans le paradis.

Et passant la main à là brèche.

(Moyen de parvenir)

Madame, n’entendez plus rien,
Laissez donner à votre brèche.

(Théophile)

Cadavre

Delvau, 1866 : s. m. Secret qu’on a intérêt à cacher, — faute ou crime, faiblesse ou malhonnêteté. Argot des gens de lettres. Savoir où est le cadavre de quelqu’un. Connaître son secret, savoir quel est son vice dominant, son faible.

Delvau, 1866 : s. m. Synonyme de corps. Même argot [du peuple]. Se mettre quelque chose dans le cadavre. Manger.

Rigaud, 1881 : Corps humain vivant. Promener son cadavre, se promener. — Aller se refaire le cadavre, aller manger. — Travailler le cadavre de quelqu’un, rouer quelqu’un de coups.

France, 1907 : Corps vivant. Se lester le cadavre, manger ; argot populaire. Ce mot s’emploie aussi pour la preuve d’une action répréhensible, faiblesse ou malhonnêteté, et quelquefois pis, commise dans un passé plus ou moins lointain. Chercher le cadavre de quelqu’un, c’est éplucher sa vie pour découvrir quelques délits secrets.

Tous ces gens ont, comme moi, leur petit cadavre. Le mien, je l’exhibe et le revendique : c’est la Commune. Eux cachent le leur et ils ont raison. Je ne les blâme pas et les laisse en paix — à chacun le droit de vivre — mais je les trouve parfois trop vertueux, trop importants et trop enclins aux coups de grosse caisse.

(Hector France, La Nation)

Calège

Vidocq, 1837 : s. f. — Quoiqu’on ne rencontre pas la Calège sur la voie publique, elle n’est pas cependant une femme honnête ; ses appas sent la marchandise qu’elle débite, mais elle vend très-cher ce que la Ponante et la Dossière (voir ces mots), livrent à un prix modéré ; sa toilette est plus fraîche, ses manières plus polies, mais ses mœurs sont les mêmes ; la Ponante danse le chahut à la Courtille ; la Calège danse le cancan au bal Musard ; l’une boit du vin à quinze et se grise ; l’autre boit du champagne et s’énivre ; la première a pour amant un Cambriolleur ou un Roulotier ; l’amant de la seconde est faiseur ou escroc. Il ne faut pas juger sur l’étiquette du sac.

Larchey, 1865 : Prostituée élégante, et associée à des hommes dangereux.

Elle vend très-cher ce que la ponante et la dossière livrent à des prix modérés. Sa toilette est plus fraîche ; ses manières plus polies. Elle a pour amant un faiseur ou un escroc, tandis que les autres sont associées à un cambriolleur ou à un roulotier.

(Vidocq)

Vient de cale, qui signifiait grisette au dix-septième siècle.

Gombault, qui se piquait de n’aimer qu’en bon lieu, cajolait une petite cale crasseuse.

(Tallemant des Réaux)

Rigaud, 1881 : Fille richement entretenue, — dans le jargon des voleurs. C’est-à-dire fille calée, par altération.

La Rue, 1894 : Fille entretenue richement.

Calme et inodore (être)

Larchey, 1865 : Affecter une certaine sévérité de manières. — Ces deux mots ne vont jamais l’un sans l’autre, et parodient sans doute quelque manuel de civilité puérile et honnête.

Delvau, 1866 : Se conduire convenablement, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Se tenir tranquille. Les personnes qui ont une teinture de chimie ne manquent pas d’ajouter : inattaquable par les acides.

Calot

Larchey, 1865 : Dé à coudre, coquille de noix (Vidocq). — Comparaison de ces objets à la calotte qui est de même forme. — Calot : Teigneux. Mot à mot : ayant une calotte de teigne.

Delvau, 1866 : s. m. Dé à coudre, — dans l’argot des voleurs. Signifie aussi coquille de noix.

Delvau, 1866 : s. m. Grosse bille avec laquelle on cale en jouant, — dans l’argot des enfants.

Rigaud, 1881 : Dé à coudre, parce qu’il a la forme d’une calotte microscopique.

Rigaud, 1881 : Képi, — dans le jargon de Saint-Cyr.

Récompense honnête à qui rapportera le calot 3118.

(La Vie moderne, 30 août 1879)

Rigaud, 1881 : Vieillard, vieille femme ridicule, — dans l’ancien jargon des clercs de notaire.

Quant aux farces d’étude, c’est ordinairement sur de vieilles ganaches, sur ce que les clercs appellent des calots, qu’ils les exercent.

(Le Peintre des coulisses, 1822)

Dans le jargon moderne des commis de la nouveauté, un calot désigne un acheteur qui borne ses achats à un objet de peu d’importance, à une paire de gants à 29 sous par exemple.

Fustier, 1889 : Argot des commis de nouveautés : acheteur difficile, ennuyeux à servir.

Dans notre argot, nous appelons la femme qui nous énerve, un calot.

(P. Giffard)

V. Delvau. Suppl. Madame Canivet.

La Rue, 1894 : Dé à coudre. Coquille de noix. Œil saillant. Officier supérieur.

Virmaître, 1894 : Grosse bille avec laquelle les enfants jouent à la poucette (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Synonyme de jeu de biribi.

France, 1907 : Dé à coudre, coquille de noix ; diminutif de calotte. Se dit aussi pour la calotte d’écurie que portent les militaires.

France, 1907 : Œil. Boiter des calots, loucher. Reluquer des calots, regarder.

France, 1907 : Sorte de jeu où le joueur est toujours volé. En voici l’explication par Hogier-Grison :

Le bonneteau n’est pas le seul jeu tenu par les croupiers de barrières. Ils en ont une série d’autres dont le fonctionnement ostensible est aussi simple et dont le truc caché est aussi dangereux.
Voici, par exemple, le calot, plus terrible encore que le bonneteau. Il se compose de trois quilles creuses, sous l’une desquelles le teneur place une petite boule appelée le mouton.
Il exige un personnel de quatre comtes ou compères, parmi lesquels un comte en blanc qui ne joue jamais, mais qui est chargé du rapport.
C’est un peu le jeu des gobelets et de la muscade ; le teneur s’installe ; il met le mouton sur une petite table, et le recouvre d’une quille :
— La boulette ! dit-il, elle passe, la boulette’… la boulette’… la boulette… Et, en même temps, il change les quilles de place, les faisant passer tour à tour à droite, à gauche, au milieu, en les glissant sur la table de telle sorte que la boulette ne puisse sortir. Il s’arrête :
— Un louis à qui désigne la quille où se trouve la boulette ! crie-t-il.
Un des « comtes » montre un des calots :
— Elle est là, répond-il.
Le teneur soulève la quille, la boulette n’y est pas.
— Farceur, dit un autre « comte », la voici.
Et il soulève le calot sous lequel est le mouton.
— C’est bien simple, ajoute-t-il ; vous n’avez donc pas suivi le mouvement du joueur ? la boulette est toujours sous la même quille ; il y a qu’à ne pas perdre la quille de vue…
Bientôt le public s’en mêle ; le jeu change. Le teneur pose la boulette sur la table, la recouvre d’une quille, fait passer les deux autres, et tout en faisant ce double mouvement, il roule la boulette jusque dans ses doigts, où elle reste cachée, de façon qu’il n’y a plus de boulette du tout. Le pigeon peut ponter sur n’importe quelle quille, il a toujours perdu.

(Le Monde où l’on triche)

Cambriolleur, -euse

Vidocq, 1837 : s. — On reconnaît un soldat, même lorsque qu’il a quitté l’uniforme pour endosser l’habit bourgeois, on peut se mettre à sa fenêtre, regarder ceux qui passent dans la rue et dire, sans craindre de se tromper, celui-ci est un tailleur, cet autre et un cordonnier ; il y a dans les habitudes du corps de chaque homme un certain je ne sais quoi qui décèle la profession qu’il exerce, et que seulement ceux qui ne savent pas voir ce qui frappe les yeux de tout le monde ne peuvent pas saisir ; eh bien, si l’on voulait s’en donner la peine, il ne serait guère plus difficile de reconnaître un voleur qu’un soldat, un tailleur ou un cordonnier. Comme il faut que ce livre soit pour les honnêtes gens le fil d’Ariane destiné à les conduire à travers les sinuosités du labyrinthe, j’indique les diagnostics propres à faire reconnaître chaque genre ; si après cela ceux auxquels il est destiné ne savent pas se conduire, tant pis pour eux.
Les Cambriolleurs sont les voleurs de chambre soit à l’aide de fausses clés soit à l’aide d’effraction. Ce sont pour la plupart des hommes jeunes encore, presque toujours ils sont proprement vêtus, mais quel que soit le costume qu’ils aient adopté, que ce soit celui d’un ouvrier ou celui d’un dandy, le bout de l’oreille perce toujours. Les couleurs voyantes, rouge, bleu ou jaune, sont celles qu’ils affectionnent le plus ; ils auront de petits anneaux d’or aux oreilles ; des colliers en cheveux, trophées d’amour dont ils aimeront à se parer ; s’ils portent des gants ils seront d’une qualité inférieure ; si d’aventure l’un d’eux ne se fait pas remarquer par l’étrangeté de son costume il y aura dans ses manières quelque chose de contraint qui ne se remarque pas dans l’honnête homme ; ce ne sera point de la timidité, ce sera une gêne, résultat de l’appréhension de se trahir. Ces diverses observations ne sont pas propres seulement aux Cambriolleurs, elles peuvent s’appliquer à tous les membres de la grande famille des trompeurs. Les escrocs, les faiseurs, les chevaliers d’industrie, sont les seuls qui se soient fait un front qui ne rougit jamais.
Les Cambriolleurs travaillent rarement seuls ; lorsqu’ils préméditent un coup, ils s’introduisent trois ou quatre dans une maison, et montent successivement ; l’un d’eux frappe aux portes, si personne ne répond, c’est bon signe, et l’on se dispose à opérer ; aussitôt, pour se mettre en garde contre toute surprise, pendant que l’un des associés fait sauter la gâche ou jouer le rossignol, un autre va se poster à l’étage supérieur, et un troisième à l’étage au-dessous.
Lorsque l’affaire est donnée ou nourrie, l’un des voleurs se charge de filer (suivre) la personne qui doit être volée, dans la crainte qu’un oubli ne la force à revenir au logis ; s’il en est ainsi, celui qui est chargé de cette mission la devance, et vient prévenir ses camarades, qui peuvent alors s’évader avant le retour du mézière.
Si, tandis que les Cambriolleurs travaillent, quelqu’un monte ou descend, et qu’il désire savoir ce que font dans l’escalier ces individus qu’il ne connaît pas, on lui demande un nom en l’air : une blanchisseuse, une sage-femme, une garde malade ; dans ce cas, le voleur interrogé balbutie plutôt qu’il ne parle, il ne regarde pas l’interrogateur, et empressé de lui livrer le passage, il se range contre la muraille, et tourne le dos à la rampe.
Si les voleurs savent que le portier est vigilant, et s’ils présument que le vol consommé ils auront de gros paquets à sortir, l’un d’eux entre tenant un paquet sous le bras ; ce paquet, comme on le pense bien, ne contient que du foin, qui est remplacé, lorsqu’il s’agit de sortir, par les objets volés.
Quelques Cambriolleurs se font accompagner, dans leurs expéditions, par des femmes portant une hotte ou un panier de blanchisseuse, dans lesquels les objets volés peuvent être facilement déposés ; la présence d’une femme sortant d’une maison, et surtout d’une maison sans portier, avec un semblable attirail, est donc une circonstance qu’il est important de remarquer, si, surtout, l’on croit voir cette femme pour la première fois.
Il y a aussi les Cambriolleurs à la flan (voleurs de chambre au hasard) qui s’introduisent dans une maison sans auparavant avoir jeté leur dévolu ; ces improvisateurs ne sont sûrs de rien, ils vont de porte en porte, où il y a ils prennent, où il n’y a rien, le voleur, comme le roi, perd ses droits. Le métier de Cambriolleur à la flan, qui n’est exercé que par ceux qui débutent dans la carrière, est très-périlleux et très-peu lucratif.
Les voleurs ont des habitudes qu’ils conservent durant tout le temps de leur exercice ; à une époque déjà éloignée, ils se faisaient tous chausser chez une cordonnière que l’on nommait la mère Rousselle, et qui demeurait rue de la Vannerie ; à la même époque, Gravès, rue de la Verrerie, et Tormel, rue Culture-Sainte-Catherine, étaient les seuls tailleurs qui eussent le privilège d’habiller ces messieurs. Le contact a corrompu les deux tailleurs, pères et fils sont à la fin devenus voleurs, et ont été condamnés ; la cordonnière, du moins je le pense, a été plus ferme ; mais, quoiqu’il en soit, sa réputation était si bien faite et ses chaussures si remarquables, que lorsqu’un individu était arrêté et conduit à M. Limodin, interrogateur, il était sans miséricorde envoyé à Bicêtre si pour son malheur il portait des souliers sortis des magasins de la mère Rousselle. Une semblable mesure était arbitraire sans doute, mais cependant l’expérience avait prouvé son utilité.
Les voleuses, de leur côté, avaient pour couturière une certaine femme nommée Mulot ; elle seule, disaient-elles, savait avantager la taille, et faire sur les coutures ce qu’elles nommaient des nervures.
Les nuances, aujourd’hui, ne sont peut-être pas aussi tranchées ; mais cependant, si un voleur en renom adopte un costume, tous les autres cherchent à l’imiter.
Je me suis un peu éloigné des Cambriolleurs, auxquels je me hâte de revenir ; ces messieurs, avant de tenter une entreprise, savent prendre toutes les précautions propres à en assurer le succès ; ils connaissent les habitudes de la personne qui habite l’appartement qu’ils veulent dévaliser ; ils savent quand elle sera absente, et si chez elle il y a du butin à faire.
Le meilleur moyen à employer pour mettre les Cambriolleurs dans impossibilité de nuire, est de toujours tenir la clé de son appartement dans un lieu sûr ; ne la laissez jamais à votre porte, ne l’accrochez nulle part, ne la prêtez à personne, même pour arrêter un saignement de nez ; si vous sortez, et que vous ne vouliez pas la porter sur vous, cachez-la le mieux qu’il vous sera possible. Cachez aussi vos objets les plus précieux ; cela fait, laissez à vos meubles toutes vos autres clés : vous épargnerez aux voleurs la peine d’une effraction qui ne les arrêterait pas, et à vous le soin de faire réparer le dégât que sans cela ils ne manqueraient pas de commettre.
es plus dangereux Cambriolleurs sont, sans contredit, les Nourrisseurs ; on les nomme ainsi parce qu’ils nourrissent des affaires. Nourrir une affaire, c’est l’avoir toujours en perspective, en attendant le moment le plus propice pour l’exécution ; les Nourrisseurs, qui n’agissent que lorsqu’ils ont la certitude de ne point faire coup fourré, sont ordinairement de vieux routiers qui connaissent plus d’un tour ; ils savent se ménager des intelligences où ils veulent voler ; au besoin même, l’un d’eux vient s’y loger, et attend, pour commettre le vol, qu’il ait acquis dans le quartier qu’il habite une considération qui ne permette pas aux soupçons de s’arrêter sur lui. Ce dernier n’exécute presque jamais, il se borne seulement à fournir aux exécutans tous les indices qui peuvent leur être nécessaires. Souvent même il a la précaution de se mettre en évidence lors de l’exécution, afin que sa présence puisse, en temps opportun, servir à établir un alibi incontestable.
Ce sont ordinairement de vieux voleurs qui travaillent de cette manière ; parmi eux on cite le nommé Godé, dit Marquis, dit Capdeville ; après s’être évadé du bagne, il y a plus de quarante ans, il vint s’établir aux environs de Paris, où il commit deux vols très-considérables, l’un à Saint-Germain en Laye, l’autre à Belleville ; cet individu est aujourd’hui au bagne de Brest, où il subit une condamnation à perpétuité.
Les vols de chambre sont ordinairement commis les dimanches et jours de fête.

Canapé

Vidocq, 1837 : s. m. — On trouve dans le langage des voleurs, dix, vingt mots même, pour exprimer telle action répréhensible, ou tel vice honteux ; on n’en trouve pas un seul pour remplacer ceux de la langue usuelle, qui expriment des idées d’ordre ou de vertu ; aussi doit-on s’attendre à trouver, dans un livre destiné à faire connaître leurs mœurs et leur langage, des récits peu édifians. J’ai réfléchi long-temps avant de me déterminer à leur donner place dans cet ouvrage ; je craignais que quelques censeurs sévères ne m’accusassent d’avoir outragé la pudeur, mais après j’ai pensé que le vice n’était dangereux que lorsqu’on le peignait revêtu d’un élégant habit, mais que, nu, sa laideur devait faire reculer les moins délicats ; voilà pourquoi cet article et quelques autres semblables se trouveront sous les yeux du lecteur ; voilà pourquoi je n’ai pas employé des périphrases pour exprimer ma pensée ; voilà pourquoi le mot propre est toujours celui qui se trouve sous ma plume. Je laisse au lecteur le soin de m’apprendre si la méthode que j’ai adoptée est la meilleure.
Le Canapé est le rendez-vous ordinaire des pédérastes ; les Tantes (voir ce mot), s’y réunissent pour procurer à ces libertins blasés, qui appartiennent presque tous aux classes éminentes de la société, les objets qu’ils convoitent ; les quais, depuis le Louvre jusqu’au Pont-Royal, la rue Saint-Fiacre, le boulevard entre les rues Neuve-du-Luxembourg et Duphot, sont des Canapés très-dangereux. On conçoit, jusques à un certain point, que la surveillance de la police ne s’exerce sur ces lieux que d’une manière imparfaite ; mais ce que l’on ne comprend pas, c’est que l’existence de certaines maisons, entièrement dévolues aux descendans des Gomorrhéens, soient tolérées ; parmi ces maisons, je dois signaler celle que tient le nommé, ou plutôt (pour conserver à cet être amphibie la qualification qu’il ou elle se donne), la nommée Cottin, rue de Grenelle Saint-Honoré, no 3 ; la police a déjà plusieurs fois fait fermer cette maison, réceptacle immonde de tout ce que Paris renferme de fangeux, et toujours elle a été rouverte ; pourquoi ? je m’adresse cette interrogation, sans pouvoir y trouver une réponse convenable ; est-ce parce que quelquefois on a pu y saisir quelques individus brouillés avec la justice ; je ne puis croire que ce soit cette considération qui ait arrêté l’autorité, on sait maintenant apprécier l’utilité de ces établissemens où les gens vicieux se rassemblent pour corrompre les honnêtes gens qu’un hasard malheureux y amène.

Larchey, 1865 : Lieu public fréquenté par les pédérastes (Vidocq). — Ironique, car les parapets des quais et les bancs de certains boulevards sont de tristes canapés.

Delvau, 1866 : s. m. Lieu où Bathylle aurait reçu Anacréon, — dans l’argot des voleurs, qui ont toutes les corruptions.

Rigaud, 1881 : Lieu de promenade ordinaire, sorte de petite Bourse des émigrés de Gomorrhe et des Éphestions de trottoir. — Sous la Restauration et sous le gouvernement de Juillet, les quais, depuis le Louvre jusqu’au Pont-Royal, la rue Saint-Fiacre, le boulevard entre les rues Neuve-du-Luxembourg et Duphot étaient, d’après Vidocq, des canapés très dangereux. Aujourd’hui le passage Jouffroy et les Champs-Élysées sont devenus les lieux de prédilection de ces misérables dévoyés.

La Rue, 1894 : Lieu où se réunissent les individus de mœurs innommables.

Virmaître, 1894 : Femme copieusement douée du côté des fesses. Le mot est en usage chez les pédérastes qui ne recherchent pas cet avantage du côté féminin (Argot des voleurs).

France, 1907 : Femme copieusement douée du côté des fesses.

Cascadeuse

Delvau, 1864 : Drôlesse du quartier Breda, qui se joue de l’amour et des amoureux.

Ne t’y fie pas : c’est uns cascadeuse.

(Charles Monselet)

Delvau, 1866 : s. f. Fille ou femme qui, — dans l’argot des faubouriens, — laisse continuellement la clé sur la porte de son cœur, où peuvent entrer indifféremment le coiffeur et l’artiste, le caprice et le protecteur.

Rigaud, 1881 : Femme qui court les lieux où l’on s’amuse. — Farceuse qui de la cascade n’a que la chute.

France, 1907 : Jeune personne qui a jeté son bonnet par-dessus les moulins.
Le mot est aussi employé adjectivement. On dit une toilette cascadeuse.

On voit passer la femme honnête
Qui marche en portant haut la tête,
Sur l’Boul’vard ;
On voit des p’tits jeun’s gens godiches,
Des gens pauvres et des gens riches,
On voit des gomineux, des gomineuses
Avec leurs toilettes cascadeuses,
Et l’on voit plus d’une vieille cocotte
Qui bientôt portera la hotte
Sur l’boul’vard.

(Aristide Bruant)

Catau, ou cathos, ou catin

Delvau, 1864 : Fille ou femme légère — comme chausson. Nom de femme qui est devenu celui de toutes les femmes — galantes.

Je vous chanterai, dans mes hexamètres,
Superbe catin dont je suis l’amant.

(Parnasse satyrique)

Une catin, sans frapper à la porte,
Des cordeliers jusqu’à la cour entra.

(Marot)

Parmi les cataux du bon ton,
Plus d’une, de haute lignée,
À force d’être patinée
Est flasque comme du coton.

(Émile Debraux)

Retiens cette leçon, Philippine : quelque catin que soit une femme, il faut qu’elle sache se faire respecter, jusqu’à ce qu’il lui plaise de lever sa jupe. — Je pense de même…

(Andréa de Nerciat)

… En tout, tant que vous êtes
Non, vous ne valez pas, ô mes femmes honnêtes,
Un amour de catin.

(Alfred de Musset)

Des catins du grand monde
J’ai tâté la vertu.

(Émile Debraux)

Catiche

Virmaître, 1894 : Diminutif de catin (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Fille publique.

Hayard, 1907 : Prostituée.

France, 1907 : Diminutif de catin. Ce mot n’était pas pris autrefois en mauvaise part, et encore actuellement, dans l’Est, beaucoup d’honnêtes filles s’appellent catiche et catinette.

anon., 1907 : Femme de mauvaise vie.

Catimiser (se)

Delvau, 1866 : De fille honnête devenir fille.

Ceci, ou cela

Delvau, 1864 : Le membre viril — avec quoi on fait cela aux dames, — ou bien la nature de la femme.

Parbleu, dit-il, prenez ceci,
Il est d’assez bonne mesure.

(Grécourt)

Si vous mettez la main au devant d’une fillette, elle la repoussera bien vite et dira : Laissez cela.

(Moyen de parvenir)

…Il est nommé Pine par la lorette ;
Un Chose, ou bien Cela, par une femme honnête.

(Louis Protat)

Ceinture

d’Hautel, 1808 : Bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée. Pour dire qu’une bonne réputation l’emporte sur la richesse ; que rien au monde n’est plus précieux qu’une bonne renommée ; ce qui malheureusement n’est pas toujours le partage de la probité. Ce proverbe vient de ce qu’autrefois les femmes honnêtes portoient comme marque distinctive une ceinture dorée.
Être pendu à la ceinture de quelqu’un. C’est lui faire une cour assidue pour en obtenir quel que faveur ; le suivre continuellement et partout.

Ceinture dorée

France, 1907 : Fille publique. Autrefois les filles de joie se distinguaient des honnêtes femmes par une ceinture dorée, d’où le proverbe : Bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée.

Cent

d’Hautel, 1808 : Le numéro 100. Facétie pour dire les privés, les lieux d’aisance, parce qu’on a coutume de numéroter ainsi ces sortes de cabinets dans les auberges.
Faire les cent coups. Faire des fredaines impardonnables ; se porter à toutes sortes d’extravagances et d’excès ; mener une vie crapuleuse et débauchée ; blesser en un mot toutes les lois de la pudeur, de la bienséance et de l’honnêteté.

Cerbère

Larchey, 1865 : Portier malhonnête. — Comparaison mythologique.

Misérable, disait-elle au cerbère, si mon mari le savait. — Bah ! répondait-il… un terme de payé, ça aide.

(Ricard)

Delvau, 1866 : s. m. Concierge, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Sergent de ville, — dans le jargon des gamins. — Portier, en souvenir du portier des enfers, ou parce que la plupart des maisons de Paris sont des enfers.

France, 1907 : Portier désagréable, comme le chien à trois têtes qui, suivant la Fable, gardait la porte des Enfers et du palais de Platon.

Changeur

Delvau, 1866 : s. m. Le Babin chez lequel les voleurs vont, moyennant trente sous par jour, se métamorphoser en curés, en militaires, en médecins, en banquiers, selon leurs besoins du moment.

Rigaud, 1881 : Filou partisan du libre échange qui, dans les restaurants, les cafés, troque son affreux pardessus contre un pardessus tout flambant neuf. En été cet honnête industriel en est réduit à l’échange du chapeau.

Rigaud, 1881 : Loueur de costumes pour messieurs les voleurs. Le changeur tenait une garderobe variée, grâce à laquelle sa clientèle pouvait se travestir selon les besoins du crime. Encore une industrie disparue, encore un industriel sur le pavé.

La Rue, 1894 : Marchand d’habits fournissant aux voleurs des vêtements pour se déguiser.

Virmaître, 1894 : Le fripier chez lequel les voleurs vont se camoufler moyennant un abonnement : tout comme les avocats chez le costumier du barreau. Ils trouvent là tous les costumes nécessaires pour leurs transformations (Argot des voleurs).

France, 1907 : Marchand d’habits qui fournit de déguisements les voleurs.

Chanteur

Vidocq, 1837 : s. m. — Celui qui fait contribuer un individu en le menaçant de mettre le public ou l’autorité dans la confidence de sa turpitude. Ce serait une entreprise pour ainsi dire inexécutable que dévoiler tous les chantages, et seulement esquisser la physiologie de tous les Chanteurs. Après avoir parlé des journalistes qui exploitent les artistes dramatiques, auxquels ils accordent ou refusent des talens suivant que le chiffre de leurs abonnemens est plus ou moins élevé ; ceux qui vous menacent, si vous ne leur donnez pas une certaine somme, d’imprimer dans leur feuille une notice biographique sur vous, votre père, votre mère ou votre sœur, qui vous offrent à un prix raisonnable l’oraison funèbre de celui de vos grands parens qui vient de rendre l’ame ; du vaudevilliste qui a des flons-flons pour tous les anniversaires ; du poète qui a des dithyrambes pour toutes les naissances et des élégies pour les les morts, il en resterait encore beaucoup d’autres, Chanteurs par occasion sinon par métier ; et parmi ces derniers il faudrait ranger ceux qui vendent leur silence ou leur témoignage, l’honneur de la femme qu’ils ont séduite, une lettre tombée par hasard entre leurs mains et mille autres encore ; mais comme il n’y a pas de loi qui punisse le fourbe adroit, le calomniateur, le violateur de la foi jurée ; comme tous ceux dont je viens de parler sont de très-honnêtes gens, je ne veux pas m’occuper d’eux.
Les bornes de cet ouvrage ne me permettent de parler que des individus que les articles du Code Pénal atteignent ; si jamais, ce qu’à Dieu ne plaise, je me détermine à écrire le recueil des ruses de tous les fripons qui pullulent dans le monde, fripons auxquels le procureur du roi donne la main, et qui sont salués par le commissaire de police, il faudra que je me résolve à écrire un ouvrage plus volumineux que la Biographie des frères Michaud.
Si quelquefois de très-braves gens n’étaient pas les victimes des Chanteurs, on pourrait, sans qu’il en résultât un grand mal, laisser ces derniers exercer paisiblement leur industrie ; car ceux qu’ils exploitent ne valent guère plus qu’eux ; ce sont de ces hommes que les lois du moyen âge, lois impitoyables il est vrai, condamnaient au dernier supplice ; de ces hommes dont toutes les actions, toutes les pensées, sont un outrage aux lois imprescriptibles de la nature ; de ces hommes que l’on est forcé de regarder comme des anomalies, si l’on ne veut pas concevoir une bien triste idée de la pauvre humanité.
Les Chanteurs ont à leur disposition de jeunes garçons doués d’une jolie physionomie, qui s’en vont tourner autour de tel financier, de tel noble personnage, et même de tel magistrat qui ne se rappelle de ses études classiques que les odes d’Anacréon à Bathylle, et les passages des Bucoliques de Virgile adressés à Alexis ; si le pantre mord à l’hameçon, le Jésus le mène dans un lieu propice, et lorsque le délit est bien constaté, quelquefois même lorsqu’il a déjà reçu un commencement d’exécution, arrive un agent de police d’une taille et d’une corpulence respectable : « Ah ! je vous y prends, dit-il ; suivez-moi chez le commissaire de police. » Le Jésus pleure, le pécheur supplie ; larmes et prières sont inutiles. Le pécheur offre de l’argent, le faux sergent de ville est incorruptible, mais le commissaire de police supposé n’est pas inexorable : tout s’arrange, moyennant finance, et le procès-verbal est jeté au feu.
Ce n’est point toujours de cette manière que procèdent les Chanteurs, c’est quelquefois le frère du jeune homme qui remplace le sergent de ville, et son père qui joue le rôle du commissaire de police ; cette dernière manière de procéder est même la plus usitée.
Beaucoup de gens, bien certains qu’ils avaient affaire à des fripons, ont cependant financé ; s’ils s’étaient plaint, les Chanteurs, il est vrai, auraient été punis, mais la turpitude des plaignans aurait été connue : ils se turent et firent bien.
Un individu bien connu, le sieur L…, exerce depuis très-long-temps, à Paris, le métier de Chanteur, sans que jamais la police ait trouvé l’occasion de lui chercher noise ; ses confrères, admirateurs enthousiastes de son audace et de son adresse, l’ont surnommé le soprano des Chanteurs. Je ne pense pas cependant qu’il lui manque ce que ne possèdent pas les sopranos de la chapelle sixtine.

Clémens, 1840 : Celui qui fait contribuer les rivettes.

un détenu, 1846 : Voleur pédéraste.

Halbert, 1849 : Voleur spéculant sur la bienfaisance.

Delvau, 1866 : s. m. Homme sans moralité qui prend en main la cause de la morale quand elle est outragée par des gens riches.

Rigaud, 1881 : Misérable gredin qui exerce l’art du chantage. Le prototype du chanteur est celui qui exploite les passions honteuses des émigrés de Gomorrhe, qu’il sait faire financer sous menace de révéler leurs turpitudes. Quelquefois des compères interviennent sous les espèces de faux agents des mœurs. — Le nombre des chanteurs est infini, et le chantage s’exerce sur toutes les classes de la société.

France, 1907 : Individu qui prend en main la cause de la morale quand il croit, qu’il peut en résulter un avantage pour lui. On dit aussi maître chanteur.

Michelet souhaitait un art qui sût toucher et anoblir les simples. Nos ministres m’ont de goût que pour la musique du baron de Reinach. C’est qu’ils confondent le chant et le chantage. Ils tiennent pour le meilleur des musiciens le plus fameux des maîtres chanteurs.

(Maurice Barrés, Le Journal)

Charbon

d’Hautel, 1808 : On ne peut rien tirer d’un sac à charbon. Pour dire qu’il n’y a rien d’honnête à prétendre d’un ignorant ou d’un sot parvenu.
Il a l’ame noire comme du charbon. Manière exagérée de dire qu’un homme est faux, perfide, hypocrite et méchant.
Il y a bien du charbon de rabais. Pour dire qu’une marchandise est bien diminuée de prix.
Gracieux comme un sac à charbon. C’est-à dire brusque, revêche, qui a l’humeur acariâtre et farouche.

Chat, chatte

Delvau, 1864 : Nom que les femmes donnent à la divine cicatrice qu’elles ont au bas du ventre, — à cause de son épaisse fourrure, et aussi parfois à cause des griffes avec les quelles elle déchire la pine des honnêtes gens qui s’y frottent.

Elle aime tous les rats
Et voudrait, la Lesbienne,
Qu’à sa langue de chienne
Elles livrent leurs chats.

(Joachim Duflot)

Chattemiteux

France, 1907 : Personne collet monté, obtuse, emmitouflée dans les préjugés et l’hypocrisie. « Une vieille dévote chattemiteuse. »

Une fois, cependant, une seule fois par an, je me promets d’écrire une histoire pour les gens pudibonds. Les cafards et les chattemiteux se peuvent donc abonner comme les autres. Je leur mets en réserve un conte si honnête, si monstrueusement décent, si scandaleusement innocent qu’ils en jetteront leur Berquin au feu comme corrupteur de la jeunesse et pour ne plus lire que moi.

(Armand Silvestre)

Chevalier d’industrie

Vidocq, 1837 : s. m. — Les chevaliers d’industrie, quelles que soient d’ailleurs les qualités qu’ils possèdent, n’ont pas marché avec le siècle, ils sont restés stationnaires au milieu des changemens qui s’opéraient autour d’eux, je crois même qu’ils ont reculé au lieu d’avancer ; car j’ai beau regarder autour de moi, je ne reconnais pas, parmi les illustrations comtemporaines, les dignes successeurs des Cagliostro, des comte de Saint-Germain, des Casanova, des chevalier de la Morlière, et de cent autres dont les noms m’échappent.
Ces messieurs de l’ancien régime étaient pour la plupart des cadets de famille, mousquetaires, chevau-légers ou chevaliers de Malte, qui, avant de devenir fripons, avaient commencé par être dupes. Ils portaient la cravate, le jabot et les manchettes de point de Bruxelles, l’habit nacarat, la veste gorge de pigeon, la culotte noire, les bas de soie blancs et les souliers à talons rouges ; l’or et les pierreries étincelaient sur toute leur personne ; ils étaient toujours pimpans, frisés, musqués et poudrés, et lorsqu’il le fallait ils savaient se servir de l’épée qui leur battait le mollet. Un nom illustre, un titre quelconque, qui leur appartenait réellement, ou qu’ils savaient prendre, leur ouvrait toutes les portes ; aussi on les rencontrait quelquefois à l’œil de bœuf, au petit lever, ou dans les salons de la favorite ; comme les plus grands seigneurs ils avaient leur petite maison, ils entretenaient des filles d’opéra ; et le matin avant de sortir, ils demandaient à leur valet s’il avait mis de l’or dans leurs poches, le Chevalier à la Mode de Dancourt, le marquis du Joueur ; et celui de l’École des Bourgeois, sont des types que le lecteur connaît aussi bien que moi.
À cette époque un homme de bonne compagnie devait nécessairement avoir des dettes, et surtout ne pas les payer ; Don Juan faisait des politesses à M. Dimanche, mais Don Juan est une spécialité. Les grands seigneurs et les chevaliers d’industrie du dix-huitième siècle faisaient rosser par leurs gens ou jeter par les fenêtres ceux de leurs créanciers qui se montraient récalcitrants. Les chevaliers d’industrie de l’époque actuelle sont, sauf les qualités qu’ils ne possèdent pas, à-peu-près ce qu’étaient leurs prédécesseurs ; l’humeur des créanciers est plus changée que tout le reste ; ces messieurs, maintenant, ne se laissent ni battre, ni jeter par la fenêtre, mais ils se laissent duper : les chevaliers spéculateurs n’en demandent pas davantage.
Voici l’exposé des qualités physiques et morales que doit absolument posséder celui qui veut suivre les traces des grands hommes de la corporation :
Un esprit vif et cultivé, une bravoure à toute épreuve, une présence d’esprit inaltérable, une physionomie à la fois agréable et imposante, une taille élevée et bien prise.
Le chevalier qui possède ces diverses qualités n’est encore qu’un pauvre sire, s’il ne sait pas les faire valoir ; ainsi il devra, avant de se lancer sur la scène, s’être muni d’un nom d’honnête homme ; un chevalier d’industrie ne peut se nommer ni Pierre Lelong, ni Eustache Lecourt.
Sa carrière est manquée s’il est assez sot pour se donner un nom du genre de ceux-ci : Saint-Léon, Saint-Clair, Saint-Firmin, ou quelque autre saint que ce soit ; le saint est usé jusqu’à la corde.
Pourvu d’un nom, l’aspirant doit se pourvoir d’un tailleur. Ses habits, coupés dans le dernier goût, sortiront des ateliers de Humann, de Barde ou de Chevreuil : le reste à l’avenant ; il prendra ses gants chez Valker, son chapeau chez Bandoni, ses bottes chez Concanon, sa canne chez Thomassin ; il ne se servira que de foulards de l’Inde, et de mouchoirs de fine batiste ; il conservera ses cigares dans une boîte élégante, des magasins de Susse ou de Giroux.
Il se logera dans une des rues nouvelles de la Chaussée-d’Antin. Des meubles de palissandre, des draperies élégantes, des bronzes, des globes magnifiques, des tapis de Lamornaix, garniront ses appartements.
Ses chevaux, seront anglais, son tilbury du carrossier à la mode.
Son domestique ne sera ni trop jeune ni trop vieux ; perspicace, prévoyant, audacieux et fluet, il saura, à propos, parler des propriétés de monsieur, de ses riches et vieux parents, etc., etc.
Lorsque l’aspirant se sera procuré tout cela, sans débourser un sou, il aura gagné ses éperons de chevalier.
Un portier complaisant est la première nécessité d’un chevalier d’industrie, aussi le sien sera choyé, adulé, et surtout généreusement payé.
Lorsque toutes ses mesures sont prises, le chevalier entre en lice et attaque l’ennemi avec l’espoir du succès ; alors les marchands et les fournisseurs attendent dans son antichambre qu’il veuille bien les recevoir ; quelquefois même un escompteur délicat apporte lui-même de l’argent au grand personnage ; à la vérité, cet honnête usurier vend ses écus au poids de l’or, il ne prend que 4 ou 5 p. % par mois, et l’intérêt en dedans, de sorte que l’emprunteur ne reçoit que très-peu de chose, mais toujours est-il qu’il reçoit, tandis qu’il est positif que le marchand d’argent ne recevra jamais rien.

Chicard

Halbert, 1849 : Pas mal.

Larchey, 1865 : Le héros du carnaval de 1830 a 1850. Son costume, bizarre assemblage d’objets hétéroclites, se composait le plus souvent d’un casque à plumet colossal, d’une blouse de flanelle et de bottes fortes. Ses bras à moitié nus s’enfonçaient dans des gants à manchette de buffle. Tel était le fond de la tenue ; quant aux accessoires, ils variaient à l’infini. Celui qui le premier mit ce costume à la mode était un marchand de cuirs ; son chic le fit nommer Chicard. Il donna des bals et inventa un pas nouveau.

Et puis après est venu Chicard, espèce de Masaniello qui a détrôné l’aristocratie pailletée des marquis, des sultans et a montré le premier un manteau royal en haillons.

(M. Alhoy)

L’homme de génie qui s’est fait appeler Chicard a modifié complètement la chorégraphie française.

(T. Delord)

La sage partie du peuple français a su bon gré à maître Chicard d’avoir institué son règne de mardi-gras.

(J. Janin)

Mais qu’aperçois-je au bal du Vieux Chêne ? Paméla dansant le pas chicard.

(Chauvel)

Delvau, 1866 : adj. et s. Superlatif de Chic. Ce mot a lui-même d’autres superlatifs, qui sont Chicandard et Chicocandard.

Delvau, 1866 : s. m. Type de carnaval, qui a été imaginé par un honorable commerçant en cuirs, M. Levesque, et qui est maintenant dans la circulation générale comme synonyme de Farceur, de Roger-Bontemps, de Mauvais sujet.

Rigaud, 1881 : Costume carnavalesque mis à la mode, pendant la période de 1830 à 1850, par une célébrité chorégraphique qui lui donna son nom ou plutôt son surnom. Les chicards ont révolutionné les bals publics et, pendant vingt ans, ils ont imprimé une grande vogue à la descente de la Courtille. — La danse de Chicard, leur maître, n’a jamais été ni bruyante, ni extravagante. Il procédait à pas serrés, mimant, grimaçant, roulant ses gros yeux en boule de loto. Grande fut sa gloire. On a dit le « pas chicard » pour rappeler sa manière, chicarder, danser comme Chicard. On a créé les vocables chicandar, chicocan-dar, pour désigner quelque chose de très chic comme l’inventeur du fameux pas qui, lui-même, a dû son sobriquet au chic qui le caractérisait. Chicard a passé, son pas n’est plus, seul le mot chic, le radical, a survécu.

France, 1907 : Superlatif de chic.

Vrai, c’en était un’ joli fête :
Y avait du punch et du pomard,
On s’piquait l’nez dans son assiette,
C’était un’ noce un peu chicard !
Vrai, c’était chicard !
Ma bell’ mère était tés aimable,
Parait qu’elle ador’ le bon vin,
C’est p’t’êtr’ ben pour ça qu’à la fin
On l’a retrouvé’ sous la table !

(Aristide Bruant)

On dit aussi chicandard et chicocandard.

France, 1907 : Type de carnaval, inventé vers 1830 par un honnête commerçant de Paris. Le costume se composait d’un casque à plumet, d’une blouse, de bottes de gendarme et de gants de grosse cavalerie. Il est tombé en désuétude, après avoir été fort illustré dans les caricatures de Gavarni. Il y avait le pas chicard, qu’on appelle aussi chicarder.

Chicard était un gringalet passionné, silencieux, et dévoré de la manie de la danse obscène. Sa méthode consistait à se trémousser sur place, avec force gestes indécents et une physionomie immuable. Le pince-sans-rire de la polissonnerie. Il ne parlait à personne : au pied d’un arbre d’un jardin public, se tenait son sérail, composé des plus jolies filles, toutes gloires futures de la Cuisse en l’air et de la Jambe en cerceau. Quand le quadrille préludait, ce Vestris de la braguette désignait une d’elles, et, sans mot dire, se rendait à son ouvrage. C’est alors que froidement, l’œil atone et le visage immobile, le danseur commençait ses petites cochonneries devant un public idolâtre formant galerie et plus tard lui faisant cortège.
Pétit, court de jambes, une tête avec des cheveux blancs coupés ras, il portait un veston, un pantalon flottant, des chaussettes en filoselle et des escarpins. Ce Chicard s’appelait de son vrai nom M. Levêque. Notable commerçant de Paris, marchand en gros de cuir brut, sa signature était cotée premier crédit à la Banque.

(Gil Blas)

Chien

d’Hautel, 1808 : Il est grand comme un chien assis. Se dit par exagération et en plaisantant, d’un bambin, d’un marmouzet, d’un homme très-petit de taille, qui a la prétention de vouloir paroitre grand.
C’est un chien dont il faut se méfier. Manière incivile de dire qu’un homme est fin, subtil et rusé.
Cela n’est pas si chien. Pour cela n’est pas si mauvais ; se dit de toute chose friande et qui flatte le goût.
Faire le chien couchant. Flatter, carresser bassement quelqu’un, se soumettre à tous ses caprices, à toutes ses volontés.
Qui aime Bertrand, aime son chien. Voyez Aimer.
Chien hargneux a toujours l’oreille arrachée. Signifie qu’un homme querelleur s’attire sans cesse de mauvais traitemens.
Tu n’es pas chien. Expression basse et ignoble qui se dit à un égoïste, à un homme injuste, qui blesse les intérêts d’autrui pour satisfaire les siens propres.
C’est un mauvais chien. Grossièreté qui équivaut à c’est un méchant homme.
C’est un vrai chien de port. Pour c’est un rustre, un grossier personnage, comme le sont ordinairement les gens qui travaillent sur les ports.
Il m’a reçu comme un chien dans un jeu de quilles. Métaphore qui sert à exprimer le mauvais accueil que l’on a reçu de quelqu’un qu’on alloit visiter, consulter ou solliciter. On dit aussi d’un homme indiscret et importun qui vient dans une société sans y avoir été invité, qu’Il vient comme un chien dans un jeu de quilles.
Il mourroit plutôt un bon chien de berger.
Se dit méchamment et injurieusement d’une personne dont on désiroit la mort, et qui est revenue de quelque maladie dangereuse.
Un bon os ne tombe jamais d’un bon chien. Signifie qu’un bon mari a rarement une bonne femme, et une bonne femme un bon mari ; et par extension, que la fortune, le bonheur, ne favori sent jamais ceux qui méritent d’être heureux.
Il fait comme les grands chiens, il veut pisser contre les murs. Locution basse et figurée, qui signifie qu’un homme se couvre de ridicule, en prenant des tons au-dessus de sa fortune et de sa condition, et généralement en entreprenant des choses qui surpassent ses moyens et ses forces.
On dit des gens vicieux, et qui ne peuvent se corriger, qu’Ils sont comme les chiens, qu’ils retournent à leurs vomissemens.
Être comme un chien à l’attache.
Être retenu par un travail obligatoire et continuel.
Les coups de bâton sont pour les chiens. Réponse que l’on fait ordinairement à ceux qui vous menacent du bâton.
Quand on veut noyer son chien, on dit qu’il est enragé. Signifie que lorsqu’on veut se débarrasser de quelqu’un, on lui cherche toute sorte de querelle.
On dit d’un écervelé, d’un homme qui court d’une manière extravagante, qu’Il court comme un chien fou.
Un bon chien n’aboie point faux.
Signifie qu’un homme habile ne fait jamais de fausses démarches.
Il est fou comme un jeune chien. Comparaison peu honnête, pour dire que quelqu’un est d’une humeur très-folâtre.
Un chien regarde bien un évêque, je peux bien regarder une bête comme toi. Répartie brusque et injurieuse que l’on fait à un homme vain et glorieux qui se fâche de la liberté que l’on prend, de le regarder, de le fixer.
Il ne faut pas se moquer des chiens, qu’on ne soit hors du village. Pour, il ne faut pas choquer quelqu’un dans un lieu où il peut nous nuire.
Jeter un os à la gueule d’un chien, pour le faire taire. Faire un présent à quelqu’un pour l’empêcher de divulguer les secrets d’une affaire.
On dit d’un homme avide qui défend bien ses intérêts dans une affaire, qu’Il n’en jette pas sa part aux chiens.
Chien en vie vaut mieux que lion mort.
Pour, il vaut mieux vivre en lâche que mourir en brave. Voy. Lion.
Abandonner quelqu’un comme un pauvre chien. Le laisser dans la misère, ne point le secourir.
Il est comme le chien du jardinier, il ne mange point de choux, et ne veut pas que les autres en mangent. Se dit d’un égoïste, d’un homme envieux des moindres succès.
Mener une vie de chien. Vivre dans la débauche et le libertinage ; dans une dissipation honteuse.
Chien noyé. Terme bas et injurieux que les femmes de la Halle appliquent à un homme, dans un débordement de colère.
Il n’est chasse que de vieux chiens. Signifie que pour les conseils, il faut avoir recours aux vieillards, qui ont reçu les leçons de l’expérience.
Rompre les chiens. Interrompre une conversation dont les suites pourroient être fâcheuses.
Entre chien et loup. Pour dire, à la brune, entre le jour et la nuit.
Tandis que le chien pisse, le loup s’enfuit. C’est-à-dire que l’occasion échappe, si l’on n’est habile à en profiter.
Droit comme la jambe d’un chien. Se dit par dérision d’une jambe, torse et mal faite.
Las comme un chien. Pour dire, très-fatigué. Comparaison dont l’ellipse est un peu forte ; car on ne sait pourquoi le chien dont on parle doit être fatigué, rien n’annonçant qu’il ait pris de mouvement.
Il vit comme un chien. Se dit par mépris d’un homme qui ne remplit aucun des devoirs de sa religion.
Vous pouvez entrer, nos chiens sont liés. Se dit pour encourager des gens timides.
Il est comme le chien de Jean de Nivelle, il s’enfuit quand on l’appelle. Voy. Appeler.
Si vous n’avez pas d’autre sifflet, votre chien est perdu. Se dit à ceux qui se sont fourrés dans une mauvaise affaire, et qui emploient des moyens inefficaces pour s’en retirer.
Ils s’aiment comme chiens et chats. Se dit d’un ménage où l’homme et la femme sont continuellement en querelle.
C’est St.-Roch et son chien. Se dit par raillerie de deux personnes qui vivent dans une grande familiarité ; qui sont inséparables.
C’est un chien au grand collier. Se dit d’une personne qui a de grandes prérogatives dans une maison ; qui y fait la pluie et le beau temps.
Faire un train de chien. Gronder, crier, s’emporter contre quelqu’un.
Un bruit de chien ; une querelle de chien. Un bruit qui dégénère en vacarme ; une querelle qui prend une mauvaise fin.
C’est un bon chien, s’il vouloit mordre. Se dit d’un homme dont les apparences sont favorables, mais trompeuses.
On appelle vulgairement l’eau-de-vie du sacré chien tout pur.

Halbert, 1849 : Secrétaire.

Larchey, 1865 : « Le chef est chien ou bon enfant. Le chien est dur, exigeant, tracassier, méticulier. » — Balzac.

Larchey, 1865 : Avare. — Horace (I. II, sat. 2) emploie le mot canis pour signifier avare.

Chien : Égoïste, homme injuste, qui blesse les intérêts d’autrui.

(d’Hautel, 1808)

N’être pas chien en affaires : Aller grandement, sans chicane.

Larchey, 1865 : Compagnon.

Tu passeras renard ou aspirant, après ça tu deviendras chien ou compagnon.

(Biéville)

Larchey, 1865 : Mot d’amitié. V. Chat.

Delvau, 1866 : s. et adj. Tracassier, méticuleux, avare, exigeant, — dans l’argot du peuple, qui se plaît à calomnier « l’ami de l’homme ». C’est l’expression anglaise : Dog-bolt. Vieux chien. Vieux farceur, — sly dog, disent nos voisins.

Delvau, 1866 : s. m. Caprice de cœur, — dans l’argot des petites dames. Avoir un chien pour un homme. Être folle de lui.

Delvau, 1866 : s. m. Compagnon, — dans l’argot des ouvriers affiliés au Compagnonnage.

Delvau, 1866 : s. m. Entrain, verve, originalité, — dans l’argot des gens de lettres et des artistes ; bagou, impertinence, désinvolture immorale, — dans l’argot des petites dames.

Rigaud, 1881 : Avare.

Dis donc, petite sœur ; il est rien chien ton m’sieur : y m’ prend un cigare et du feu et y m’ donne que deux ronds.

(A. Tauzin, Croquis parisiens)

Rigaud, 1881 : Compagnon du devoir, en terme de compagnonnage.

Rigaud, 1881 : Homme dur, exigeant ; s’emploie principalement en parlant d’un supérieur, — dans le jargon des employés. — Sévère, — dans le jargon des collégiens.

Notre pion est diablement chien.

(Albanès, Mystères du collège, 1845)

Rigaud, 1881 : Lettre tombée sous la forme. — dans le jargon des typographes.

Boutmy, 1883 : s. m. Lettre tombée d’une forme ou qui se trouve sur le marbre au moment où l’on y dépose un châssis. Le chien fait lever le texte quand on desserre, en sorte qu’il est impossible de taquer sans écraser le caractère.

La Rue, 1894 : Galbe, élégance, mordant, chic. Eau-de-vie.

France, 1907 : Ce mot à nombre de significations. Il signifie avare, et cet argot a des lettres de noblesse, car il remonte à Horace : « Il est un homme qui porte et qui mérite le surnom de chien, dit-il, c’est Avidiénus ; des olives, vieilles de cinq ans, et des cornouilles sauvages composent son repas. Il attend que son vin soit tourné pour le verser eu libations ; l’odeur de l’huile qu’il emploie vous causerait un insurmontable dégoût… »
Chien veut dire aussi tracassier, méticuleux, exigeant. Il s’emploie au féminin :

Pour comble, Mlle la doctoresse était chiche de congés, chienne en diable, n’osait jamais accorder plus de deux jours à la fois, plus chienne que tous les docteurs qui avaient passé par l’administration : un truc de cette chipie pour se faire bien venir en haut lieu sûremment !

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Avoir du chien, c’est avoir de l’originalité, du cachet. Avoir un chien, c’est avoir un caprice pour un homme. Faire du chien, faire un ouvrage payé d’avance ; argot des ouvriers. Faire le chien, suivre Madame avec un panier. Piquer un chien, dormir pendant la journée.

Chier (envoyer)

Rigaud, 1881 : Envoyer au diable.

France, 1907 : Éconduire. Faire chier, obséder, importuner. Chier de petites crottes, vivre chichement. Ne pas chier de grosses crottes, même signification. Chier des carottes, des cordes, être constipé ; chier des châsses, pleurer ; chier dur, travailler ferme ; chier dans la main, manquer de parole, prendre trop de liberté ; chier du poivre, manquer au rendez-vous, s’esquiver au moment où l’on a besoin de vous ; chier sur la besogne, renoncer au travail : chier sur quelqu’un, sur quelque chose, sur l’œil, se moquer, mépriser, abandonner.

Faites du bien à un vilain, il vous chie dans la main.

(Vieux proverbe)

Chier dans la vanette, être sans façons ; chier dans le cassetin aux apostrophes, renoncer au métier d’imprimeur ; chier dans les bottes ou dans le panier de quelqu’un (on dit aussi dans le même sens : chier dans la malle), lui déplaire, lui jouer de mauvais tours. Gueuleton à chier partout, ripaille. Mine à chier dessus, figure antipathique.
Peut-être n’est-il pas inutile de donner ici l’étymolosie de ce verbe ordurier. Je l’ai trouvée tout au long dans un livre de « haulte graisse » : Mémoires de l’Académie des sciences, inscriptions, belles-lettres, etc., nouvellement élablie à Troyes en Champagne, et portant le millésime de MDCCLVI, et la donne telle quelle :

Robert et Henry Étienne, ainsi que tous les Hellenistes ont dérivé le mot chier du grec χέζω. Le Duchat le fait venir du flamand schyten. Tous ces sçavans sont dans l’erreur.
Chier vient du latin cadere. Dans son acception primitive, il ne signifioit autre chose que tomber, être assis…
Ce fut d’abord pour exprimer l’acte naturel d’une manière honnête et détournée, qu’on se servit du mot chier ; mais cette signification ayant rendu le terme ignoble dans son acception primitive, pour l’y réhabiliter on en changea la terminaison, et de chier l’on fit choir.
Voilà ce qui a trompé tous les sçavans. Car voyant à ces deux mots une terminaison et une signification différentes, ils ne se sont pas doutés qu’ils eussent la même origine ou plutôt que ce ne fut qu’un même mot.
À la fin du XVIe siècle, chier s’employait encore d’une manière honnête : « Pleurés donc et chiés bien des yeux, vous en pisserés moins », est-il dit dans le Moyen de parvenir : « Histoire du jeune homme fessé. »

Chier dans le cassetin aux apostrophes

Delvau, 1866 : v. n. Devenir riche, — dans l’argot des typographes, qui n’ont pas de fréquentes occasions de commettre cette incongruité rabelaisienne.

Rigaud, 1881 : Je n’en veux plus, j’en ai plein le dos. On dit aussi : il a chié dans ma malle (Argot du peuple). N.

Boutmy, 1883 : v. Cette phrase grossière et malséante peut se traduire en langage honnête par : « Quitter le métier de typographe. »

Chiquer

d’Hautel, 1808 : Au propre, mâcher du tabac en feuille. Au figuré, prendre ses repas habituels ; et par extension faire endêver ou pester quelqu’un, le railler, se moquer de lui.
On dit d’un homme pauvre qui n’a rien à mettre sous la dent, qu’il n’a pas de quoi chiquer.

Vidocq, 1837 : v. a. — Battre.

Halbert, 1849 : Battre.

Larchey, 1865 : Battre. Mot à mot : avaler. Même racine que la précédente.

Larchey, 1865 : Faire avec chic, supérieurement.

Je leur en ferai des discours, et des chiqués.

(Chenu)

Auprès d’elle, Eugénie Nu Bras, Nous chique avec génie, Son pas.

(1846, Privat d’Anglemont)

Larchey, 1865 : Manger, dépenser. — Mot de la langue romane. V. Roquefort.

Ne pourrions-nous pas chiquer un légume quelconque ? mon estomac abhorre le vide.

(Balzac)

Il m’a fallu tout mettre en plan. J’ons chiqué jusqu’aux reconnaissances.

(Dialogue entre Zuzon et Eustache, chanson, 1836)

Delvau, 1866 : s. m. Manger.

Delvau, 1866 : v. a. Battre, donner des coups, — dans l’argot des faubouriens, qui déchiquettent volontiers leurs adversaires, surtout lorsqu’ils ont une chique. Se chiquer. Échanger des coups de poing et des coups de pied.

Delvau, 1866 : v. a. Dessiner ou peindre avec plus d’adresse que de correction, avec plus de chic que de science véritable.

Rigaud, 1881 : Battre. — Se chiquer, s’invectiver, en venir aux mains. — Chiquerie, rixe.

La Rue, 1894 : Manger. Battre. Mentir, simuler. Feindre une scène.

France, 1907 : Faire un tableau ou un dessin d’après certains procédés rapides qui étonnent et plaisent aux bourgeois. « Un paysage bien chiqué. » Le chic, en ce sens, est la malhonnêteté de la peinture ou du dessin. « Grévin ne faisait que chiquer. »

France, 1907 : Manger.

France, 1907 : Simuler, feindre. Chiquer des sortes, voler des lettres d’imprimerie.

Chiquette

Delvau, 1866 : s. f. Petit morceau.

France, 1907 : Petit morceau.

Un exemple : vous savez ce qu’on donne de pain chez Duval, une chiquette qui suffirait à peine à un moineau. Là, on vous sert le pain honnêtement, largement, comme chez le boulanger.

(Mot d’Ordre)

Chiquette à chiquette, par petits morceaux.

Clapier

Delvau, 1864 : Grand con où peuvent se loger lapin et la pine.

Je les ai furetés tous deux, ces clapiers-là, j’en connais peu d’aussi logeables.

(A. de Nerciat)

Mais au clapier de qui les bords
Sont couverts de nouvelle mousse.

(Cabinet satyrique)

Delvau, 1866 : s. m. Maison mal famée, où l’on élève du gibier domestique à l’usage des amateurs parisiens. L’expression se trouve dans beaucoup d’écrivains des XVe et XVIe siècles.

France, 1907 : Lupanar de has étage, bordel hanté par de pauvres filles vieilles ou laides, épave de la prostitution et à bout de ressources.

J’ai l’honneur de vous prier, Monsieur le préfet, de ne pas confondre l’établissement que je veux monter avec ceux déjà existants dans la capitale, avec ces mauvais clapiers dont la situation, la malpropreté et l’espèce de femmes qui les habitent, sont faites pour écarter tous les honnêtes gens, ainsi que le peu de sûreté qu’on y trouve, tant individuelle que pour la santé, parce qu’on n’y trouve que la lie des femmes qui fréquentent sans choix et indistinctement toutes les classes d’hommes qui osent les aborder.

(Lettre d’une dame de maison au préfet de police)

Claque, claquedent

Rigaud, 1881 : Maison de tolérance, — dans Je jargon des voleurs. — Dans le jargon des voyous, claque s’entend par extension d’une fille de maison publique ; ils disent également : les gonzesses de la claque.

Quand les gonzesses de la claque vont à Montretout il y a toujours du rabiot pour Saint-Lago. Quand les filles de maison passent à la visite, il y a toujours du profit pour St-Lazare.

Claquedent se prend encore dans le sens de mauvais lieu quelconque, cabaret borgne ou tripot.

Si parmi les joueurs, quelques honnêtes gens s’étaient fourvoyés, tous, du moins, fréquentaient le claquedent pour des motifs plus ou moins avouables.

(Vast-Ricouard, Le Tripot)

Claquer

d’Hautel, 1808 : Donner une claque, un soufflet, ou tout autre coup avec la main.
Faire claquer son fouet. Se prévaloir hautement de quelqu’avantage ; faire le glorieux, le vaniteux.

Halbert, 1849 : Manger.

Larchey, 1865 : Manger — Allusion au bruit des mâchoires.

Il faut claquer, vaille que vaille : De par la loi l’on te nourrit.

(Wado, Chanson)

On dit au figuré Claquer : dissiper.

Larchey, 1865 : Mourir. Terme figuré. Ce qui claque, dans le sens ordinaire, est hors de service.

C’est là que j’ai appris, entre autres bizarreries, les dix ou douze manières d’annoncer la mort de quelqu’un : Il a cassé sa pipe, — il a claqué, — il a fui, — il a perdu le goût du pain, — il a avalé sa langue, — il s’est habillé de sapin, — il a glissé, — il a décollé le billard, — il a craché son âme, etc., etc.

(Delvau)

Delvau, 1866 : v. a. Donner des soufflets.

Delvau, 1866 : v. a. Vendre une chose, s’en débarrasser, — dans le même argot [du peuple]. Claquer ses meubles. Vendre son mobilier.

Delvau, 1866 : v. n. Manger, — dans l’argot des voyous, qui font allusion au bruit de la mâchoire pendant la mastication.

Delvau, 1866 : v. n. Mourir. — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Dépenser. — Avoir tout claqué, avoir tout dépensé.

Rigaud, 1881 : Manger ; et claquer des bajouettes, — dans le jargon des blanchisseuses.

Rigaud, 1881 : Mourir.

Boutmy, 1883 : v. intr. Mourir. Ce mot n’est pas particulier aux typographes. Alfred Delvau, dans son Dictionnaire, l’attribue aux faubouriens. Il est aussi bien compris dans le centre de la ville qu’aux faubourgs.

La Rue, 1894 : Mourir.

La Rue, 1894 : Vendre.

Virmaître, 1894 : Donner une claque sur la figure ou sur le contraire. Synonyme de gifle. Allusion au bruit que produit la main (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Mourir. Allusion à un objet qui claque, qui casse (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Mourir. Il est bien malade : il va claquer.

Hayard, 1907 : Mourir.

France, 1907 : Faire retentir.

L’œuvre de Corneille est grande, sévère, admirable en certaines de ses parties où passe un souffle ardent de passion. Le fameux « Qu’il mourut ! » peut trouver son application dans nos récentes épreuves, et certains vers claquent encore sur Bazaine à travers l’histoire. Mais enfin c’est du vieux jeu, c’est du poncif tragique, c’est de l’antinaturel, de l’antivivant poussé à la dernière expression. Et n’est-il pas dans le répertoire moderne de pièce d’une portée aussi haute et dans laquelle on sente vibrer la conscience moderne ?

(Le Mot d’Ordre)

France, 1907 : Manger. Se dit aussi au figuré pour dissiper : « J’ai claqué tout mon argent. »

Quand on est de ceux qui prétendent représenter une nation, élus par la moitié des citoyens, et que de cette moitié on acheta les trois quarts, on reste à boire, au cabaret, le fond des caisses électorales, mais on a la pudeur de se taire.
Quand on chourine, pour les voler, d’humbles épargnistes, on claque leur galette en compagnie de femmes au chignon jaune, mais on ne parle pas d’honnêteté.

(Jean Grave, La Révolte)

Claquer du bec, jeûner ; imitation des cigognes, qui font claquer leur bec.

France, 1907 : Mourir.

— Elle peut traîner un mois, six semaines, comme elle peut s’en aller cette nuit, claquer ce soir, subito, sans même que tu t’en aperçoives.

(Albert Cim)

Léda la laissa débiter son boniment, puis, pressée de questions par tous, dit qu’elle ne savait rien, sinon que la femme assassinée n’était pas morte et que seul l’English était claqué.

(Édouard Ducret, Paris canaille)

— L’hospice ! Non ! non ! je ne veux pas ! J’y ai été, quand j’ai eu la cuisse cassée. Y a des sœurs qui vous font dire des prières… On voit des camarades à côté de vous qui claquent… Les carabins avec leurs tabliers blancs… Non ! non ! je veux pas…

(Oscar Méténier)

France, 1907 : Vendre.

Clavin

Halbert, 1849 : Clou.

Delvau, 1866 : s. m. Clou, — dans l’argot des voleurs, plus fidèles à l’étymologie (clavus) qu’à l’honnêteté.

La Rue, 1894 : Vin. Clou.

Hayard, 1907 / France, 1907 : Clou.

France, 1907 : Raisin.

Cliché

Larchey, 1865 : Invariable. — Synon. de Stéréotypé et emprunté comme lui à certains procédés d’impression.

Tel est le discours cliché que le vénérable baron Taylor a en réserve pour toutes les circonstances.

(Figaro)

Delvau, 1866 : s. m. Phrase toute faite, métaphore banale, plaisanterie usée, — dans l’argot des gens de lettres.

Rigaud, 1881 : Diarrhée. — Avoir la cliché. Le petit vin d’Argenteuil donne la cliché.

Boutmy, 1883 : s. m. Réplique ou propos qui est toujours le même. Tirer son cliché, c’est avoir toujours la même raison à objecter ou dire constamment la même chose.

France, 1907 : Banalité ressassée à la tribune ou dans la presse. Tirer son cliché, répéter toujours la mème chose.

Un paquet tout fait, que chacun se repasse de confiance, sans avoir jamais eu l’indiscrétion de l’ouvrir. C’est le paletot, l’écaille du lieu commun.

(Dr Grégoire, Turlutaines)

Qu’est-ce qui a jamais su ce que c’était, au fond, qu’un honnête homme ? On condamne, tous les jours, en police correctionnelle, des gens arrivés à la limite de la vie et qui, la veille encore de l’arrêt, passaient pour « d’honnêtes gens ! » Ainsi des « femmes fidéles » dont la vertu n’attend que la découverte de l’adultère : ainsi des « amies dévouées » dont une trahison ferait déchirer le masque demain ; ainsi des « politiques habiles » qui sont toujours à la veille de faire quelque abominable sottise. Autant de clichés qui ne demandent qu’à être démentis par les événements. Feuilles mortes, feuilles mortes que le vent emporte sur les allées humides du bois, vous êtes l’image de toutes ces choses, dans le fragile néant où nous sommes nous mêmes emportés.

(Armand Silvestre)

Cochonnerie

d’Hautel, 1808 : Malpropreté.
Dire des cochonneries. Signifie, au figuré, tenir des propos sales, déshonnêtes et obscènes.
Faire des cochonneries. Manquer aux lois de l’honneur et de la délicatesse ; montrer un intérêt sordide et de la petitesse dans une affaire.

Delvau, 1866 : s. f. Besogne mal faite ; marchandise de qualité inférieure ; nourriture avariée ou mal préparée. — Argot du peuple.

Delvau, 1866 : s. f. Ce que Cicéron appelle turpitudo verborum. — Argot des bourgeois.

Delvau, 1866 : s. f. Vilain tour, trahison, manque d’amitié.

Rigaud, 1881 : Ratatouille. Aliments de mauvaise qualité, salement préparés et mal servis. — Dire des cochonneries, tenir des propos très libres. — Faire des cochonneries, passer des paroles à l’action.

France, 1907 : Même sens que cochonaille. Se dit aussi d’aliments malpropres où mauvais, de vilains tours joués à son prochain, d’actes de trahison, etc.

Cochonneries

Delvau, 1864 : Exercices amoureux : gamahuchage, branlage, suçage, postillon, feuille de rose, patte d’araignée, — en un mot, tout ce qu’ignorent les femmes honnêtes et que savent si bien les femmes galantes. — Le libertinage a emprunté beaucoup de termes à la charcuterie (V. langue fourrée, boudin, andouille, saucisse, vessie, etc.), et cela se comprend de reste, χοίρος signifiant à la fois cochon et con.

Coco

d’Hautel, 1808 : Nom d’amitié que l’on donne aux petits garçons.
C’est aussi un terme mignard et cajoleur dont les femmes gratifient leurs maris ou leurs bien aimés, pour en obtenir ce qu’elles désirent.

d’Hautel, 1808 : Tisanne rafraîchissante, faite de chiendent, de réglisse et de citron, que l’on vend à Paris dans les promenades publiques. Boire un verre de coco.
Coco
signifie aussi eau-de-vie, rogome, brande-vin.
Boire le coco. C’est boire l’eau-de-vie le matin à jeun, suivant l’usage des journaliers de Paris.

Larchey, 1865 : Cheval.

Ce grossier animal qu’on nomme vulgairement coco.

(Aubryet)

Larchey, 1865 : Homme peu digne de considération.

Joli Coco pour vouloir me faire aller.

(Balzac)

Larchey, 1865 : Nom d’amitié.

J’vais te donner un petit becquau. Viens, mon coco.

(Dialogue entre Zuzon et Eustache, chanson, 1836)

Delvau, 1866 : s. m. Boisson rafraîchissante composée d’un peu de bois de réglisse et de beaucoup d’eau. Cela ne coûtait autrefois qu’un liard le verre et les verres étaient grands ; aujourd’hui cela coûte deux centimes, mais les verres sont plus petits. O progrès !

Delvau, 1866 : s. m. Cheval, — dans l’argot du peuple. Il a graissé la patte à coco. Se dit ironiquement d’un homme qui s’est mal tiré d’une affaire, qui a mal rempli une commission.

Delvau, 1866 : s. m. Eau-de-vie, — dans l’argot des faubouriens.

Delvau, 1866 : s. m. Gorge, gosier, — dans le même argot [des faubouriens]. Se passer par le coco. Avaler, boire, manger.

Delvau, 1866 : s. m. Homme singulier, original, — dans le même argot [des faubouriens]. Joli coco. Se dit ironiquement de quelqu’un qui se trouve dans une position ennuyeuse, ou qui fait une farce, désagréable. Drôle de coco. Homme qui ne fait rien comme un autre.

Delvau, 1866 : s. m. Œuf, — dans l’argot des enfants, pour qui les poules sont des cocottes.

Delvau, 1866 : s. m. Tête, — dans l’argot des faubouriens, qui prennent l’homme pour un Coco nucifera. Coco déplumé. Tête sans cheveux. Redresser le coco. Porter la tête haute. Monter le coco. Exciter le désir, échauffer l’imagination.

Rigaud, 1881 : Gosier. — Se passer quelque chose par le coco, manger, boire.

Rigaud, 1881 : Individu, particulier. Ne s’emploie guère qu’accolé au mot joli, dans un sens ironique : C’est un joli coco.

Rigaud, 1881 : Pour eau-de-vie, avait déjà cours au siècle dernier.

Elle lui fit payer du coco.

(Cabinet satirique)

Aujourd’hui on entend par coco, de la mauvaise eau-de-vie, de l’eau-de-vie fortement additionnée d’eau. — Marchand de coco, marchand de vin. Allusion à l’eau que le débitant met dans le vin et les liqueurs.

Rigaud, 1881 : Tête ; allusion de forme. Se monter le coco, s’illusionner, se monter la tête.

France, 1907 : Cheval. Ce mot est employé surtout dans la langue du troupier.

Pour faire un vrai soldat, et devenir par la suite un bon officier, il faut avoir tiré toutes les ficelles du métier et savoir : balayer la chambrée ; cirer la planche à pain ; bichonner Coco…

(Hector France, L’Homme qui tue)

France, 1907 : Gosier ; argot populaire. Colle-toi ça ou passe-toi ça dans le coco.

France, 1907 : Mauvais vin on mauvaise eau-de-vie. Allusion à la fade boisson que vendent les marchands de coco.

France, 1907 : Tête. Avoir de coco déplumé, être chauve ; avoir le coco fêlé, être fou. Dévisser le coco, étrangler. Se monter de coco, s’exciter.
Jean Richepin, dans ses compliments de nouvelle année, souhaite, entre autres :

À Barbier, de trouver l’écho
De la voix qui cria les lambes,
Et, pour lui monter le coco,
Du poil à gratter dans les jambes.

Graisser la patte à Coco, gagner quelqu’un en lui donnant de l’argent. S’emploie aussi dans un mauvais sens, précédé de vilain ou de joli : Vilain coco ! joli chien ! ou bien il signifie simplement un individu.

Parmi les socialos politicards, il peut y avoir des cocos qui ont de l’honnêteté, mais qué que ça prouve ? Rien, sinon qu’ils manquent de flair.

(Almanach du Père Peinard, 1894)

France, 1907 : Triste sire, homme méprisable ou, tout simplement, dont on n’est pas satisfait. Le mot est généralement précédé des adjectifs joli, fameux, ou vilain.

— Ah ! vous êtes un fameux gaillard ! un joli coco ! Vous arrivez comme le marquis de Chose-verte, trois heures après la bataille. Vous pouvez bien tourner les talons, et remporter votre lard pourri. Avez-vous du liquide, au moins ?

(Hector France, Sous le Burnous)

— Et v’là qu’elle est lâchée salement par un vilain coco Il est vrai que des filles qui n’ont pas le sou et qui ne savent même pas éplucher une salade, ne sont pas d’un placement avantageux, ni facile, par conséquent !

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

C’est aussi un nom d’amitié :

J’vais te donner un p’tit bécot,
Viens, mon coco !

Cocodes

Delvau, 1864 : Imbécile élégant, ou singeant l’élégance, qui fréquente plus volontiers avec les filles entretenues qu’avec les femmes honnêtes.

Ce n’est pas un homme, c’est un cocodès.

(Aurélien Scholl)

Cocodète

Rigaud, 1881 : Femelle du Cocodés. Les cocodètes sont, en général, des femmes du monde de la bourgeoisie, affectant une toilette et des goûts incompatibles avec leur modeste position. Une véritable grande dame, si excentrique qu’elle soit dans sa toilette, ne sera jamais une cocodète. Il y a des cocodètes parfaitement honnêtes. Ne pas le paraître, voilà leur rêve.

Cocotte

d’Hautel, 1808 : Ma cocotte. Mot flatteur et caressant que l’on donne à une petite fille.
Ce mot signifie aussi donzelle, grisette, femme galante, courtisane.

d’Hautel, 1808 : Une cocotte. Mot enfantin, pour dire une poule.

Delvau, 1864 : Fille de mœurs excessivement légères, qui se fait grimper par l’homme aussi souvent que la poule par le coq.

Cocotte, terme enfantin pour désigner une poule ; — petit carré de papier plié de manière à présenter une ressemblance éloignée avec une poule. — Terme d’amitié donné à une petite fille : ma cocotte : — et quelquefois à une grande dame dans un sens un peu libre.

(Littré)

Larchey, 1865 : Femme galante. — Mot à mot : courant au coq. — On disait jadis poulette.

Mme Lacaille disait à toutes les cocottes du quartier que j’étais trop faible pour faire un bon coq.

(1817, Sabbat des Lurons)

Aujourd’hui une cocotte est un embryon de lorette.

Les cocottes peuvent se définir ainsi : Les bohèmes du sentiment… Les misérables de la galanterie… Les prolétaires de l’amour.

(Les Cocottes, 1864)

Delvau, 1866 : s. f. Demoiselle qui ne travaille pas, qui n’a pas de rentes, et oui cependant trouve le moyen de bien vivre — aux dépens des imbéciles riches qui tiennent à se ruiner. Le mot date de quelques années à peine. Nos pères disaient : Poulette.

Rigaud, 1881 : Dans le monde galant, la cocotte tient sa place entre la femme entretenue et la prostituée. Elle forme en quelque sorte le parti juste-milieu, le centre de ce monde. La cocotte aime à singer les allures de la femme honnête, mariée, malheureuse en ménage, ou veuve, ou séparée de son mari, ou à la veille de plaider en séparation. Toute cette petite comédie, elle la joue jusqu’au dernier acte, pourvu que le dénouement y gagne ou, plutôt, pourvu qu’elle gague au dénouement. — Le mot cocotte n’est pas nouveau, il est renouvelé de 1789. (Cahier de plaintes et doléances.)

Merlin, 1888 : Cheval de trompette.

La Rue, 1894 : Fille galante. V. Biche.

France, 1907 : Féminin de Coco, c’est-à-dire jument. C’est aussi un mot d’amitié ; synonyme de poulette.

France, 1907 : Mal d’yeux, ou mal vénérien.

— Me v’là monter cheux l’phormacien d’saint-Jouin, pour not’ fillette qu’ont la cocotte aux yeux… Un froid qui lui sera tombé en dormant. J’allons lui acheter un remède.
Il prononça ces mots d’un air avantageux, et le facteur hocha la tête par respect pour la dépense.

(Hugues Le Roux)

France, 1907 : Petite dame qui se consacre aux plaisirs des messieurs, où, comme dit Le docteur Grégoire : « Mammifère se chargeant de prouver qu’il y a des poules qui ont des dents. »

— Dame, il me semble qu’au lieu de chercher midi à quatorze heures, mademoiselle votre fille pourrait bien se faire… cocotte.
— C’est ce que je me tue de dire à maman ! s’est écriée Caroline triomphante.
— Cocotte, ce n’est pas mal, mais chanteuse c’est mieux, n’est-ce pas, monsieur Pompon ?
— Madame Manchaballe, l’un n’empêche pas l’autre.

(Pompon, Gil Blas)

Cocotterie

Delvau, 1864 : Monde galant, — côté des cocottes. Ce mot fait pendant au mot : Bicherie.

V. Sardou engageait amicalement une dame à surveiller les toilettes de la jeune fille de la Famille Benoiton, plus excentrique qu’il ne convient à une honnête bourgeoise.
— Bast ! elle est si jeune et si innocente, ce n’est pas même de la coquetterie.
— Non, répliqua Sardou, mais c’est presque de la cocotterie.

(Figaro, no 1123)

Delvau, 1866 : s. f. Le monde galant, la basse-cour élégante où gloussent les cocottes.

France, 1907 : Monde galant.

Cocu

d’Hautel, 1808 : Le premier qui entrera sera cocu. Se dit en plaisantant, lorsque deux personnes, dans une conversation, expriment en même temps, presque dans les mêmes termes, la même pensée.
Un vieux cocu. Épithète injurieuse et dérisoire, que l’on donne à un mari cornard, à un homme bizarre et ridicule.
Ce mot n’appartient proprement qu’au style libre et indécent.

Delvau, 1864 : Mari trompé par sa femme, comme Ménélas, comme Sganarelle et Dandin, comme vous et moi, comme des millions d’autres.

Tous les hommes le sont…
— Excepté Couillardin…
Qu’appelle-t-on cocu ? L’homme de qui la femme
Livre non-seulement le corps, mais aussi l’âme,
Partage le plaisir d’ un amant chaleureux,
Le couvre avec bonheur de baisers amoureux,
Fait l’étreinte pour lui, même quand elle est large,
Et, manœuvrant du cul, jouit quand il décharge.

(L. Protat) (Serrefesse)

Un grant tas de commères
Savent bien trouver les manières
De faire leurs maris cocus.

(F. Villon)

Apprennez qu’à Paris, ce n’est pas comme à Rome ;
Le cocu gui s’afflige y passe pour un sot,
Et le cocu qui rit pour un fort honnête homme.

(La Fontaine)

Le damoiseau, parlant par révérence,
Me fait cocu, madame, avec toute licence.

(Molière)

Je vais prier pour les cocus,
Les catins et les philosophes.

(Béranger)

Rigaud, 1881 : Mari trompé ; source d’éternelles plaisanteries. Bien que le mot soit absolument français, puisqu’on le trouve dans tous les bons auteurs du XVIIe siècle, chez madame de Sévigné comme chez Molière et chez La Fontaine, qui le tenaient de leurs devanciers, nous n’avons pas hésité à lui donner l’hospitalité dans le but de relever une erreur d’étymologie. Sur l’autorité de Pline, on prétend que le mot cocu répond à une allusion au coucou, lequel est réputé pour toujours pondre dans le nid d’autrui. C’est une erreur. Cocu, qui devrait s’écrire co-cu, est formé de deux syllabes co pour cum. Le cocu est un homme qui a un ou plusieurs coadjuteurs à l’œuvre matrimoniale, un ou plusieurs confrères qui travaillent le même champ, champ désigné par la dernière syllabe du mot. De là cocu. L’art de faire des cocus remonte à l’origine du monde, si loin que le premier homme a été cocu par un serpent. Pourquoi par un serpent ? Parce qu’à ce moment il n’y avait pas un second homme dans l’univers, s’il faut s’en rapporter à la Bible. — M. H. de Kock a écrit l’histoire des Cocus célèbres.

Virmaître, 1894 : Pourquoi diable fait-on dériver cocu de coucou ? Si l’on suivait la véritable étymologie du mot, ce n’est pas le mari, mais bien l’amant qu’on devrait appeler cocu ; en effet, la légende veut que le coucou fasse ses petits dans le nid des autres oiseaux (Argot du peuple).

Qui cinquante ans aura vécu
Et jeune femme épousera,
S’il est galeux se grattera
Avec les ongles d’un cocu.

Cocu en herbe (être)

Delvau, 1864 : Avoir la mine d’un honnête homme prédestiné à être un jour cocufié, s’il ne l’est pas déjà d’avance.

Collante (appliquer une)

France, 1907 : Sorte de filouterie au jeu, expliquée ainsi dans le Monde où l’on triche, d’Hogier-Grison :

Méfiez-vous d’un banquier qui, ayant dit : Il y a une « suites » ! se lève et laisse sa poignée de cartes devant lui, face au tapis, sans la remettre contre le « marbre ». Il se peut que ce soit un joueur honnête, mais il se peut que ce soit un complice du joueur qui prend, qui voit la « suite ». Lorsque les jeux sont faits, que les enjeux lui conviennent, il prend la place du banquier, et, prenant les cartes laissées par son devancier, il y applique une douzaine de cartes préparées, dissimulées dans sa main ! Cela se nomme : appliquer une collante.

Compte

d’Hautel, 1808 : Erreur n’est pas compte. Signifie qu’entre honnêtes gens, on peut toujours revenir sur un compte où l’on s’est trompé.
Compte borgne. Compte peu clair, rempli de fractions.
Compte rond. Somme complète, sans fractions, comme, six, douze, etc.
Un trésorier sans rendre compte. Celui qui dispose à son gré de la fortune d’autrui, sans être assujetti à aucun contrôle.

Rigaud, 1881 : Comptoir de marchand de vin. Prendre un canon sur le compte.

France, 1907 : Comptoir de cabaretier.

Conasse

Rigaud, 1881 : Femme stupide. — Les filles de maison appliquent cette épithète aux femmes honnêtes aussi bien qu’aux filles insoumises qui, d’après ces cloîtrées de la prostitution, ne comprennent pas mieux leurs intérêts les unes que les autres. Pour elles, hors de la maison, pas de salut, pas d’esprit de conduite.

Devant les étrangers et surtout devant des jeunes gens ou des hommes à conversation libre et plaisante, elles (les filles publiques) vantent leur savoir-faire, elles reprochent à leurs camarades leur impéritie, et leur donnent ains ; le nom de conasse, expression par laquelle elles désignent ordinairement une femme honnête.

(Parent-Duchatelet, De la Prostitution)

Virmaître, 1894 : Fille peu au courant du métier, qui raccroche à n’importe quel prix (Argot des souteneurs).

Rossignol, 1901 : Prostituée ainsi nommée par les autres filles, parce qu’elle n’est pas inscrite à la police sur les registres de la prostitution.

Conduite (acheter une)

Rigaud, 1881 : Mener une conduite plus régulière.

France, 1907 : Se ranger, devenir sage ou sobre, de débauché ou d’ivrogne qu’on était.

Un coup qu’on est là-bas on fait l’peinard tout d’suite ;
On fait pus d’rouspétance, on s’tient clos, on s’tient coi,
Y en a mêm’ qui finiss’nt par ach’ter une conduite
Et qui d’vienn’nt honnête homm’ sans trop savoir pourquoi

(Aristide Bruant)

Connaissance

Delvau, 1864 : Maîtresse, concubine.

Ah ! vous avez une connaissance, monsieur !

(De Leuven)

Larchey, 1865 : Maîtresse.

Ah ! vous avez une connaissance, monsieur !

(De Leuven)

Delvau, 1866 : s. f. Maîtresse, — dans l’argot des ouvriers, qui veulent connaître une fille avant de la prendre pour femme.

Rigaud, 1881 : Amant, maîtresse ; fiancé, fiancée, — dans le jargon des ouvriers, des militaires et des bonnes d’enfants.

T’nez M’sieu, j’aime mieux vous dire tout d’ suite, j’ai z’une connaissance.

(Grévin)

France, 1907 : Bonne amie, maîtresse.

— Tu l’aim’s donc bien, c’te connaissance ?
— N’m’en parl’ donc pas, j’m’en frais crever !

(Chant d’atelier)

La connaissance est la compagne obligatoire du pioupiou et même du cavalier et du pompier. C’est elle qui vous fait passer agréablement les heures de promenade entre la soupe et la retraite ; elle qui vous refile une petite fiole de fine et de la bonne, prélevée sur la bouteille du bourgeois ; elle qui vous fait pénétrer dans la boîte par l’escalier de service, afin de vous donner le tendre bécot qu’elles n’a pas épanché sur votre joue aux Tuileries ; elle qui vous nourrit du quartier de poulet qu’elle mis en réserve à votre intention et qu’elle arrose, la chère amie, d’une bouteille de vin cacheté et de ses plus ineffables tendresses ; elle qui vous donne la clé de sa chambre lorsque vous avez la permission de la nuit ; elle qui vous paye de bons cigares avec son sou du franc, si toutefois son singe ne fume pas ; elle encore que vous verrez au premier rang de la foule, derrière le cipal, aux jours de revue, fière de vous voir si beau sous l’uniforme, admirant votre air crâne et martial, et vous électrisant avec ses œillades pleines de promesses.

(Traité de civilité militaire et d’honnêteté, enseignée par Dache)

Le boursier X…, l’homme le plus riche, mais le plus connu pour sa paillardise, allait rendre le dernier soupir.
Son neveu arrive en toute hâte de Nice pour le voir une dernière fois.
— Savez-vous, demande-t-il au valet de chambre, si mon oncle a encore sa connaissance ?
— Certainement, monsieur, ils sont même ensemble depuis ce matin.

(Tintamarre)

— Laisse-moi parler ; tu vois bien que c’est la dernière fois que j’t’embête… Dis donc, Albert, comment que ça se fait que tu parles toujours de tes connaissances, et qu’j’aurais pas eu l’droit d’aimer aussi, moi…

(L.-V. Meunier, Chair à plaisir)

Connasse

Halbert, 1849 : Femme honnête.

Delvau, 1864 : Jeune fille sans expérience de l’amour, malhabile aux jeux de l’alcôve. — S’emploie aussi pour désigner un con de mauvaise mine, ou un grand con, ou un con de vieille femme. Quelques auteurs désignent, par le mot connasse, une femme honnête. Les femmes inscrites comme filles publiques à la police désignent souvent aussi par le nom de connasse les allés qui font habituellement la vie et qui craignent de se faire inscrire.

… À l’une sa connasse
Qui tombe par lambeaux…

(Louis Protat)

Mais on sent aussi qu’un connichon aussi jeune ne pouvait admettra un vit qui ne décalottait pas encore, il me fallait une connasse.

(Anti-Justine, p. 3.)

Larchey, 1865 : Les femmes inscrites à la police donnent ce nom à toutes celles qui ne le sont pas.

France, 1907 : Femme honnête.

Coquine

Delvau, 1864 : Femme ou fille qui aime l’homme — ou qui fait semblant de l’aimer pour avoir son argent.

Avec ton piston qui fascine.
La fille honnête et la coquine,
On assur’ qu’il possède encor
Le talent de donner du cor.

(Jules Poincloud)

Nous sommes liés, le baron et moi, par nos coquines.

(H. de Balzac)

Rigaud, 1881 : Éphestion de trottoir, — dans le jargon des voleurs. Mot très usité pour le moment.

Rossignol, 1901 : Voir chatte.

Corbeau

d’Hautel, 1808 : On donne ordinairement ce nom à ceux qui ont charge d’enterrer les morts ; et généralement aux personnes qui, par état, sont obligées d’être vêtues en noir.
Les corbeaux étoient ce matin chez lui. Pour dire les huissiers, les sergens, etc.

Larchey, 1865 : Frère de la doctrine chrétienne. — Allusion aux longues robes noires de cet ordre.

Delvau, 1866 : s. m. Employé des pompes funèbres, — dans le même argot [des faubouriens].

Delvau, 1866 : s. m. Frère de la Doctrine chrétienne, — dans l’argot des faubouriens, qui ont été frappés de l’analogie d’allures qu’il y a entre ces honnêtes instituteurs de l’enfance et l’oiseau du prophète Elie.

Rigaud, 1881 : « On appelait, autrefois, de ce nom ceux qui, en temps de peste, cherchaient les corps morts pour les enterrer, qui ensuite nettoyaient les maisons infectées de cette maladie. » (Le Roux, Dict. comique.) Aujourd’hui les porteurs des pompes funèbres ont hérité de ce sobriquet.

Rigaud, 1881 : Prêtre. — Allusion à la couleur noire de la robe.

Virmaître, 1894 : Frère ignorantin. Quand les gamins rencontrent un frère, ils crient : Couac ! Couac ! imitant le croassement du corbeau (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Frère ignorantin.

France, 1907 : Frère de la Dioctrine chrétienne, prêtre, tout ce qui porte soutane. Ce sobriquet est également donné aux croque-morts.

Côté qui n’est pas vrai

Rigaud, 1881 : Mauvais côté, — dans le jargon du régiment. « Mariés du côté qui n’est pas vrai. — Honnête du côté qui n’est pas vrai. » On dit également dans le même sens : côté hors montoir. C’est le côté opposé à celui où l’on monte à cheval. Mariage du côté hors montoir.

Coubiner à la flanc

Clémens, 1840 : Travailler honnêtement.

Coucher avec une femme

Delvau, 1864 : En jouir ; — par extension : Tirer un coup — même sur toute autre chose qu’un lit.

C’est signe que tu ne couchas
Jamais encore avec elle.

(Cl. Marot)

Un ange la prend dans ses bras.
Et la couche sur l’autre rive.

(Parny)

Monsieur sait mieux que moi, me dit-il, que coucher avec une fille, ce n’est que faire ce qui lui plaît : de la à lui faire faire ce que nous voulons, il y a souvent bien loin.

(De Laclos)

Que veut-il donc ? Coucher avec une jolie femme et en passer sa fantaisie.

(La Popelinière)

Si j’cède à tes beaux discours,
C’est parc’que tu m’cass’ la tête,
Car avec un’ fille honnête
On n’couche pas avant huit jours.

(Chanson anonyme moderne)

Coup

d’Hautel, 1808 : Se battre à coup de savatte. C’est-à dire, à coups de pieds, comme le font les crocheteurs et les porteurs d’eau.
Faire les cent coups. Donner dans de grands écarts, faire des fredaines impardonnables, se porter à toutes sortes d’extravagances, mener une vie crapuleuse et débauchée ; blesser, en un mot, les règles de la pudeur, de la bienséance et de l’honnêteté.
Il a été le plus fort, il a porté les coups. Se dit en plaisantant de quelqu’un qui, n’ayant pas été le plus fort dans une batterie, a supporté tous les coups.
On dit plaisamment d’un homme économe dans les petites choses et dépensier dans les grandes, qu’Il fait d’une allumette deux coups, et d’une bouteille un coup.
Il ne faut qu’un coup pour tuer un loup.
Signifie qu’il ne faut qu’un coup de hasard pour abattre l’homme le plus puissant et le plus favorisé de la fortune.
Faire un mauvais coup. Commettre quelque méchante action, quelqu’action criminelle.
Un coup de maître. Affaire conduite avec adresse, habileté.
Faire d’une pierre deux coups. Faire deux affaires en en traitant une.
Faire un mauvais coup. Ne pas réussir ou échouer dans une entreprise.
Un coup de Jarnac. Coup détourné et perfide qui se dirige contre une personne à qui l’on veut du mal.
Caire un coup de sa tête. Pour dire un coup décisif ; ne prendre conseil que de sa propre volonté.
Coup de main. On appelle ainsi un travail de peu de durée, comme lorsqu’on se fait aider par des étrangers dans un moment de presse.
Un coup de désespoir. Action causée par le chagrin, la douleur, la peine.
Avoir un coup de hache. Pour, être timbré ; avoir la tête exaltée.
Les plus grands coups sont portés. Pour dire, le plus fort est fait, le plus grand danger est passé.
Il n’y a qu’un coup de pied jusque-là. Pour dire qu’il n’y a pas loin. On se sert aussi de cette locution ironiquement, et pour se plaindre de l’éloignement d’un lieu où l’on a affaire.
Se donner un coup de peigne. Au propre, se coiffer, se retapper. Au figuré, se battre, se prendre aux cheveux.
C’est un coup d’épée dans l’eau. Pour, c’est un effort infructueux, un travail inutile.
Frapper les grands coups dans une affaire. Mettre tout en œuvre pour la faire réussir.
Discret comme un coup de canon. Homme étourdi et indiscret qui ne peut rien garder de ce qu’on lui confie.
Il fait ses coups à la sourdine. Se dit d’un fourbe, d’un hypocrite, d’un homme dont les actions sont traitres et cachées.

Delvau, 1864 : L’acte vénérien, qui est, en effet, un choc — agréable pour celle qui le reçoit comme pour celui qui le donne.

L’autre jour un amant disait
À sa maîtresse à basse voix,
Que chaque coup qu’il lui faisait
Lui coûtait deux écus ou trois.

(Cl. Marot)

Tu voudrais avoir pour un coup
Dix écus ; Jeanne, c’est beaucoup.

(Et. Tabourot)

Pour l’avoir fait deux coups en moins de demi-heure,
C’est assez travailler pour un homme de cour.

(Cabinet satyrique)

Il faut toujours se faire payer avant le coup.

(Tabarin)

L’homme philosophal que cherche, sans le trouver, la femme, est celui qui ferait réellement les cent coups.

(J. Le Vallois)

Rigaud, 1881 : Manœuvre faite dans le but de tromper. On dit : il m’a fait le coup, il m’a trompé ; c’est le coup du suicide, c’est un faux suicide annoncé pour attendrir la dupe. (L. Larchey)

La Rue, 1894 : Vol. Manœuvre dans le but de tromper. Ne pas en f…iche un coup, ne pas travailler.

Virmaître, 1894 : Procédé secret et particulier (Argot des voleurs).

Coup de torchon

Delvau, 1866 : s. m. Baiser, — dans l’argot des faubouriens, qui sans doute, veulent parler de ceux qu’on donne aux femmes maquillées, dont alors les lèvres essuient le visage.

Rigaud, 1881 : Duel au sabre, en terme de régiment. Se flanquer un coup de torchon.

France, 1907 : Combat, bataille.

— Eh ! margi, lui criai-je à travers les barreaux de ma lucarne, quoi de nouveau ?
— Il y a qu’on va se flanquer des coups de torchon, mon fils. Une belle occasion de dépuceler ton sabre.

(Hector France, L’Homme qui tue)

Hop là ! hardi ! Il va y avoir un coup de torchon !
Pas un pioupiou ne boude.
Sac au dos ! empoignez-moi votre flingot, la cartouchière sur le bedon, et, pas gymnastique, en avant, marche !

(Traité de civilité militaire et honnête, enseignée par Dache)

Se donner un coup de torchon, se battre en duel.

Coupable

d’Hautel, 1808 : Il ne faut pas que les bons pâtissent pour les coupables. Pour, il ne faut pas punir toute une société pour quelques méchans qui s’y trouvent.
On dit aussi : Que les bons pâtissent toujours pour les coupables, parce que les coupables ont l’adresse de se retirer des mauvaises affaires, et d’y engager d’honnêtes gens.

Cour du roi Pétaud

France, 1907 : Réunion tumultueuse où personne ne s’entend. Lieu de désordre et de confusion où chacun veut être le maître. Molière, dans Tartufe, fait dire à madame Péronnelle, critiquant le ménage de son fils Orgon :

On n’y respecte rien, chacun y parle haut,
Et c’est tout justement la cour du roi Pétaud.

Pendant le moyen âge, tous les corps de métiers s’étaient établis en corporations. Les mendiants, qui pullulaient alors, eurent aussi leur corporation, leurs règlements, leur chef. On l’appelait le roi Péto, du mot latin peto (je mendie), qu’on changea plus tard en celui de Pétaud. Il est probable qu’au milieu de ces truands et de ces gueux, l’autorité de ce monarque fantastique étant plutôt nominale que réelle, et que les réunions qu’il présidait ne se terminaient pas sans cris, sans tumulte, sans injures et sans horions. De Pétaud on a fait pétaudière.
Littré cependant attribue à cette expression une autre origine malpropre et plus burlesque. Le roi Pétaud devait en tout cas avoir du fil à retordre avec ses sujets. Voici, d’après de curieuses recherches récentes, quelles étaient les différentes catégories de mendiants qui se partageaient la grande ville :
Les courtauds, qu’on ne voyait à Paris que pendant l’hiver ; ils passaient la belle saison à rapiner dans les environs de la capitale.
Les capons, qui ne mendiaient que dans les cabarets, tavernes et autres lieux publics.
Les francs-mitoux, dont la spécialité consistait à contrefaire les malades et à simuler des attaques de nerfs.
Les mercandiers. Vêtus d’un bon pourpoint et de très mauvaises chausses, ils allaient dans les maisons bourgeoises, disant qu’ils étaient de braves et honnêtes marchands ruinés par les guerres, par le feu ou par d’autres accidents.
Les malingreux. Ceux-la se disaient hydropiques, ou bien se couvraient les bras et les jambes d’ulcères factices. Ils se tenaient principalement sous les portes des églises.
Les drilles. Ils se recrutaient parmi les soldats licenciés et demandaient, le sabre à la ceinture, une somme qu’il pouvait être dangereux parfois de leur refuser.
Les orphelins. C’étaient de jeunes garçons presque nus ; ils n’exerçaient que l’hiver, car leur rôle consistait à paraître gelés et à trembler de froid avec art.
Les piètres. Ils marchaient toujours avec des échasses et contrefaisaient les estropiés.
Les polissons. Ils marchaient quatre par quatre, vêtus d’un pourpoint, mais sans chemise. avec un chapeau sans fond et une sébile de bois à la main.
Les coquillards. C’étaient de faux pèlerins couverts de coquilles ; ils demandaient l’aumône afin, disaient-ils, de pouvoir continuer leur voyage.
Les collots. Ils faisaient semblant d’être atteints de la teigne et demandaient des secours pour se rendre à Flavigny, en Bourgogne, où sainte Reine avait la réputation de guérir miraculeusement et instantanément ces sortes de maladies.
Les sabouleux. C’étaient de faux épileptiques. Ils se laissaient tomber sur le pavé avec des contorsions affreuses et jetaient de l’écume au moyen d’un peu de savon qu’ils avaient dans la bouche.
Les cagous. On donnait ce nom aux anciens qui instruisaient les novices dans l’art de couper les chaînes de montre, d’enlever les bourses, de tirer les mouchoirs et de se créer des plaies factices.
Il y avait aussi les millards, les hubains, les morjauds.

Crasse

d’Hautel, 1808 : Ignorance crasse. Ignorance grossière, ineptie inexcusable.
Être né dans la crasse. Être de la plus basse extraction.
Vivre dans la crasse. Vivre d’une manière sordide, obscure, et dans une extrême parcimonie.

Delvau, 1866 : s. f. Pauvreté ; abjection, — dans le même argot [du peuple]. Tomber dans la crasse. Déchoir de rang, de fortune ; de millionnaire devenir gueux, et d’honnête homme coquin.

Delvau, 1866 : s. m. Lésinerie, indélicatesse, — dans l’argot du peuple, pour qui il semble que les sentiments bas soient l’ordure naturelle des âmes non baptisées par l’éducation.

Rigaud, 1881 : Mauvais procédé. — Crasse de collège, pédantisme, bégueulerie pédantesque.

France, 1907 : Pauvreté, misère, abjection. Tomber dans la crasse, sortir de la crasse.

Né malheureux, de la crasse tiré,
Et dans la crasse en un moment rentré,
À tous emplois on me ferme la porte.
Rebut du monde, errant, privé d’espoir,
Je me fais moine, ou gris, où blanc, ou noir,
Rasé, barbu, chaussée, déchaux, n’importe !

(Voltaire, Le Pauvre diable)

Créature

Delvau, 1864 : Nom que, dans leur mépris — qui ressemble beaucoup à de l’envie, — les femmes honnêtes donnent à celles dont le métier est de ne l’être pas.

Mon mari a eu l’infamie de faire venir cette créature dans ma maison.

(Gavarni)

Larchey, 1865 : « Pour la grande dame qui se voit enlever ses adorateurs par une grisette, cette grisette est une créature ! »

(L. Huart)

Delvau, 1866 : s. f. Synonyme péjoratif de Fille, — dans l’argot des bourgeois.

Rigaud, 1881 : Femme de rien. Pour une bourgeoise, la maîtresse de son mari est une créature. Pour la grande dame dont le mari est l’amant d’une bourgeoise, la bourgeoise est une créature.

France, 1907 : Terme de mépris appliqué par les bourgeoises aux jeunes et jolies femmes qu’elles détestent, et qui se vengent de leur mépris en prenant pour amants leurs maris et leurs fils.

Crème

d’Hautel, 1808 : C’est la crème des honnêtes gens. Manière bourgeoise et triviale de designer un homme d’honneur et de probité, et qui se fait surtout admirer par une bonhomie et une douceur extrêmes.
La crème du discours. On appelle ainsi par plaisanterie les petites parties de salive qu’on laisse échapper en parlant, et qui souvent frappent au visage de celui avec lequel on converse.
C’est de la crème fouettée. Se dit par dédain et pour diminuer la valeur d’une chose dont le principal mérite consiste dans la délicatesse et la légèreté.

Delvau, 1866 : s. f. Superlatif de Bon, de Beau, de Fort, — dans l’argot des bourgeois. La crème des hommes. Le meilleur des hommes.

Virmaître, 1894 : C’est une crème d’homme pour dire : il est bon. Même signification que : c’est un beurre. Les bourgeois pour exprimer qu’un être est beau disent également :
— C’est une crème.
— C’est une bonne pâte d’homme (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Vaurien, voyou, dégourdi. D’un arsouille, on dit : il est crème. Une bonne personne est aussi une crème.

France, 1907 : La quintessence du bien et du mal. La crème des honnêtes gens, expression dont il faut se méfier, car cette prétendue crème d’honnêteté est souvent une crème de coquin. On dit aussi vulgairement, en parlant de quelque chose de bon : C’est une crème, ou : C’est un beurre.

Dandy

France, 1907 : Fat oisif dont la seule occupation est de se parer. Le dandy est l’ancien petit-maître du XVIIe siècle, le marquis de Molière, ridicule espèce de parasite social, que l’immortel moraliste La Bruyère a si bien décrit et qui traverse les âges avec de simples variations de costumes, étalant son outrecuidance et sa nullité sous des noms divers : élégant, incroyable, merveilleux, dameret, muscadin, gandin, cocodès, petit crevé, gommeux, pschutteux, etc.
Dandy, comme fashionable, est une importation d’outre-Manche. Apocope du vieil anglais dandeprat ou dandiprat, terme usité quelquefois en signe de mépris, dit Johnson dans son Dictionnaire, pour petit drôle, moutard, « a little fellow, an urchin ». Il est donc erroné de prétendre, comme le fait Littré, que ce mot vient du français dandin, avec lequel, du reste, il n’a aucun rapport.
L’importation date de 1838 ; Mme de Girardin, dans ses Lettres Parisiennes, protestait déjà à cette époque contre l’anglomanie :

Les dandys anglais ont fait invasion à Paris ; leur costume est étrange : habit bleu flottant, col très empesé, dépassant les oreilles, pantalon de lycéen, dit à la Brummel, gilet à la maréchal Soult, manteau Victoria, souliers à boucles, bas de soie blancs, mouchetés de papillons bruns, cheveux en vergette, un œil de poudre, un scrupule de rouge, l’air impassible et les sourcils rasés, canne assortie.

George Brummel, dit le beau Brummel, plus tard, chez nous, le comte d’Orsay furent les plus célèbres type du dandysme.
« Le dandy, dit Barbey d’Aurevilly, a l’impertinence somptueuse, la préoccupation de l’effet extérieur. » Le même écrivain donne de curieux exemples des raffinements que les dandies apportaient dans la conception de leur toilette.

Un jour, ils eurent la fantaisie de l’habit râpé. Ils étaient à bout d’impertinence, ils n’en pouvaient plus. Ils trouvèrent celle-là, qui était si dandy, de faire râper leurs habits avant de les mettre, dans toute l’étendue de l’étoffe, jusqu’à ce qu’elle ne fût plus qu’une espèce de dentelle — une nuée.
Ils voulaient marcher dans leur nuée, ces dieux ! L’opération était très délicate et très longue, et on se servait, pour l’accomplir, d’un morceau de verre aiguisé. Eh bien ! voilà un véritable fait de dandysme. L’habit n’est presque plus. — Et en voici un autre encore : Brummel portait des gants qui moulaient ses mains comme une mousseline mouillée. Or, le dandysme n’était pas dans la perfection de ces gants, qui prenaient le contour des ongles comme la chair le prend, c’était qu’ils eussent été faits par quatre artistes spéciaux, trois pour la main, et un pour le pouce.
Telle est la façon subtile dont les dandys pratiquaient l’élégance.
 
Le dandy n’est qu’une transformation du raffiné, du muguet, du roué, de l’homme à la mode, de l’incroyable et du merveilleux.

(Frédéric Soulié, L’Âme méconnue)

J’ai dit que ce type avait existé en tous temps et dans tous les pays ; rapprochons des lignes de Barbey d’Aurevilly ces lignes de Sénèque sur les dandies de son époque, qu’il considérait comme les gens les plus occupés du monde.

Jouissent-ils du repos, ceux qui passent les heures entières chez un barbier pour se faire arracher les poils qui ont pu croître dans la nuit précédente, pour prendre conseil sur l’arrangement de chaque cheveu, sur la façon de les faire revenir ou de les ramener sur le front, afin de remplacer ceux qui leur manquent ? Voyez comme ils se mettent en colère quand le barbier n’y a point apporté toute son attention et s’est imaginé qu’il avait affaire à des hommes !
Voyez comme ils entrent en fureur lorsqu’on leur a coupé quelques cheveux des côtés, lorsque quelques-uns passent les autres et ne forment pas la boucle ! Est-il un de ces personnages qui n’aimât mieux voir la république en désordre que sa coiffure, qui ne soit plus inquiet de sa frisure que de sa santé et qui ne préfère la réputation d’être l’homme le mieux coiffé à celle d’être le plus honnête ? Jouissent-ils du repos, ces hommes perpétuellement occupés d’un peigne et d’un miroir ?

Daron

d’Hautel, 1808 : Sobriquet que les ouvriers donnent à leurs bourgeois : ce mot signifioit dans le vieux langage, un vieillard fin et rusé.
Un daron. Se dit aussi d’un homme de la manique, d’un cordonnier.

Ansiaume, 1821 : Père.

Mon daron avait le taff, mais il prêtoit l’oche.

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Maître, père.

M.D., 1844 : Le père.

Halbert, 1849 : Maître, père.

Delvau, 1866 : s. m. Père, — dans l’argot des voleurs, qui ont emprunté ce mot au vieux langage des honnêtes gens. Daron de la raille ou de la rousse. Préfet de police.

Virmaître, 1894 : V. Dabe.

Rossignol, 1901 : Père.

Débrouillard

Rigaud, 1881 : Celui que rien n’embarrasse, qui sait toujours se tirer d’affaire.

Un grand garçon, ancien militaire, excuirassier de Reischoffen, très honnête et très débrouillard, comme on dit au régiment.

(Figaro du 17 juillet 1877)

Ils étaient jeunes, bien tournés, débrouillards.

(Vicomte Richard, Les Femmes des autres)

Virmaître, 1894 : Individu qui sait se débrouiller au milieu des ennuis de la vie et qui en sort victorieux. On emploie, dans les ateliers, cette image caractéristique, mais peu parfumée :
— Il sortirait de cent pieds de merde (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Celui qui sait se débrouiller pour sortir des mauvaises passes de la vie.

Hayard, 1907 : Arriviste.

France, 1907 : Homme actif, entreprenant, qui a de l’initiative et sait tirer parti de tout.

J’en sais qui, par traité, sont forcés de livrer deux romans par an à un éditeur, moyennant quoi l’autre leur fournit les moyens de dîner ; deux romans, vous entendez, sept cents pages, avec des descriptions, de la psychologie, de la pensée, le meilleur d’eux-mêmes.
Et ce sont les favorisés, les débrouillards, au-dessous desquels s’agitent ceux qui sont sans éditeur, sans journal, sans rien que leur papier blanc, leurs idées et leur obscurité, dont personne ne veut…

(F. Vandérem)

M. Bourgeois est un jeune dans toute l’acception du mot, puisqu’il n’a encore que quarante ans, et la chose parait à peine croyable quand on considère son brillant passé administratif. En même temps, c’est un débrouillard, possédant au service d’une intelligence hors ligne une faculté de travail infatigable.

(Écho de Paris)

Un jeune Anglais, établi depuis peu à Paris, se présente dans les bureaux d’un grand journal pour demander à faire du reportage.
Le directeur lui pose les questions d’usage :
— Avez-vous déjà écrit ?… Et, enfin, êtes-vous débrouillard ?
— Oh ! oui, monsieur, des brouillards… de la Tamise.

Dernier de M. de Kock

Larchey, 1865 : « Ce mot a signifié cocu pendant quinze jours. En ce temps, il venait de paraître un roman de M. Paul de Kock intitulé le Cocu. Ce fut un scandale merveilleux… Il fallait bien pourtant se tenir au courant et demander le fameux roman. Alors (admirez l’escobarderie !) fut trouvée cette honnête périphrase : Avez-vous le dernier de M. de Kock ? » — Th. Gautier. — « Le mari. — Et de cette façon je serais le dernier de M. de Kock, minotaure, comme dit M. de Balzac. » — Id.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique