France, 1907 : Nom donné en Basse-Bretagne aux embouchures de quelques cours d’eau formant une échancrure de rivage favorablement disposée pour offrir un abri aux navires. C’est de ce nom qu’on a fait havre.
(E. Peiffer)
Aber
France, 1907 : Nom donné en Basse-Bretagne aux embouchures de quelques cours d’eau formant une échancrure de rivage favorablement disposée pour offrir un abri aux navires. C’est de ce nom qu’on a fait havre.
(E. Peiffer)
Aller se faire couper les cheveux
Delvau, 1864 : Aller au bordel. — L’expression date de l’établissement des bains de mer de Trouville, fréquentés par la meilleure société parisienne. Trouville est pour ainsi dire un faubourg du Havre, mais un faubourg sans bordels. Les messieurs sans dames qui ont des besoins de cœur s’échappent, vont au Havre et reviennent l’oreille basse, la queue entre les jambes, comme honteux de leurs mauvais coups. D’où venez-vous ? leur demandent les dames. — J’ai été me faire couper les cheveux, répond chaque coupable. — Les dames trouvaient — trouvillaient, dirait Commerson — qu’ils allaient bien souvent se faire arranger — la chevelure.
Armoire
Merlin, 1888 : Havresac. N’était-ce pas, en effet, le seul meuble mis autrefois à la disposition du soldat ?
La Rue, 1894 : Bosse. Havre-sac.
Rossignol, 1901 : Au revoir.
Je m’en vais, armoire, à bientôt.
France, 1907 : Havresac, bosse.
As de carreau
Larchey, 1865 : Havre-sac d’infanterie. — Allusion à sa forme carrée.
Troquer mon carnier culotté contre l’as de carreau ou l’azor du troupier.
(La Cassagne)
Delvau, 1866 : s. m. Le ruban de la Légion d’honneur, — dans l’argot des voleurs, qui font allusion à la couleur de cette décoration.
Delvau, 1866 : s. m. Le sac du troupier, à cause de sa forme. On l’appelle aussi Azor, — à cause de la peau de chien qui le recouvre.
Rigaud, 1881 : Ruban de la Légion d’honneur. — Sac de soldat d’infanterie.
Merlin, 1888 : Havresac ; placé dans un certain sens, il affecte la forme d’un losange, qui est aussi celle de l’as de carreau. Il en avait également jadis la couleur, alors qu’il était fait d’une peau de veau garnie de son poil.
Virmaître, 1894 : Sac du fantassin (Argot du troupier). V. Armoire à glace.
Hayard, 1907 : Sac de soldat.
France, 1907 : Le sac du troupier, à cause de sa forme carrée et de sa couleur. On dit aussi Azor, parce qu’il est en peau de chien. Le ruban de la Légion d’honneur, qu’on appelait aussi autrefois tablette de chocolat.
Azor
Larchey, 1865 : Sac d’infanterie. Son pelage lui a fait donner ce nom de chien. — Un fantassin en route dit qu’il part à cheval sur Azor.
Le mauvais drôle avait vendu son havre-sac, qu’il appelait son Azor.
(Vidal, 1833)
Appeler Azor : Siffler un acteur comme un chien.
Dites donc, mame Saint-Phar, il me semble qu’on appelle Azor.
(Couailhac)
Delvau, 1866 : s. m. Nom de chien qui est devenu celui de tous les chiens, — dans le même argot [du peuple]. V. Appeler Azor.
Merlin, 1888 : Autre dénomination du havresac, fait de peau et assimilé plaisamment à un chien. Lorsqu’un troupier recevait son congé de libération, il n’était pas rare autrefois de le voir sortir de la caserne, tenant Azor en laisse, c’est-à-dire traînant à terre son sac attaché à la grande courroie, en signe de parfaite indépendance.
Virmaître, 1894 : V. As de carreau.
Rossignol, 1901 : Havresac de militaire.
France, 1907 : Chien, nommé ainsi, dit Lorédan Larchey, depuis le succès d’un opéra de Grétry : Zémire et Azor. Appeler Azor, siffler un acteur.
France, 1907 : Sac des troupiers, appelé ainsi parce qu’il est en peau de chien.
Je tendis la main au vieillard avec effusion reconnaissante, et je lui dis : « Vous avez été soldat ? — Pendant vingt-cinq ans, mon lieutenant, fit-il, en Afrique, au huitième de l’arme, et malgré ma soixantaine, si je n’étais pas perclus de rhumatismes, croyez bien que j’aurais repris Azor et le flingot pour cogner sur les Prussiens… Je les hais… Je voudrais pouvoir les détruire, comme la vermine, les uns après les autres… »
(René Maizeroy)
À cheval sur Azor, sac au dos. Tenir Azor en laisse, tenir son sac par la courroie.
Barda
Merlin, 1888 : Sac.
Rossignol, 1901 : Havresac du troupier. C’est probablement de barda que vient le mot barder. La hauteur d’un sac de zouave est connue, il n’a pas plus à porter qu’un soldat d’infanterie ; mais, comme il a l’habitude du voyage, il ne met rien dans le sac, mais tout dessus, de façon que la Charge porte sur les épaules et non sur les reins. Dans le temps, un zouave avait toujours sur son sac un rouleau contenant son linge, un pantalon de drap, une couverture, son manteau, une toile et demie pour camper à deux, un bâton, quatre piquets, une paire de souliers, huit jours de vivres de réserve, soit quatre pains, et un des ustensiles de cuisine et sa gamelle individuelle ; avec les cent cartouches, le fusil, et quelques petits Souvenirs de famille conservés précieusement dans le sac, ça finissait par barder.
France, 1907 : Bagages ; mot arabe rapporté par les soldats d’Algérie.
Bazarder
Delvau, 1866 : v. a. Vendre, trafiquer. Bazarder son mobilier. S’en défaire, l’échanger contre un autre.
Rigaud, 1881 : Se défaire d’un objet. — Bazarder son mobilier, vendre son mobilier. — Dans l’argot du régiment, bazarder c’est vendre ses effets de linge et de chaussures.
Au bataillon d’Afrique, la fréquence de ce délit en fait une vertu de corps. Tout conscrit doit, au moins, vider une fois son havre-sac.
(A. Camus, Les Bohèmes du drapeau)
France, 1907 : Vendre.
Elle vendit, bazarda d’urgence, sans pitié, fermes et domaines, y compris le rustique castel où elle était née, le pigeonnier de ses ancêtres, comme elle l’appelait en ricanant.
(Albert Cim, Institution de Demoiselles)
Bibelot
Delvau, 1866 : s. m. Havresac, porte-manteau, — dans l’argot des soldats.
Delvau, 1866 : s. m. Objet de fantaisie, qu’il est de mode, depuis une vingtaine d’années, de placer en évidence sur une étagère. Les porcelaines de Saxe, de Chine, du Japon, de Sèvres, les écailles, les laques, les poignards, les bijoux voyants, sont autant de bibelots. Par extension : Objet de peu de valeur. Ce mot est une corruption de Bimbelot, qui signifiait à l’origine jouet d’enfants, et formait un commerce important, celui de la bimbeloterie. Aujourd’hui qu’il n’y a plus d’enfants, ce commerce est mort ; ce sont les marchands de curiosités qui ont succédé aux bimbelotiers.
Rigaud, 1881 : Objet de peu de volume et peu de valeur. Objet de peu de volume et de beaucoup de valeur. En général, tous les menus objets, plus ou moins artistiques, depuis les bijoux anciens jusqu’aux vieilles seringues prétendues historiques, prennent la dénomination très élastique de « bibelots ».
J’ai été aussi fort bousculé par mon propriétaire, auquel je dois deux termes, et il m’a fallu vendre toutes sortes de bibelots pour m’acquitter d’un.
(H. Murger, Lettres)
Les deux peuples les plus passionnés, aujourd’hui, pour les bibelots sont le Français et le Chinois, — signe de décadence, — prétendent les philosophes. Pour satisfaire à toutes les exigences, il s’est établi des fabriques de vieux neuf qui déversent journellement leurs produits à l’hôlel Drouot.
Boutmy, 1883 : s. m. En imprimerie, on donne ce nom aux travaux de peu d’importance, tels que factures, adresses, étiquettes, prospectus, circulaires, lettres de mariage, billets de mort, etc. Ces travaux sont aussi appelés bilboquets, et mieux ouvrages de ville.
Fustier, 1889 : Argot d’imprimerie. Travaux de peu d’importance ; factures, prospectus, têtes de lettre, etc.
France, 1907 : Objet de curiosité ou de fantaisie dont il est de mode, depuis quelques années, d’encombrer ses appartements ; du mot bimbelot, jouet d’enfant.
L’appartement est somptueux. Le temple est digne de l’idole. Le lit est anglais, la commode est russe, l’armoire est italienne, le sofa est turc, les fauteuils sont allemands, les bronzes sont espagnols, mais les bibelots sont parisiens.
(Albert Dubrujeaud)
Ces objets, la plupart de cuir ouvragé, ressemblaient, tous, à ces affreux bibelots connus sous le nom d’article-Paris ; ils en avaient la forme laide et sans art, la destination vague, l’insupportable clinquant.
(Octave Mirabeau, Gil Blas)
Travaux de peu d’importance, dans l’argot des typographes.
Carotter
d’Hautel, 1808 : Jouer petit jeu ; n’être point hardi au jeu.
Larchey, 1865 : Ne vivre que de légumes. Vivre mesquinement.
Il se dépouillait de tout… Il sera très heureux de vivre avec Dumay en carottant au Havre.
(Balzac)
Larchey, 1865 : Obtenir de l’argent en tirant une carotte :
Allons, va au marché, maman, et ne me carotte pas.
Delvau, 1866 : v. a. Se servir de carottes pour obtenir de l’argent de son père, de son patron, ou de toute personne charitable. Carotter l’existence. Vivre misérablement. Carotter le service. Se dispenser du service militaire, ou autre, en demandant des congés indéfinis, sous des prétextes plus ou moins ingénieux.
Delvau, 1866 : v. n. Jouer mesquinement, ne pas oser risquer de grands coups ni de grosses sommes.
Rigaud, 1881 : Se contenter d’un léger bénéfice en exposant peu. — Carotter à la Bourse, dans les affaires. — Jouer très serré, jouer petit jeu, — dans le jargon des joueurs.
France, 1907 : Faire des dupes.
La plus hardie de ces ribaudes parait avoir été la dame des Armoises ; elle arriva à s’établir convenablement, carotta de droite et de gauche, non sans habileté, et fit souche de nombreux marmots.
Telle est la Jeanne d’Arc dont M. Lesigne prétend faire présent à la France : — reste à savoir si elle en voudra !
(Jacqueline, Gil Blas)
Carotter l’existence, mener une vie misérable. Carotter à la Bourse, spéculer sur une petite échelle.
Chier debout
Rossignol, 1901 : Nom donné aux chasseurs de Vincennes qui, lors de la formation de leur corps par le duc d’Orléans, avaient comme les enfants le pantalon fendu sur le derrière, de façon qu’ils pussent satisfaire un besoin pressant sans quitter le havresac et le fourniment ; de là le nom de chier debout. Il arrivait parfois aux chasseurs étant en voyage, de jouer au saut de mouton. Souvent ils faisaient exprès de ne pas boutonner le derrière du pantalon et laisser passer le drapeau blanc.
Daron, daronne
Larchey, 1865 : Père, mère. — Daron de la rousse : Préfet de police. — Daronne du mec des mec. Mère de Dieu. V. Rebâtir.
Rigaud, 1881 : Maître, maîtresse. — Père, mère. — Daron de la raille, de la rousse, préfet de police. — Daronne du Mec des Mecs, daronne du grand Avre ou Havre, la mère de Dieu, — dans l’ancien argot.
La Rue, 1894 : Maître, maîtresse. Père, mère.
Hayard, 1907 : Père, mère.
France, 1907 : Patron, patronne. Se dit aussi pour père et mère. Ce mot signifiait, dans le vieux langage, vieillard rusé. Il est encore employé, dans la Flandre française, dans le sens de maître de maison, et comme équivalent de chef de famille. Selon toute probabilité, c’est une corruption de baron, autrefois employé dans le sens de maître, de mari ; à moins, comme le dit Larousse, qu’il ne vienne de la racine sanscrite dar, déchirer, diviser, le maître de la maison divisant, faisant les parts aux siens.
Le daron, à pas lents, parcourt du même jour
La ville, les faubourgs et jardins tour à tour.
(Anonyme)
La double signification de mère et maîtresse de maison se retrouve dans les lettres adressées, de la prison de Luxembourg, à sa chère Lucile, par Camille Desmoulins. Il appelle constamment daronne Mme Duplessis, sa belle-mère, avec qui il habitait à Cachan.
(Intermédiaire des chercheurs et curieux)
Hariadan Barbe-rousse
Rigaud, 1881 : Jésus-Christ, — dans l’ancien argot. Hariadan, pour Havriadan de Havre, Dieu, et Barbe-rousse, par allusion à la couleur que les peintres ont donnée à la barbe du Christ. — Sous le titre de Hariadan Barbe-rousse, Corse et V. Ducange ont écrit une pièce.
Haubersac
France, 1907 : Havresac, gibecière.
Hauteur (être à la)
Merlin, 1888 : Être au courant du métier.
France, 1907 : Être d’aplomb, ferré sur l’exercice, rompu aux marches et aux fatigues ; être à la hauteur enfin d’un véritable soldat.
Le désir de reconduire au Havre une troupe à la hauteur animait les décisions quotidiennes du commandant Mauvezin. Officiers, sous-officiers et soldats étaient sur les dents…
(Lucien Descaves, Sous-offs)
Havre
anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Dieu.
Havre (grand)
France, 1907 : Dieu. C’est pour les dévots le port de salut.
Havre ou grand aure
Vidocq, 1837 : s. m. — Dieu.
(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)
Havre ou grand-havre
Halbert, 1849 : Dieu.
Havre-sac
d’Hautel, 1808 : (l’h s’aspire). Sorte de sac que les soldats portent sur le dos lorsqu’ils vont aux armées ; et non hâbre-sac, comme on le dit vulgairement.
Havre, le grand Havre
Rigaud, 1881 : Dieu.
Interview
France, 1907 : Entrevue d’un journaliste avec une personne dont il veut obtenir des renseignements ; reportage. Voir Interviewer.
Ce reportage, ces interviews, cette information à outrance ne sont-ils pas une conséquence de la marche et du développement de la civilisation ? Ce n’est pas nous qui avons créé le reportage : c’est l’électricité, c’est la vapeur, c’est le télégraphe, c’est le téléphone, ce sont les nouvelles conditions d’existence qui nous ont été faites par le progrès industriel. Quand on voyageait en patache et qu’une lettre mettait plusieurs jours pour venir du Havre à Paris, le reportage n’existait pas et je comprends qu’on regrette ce temps ; mais, pour ma part, j’aime à aller et à être informé vite, Question de tempérament, voilà tout.
(Paul Doumerc)
Nos pères ce contentaient d’une chronique, leurs fils veulent de l’interview, et la littérature n’est plus admise que comme la sauce du condiment.
(Guy Tomel, Le Bas du pavé de Paris)
En police correctionnelle.
— Vos nom et prénoms ?
— Hippolyte Lenglumé.
— Ou êtes-vous nés ?
— À Paris.
— Avez-vous déjà été condamné ?
Le prévenu, souriant avec politesse :
— Alors, c’est un interview ?
(La Revue des Journaux)
Litroneur
France, 1907 : Ivrogne.
Au pied d’un autel où figuraient les bustes de Napoléon Ier, du duc de Reichstadt et de Louis-Napoléon, on jurait sur le poignard le rétablissement de l’empire, et le tout se terminait par quelques litres que payait le récipiendaire. Le ministre de l’intérieur, avec la singulière et aimable facilité d’élocution qui le distinguait, mit les désordres de la place du Havre sur le compte de ces litroneurs…
(Jules Richard)
Minstrel
France, 1907 : Chanteur déguisé en nègre qui s’accompagne sur un banjo. C’est notre vieux mot ménestrel revenu déformé par son passage en Angleterre.
Boulogne et le Havre enfin, leurs bars, les music-halls et les minstrels aidant, ont-ils besoin d’un ciel gris, d’une mer embrouillardée pour « entraîner » leurs hôtes de passage à la vie anglo-saxonne ?…
(Paul Bonnetain)
Nez creux (avoir le)
Delvau, 1866 : v. a. Avoir le pressentiment d’une chose, d’un événement ; flairer une bonne occasion, une bonne affaire. Signifie aussi Arriver quelque part juste à l’heure du dîner. On dit aussi Avoir bon nez.
France, 1907 : Avoir de la perspicacité. Les nez creux ont plus de capacité que les autres et pour le vulgaire ils doivent flairer davantage et, comme les bons chiens, sentir de loin. Voir Nevers.
La gamine virait et tournait autour du vieux commandant ; elle savait qu’il avait toujours le gousset garni non de pastilles de chocolat ou de tablettes de sucre d’orge dont elle n’avait cure, mais de jolies piécettes d’argent qu’ardemment elle convoitait. Elle avait déjà le nez creux.
(Les Propos du Commandeur)
C’est un riche armateur du Havre ;
Sa fille unique eut le nez creux,
Un gas, fin matelot, voilà son amoureux !
Mais le père, que cela navre,
Lui dit : « Ton choix n’est pas heureux,
Je ne veux pas d’un gendre aussi gueux qu’un cadavre. »
(Jean Richepin)
Omelette
Larchey, 1865 : Mystification militaire en usage à Saint-Cyr.
Voici en quoi consiste le supplice de l’omelette : Au milieu de votre sommeil quatre vigoureux anciens saisissent votre lit et le retournent comme une omelette.
(R. de la Barre)
L’omelette de sac consiste à bouleverser le havre-sac de celui qu’on veut ennuyer.
Delvau, 1866 : s. f. Mystification militaire qui consiste à retourner sens dessus dessous le lit d’un camarade endormi. Omelette du sac. Autre plaisanterie de même farine qui consiste à mettre en désordre tous les objets rangés dans un havre-sac, — ce qui est une façon comme l’autre de casser les œufs et de les brouiller.
France, 1907 : Plaisanterie d’un goût douteux que les anciens font aux conscrits dans les régiments et les écoles militaires et qui consiste à prendre le lit d’un camarade endormi et à le retourner sens dessus dessous.
À l’École polytechnique, c’est le bouleversement complet d’une chambre.
Au milieu du casert, semblable à une immense poêle, tous les meubles ont été renversés ; les lits enchevêtrés les uns dans les autres, les matelas, draps, couvertures, jetés pêle-mêle, tous les ustensiles de toilette, les cuvettes, brisés en mille pièces, les sacs à linge, les boîtes à claque, les bottes, les uniformes en fouillis inextricables, forment une omelette d’un genre tout particulier, sur laquelle toute l’eau de la fontaine a été répandue : telle est l’aimable farce que les anciens se plaisent à faire aux conscrits dans la première semaine de leur arrivée.
(Albert Lévy et G. Pinet, L’Argot de l’X)
L’omelette du sac est une plaisanterie de même farine consistant à bouleverser tous les effets d’un sac. On en fait ou faisait autant des diverses pièces des armes quelques instants avant l’exercice.
Les omelettes donnèrent plus vite le secret du fusil et de son mécanisme que les meilleurs instructeurs ; on se pressa, on lit mal d’abord, mieux, puis bien, et, pour me servir d’une expression de l’École, en se volatilisant.
(E. Billaudel, Les Hommes d’épée)
Rossignol
d’Hautel, 1808 : Rossignol à gland. Pour dire un pourceau, un cochon.
Rossignol d’Arcadie. Et plus souvent roussin d’Arcadie, un âne.
Halbert, 1849 : Haut-bois. On appelle ainsi un outil d’un casseur de porte.
Delvau, 1864 : Le membre viril.
Aussitôt qu’elle eut aperçu
Le rossignol que tenait Catherine.
(La Fontaine)
Larchey, 1865 : « Ce sobriquet de rossignol était donné par les libraires aux ouvrages qui restent perchés sur les casiers dans les profondes solitudes de leur magasin. » — Balzac. — Les marchands de nouveautés donnent le même nom aux étoffes passées de mode.
Larchey, 1865 : Fausse clé.
Après, j’ne manquerai pas de raisons Pour rossignoler les maisons.
(Festeau, 1832)
Delvau, 1866 : s. f. Fausse clé, — dans le même argot [des voleurs].
Delvau, 1866 : s. m. Livre qui ne se vend pas, — dans l’argot des libraires. Marchandise qui n’est pas de bonne défaite, — dans l’argot des boutiquiers.
Rigaud, 1881 : Marchandise défraîchie, passée de mode.
La Rue, 1894 : Fausse clé. Marchandise démodée et depuis longtemps en magasin.
Virmaître, 1894 : Fausse clef (Argot des voleurs).
Virmaître, 1894 : Marchandises défraîchies ou hors de saison. Dans les magasins, les commis qui écoulent les rossignols touchent une prime qui se nomme la guelte (Argot des bourgeois).
Rossignol, 1901 : Fonds de magasin, marchandises défraîchies.
Hayard, 1907 : Fausse clef.
Hayard, 1907 : Marchandise défraîchie.
France, 1907 : Fausse clé.
L’un d’eux fit briller une allumette. Ils se trouvaient dans la cuisine. Ils ouvrirent, à l’aide d’un rossignol, la porte de la salle à manger. Les tiroirs des buffets furent aussitôt allégés de leur argenterie, qui passa dans un sac.
(Yveling-Rambaud, Haine à mort)
France, 1907 : Hautbois.
France, 1907 : Mauvaise marchandise ; objet démodé ou de rebut, reste de magasin.
La tenue des troupes allemandes est d’une correction remarquable. Nous constatons la solidité du fourniment, la coupe des effets, la qualité du drap, etc., etc., et nous nous demandons dans quelles proportions scandaleuses les fournisseurs de notre armée doivent encaisser des bénéfices. Quelle camelotte chez nous que ces havresacs, ceinturons, gibernes, bidons, souliers, casqueittes, etc., hors de service après quinze jours de campagne !… Après cela, rien dans les magasins, et une nation comme la France forcée de demander au monde entier ses rossignols pour habiller, chausser et armer ses soldats. J’entends encore M. Rouher disant avec emphase : « Sire, la France est prête… » Oui, prête pour le sacrifice de son sang et de son honneur militaire.
(Lieut.-colonel Meyret, Carnet d’un prisonnier de guerre)
Rouscailler
anon., 1827 : Parler.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Parler argot.
Bras-de-Fer, 1829 : Parler.
Delvau, 1864 : Besogner du membre avec une femme qui en meurt d’envie.
Un pareil état m’excite et m’offense :
Descends de mon lit, ou bien rouscaillons !
Delvau, 1866 : v. a. Aimer, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Sacrifier sur l’autel de Vénus. — Parler. Rouscailler bigorne, parler argot.
La Rue, 1894 : Aimer. Parler. Rouscailler bigorne, parler argot.
Virmaître, 1894 : Voulait dire autrefois parler. Les voleurs en ont fait le synonyme d’aimer, mais pas dans le sens platonique (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Semer pour récolter. Tous les bipèdes et les quadrupèdes rouscaillent, à l’exception cependant du mulet.
France, 1907 : Coïter. Se faire rouscailler, se livrer à un homme.
Faute de grives, on prend des merles ; un tiens vaut mieux que deux tu l’auras, et moineau en main est préférable à perdrix qui vole. C’est peut-être en raison de ces divers axiomes de la sagesse des nations qu’un beau matin la maman Étienne trouva l’oncle et la nièce en une conversation intime qui ne laissait aucun doute sur la nature de l’objet traité. Cette découverte fut suivie d’un tapage horrible et d’une affreuse batterie. Mélie, rouée de coups, fut réexpédiée par le train le plus proche avec l’autorisation verbale d’aller se faire… rouscailler ailleurs.
(Hector France, Sabre au fourreau)
France, 1907 : Parler. Rouscailler bigorne, parler argot.
France, 1907 : Prier : argot des voleurs.
— Ah ! le Havre garde mézière, je ne fus jamais ni fourgue ni doubleux.
— Ni mézière non plus, je rouscaille tous les luisans au grand hâvre de l’oraison.
(Dialogue de deux argotiers, XVIIe siècle)
Sam (oncle)
France, 1907 : Sobriquet donné aux habitants des États-Unis de l’Amérique ; personnification du gouvernement fédéral. D’après Joliet, ce nom, qui s’écrit en anglais uncle Sam, serait une traduction populaire de U.S. AM, abréviation d’United States (of) America. D’un autre côté, Émile Tandel, dans l’Intermédiaire du 10 novembre 1898, donne, d’après l’éditeur des œuvres de Fenimore Couper, une explication qui confirmerait celle de Joliet :
Les troupes des États-Unis portent sur leur havresac Les initiales U. S. (United States). On dit qu’un plaisant du pays, voyant passer un soldat dont le havresac portait les lettres U. S. L. D., c’est-à-dire United States light dragons, États-Unis, dragons légers, s’est écrié : Uncle Sam’s lazy dogs, chiens fainéants d’oncle Sam. Peut-être n’en a-t-il pas fallu davantage pour que le sobriquet en soit resté au gouvernement. Les Indiens rapprochés des villes, ceux qui voient le plus de soldats en uniforme, appellent souvent le président des Etats-Unis (U. S.) Uncle Sam.
Enfin, troisième version donnée par le Reader’s Handbook of references, Londres 1890 :
Uncle Sam vient de Samuel Wilson qui était un des inspecteurs des provisions pendant la guerre de l’indépendance aux États-Unis. Samuel Wilson fut appelé, par ses employés et autres, Uncle Sam. On voyait sur les marchandises qui lui étaient consignées la marque de l’entrepreneur E. A. U. S. (signifiant Elbert Anderson, United States) qu’on interprétait Elbert Anderson et Uncle Sam. Le jeu de mots était trop bon pour disparaître et Uncle Sam est devenu synonyme de U. S. (United States).
Traîneuse
Rigaud, 1881 : Fille qui stationne dans les gares, attendant les trains de voyageurs. La gare du Havre est encombrée de traineuses.
Virmaître, 1894 : Robe. Allusion à la traîne de la robe qui balaye les trottoirs. On dit également : une balayeuse (Argot du peuple).
Virmaître, 1894 : V. Rôdeuse.
France, 1907 : Robe longue qui ramasse les ordures et les crachats du trottoir.
Vitriers (les)
Merlin, 1888 : Les chasseurs à pied. Probablement à cause de leur havresac comparé au chevalet du vitrier.
Voyageur (vol au)
Vidocq, 1837 : Les vols au Voyageur se commettent tous les jours à Paris ou aux environs. Voici comment procèdent les voleurs qui emploient ce truc.
L’un d’eux se met en embuscade sur l’une des grandes routes qui conduisent à Paris, et il reste au poste qu’il s’est assigné jusqu’à ce qu’il avise un voyageur doué d’une physionomie convenable, et porteur d’un sac qui paraisse lourd et bien garni. Lorsqu’il a trouvé ce qu’il cherchait, le voleur s’approche. Tout le monde sait que rien n’est plus facile que de lier conversation sur la grande route. « Eh bien ! camarade, dit-il au pauvre diable qui chemine vers la capitale, courbé sous le poids de son hâvre-sac, vous allez à Paris, sans doute. — Oui, monsieur, répond le voyageur. — Il est, dit-on, bien facile d’y faire fortune, aussi je fais comme vous. Connaissez-vous Paris ? — Ma foi non, je n’y suis jamais venu. — Absolument comme moi, je ne connais ni la ville ni ses habitans ; aussi, comme il n’est pas très-agréable de vivre tout-à fait seul, nous nous logerons dans le même hôtel. » Cette proposition, faite par un étranger, ne surprend pas un étranger, aussi, elle est ordinairement acceptée avec empressement. Les deux nouveaux camarades s’arrêtent au premier cabaret qui se trouve sur leur chemin, boivent une bouteille de vin, que le voleur veut absolument payer, et continuent à marcher de compagnie. « Vous avez un sac qui paraît diablement lourd, dit le voleur. — Il n’est effectivement pas léger, répond le voyageur ; il contient tous mes effets et une petite somme d’argent. — J’ai mis mon bagage au roulage ; on voyage plus commodément lorsque l’on n’est pas chargé. — J’aurais dû faire comme vous, répond le voyageur à cette observation, en donnant un léger coup d’épaule. — Vous paraissez fatigué, permettez-moi de porter votre sac un bout de chemin. — Vous êtes trop bon. — Donnez donc. » Le voyageur, charmé de pouvoir alléger un peu ses épaules, quitte son sac, qui passe sur celles du voleur, qui paraît ne pas s’apercevoir du poids qui les surcharge. Enfin, on arrive à Paris ; on ne sait où descendre, mais avec une langue on arriverait à Rome. Aussi les deux nouveaux habitans de la capitale ont bientôt trouvé une hôtellerie. Le voleur y dépose le sac qu’il n’a pas quitté, et, comme il faut, dit-il, qu’il aille chercher de l’argent chez un parent ou un ami de sa famille, il sort et prie le voyageur de l’accompagner. Le voleur, qui connaît parfaitement Paris, fait faire à son compagnon mille tours et détours, de sorte que celui-ci croit être à une lieue au moins de l’hôtellerie lorsqu’il n’en est qu’à cent ou cent-cinquante pas. « Je viens enfin de trouver mon oncle, lui dit enfin le voleur, ayez la bonté de m’attendre dans ce cabaret, je ne fais que monter et descendre. » Lorsque le voyageur est installé devant une bouteille à quinze, le voleur, au lieu de monter chez son oncle, court bien vite à l’auberge, s’excuse auprès de l’aubergiste de ce qu’il ne loge pas chez lui, et demande le sac, qu’on lui remet sans difficulté, puisque c’est lui qui l’a apporté.
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