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Croqueur de poulettes

France, 1907 : Coureur de tendrons, généralement un homme mûr.

Grand croqueur de poulettes, qui avait mis à mal déjà trois ou quatre filles et que les autres se disputaient aux sauteries de la fête paroissiale, toutes férues de ses yeux noirs comme des puits.

(Camille Lemonnier, Happe-chair)

Décaniller

Larchey, 1865 : Décamper. — Mot à mot : sortir du chenil (canil). V. Roquefort.

Ils ont tous décanillé dès le patron-jacquette.

(Balzac)

Delvau, 1866 : v. n. Déguerpir, partir comme un chien, — dans le même argot [du peuple]. On demande pourquoi, ayant sous la main une étymologie si simple et si rationnelle (canis), M. Francisque Michel a été jusqu’en Picardie chercher une chenille.

Rigaud, 1881 : Partir.

Décanillons et presto !

(G. Marot, l’Enfant de la Morgue 1880)

Virmaître, 1894 : Se lever de sa chaise ou de son lit.
— Allons, paresseux, décanille plus vite que ça (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Quitter sa chaise ou son lit.

France, 1907 : Partir, s’en aller ; quitter le chenil (canil).

— C’est fait, monsieur, me dit le garde, j’ai mis l’hospitalisés en chemin de fer… Je l’ai trouvé sur la porte de la cabane, en train de se chauffer au soleil… Si vous aviez vu son trou !… Il n’y a pas de baraque à cochons qui ne soit plus logeable… Le toit est percé comme une poêle à châtaignes ; l’eau dégouline des murs, et la pluie a transformé la litière en une purée de paille et de boue… Un vrai fumier, quoi !… Eh bien ! monsieur, croiriez-vous que le vieux était tout chagrin de quitter son chenil ?… Pendant un bon quart d’heure, il s’est mis à tourner tout autour de la hutte, en poussant des soupirs ; et quand il s’est enfin décidé à décaniller, ma parole ! Il pleurait, monsieur, il pleurait comme un gosse !

(André Theuriet)

L’un des hommes, haussé sur la pointe des pieds, chercha alors à regarder à travers les carreaux dépolis ; et comme il déclarait ne rien voir, les autres un à un décanillèrent.

(Camille Lemonnier, Happe-chair)

Déchanter

d’Hautel, 1808 : Être obligé de rabattre du ton que l’on avoit pris, ou des spéculations que l’on avoit faites ; dire tout le contraire de ce que l’on s’étoit d’abord proposé.
Il y a bien à déchanter. Pour, il en faut bien rabattre.

Delvau, 1866 : v. n. Revenir d’une erreur ; perdre une illusion ; rabattre de ses prétentions, — dans l’argot du peuple, fidèle sans le savoir à l’étymologie (décantare).

Rigaud, 1881 : Être désenchanté, par abréviation.

France, 1907 : Revenir d’une erreur. Voir s’effondrer ses espérances. Devenir modeste à la suite de déceptions. « On a chanté trop tôt victoire, on déchante maintenant. »

Leur vie d’autrefois recommença, morne et lourde après une courte accalmie. Elle avait été reprise d’une de ces fougasses amoureuses qui lui irritaient le sang, à chacune de ces comédies et décevaient Huriaux, comme un renouveau, un retour au bon temps. La fringale passée, il fut bien contraint de déchanter.

(Camille Lemonnier, Happe-chair)

Déflaquer

France, 1907 : Faire ses besoins, d’où déflaque, excrément.

Puis il avait peur des enfants, tous salauds qui déflaquent dans les coins et mettent partout une odeur de bran. Sa propreté s’en offusquait à l’avance, comme d’une saleté incurable, et il pensait aussi aux femmes fécondes dont les flancs sont toujours en travail.

(Camille Lemonnier, Happe-chair)

Dégouliner

Larchey, 1865 : Couler doucement. — Onomatopée.

V’là au moins la vingtième (larme) qui dégouline sur ma joue.

(Ricard)

Delvau, 1866 : v. n. Couler, tomber goutte à goutte des yeux et surtout de la bouche, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Couler doucement goutte à goutte. Les larmes dégoulinent le long des joues. — Dégouliner ce qu’on a sur le cœur, dire sa façon de penser, se soulager par l’aveu d’un secret. Le mot date de la fin du XVIIIe siècle.

Céline baissa la tête, alors l’autre baissa aussi la tête et une grosse larme lui dégoulina des cils.

(Huysmans, les Sœurs Vatard)

France, 1907 : Couler lentement, goutte à goutte. Dégouliner ce que l’on a sur le cœur, même sens que se déboutonner.

Il avait gardé dans les mâchoires une chique de tabac dont le jus coulait en filets bruns sur les picots de son menton, et de là dégoulinait parmi les ganglions du cou, comme à travers des rigoles.

(Camille Lemonnier, Happe-chair)

Dent (garder une)

France, 1907 : Conserver de la rancune contre quelqu’un, avoir une haine sourde ou cachée. Avoir de la dent, être bien conservé, pouvoir mordre au besoin.

… Monté par l’escalier du million jusqu’à l’Olympe où trônent les dieux de la finance, il gardait une dent contre les riches, des imbéciles, disait-il, dont il avait fait bêtement les affaires, lui, l’ex-porion, en partageant avec eux les bénéfices dus à ses seules et persistantes initiatives…

(Camille Lemonnier, Happe-chair)

Désenberluer

France, 1907 : Désennuyer.

Il était bien le fils de ce bonhomme qui se vantait de n’avoir jamais bu qu’à sa soif, ne s’étant grisé qu’une fois, le jour de con mariage, par révérence pour son beau-père, un vieux bibard. Simonard, pour le désenberluer, à plusieurs reprises, avait essayé de l’entraîner à des bordées.

(Camille Lemonnier, Happe-chair)

Désheuré

France, 1907 : Qui a l’habitude d’être en retard, qui n’a pas d’heures régulières.

Bien certainement, si elle tardait, ce n’était pas pour baguenauder dans les rues, sachant qu’il était seul à garder la maison. Et pour la première fois, il s’avisa de la déconsidération qui s’attache à une ménagère désheurée.

(Camille Lemonnier, Happe-chair)

Dinguer (envoyer)

Hayard, 1907 : Envoyer promener.

France, 1907 : Renvoyer quelqu’un, l’éconduire brutalement, le jeter par terre. « Je l’ai envoyé dinguer contre la muraille. »

— Un tas de sale monde qui se revengeait de n’avoir pas su lui lever les cottes. C’est pas faute d’avoir essayé, au moins, ah ! ben non :! Mais elle les avait envoyés dinguer tous, tous. Il n’y avait pas un homme du culot qui pouvait tant seulement se vanter qu’il avait vu la couleur de sa jarretière.

(Camille Lemonnier, Happe-chair)

Un docteur très distingué est appelé par Baudelot, sérieusement indisposé.
— Je crois, docteur, que j’ai la maladie à la mode.
— Parbleu ! la dengue ; c’est ridicule, tous mes malades ont la dengue, maintenant.
— Et… le remède… à la dengue ?
Le docteur, impatienté :
— L’envoyer dinguer… voilà tout !

(Rouge et Noir)

Donner du cœur au ventre

France, 1907 : Donner de l’aplomb, inspirer du courage.

— Moi, j’me disais : Faut ben que j’trouve la veine, nom de nom ! Oui, moi, la femme et les petits, nous sommes tous ad patres avant six mois. Et ça me donnait du cœur au ventre, fallait voir ! Là, voulez-vous que j’vous dise ? Faut que l’ouvrier mange bien, boive bien et rigole un brun pour bien travailler après. Tout le reste, c’est des histoires !

(Camille Lemonnier, Happe-chair)

La façon de procéder des tireurs espagnols est la même que celle de leurs congénères anglais. Les uns et les autres, après avoir vérifié le contenu de quelques bons porte-monnaie ou portefeuilles enlevés, vont au premier cabaret venu absorber quelques verres de liqueur, pour se donner du cœur au ventre, comme disent les agents, et recommencer leur néfaste besogne.

(G. Macé, Un Joli monde)

Donner le bon Dieu sans confession

France, 1907 : Donner à une Personne un certificat de vertu et de bonnes mœurs ; croire qu’elle est assez pure pour recevoir son Créateur dans son estomac sans qu’il soit nécessaire de le blanchir au tribunal de la pénitence.

À les voir à l’église et dans la rue, l’air grave, on leur eût donné le bon Dieu sans confession ; mais c’étaient justement celles-là les pires : pas une qui n’eût quelque chose sur la conscience.

(Camille Lemonnier, Happe-chair)

Dur à cuire

d’Hautel, 1808 : Un dur à cuire. Nom baroque et de mépris que les ouvriers donnent à leur maître, quand il montre de la résistance à leurs volontés ; qu’il sait se faire obéir et respecter.
Dur à la desserre. Voyez Desserre.
Il est dur comme du fer. Se dit d’un homme raisonnable que rien ne peut attendrir.
Quand l’un veut du mou, l’autre veut du dur. Se dit par comparaison de deux personnes qui sont continuellement en opposition.
Avoir l’oreille dure. Pour dire être un peu sourd.
On dit figurément d’un homme intéressé et parcimonieux, qui ne prête pas facilement de l’argent, qu’Il a l’oreille dure.

Larchey, 1865 : Homme solide, sévère, ne mollissant pas. V. d’Hautel.

En voilà un qui ne plaisante pas, en voilà un de dur à cuire.

(L. Reybaud)

Rigaud, 1881 : Individu qui ne se laisse ni attendrir, ni intimider facilement. — Vieux dur à cuire ; par allusion aux légumes secs qui ne cuisent pas facilement.

France, 1907 : Homme qui en a vu de toutes les couleurs. Vieux troupier dont le corps s’est endurci dans les fatigues et qui a passé par toutes sortes d’épreuves.

Les durs à cuire avaient raison : ce n’était pas juste que le bénéfice fût seulement pour quelques-uns et la peine, la ruine, la misère pour les autres. Un levain de colère fermentait enfin en lui, toujours si raisonnable, contre les iniquités d’un état social qui faisait éternellement pencher d’un même côté le plateau des douleurs et des humiliations.

(Camille Lemonnier, Happe-chair)

Au four crématoire :
Premier neveu. — Sapristi ! c’est dur à tirer. Cette incinération n’en finira donc pas ?
Second neveu. — Dame ! il faut patienter. Tu sais bien que notre baderne d’oncle étant un vieux

Éméché (être)

Virmaître, 1894 : N’avoir pas assez bu pour être pochard mais suffisamment pour avoir une légère pointe ; être allumé. Allusion à la rougeur du visage (Argot du peuple).

France, 1907 : Être gris.

L’artiste voulant croquer sur le vif un de ces types qu’il a rendus célèbres, alla au Vieux-Chêne, mais auparavant, après un diner largement arrosé, il fit de nombreuses stations dans différents cafés et, comme il adorait le champagne et que La rue Mouffetard est loin du boulevard Clichy, il arriva absolument éméché.

(Ch. Virmaître, Paris oublié)

Zinque, joliment éméché aussi, avait roupillé à midi pendant une demi-heure. Puis on avait rigolé à dire des blagues, et comme elle insistait pour savoir quelles blagues, il eut une pudeur. Pour ça non, c’était des choses qui se disent entre hommes, mais que les femmes ne doivent pas entendre.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Quand je rentrais le soir un peu… éméchée, il arrivait, il me flairait avec ses moustaches hérissées, et comme il n’aimait pas l’odeur de la boisson, je ne le voyais plus pendant deux jours… sans doute que je lui avais collé une beigne un soir d’absinthe, mais quand il me sentait à jeun… Ah ! alors c’était la grande rigolade !… il était si content qu’il grimpait dans les rideaux. Et qu’il dégringolait en cassant des cuvettes !… M’en a-t-il coûté de la vaisselle !

(Louise France, Gil Blas)

Empoté

Delvau, 1866 : s. et adj. Paresseux, maladroit, — dans l’argot du peuple, qui trouve volontiers têtes comme des pots tous les gens qui n’ont pas ses biceps et ses reins infatigables.

France, 1907 : Paresseux, maladroit.

Le massier était parti, après deux semaines de traitement, réconforté par les bouillons et le claret séveux des deux sœurs, une grosse fille de cinquante-six ans, sœur Angélina, ragote, empotée dans une graisse pâle et boulante de vieille vierge.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Et s’adressant à moi, cet ivrogne, qui avait trouvé de l’eau-de-vie on ne savait où et s’en était largement gargarisé, écumant de colère me dit :
— Je te croyais plus débrouillard que ça ! bougre d’empoté !

(Sutter-Laumann, Histoire d’un Trente sous)

Il ne s’agit pas d’être empotée de rester là comme une grosse mère, les pieds sur une chaufferette, devant le guichet d’abonnements, et de s’exclamer à chaque malheur nouveau qu’on signale. On n’a pas le temps de s’attendrir, de disserter — il faut se mouvoir !
La mort gratte à la porte de tous les taudis sans feu ; on dirait qu’un troupeau de loups dévorants a envahi nos faubourgs…

(Séverine)

Enfançon

France, 1907 : Petit enfant.

Pas de mère, ni de père !
Pas de nid ! Enfant trouvé,
Un matin, sur le pavé !
À douze ans, ça fit la paire
Avec un autre enfançon
Qui chantait même chanson.

(Jean Richepin)

Maintenant qu’elle était certaine de lui, elle lui apportait une humeur moins rêche, et, le sachant lent à démarrer, évitait de le talonner. Mais quelquefois elle l’occupait de la pensée du petit, un joli enfançon qui serait brun comme son papa, excitant sa vanité paternelle mal éveillée encore par des promesses de ressemblance : il l’écoutait dire, demi-renfrogné, demi-riant, sans se presser quant au jour des noces.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Dans son Dictionnaire humoristique, le Dr Grégoire s’adresses ainsi à l’enfançon :

Oui, mon chérubin, je sais que tu n’es encore qui désobéissant, volontaire, hargneux, taquin, têtu, gourmant, paresseux, capricieux, glorieux, envieux, méchant, bête et capon.
Mais je sais aussi qu’il y a de belles chances pour que, plus tard, tu deviennes libertin, sot, fat, ivrogne, avare ou prodigue, ambitieux, intriguant, intolérant, fanatique, politicien…

Épateur

Larchey, 1865 : Faiseur d’embarras (Vidocq).

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui fait des embarras, qui raconte des choses invraisemblables que les imbéciles s’empressent d’accepter comme vraies.

France, 1907 : Imbécile qui cherche à étonner de plus sots que lui.

Ils trinquèrent en camarades. Puis Nénest prenant son ton d’épateur, déclara qu’il crevait de faim, et qu’un filet à la Chateaubriant, un quart de poularde, une sole normande, ou quelque autre menu congru lui délecterait la cavité gastrique.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Escarbouiller (s’)

France, 1907 : Se forcer, s’abîmer.

Et si tant est seulement qu’il eût une ombre de cœur, il lui dirait au contraire de prendre un peu de bon temps, de ne pas s’escarbouiller le tempérament comme elle faisait, du matin au soir, trimant sur la besogne.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Escoffion

d’Hautel, 1808 : Au propre bonnet ou chapeau de femme ; au figuré, horion, mauvais coup.
Il a reçu son escoffion. Pour il a reçu une volée de coups de bâton

France, 1907 : Foulard dont les paysannes et les filles de fabrique du département du Nord se serrent la tête ; on dit aussi marmotte.

Il avait à peine fait quelques pas qu’il se rencontrait avec une fille de dix-sept à dix-huit ans, brune, des accroche-cœur dépassant le petit escoffion de cotonnette qui lui coupait le front.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Eustache

d’Hautel, 1808 : Un eustache. On donne ce nom à une espèce particulière de couteau dont se servent les gens de la plus basse condition.
Eustache pot à l’eau. Dénomination baroque et insultante que l’on donne par mépris à quelqu’un dont on a oublié le nom.

Delvau, 1866 : s. m. Couteau, — dans l’argot du peuple, qui dit aussi : Ustache.

La Rue, 1894 : Couteau.

Virmaître, 1894 : Couteau (Argot du peuple). V. Lingre.

Hayard, 1907 : Couteau.

France, 1907 : Couteau.

  — Voici l’eustache de mon père :
  Tu vas le mettre à ton côté.
 
Ils passaient pour querelleurs et pillards, robant le gibier au bois et les poules aux censes, maraudant de nuit dans les campagnes, l’eustache toujours aux doigts pour se défendre.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Ses bains de pieds étant célèbres dans son parti, et ils le firent suspecter de modérantisme à plusieurs reprises. Pendant la Commune, le bruit courut qu’il avait un pédicure, et il dut se disculper de l’accusation. Comme Phryné devant l’aéropage, il ôta ses souliers, montra ses cors et les tailla lui-même, avec un eustache à treize, en présence de ses farouches collègues de l’Hôtel de Ville ! Cette épreuve rétablit son crédit ébranlé, et elle lui rendit la confiance du peuple.

(Émile Bergerat)

Flandrin

d’Hautel, 1808 : Sobriquet, pour dire niais, sot, ignorant, stupide, fainéant, rôdeur, paresseux.
C’est un grand flandrin. Pour, c’est un rôdeur, un homme qui ne fait œuvre de la journée.

Halbert, 1849 : Paresseux.

Delvau, 1866 : s. m. Imbécile ; grand dadais, — dans l’argot du peuple, qui constate ainsi, à son insu, la haute taille des Flamands. Les Anglais disent aussi dans le même sens Lanky fellow.

France, 1907 : Dadais, imbécile, Flamand.

Malgré ses cinquante ans bien sonnés, elle avait encore des besoins d’hommes, brûlait de tous les feux de l’enfer, était soupçonnée de partager son lit avec son grand flandrin de fils, un sacripant.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Frigousser

Delvau, 1866 : v. a. et n. Cuisiner ; préparer un ragoût quelconque.

France, 1907 : Cuisiner.

Il mit une certaine jactance à déclarer que pour ça, oui, c’était vrai, et que nulle ne s’entendait comme Clarinette à frigousser. Elle avait pris goût à la cuisine, aimant elle-même la bâfre et trouvant son compte aux galimafrées qu’elle avait l’air de ne préparer que pour lui seul.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Fristouilles

France, 1907 : Friandises.

Devant cette parole qui le liait, elle, oubliant ses feintes, se mit à le baiser à pincettes, avec des rires et des cajoleries.
— Mi chéri, ti verras comme on aura du plaisir. L’petit t’dira : papa, et mi j’t’ferai de bonnes fristouilles avec d’la tarte to les dimanches.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Gabegie

d’Hautel, 1808 : Micmac ; intrigue ; manigance ; pratique secrète ; mauvais dessein.
Il y a la-dessous de la gabegie. Pour dire quelque chose qui n’est pas naturel ; quelque manège.

Larchey, 1865 : Mauvais dessein. De l’ancien mot gaberie : tromperie. V Roquefort.

Assurément, il y a de la gabegie là-dessous.

(Deslys)

Delvau, 1866 : s. f. Fraude, tromperie. Est-ce un souvenir de la gabelle, ou une conséquence du verbe se gaber ?

Rigaud, 1881 : Fraude ; cachotterie.

La Rue, 1894 : Fraude, cachotterie.

France, 1907 : Fraude, tromperie : du viens mot gaberie, même sens.

On ne sauvera l’institution parlementaire qu’en l’appliquant d’une façon nouvelle, avec un personnel renouvelé. Ce ne sont pas quelques misérables gabegies qui sont dangereuses en soi : c’est le système lui-même, qui fait de la division des pouvoirs, dans la pratique, un mot vide de sens. Si on ne peut pas toucher par la base à l’électorat, il est devenu indispensable d’en limiter les effets, et de réduire les députés à servir le pays, non à rendre service à des électeurs.

(Nestor, Gil Blas)

Sa force l’avait matée : mais elle y opposa ses gabegies de femme. Toute la journée du lendemain, elle demeura au lit, jouant les douleurs de l’avortement, la main sur son ventre. Alors une frousse le prit de la voir accoucher avant terme.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Gaffe

Clémens, 1840 : Celui qui fait le guet.

Delvau, 1866 : s. f. Bouche, langue, — dans l’argot des ouvriers. Se dit aussi pour action, parole maladroite, à contretemps. Coup de gaffe. Criaillerie.

Delvau, 1866 : s. f. Les représentants de l’autorité en général, — dans l’argot des voleurs, qui redoutent probablement leur gaflach (épée, dard). Être en gaffe. Monter une faction ; faire sentinelle ou faire le guet.

Delvau, 1866 : s. m. Gardien de cimetière, — dans l’argot des marbriers.

Delvau, 1866 : s. m. Représentant de l’autorité en particulier. Gaffe à gail. Garde municipal à cheval ; gendarme. Gaffe de sorgue. Gardien de marché ; patrouille grise. On dit aussi Gaffeur.

Rigaud, 1881 : « Cette main est terrible, c’est-à-dire dans l’argot significatif du jeu, une vraie gaffe ! » (A. Cavaillé.) Elle tire tout l’argent des pontes vers le banquier comme ferait une gaffe.

Rigaud, 1881 : Balourdise. Faire gaffe sur gaffe.

Rigaud, 1881 : Patrouille ; gardien, guichetier. — Gaffe des machabées, gardien de cimetière. — Gaffe à gayet, garde municipal à cheval. — Gaffe de sorgue, gardien de nuit dans un marché. — Être en gaffe, être en faction.

La Rue, 1894 : Balourdise. Gardien. Surveillance. Guet. Bouche, langue.

Virmaître, 1894 : Faire le guet pour avertir des complices de l’arrivée de la rousse ou des passants qui pourraient les déranger (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Faire ou dire une maladresse. Prendre la main de son ami, dessous la table, croyant prendre celle de sa femme, c’est faire une gaffe.

Rossignol, 1901 : Gardien de prison.

Hayard, 1907 : Dire ou faire une bêtise.

France, 1907 : Bouche, langue ; corruption du vieux mot gave. Coup de gaffe, criaillierie. Avaler sa gaffe, mourir.

France, 1907 : Grande fille sèche et maigre. Allusion au harpon appelé gaffe.

… Une grande gaffe chaude, à nez de perroquet, qui n’avait pas trouvé à se marier malgré ses folles envies d’homme, et que les lurons s’amusaient à leurrer de promesses, la pinçant au gras des côtes, toute rouge et les paupières battantes.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

France, 1907 : Maladresse, balourdise, bévue. Faire une gaffe, commettre une maladresse.

Mme Ledouillard. — Mon mari… j’adore mon mari ; c’est extraordinaire, mais c’est comme ça. Et puis, quand par hasard j’ai envie de le tromper, je me dis : Mon Dieu ! si ça allait ne pas être meilleur, ou même moins bien, c’est ça qui serait une gaffe !

(Maurice Donnay, Chère Madame)

La gaffe, ou impair, est certainement une source innocente de rire dont la littérature actuelle a tiré l’effet comique le plus nouveau. Alfred de Musset, que Deschanel n’aime point, doit à l’étude de la gaffe un de ses plus jolis ouvrages, ce délicieux proverbe : On ne saurait songer à tout, que la Comédie-Française ne joue jamais, naturellement.

(Émile Bergerat)

Aux uns et aux autres, la réclame offerte par l’interview ne déplait pourtant pas outre mesure ; mais ils sont gênés par la brusquerie de l’interrogatoire. Les prudents craignent de faire une gaffe et les prophètes se méfient de l’improvisation. Car nous n’avons plus que de faux prophètes, sans délire sacré, des sibylles, pas bien solides sur le trépied.

(François Coppée)

À propos, dis donc à ton frère
De ne pas mettre, en m’écrivant,
Eros, le gosse de Cythère,
Avec un h en commençant.
Alors, pour réparer la gaffe,
Il en met un dans le mot cœur !
Je crois qu’au jeu de l’orthographe
Il ne sort pas souvent vainqueur.

(Jacques Rédelsperger)

Gagui

d’Hautel, 1808 : Une grosse gagui. Nom que l’on donne par dérision à une fille ou femme qui a beaucoup d’embonpoint, et qui fait l’enjouée, la résolue.

France, 1907 : Maritorne, grosse commère réjouie.

Je suis mon conducteur sans me faire prier ;
Nous enfilons un sombre et petit escalier ;
Nous arrivons tous deux dans un troisième étage :
J’y trouve deux gaguis d’un assez beau visage,
Qui me font en entrant force civilités ;
Louis sont partagés aussi-tôt qu’aportés.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Lui, cependant, ne disait rien de ses projets, placide, un peu sournois, l’ayant prise par besoin d’une jolie fille et par goût de sa saine jeunesse épanouie comme une plante rare parmi les gaguis épaisses et les graisseuses souillons où les autres cherchaient leurs maîtresses.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Galopée

France, 1907 : Travail hâtif.

Puis commençait la galopée des crocheteurs, bondissant par bandes de quatre de chaque côté des rouleaux, leurs lourdes pinces en arrêt pour saisir au passage la barre de fer, dès sa sortie des cylindres. Et la barre s’allongeait, finissait par ressembler à un énorme serpent écarlate, se tordant dans la fuite et la bousculade du train.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Gambiller

d’Hautel, 1808 : Remuer les jambes ; se démener, se trémousser.

Ansiaume, 1821 : Danser.

Les voilà tous à gambiller, il n’y a même pas de lubins à la turne.

Vidocq, 1837 : v. a. — Danser.

M.D., 1844 : Danser.

Larchey, 1865 : Danser. — Mot de langue romane. V. Roquefort. — Tout récemment une danseuse du Casino portait le sobriquet de Gambilmuche. V. Coquer. — Gambille : Jambe. Diminutif du vieux mot gambe.

Delvau, 1866 : v. n. Danser, remuer les jambes. Il est tout simple qu’on dise gambiller, la première forme de jambe ayant été gambe.

Si souslevas ton train
Et ton peliçon ermin,
Ta cemisse de blan lin,
Tant que ta gambete vitz.

dit le roman d’Aucassin et Nicolette.

Rigaud, 1881 : Danser ; sauter. — Gambilleur, gambilleuse, danseur, danseuse. — Gambilleur, gambilleuse de tourtouse, danseur, danseuse de corde.

Virmaître, 1894 : Danser. Mot à mot : faire marcher ses gambettes (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Danser.

France, 1907 : Danser, courir ; jouer des jambes ; du vieux français gambille, diminutif de gambe, latin gamba.

Le vertige noir les invite
À gambiller sur le chemin.
Les fous vont vite, vite, vite !…
Sait-on qui sera fou demain ?

(Émile Bergerat)

Houp ! la Mort au nez ridicule
Les fait sauter comme des chats ;
Tout ça gambille, gesticule,
Dans de suprêmes entrechats.

(Jean Richepin)

Aussitôt Phrasie et Dédèle, qui, entre deux contredanses au bastringue, étaient venues se faire régaler de grenadine par leurs amants, deux clampins plus jeunes qu’elles, se mirent à gambiller sous la table.ve :

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Giries

Delvau, 1866 : s. f. pl. Fausse modestie, refus des lèvres et non du cœur, — dans l’argot du peuple, qui a horreur de l’hypocrisie. Faire des giries. Faire semblant de pleurer quand on n’en a pas envie ; refuser ce qu’on meurt d’envie d’accepter. Faiseuse de giries. Fausse Agnès, fausse prude, — et vraie femme.

Rigaud, 1881 : Manières, embarras. — Faire des giries.

La Rue, 1894 : Manières, fausse modestie.

France, 1907 : Manières, fausse modestie, refus courtois d’une chose qu’on brûle d’accepter.

Elle ne le lâchait plus, lui reparlait continuellement de cet argent, lui promettant de prier pour lui, s’il voulait seulement lui dire où il avait caché… Lui cependant, la laissait dire, grommelant sourdement des jurons et par moments, quand elle se baissait, tâchant de lui saisir le cou pour l’étrangler ; mais elle se reculait, rabattait sa main inerte vers les draps, puis recommençait ses giries, têtue et bonasse. À la fin, las de lutter coutre la harpie, plus acharnée qu’un taon, il se mit à pousser des hurlements doux, pleurant et vagissant d’une voix d’enfant.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

— Pas tant de manières donc ! Râlait-il, pendant que ses mains impatientes et brutales faisaient leur office. Finissez toutes ces giries, ça ne sert à rien ! Voyons… Aline, voyons ! Et Thérèse qui m’assurait que vous étiez si bonne fille ! Je vous dis que je vous veux, là ! Et je vous aurai, je vous aurai, tonnerre de Dieu !

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Gober

d’Hautel, 1808 : Pour dire manger, prendre de la nourriture.
Gober des mouches. Croquer le marmot, passer une vie oisive et désœuvrée.
Il a gobé le morceau. Se dit de quelqu’un qui dans une bataille ou un duel a été blessé ; d’un homme sur lequel sont tombés tous les frais d’une affaire.
Gober la chèvre. Voyez Chèvre.
Gober. Pour, prendre, se saisir.
On l’a gobé. Pour, on s’en est saisi, on l’a mis en prison.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Attraper. Être gobé, être pris sur le fait.

un détenu, 1846 : Aimer, affectionner.

Delvau, 1866 : v. a. Avoir de la sympathie pour quelqu’un ; ressentir de l’enthousiasme pour certaines idées. Argot des faubouriens. Éprouver un sentiment subit de tendresse pour un compagnon, — dans l’argot des petites dames.

Delvau, 1866 : v. a. Croire légèrement aux choses qu’on dit, avaler les mensonges avec autant de confiance que si c’étaient des vérités.

Rigaud, 1881 : Trouver bien ; trouver à son goût. Se dit principalement des personnes. Gober quelqu’un. — Ils se gobent, ils s’aiment, ils se plaisent mutuellement. — Se gober, avoir une haute opinion de sa personne, être infatué de soi-même.

Boutmy, 1883 : v. a. Avoir de la sympathie pour : C’est un bon compagnon, je le gobe. Se gober, être infatué de sa personne.

Virmaître, 1894 : Aimer quelqu’un. Gober : croire à quelque chose, même à une chose fausse.

Virmaître, 1894 : la pilule. Gober une aventure extraordinaire. Gober (se) : s’imaginer valoir plus que les autres (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Aimer.

France, 1907 : Aimer.

Autrefois, j’aimais les gendarmes.
Drôle de goût, me direz-vous.

Mais je les gobais tout de même,
Comme on prise de bons enfants.
Élitre de l’armée et crème
Et fleur, ils m’étaient triomphants.

(Paul Verlaine)

Je te parlerais bien de Millaud et du Petit Journal, mais le soir même je recevrais du papier timbré. Il ne plaisante pas, le papa Millaud. Le voilà, à l’heure qu’il est, intentant trois procès à trois journaux différents, qui ne gobent pas son papier à chandelle, et qui trouvent étranges les prétentions littéraires de ce banquier journaliste, libraire et marchand de tortues.

(Léon Rossignol, Lettres d’un Mauvais Jeune homme à sa Nini)

Moi, je n’gob’ pas
El’ son du glas
D’l’églis’ du Maine,
J’aim’ cent fois mieux
Les chants joyeux
Ed’ la Mad’leine.

(Aristide Bruant)

Gontran, vous voulez m’épouser ;
Je n’dis pas non, car vous m’plaisez,
Vous n’êt’s pas trop laid, pas trop bête,
Vous vous habillez… proprement,
Vous êtes très rich’ : (Naturell’ment !)
Et J’gob’ vot’ tête.

(L. Xanrof, L’Ingénue moderne)

France, 1907 : Croire légèrement, attraper au vol ce que l’on dit ; du gaélique gob, bouche, bec. Gober le morceau, se laisser duper.

Il lui semblait qu’elle était quelque chose de plus qu’avant, reniflait à pleines narines la senteur musquée du cosmétique mangé sur les cheveux de Ginginet, en même temps s’amusait, comme d’un bon tour, de ce mari cornard et qui n’en saurait rien. Elle lui collerait une histoire, qu’il goberait comme toutes les autres, et bernique pour le reste.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Songez-y bien et croyez-le : il n’y a chez nous que ceux partis, deux, et point davantage. Ceux qui « gobent » et ceux qui « blaguent ». Car il convient de parler la langue de son temps.
Telle est la grande division. Le reste n’est que subtilite électorale.

(Émile Bergerat)

Godiche

Delvau, 1866 : s. et adj. Niais, ou seulement timide. On dit aussi Godichon.

France, 1907 : Niais, nigaud, benêt. Corruption de Claude.

Un jour, elle était revenue au Culot, en robe de velours, des bagues à tous les doigts, si joliment astiquée que le village entier avait processionné devant les fenêtres pour la voir ; même le vieux et la vallée, interloqués par ses airs de grande dame, n’avaient su quoi lui offrir à manger. C’est ça qui s’appelait avoir de la chance ! Elle aurait pu en faire autant si elle avait été moins godiche.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

— Si, au lieu d’avoir fait de mes deux grandes, de mon Adèle comme de ma Victoire, ce que j’en ai fait, de leur avoir mis à toutes les deux le balai et l’aiguille à la main, j’avais été assez godiche pour leur faire étudier un tas de belles choses comme celles qu’on a enseignées aux princesses d’ici, de la pédagogie qu’elles appellent ça, de la géométrie… de l’anatomie, de la… mythologie, je ne sais plus quoi ! je les aurais encore sur les bras.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

— Si tu crois que c’est amusant d’être là comme une godiche de jeune fille… et de se heurter la cervelle à un tas d’affaires qu’on devine à moitié… et auxquelles on n’ose pas croire tout de même… parce que c’est tellement fort ! tellement fort ! Alors, dans ces moments-là, on pense à ses amies qui sont mariées… on va les trouver ; on les interroge tout doucement, gentiment, comme je le fais… et puis elles, qui savent à présent tout ce qu’on peut savoir et qui en font de toutes les couleurs… puisque ça leur est permis !…

(Henri Lavedan)

…Nous nous sommes regardés profondément… un de ces regards qui déshabillent le corps et fouillent l’âme… Puis, dans ses yeux, un sourire ineffable, car elle s’apercevait que, douze ans après, je la trouvais toujours belle et désirable… Puis, tout à coup, elle devint distraite… Et, à la vue d’un tout jeune homme, à l’air à la fois malin et godiche, qui l’accompagnait, j’ai compris qu’il n’était plus temps de réparer une erreur de ma jeunesse.

(Paul Alexis)

Comme autrefois, l’amour, cachant ses ailes,
Sur son blason met deux cœurs enflammés ;
Comme autrefois, les femmes sont fidèles,
Comme autrefois, les maris sont aimés.
Les amoureux seront toujours godiches ;
Les innocents seront toujours dupés ;
Les daims courront toujours après les biches,
Mais ce sont eux qui seront attrapés.

(La Toile ou mes quat’ sous, Revue de 1859)

Goulée

d’Hautel, 1808 : Ce qui peut tenir dans la bouche ; grosse bouchée.
Ce plat ne lui feroit qu’une goulée. Se dit d’un homme qui mange de très-gros morceaux à la fois.

Delvau, 1866 : s. f. Bouchée de viande ou cuillerée de soupe.

France, 1907 : Bouchée.

— Pas de ça, hein ? dit-elle… Mais comme elle tournait la tête vers lui, riant de la chatouille que cette bouche vorace lui glissait sur la peau, il sauta à ses joues, lui mangea la pourpre chaude de ses lèvres d’une goulée.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Graillonner

d’Hautel, 1808 : Faire des efforts pour cracher ; expectorer continuellement.

Vidocq, 1837 : v. a. — Entamer une conversation à haute voix, de la fenêtre d’un dortoir sur la cour ; ou d’une cour à l’autre, correspondre avec des femmes détenues dans la même prison. Le règlement des prisons défend de Graillonner.

Larchey, 1865 : Parler (Vidocq). — Diminutif du vieux mot grailler : croasser. V. Roquefort.

Delvau, 1866 : v. n. Cracher fréquemment.

Delvau, 1866 : v. n. S’entretenir à haute voix, d’une fenêtre ou d’une cour à l’autre, — dans l’argot des prisons.

Rigaud, 1881 : Converser à haute voix, d’une cour de prison à l’autre, du dortoir à la cour.

Rigaud, 1881 : Cracher avec effort, tousser gras.

La Rue, 1894 : Écrire. Cracher. Parler d’une fenêtre à l’autre, dans une prison.

Rossignol, 1901 : Mal laver une chose ou un objet, c’est le graillonner.

France, 1907 : Écrire.

France, 1907 : Expulser avec effort des crachats.

France, 1907 : Parler ou chanter d’une voix grasse, parler d’une fenêtre de prison à une autre.

À 2 heures du matin, il y avait encore une vingtaine de buveurs graillonnant une complainte. Clarinette, les joues molles, stupide de sommeil, piquait des têtes dans le vide, tandis que Huriaux, vautré sur une table, dans une flaquée de bière, dormassait à poings fermés.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Grignon

d’Hautel, 1808 : Un grignon de pain. Pour une croûte, une bribe de pain.

Delvau, 1866 : s. m. Morceau, de pain spécialement.

France, 1907 : Juge, sans doute pour grognon.

France, 1907 : Morceau de pain sec.

C’était de nouveau un labeur de cheval que le sien : depuis quinze jours, il ne connaissait plus le lit, roupillait tout habillé une heure ou deux dans la cahière, mangeait son grignon debout, comte un portefaix entre deux coups de force.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

France, 1907 : Petit cheval.

Or, un jour — c’était du temps des papes — que le saint-père et la reine Jeanne, le saint-père sur sa mule blanche, portant l’anneau et la tiare, Jeanne sur un grignon camargue et coiffée d’un chapeau de fleurs, allaient chevauchant par ces parages…

(Paul Arène)

France, 1907 : Poire.

Groumer

Delvau, 1866 : v. n. Gronder, murmurer, — dans l’argot des ouvriers qui ont servi dans l’infanterie de marine.

Rossignol, 1901 : Ne pas être content. Être fâché, c’est groumer.

France, 1907 : Gronder.

— Vo faites pas d’mauvais sang, patoisa le marchand, no sommes ed’ braves gens to les deusses ; mais faudrait pas groumer après…

(Camille Lemonnier, Happe-chair)

Guenipe

d’Hautel, 1808 : Terme bas et insultant, qui équivaut à gourgandine, vile prostituée.

France, 1907 : Fille ou femme sale et de mauvaise vie ; du hollandais knippe, lieu de prostitution.

À douze ans, il but et fuma comme un homme, jamais à court d’argent, qu’elle lui donnait ou qu’il volait, se guédant de bière et de genièvre au point de rouler, vomissant dans le ruisseau ; puis il connut les guenipes qui, postées aux portes des usines les jours de paye, se prostituent pour six sous. Et dès ce moment il eut le dégoût de sa petite cœur, la battit quand elle s’approchait de lui, câline, avec des étirements de jeune chatte.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

— T’as donc l’enfer en pension
Dans ta chienne d’âme pourrie !
Vieille anguille de la voirie !
Guenipe ! — Moi, guenipe ! moi !
Margot, mon p’tit cœur, bon pour toi :
Guenipe est le nom qu’on te garde.

(J.-J. Vadé)

Guenuche

d’Hautel, 1808 : Petite guenon ; femme laide, qui se pare ridiculement.

Delvau, 1864 : Variété de guenon.

Elle est sèche comme une criche,
Mal faite comme une guenuche,
Éloquente comme un Gascon, etc.

(Cabinet satyrique)

France, 1907 : Petite guenon, jeune fille qui court après les hommes.

Un soir, agacé, il jura un bon coup, déclara qu’il en avait assez de ses manigances, et la planta dans le chemin, en pleine bruyère. Elle le laissa partir, sûre qu’il reviendrait. Mais il la bouda pendant trois jours. Alors elle craignit d’avoir été trop loin, redouta la rivalité des tapées de guenuches qui n’auraient pas demandé mieux que de lui manger son homme dans la main, et elle lui rendit un peu de sa personne, pour le tenir en haleine.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Hargne

France, 1907 : Dispute.

La hargne alors tourna à la batterie : pour la première fois, il s’oublia à la frapper, lui serra la gorge dans sa terrible poigne. Et comme il la lâchait, à demi étranglée, elle roula à terre, toute pâle de peur et de rage, criant qu’il l’avait tuée, avec des contorsions de suppliciée.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Harpailler (se)

France, 1907 : Se chamailler.

Elle lui reprochait la bassesse de sa condition comme une mésalliance où elle avait traîné le nom des siens ; et tous deux finissaient par se harpailler dans des noises qui ameutaient le quartier.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Lampas

Rigaud, 1881 : Gosier, gosier d’ivrogne dont la vocation est de lamper.

France, 1907 : Gosier : de lamper, boire. « S’arroser le lampas. »

À bout de salive, les musiciens s’étaient disséminés dans les cafés d’alentour et s’y humectaient largement le lampas pour se donner des forces nouvelles, tandis que des connaissances entrées avec eux embouchaient leurs instruments et s’efforçaient d’en tirer des notes.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Lanterner

d’Hautel, 1808 : Au propre, tarder, marchander, hésiter, être dans l’irrésolution ; impatienter, ennuyer.
Lanterner. Pendre quelqu’un à une lanterne : exécution funeste que le peuple se permettoit fréquemment dans les troubles de la révolution.

Delvau, 1866 : v. a. Ennuyer quelqu’un, le faire attendre plus que de raison, se moquer de lui.

Delvau, 1866 : v. n. Temporiser ; hésiter ; marchander et n’acheter rien. Argot du peuple.

Fustier, 1889 : N’être plus apte aux choses de l’amour.

— Dis-moi, petite… crois-tu que… ? — Dame ! vous savez, monsieur avec mamz’elle, faut pas lanterner… — Ben oui ! mais voilà ! à présent c’est que j’lanterne !…

(Almanach des Parisiennes, 1882)

Virmaître, 1894 : Faire une chose mollement, accomplir un travail à regret : lanterner pour l’achever. Lanterner : synonyme de muser (abréviation de s’amuser). Marcher comme un chien qu’on fouette (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Faire une chose lentement. Mettre deux heures pour faire un travail de vingt minutes, c’est lanterner.

France, 1907 : Ennuyer quelqu’un, se moquer de lui.

Et il s’étonna de ne plus éprouver à présent qu’un embêtement vague de mari lanterné. Sûrement non, ce n’était plus la même chose qu’auparavant ; et il soupirait, regrettait de bon temps de leur petit ménage des commencements, dans leur coin de campagne là-bas, alors qu’elle l’attendait venir le soir sur le pas de la porte, après le trimage de la galère, pour lui manger le cou et se rouler dans ses tétins.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

France, 1907 : N’être plus propre aux joutes amoureuses. Voir Limer.

— Dis-moi, petite… crois-tu que… — Dame ! vous savez, Monsieur, avec Mam’zelle, faut pas lanterner… — Ben oui ! mais voilà ! à présent que je lanterne…

(Gustave Fustier)

Margoulin

Larchey, 1865 : Débitant, dans la langue des commis voyageurs.

Parfois le margoulin est fin matois.

(Bourget)

Delvau, 1866 : s. m. Débitant, — dans l’argot des commis voyageurs.

Rigaud, 1881 : Petit boutiquier, marchand d’objets de peu de valeur. — Mauvais ouvrier, celui qui n’est pas au courant de son métier, — dans le jargon du peuple.

Tonnerre de Dieu ! me voilà devenu voyageur de commerce : je m’en vais donc voir ces margoulins.

(Monsieur Mayeux, voyageur de commerce, dessin)

La Rue, 1894 : Débitant. Mauvais ouvrier.

Virmaître, 1894 : Débiteur de mauvaises boissons. Marchand de vin qui a une fontaine dans sa cave pour fabriquer le fameux cru de Château la Pompe. Margoulin : méchant ; ouvrier, fainéant, grossier, brutal, qui lève plus souvent le coude qu’un marteau. C’est, dans le peuple, un gros terme de mépris que de dire à un individu :
— Tu n’es qu’un margoulin ! (Argot du peuple). N.

Hayard, 1907 : Petit patron, petit industriel.

France, 1907 : Mauvais ouvrier, ivrogne et fainéant.

France, 1907 : Voyageur de commerce campagnard, petit détaillant.

Tout le public des tourlourous, des garde-convois, quelques margoulins venus là après dîner, entonnait en chœur l’immonde gaudriole, claquant la mesure avec les paumes, tambourinant sur les tables à coups de poing, bourrant le sol de retombées de talons.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Mollasse

Delvau, 1866 : s. f. Femme lymphatique, dolente, sans énergie, — dans l’argot du peuple.

France, 1907 : Mou ; homme ou femme sans énergie.

C’est égal, c’était le bon temps, on était jeune, on aurait mangé des cailloux, on avait dans le corps une machine de la force de trente-six mille chevaux, tandis qu’à présent on était mollasse, avec l’ennui d’un ventre à traîner partout. Et il frappait du poing sur la table, criant à pleine voix ce mot mollasse comme une injure, ses petites prunelles grises roulant avec une colère comique dans le frémissement de ses joues congestionnées. Mollasse ! mollasse ! c’était le mal du siècle.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Monter le coup (se)

Delvau, 1864 : Être crédule, s’imaginer que toutes les femmes sont vertueuses, ou que l’on peut les baiser sans les payer.

Si tu croit que je suis novice, tu t’ monte le coup.

(Lemercier de Neuville)

Delvau, 1866 : v. réfl. Se faire des illusions à propos de quelqu’un ou de quelque chose ; s’attendre à une félicité improbable ou à une fortune impossible. On dit aussi se monter le baluchon.

France, 1907 : S’illusionner, se créer des chimères.

— Instruisez les gens de fabrique et d’usine, faites-en des petits avocats, des raisonneurs, des blagueurs, qu’est-ce qu’il adviendra ? C’est qu’à force de s’monter de coup, ils se croiront les messieurs, ne voudront plus travailler, et, dans tous les cas, feront du fichu ouvrage.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Bref, on n’est pas de bois. On ne sait pas ce que l’on espère. On attend sans savoir quoi. On se monte le coup.

(Paul Hervieu)

Penaillons

France, 1907 : Jupons, cottes.

Rien ne restait de son ancienne coquetterie. Même devant le monde, elle trôlait avec le roulement de sa ceinture devenue énorme, ses penaillons remontés à ses genoux, les bras et la face poissés de crasse noire, supportant de ses mains larges ouvertes sur le bas-ventre la rondeur douloureuse de sa maternité.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Péquet

France, 1907 : Eau-de-vie, dans les départements du nord. « L’huile des hommes, c’est le péquet. » Voir Péket.

En même temps elle berçait Mélie, lui donnait la mamelle, et, un bras pris par l’enfant, travaillait de l’autre, souvent à jeun des jours entiers, se ravigourant uniquement de péquet, qu’elle lampait à pleins verres.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Piailleries

France, 1907 : Cris.

Les mots lui venant à travers une volubilité effrénée, elle les lui jetait à la figure coup sur coup ; et on n’entendait plus dans la maison que ses piailleries qui dominaient jusqu’à l’égosillement des pinsons, mis en gaieté par le bruit.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Pincer

d’Hautel, 1808 : On l’a pincé. Pour dire on s’est saisi de sa personne ; on l’a incarcéré.
Pincer sans rire. Piquer, offenser quelqu’un sans avoir l’air d’y penser.

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Prendre.

Clémens, 1840 : Arrêter.

Halbert, 1849 : Prendre.

Larchey, 1865 : Arrêter.

Nomme l’coupable, qu’on l’pince

(1813, Désaugiers)

En pincer : Avoir du goût.

Comm’ j’en pince pour le spectacle, j’vas souvent z’à la Gaîté.

(1809, Brazier)

On dit par extension en pincer pour Mme X : Aimer Mme X.

Larchey, 1865 : Exécuter.

En revenant, je pinçais la chansonnette.

(Ricard)

Le professeur nous pinçait une nuance de cancan véritablement inédite.

(L. Reybaud)

Delvau, 1866 : v. a. Exécuter. Pincer le cancan. Le danser. Pincer de la guitare. En jouer. Pincer la chansonnette. Chanter.

Delvau, 1866 : v. a. Prendre sur le fait, arrêter. Pincer au demi-cercle. Arrêter quelqu’un, débiteur ou ennemi, que l’on guettait depuis longtemps.

Delvau, 1866 : v. a. Voler, filouter, — dans l’argot des faubouriens.

Delvau, 1866 : v. n. Être vif, — dans l’argot du peuple. Cela pince dur. Il fait très froid.

Rigaud, 1881 : Filouter. — Exécuter. — Pincer le cancan, danser le cancan. — Pincer de la guitare, pincer de la harpe, être sous les verrous.

La Rue, 1894 : Filouter. Exécuter. Arrêter sur le fait. Pincer de la harpe. Être en prison. V. Harpe.

France, 1907 : Prendre, attraper.

Elle regrettait presque le mariage, cette vie à deux, toujours à deux, comme un verrou tiré sur les occasions de carrousse et de bombance. Mieux valait encore servir à la ville : on avait les dimanches pour rigoler, et quelquefois, avec un peu d’entregent, on pinçait un bourgeois qui vous collait des rentes.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Vive le mot à double entente !
Grâce au joyeux sous-entendu,
On ne manque jamais la vente
Et l’on pince le prétendu.

(Jacques Rédelsperger)

Pincer en demi-cercle, surprendre, arrêter au passage.

France, 1907 : S’emploie dans le sens de danser en étant suivi du genre de danse auquel on se livre.
Pincer un cancan.

Chaque dimanche nous fréquentions un bastringue hors barrière, où l’on pinçait des cancans à se dévisser la colonne, sans compter les autres pinçages pendant les entr’actes.

(Les Propos du Commandeur)

Pincer un cavalier.

As-tu vu Geneviève ?
Au milieu des filles d’Ève
Elle pince un cavalier ;
Geneviève,
Geneviève est à Bullier !

(Victor Meusy, Chansons d’hier et d’aujourd’hui)

Pincer de la harpe, être en prison.
Pincer un rigodon.

Lorsqu’on sort avec sa belle
Que l’on empoigne sous l’aile,
On pince un p’tit rigodon
Dans l’bal le plus folichon.

(Griolet)

Pisse-au-lit

France, 1907 : Petite fille, personne jeune, ignorante et timide.

… Elle haussa l’épaule, lui demandant s’il la prenait pour une pisse-au-lit. D’ailleurs, elle savait bien que tous les hommes étaient des salauds.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Polichinelle

d’Hautel, 1808 : Des secrets de polichinelle. Des bibus, des riens, des choses qui ne méritent aucune discrétion, qui sont sues de tout le monde.
Le peuple dit par corruption, porichinelle. Voyez Corridor.

Larchey, 1865 : Canon d’eau-de-vie.

Polichinel… C’est ainsi que les fiacres nomment une chopine en deux verres.

(Cabarets de Paris, 1821)

Delvau, 1866 : s. m. Enfant, — dans l’argot des faubouriens et des petites dames. Avoir un polichinelle dans le tiroir. Être enceinte.

Delvau, 1866 : s. m. Grand verre d’eau-de-vie, — dans l’argot des chiffonniers, qui aiment à se payer une bosse. Agacer un polichinelle sur le zinc. Boire un verre d’eau-de-vie sur le comptoir du cabaretier.

Delvau, 1866 : s. m. Homme amusant, excentrique, — dans l’argot des bourgeois.

Delvau, 1866 : s. m. L’hostie, — dans l’argot des voyous. Avaler le polichinelle. Communier ; recevoir l’extrême-onction.

Rigaud, 1881 : Hostie, — dans le jargon des voyous.

Rigaud, 1881 : Verre d’eau-de-vie de la capacité d’un double décilitre, servi sur le comptoir du marchand de vin.

Si mon auguste épouse ne reçoit pas sa trempée ce soir, je veux que ce polichinelle-là me serve de poison.

(Gavarni)

La Rue, 1894 : Hostie. Grand verre d’eau-de-vie. Nouveau-né.

France, 1907 : Enfant lorsqu’il est dans le ventre de sa mère, à cause de la bosse qu’il occasionne.

Elle eut une colère contre son ventre, exaspérée à la pensée du bedonnement prochain, toujours gonflant comme une grenouille soufflée par une paille au cul. Son jobard d’amoureux ne savait donc pas les secrets, qu’il lui collait un polichinelle au bout de trois mois de fréquentation !

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

France, 1907 : Fumiste politique. « Ce monde est une grande foire, disait Voltaire, où chaque polichinelle cherche à attirer la foule. »

À l’occasion d’un changement d’uniformes dans son armée, je ne sais quel roi de Naples s’écria un jour en parlant de ses soldats :
— F…tez-les en bleu, f…tez-les en vert, f…tez- les en rose, ce n’est pas ça, quand ils verront l’ennemi, qui les empêchera de f…tre le camp !
On aurait beau chamarrer d’or nos ministres leur mettre sur le dos toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, on n’obtiendrait qu’un résultat transformer en Arlequins des Polichinelles.
Ce n’est pas d’aujourd’hui qu’on sait que l’habit ne fait pas le moine et que des objets de prix peuvent être portés par des ânes.

(Intransigeant)

France, 1907 : Grand verre ou canon d’eau-de-vie ; argot populaire.

— Si mon auguste épouse ne reçoit pas sa trempé ce soir, je veux que ce polichinelle-là me serve de poison.

(Gavarni)

Pommadin

Delvau, 1866 : s. m. Coiffeur. Signifie aussi ivrogne.

Delvau, 1866 : s. m. Gandin, imbécile musqué, — dans l’argot du peuple. L’expression a été employée pour la première fois en littérature par M. Fortuné Calmels.

Rigaud, 1881 : Apprenti coiffeur.

Tous des portiers et des lampistes, clama-t-il, et avec cela des gonsesses en soie et des pommadins !

(Huysmans, Marthe)

La Rue, 1894 : Coiffeur. Gandin. Ivrogne.

Virmaître, 1894 : Individu infatué de lui-même, qui ne songe qu’à soigner sa tête. Mot à mot : qui ressemble à une poupée de coiffeur (Argot du peuple).

France, 1907 : Garçon coiffeur. Homme trop soigneux de sa personne ; jeune ou vieux gommeux.

— Dis donc, chéri, fit-elle tout à coup, la main dans ses cheveux bouclés de pommadin, j’suis à présent comme ta commère et j’sais cor’ pas comment c’est qu’ti t’appelle de ton petit nom ? Dis, comment qu’c’est ton petit nom ?

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Potée

d’Hautel, 1808 : Elle a une potée d’enfans. Pour dire un grand nombre d’enfans.
Éveillé comme une potée de souris. Se dit d’un enfant vif, agile, alerte, et très-turbulent.

Rigaud, 1881 : Litre de vin. — Enfiler sa potée, boire son litre.

France, 1907 : Mesure d’un litre. « Enfiler sa potée », boire un litre ; expression populaire.

France, 1907 : Quantité, grand nombre.

Les pauvres ne font point tant d’embarras pour un môme qui leur vient : quand il leur en viendrait même une potée, on beurre un peu moins son pain, voilà tout ! et la graine monte, va comme je te pousse ! à la façon du blé dans les champs.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Raide

Delvau, 1866 : adj. Complètement gris, — parce que l’homme qui est dans cet état abject fait tous ses efforts pour que cela ne s’aperçoive pas, en se raidissant, en essayant de marcher droit et avec dignité. On dit aussi Raide comme la Justice.

Delvau, 1866 : adj. Invraisemblable, difficile à croire, — c’est-à-dire à avaler. Se dit à propos d’un Mot scabreux, d’une anecdote croustilleuse. La trouver raide. Être étonné ou offensé de quelque chose.

Delvau, 1866 : s. m. Eau-de-vie, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Rude.

Rigaud, 1881 : Eau-de-vie de qualité inférieure.

La Rue, 1894 : Eau-de-vie. Ivre. Sans argent. Difficile à croire. Faux rouleau d’or des voleurs à l’américaine.

France, 1907 : Brusquement, vivement.

— Si, dans un mois, nos bans ne sont pas publiés, je te lâche, toi, et raide !…

(Alfred Delvau, Le Fumier d’Ennius)

On dit aussi dans le même sens : raide comme balle.

Alors Clarinette écarquilla les yeux : elle n’aurait jamais cru cette souillon capable de ça : d’ailleurs, quant à elle, ça lui était bien égal : elle était sûre de Jacques. Si jamais il s’avisait de la tromper, elle le cocufierait raide comme balle.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

France, 1907 : Eau-de-vie.

— Donne-moi un verre.
— Du raide ?
— Tiens ! crois-tu donc qu’on m’a changé en rosière ?… Du tord-boyaux et du chenu… j’ai besoin d’avoir la dalle grattée pour avoir la voix plus claire.

(Jules de Gastyne, La Pièce d’or)

France, 1907 : Fort, choquant. En dire, en faire de raides.

Au dessert :
Un des invités parle d’une chanson grivoise, qui fait florès au quartier Latin.
— Oh ! Chantez-nous-la, dit comtesse de Santa-Grue.
— C’est impossible ; elle est vraiment trop raide.
— Eh bien ! reprend la comtesse, dites-nous seulement les paroles !

France, 1907 : Ivre. Raide comme la justice, absolument ivre.

Ces noceurs-là étaient raides comme la justice, et tendres comme des agneaux. Le vin leur sortait par les yeux.

(É. Zola, L’Assommoir)

H’u !… nom de Dieu ! ça va pas mieux ;
C’est c’bon Dieu d’hoquet qui m’tracasse ;
Ej’ vas m’payer eun’ demi d’vieux,
Ça me r’mettra le cœur à sa place,
Eun’ demi d’vieux… c’est pas r’fus,
Dame, ej’ suis raid’ comm’ l’obélisque,
Sûr, ej’ me raidirai pas pus.
H’u ! pis j’m’en fous, moi, qu’est-c’ que j’risque ?

(Aristide Bruant)

France, 1907 : Rouleau de fausses pièces, ou rouleau d’or dont se servent les escrocs dans le vol dit à l’américaine.

France, 1907 : Sans argent ; argot des grecs.

Refaiter (se)

Ansiaume, 1821 : Manger.

J’ai été me refaiter dans un tapis franc.

France, 1907 : Manger, s’empiffrer.

Chaque jour, un ample quartier de viande apparaissait sur la nappe ; tous deux s’en refaitaient largement, et il emportait les restes dans son bissac en démarrant le lendemain pour l’usine.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Ringard

France, 1907 : Pince de puddleur.

L’atmosphère des laminoirs était devenue comme l’air naturel de ses poumons, celui qui donnait à son torse la vigueur et distribuait la vitalité à ses membres : il ne s’était jamais senti mieux vivre que dans le coup de feu du travail, ses ringards aux poings, à travers l’effroyable braséement des fours qui le rôtissaient, lui pompaient en sueurs les sèves du corps, le lâchaient après la journée de travail exténué et pantelant.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Rondiner

d’Hautel, 1808 : Battre quelqu’un avec un rondin, lui donner des coups de bâton.

Vidocq, 1837 : v. a. — Boulonner.

Larchey, 1865 : Battre à coups de bâton. — Mot à mot : de rondin.

Qu’il est doux de pouvoir rondiner un ingrat.

(Le Rapatriage, parade du dix-huitième siècle)

Delvau, 1866 : v. a. Battre à coups de bâton, — dans l’argot du peuple.

Delvau, 1866 : v. a. Boutonner, — dans le même argot [des voleurs].

Delvau, 1866 : v. n. Dépenser de l’argent, des ronds, — dans l’argot des voyous. On dit aussi Se dérondiner.

Rigaud, 1881 : Sacrifier à Domange.

France, 1907 : Battre à coup de bâton, de rondin.

France, 1907 : Faire le tas, amasser.

Tout en cartonnant dans ton claque,
Rabats un douillard à ta marque ;
Qu’ell’ chauffe jarnaff, matelas,
Rondine et le tout sans taff’tas.

(Hogier-Grison, Pigeons et Vautours)

S’arrondir.

Son buste, d’une gracilité sèche qui, avec le duvet de ses lèvres et le déluré de sa mine, lui donnait à quinze ans l’air d’un joli garçon mauvais sujet, rondinait maintenant, appesanti d’un léger embonpoint. C’était l’acheminement à cette adiposité qui émoustillait les hommes du Culot, tous amoureux des femmes tétonnières, par un goût de chair mafflue.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

France, 1907 : Faire ses besoins.

Souquer

Delvau, 1866 : v. a. Battre ou seulement Rudoyer. Argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Rudoyer, frapper.

La Rue, 1894 : Rudoyer. Battre.

France, 1907 : Remuer, rudoyer, secouer, battre ; du terme maritime tirer sur un amarrage, le roidir.

— Qu’est-ce qui m’a fichu un bougre pareil ? Ah ! vous êtes homme de chambre et vous dormez comme un veau ! Monsieur se figure qu’on l’exempte d’exercices pour qu’il ronfle sur sa couenne, au lieu de tenir sa chambrée propre et de veiller à ce qu’on ne vole rien ?… Je vous souquerai, moi ! Entendez-vous, milliards de Dieu ?

(Paul Bonnetain, Le nommé Perreux)

Se dit aussi pour travailler, prendre de la peine.

Une explication eut lieu, violente. Il lui reprocha ses ribotes, sa folie de dépenses, le mauvais emploi qu’elle faisait de l’argent qu’il lui gagnait en souquant matin et soir.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Tire-monde

d’Hautel, 1808 : Madame tire-monde. Mot baroque et singulièrement burlesque, qui signifie sage-femme ; celle qui assiste les femmes dans leurs couches.

France, 1907 : Sage-femme ; ancien argot populaire.

Cependant la crise définitive approchait. La main de la tire-monde ayant fouillé dans sa maternité toute vive, Rinette alors avait poussé le grand cri.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Toquer (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. S’enthousiasmer pour quelqu’un ou pour quelque chose ; s’éprendre subitement d’amour pour un homme ou pour une femme.

Rigaud, 1881 : Se passionner pour.

On a trouvé un mot très juste pour leurs amours, elles se toquent, elles ont des toquades.

(Jean Rousseau, Paris dansant)

Je suis toqué de vous.

(Balzac)

France, 1907 : S’enmouracher, s’éprendre follement. Être toqué de quelqu’un, être amoureux.

Et les coudes sur la nappe, le buste avancé vers elle, il la poignardait de ses jeux de prunelles, chuchotait : — Moi, vous savez, je suis toqué plus que jamais ! À quoi elle répondit par une comédie d’œillades chaudes et longues, lâchant dans un soupir le regret d’être mariée, jouant la vertu aux prises avec les tentations du désir.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Toupiller

Delvau, 1866 : v. n. Aller et venir, tourner comme une toupie. Beaumarchais l’a employé dans le Barbier de Séville. On dit aussi Toupier.

France, 1907 : Tourner.

Le Rouchat avait très bien connu le mari de la vieille drôlesse, un brave cœur, mais pas de poigne du tout, qu’elle faisait toupiller sur son petit doigt, la carogne.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Traîne-cul

France, 1907 : Fainéant, désœuvré ; locution populaire.

— N’y a pas un ménage au Culot à qui je fais les crédits que j’vous fait à vous. Et v’là que vous êtes comme toutes ces traîne-culs : vous n’me payez pas.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Tremoler

France, 1907 : Chanter à la façon des ouvriers en abusant du trémolo, du tremblement donné à la voix.

Puis Simonard qui aimait le sentiment tremola le pauvre porion. Mais décidément on préférait les horreurs, et Zinque, dont le répertoire était inépuisable, se risqua à une obscenité où il était irrésistible et qu’il accompagnait d’un trémoussement de reins.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Va comme je te pousse

France, 1907 : Au hasard, au petit bonheur.

— C’est chou vert et vert chou, disait-il ; moi, je ne vais pas à la messe, mais je ne peux pas empêcher mon voisin d’aller manger tous les jours le bon Dieu, si ça lui plait. Il n’y a que les capucins et toute cette sacrée séquelle de moines blancs, bruns et noirs. Ceux-là sont des faignants, des vauriens, des va comme je te pousse. Ne m’en faut pas.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Va, mon vieux, va come j’te pousse,
À gauche, à doit’, va, ça fait rien,
Va, pierr’ qui roule amass’ pas mousse,
J’m’appell’ pas Pierre et je l’sais bien.
Quand j’étais p’tit, j’m’app’lais Émile,
À présent on m’appelle Éloi ;
Va, mon vieux, va, n’te fais pas d’bile,
T’es dans la ru’, va, t’es chez toi.

(Aristide Bruant)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique