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Affrusquer (s’)

France, 1907 : S’habiller.

Affûter

Delvau, 1866 : v. a. Tromper quelqu’un, le surprendre. Argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Embaucher. — S’affûter, s’habiller. — Affûter ses pincettes, se préparer à sortir.

France, 1907 : Tromper, prendre par ruse. Affûter ses pincettes, marcher ou courir. S’affûter le sifflet, boire.

Faut pas aller chez Paul Niquet
Si fois l’jour, s’affûter le sifflet.

(Chansons de P. Durand)

Aimer le cotillon

Delvau, 1864 : Aimer la femme — surtout quand elle est déshabillée.

Vous aimez trop le cotillon, mon cher, il vous en cuira.

(E. Durand)

Andouille mal ficelée

Virmaître, 1894 : Individu déguingandé. à la démarche traînante. Se dit surtout de quelqu’un mal habillé, ayant des allures ridicules. On dit aussi : mal fagoté (Argot du peuple).

Attrape-science

Delvau, 1866 : s. m. Apprenti, — dans l’argot des typographes.

Rigaud, 1881 : Apprenti cordonnier. Pour laver la tête à l’apprenti, les ouvriers la lui plongent plus d’une fois dans le baquet de science, le baquet où trempent les cuirs.

Boutmy, 1883 : s. m. Nom ironique par lequel les ouvriers désignent quelquefois un apprenti compositeur. L’attrape-science est l’embryon du typographe ; la métamorphose demande trois à quatre ans pour s’accomplir ; vers seize ou dix-sept ans, la chrysalide est devenue papillon, et le gamin s’est fait ouvrier. À l’atelier, il a une certaine importance : c’est le factotum des compositeurs ; il va chercher le tabac et fait passer clandestinement la chopine ou le litre qui sera bu derrière un rang par quelque compagnon altéré. Il va chez les auteurs porter les épreuves et fait, en général, plus de courses que de pâté. Quand il a le temps, on lui fait ranger les interlignes ou trier quelque vieille fonte ; ou bien encore il est employé à tenir la copie au correcteur en première, besogne pour laquelle il montre d’ordinaire une grande répugnance. Parfois victime des sortes de l’atelier, il en est aussi le complice ou le metteur en œuvre. Il nous revient en mémoire une anecdote dont le héros fut un apprenti. Ses parents habitant dans un faubourg, notre aspirant Gutenberg apportait à l’atelier sa fripe quotidienne, dont faisait souvent partie une belle pomme. Le gaillard, qui était un gourmet, avait soin de la faire cuire en la plaçant sur un coin du poële. Mais plus d’une fois, hélas ! avant d’être cuite, la pomme avait disparu, et notre apprenti faisait retentir les échos de ses plaintes amères : « Ma pomme ! on a chipé ma pomme ! » La chose s’étant renouvelée plus souvent que de raison, l’enfant s’avisa d’un moyen pour découvrir le voleur. Un beau jour, il apporta une maîtresse pomme qu’il mit cuire sur le poêle. Comme le gamin s’y attendait, elle disparut. Au moment où il criait à tue-tête : « On a chipé ma pomme ! » on vit un grand diable cracher avec dégoût ; ses longues moustaches blondes étaient enduites d’un liquide noirâtre et gluant, et il avait la bouche remplie de ce même liquide. C’était le chipeur qui se trouvait pris à une ruse de l’apprenti : celui-ci avait creusé l’intérieur de sa pomme et avait adroitement substitué à la partie enlevée un amalgame de colle de pâte, d’encre d’imprimerie, etc. L’amateur de pommes, devenu la risée de l’atelier, dut abandonner la place, et jamais sans doute il ne s’est frotté depuis à l’attrape-science. Certains apprentis, vrais gamins de Paris, sont pétris de ruses et féconds en ressources. L’un d’eux, pour garder sa banque (car l’attrape-science reçoit une banque qui varie entre 1 franc et 10 francs par quinzaine), employa un moyen très blâmable à coup sûr, mais vraiment audacieux. Il avait eu beau prétendre qu’il ne gagnait rien, inventer chaque semaine de nouveaux trucs, feindre de nouveaux accidents, énumérer les nombreuses espaces fines qu’il avait cassées, les formes qu’il avait mises en pâte, rien n’avait réussi : la mère avait fait la sourde oreille, et refusait de le nourrir plus longtemps s’il ne rapportait son argent à la maison. Comment s’y prendre pour dîner et ne rien donner ? Un jour d’été qu’il passait sur le pont Neuf, une idée lumineuse surgit dans son esprit : il grimpe sur le parapet, puis se laisse choir comme par accident au beau milieu du fleuve, qui se referme sur lui. Les badauds accourent, un bateau se détache de la rive et le gamin est repêché. Comme il ne donne pas signe de vie, on le déshabille, on le frictionne, et, quand il a repris ses sens, on le reconduit chez sa mère, à laquelle il laisse entendre que, de désespoir, il s’est jeté à l’eau. La brave femme ajouta foi au récit de son enfant, et jamais plus ne lui parla de banque. Le drôle avait spéculé sur la tendresse maternelle : il nageait comme un poisson et avait trompé par sa noyade simulée les badauds, ses sauveurs et sa mère. — Nous retrouverons cet attrape-science grandi et moribond à l’article LAPIN. À l’Imprimerie nationale, les apprentis sont désignés sous le nom d’élèves. Il en est de même dans quelques grandes maisons de la ville.

France, 1907 : Apprenti, dans l’argot des typographes.

Baron

d’Hautel, 1808 : Un baron de la crasse. Surnom dérisoire que l’on donne à un homme affecté dans ses manières et guindé dans ses habillemens, qui sans biens, sans titres, sans fortune, prend des airs de cour, et veut trancher du grand seigneur.

Baron de la crasse

Delvau, 1866 : s. m. Homme gauche et ridicule en des habits qu’il n’a pas l’habitude de porter, — dans l’argot du peuple, qui se souvient de la comédie de Poisson.

Rigaud, 1881 : Se disait au XVIIIe siècle d’un homme grotesque et ridicule dans sa mise, d’un homme qui singeait les gens de qualité. Poisson a laissé une comédie sous le titre du Baron de la Crasse.

France, 1907 : Homme sale, et mal habillé, qui se donne des airs de gentilhomme.

Bastringue

d’Hautel, 1808 : Nom donné primitivement à une contredanse qui a été long-temps on vogue à Paris ; ce mot a reçu depuis une grande extension : le peuple, à qui il a plu, s’en est emparé, et l’a appliqué à des choses de nature différente.
Un bastringue signifie tantôt un bal mal composé ; tantôt un mauvais joueur de violon ; puis une maison en désordre ; un mauvais lieu.
Un bastringue est aussi une petite mesure qui équivaut à peu-près à ce que les buveurs appeloient autrefois un canon, dont la capacite répondoit à celle d’un verre moyen.
Boire un bastringue signifie donc vulgairement, boire un verre de vin.

Ansiaume, 1821 : Lime fine.

N’oublie pas la bastringue pour faucher les balançons.

Vidocq, 1837 : s. m. — Étui de fer-blanc, d’ivoire, d’argent, et quelquefois même d’or, de quatre pouces de long sur environ douze lignes de diamètre, qui peut contenir des pièces de vingt francs, un passe-port, des scies et une monture, que les voleurs cachent dans l’anus. La facilité qu’ils trouvaient à dérober cet étui à tous les yeux, et la promptitude avec laquelle ils coupaient les plus forts barreaux et se débarrassaient de leurs chaînes, a long-temps fait croire qu’ils connaissaient une herbe ayant la propriété de couper le fer ; l’herbe n’était autre chose qu’un ressort de montre dentelé, et parfaitement trempé.

Halbert, 1849 : Scie pour scier le fer.

Larchey, 1865 : Étui conique en fer d’environ quatre pouces de long sur douze lignes de diamètre, contenant un passe-port, de l’argent, des ressorts de montres assez dentelés pour scier un barreau de fer, un passe-port, de l’argent, etc. — Vidocq — Les malfaiteurs, sur le point d’être pris, cachent dans leur anus cette sorte de nécessaire d’armes, mais il doit être introduit par le gros bout. Faute de cette précaution, il remonte dans les intestins et finit par causer la mort. Un prisonnier périt il y a quelques années de cette manière, et les journaux ont retenti du nombre prodigieux d’objets découverts dans son bastringue, après l’autopsie.

Delvau, 1866 : s. m. Bruit, vacarme, — comme on en fait dans les cabarets et dans les bals des barrières.

Delvau, 1866 : s. m. Guinguette de barrière, où le populaire va boire et danser les dimanches et les lundis.

Delvau, 1866 : s. m. Scie à scier les fers, — dans l’argot des prisons, où l’on joue volontiers du violon sur les barreaux.

Rigaud, 1881 : Lime, scie. — Étui dans lequel les récidivistes serrent les outils nécessaires à leur évasion, tels que lime, scie, ressort de montre. De là l’habitude qu’on a dans les prisons, lors de la visite, au moment de l’arrivée du prévenu ou du condamné, de le faire complètement déshabiller et de lui administrer une forte claque sur le ventre, dans le but de s’assurer s’il a un bastringue sous lui.

Rigaud, 1881 : Vacarme. — Faire du bastringue.

La Rue, 1894 : Lime, scie, outils d’évasion renfermés dans un étui. Guinguette et bal de barrière.

Virmaître, 1894 : Bal de bas étage où se donne rendez-vous la canaille du quartier dans lequel il est situé. Bastringue, faire du bruit, du tapage. Quand l’homme rentre au logis, un peu humecté et qu’il casse la vaisselle, la ménagère, furieuse, lui dit :
— T’as pas bientôt fini ton bastringue, sale chameau ? (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Bal de bas étage.

Rossignol, 1901 : Étui en ivoire ou en argent que les voleurs tiennent constamment caché dans leurs intestins et qui peut contenir jusqu’a 800 francs en or ; ainsi, lors qu’ils se trouvent arrêtés, ils ne sont jamais sans argent. Il y a des bastringues qui contiennent tournevis, scies et monture. Avec une scie semblable, votre serviteur a scié un barreau de la grosseur de ceux des prisons en trente-six heures. Cet étui est bien connu dans les prisons centrales, mais il est difficile de le trouver, le voleur le retire le soir de sa cachette pour le remettre le matin où il reste toute la journée. Il y a une chanson sur les prisons centrales où il est dit :

Un surveillant vous fait regarder à terre En vous disant : Baissez-vous à moitié ; Il vous palpe et regarde le derrière, Dans la maison, c’est l’usage de fouiller.

Hayard, 1907 : Bal de bas étage.

France, 1907 : Bal de barrière.

Mademoiselle, voulez-vous danser ?
V’là le bastringue.
V’là le bastringue !
Mademoiselle, voulez-vous danser ?
Le bastringue va commencer.

(Vieille chanson)

On appelle aussi bastringue, dans l’argot des prisons, une scie à scier le fer ; c’est également un étui conique, d’environ quatre pouces de long sur douze lignes de diamètre, qui sert à renfermer cette scie et d’autres objets utiles aux prisonniers.

Les malfaiteurs arrêtés cachent dans leur anus cette sorte de nécessaire d’armes, qui doit être introduit par le gros bout. Faute de cette précaution, il remonte dans les intestins et finit par causer la mort. Un détenu périt, il y a quelques années, de cette manière, et les journaux ont retenti du nombre prodigieux d’objets découverts dans son bastringue, après l’autopsie.

(Lorédan Larchey.)

Batteur

d’Hautel, 1808 : Terme de mépris ; bretteur, spadassin ; homme hargneux et querelleur ; vaurien qui cherche continuellement noise à ceux qui lui sont inférieurs en force.
Batteur de pavé. Vagabond, qui passe son temps et sa vie à rôder.

un détenu, 1846 : Un désœuvré, fainéant, tapageur, coureur des rues.

Halbert, 1849 : Menteur.

Delvau, 1866 : s. m. Menteur ; fourbe. C’est plus spécialement le tiers qui bat comtois pour lever le pante.

Boutmy, 1883 : s. m. Qui fait des mensonges, des battages.

La Rue, 1894 : Menteur. Escroc. Normand.

France, 1907 : Enjôleur.

France, 1907 : Menteur ; argot des voleurs.

— Parbleu ! tu dois faire tes chopins à la sourdine.
— Pas du tout.
— Tu n’affures rien ?
— Ma solde me suffit.
— Batteur !
— Je suis nourri, habillé, blanchi ; je ne manque de rien.
— Pourtant, il y a ici des grinches.
— N’y en a-t-il pas partout ?

(Marc Mario et Louis Launay, Vidocq)

Batteur d’antif, voleur qui amorce les pantes par son bagout ; argot des prisons. Batteur de flanche, fainéant.

Même aux yeux du peuple qui l’aime,
Il passe un peu pour une flemme,
Gouapeur moins homme que gamin,
Artisse, quoi ! batteur de flanche,
Cheveux trop bouclés, peau trop blanche,
Main trop propre, et poil dans la main.

(Jean Richepin)

Bébé

Delvau, 1864 : Nom d’amitié que les filles donnent depuis quelques années aux hommes avec qui elles baisent, — maquereaux ou michés.

Théodore, c’est mon bébé ; M. Martin, c’est mon monsieur.

(Lemercier de Neuville)

Un mot dont on nous favorise,
Mot aux nourrices dérobé,
C’est, aurait-on la barbe grise :
— Comment ça va ? Bonjour, bébé.

(Fr. De Courcy)

Larchey, 1865 : Poupard. — De l’anglais baby.

Emma arriva le lendemain, au sortir du bal de la Porte Saint-Martin, en costume de bébé.

(Ces Dames, 1860)

Bébé sert aussi de mot d’amitié. — Tu sais, mon petit homme, que je n’ai plus un sou, et que ton petit bébé ne doit pas rester sans espèces. — Id.

Delvau, 1866 : s. m. Costume d’enfant (baby) que les habituées des bals publics ont adopté depuis quelques années.

France, 1907 : Petit enfant, garçon ou fille ; de l’anglais baby.

Depuis quelque temps, la lorette se donne des airs de mère de famille ; on la voit tenant par la main une blonde et gentille enfant, dont l’âge varie de quatre à huit ans. Quelquefois, les petites dames se font accompagner par un collégien ; cela leur donne un air respectable.
Ces babys sont nés d’ordinaire dans la loge du concierge ou dans l’échoppe du savetier ; le prix de la location est en raison de la gentillesse du sujet. La leçon est bientôt faite et apprise, les enfants s’en acquittent pour le mieux, ils appellent leur petite mère des plus doux noms, surtout quand les beaux messieurs s’arrêtent devant elles.

(Physionomies parisiennes)

Mon bébé, terme de tendresse que les dames, petites et grandes, adressent à leur amant.

Avec l’âge, un instinct s’éveille, violent, fougueux, comme une force sans emploi : le désir de la maternité. Moralement, les prostituées sont indignes d’être mères ; physiquement, elles en sont incapables. De la maternité, elles ne peuvent connaître — pour leur châtiment — que les joies amères du sacrifice. Il leur faut un être qui profite de leur dégoût, à qui elles procurent les joies matérielles de l’oisiveté, du vêtement chaud, du vin, de la bonne nourriture. Elles ne sont jamais lasses de satisfaire aux exigences de cet enfant qu’elles se donnent ; elles ont entre elles d’étranges rivalités dans la concurrence du sacrifice. Il faut que cet élu soit plus élégant que les autres, qu’il ait plus d’argent dans ses poches que tous ses camarades, afin qu’il juge par là à quel point il est aimé ! Pour désigner cette catégorie d’élus, les malheureuses stériles ont trouvé un mot ignoble et doux : les bébés.

(Hugues Le Roux, Les Larrons)

On dit se costumer en bébé, s’habiller en petite fille pour exciter les vieux messieurs aux doux ébats de l’amour.
Bébé se dit aussi pour avorton, en souvenir d’un nain célèbre attaché à la cour du roi Stanislas, duc de Lorraine et de Bar, qui s’appelait Bébé.

Belle sous le linge (être)

Delvau, 1864 : Ne rien perdre de ses séductions en se mettant nue devant un homme qui vous a trouvée belle habillée.

Il y avait à côté de son nom : bonne créature, assez belle sous le linge, mais gauche et sans mouvement.

(La Popelinière)

Blague

Larchey, 1865 : Causerie. — On dit : J’ai fait quatre heures de blague avec un tel.
Blague : Verve ; faconde railleuse.

Quelle admirable connaissance ont les gens de choix des limites où doivent s’arrêter la raillerie et ce monde de choses françaises désigné sous le mot soldatesque de blague.

(Balzac)

Blague : Plaisanterie.

Je te trouve du talent, là sans blague !

(De Goncourt)

Pas de bêtises, mon vieux, blague dans le coin !

(Monselet)

Pousser une blague : Conter une histoire faite à plaisir.

Bien vite, j’pousse une blague, histoire de rigoler.

(F. Georges, Chansons)

Ne faire que des blagues : Faire des œuvres de peu de valeur.
L’étymologie du mot est incertaine. d’Hautel (1808) admet les mots blaguer et blagueur avec le triple sens de railler, mentir, tenir des discours dénués de sens commun. — Cet exemple, des plus anciens que nous ayions trouvés, ne prend blague qu’en mauvaise part. On en trouverait peut-être la racine dans le mot blaque qui désignait, du temps de ménage, les hommes de mauvaise foi (V. son dictionnaire). — M. Littré, qui relègue blague et blaguer parmi les termes du plus bas langage, donne une étymologie gaëlique beaucoup plus ancienne blagh souffler, se vanter.

Delvau, 1866 : s. f. Gasconnade essentiellement parisienne, — dans l’argot de tout le monde.
Les étymologistes se sont lancés tous avec ardeur à la poursuite de ce chastre, — MM. Marty-Laveaux, Albert Monnier, etc., — et tous sont rentrés bredouille. Pourquoi remonter jusqu’à Ménage ? Un gamin s’est avisé un jour de la ressemblance qu’il y avait entre certaines paroles sonores, entre certaines promesses hyperboliques, et les vessies gonflées de vent, et la blague fut ! Avoir de la blague. Causer avec verve, avec esprit, comme Alexandre Dumas, Méry ou Nadar. Avoir la blague du métier. Faire valoir ce qu’on sait ; parler avec habileté de ce qu’on fait. Ne faire que des blagues. Gaspiller son talent d’écrivain dans les petits journaux, sans songer à écrire le livre qui doit rester. Pousser une blague. Raconter d’une façon plus ou moins amusante une chose qui n’est pas arrivée.

Rigaud, 1881 : Mensonge, bavardage, plaisanterie, verve.

Ils (les malthusiens) demandent ce que c’est que la morale. La morale est-elle une science ? Est-elle une étude ? Est-elle une blague ?

(L. Veuillot, Les Odeurs de Paris)

M. F. Michel fait venir blague de l’allemand balg, vessie à tabac, avec transposition de l’avant-dernière lettre. M. Nisard soutient que le mot descend de bragar, braguar, qui servait à désigner soit une personne richement habillée, soit un objet de luxe. Quant à M. Littré, il le fait remonter à une origine gaélique ; d’après lui, blague vient de blagh, souffler, se vanter. Quoi qu’il en soit, le mot a été employé d’abord et propagé par les militaires, vers les premières années du siècle, dans le sens de gasconnade, raillerie, mensonge (V. Dict. de d’Hautel, 1806, Cadet Gassicourt, 1809, Stendhal, 1817). Sans remonter aussi loin, il ne faut voir dans le mot blague qu’un pendant que nos soldats ont donné au mot carotte.

France, 1907 : À un grand nombre de significations ; d’abord, mensonge, hâblerie. « Blague à part, causons comme de bons camarades que nous sommes. »

— Non, ma chérie, le bonheur n’est pas une blague, comme tu le dis, mais les gens sont idiots avec leur manière de concevoir la vie. Être heureux, qu’est-ce que cela évoque à l’esprit ? Une sensation pareille qui dure des années après des années ! Vois combien c’est inepte… L’existence est faite d’une quantité de secondes toutes différentes et qu’il s’agit de remplir les unes après les autres, comme des petits tubes en verre. Si tu mets dans tes petits tubes de jolis liquides colorés et parfumés, tu auras une suite exquise de sensations délicates qui te conduiront sans fatigue à la fin des choses… On veut toujours juger la vie humaine par grands blocs, c’est de là que vient tout le mal… Amuse la seconde que tu tiens, fais-la charmante, ne songe pas qu’il en est d’autres… Voilà comment on est heureux… le reste est de la blague.

(J. Ricard, Cristal fêlé)

Blague signifie ensuite plaisanterie, raillerie.

Le spectacle est d’autant plus curieux qu’on est les uns sur les autres et que la promiscuité y est presque forcée.
Le garçon du restaurant y blague le client qu’il servait tout à l’heure avec respect ; les souteneurs y débattent leurs petites affaires avec leurs douces moitiés au nez et à la barbe de ceux qui viennent de payer ces filles.
C’est la tour de Babel de la débauche nocturne.

(Édouard Ducret, Paris-Canaille)

C’est à l’héroïque blague, à l’irrespect du peuple de Paris, que Rochefort dut son succès. La Lanterne d’Henri Rochefort est une œuvre collective. C’est l’étincelle d’un courant. Ce courant lui était fourni par la pile immense, surchargée des mécontentements publics.

(Paul Buquet, Le Parti ouvrier)

Blague, faconde, verve, habileté oratoire.

Un homme d’esprit et de bonnes manières, le comte de Maussion, a donné au mot blague une signification que l’usage a consacrée : l’art de se présenter sous un jour favorable, de se faire valoir, et d’exploiter pour cela les hommes et les choses.

(Luchet)

Blague, causerie.

Brave

d’Hautel, 1808 : Un brave. Sobriquet que l’on donne à un mauvais cordonnier, à un savetier.
Brave comme César. C’est-à-dire, vaillant, courageux.
Brave comme l’épée qu’il porte. Cette locution adressée à quelqu’un qui ne porte pas l’épée se prend en mauvaise part, et signifie que celui dont on parle est lâche et poltron.
Brave comme un lapin. Peureux, poltron à l’excès.
Mon brave. Terme dont se servent les gens de qualité en parlant à quelqu’un de basse extraction.

Delvau, 1866 : adj. Beau, bien vêtu, — comme paré pour le combat. Brave comme un jour de Pâques. Richement habillé.

Delvau, 1866 : s. m. Vieux soldat, — dans l’argot du peuple.

France, 1907 : Cordonnier.

Bringue

d’Hautel, 1808 : Mettre en bringue. Pour dire briser quelque chose, le mettre en pièce, en morceau, en guenilles, en lambeaux.
Une grande bringue. Terme injurieux et de mépris qui signifie une grande fille de mauvaise tournure ; une déhanchée.

Delvau, 1866 : s. f. Femme maigre, déhanchée, — dans le même argot [des faubouriens]. On dit aussi Grande bringue.

Virmaître, 1894 : Grande femme haute en jambes. Quand elle est mal ficelée mal habillée, c’est une bringue (Argot du peuple). V. Asperge montée.

France, 1907 : Femme maigre, grande, déhanchée, de mauvaise tournure. Mettre en bringue, briser.

C’est dimanche dernier au bastringue
Qui m’a plu Polyte, et que j’y plu,
La grande Irma, cette espèce de bringue,
Était sa marmite, a’lle l’est pus.

(L’éponge à Polyte)

Brûleur

d’Hautel, 1808 : Il est fait comme un brûleur de maison. Se dit d’un homme mal vêtu, déguenillé, ou dont l’habillement est dans un grand désordre.

France, 1907 : Joueur de grosses sommes on qui ponte a l’étourdie.

Caboulot

Larchey, 1865 : « Le caboulot est un petit café où l’on vend plus spécialement des prunes, des chinois et de l’absinthe. » — Daunay, 1861. — Une monographie des Caboulots de Paris a paru en 1862. — C’est aussi un cabaret de dernier ordre. V. Camphrier.

Delvau, 1866 : s. m. Boutique de liquoriste tenue par de belles filles bien habillées, qui n’ont pour unique profit que les deux sous du garçon.
Ce mot a une vingtaine d’années. Au début, il a servi d’enseigne à un petit cabaret modeste du boulevard Montparnasse, puis il a été jeté un jour par fantaisie, dans la circulation, appliqué à toutes sortes de petits endroits à jeunes filles et à jeunes gens, et il a fait son chemin.

Rigaud, 1881 : Débit de liqueurs servies par des femmes aimables, trop aimables. Les fruits à l’eau-de-vie et l’absinthe y tiennent le premier rang.

Mot pittoresque du patois franc-comtois, qui a obtenu droit de cité dans l’argot parisien. Il désigne un trou, un lieu de sordide et mesquine apparence, par extension petit bazar, petit café. Le caboulot de la rue des Cordiers, qui est le plus ancien de tous, s’ouvrit en 1852.

(Ces dames, 1860)

Le caboulot, c’est-à-dire le débit de la prune et du chinois, du citron confit à l’état de fœtus dans l’esprit-de-vin, le tout couronné par une femme à peu près vêtue, belle comme la beauté diabolique d’Astarté… et elle rit et elle chante et elle trinque, et elle passe ensuite derrière le rideau… et le caboulot a multiplié comme la race d’Abraham.

(Eug. Pelletan, La Nouvelle Babylone)

La Rue, 1894 : Petit débit de liqueurs.

Virmaître, 1894 : Cabaret de bas étage. Brasserie où les consommateurs sont servis par des femmes. Caboulot n’est pas juste, on devrait dire maison tolérée. Cette expression a pour berceau le quartier latin (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Débit de bas étage.

Hayard, 1907 : Cabaret.

France, 1907 : Petit café où l’on vend plus spécialement des liqueurs et où l’on est généralement servi par des femmes.

Le mot, écrivait Delvau en 1880, au début, servait d’enseigne à un petit cabaret du boulevard Montparnasse, puis il a été jeté un jour, par fantaisie, dans la circulation, appliqué à toutes sortes de petits endroits à jeunes filles et à jeunes gens, et il a fait son chemin.
Les artistes ne sont pas payés par l’établissement. Après chaque chanson, ils font le tour des tables, un plateau à la main, et ce sont les clients qui rémunèrent eux-mêmes leurs distractions. Absolument comme dans les caboulots de province, avec cette différence pourtant que la chanteuse légère — oh ! oui, légère ! — ne met pas la clé de sa chambre en tombola.

Calebasse

d’Hautel, 1808 : Frauder la calebasse. Pour dire tromper quelqu’un, le frustrer de la part qui lui revient.

Bras-de-Fer, 1829 : Tête.

Larchey, 1865 : Tête. — Allusion de forme.

Faudrait pas gros de sens commun pour remplir une calebasse comm’ ça.

(Gavarni)

Delvau, 1866 : s. f. Tête, — dans l’argot des faubouriens, qui ont trouvé une analogie quelconque entre l’os sublime et le fruit du baobab, presque aussi vides l’un que l’autre. Grande calebasse. Femme longue, maigre et mal habillée.

Fustier, 1889 : Secret. Vendre la calebasse, révéler le secret. (Littré)

La Rue, 1894 : Tête.

Virmaître, 1894 : Seins. Se dit quand les malheureux sont sans consistance, qu’ils pendent et se répandent (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Objets, marchandises, produit d’un vol.

France, 1907 : Tête ; argot des faubouriens. Grande Calebasse, femme maigre et mal tournée.
Calebasse signifie aussi secret. Vendre la calebasse, dénoncer.

— Toujours est-il, reprit le recéleur, que c’est lui qui a vendu la calebasse, et que sans lui…

(Marc Mario et Louis Launay, Vidocq)

Cambriolleur, -euse

Vidocq, 1837 : s. — On reconnaît un soldat, même lorsque qu’il a quitté l’uniforme pour endosser l’habit bourgeois, on peut se mettre à sa fenêtre, regarder ceux qui passent dans la rue et dire, sans craindre de se tromper, celui-ci est un tailleur, cet autre et un cordonnier ; il y a dans les habitudes du corps de chaque homme un certain je ne sais quoi qui décèle la profession qu’il exerce, et que seulement ceux qui ne savent pas voir ce qui frappe les yeux de tout le monde ne peuvent pas saisir ; eh bien, si l’on voulait s’en donner la peine, il ne serait guère plus difficile de reconnaître un voleur qu’un soldat, un tailleur ou un cordonnier. Comme il faut que ce livre soit pour les honnêtes gens le fil d’Ariane destiné à les conduire à travers les sinuosités du labyrinthe, j’indique les diagnostics propres à faire reconnaître chaque genre ; si après cela ceux auxquels il est destiné ne savent pas se conduire, tant pis pour eux.
Les Cambriolleurs sont les voleurs de chambre soit à l’aide de fausses clés soit à l’aide d’effraction. Ce sont pour la plupart des hommes jeunes encore, presque toujours ils sont proprement vêtus, mais quel que soit le costume qu’ils aient adopté, que ce soit celui d’un ouvrier ou celui d’un dandy, le bout de l’oreille perce toujours. Les couleurs voyantes, rouge, bleu ou jaune, sont celles qu’ils affectionnent le plus ; ils auront de petits anneaux d’or aux oreilles ; des colliers en cheveux, trophées d’amour dont ils aimeront à se parer ; s’ils portent des gants ils seront d’une qualité inférieure ; si d’aventure l’un d’eux ne se fait pas remarquer par l’étrangeté de son costume il y aura dans ses manières quelque chose de contraint qui ne se remarque pas dans l’honnête homme ; ce ne sera point de la timidité, ce sera une gêne, résultat de l’appréhension de se trahir. Ces diverses observations ne sont pas propres seulement aux Cambriolleurs, elles peuvent s’appliquer à tous les membres de la grande famille des trompeurs. Les escrocs, les faiseurs, les chevaliers d’industrie, sont les seuls qui se soient fait un front qui ne rougit jamais.
Les Cambriolleurs travaillent rarement seuls ; lorsqu’ils préméditent un coup, ils s’introduisent trois ou quatre dans une maison, et montent successivement ; l’un d’eux frappe aux portes, si personne ne répond, c’est bon signe, et l’on se dispose à opérer ; aussitôt, pour se mettre en garde contre toute surprise, pendant que l’un des associés fait sauter la gâche ou jouer le rossignol, un autre va se poster à l’étage supérieur, et un troisième à l’étage au-dessous.
Lorsque l’affaire est donnée ou nourrie, l’un des voleurs se charge de filer (suivre) la personne qui doit être volée, dans la crainte qu’un oubli ne la force à revenir au logis ; s’il en est ainsi, celui qui est chargé de cette mission la devance, et vient prévenir ses camarades, qui peuvent alors s’évader avant le retour du mézière.
Si, tandis que les Cambriolleurs travaillent, quelqu’un monte ou descend, et qu’il désire savoir ce que font dans l’escalier ces individus qu’il ne connaît pas, on lui demande un nom en l’air : une blanchisseuse, une sage-femme, une garde malade ; dans ce cas, le voleur interrogé balbutie plutôt qu’il ne parle, il ne regarde pas l’interrogateur, et empressé de lui livrer le passage, il se range contre la muraille, et tourne le dos à la rampe.
Si les voleurs savent que le portier est vigilant, et s’ils présument que le vol consommé ils auront de gros paquets à sortir, l’un d’eux entre tenant un paquet sous le bras ; ce paquet, comme on le pense bien, ne contient que du foin, qui est remplacé, lorsqu’il s’agit de sortir, par les objets volés.
Quelques Cambriolleurs se font accompagner, dans leurs expéditions, par des femmes portant une hotte ou un panier de blanchisseuse, dans lesquels les objets volés peuvent être facilement déposés ; la présence d’une femme sortant d’une maison, et surtout d’une maison sans portier, avec un semblable attirail, est donc une circonstance qu’il est important de remarquer, si, surtout, l’on croit voir cette femme pour la première fois.
Il y a aussi les Cambriolleurs à la flan (voleurs de chambre au hasard) qui s’introduisent dans une maison sans auparavant avoir jeté leur dévolu ; ces improvisateurs ne sont sûrs de rien, ils vont de porte en porte, où il y a ils prennent, où il n’y a rien, le voleur, comme le roi, perd ses droits. Le métier de Cambriolleur à la flan, qui n’est exercé que par ceux qui débutent dans la carrière, est très-périlleux et très-peu lucratif.
Les voleurs ont des habitudes qu’ils conservent durant tout le temps de leur exercice ; à une époque déjà éloignée, ils se faisaient tous chausser chez une cordonnière que l’on nommait la mère Rousselle, et qui demeurait rue de la Vannerie ; à la même époque, Gravès, rue de la Verrerie, et Tormel, rue Culture-Sainte-Catherine, étaient les seuls tailleurs qui eussent le privilège d’habiller ces messieurs. Le contact a corrompu les deux tailleurs, pères et fils sont à la fin devenus voleurs, et ont été condamnés ; la cordonnière, du moins je le pense, a été plus ferme ; mais, quoiqu’il en soit, sa réputation était si bien faite et ses chaussures si remarquables, que lorsqu’un individu était arrêté et conduit à M. Limodin, interrogateur, il était sans miséricorde envoyé à Bicêtre si pour son malheur il portait des souliers sortis des magasins de la mère Rousselle. Une semblable mesure était arbitraire sans doute, mais cependant l’expérience avait prouvé son utilité.
Les voleuses, de leur côté, avaient pour couturière une certaine femme nommée Mulot ; elle seule, disaient-elles, savait avantager la taille, et faire sur les coutures ce qu’elles nommaient des nervures.
Les nuances, aujourd’hui, ne sont peut-être pas aussi tranchées ; mais cependant, si un voleur en renom adopte un costume, tous les autres cherchent à l’imiter.
Je me suis un peu éloigné des Cambriolleurs, auxquels je me hâte de revenir ; ces messieurs, avant de tenter une entreprise, savent prendre toutes les précautions propres à en assurer le succès ; ils connaissent les habitudes de la personne qui habite l’appartement qu’ils veulent dévaliser ; ils savent quand elle sera absente, et si chez elle il y a du butin à faire.
Le meilleur moyen à employer pour mettre les Cambriolleurs dans impossibilité de nuire, est de toujours tenir la clé de son appartement dans un lieu sûr ; ne la laissez jamais à votre porte, ne l’accrochez nulle part, ne la prêtez à personne, même pour arrêter un saignement de nez ; si vous sortez, et que vous ne vouliez pas la porter sur vous, cachez-la le mieux qu’il vous sera possible. Cachez aussi vos objets les plus précieux ; cela fait, laissez à vos meubles toutes vos autres clés : vous épargnerez aux voleurs la peine d’une effraction qui ne les arrêterait pas, et à vous le soin de faire réparer le dégât que sans cela ils ne manqueraient pas de commettre.
es plus dangereux Cambriolleurs sont, sans contredit, les Nourrisseurs ; on les nomme ainsi parce qu’ils nourrissent des affaires. Nourrir une affaire, c’est l’avoir toujours en perspective, en attendant le moment le plus propice pour l’exécution ; les Nourrisseurs, qui n’agissent que lorsqu’ils ont la certitude de ne point faire coup fourré, sont ordinairement de vieux routiers qui connaissent plus d’un tour ; ils savent se ménager des intelligences où ils veulent voler ; au besoin même, l’un d’eux vient s’y loger, et attend, pour commettre le vol, qu’il ait acquis dans le quartier qu’il habite une considération qui ne permette pas aux soupçons de s’arrêter sur lui. Ce dernier n’exécute presque jamais, il se borne seulement à fournir aux exécutans tous les indices qui peuvent leur être nécessaires. Souvent même il a la précaution de se mettre en évidence lors de l’exécution, afin que sa présence puisse, en temps opportun, servir à établir un alibi incontestable.
Ce sont ordinairement de vieux voleurs qui travaillent de cette manière ; parmi eux on cite le nommé Godé, dit Marquis, dit Capdeville ; après s’être évadé du bagne, il y a plus de quarante ans, il vint s’établir aux environs de Paris, où il commit deux vols très-considérables, l’un à Saint-Germain en Laye, l’autre à Belleville ; cet individu est aujourd’hui au bagne de Brest, où il subit une condamnation à perpétuité.
Les vols de chambre sont ordinairement commis les dimanches et jours de fête.

Camoufler (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. Se déguiser.

La Rue, 1894 : Se déguiser.

Virmaître, 1894 : Changer de costumes et de physionomie afin de n’être pas reconnu (Argot des souteneurs et Sûreté).

Rossignol, 1901 : S’habiller de façon à se rendre méconnaissable.

Hayard, 1907 : Machiner, se grimer, changer d’aspect.

France, 1907 : Se déguiser.

Je me camoufle en pélican,
J’ai du pellard à la tignasse.

(J. Richepin)

Caniche

d’Hautel, 1808 : Un caniche. Nom injurieux que l’on donne à un homme de vilaine figure, mal propre dans son habillement, et qui a les cheveux coupés.

Vidocq, 1837 : s. m. — Ballot carré à oreilles.

Larchey, 1865 : Ballot carré (Vidocq) aux coins duquel la toile d’emballage forme des oreilles semblables à celles d’un petit chien.

Delvau, 1866 : s. m. Ballot à oreilles, — dans l’argot des voleurs.

Delvau, 1866 : s. m. Chien en général, — dans l’argot du peuple, pour lequel le caniche est le seul chien qui existe, comme le dada est pour les enfants le seul cheval de la création.

Rigaud, 1881 : Ballot carré dont la toile d’emballage figure, aux quatre coins, des oreilles de chien.

Virmaître, 1894 : Ballot à oreilles. Allusion aux longues oreilles de chien-mouton (Argot des voleurs). N.

France, 1907 : Nom que les gamins des boulevards extérieurs donnent au monocle que quelques myopes ont la manie de se coller dans l’arcade sourcilière. Ça sert en effet à les guider comme un chien d’aveugle.

Capote

Delvau, 1864 : Autrement dit, redingote anglaise. Préservatif en baudruche ou en caoutchouc historié, dont on habille le membre viril, toutes les fois qu’on le conduit au bonheur, — ce qui ne le préserve pas du tout de la chaude-pisse ou de la vérole, d’après l’opinion du docteur Ricord, autorité compétente en cette matière, qui a dit : « La capote est une cuirasse contre le plaisir et une toile d’araignée contre la vérole. » Les frères Millan, gros et petits, sont seuls intéressés à soutenir le contraire.

Il fuyait me laissant une capote au cul.

(Louis Protat)

Les capotes mélancoliques
Qui pendent chez le gros Millan,
S’enflent d’elles-mêmes, lubriques,
Et déchargent en se gonflant.

(Parnasse satyrique)

Cardinales

Delvau, 1866 : s. f. pl. Les menses des femmes, — dans l’argot des bourgeois.

La Rue, 1894 : Époques de la femme.

France, 1907 : Les menstrues ; argot populaire. On sait que les cardinaux sont habillés de rouge.

Que de femmes sont restées vertueuses parce qu’au moment de la chute elles se sont souvenues qu’elles avaient leurs cardinales !

Carême

d’Hautel, 1808 : Si le carême dure sept ans, vous aurez fini cet ouvrage à Pâques. Se dit ironiquement et par reproche à une personne nonchalante et paresseuse qui ne termine rien ; à un ouvrier d’une lenteur extrême et dont on ne voit pas finir la besogne.
Carême-prenant. Les jours gras, saturnales, temps de folies et de divertissement.
Il a l’air de carême-prenant. Se dit par raillerie d’un homme habillé d’une manière grotesque et ridicule.
Cela vient comme mars en carême. Pour dire à point nommé, fort à-propos.
Hirondelles de carême. On donnoit autrefois ce nom à un ordre de frères mendians qui alloient quêter pendant tout le carême.
Pour trouver le carême court, il faut faire une dette payable à Pâques.
Face de carême.
Visage blême, maigre et décharné.
Amoureux de carême. Damoiseau ; homme qui affecte de l’indifférence, de la froideur. Voyez Amoureux transi.
Il faut faire carême prenant avec sa femme, et Pâques avec son curé. Maxime grivoise du bon vieux temps.
Tout est de carême. Se dit pour excuser les libertés que l’on prend, les folies que l’ont fait pendant le carnaval.

Chaloupée

France, 1907 : Femme habillée d’une façon excentrique et tapageuse. Faire la chaloupe, avoir une tenue débraillée.

Chic

Larchey, 1865 : Élégance.

Vous serez ficelé dans le chic.

(Montépin)

L’officier qui a du chic est celui qui serre son ceinturon de manière à ressembler à une gourde.

(Noriac)

À l’École de Saint-Cyr, sous le premier Empire, chic était déjà synonyme d’Élégance militaire. Une esquisse qui a du chic a un bon cachet artistique.

Il lui révéla le sens intime de l’argot en usage cette semaine-là, il lui dit ce que c’était que chic, galbe.

(Th. Gautier, 1838)

Une tête faite de chic, tout au contraire, n’a rien de sérieusement étudié. ici, chic est à l’art ce que ponsif est à la littérature.

C’étaient là de fameux peintres. comme ils soignaient la ligne et les contours ! comme ils calculaient les proportions ! ils ne faisaient rien de chic ou d’après le mannequin.

(La Bédollière)

Chic, quelquefois, veut dire mauvais genre, genre trop accusé.

C’était ce chic que le tripol colle à l’épiderme des gens et qui résiste à toute lessive comme le masque des ramoneurs.

(P. Féval)

Chic est, on le voit, un mot d’acceptions fort diverses et fort répandues dans toutes les classes. — Vient du vieux mot Chic : finesse, subtilité. V. Roquefort. — C’est donc, mot à mot, le fin du fin en tout genre, et les exemples les plus anciens confirment cette étymologie, car ils prennent tous chic en ce sens.

Delvau, 1866 : s. m. Goût, façon pittoresque de s’habiller ou d’arranger les choses, — dans l’argot des petites dames et des gandins. Avoir du chic. Être arrangé avec une originalité de bon — ou de mauvais — goût. Avoir le chic. Posséder une habileté particulière pour faire une chose.

Delvau, 1866 : s. m. Habileté de main, ou plutôt de patte, — dans l’argot des artistes, qui ont emprunté ce mot au XVIIe siècle. Faire de chic. Dessiner ou peindre sans modèle, d’imagination, de souvenir.

La Rue, 1894 : Distinction, élégance, cachet. Facilité banale ou bon goût en art. Signifie aussi mauvais genre en art.

Virmaître, 1894 : Il a du chic, il est bien.
C’est une femme chic, un beau porte-manteau, sa toilette est bien accrochée. L’origine de cette expression n’est pas éloignée. Un ministre de l’Empire, habitué des coulisses de l’Opéra, envoya deux danseuses du corps de ballet souper à ses frais chez le restaurateur Maire. Très modestes, elles ne dépensèrent à elles deux que quinze francs. Quand le ministre demanda la note, il lit la moue. Le soir même il leur en lit le reproche et leur dit : Vous manquez de chic, pas de chic. Quelques jours plus tard il renvoya deux autres danseuses souper au même restaurant. Elles dépensèrent cinq cents francs. Quand il paya il lit une grimace sérieuse : Trop de chic, trop de chic, fit-il. Le mot fit fortune dans les coulisses et est resté (Argot des filles).

Chien (se coiffer à la)

France, 1907 : Frisotter les cheveux et les laisser retomber sur le front.

Il y avait dans le petit hôtel une femme de chambre d’emprunt qui vint donner le dernier coup à la coiffure, quelque peu rebelle au peigne. Mais surtout dans un temps où toutes les femmes se coiffent à la chien, les ébouriffades de Maria étaient de saison… Elle jouait encore avec la houppette et le crayon. Sans avoir rien appris, les femmes savent tout, mais surtout l’art de s’habiller et de se faire belles.

(Arsène Houssaye, Le Journal)

… Une petite bobonne toute jeunette, pimpante et proprette, aux yeux pers, hardis et moqueurs, au nez effrontément retroussé, à la chevelure châtain clair, frisés et moutonnante sur le front, coiffée à la chien.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Chien de magasin

Rigaud, 1881 : Sergent d’habillement, — dans le jargon du régiment.

Chiffe (vol à la)

France, 1907 : On appelle ainsi un vol que les couturières commettent sur leurs clientes en prélevant une certaine quantité d’étoffe sur celle qu’on leur fournit. D’après Hogier-Grison, ce vol irait jusqu’à quatre mètres sur vingt, ce qui est assez important pour peu que ce soit une étoffe de luxe. « Si la couturière, ajoute-t-il, a des filles en bas âge, ce vol peut devenir des plus importants, car il est de règle dans le commerce parisien que jamais une entrepreneuse n’achète un pouce d’étoffe pour habiller sa progéniture. »

Chineur de montres

France, 1907 : Industriel qui, sons prétexte d’un pressant besoin d’argent, vous offre à bas prix sa montre et quelquefois sa chaîne qui se trouvent, une fois achetée, ne pas valoir le quart de ce qu’on en a donné. C’est généralement dans les ports de mer, et habillés en marin, qu’opèrent ces chineurs.

C’est au premier rang parmi les aigrefins qu’il faut placer les chineurs de montres. Partant, dès le matin, la poche pleine de montres à tout prix, ils s’en vont où le vent les pousse, au hasard, par les rues, les boulevards, le faubourg ou la banlieue, certains d’avance de faire des dupes. Domestiques, passants, ouvriers, cochers, tout leur est bon.

(Charles Reboux, Les Ficelles de Paris)

Claquer

d’Hautel, 1808 : Donner une claque, un soufflet, ou tout autre coup avec la main.
Faire claquer son fouet. Se prévaloir hautement de quelqu’avantage ; faire le glorieux, le vaniteux.

Halbert, 1849 : Manger.

Larchey, 1865 : Manger — Allusion au bruit des mâchoires.

Il faut claquer, vaille que vaille : De par la loi l’on te nourrit.

(Wado, Chanson)

On dit au figuré Claquer : dissiper.

Larchey, 1865 : Mourir. Terme figuré. Ce qui claque, dans le sens ordinaire, est hors de service.

C’est là que j’ai appris, entre autres bizarreries, les dix ou douze manières d’annoncer la mort de quelqu’un : Il a cassé sa pipe, — il a claqué, — il a fui, — il a perdu le goût du pain, — il a avalé sa langue, — il s’est habillé de sapin, — il a glissé, — il a décollé le billard, — il a craché son âme, etc., etc.

(Delvau)

Delvau, 1866 : v. a. Donner des soufflets.

Delvau, 1866 : v. a. Vendre une chose, s’en débarrasser, — dans le même argot [du peuple]. Claquer ses meubles. Vendre son mobilier.

Delvau, 1866 : v. n. Manger, — dans l’argot des voyous, qui font allusion au bruit de la mâchoire pendant la mastication.

Delvau, 1866 : v. n. Mourir. — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Dépenser. — Avoir tout claqué, avoir tout dépensé.

Rigaud, 1881 : Manger ; et claquer des bajouettes, — dans le jargon des blanchisseuses.

Rigaud, 1881 : Mourir.

Boutmy, 1883 : v. intr. Mourir. Ce mot n’est pas particulier aux typographes. Alfred Delvau, dans son Dictionnaire, l’attribue aux faubouriens. Il est aussi bien compris dans le centre de la ville qu’aux faubourgs.

La Rue, 1894 : Mourir.

La Rue, 1894 : Vendre.

Virmaître, 1894 : Donner une claque sur la figure ou sur le contraire. Synonyme de gifle. Allusion au bruit que produit la main (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Mourir. Allusion à un objet qui claque, qui casse (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Mourir. Il est bien malade : il va claquer.

Hayard, 1907 : Mourir.

France, 1907 : Faire retentir.

L’œuvre de Corneille est grande, sévère, admirable en certaines de ses parties où passe un souffle ardent de passion. Le fameux « Qu’il mourut ! » peut trouver son application dans nos récentes épreuves, et certains vers claquent encore sur Bazaine à travers l’histoire. Mais enfin c’est du vieux jeu, c’est du poncif tragique, c’est de l’antinaturel, de l’antivivant poussé à la dernière expression. Et n’est-il pas dans le répertoire moderne de pièce d’une portée aussi haute et dans laquelle on sente vibrer la conscience moderne ?

(Le Mot d’Ordre)

France, 1907 : Manger. Se dit aussi au figuré pour dissiper : « J’ai claqué tout mon argent. »

Quand on est de ceux qui prétendent représenter une nation, élus par la moitié des citoyens, et que de cette moitié on acheta les trois quarts, on reste à boire, au cabaret, le fond des caisses électorales, mais on a la pudeur de se taire.
Quand on chourine, pour les voler, d’humbles épargnistes, on claque leur galette en compagnie de femmes au chignon jaune, mais on ne parle pas d’honnêteté.

(Jean Grave, La Révolte)

Claquer du bec, jeûner ; imitation des cigognes, qui font claquer leur bec.

France, 1907 : Mourir.

— Elle peut traîner un mois, six semaines, comme elle peut s’en aller cette nuit, claquer ce soir, subito, sans même que tu t’en aperçoives.

(Albert Cim)

Léda la laissa débiter son boniment, puis, pressée de questions par tous, dit qu’elle ne savait rien, sinon que la femme assassinée n’était pas morte et que seul l’English était claqué.

(Édouard Ducret, Paris canaille)

— L’hospice ! Non ! non ! je ne veux pas ! J’y ai été, quand j’ai eu la cuisse cassée. Y a des sœurs qui vous font dire des prières… On voit des camarades à côté de vous qui claquent… Les carabins avec leurs tabliers blancs… Non ! non ! je veux pas…

(Oscar Méténier)

France, 1907 : Vendre.

Collage

Larchey, 1865 : Liaison galante de longue durée.

Delvau, 1866 : s. m. Union morganatique, — dans l’argot du peuple, qui sait que ces mariages-là durent souvent plus longtemps que les autres.

Rigaud, 1881 : Union illégitime de vieille date.

La Rue, 1894 : Union illégitime.

France, 1907 : Union à laquelle ni le curé ni le maire n’ont donné leur approbation.

L’une après l’autre — en camarade —
C’est rupin, mais l’collage, bon Dieu !
Toujours la mêm’ chauffeus’ de pieu !
M’en parlez pas ! Ça m’rend malade.

(Gill, La Muse à Bibi)

Ce qui tend à confirmer ce que dit le docteur Grégoire, que le collage n’existe, généralement, qu’entre personnes qui s’exècrent, ou dont l’une elles « sait où est le cadavre ».

Il faut distinguer en effet entre le collage, dont l’étude nous a valu quelques pages triviales et basses d’une puante et banale réalité, et l’union libre que Michelet salue avec émotion.

(Edmond Deschaumes)

Bourgeoises, elles suivent le train, dévorent les journaux, se font raconter par leurs frères leurs maris ou leurs fils les collages célèbre, vont aux premières, déshabillent les maillots, vous demandent ce que vous en savez et vous disent ce qu’elles en pensent.

(Montjoyeux, Gil Blas)

On dit qu’il y a à Paris plus de cent mille collages.

— Non, je la trouve mauvaise ! Un collage ? je n’en veux pas. Ah ! si j’avais pu me douter que j’en arriverais là, c’est moi qui l’aurais laissée tranquillement dormir seule, la belle enfant ! Pourquoi pas me marier tout de suite, alors ? À mon âge ? Il ne manquerait plus qu’un moutard, maintenant. Un plongeon, quoi !

(L.-V. Meunier, Chair à plaisir)

Comique habillé

France, 1907 : Acteur qui représente des rôles grotesques en habit de ville.

Complet

Rigaud, 1881 : Vêtement complet, c’est-à-dire veston, gilet et pantalon levés sur la même pièce.

Il se sent plus à l’aise sous sa veste blanche que sous les complets que lui expédient les bons faiseurs de Londres.

(Figaro, du 11 déc. 1878)

France, 1907 : Habillement d’homme taillé dans la même toile, gilet, veston et pantalon. La grande banalité du costume, qui mous vient, comme tout ce qui est laid, d’Angleterre.

Costumé, par la Belle Jardinière,
D’un complet comme on en rêve un au ciel,
Gentlemanisé, presque officiel,
Digne des croisées dont il était l’hôte,
Et narguant enfin l’hôpital Broussais
D’un sourcil, ô vent ! que tu rebroussais,
Verlaine, vivant, entrait dans la Haute !

(Émile Bergerat)

Cossument

France, 1907 : Richement. On trouve au sujet de cet adverbe, dans l’Intermédiaire des chercheurs et des curieux :

Cossument, formé de l’adjectif cossu, comme tant d’autres adverbes, par l’annexe de la terminaison ment, se dit couramment dans nos campagnes, surtout en parlant des vêtements : Elle est cossument habillée, pour : elle à une toilette cossue. C’est donc moins un néologisme qu’un reste de vieux langage. — A. D.

Costumer

d’Hautel, 1808 : Bien costumé. Pour dire, bien vêtu, bien habillé.
Le verbe costumer appartient exclusivement à la scène, et signifie habiller un acteur suivant le personnage qu’il représente.

Coucher

d’Hautel, 1808 : Va te coucher, tu souperas demain. Se dit par impatience à un enfant dont on ne peut sur-le-champ contenter les désirs.
Faire coucher quelqu’un. Expression métaphorique qui signifie réduire au silence, soit par menaces, soit par des paroles malignes et choquantes, un homme dont les propos étoient indécens, railleurs ou trop familiers. C’est dans ce sens que l’on dit en plaisantant de celui que l’on a fait taire : Bonsoir, il est couché.
Si vous n’en voulez pas, couchez-vous auprès.
Se dit par vivacité à une personne qui refuse une offre juste et convenable.
Coucher à la belle étoile, à l’enseigne de la lune. Coucher dans la rue, au bel air.
Coucher en joue. Viser, épier, considérer quelqu’un, dans une intention quelconque.
Coucher dans son fourreau. C’est-à-dire tout habillé.
Comme on fait son lit on se couche. Signifie que l’on est heureux ou malheureux, suivant l’ordre que l’on met dans sa conduite.
Coucher gros. Hasarder beaucoup au jeu.
Coucher gros. Signifie aussi se ruiner en vaines promesses.

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui s’attarde volontairement dans une maison où il ne devrait jamais même mettre les pieds.

France, 1907 : Client passager d’une nuit dans une maison de prostitution ou chez une fille. « Madame, j’ai un coucher, crie, du haut de l’escalier, Aspasie à la matrone. »

Couper à…

France, 1907 : Éviter une chose ; couper à la corvée.

La seule manière d’échapper à ce terrible examen eût été de couper à la manœuvre et d’être exempt de cheval : mais comment ? Le médecin-major Mouillac était inaccessible aux carottes, et les connaissait toutes dans les coins.

(Pompon, Gil Blas)

Alors, la chambrée s’étire, et, sous les charpentes, c’est un va-et-vient de frileuses guiboles, sous les liquettes fendues. Les zouaves, qui la veille fanfaronnaient pour couper aux marches, ont lancé polochons et couvertures, et ils s’habillent en braillant…

(Georges d’Esparbès)

Croûton

d’Hautel, 1808 : Sobriquet injurieux que l’on donne à un mauvais peintre ; à un franc barbouilleur.

Delvau, 1866 : s. m. Peintre médiocre, qui arrivera peut-être à l’Institut, mais jamais à la célébrité.

Virmaître, 1894 : Vieillard bon à rien (Argot du peuple). V. Birbe.

France, 1907 : Artiste sans talent.

Il faut entendre certains comédiens (tristes victimes de l’injustice du public) déblatérer sur le compte de ce pauvre correspondant ! Comme ils l’habillent, grand Dieu ! À les en croire, il n’est pas de juif, d’usurier plus rapace que lui. La chute d’un homme de talent, le succès d’un croûton, ils lui mettent tout sur le dos.

(Charles Friès, Le Correspondant dramatique)

France, 1907 : Vieil imbécile, rond de cuir, homme obstiné et têtu encroûté dans de vieilles idées.

Cuistre

d’Hautel, 1808 : Au propre, laveur de vaisselle ; ouvrier chargé des plus bas détails de la cuisine. Au figuré, homme sale et dégoûtant, d’une ignorance grossière.
Fait comme un cuistre. Mal vêtu ; malproprement habillé.

Cul

d’Hautel, 1808 : Vos raisons n’ont ni cul ni tête. Pour dire sont pitoyables ; n’ont pas le sens commun.
Un petit bas-du-cul. Se dit par ironie d’un bambin, d’un homme extrêmement petit, qui se carre et fait le fanfaron
Pour vivre long-temps, il faut donner à son cul vent. Dicton facétieux et populaire, qui se dit en plaisantant, et par manière d’excuse, lorsqu’il est échappé quelqu’incongruité.
Avoir le cul nu et les manches de même. Phrase triviale et bouffonne qui signifie être à peine vêtu ; être dans l’indigence la plus honteuse.
Retirer son cul de la presse. Se retirer d’une mauvaise affaire ; d’un embarras où l’on étoit engagé.
Il perdroit son cul s’il ne tenoit. Se dit d’un étourdi ; d’un homme peu soigneux de ses affaires ; d’un joueur malheureux.
On dit d’un peureux, d’un poltron, qu’on lui boucheroit le cul d’un grain de millet ; et bassement d’une personne pour laquelle on n’a aucune considération, aucun respect, qu’On l’a dans le cul.
Être à cul. Être interdit ; confus ; n’avoir plus de ressource ; avoir dissipé tout ce qu’on possédoit.
Elles ne font plus qu’un cul et qu’une chemise. Se dit de deux personnes qui sont devenues intimes et familières ; qui sont continuellement en semble.
Tirer le cul en arrière. Avoir de la peine à se résoudre à quelque chose.
Il est demeuré entre deux selles le cul par terre. Se dit d’une personne qui, faute d’opter entre plusieurs affaires avantageuses qui se présentoient, les a toutes manquées ; de quelqu’un qui se trouve sans emploi.
Brûler le cul. Se retirer sans mot dire, d’une compagnie ; se sauver furtivement d’un endroit où l’on étoit retenu malgré soi.
Montrer le cul dans une affaire. S’en retirer avant de l’avoir achevée ; faire le poltron ; abandonner une affaire que l’on avoit entreprise avec éclat, et avant qu’elle soit achevée.
Elle est laide comme un cul. Manière excessivement grossière de dire qu’une personne est laide à faire peur ; qu’elle est hideuse.
Cul rompu. Nom injurieux que les jeunes soldats entr’eux, donnent aux vieux invalides qui s’immiscent aux plaisirs de la jeunesse.
Péter plus haut que le cul. S’élever au-dessus de sa condition ; entreprendre plus qu’on ne peut exécuter.
Baiser le cul à quelqu’un. Voyez Baiser.
Faire quelque chose à écorche cul. Le faire à contre-sens, en rechignant.
Faire le cul de poule. Pousser la lippe ; être grimaud et boudeur.
Arrêter quelqu’un par le cul. L’arrêter tout court ; déjouer ses projets ; ruiner ses espérances.
Donner sur le cul. Corriger, châtier un enfant, en lui donnant le fouet.
Cul-de-jatte. Au propre, estropié, perclu de ses jambes ; impotent. Au figuré, homme inhabile et sans capacité.
Cul-de-plomb. Homme sédentaire et peu alerte ; on donne aussi ce nom à un homme fort laborieux qui travaille avec une grande assiduité, qui ne remue pas de dessus sa chaise.
Se lever le cul devant. Être maussade, grondeur en se levant.
Être crotté jusqu’au cul. Être plein de boue et de crotte.
Renverser cul par-dessus tête. Bouleverser tout ; mettre tout en désordre.
Ils se tiennent tous par le cul, comme des hannetons. Se dit d’une coterie, d’une assemblée de marchands qui s’entendent ensemble pour ne pas rabattre du prix de leurs marchandises.
Baiser le cul de la vieille. Voyez Baiser.
Charger à cul. Se dit d’un porteur ou d’un cheval que ton charge trop en arrière.
Donner du pied au cul. Chasser quelqu’un ; le renvoyer d’une manière ignominieuse.
Il y va de cul et de tête comme une corneille qui abat des noix. Voyez Abattre.
On lui verra bientôt le cul. Se dit d’un homme déguenillé ; vêtu misérablement ; ou qui est fort négligent pour son habillement.
Tenir quelqu’un au cul et aux chausses. Le tenir étroitement, de manière qu’il ne puisse échapper.

Larchey, 1865 : Homme bête et grossier. — Cul goudronné : Matelot — Cul de plomb : Homme sédentaire, peu alerte (d’Hautel, 1808). — Cul rouge : Soldat porteur du pantalon rouge qui compose l’uniforme de presque toute l’armée. — Autre temps, autres culottes. Au dix-huitième siècle, on disait culblanc, témoin ce passage des Mémoires de Bachaumont : « Le 27 janvier 1774. Il est encore arrivé à Marseille à la Comédie une catastrophe sanglante. Un officier du régiment d’Angoulême était dans une première loge ; il s’était retourné pour parler à quelqu’un. Le parterre, piqué de cette indécence, a crié à bas, cul blanc ! (le blanc est le fond de l’uniforme de l’infanterie), » etc., etc.

Rigaud, 1881 : Homme stupide. Tournure de femme au dix-huitième siècle. Aujourd’hui on dit faux-cul.

En entrant dans la première salle, chaque femme était obligée de quitter son cul, sa bouffante, ses soutiens, son corps, son faux chignon, et de vêtir une lévite blanche avec une ceinture de couleur.

(Lettre d’un garde du roi, pour servir de suite aux Mémoires de Cagliostro, 1786.)

France, 1907 : Imbécile. Garçon stupide et grossier.

Déballage

Delvau, 1864 : Le déshabillé des femmes. Telle qui, sur le boulevard, avec sa crinoline et les tromperies ouatées de son corsage, a un aspect très appétissant, n’a plus, une fois nue, que des séductions de manche à balai.

Faut voir ça au déballage… y a p’t-être plus d’ réjouissance que d’ viande là-dessous.

(Lemercier de Neuville)

Delvau, 1866 : s. m. Déshabillé de l’homme ou de la femme, — dans l’argot des faubouriens. Être volé au déballage. S’apercevoir avec une surprise mêlée de mauvaise humeur, que la femme qu’on s’était imaginée idéalement belle, d’après les exagérations de sa crinoline et les exubérances de son corsage, n’a aucun rapport, même éloigné, avec la Vénus de Milo.

Rigaud, 1881 : Linge de femme.

Tout ce coin où traînait le déballage des dames du quartier.

(É. Zola)

Rigaud, 1881 : Opération qui, pour une femme, consiste à s’affranchir de ses appas d’emprunt et à se montrer sous un jour plus naturel. — Perdre au déballage, perdre à être vue dans le simple appareil. — Gagner au déballage, tenir plus qu’on ne promet. — Être volé au déballage, c’est mettre la main sur un Ary Schelfer alors qu’on croyait trouver un Rubens.

Virmaître, 1894 : Étalage par les camelots de marchandise sur la voie publique ou dans des boutiques louées au mois. Déballage se dit aussi dans le peuple d’une femme avec qui on couche pour la première fois.
— Tu la crois dodue, bien faite tu vas la voir au déballage ; elle a été moulée dans un cor de chasse (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Sortir du lit.

C’est une belle fille le soir, mais si tu la voyais au déballage, elle est rudement moche.

France, 1907 : Déshabillé. Être volé au déballage, s’apercevoir, en couchant avec une femme, que les charmes qui vous ont séduit sont des appas postiches. Plus le déballage cause de déceptions, dit un philosophe, plus c’est flatteur pour la couturière. Gagner au déballage : le triomphe des fausses maigres.

Le long de la plage,
Comme au déballage,
C’est un étalage
De gens mal bâtis ;
Maillots uniformes,
Où des corps difformes
Exhibent leurs formes
Et leurs abatis.

(L. Xanrof)

Déballer

Rigaud, 1881 : Déshabiller, enlever l’arsenal des faux-chignons, tournures, soutien des faibles, faux râteliers, et tous les trompe-l’œil de la toilette féminine.

Rigaud, 1881 : Sacrifier à Domange, — dans le jargon des voleurs.

Virmaître, 1894 : Soulager ses entrailles pour quinze centimes, ce que ne pouvait digérer Villemessant qui trouvait exorbitant d’être forcé de donner trois sous pour restituer un petit pain qui n’en coûtait qu’un et encore en laissant la marchandise (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Personne n’en est exempt.

Hayard, 1907 : Soulager ses entrailles.

France, 1907 : Déshabiller ; soulager ses entrailles ; exhiber.

Déballer, déshabiller

La Rue, 1894 : Aller à la selle.

Débraillé

d’Hautel, 1808 : Décoleté, découvert, vêtu avec une grande négligence.
Cette femme est toute débraillée. Pour dire est mise indécemment ; il règne dans tout son habillement un désordre honteux.

Décrocher

Larchey, 1865 : Faire tomber d’un coup de fusil.

Larchey, 1865 : Retirer du Mont-de-Piété. V. Clou — On dit aussi Déclouer.

Les révolutions m’ont réduite à mettre au clou les diamants de ma famille… faudra que tu me décroches ça, mon chéri.

(Lefils)

M. Auguste s’habille au décroche moi cela ce qui veut dire en français chez le fripier.

(Privat d’Anglemont)

Au Temple, un Décrochez-moi ça est un chapeau de femme d’occasion. — J’ai vu au carré du Palais-Royal (du Temple) des Décrochez-moi ça qu’on eût pu facilement accrocher au passage du Saumon.

(Mornand)

Delvau, 1866 : v. a. Dégager un objet du mont-de-piété, — dans l’argot des ouvriers.

Delvau, 1866 : v. a. Tuer d’un coup de fusil, — dans l’argot des troupiers. Ils disent aussi Descendre.

France, 1907 : Sonner, voler à la tire. Abattre d’un coup de fusil. Se dit aussi pour retirer un objet du mont-de-piété, c’est-à-dire décrocher ce qui est au clou.

Décrochez-moi ça

Delvau, 1866 : s. m. Boutique de fripier, — dans l’argot du peuple. Acheter une chose au décrochez-moi ça. L’acheter d’occasion, au Temple ou chez les revendeurs.

Delvau, 1866 : s. m. Chapeau de femme, — dans l’argot des revendeuses du Temple.

Virmaître, 1894 : Vêtements fripés que vendent les marchandes à la toilette. Comme les vêtements sont accrochés et étiquetés, inutile de marchander ; on n’a qu’à dire à la vendeuse : Décrochez-moi ça. Toute personne mal habillée sent le décrochez-moi ça (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Le carreau du Temple.

France, 1907 : Boutique de fripier ou patron de ladite boutique.

De ces anciens bohèmes qui, parlant une langue étrange, menant une vie décousue, s’habillant au décrochez-moi ça, pour aller dans le monde, et avaient de l’esprit chaque jour de la semaine, et même le dimanche, bien peu subsistent encore ; et si parfois on les rencontre, ce ne sont plus que les ombres blanchies d’un passé condamné aux mânes.

(Écho de Paris)

Défringuer

Rossignol, 1901 : Déshabiller, du contraire de fringuer. En se levant on se fringue, et pour se coucher on se défringue.

France, 1907 : Enlever ses vêtements.

Défrusquer

Vidocq, 1837 : v. a. — Déshabiller.

Larchey, 1865 : Déshabiller. V. Frusque.

Delvau, 1866 : v. a. Dépouiller quelqu’un de ses vêtements, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Défrusquiner. Se défrusquer. Se déshabiller.

Rossignol, 1901 : Se dévêtir, retirer ses frusques.

France, 1907 : Déshabiller, voler à quelqu’un ses vêtements.

Défrusquer, défrusquiner

Rigaud, 1881 : Déshabiller. — Voler des vêtements.

Défrusquiné

Halbert, 1849 : Déshabillé.

Défrusquiner

Ansiaume, 1821 : Déshabiller.

En défrusquinant la falourde engourdie j’ai trouvé le filoche.

anon., 1827 : Déshabiller.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Déshabiller. Défrusquiner les momes, voler les habits des enfants.

Bras-de-Fer, 1829 : Déshabiller.

Dégotter

un détenu, 1846 : Trouver quelqu’un ; piller, prendre, enlever.

Larchey, 1865 : Surpasser. On disait en 1808 dégoutter, c’est-à-dire : être placé au-dessus de quelqu’un, dégoutter sur lui. V. d’Hautel.

Quel style ! Ça dégotte Mm’ de Sévigné.

(Labiche)

Delvau, 1866 : v. a. Surpasser, faire mieux ou pis ; étonner, par sa force ou par son esprit, des gens malingres ou niais. Signifie aussi : Trouver ce que l’on cherche.

Rigaud, 1881 : Surpasser. — Prendre la place d’un autre — Trouver. Dégotter une roue de derrière, trouver une pièce de cinq francs.

D’ailleurs, l’affaire est à moi. Je l’ai dégottée et, de plus, j’ai donné le coup.

(G. Marot, l’Enfant de la Morgue)

Merlin, 1888 : Surpasser.

Virmaître, 1894 : Se dit de quelqu’un mal habillé.
— Tu la dégottes mal.
Dégotter, signifie également trouver.
— Il y a deux mois que je la cherche, j’ai fini par la dégotter.
Dégotter
quelqu’un : faire quelque chose mieux que lui. Victor-Hugo, par exemple dégotte Sarrazin, le poète aux olives (Argot du peuple).

France, 1907 : Trouver, découvrir.

Pour cette fois, les policiers ont fait four, ils n’ont pu rien dégotter qui donne un semblant de raison à leurs menteries.

(Père Peinard)

— Tiens ! quoi donc que j’dégott’ dans l’noir,
Qu’est à g’noux, là-bas, su’ l’trottoir ?
Eh ben ! là-bas, eh ! la gonzesse !

(André Gill, La muse à Bibi)

Dépiauter

Delvau, 1866 : v. a. Enlever la peau, l’écorce, — dans le même argot [du peuple]. Se dépiauter. S’écorcher. Signifie aussi Se déshabiller.

Rigaud, 1881 : Battre fortement. Mot à mot : enlever la peau comme à un lapin ; faute de mieux, se contenter d’enlever les vêtements.

Virmaître, 1894 : Synonyme de dépouiller. Terme commun.
— Je me déshabille, je me dépiaute.
Quand les voleurs s’en veulent pour un motif quelconque, ils tentent de s’arracher la peau. Mot à mot : se dépiauter comme un lapin (Argot des souteneurs).

Dépiauter, dépioter

France, 1907 : Dépouiller. Mot à mot : enlever la peau. Se dit aussi pour déshabiller.

Elle commença la tournée par les officiers supérieurs, les dépiota comme des écrevisses jusqu’à leur dernier son d’économies, et, les huit jours finis, leur tirant sa révérence, s’écria :
— Vous savez, j’en ai mon compte… Quand vous me reverrez, vieux singes !…

(Mora, Gil Blas)

Dernier bateau (être du)

France, 1907 : Être dans le mouvement, suivre la mode.

Je sais bien que l’employé de bureau n’a plus les manches de lustrine et le toquet de velours des romans de Paul de Kock. Je le veux aussi du dernier bateau, jeunet, habillé aux laissés pour compte des grands tailleurs, cachant même Bourget dans le fond de son pupitre, ce qui indique, ce me semble, une jolie culture intellectuelle. Pris individuellement, il est charmant, spirituel même, sachant joliment tourner une lettre agressive.

(Mentor, Le Journal)

Un membre du Jockey, tout à fait dernier bateau et converti au sport moderne, sollicite la concession d’une grande piste pour bicyclettes. Je le sais par la veuve d’un officier supérieur, qui postule elle-même la location des chaises sur la piste. Les chances de cette dame respectable étaient, jusqu’ici, à peu près nulles. Elle n’avait dans sa manche qu’une douzaine de sénateurs et de députés, personnages de second plan, sans grande influence, pas même compromis dans le Panama. Mais je viens d’apprendre avec plaisir qu’elle est sérieusement recommandée par le concierge de la maîtresse du beau-frère du fameux Terront.

(François Coppée)

Désenfrusquiner (se)

Delvau, 1866 : Se déshabiller, — dans l’argot des faubouriens.

France, 1907 : Se déshabiller. Retirer ses frusques.

Déshabillage

France, 1907 : Critique à laquelle se livrent les artistes et les gens de lettres, contre un confrère absent. On le déshabille de façon à montrer touts ses tares.

Déshabillé

France, 1907 : Terme de boucherie, synonyme d’écorcher, dépouiller. On déshabille un mouton ou un bœuf en lui enlevant la peau.

Les aides mettaient la main au couteau. En une seconde, la gorge était ouverte, la robe fendue du mufle aux mamelles, la bête déshabillée ; et sur le sol où ruisselait le sang, la peau traînait à terre, comme, après un bain, un peignoir foulé. Puis par les deux pieds de derrière, un treuil élevait le bœuf au-dessus du sol, la tête en bas.

(Hugues Le Roux, Les Larrons)

Déshabiller

Delvau, 1866 : v. a. Donner des coups, battre quelqu’un à lui en déchirer ses vêtements, — dans l’argot des faubouriens.

France, 1907 : Donner à quelqu’un une telle tripotée qu’on en déchire ses vêtements.

Diable à quatre (faire le)

France, 1907 : Faire grand bruit, grand tapage.

Suivant l’abbé Tuet (Matinées Sénonaises), l’origine de ce proverbe vient des anciennes pièces de théâtre, appelés mystères, dans lesquelles les suppôts de l’enfer étaient représentés par quatre personnages, habillés en diables, qui faisaient un grand vacarme, poussaient des hurlements et cherchaient à donner aux spectateurs l’idée des tourments à venir.

(Le Roux de Rincy)

Émile

Delvau, 1864 : Nom donné aux pédérastes que précédemment l’on appelait Tantes (V. ce mot). Les Émiles étaient en société, à Paris, en 1864. Leurs statuts ont été imprimés. La police, avertie de ces réunions, y fit une descente et fit fermer un établissement de marchand de vins de la Barrière de l’École, où ils se réunissaient. De hauts fonctionnaires furent compromis. Une chanson fut faite à cette occasion. Les patients s’habillaient en femme pour recevoir leur Émile. — Un dessinateur avait consenti à reproduire les poses lubriques de toutes ces scènes de sodomie.

Extrait d’une lettre du baron de Heeckeren, sénateur, saisie : « … Je ne pourrai venir à la réunion qu’à minuit, réservez-moi Dupanloup… »
— Duc de Mouchy. Jeune attaché d’ambassade, très connu pour ses goûts non-conformistes…, comme patient… S’habille ordinairement en femme, — Général d’Herbillon (Émile), général de division et sénateur.
Étaient encore acteurs dans la pièce : — Duc de Valmy, secrétaire d’ambassade. — Davilliers (J.-P.-E.), chef du deuxième bureau, première division, ministère de la guerre. Lieutenant d’état-major. Proxénète et mignon. On faisait des cancans sur lui dans son bureau ; indigné de bruits qui ternissaient son honneur, il fut s’en plaindre à son protecteur, le général Castelnau, chef de sa division au ministère. Le général, qui ne voulait pas que son protégé eût la réputation d’une putain, lui promit de faire cesser les bruits qui couraient. Il pria le préfet de police de faire use enquête ; pour toute réponse, le préfet lui montra une photographie représentant son protégé dans l’exercice de ses fonctions.
Plusieurs dénonciations étaient arrivées à la préfecture de police ; la plus drôle est celle d’un propriétaire qui, voyant arriver une masse de soldats dans la maison folichonne, et apprenant qu’on y avait apporté des uniformes de préfets, de sénateur, d’évêques, crut à un complot et en écrivit à la préfecture.

(La Sultane Rozréa, p. 21.)

France, 1907 : Souteneur ; pédéraste.

Endimanché

Delvau, 1866 : adj. Gauchement et ridiculement habillé, — dans l’argot des bourgeois, impitoyables pour le peuple, d’où ils sont sortis.

France, 1907 : Habillé gauchement et ridiculement de vêtements neufs comme les ouvriers qui vont à une noce.

Ensecréter

France, 1907 : Habiller une marionnette ; argot des artistes forains.

Entape

M.D., 1844 : Habillement.

Entaper (s’)

M.D., 1844 : S’habiller.

Envoûter

Rossignol, 1901 : Pendant la campagne de Chine, en 1859, Berger, caporal au 2e bataillon de chasseurs à pied, surprit un grand cadavre de spahi qui cherchait à déshabiller un Chinois qui se défendait autant qu’il pouvait.

Que fais-tu là, grand sauvage, tu vois bien que c’est un Chinois. — Scientifique, répond l’Arabe ; macache toucar nico basta, macache trouvé chinoise, trouve chinois, c’est kifkif : ça m’est égal veux pas faire de mal, en… brasser seulement ; pas trouvé chinoise, trouvé chinois, c’est la même chose.

Épée

d’Hautel, 1808 : Pousser une épée de longueur. Donner indirectement des atteintes de quelque chose qu’on ne veut pas dire ouvertement ; sonder la façon de penser de quelqu’un, tâcher de lui arracher finement son secret.
Un nœud d’épée. Le peuple appelle ainsi les paquets de couenne que vendent les charcutiers.
Jouer l’épée à deux talons. Reculer, montrer le dos, s’enfuir.
Mettre quelque chose du côté de l’épée. Signifie détourner secrètement quelque chose, se l’approprier.
Il est brave comme l’épée qu’il porte. Se dit souvent en dérision d’un homme qui ne porte point d’épée, et qui est très-poltron.
Il a couché dans son fourreau comme l’épée du roi. Pour il a couché tout habillé.
Il se fait blanc de son épée. Signifie il compte sur son crédit, sur sa force, pour réussir dans une affaire.
Il s’est passé son épée au travers du corps. Se dit en plaisantant d’un soldat qui a vendu son épée pour boire.
À vaillant homme courte épée. Se dit d’un homme fort brave qui ne fait pas parade de son épée.
Se débattre de l’épée qui est chez le fourbisseur. Voyez Débattre.
On appelle aussi trivialement une épée une rouillarde.

Épouvantail

d’Hautel, 1808 : Mannequin ou botte de paille, habillé en homme, que l’on place dans les blés, les vignes ou les vergers, à une certaine hauteur, pour faire peur aux oiseaux.
On dit d’une femme très-laide, que c’est un épouvantail d’amour.

Escargot

d’Hautel, 1808 : C’est un vrai escargot. Expression fort insultante que l’on applique à un homme mal fait, malbâti, à un sot, à un imbécile.

Vidocq, 1837 : s. m. — Vagabond.

Delvau, 1866 : s. m. Homme mal fait, mal habillé, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi : Vagabond, homme qui se traîne sur les chemins, rampant pour obtenir du pain, et quelquefois montrant les cornes pour obtenir de l’argent.

Rigaud, 1881 : Vagabond. — Lampion, — dans l’ancien argot.

Merlin, 1888 : L’homme et sa tente, en campagne.

La Rue, 1894 : Vagabond, Agent de police.

Virmaître, 1894 : Casquette que portaient les souteneurs avant la david, laquelle fut à son tour détrônée par la casquette à trois ponts (Argot des souteneurs). N.

Virmaître, 1894 : Vagabonds, les habitués des refuges, les gouapeurs des halles, les hirondelles du Pont-Neuf (Argot du peuple). Dans la pièce des Bohémiens de Paris, Colbrun chantait :

Sur mon dos comme un limaçon,
Portant mon bagage,
Mon mobilier et ma maison.

France, 1907 : Lampion que l’on pose le long des plates-bandes des jardins dans les fêtes.

France, 1907 : Lent, paresseux ; rôdeur de grand chemin, vagabond.

Étaler sa bidoche

Virmaître, 1894 : Se décolleter par en haut. Raccourcir ses jupes par en bas. Mot à mot : étaler sa viande. Les filles appellent cette manière de s’habiller ou plutôt de se déshabiller l’éloquence de la chair car elles ne pratiquent pas le proverbe : À bon vin pas d’enseigne (Argot du peuple). N.

Fagot

d’Hautel, 1808 : C’est un fagot d’épine, se dit d’une personne qui a l’humeur revêche et acariâtre, que l’on ne sait comment aborder.
Débiter, dire des fagots. Dire des fariboles, des bourdes, des mensonges.
Un philosophe conversant un jour avec une femme de beaucoup d’esprit qui ne partageoit pas ses opinions, et à laquelle néanmoins il vantoit les hauts faits de la philosophie, en s’exprimant ainsi : Nous autres philosophes, nous avons abattu des forêts de préjugés ; la dame ne lui laissa pas le temps d’en dire davantage et, répliqua aussitôt C’est donc pour cela que vous nous débitez tant de fagots.
On dit d’un ami que l’on veut régaler, qu’on lui fera boire une bouteille de vin de derrière les fagots.
Il y la fagots et fagots.
Pour il y a mensonges et mensonges.
Il y a bien de la différence entre une femme et un fagot. Se dit en parlant de deux choses très différentes par leur nature.

Vidocq, 1837 : s. m. — Forçat.

Clémens, 1840 : Forçat.

un détenu, 1846 : Forçat libéré.

Halbert, 1849 : Forçat.

Larchey, 1865 : Ancien forçat.

Eh ! mais ! je connais cet homme-là. C’est un fagot

(V. Hugo)

Larchey, 1865 : Aspirant à l’École des eaux et forêts. — C’est dans ces dernières qu’on doit aller chercher la raison de ce sobriquet.

Delvau, 1866 : s. m. Élève de l’École des eaux et forêts, — dans l’argot des Polytechniciens.

Delvau, 1866 : s. m. Forçat, — Homme qui est lié à un autre homme : en liberté, par une complicité de sentiments mauvais ; au bagne, par des manicles. Fagot à perte de vue. Condamné aux travaux forcés à perpétuité. Fagot affranchi. Forçat libéré.

Delvau, 1866 : s. m. Vieillard, — dans l’argot des marbriers de cimetière, qui savent mieux que personne ce qu’on fait du bois mort.

Rigaud, 1881 : Vieillard. — Forçat. (Vidocq, F. Michel, Colombey.) — Ancien forçat. (V. Hugo, L. Larchey.) — Élève des eaux et forêts. — Femme habillée sans goût, comme est lié un fagot. Dans la langue régulière fagoter exprime la même idée.

La Rue, 1894 : Vieillard. Forçat. Camarade. Homme mené en prison.

Rossignol, 1901 : Forçat.

Hayard, 1907 : Récidiviste.

France, 1907 : Camarade.

— Où est-il ton fagot, que je le remouche.

(Vidocq)

France, 1907 : Élève de l’École forestière de Nancy.

Chaque année, le lundi de Pâques, les X reçoivent les fagots, alors à Paris, dans un restaurant du boulevard. En février, les X sont reçus à Nancy. Les deux écoles fraternisent ainsi deux fois par an.

(Albert Lévy et G. Pinet, L’Argot de l’X)

France, 1907 : Forçat, transporté où simplement homme conduit en prison ; on le lie ou on l’attache comme un fagot.

Mes pauvres diables de soldats en sont parfois réduits à se procurer une marmite de soupe à la cuisine de la transportation. Elle est très bonne, cette soupe, et embaume tout le camp. Il faut vous dire que les fagots — c’est le nom familier des transportés — possèdent un jardin immense et le moyen de lui faire beaucoup produire. On les soigne, du reste ; ils sont mieux nourris, plus intelligemment habillés et plus payés que les troupiers. Ajoutez qu’ils ne font rien ; on feint de les conduire au travail et ils ne feignent même pas de travailler.

(Paul Bonnetain, Le nommé Perreux)

On y assommait à coups de chaînes trois condamnés : l’ex-commissaire des guerres Lemière, l’ex-officier d’état-major Simon et un voleur nommé le Petit Matelot, que l’on accusait d’avoir trahi ses camarades par des révélations et d’avoir fait manquer des complots de prison.
Celui qui les avait signalés à la vengeance des fagots était un jeune homme dont la rencontre eût été une bonne fortune pour un peintre ou pour un acteur.
On l’appelait à Bicêtre Mademoiselle.
Ce sobriquet est assez significatif.
Mademoiselle était un de ces monstres qui trouvent au bagne un théâtre digne de leurs dégoûtantes voluptés.

(Marc Mario et Louis Launay)

Fagot affranchi, forçat libéré ; fagot à perte de vue, condamné aux travaux forcés à perpétuité.

— On a beau être un vieux fagot affranchi, on sait ce qu’on doit au sexe et à l’innocence… moi d’abord j’ai toujours été le champion des dames ! Ah ! mais oui ! Et ça ne m’a pas fait tort, puisque, après avoir tiré dix berges, j’ai obtenu ma grâce, quoique fagot à perte de vue…

(Hector France, La Mort du Czar)

Fagot en campe, échappé du bagne.

France, 1907 : Vieillard.

Fagoté

Delvau, 1866 : adj. Habillé, arrangé, — dans l’argot des bourgeois, qui n’emploient jamais ce mot qu’en mauvaise part.

Fagoter (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. S’habiller extravagamment, grotesquement. A signifié autrefois Se moquer.

France, 1907 : S’habiller mal, sans goût.

Les femmes, elles, sont généralement d’une rare impertinence, s’exaspèrent, piaillent, provoquent, menacent d’un procès, de confier leurs intérêts à quelque homme d’affaires madré, sortent en haussant les épaules, en déclarant qu’elles sont trop heureuses de ne plus être fagotées comme des provinciales, étrillées, etc., etc. en claquant les portes.

(Champaubert, Le Journal)

Vêtu de complets gris perle et chaussé de guêtres blanches, son père, très jeune, se démenait au milieu de bandes élégantes, toujours égayées par la profusion des vins. Il lui causait peu, pour dire : « Mais tu te fagotes, mon enfant… Tu te fagotes. Il faut me remplacer cette robe : mettre un boléro plus ajusté. Va donc cette après-midi chez Léoty, qu’on te corsète convenablement… Miss… miss ! Veillez donc à ce qu’elle n’ait pas l’air si Louis-Philippe, cette enfant. On dirait, ma foi, le parapluie constitutionnel. »

(Paul Adam, Le Journal)

Faire peau neuve

Delvau, 1866 : S’habiller à neuf.

France, 1907 : Acheter des vêtements neufs. S’amender, changer de caractère.

Faire poser

France, 1907 : Faire attendre quelqu’un ; le jouer, se moquer de lui.

Ces jeunes filles du commerce parisien, élégantes, sachant s’habiller, marcher et parler, avec une pointe de provocation dans l’allure et une fleur d’honnêteté sur le visage, forment aujourd’hui ce qu’on pourrait appeler l’époque de transition de la galanterie française. Comme la cocotte, elles aiment le luxe, les toilettes, et ont en horreur la pauvreté laborieuse, un mari, un ménage, les enfants. Elles allumeraient un réchaud chargé de charbon s’il leur fallait épouser un ouvrier, un employé, un petit commerçant. Quelques-unes s’y résignent pourtant. Ce sont les plus sages et les moins jolies. Elles aiment être adulées, courtisées, et, pour employer une locution familière, elles adorent faire poser.

(Edmond Lepelletier)

Fantaisie (faire)

Rigaud, 1881 : N’être pas habillé suivant l’ordonnance, — dans le jargon des troupiers.

Fendre (se)

Larchey, 1865 : Commettre une prodigalité peu habituelle.

Descends huit bouteilles. — Puisque vous vous fendez, dit le peintre, je paie un cent de marrons. — Oh ! oh !

(Balzac)

Le mot indique bien un jour de largesses inaccoutumées. Ce n’est pas la bourse de l’avare qui se fend, ce sont ses propres entrailles.

Delvau, 1866 : v. réfl. Montrer de la générosité, dépenser beaucoup d’argent, s’ouvrir, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi : Se dévouer. Se fendre à s’écorcher. Pousser à l’excès la prodigalité.

Rigaud, 1881 : Faire de la dépense en dehors de ses habitudes ; se livrer à une prodigalité inusitée. Les avares se fendent lorsqu’ils offrent quelque chose.

Je vous paye un exemplaire de ce groupe mille écus. Oh ! oui, sapristi ! mille écus, je me fends.

(Balzac)

Rossignol, 1901 : Offrir.

Joseph a fait des largesses, il s’est fendu d’un cigare.

France, 1907 : Donner, mais donner avec un certain effort, comme celui qu’on fait en se fendant à la salle d’armes.

Elle s’était enfuie comme une nymphe farouche surprise derrière les saules. criant en un tumulte de portes refermées : « Dites à monseigneur de m’attendre, je ne suis pas encore habillée. » Et elle avait reparu aussitôt, radieuse, les cheveux relevés en poignée au-dessus de la nuque, souriant, avec, autour de ses cuisses fuselées, blanches autant que des fruits savoureux où l’on voudrait mordre et étancher sa soif, des jarretières de valenciennes. Et l’Altesse avait été si sensible à cette marque de déférence qu’elle se fendit, le lendemain, d’un triple collier de merveilleuses perles dans les cent cinquante mille.

(René Maizeroy)

— Oui, monte, monte.
— Pas chez elle ! Chez moi.
— Non, chez moi.
— J’suis la plus gosse.
— J’suis la plus cochonne.
— J’me fends d’deux louis.
— Moi aussi.
— Moi, ce que tu voudras.

(Jean Richepin, Gil Blas illustré)

Philippe VII, notre Roy,
Qu’une gêne par trop grande
Met en complet désarroi,
Sollicite votre offrande,
Des sous !
Qu’à son désir on se rende,
Des sous !
Royalistes, fendez-vous !

(Blédort, Chansons de faubourg)

Y en a qui dépens’nt des prix fous
Pour des chos’s qu’a pas tant d’mérites ;
Moi, pour dîner je m’fends d’deux sous.
C’est rien bon des pomm’s de terr’ frites.

(Ch. de Saint-Héaut)

Ficelé

Rigaud, 1881 : Habillé. Bien ficelé, mal ficelé, bien mis, mal mis ; par allusion à la ficelle qui habille les saucissons.

Virmaître, 1894 : Se dit de quelqu’un bien habillé, tiré à quatre épingles (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Celui qui est correctement vêtu est bien ficelé.

France, 1907 : Habillé. Être bien ou mal ficelé. Ficelé comme l’as de pique ou l’as de trèfle, être mis d’une façon négligée ou ridicule.

Palmyre. — Je vous conseille de vous plaindre. Seulement, vous m’attrapez, parce que je suis une petite couturière avec laquelle vous marchandez… Vous iriez chez Larossi ou chez Commpoivre, vous n’oseriez pas réclamer à cause des cocottes qui sont là, vous payeriez ce qu’on vous demanderait, et vous seriez ficelées comme l’as de trèfle.

(Maurice Donnay)

Nous sommes tous fort laids même en habit de fête ;
Boutonnés, ficelés, et traînant notre ennui,
Les pieds dans deux tuyaux, un tuyau sur la tête,
Les deux bras engainés, le corps dans un étui
Que fabrique un tailleur pour les preux d’aujourd’hui.

(Aurélien Scholl)

Ficeler

d’Hautel, 1808 : Pour dire, tromper, duper, attrapper, escroquer, voler avec finesse, et par une affreuse subtilité.

Vidocq, 1837 : v. a. — Habiller.

Delvau, 1866 : v. a. et n. Faire avec soin, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi : S’habiller correctement, « se tirer à quatre épingles ».

Rigaud, 1881 : Suivre, — dans le jargon des voleurs ; c’est une variante de filer.

La Rue, 1894 : Suivre, filer. Faire un travail avec soin.

Ficeler (se)

Larchey, 1865 : Soigner sa tenue. — Les carottes de tabac étaient autrefois ficelées avec beaucoup de soin. V. Chic.

Voilà maman Vauquer belle comme un astre, ficelée comme une carotte.

(Balzac)

Rigaud, 1881 : S’habiller avec soin, se vêtir de ses plus beaux habits. — Suis-je assez proprement ficelé ?

Ficher (se)

Larchey, 1865 : S’habiller.

Faut-y que ça soit chiche de ne pas se fiche en sauvage.

(Gavarni)

Larchey, 1865 : Se moquer.

Vous vous fichez du monde.

(Vadé, 1755)

Ah bah ! je t’en fiche, il m’embrassait toujours.

(L. Beauvallet)

Delvau, 1866 : v. réfl. S’habiller de telle ou telle façon. Se ficher en débardeur. Se costumer en débardeur.

Delvau, 1866 : v. réfl. Se mettre dans l’esprit.

Delvau, 1866 : v. réfl. Se moquer. Se ficher du monde. N’avoir aucune retenue, aucune pudeur. Je t’en fiche ! Se dit comme pour défier quelqu’un de faire telle ou telle chose.

France, 1907 : Se moquer, ne faire aucun cas d’une personne ou d’une chose, ce que les naturalistes traduisent par se foutre.

Combien en voilà-t-il qui meurent ainsi, le rire aux dents, comme un couteau de pirate montant à l’abordage ?
Ils s’en fichent parce que votre guillotine honteuse, secrète, a perdu toute signification. Ou l’exécution à huis clos, dans la prison, loin des yeux des enfants, si la suppression des coupables est nécessaire — ou l’échafaud d’antan, si haut qu’on le distinguait, en plein midi, des remparts de la ville !
Ils s’en fichent aussi parce que la lassitude d’exister emplit les cœurs et exaspère les courages — que les temps sont venus, peut-être, de rire à la mort.

(Séverine)

Se ficher du tiers comme du quart, se moquer de tout, ne rien craindre.

Si bien que me voilà, moi, Séverine, qui tends la main pour les petits du sergot ! Je ne m’attendais pas à celle-là ; ni le public non plus. Mais c’est que c’est des petits, tout de même — et qu’ils auront faim et qu’ils auront froid, ces innocents, tout comme les enfants de mes compagnons d’idée ! Je suis une maman ; après tout… et je me fiche du tiers et du quart !

(Séverine)

— Aussi je leur rends bien la monnaie de leur pièce, je vous le jure ! À rosse, rosse et demie ! Et puis je prends tout ça gaiement, moi, me fichant du tiers comme du quart ! C’est le bon moyen.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Fichu

d’Hautel, 1808 : C’est un fichu polisson ; un fichu menteur. Expressions injurieuses et basses pour dire un polisson avéré ; un audacieux menteur.
C’est autant de fichu. Pour c’est autant de perdu.
Il est fichu. Pour il est ruiné, perdu sans ressource.
Voilà qui est bien fichu. Pour qui est bien tourné. Se dit par dérision d’un ouvrage mal fait.

Larchey, 1865 : Capable.

Eh ! là-bas… y sont fichus de ne point ouvrir… y faut donc enfoncer la porte…

(H. Monnier)

Larchey, 1865 : Détestable.

Cette fichue traduction l’avait pourtant fait secrétaire interprète de la langue anglaise, dit Tallemant des Réaux en parlant de Maugars. C’est là l’éloquence salote et le fichu raisonnement de ce burlesque jugement.

(La Juliade, Paris, 1651, in-4)

Un fichu temps comme ça, c’est bon pour une grenouille.

(Delange, Chansons)

Toinon, je ne vaux rien quand on m’ostine ; je m’connais ! — Une fichue connaissance que t’as là.

(Gavarni)

Delvau, 1866 : adj. Capable de.

Delvau, 1866 : adj. Détestable, archi-mauvais, — en parlant des choses et des gens. Fichu livre. Livre mal écrit. Fichu raisonnement. Raisonnement faux. Fichue connaissance. Triste amant ou désagréable maîtresse.

Delvau, 1866 : adj. Habillé. Être mal fichu. Être habillé sans soin, sans grâce. On dit aussi Être fichu comme un paquet de sottises ou comme un paquet de linge sale. Signifie quelquefois : Être mal fait, mal bâti, et même malade.

Delvau, 1866 : adj. Perdu, en parlant des choses ; à l’agonie, en parlant des gens. Même argot [des bourgeois]. Madame de Sévigné a donné des lettres de noblesse à cette expression trop bourgeoise, en parlant quelque part de « l’esprit fichu de mademoiselle Du Plessis ! »

France, 1907 : Capable de…

France, 1907 : Habillé. « Être bien ou mal fichu ; fichu comme quatre sous. »

Rodolphe ne perdait pas de temps ; il s’indignait tout haut de voir une si belle créature si mal fichue, selon son expression. Il était de ceux-là qui prennent feu à tout propos. Il avait une maîtresse qui lui coûtait beaucoup d’argent et qui lui causait beaucoup d’ennuis. Il jugeait qu’une belle fille comme cette chiffonnière serait pour lui une double bonne fortune.

(Arsène Houssaye)

France, 1907 : Perdu, pris, mauvais.

Fionneur

Larchey, 1865 : Homme recherché dans sa tenue

Le fionneur possède une glace, huile antique, pommade du lion et cire à moustaches.

(Bertall)

Delvau, 1866 : s. m. Ouvrier qui s’habille en monsieur, qui fait le bourgeois.

Rigaud, 1881 : Ouvrier, collégien endimanché.

France, 1907 : Poseur

Flambant

Clémens, 1840 : Neuf.

Delvau, 1866 : adj. et s. Propre, net, beau, superbe, — dans l’argot du peuple, qui a eu longtemps les yeux éblouis par les magnificences des costumes des gentilshommes et des nobles dames, lesquels

… Riches en draps de soye, alloient
Faisant flamber toute la voye.

Delvau, 1866 : s. m. Artilleur à cheval, — dans l’argot des troupiers.

Rigaud, 1881 : Artilleur à cheval.

Rigaud, 1881 : Neuf, luisant de propreté.

Rossignol, 1901 : Beau.

France, 1907 : Artilleur à cheval.

France, 1907 : Propre, bien habillé, éblouissant.

Si mon habit n’est pas flambant,
On ne le voit pas à la brune ;
Je dors chaque nuit sur un banc,
Et, comme lampe, j’ai la lune.

(Alfred Marquiset, Rasures et Ramandons)

Fouilleuse

Fustier, 1889 : Argot de police. Femme chargée de fouiller dans les prisons soit les détenues soit les visiteuses qui les viennent voir.

Le soir, la Fouilleuse du Dépôt explore les poches et les vêtements de la femme…

(Gazette des Tribunaux, 1875.)

France, 1907 : Femme employée dans les grands magasins pour fouiller les femmes soupçonnées de vol.

Voulez-vous connaitre toutes ces femmes du monde portant des noms honorables qu’un soupçon n’a jamais effleurées, qui ont été cependant déshabillées dans les pièces où se trouvent les fouilleuses du Grand Bazar ? Elles sont enregistrées ici, comme ailleurs, sur le répertoire des voleuses, parmi les domestiques, les filles galantes et les pickpockettes.

(G. Macé, Un Joli Monde)

Religieuse chargée, au Dépôt, de fouiller les nouvelles arrivées.

Voici le Dépôt. Tout le monde attend pêle-mêle. Enfin arrive la fouilleuse. Les sœurs aux voiles blanc, bleu, noir, dirigées par la sœurs assistante, prennent les tickets qui sont marqués d’un trait au crayon bleu, si la fille est soumise, et d’un crayon rouge, si la fille est insoumise.

(Hogier-Grison, La Police)

Enfin on appelle aussi fouilleuse la salle où l’on fouille les prévenus.

Il lui fallait défiler à la permanence sous les yeux fouilleurs et devant les mines rébarbatives d’inspecteurs de police, en costumes civils, dévisageant les arrivants et cherchant à reconnaître les ordinaires habitués des lieux de détention.
Conduit ensuite dans une vaste salle, il passa devant le guichet où veille le brigadier, fut conduit à la fouilleuse, où on le débarrassa de son argent et de ses bijoux, puis, après qu’on lui eut fait relever les manches de son veston et de sa chemise afin de vérifier si ses bras ne portaient pas de tatouages révélateurs, il dut donner ses nom, prénoms au greffe et se trouva immatriculé.

(Edmond Lepelletier)

Foutre (se)

Delvau, 1866 : Se moquer, — dans l’argot du peuple, qui ne mâche pas ses mots, et, d’ailleurs, n’attache pas à celui-ci d’autre sens que les bourgeois au verbe se ficher. D’un autre côté aussi, n’est-il pas autorisé à dire ce que le bibliophile Jacob n’a pas craint d’écrire dans Vertu et tempérament, — un roman fort curieux et fort intéressant sur les mœurs de la Restauration, où on lit : « Quand un lâche nous trahirait, nous nous en foutons ! »

La Rue, 1894 : Se moquer. Le mot est grossier. Se ficher est une atténuation. Signifie aussi jeter, placer, donner, faire, s’habiller. Ficher au poste (on prononce fich’), ficher sa montre au clou, ficher une gifle, mal fichu (mal habillé), ne rien fiche. Allez vous faire ficher (allez au diable), ficher dedans (tromper) ; ficher la paix (laisser tranquille) ; ficher le camp (partir).

France, 1907 : Se moquer de quelqu’un ou de quelque chose, ne pas y tenir.

— Je me fous de la philosophie, en sommes, vous savez ! Et je donnerais tout l’œuvre d’Aristote, voire Platon et son Banquet, pour tenir longtemps, — toujours ! — dans mes bras, une taille souple comme la vitre, prolongée comme la tienne, ô mon idole, par un de ces derrières royaux qui démolissent si éloquemment toutes les ratiocinations des Strindberg !…

(Fin de Siècle)

Ça m’est égal, v’là tout’ l’histoire ;
Je n’vous désire ni bien ni mal ;
Ne m’gênez pas, c’est l’principal ;
Buvez sitôt qu’j’ai fini d’boire.
J’suis pas méchant, ça m’dérang’rait ;
J’suis pas bon, un autr’ me mang’rait ;
J’mijot’ dans mon indifférence !
Dites noir, dites rouge ou blanc,
Moi je n’dis rien—c’est bien plus franc —
Criez : Viv’ le roi ! Viv’ la France !
Viv’ la Prusse ! Engueulez-vous tous…
J’m’en fous !

(Paul Paillette)

— Non, papa serait en colères…
D’ailleurs, je n’ai que trente sous,
— Garde ton argent ! je m’en fous !
Est-ce qu’à ton âge on éclaire ?

(Albert Glatigny)

Sous la Restauration, le couplet suivant était chanté par les bonapartistes :

Je me fout du Roi,
Du comte d’Artois,
Du duc d’Angoulème,
Du duc de Berry,
D’la duchesse aussi
Et de qui les aime.

Foutu

Larchey, 1865 : Mauvais.

À toy, foutu esprit, je fais ces foutus vers.

(Paroles grasses de Carême Prenant, 1589)

Chasser cette foutue canaille.

(Hébert, 1793)

V. Fichu dont toutes les acceptions sont les mêmes.

Delvau, 1866 : adj. Mal habillé. Foutu comme quatre sous. Habillé sans goût et même grotesquement.

Delvau, 1866 : adj. Mauvais, détestable, exécrable. Foutue besogne. Triste besogne. Foutue canaille. Canaille parfaite.

Rigaud, 1881 : Perdu, ruiné. Mauvais. — Mal foutu, mal fait, mal habillé.

Fracassé

Rigaud, 1881 : Vêtu d’un paletot, — dans le même jargon.

La Rue, 1894 : Habillé d’un paletot (d’un frac).

Virmaître, 1894 : Être vêtu d’un habit, d’un frac. C’est un mauvais calembour.
— J’en ai du frac assez.
Il me rappelle la célèbre scie d’atelier sur le mot Afrique :
— J’ai de la fricassée, du fracandeau, de la fripouille, de la friture, etc., etc. (Argot des ateliers).

France, 1907 : Vêtu d’un frac.

Fringue

Rigaud, 1881 : Toilette, vêtement de luxe, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Toilette. Beau vêtement. Fringué, habillé.

Fringué

Rossignol, 1901 : Habillé.

Je suis invité à dîner, je vais me fringuer.

Fringuer

Rigaud, 1881 : Habiller. — Se fringuer, s’habiller. — Bien fringué, bien mis. — Lèsebombe bien fringuée, fille publique bien mise, — dans le jargon des voleurs.

Virmaître, 1894 : S’habiller. Rabelais dans Pantagruel écrit fringuez (Argot du peuple).

France, 1907 : Habiller.

Si t’étais mal fringué, ta proie
Te prendrait pour un fil de soie.

(Hogier-Grison)

France, 1907 : Sautiller, faire le beau ; du béarnais fringa, chercher à plaire, faire l’amour.

Filleule enfin de Jean Louis
Mérite bien que la famille,
Pour lui faire honneur, fringue et brille,
Mais, avant les plaisirs fringons
On introduit chez les parens
Le Futur avec la future.

(J.-J. Vadé)

Rester le mec qui le mieux fringue,
Roi des Terreurs, coq du bastringue,
Toujours prêt, droit sur ses ergots ;
Les nuits qu’on est trop en ribote,
Rouler de gnons en coups de botte,
Conduit au bloc par les sergots…

(Jean Richepin)

Frusque

Ansiaume, 1821 : Habit.

Le fourga a pris le frusque pour vingt balles.

Vidocq, 1837 : s. m. — Habit, habillement.

Delvau, 1866 : s. f. Habit ou redingote, — dans l’argot des marchandes du Temple.

Frusqué

France, 1907 : Habillé.

I’s sont frusqués avec des p’lures
Qu’on leur-z-y fait esprès pour eux,
L’hiver i’s s’coll’nt dans des fourrures…
Dame ! ya pas qu’nous qu’est des frileux.

(Aristide Bruant)

Frusques

Clémens, 1840 : Habillement.

Halbert, 1849 : Habillements.

Larchey, 1865 : « Les vêtements, en terme générique, sont des frusques ; une pelure est un habit ou une redingote ; le pantalon est un montant. » — Mornand. Vient de l’ancien mot frusquin : bien mobilier. V. Roquefort. — Frusquineur : Tailleur.

Delvau, 1866 : s. f. pl. Vêtements en général, — dans l’argot des faubouriens. Frusques boulinées. Habits en mauvais état.

Boutmy, 1883 : s. f. pl. Vêtements : On a gardé ses frusques au garni. Commun aux autres argots parisiens.

La Rue, 1894 : Vêtements. Frusquer, vêtir. Frusqueur, tailleur.

Virmaître, 1894 : Vêtements. Pour indiquer des habits en mauvais état, on dit des frusques boulinées. Quand ils sont tout à fait effilochés, on dit que l’on pourrait y accrocher toute une batterie de cuisine (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Vêtements.

Passez-moi mes frusques, que je me fringue.

Hayard, 1907 : Vêtements.

France, 1907 : Vêtements.

En mil huit cent quatre-vingt-dix
Comme au temps des décors étrusques,
La femme éprise d’Amadis
Aime à porter de belles frusques.

(Théodore de Banville)

Elle le suivit dans sa garnison. Puis, prise d’ennui, un beau matin où le sous-lieutenant manœuvrait au polygone, elle emporta ses bijoux et ses frusques et prit le train avec un hercule de foire dont elle avait admiré les robustes épaules.

(René Maizeroy)

Frusques boulinées, habits en mauvais état.

Frusquin

d’Hautel, 1808 : Patrimoine, bagage, trousseau ; tout ce que l’on a de vaillant.
Il a emporté tout son saint frusquin. Pour dire tout ce qu’il possédoit, tout son petit bagage.

anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Habit.

Vidocq, 1837 : s. m. — Habillement commun.

Halbert, 1849 : Coquetterie.

Frusquiner

Ansiaume, 1821 : Habiller.

Nous étions frusquinés en griviers pour suivre le trimard,

anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 / France, 1907 : Habiller.

Frusquiner (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. S’habiller.

Rigaud, 1881 : S’habiller. — Frusquineur, tailleur.

Fumiste

Larchey, 1865 : Trompeur, mystificateur, homme qui fait fumer les gens.

Rigaud, 1881 : Mauvais plaisant. — Farce de fumiste, plaisanterie de mauvais goût.

Rigaud, 1881 : Tout individu qui ne porte pas un uniforme, — dans l’argot des polytechniciens. — Être en fumiste, être habillé en civil, avoir endossé des habits de ville.

La Rue, 1894 : Mauvais plaisant. Fumisterie, mauvaise plaisanterie.

Virmaître, 1894 : Farceur, mystificateur, qui cherche toutes les occasions possibles de faire des blagues. Les plus grands fumistes des temps passés furent Romieu et Sapeck. Ils sont remplacés par Lemice-Terrieux. À propos de Sapeck dont la réputation est encore grande au quartier latin ; la fameuse farce des bougies coupées ne lui appartient pas, elle fut faite quarante ans avant lui. On la raconte dans une brochure intitulée : Les mystères de la Tour de Nesles (Paris 1835). (Argot du peuple). N.

Hayard, 1907 : Farceur, mystificateur.

France, 1907 : Bourgeois, civil, synonyme de pékin, dans l’argot polytechnicien, à cause de l’horrible chapeau noir, dit tuyau de poêle, dont tout le monde continue à porter.

Les jours de sortie, quand on a envie de commettre quelque fredaine, on va se mettre en fumiste, se fumister, comme on dit, c’est-à-dire revêtir une tenue bourgeoise…

(L’Argot de l’X)

France, 1907 : Farceur, mystificateur, mauvais plaisant. Farce de fumiste, plaisanterie désagréable.
D’après les Mémoires de M. Claude, cette locution : farce de fumiste, viendrait de la manière d’opérer d’une bande de voleurs, fumistes de profession. Ils s’introduisaient par les cheminées pour dévaliser les appartements déserts et en faire sortir les objets les plus précieux par les toits.
Paul Arène a trouvé une autre explication :

Je crois, dit-il, tenir celle de fumiste que Sarcey, chercheur s’il en fut, chercha vainement néanmoins. Non, maître Sarcey, si l’on dit populairement plaisanterie de fumiste, ce n’est pas à cause de la célèbre note : — « M’être transporté avec un apprenti dans la salle à manger du sieur X…, 2 fr., — Avoir essayé d’empêcher la cheminée de fumer, 3 fr. — N’avoir pas réussi, 5 fr. »
D’abord une note à payer, qu’elle se rattache ou non à la fumisterie, ne saurait en aucun cas être considérée comme plaisante.
Et puis, si dans l’espèce il s’agissait de note, la sagesse des nations pourrait tout aussi bien, et peut-être plus justement dire : plaisanterie de pharmacien, de propriétaire ou de tailleur.
L’origine de l’expression est plus simple. Certain fumiste qui se trouvait au bord d’un toit, occupé à coiffer une cheminée d’un de ces énormes casques de tôle qui n’empêchent jamais les cheminées de fumer, mais possèdent par contre le double avantage de coûter très cher et de grincer abominablement quand le vent souffle, s’imagina, voyant un bourgeois passer dans la rue, de se laisser tomber sur lui de tout son poids en manière de plaisanterie. Il le fit, et la plaisanterie fut trouvée bonne, car ils moururent tous les deux. De là, plaisanterie de fumiste.

(Gil Blas)

Si non vero, non bene trovato !

Les fumistes sont généralement des gens qui ne se soucient guère de compliquer leur plaisir de quelque idée morale. Ce sont des hommes sceptiques toujours, spirituels parfois, qui se préoccupent peu de réformer la société. La gravité quasi pontifiante derrière laquelle ils dissimulent leurs projets de mystificateurs, a pu faire croire à certains qu’ils s’abusent sur le sérieux de leur fonction.

(Francis Chevassu)

— Vous devez être joliment étonné de me revoir, au ministère de l’intérieur, femmes de ministre ! Celui qui m’aurait prédit ça quand nous faisions notre partie an Procope, je l’aurais traité de fumiste de la plus belle eau. Et pourtant ça y est. Je n’en suis pas fâchée. Je m’amuse ! Ah ! que c’est drôle d’être ministre ! C’est vrai, je vous jure. Voir des tas de gens qui vous font des salamalecs et qui me demandent des faveurs quand je leur ai peut-être demandé un bock dans le temps !

(Edgar Monteil, Le Monde officiel)

Fumister

Fustier, 1889 : Mentir.

France, 1907 : Mentir, s’habiller en bourgeois. Voir ci-dessus.

Gambette

Fustier, 1889 : Jambe. Jouer des gambettes, fuir.

France, 1907 : Jambe ; de l’italien gambetta, petite jambe.

Dans un bal d’artist’s un bonhomme
De la ligu’ du pèr’ la Pudeur
S’était glissé pour voir, en somme,
Les dames décoll’tées jusqu’au cœur.
Le reconnaissant, un’ brunette
En déshabillé suggestif
Lui dit, tout en l’vant la gambette
Juste à la hauteur de son pif…

(Muffat et Desmarets)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique