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Abracadabra

d’Hautel, 1808 : Ce mot, qui vient du grec abrax ou abraxa, servoit à former une figure superstitieuse à laquelle les anciens attribuoient une grande efficacité pour guérir toute espèce de maladies. Cette figure est encore en vénération dans les campagnes ; les villageois l’attachent an cou de leurs enfans, et la regardent comme un souverain préservatif.
Voici la disposition que l’on donne aux caractères de ce mot magique.

A B R A C A D A B R A
A B R A C A D A B R
A B R A C A D A B
A B R A C A D A
A B R A C A D
A B R A C A
A B R A C
A B R A
A B R
A B
A

Delvau, 1866 : adv. D’une manière bizarre, décousue, folle, — dans l’argot du peuple, qui a conservé ce mot du moyen âge en oubliant à quelle superstition il se rattache. Les gens qui avaient foi alors dans les vertus magiques de ce mot l’écrivaient en triangle sur un morceau de papier carré, qu’ils pliaient de manière à cacher l’écriture ; puis, ayant piqué ce papier en croix, ils le suspendaient à leur cou en guise d’amulette, et le portaient pendant huit jours, au bout desquels ils le jetaient derrière eux, dans la rivière, sans oser l’ouvrir. Le charme qu’on attachait à ce petit papier opérait alors, — ou n’opérait pas.
Faire une chose abracadabra. Sans méthode, sans réflexion.

Adroit

d’Hautel, 1808 : Il est adroit de ses mains comme un cochon de sa queue. Comparaison triviale et satirique que l’on fait en parlant d’un homme gauche et maladroit dans tout ce qu’il fait, qui ne peut venir à bout des choses les plus ordinaires. On dit aussi d’une manière moins incivile et dans le même sens : Il est gauche des deux mains.
Un tout-adroit. Espèce de juron qui équivaut à jeanfesse, et qui sert à déguiser un mot beaucoup plus grossier encore.

Afrioler

d’Hautel, 1808 : Affriander, aiguiser l’appétit ; accoutumer à la friandise ; séduire.

Aiguiser

d’Hautel, 1808 : Aiguiser ses couteaux. Pour se préparer à se battre ; affiler ses armes.

Aille, iergue, mare, orgue, uche

France, 1907 : Suffixes employés par les voleurs pour déguiser leurs mots.

Air (se donner ou se pousser de l’)

France, 1907 : Figures pour partir, se sauver.
Jouer la fille de l’air a la même signification : c’est une réminiscence d’une ancienne pièce du boulevard du Temple, La Fille de l’air. A. Barrère, dans son Argot et Slang, a réuni les différentes expressions du même acte. Elles sont aussi nombreuses que pittoresques :

Faire le patatrot, le lézard, le jat-jat, la paire, crie, gilles ; jouer la fille de l’air, se déguiser en cerf, s’évanouir, se cramper, tirer sa crampe, se lâcher du ballon, se la couler, se donner de l’air, se pousser du zeph, se sylphider, se la trotter, se la courir, se faire la débinette, jouer des fourchettes, se la donner, se la briser, ramasser un bidon, se la casser, se la tirer, tirer ses grinches, valser, se tirer les pincettes, se tirer des pieds, se tirer les baladoires, les pattes, les trimoires ou les flûtes ; jouer des guibes ou des quilles, se carapater, se barrer, baudrouiller, se cavaler, faire une cavale, jouer des paturons, happer le taillis, flasquer du poivre, décaniller, décarrer, gagner les gigoteaux, se faire une paire de mains courantes à la mode, fendre l’ergot, filer son nœud, se défiler, s’écarbouiller, esbalonner, filer son câble par le bout, faire chibis, déraper, fouiner, se la fracturer, jouer des gambettes, s’esbigner, ramoner ses tuyaux, foutre le camp, tirer le chausson, se vanner, ambier, chier du poivre, se débiner, caleter, attacher une gamelle, décamper.

Bigre

d’Hautel, 1808 : Mot incivil qui en déguise un beaucoup plus grossier encore ; il se prend toujours en mauvaise part, et ne se dit que d’un homme rusé, subtil, adroit et méchant qui sait se retirer des affaires les plus embrouillées.
Le bigre, le petit bigre, sait bien tirer son épingle du jeu.
C’est un mauvais bigre.
Pour dire c’est un homme noir et méchant.
Un bigre à poil. Homme qui ne se laisse pas marcher sur les pieds ; un luron qui n’entend pas raillerie.
Ce mot est aussi quelquefois interjectif, et marque la surprise, l’inquiétude et l’étonnement.
Bigre comme il y va !

Boisseau

d’Hautel, 1808 : Il a la tête comme un boisseau. Manière exagérée de dire que quelqu’un a la tête très-enflée.
Dire des boisseaux de paroles ou d’injures. Caqueter, jaser perpétuellement ; n’ouvrir la bouche que pour dire des paroles sottes et grossières.
Cacher la chandelle sous le boisseau. C. à d. déguiser ses talens, ses moyens, sa capacité ; dissimuler ; se présenter sous de faux dehors.

Clémens, 1840 : Shako.

Delvau, 1866 : s. m. Schako, — dans l’argot des vieux troupiers.

Rigaud, 1881 : Litre de vin. — Demi-boisseau, demi-litre.

Rigaud, 1881 : Schako. — Chapeau haute forme.

Merlin, 1888 : Schako, comme le précédent.

La Rue, 1894 : Litre de vin. Tête. Chapeau haut de forme.

Virmaître, 1894 : Chapeau haut de forme. Allusion de forme et aussi à la grandeur de certains chapeaux qui, assurément, pourraient servir à mesurer des pommes de terre (Argot du peuple). V. Bloum.

Rossignol, 1901 : Chapeau haut de forme.

France, 1907 : Litre de vin ; chapeau à haute forme.

Bon

d’Hautel, 1808 : Il est bon, mais c’est quand il dort. Se dit par plaisanterie, en parlant d’un enfant turbulent, espiègle et difficile à conduire.
Il est bon par où je le tiens. Se dit à-peu-près dans le même sens, pour exprimer qu’un enfant a la mine trompeuse ; qu’il est plus dégoisé qu’il le paroît.
Il est bon là. Manière ironique qui équivaut à, il est sans façon, sans gêne ; je l’aime encore bien de cette façon.
Il est bon là. Signifie aussi, il est bien capable de faire face à cette affaire ; il est bon pour en répondre.
Il est si bon qu’il en pue ; il est si bon qu’il en est bête. Se dit trivialement et incivilement d’une personne foible et pusillanime, et qui n’inspire aucun respect.
Il est bon comme du bon pain. Se dit d’une personne qui, par défaut de jugement, ou par foiblesse, se laisse aller à toutes les volontés.
Les bons pâtissent pour les mauvais. Signifie que les innocens portent souvent la peine des coupables.
Les bons maîtres font les bons valets. C’est-à-dire qu’il faut que les maîtres donnent l’exemple de la douceur et de la complaisance à leurs domestiques.
Quand on est trop bon le loup vous mange. Signifie qu’un excès de bonté est toujours nuisible.
À tout bon compte revenir. Veut dire qu’entre honnêtes gens, erreur ne fait pas compte.
Jouer bon jeu bon argent. Jouer loyalement, franchement.
Faire bonne mine et mauvais jeu. Dissimuler les peines, les chagrins que l’on ressent ; le mauvais état de ses affaires.
Avoir bon pied bon œil. Être frais, gaillard et dispos ; prendre garde à tout.
Faire le bon valet. Faire plus que l’on ne commande ; flatter, carresser quelqu’un pour gagner ses faveurs, et en tirer avantage.
Il a une bonne main pour chanter et une bonne voix pour écrire. Raillerie qui signifie qu’une personne n’est habile dans aucun de ces arts.
À bon chat bon rat. Se dit lorsque dans une affaire, un homme fin et subtil rencontre un adversaire aussi rusé que lui.
Ce qui est bon à prendre est bon à rendre. Se dit de ceux qui, provisoirement, et sous un prétexte quelconque, s’emparent du bien d’autrui, sauf à le restituer ensuite, s’il y a lieu. Le peuple, traduit ainsi ce proverbe : Ce qui est bon à prendre est bon à garder, parce qu’on ne rend jamais, ou du moins bien rarement, ce dont on s’est emparé.
Bon jour, bon œuvre. Veut dire que les gens vertueux saisissent l’occasion des grandes fêtes pour faire de bonnes actions ; et les méchans pour commettre leurs crimes.
Mettre quelqu’un sur le bon pied. C’est-à-dire, ne pas lui laisser prendre d’empire sur soi, en agir librement avec lui.
À quelque chose malheur est bon. Signifie que souvent d’un accident il résulte un grand bien.
N’être bon ni à rôtir ni à bouillir ; n’être bon à aucune sauce. C’est n’être propre à aucun emploi ; n’être bon à rien.
Il n’est pas bon à jeter aux chiens. Se dit d’un homme contre lequel on a conçu une grande animadversion ; ou qui, d’une haute faveur, est tombé tout-à-coup dans la disgrace la plus complète.
Tout cela est bel et bon, mais l’argent vaut mieux. Se dit à ceux qui allèguent des excuses, des prétextes, pour ne point remplir leurs engagemens.
Un bon Gaulois. Pour dire un homme qui tient aux anciennes modes, aux anciens usages.
S’expliquer en bon Français. C’est parler ouvertement, sans rien déguiser.
Une bonne fuite vaut mieux qu’une mauvaise attente.
C’est un bon diable ; un bon garçon ; un bon enfant ; un bon vivant ; un bon luron.
Termes familiers, qui se prennent communément en bonne part, à l’exception cependant du second et du troisième, qui s’emploient quelquefois dans un sens ironique.
Après bon vin bon cheval. Signifie que quand on a fait bonne chère, on se remet en route plus aisément.
Faire bon pour quelqu’un. S’engager à payer pour lui, se rendre sa caution.
Trouver bon ; coûter bon. Approuver tout ; payer quelque chose fort cher.
Tenir bon. C’est résister avec courage et fermeté.
Se fâcher pour tout de bon. Bouder, être sérieusement fâché.
On ne peut rien tirer de cet homme que par le bon bout. C’est-à-dire, que par la rigueur, par les voies judiciaires.
C’est un bon Israélite. Se dit par raillerie d’un homme simple et dénué d’esprit.
Rester sur la bonne bouche. C’est-à-dire, sur son appétit ; ne pas manger selon sa faim.
Faire bonne bouche. Flatter, endormir quelqu’un par de belles paroles.
Garder une chose pour la bonne bouche. La réserver pour la fin, comme étant la plus agréable et la plus facile.
C’est bon et chaud. Pour exprimer que ce que l’on mange est brûlant.
Mon bon. Ma bonne. Noms caressans et flatteurs que les bourgeoises de Paris donnent à leurs maris. Les personnes de qualité se servent aussi de ces mots, par bienveillance ou par hauteur, en parlant à leurs inferieurs.

Larchey, 1865 : Bon apôtre, hypocrite.

Vous n’êtes bons ! vous… N’allons, vous n’avez fait vos farces !

(Balzac)

C’est un bon : C’est un homme solide, à toute épreuve.

Ce sont des bons. Ils feront désormais le service avec vous.

(Chenu)

Pour un agent de police, un homme bon est bon à arrêter.
Être des bons : Avoir bonne chance.

Delvau, 1866 : s. m. Homme sur lequel on peut compter, — dans l’argot du peuple, à qui l’adjectif ne suffisait pas, paraît-il.

Rigaud, 1881 : Agent des mœurs, — dans l’argot des filles et des voleurs. Le bon me fiole, l’agent des mœurs me dévisage.

Boutmy, 1883 : s. m. Épreuve sur laquelle l’auteur a écrit : Bon à tirer, c’est-à-dire bon à imprimer. Cette épreuve est lue une dernière fois, après l’auteur, par le correcteur en seconde ou en bon.

La Rue, 1894 : Homme bon à voler. Agent des mœurs. Le bon me fiole, l’agent me regarde. Avoir bon, prendre en flagrant délit.

France, 1907 : Naïf, bon à voler. Être le bon, être arrêté à bon escient ; vous êtes bons, vous, vous êtes un farceur ; bon jeune homme, garçon candide ; être des bons, avoir bonne chance ; il est bon, il est amusant ; c’est un bon, c’est un homme sur lequel on peut compter. Bon endroit, le derrière, le podex.

Elle reçut un maître coup de soulier juste au bon endroit.

(Zola)

Bon pour Bernard, bon pour les cabinets d’aisance.

Bouche l’œil

Rigaud, 1881 : Gratification. Promesse de gratification sous forme d’une pièce d’or ou d’argent placée sur l’œil en guise de monocle, — dans le jargon des filles.

Bouffe-tout

Virmaître, 1894 : Il est des individus atteints de boulimie, qui mangent tout ce qui se présente. Thomas l’Ours, le modèle bien connu de Montmartre, mangeait en guise de hors d’œuvre huit livres de pain en buvant un seau de vin. Les rapins racontent encore qu’un jour de famine Thomas l’Ours avait dévoré un poêle de faïence (Argot du peuple).

Brimade

Larchey, 1865 : Épreuve vexatoire infligée aux nouveaux de l’école Saint-Cyr.

Point de ces brimades, qui ont longtemps déshonoré Saint-Cyr.

(La Bédollière)

Brimer : Donner une brimade.

Delvau, 1866 : s. f. Mauvaise plaisanterie, — dans l’argot des troupiers qui se plaisent à jouer des tours aux conscrits.

Rigaud, 1881 : Épreuve vexatoire, charge d’écoliers que les anciens infligeaient aux nouveaux venus dans les écoles militaires. Cet usage tend à disparaître tous les jours.

France, 1907 : De tous temps les anciens se sont plu à tourmenter ou à mystifier les nouveaux venus. Dans les écoles et surtout les écoles et collèges militaires, on appelle ce genre de vexation brimade. Il y en a d’anodines, il y en a de ridicules, de cruelles, de féroces, surtout dans les écoles anglaises ; à Woolwich, par exemple, les anciens ficelèrent un nouveau et l’étendirent devant le feu en guise d’amusement. Quand il fut à demi rôti d’un côté, on le retourna de l’autre Le malheureux demeura estropié toute sa vie. Les brimades de nos écoles militaires ne sont pas aussi féroces ; cependant celles de Saint-Cyr ont été longtemps vexatoires et l’épouvantail des cornichons. La seule excuse des brimades était, disait-on, qu’elles formaient le caractère des jeunes gens que les gâteries de la vie de famille avaient infatués. De brimade on a l’ail le verbe brimer et le substantif brimeur.

Camouffler

Halbert, 1849 : Déguisement.

Camoufle

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Chandelle. Esquinter la camoufle, souffler la chandelle.

Vidocq, 1837 : s.f. — Chandelle.

Clémens, 1840 : Déguisement, chandelle.

Halbert, 1849 : Chandelle.

Larchey, 1865 : Chandelle (Vidocq).Camouflet : Chandelier. — Du vieux mot camouflet : fumée.

Delvau, 1866 : s. f. Chandelle, — dans l’argot des voleurs. La camoufle s’estourbe. La chandelle s’éteint.

La Rue, 1894 : Chandelle. Signalement.

Virmaître, 1894 : Chandelle (Argot du peuple). V. Cabombe.

Rossignol, 1901 : Chandelle, bougie.

Ma camoufle est jtourbe, Je n’ai plus de rifle, Déboucle-moi la lourde, Pour l’amour du meg.

Hayard, 1907 : Chandelle.

France, 1907 : Chandelle ; du vieux mot camouflet, fumée.

France, 1907 : Signalement.

Camouflé

France, 1907 : Homme qui porte une fausse barbe ou qui est déguisé. Être camouflé, avoir reçu l’extrême-onction, c’est-à-dire la dernière camoufle sacrée.

Camouflement

Vidocq, 1837 : s. m. — Déguisement.

Delvau, 1866 : s. m. Déguisement, — parce que c’est à tromper que sert la camoufle de l’instruction et de l’éducation.

Rigaud, 1881 : Déguisement. — Se camoufler, se déguiser, — dans le jargon des voleurs. Vient de l’italien camuffare, se cacher la tête.

Camoufler

Vidocq, 1837 : v. a. — Déguiser.

M.D., 1844 : Se rendre méconnaissable.

Larchey, 1865 : Déguiser. — Mot à mot : cacher le muffle. — Camouflement : Déguisement (Vidocq).

Delvau, 1866 : v. pr. S’instruire, — se servir de la camoufle, de la lumière intellectuelle et morale.

Rigaud, 1881 : Falsifier. — Camoufler la bibine et le pive, falsifier la bière et le vin.

La Rue, 1894 : Falsifier. Arranger.

Virmaître, 1894 : Réparer. On camoufle un décor (Argot des artistes).

Rossignol, 1901 : Arrêter. Celui qui se fait arrêter se fait camoufler.

anon., 1907 : Voler.

Camoufler (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. Se déguiser.

La Rue, 1894 : Se déguiser.

Virmaître, 1894 : Changer de costumes et de physionomie afin de n’être pas reconnu (Argot des souteneurs et Sûreté).

Rossignol, 1901 : S’habiller de façon à se rendre méconnaissable.

Hayard, 1907 : Machiner, se grimer, changer d’aspect.

France, 1907 : Se déguiser.

Je me camoufle en pélican,
J’ai du pellard à la tignasse.

(J. Richepin)

Camoufleur

France, 1907 : Agent déguisé.

— Et il ne t’a pas reconnu ?
— Il n’y a pas mêche. Quand je suis en camoufleur, tout le monde s’y trompe.

(Louis Barron, Paris Étrange)

Cerf (se déguiser en)

Rigaud, 1881 : Se sauver avec la vitesse d’un cerf.

France, 1907 : Courir, se sauver.

Cerf (se déguiser en) courir

Larchey, 1865 : Allusion à la vitesse du cerf.

Changeur

Delvau, 1866 : s. m. Le Babin chez lequel les voleurs vont, moyennant trente sous par jour, se métamorphoser en curés, en militaires, en médecins, en banquiers, selon leurs besoins du moment.

Rigaud, 1881 : Filou partisan du libre échange qui, dans les restaurants, les cafés, troque son affreux pardessus contre un pardessus tout flambant neuf. En été cet honnête industriel en est réduit à l’échange du chapeau.

Rigaud, 1881 : Loueur de costumes pour messieurs les voleurs. Le changeur tenait une garderobe variée, grâce à laquelle sa clientèle pouvait se travestir selon les besoins du crime. Encore une industrie disparue, encore un industriel sur le pavé.

La Rue, 1894 : Marchand d’habits fournissant aux voleurs des vêtements pour se déguiser.

Virmaître, 1894 : Le fripier chez lequel les voleurs vont se camoufler moyennant un abonnement : tout comme les avocats chez le costumier du barreau. Ils trouvent là tous les costumes nécessaires pour leurs transformations (Argot des voleurs).

France, 1907 : Marchand d’habits qui fournit de déguisements les voleurs.

Chapelet

d’Hautel, 1808 : Défiler son chapelet. Dire à quelqu’un ce que l’on a sur le cœur ; ne rien lui déguiser.
Il n’a pas gagné cela en disant son chapelet. Se dit malignement d’un homme qui a été puni de quelque faute ; ou de quelqu’un qui s’est promptement enrichi.

Chaussettes polonaises ou russes

France, 1907 : Bandes de linge dont les pauvres diables et les soldats, faute de chaussettes, s’enveloppent les pieds.

Ils dormaient, les sans logis, à plat sur le sol, la tête, en guise d’oreiller, un peu haussée par leurs souliers. Leurs pieds blessés, leurs pieds d’errants, s’enveloppaient comme dans un bandage avec les croisés de la chaussette polonaise.

(Hugues Le Roux, Les Larrons)

Il colla, d’une goutte de suif, une chandelle au bout de sa patience dont il introduisit l’autre extrémité sous la pile des vêtements que contenait sa charge, et ayant enlevé ses bottes à la lueur de ce chandelier improvisé, il commença, assis de côté sur son lit, a déligoter ses chaussettes russes.

(Georges Courteline, Le 51e chasseurs)

Chaussettes russes

Merlin, 1888 : À défaut de chaussettes dont le gouvernement n’a jamais songé à les munir, les troubades s’enveloppent tant bien que mal les pieds de morceaux d’étoffes qu’ils découpent principalement dans leurs vieilles culottes. Ces chiffons prennent le nom pompeux de chaussettes russes ou polonaises : serait-ce une invention des Cosaques, ou simplement un nom donné en raison du…. suif dont elles sont imprégnées et qui, affirmait-on jadis, était un régal pour les soldats moscovites ?

Virmaître, 1894 : Être nu-pieds dans ses souliers (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Chiffons dont on s’entortille les pieds en guise de chaussettes. Ce n’est qu’à la rentrée de Crimée en 1851, que j’ai entendu pour la première fois dénommer ces chiffons, dont on faisait à cette époque grand usage dans l’armée, des. chaussettes russes.

Chevillard

Delvau, 1866 : s. m. Boucher sans importance, — dans l’argot des gros bouchers, qui n’achètent pas à la cheville, eux !

Rigaud, 1881 : Revendeur en gros et en demi-gros de viande dépecée, en terme de boucher ; c’est celui qui vend à la cheville.

France, 1907 : Boucher en gros.

Ce sont les chevillards, ou bouchers en gros des abattoirs de la Villette, Villejuif et Grenelle, qui prêtent, moyennant rétribution, à leurs clients, bouchers au détail, des animaux sur pied.

(Guy Tomel, Le Bas du Pavé parisien)

Se dit aussi du tueur :

Orlando travaillait maintenant comme chevillard chez un boucher de la Villette qui l’avait accepté pour sa force, pour la sûreté de son coup d’œil.
Robuste et dru comme un lutteur, les manches relevées à l’épaule sur la saillie des biceps, les reins sanglés, les hanches prises dans une triple serpillière, un mouchoir pittoresquement noué sur la tête, à la façon des bandits calabrais que l’on voit dans les gravures, sanglant de la tête Aux pieds, le tueur s’approchait avec son couteau bien aiguisé, et, régulièrement, suivant la rangée, il tranchait chaque gorge d’une entaille profonde. Pas un cri. Il y avait là douze vies qui bêlaient. Après le passage du chevillard, douze fontaines de sang jaillissaient en gros bouillons dans la même vasque.

(Hugues Le Roux, Les Larrons)

Chienlit (à la) !

Delvau, 1866 : Exclamation injurieuse dont les voyous et les faubouriens poursuivent les masques, dans les jours du carnaval, — que ces masques soient élégants ou grotesques, propres ou malpropres.

France, 1907 : Cri que poussent les enfants derrière les gens grotesquement affublés et les masques.

Les costumes à l’avenant, l’horrible n’excluant pas le grotesque : troubadours d’abattoir, Turcs de la Courtille du dépotoir et autres déguisements du même galbe qui justifiaient ce mot ignoble de chienlit.

(Edmond Lepelletier)

Chrétien (lait)

Larchey, 1865 : Lait baptisé, étendu d’eau.

Une douzaine de drôlesses déguisées en laitières vendent du lait trois fois chrétien.

(Privat d’Anglemont)

Conjungo

Delvau, 1864 : Le mariage, dans l’argot du populaire qui voit, dans ce mot une équivoque réjouissante (jungo, je joins, con, le con), au lieu d’y voir la première phrase du prêtre qui lie deux époux pour la vie.

La fruitièr’ dit, r’luquant ma mine :
Comment t’trouv’s-tu du conjungo ?

(Tostain)

Delvau, 1866 : s. m. Mariage, — dans l’argot du peuple, qui a voulu faire allusion au premier mot du discours du prêtre aux mariés : Conjungo (je joins).

Rigaud, 1881 : Mariage.

À cela près, hâtez le conjungo.

(Poisson)

France, 1907 : Mariage : du latin conjungare, épouser. Le prêtre dit en unissant le couple : Conjungo, je joins.

— Il est comme les autres, vous savez ! Des amourettes, oui, tant qu’on voudra ; mais du conjungo, serviteur, plus personne !

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

L’institution du conjungo n’est plus qu’une vieille masure, menaçant ruine de toutes parts. L’édifice est si vermoulu que beaucoup de gens s’en méfient, refusant d’y pénétrer, craignant que le toit ne dégringole sur leur tête. D’ailleurs, le plus rude coup a été porté à l’antique bâtisse par le rétablissement du divorce. Du moment qu’il ne s’agit plus de baux à vie, mais de locations à temps, du moment qu’une fois établi dans la demeure matrimoniale, on à la faculté d’en sortir, non sans quelques cérémonies, d’aucuns jugent qu’il est plus simple et plus économique de n’y pas entrer, et s’installent à leur guise, à la bonne franquette, en des domiciles qui non rien d’officiel et où ils n’ont à rendre compte à personne de leurs allées et de leurs venues.

(Louis de Grammont, L’Éclair)

Copie

d’Hautel, 1808 : Original sans copie. Homme bizarre, ridicule à l’extrême.

Delvau, 1866 : s. f. Travail plus ou moins littéraire, bon à livrer à l’imprimeur, — dans l’argot des gens de lettres, qui écrivent copiosissimè dans l’intérêt de leur copia. Faire de la copie. Écrire un article pour un journal ou pour une revue. Caner sa copie. Ne pas écrire l’article promis. Pisser de la copie. Écrire beaucoup trop, sur tous les sujets. Pisseur de copie. Écrivain qui a une facilité déplorable et qui en abuse pour inonder les journaux ou revues de Paris, des départements et de l’étranger, de sa prose ou de ses vers.

Boutmy, 1883 : s. f. Ce qui sert de modèle au compositeur. Elle est manuscrite ou imprimée ; la copie manuscrite est, on le comprend, payée un peu plus cher que la réimpression. Au figuré, faire de la copie sur quelqu’un, c’est dire du mal de lui, en médire.

France, 1907 : Manuscrit d’un auteur. Faire de la copie, écrire un article. Caner sa copie, manquer d’exactitude dans l’envoi de ses articles. Pisser de la copie, écrire abondamment sur tous les sujets, même ceux que l’on ignore le plus.

Lorsqu’un auteur agit bien avec le compositeur, lorsqu’il se met à son niveau, lorsque sa copie, c’est-à-dire son manuscrit, est lisible, l’ouvrage sera soigné, le texte ne sera pas déparé par des contresens, des lettres retournées, des fautes de français, des mots tantôt trop écartés, tantôt trop rapprochés l’un de l’autre. Le compositeur fera même disparaître des erreurs qu’il est capable d’apercevoir et de corriger. Mais si vous affectez de la morgue à son égard, si vous le traitez du haut de votre grandeur, si votre copie n’est pas mieux écrite que celle de M. Alphonse Karr (qui semble se servir de son terre-neuvien en guise de secrétaire), si votre manuscrit est couvert de ratures, surchargé d’ajoutés, le compositeur se dégoûte et prend à tâche de mal faire.

(Jules Ladimir, Le Compositeur typographe)

Une génération nouvelle de reporters a grandi, dont l’ardeur d’indiscrétion ne le cède qu’à son indifférence entière pour les idées. Semblables à cet orateur qui ne pensait pas, disait-il, quand il ne parlait pas, ces jeunes gens ne pensent point, quand ils interrogent point. Leurs victimes les fournissent de copie, et ils y ajoutent les inexactitudes… C’est justement ce qu’on appelle être bien informé…

(Brunetière)

Mais applaudir aux explosions et trouver que Ravachol était dans le vrai, parce que les journaux où l’on paye refusent d’insérer votre copie, ou parce que toute l’édition d’un volume de vers est encore en magasin, cela n’est vraiment pas du tout raisonnable et passe la limite de fureur et de vengeance permise au plus exaspéré des fruits secs.

(François Coppée)

Couteau

d’Hautel, 1808 : On dit d’un couteau mal aiguisé ou qui n’a pas le fil : Il coupe comme les genoux de ma grand’mère.
On t’en donnera des petits couteaux pour les perdre.
Se dit en plaisantant et par refus à celui qui manifeste des désirs au-dessus de sa condition, ou par reproche à celui qui a fait un mauvais usage d’un objet qu’on lui avoit confié.
Graisser le couteau. Déjeuner avec de la viande, ce que l’on appelle un déjeûner froid.
Être à couteau tiré avec quelqu’un. Être excités l’un contre l’autre ; être en haine, en inimitié perpétuelle.
On dit d’un homme qui en accompagne toujours un autre, dans le dessein de lui faire la cour : que c’est un couteau pendant.
Un couteau de tripière, un couteau à deux tranchans.
Pour dire un hypocrite, un homme à deux faces, qui souffle le chaud et le froid.

Couvreur, couvrir une femme

Delvau, 1864 : Homme qui baise, parce qu’en baisant il couvre de son ventre, en guise de toit, cette délicieuse habitation qu’on appelle la con de la femme, et que, sous prétexte d’empêcher la pluie d’y tomber, il inonde, lui, de son sperme.

Plus vous couvrirez une femme, plus il pleuvra.

(Tabarin)

Faut voir comm’ leurs femm’s sont couvertes.

(Rougemont)

Dandy

France, 1907 : Fat oisif dont la seule occupation est de se parer. Le dandy est l’ancien petit-maître du XVIIe siècle, le marquis de Molière, ridicule espèce de parasite social, que l’immortel moraliste La Bruyère a si bien décrit et qui traverse les âges avec de simples variations de costumes, étalant son outrecuidance et sa nullité sous des noms divers : élégant, incroyable, merveilleux, dameret, muscadin, gandin, cocodès, petit crevé, gommeux, pschutteux, etc.
Dandy, comme fashionable, est une importation d’outre-Manche. Apocope du vieil anglais dandeprat ou dandiprat, terme usité quelquefois en signe de mépris, dit Johnson dans son Dictionnaire, pour petit drôle, moutard, « a little fellow, an urchin ». Il est donc erroné de prétendre, comme le fait Littré, que ce mot vient du français dandin, avec lequel, du reste, il n’a aucun rapport.
L’importation date de 1838 ; Mme de Girardin, dans ses Lettres Parisiennes, protestait déjà à cette époque contre l’anglomanie :

Les dandys anglais ont fait invasion à Paris ; leur costume est étrange : habit bleu flottant, col très empesé, dépassant les oreilles, pantalon de lycéen, dit à la Brummel, gilet à la maréchal Soult, manteau Victoria, souliers à boucles, bas de soie blancs, mouchetés de papillons bruns, cheveux en vergette, un œil de poudre, un scrupule de rouge, l’air impassible et les sourcils rasés, canne assortie.

George Brummel, dit le beau Brummel, plus tard, chez nous, le comte d’Orsay furent les plus célèbres type du dandysme.
« Le dandy, dit Barbey d’Aurevilly, a l’impertinence somptueuse, la préoccupation de l’effet extérieur. » Le même écrivain donne de curieux exemples des raffinements que les dandies apportaient dans la conception de leur toilette.

Un jour, ils eurent la fantaisie de l’habit râpé. Ils étaient à bout d’impertinence, ils n’en pouvaient plus. Ils trouvèrent celle-là, qui était si dandy, de faire râper leurs habits avant de les mettre, dans toute l’étendue de l’étoffe, jusqu’à ce qu’elle ne fût plus qu’une espèce de dentelle — une nuée.
Ils voulaient marcher dans leur nuée, ces dieux ! L’opération était très délicate et très longue, et on se servait, pour l’accomplir, d’un morceau de verre aiguisé. Eh bien ! voilà un véritable fait de dandysme. L’habit n’est presque plus. — Et en voici un autre encore : Brummel portait des gants qui moulaient ses mains comme une mousseline mouillée. Or, le dandysme n’était pas dans la perfection de ces gants, qui prenaient le contour des ongles comme la chair le prend, c’était qu’ils eussent été faits par quatre artistes spéciaux, trois pour la main, et un pour le pouce.
Telle est la façon subtile dont les dandys pratiquaient l’élégance.
 
Le dandy n’est qu’une transformation du raffiné, du muguet, du roué, de l’homme à la mode, de l’incroyable et du merveilleux.

(Frédéric Soulié, L’Âme méconnue)

J’ai dit que ce type avait existé en tous temps et dans tous les pays ; rapprochons des lignes de Barbey d’Aurevilly ces lignes de Sénèque sur les dandies de son époque, qu’il considérait comme les gens les plus occupés du monde.

Jouissent-ils du repos, ceux qui passent les heures entières chez un barbier pour se faire arracher les poils qui ont pu croître dans la nuit précédente, pour prendre conseil sur l’arrangement de chaque cheveu, sur la façon de les faire revenir ou de les ramener sur le front, afin de remplacer ceux qui leur manquent ? Voyez comme ils se mettent en colère quand le barbier n’y a point apporté toute son attention et s’est imaginé qu’il avait affaire à des hommes !
Voyez comme ils entrent en fureur lorsqu’on leur a coupé quelques cheveux des côtés, lorsque quelques-uns passent les autres et ne forment pas la boucle ! Est-il un de ces personnages qui n’aimât mieux voir la république en désordre que sa coiffure, qui ne soit plus inquiet de sa frisure que de sa santé et qui ne préfère la réputation d’être l’homme le mieux coiffé à celle d’être le plus honnête ? Jouissent-ils du repos, ces hommes perpétuellement occupés d’un peigne et d’un miroir ?

Dégourdi

d’Hautel, 1808 : Un dégourdi. Un garçon alerte et éveillé, et très-près regardant sur ses intérêts.

Virmaître, 1894 : Se dit par ironie d’un homme lourd et pâteux.
— J’ai froid, je vais marcher vite pour me dégourdir les jambes.
On dit d’une gamine qui connaît à six ans ce qu’elle devrait ignorer à quinze : elle est dégourdie pour son âge (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Malin. On dit aussi de celui qui est leste : c’est un dégourdi.

France, 1907 : Émancipé, alerte, actif.

Un grand gaillard, propre comme un sou neuf, des guêtres éblouissantes, la vareuse bien tendue sur le ceinturon luisant, le képi sur l’oreille, le teint brûlé, de la moustache à peine, l’air dégourdi d’un faubourien de grande ville.

(Paul Bonnetain, Le nommé Perreux)

France, 1907 : S’emploie ironiquement pour le contraire.

— Allons, espèce d’empoté ! Vous avez l’air d’une andouille ! Avancez donc, bougre de dégourdi !… hurla au jeune engagé le sous-off, en guise d’encouragement.

(Les Joyeusetés du régiment)

Dégui

Vidocq, 1837 : s. m. — Dominos.

Delvau, 1866 : s. m. Déguisement — dans l’argot des voleurs.

La Rue, 1894 : Déguisement. Signalement.

Virmaître, 1894 : Abréviation de déguisement (Argot des voleurs).

Déguis

France, 1907 : Abréviation de déguisement.

Déguiser (se) en cerf

La Rue, 1894 : Fuir.

Déguiser en cerf

un détenu, 1846 : Prendre la fuite.

Déguiser en cerf (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. Se retirer avec plus ou moins d’empressement, — dans l’argot des faubouriens.

Virmaître, 1894 : Se sauver le plus rapidement possible.
— Je t’invite à un bal masqué, quel costume prendras-tu ?
— Je me déguise en cerf.
Mot à mot : Je n’y vais pas (Argot du peuple). N.

France, 1907 : S’enfuir le plus vite possible.

Déguismar

Rigaud, 1881 : Déguisement. Variantes : Déguis, déguisemuche, déguisemince.

Empiergeonner

Fustier, 1889 : S’empêtrer. (Richepin)

France, 1907 : S’embarrasser, s’embrouiller, s’empêtrer.

Ah ! ah ! l’amant qu’était point brave,
Laissa Margot avé l’Frisé.
Oh ! oh ! l’Frisé, mâchant d’la bave,
Tira son eustach’ raiguisé,
Margot, dans sa cotte et ses bas
S’empiergeonnant là-bas, là-bas.

(Jean Richepin)

Enflanellener (s’)

France, 1907 : Se mettre sur l’estomac un grog en guise de gilet de flanelle. Les Anglais disent : mettre un bonnet de nuit.

Être (ou n’être pas) sauvage

Delvau, 1864 : Éviter les hommes ou accepter et même rechercher leurs hommages.

Alors, Jupin, prenant l’ parti d’ la dame,
Dit au Cyclope : un mot va t’apaiser :
Si tu n’ veux pas qu’on reconnaiss’ ta femme
En sauvag’ faut la déguiser.

(Ém. Debraux)

Faire zizi, panpan

Delvau, 1864 : Faire l’acte vénérien — si plein d’onomatopées.

Près d’Ève, Satan déguisé,
Avec deux mots fit sa conquête ;
En les prononçant, le rusé
Brandillait la queue et la tête.
Voici les deux mots du serpent :
Zizi, panpan.

(Louis Festeau)

Farder

d’Hautel, 1808 : Déguiser, cacher sa façon de penser.
Temps pommelé, pomme ridée, femme fardée, ne sont pas de longue durée.

Farine

d’Hautel, 1808 : Soit en son ou en farine, il faut toujours payer. Signifie que de quelque manière que l’on s’arrange dans un marché, il faut toujours finir par payer.
On dit d’une femme qui, sur le retour, fait la précieuse et la renchérie, qu’après avoir donné la farine, elle veut vendre le son.
Jean farine ; c’est un Jean farine.
Cette manière de parler déguise un mot fort grossier dont l’usage est très fréquent parmi le peuple.

Femme de César ne doit pas même être soupçonnée (La)

France, 1907 : Il est certaine position sociale où l’ombre même du soupçon serait un déshonneur.
Pompéia, femme de César, avait un amant, Claudius. Brûlant de se trouver avec lui, elle choisit, avec cette audace de la femme passionnée, le temps des fêtes de Cérès. C’était en sa propre maison, en compagnie des vestales et de plusieurs patriciennes qu’elle les célébrait. On sait qu’à ses fêtes les hommes n’étaient pas admis, et le scrupule des dévotes était poussé si loin qu’elles couvrent d’un voile jusqu’au portrait de l’époux, les statues ou bustes des héros et les figures même des animaux mâles. Le mari donc n’était pas à craindre ; aussi l’amant déguisé en joueuse d’instrument pénétra hardiment dans le palais. Mais la mère de César, vigilante matrone et terrible belle-mère, soucieuse de l’honneur de son fils, aposta une de ses servantes pour surveiller sa bru, et Claudius fut reconnu au moment où, tout palpitant d’amour, il se cachait dans une des chambres de Pompéia. Elle poussa de grands cris, et les vestales et les patriciennes se jetèrent furieuses sur le sacrilège imprudent, le déchirèrent de leurs ongles et le chassèrent de la maison.
Il y eut un grand scandale, Claudius, accusé d’avoir voulu pénétrer les mystères de la Bonne déesse, fut mis en jugement, et il y avait peine de mort. Sa réputation était détestable et tous les honnêtes gens dont il avait séduit les femmes vinrent à l’envi déposer contre lui. César, qui, à la suite de l’esclandre, s’était hâté de répudier Pompéia, vint à son tour et, au grand étonnement de tous, refusa de déposer contre Claudius, affirmant qu’il ne savait rien.
— Alors pourquoi avez-vous répudié votre femme ? lui objecta-t-on.
— Parce que, répliqua-t-il, la femme de César doit non seulement être exempte de toute souillure, mais même de tout soupçon.
M. C. de Méry, qui raconte cette anecdote, ajoute :

Les bons maris ne savent jamais rien,
Et quand vous verriez tout, ne croyez jamais rien.

Filer

d’Hautel, 1808 : Filer le parfait amour. Rechercher une personne dans le dessein de l’épouser ; l’aimer de bonne foi.
Filer sa corde. Commettre des actions contraires à l’honneur et à la probité.
Filer doux. Devenir souple, se soumettre sans murmurer à des ordres rigoureux.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Suivre, préparer. Filer une affaire, faire les dispositions d’un vol.

Vidocq, 1837 : v. a. — Aller à la salle.

Clémens, 1840 : Suivre, espionner.

Halbert, 1849 : Suivre un individu.

Larchey, 1865 : Suivre.

Un voleur se charge de filer la personne.

(Vidocq)

Être filé signifie, dans le langage des débiteurs, que le recors vous suit à la piste.

(Montépin)

Dans le même vocabulaire, Être fumé signifie être arrêté.

Delvau, 1866 : v. a. Suivre un malfaiteur, — dans l’argot des agents de police. Suivre un débiteur, — dans l’argot des gardes du commerce.

Delvau, 1866 : v. a. Voler, — dans l’argot des voyous. Filer une pelure. Voler un paletot.

Delvau, 1866 : v. n. Levare ventris onus, — dans le même argot [des faubouriens].

Delvau, 1866 : v. n. S’en aller, s’enfuir, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Faire l’école buissonnière, — dans le jargon des collégiens.

Les élèves de Louis-le-Grand filent, soit aux Ours, (le jardin des Plantes) soit au Luxembourg.

(Albanès, Mystères du collège)

Rigaud, 1881 : Ne pas engager le jeu, — dans le jargon des joueurs de bouillotte. Faire filer, intimider son adversaire qui, alors, n’engage pas le jeu, ou qui paye son premier engagement.

Rigaud, 1881 : Sacrifier à la compagnie Lesage.

Rigaud, 1881 : Suivre à la piste. La police file à pied, en voiture et en chemin de fer.

Virmaître, 1894 : Suivre. Pour organiser une filature, les agents se mettent deux, l’un devant le filé, l’autre derrière, de façon à ce qu’il ne puisse échapper. Il y a des filatures qui sont extrêmement mouvementées, c’est une véritable chasse où toutes les ruses sont mises en œuvre. Le gibier cherche toutes les occasions de se dérober pour éviter le sapement (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Suivre. Pour suivre un malfaiteur, il y a toujours deux agents de la sûreté, l’un suit le filé et l’autre son collègue. Lorsque le premier agent croit avoir été remarqué par le filé, il change de rôle avec son collègue. Un bon agent, qui fait le service dit de la voie publique, avait dans le temps toujours une blouse enroulée autour du corps, en guise de ceinture et une casquette dessous son gilet. Lorsque le premier agent croyait avoir été remarqué, et qu’il prenait la place de son collègue, il mettait tout en marchant sa blouse par-dessus son vêtement et sa casquette ; dans cette tenue, il pouvait reprendre sa place primitive, sans être reconnu. À une époque, j’avais un binocle sur lequel se trouvait collée une toute petite glace sur chaque verre, ce qui me permettait de voir quelqu’un eh lui tournant le dos.

Hayard, 1907 : Suivre.

France, 1907 : Partir, se sauver, échapper aux gendarmes.

Le jeune Crétinard passe ses examens.
— Pourriez-vous me citer, monsieur, lui demande l’examinateur, le nom d’une des femmes les plus fidèles de l’antiquité ?
— ???…
— Voyons, monsieur… Et Pénélope ?
Le jeune Crétinard, ouvrant de grands yeux :
— Pénélope !… Mais on m’a assure qu’elle filait tout le temps !…

(Gil Blas)

À la Bourse.
— Savez-vous la nouvelle ? Rapinard qu’on disait si solide !
— Filé en Belgique.
— Je n’en reviens pas.
— Lui von plus.

On dit aussi filer à l’anglaise pour s’esquiver, s’en aller sans rien dire. Les Anglais nous rendent le compliment en disant dans le même sens : to take a French leave, prendre congé à la française.

Facile à l’emballage, mais féroce, redoutable quand il tient une série. Précipitant les coups de pistolet, — non ! de revolver — puis, le résultat obtenu, et c’est toujours un résultat très sérieux, ramassant à pleines mains les jetons, l’or et les billets pêle-mêle dans la grande sébile, il réalise à la caisse et file à l’anglaise.

(Paul Alexis)

Au restaurant.
— Garçon, je vois sur la carte : Macaroni à l’anglaise ; pourquoi à l’anglaise ?
— Parce qu’il file, monsieur.

Fourgonner une femme

Delvau, 1864 : La baiser, en introduisant dans son petit foyer la pine en guise de poker.

Galbeux, galbeuse

France, 1907 : Personne mise à la dernière mode.

— Tu es très galbeux, Symphorien. Monte encore un peu ton pantalon, car on ne voit pas assez tes chevilles et tes élastiques ! La mode est aux élastiques.

(Dubut de Laforest, L’Homme de joie)

Le mot est employé adjectivement, dans le sens de bon, excellent.

Les cambrioleurs de notre époque n’ont plus ces galbeuses façons : ils sont trop égoïstes et ne s’attaquent pas assez aux riches. — aussi, y a pas à dire, ils sont mal vus du populo.

(Almanach du Père Peinard, 1894)

Comment cela finira-t-il ? — Oh ! ce n’est pas bien compliqué ; ça finira, comme toutes les sociétés décrépites, par un cataclysme qui démantibulera le vieux monde. Et de ces ruines sortir une société galbeuse où sera inconnu le vol, — légal ou illégal — où nul n’exploitera son voisin, où chacun turbinera à sa guise, ou personne n’aura intérêt à faire des mistoufles à son semblable.

(La Sociale, 1896)

Galejade

France, 1907 : Plaisanterie ; de l’idiome provençal.

Dans cet almanach (l’Armana Marsihès), en effet, sous l’habile déguisement de contes joyeux, vers chanteurs et galejades, se dissimule la violente attaque du Midi contre le Nord.
Il n’est que temps de sévir contre ces fanatiques séparatistes.

(Le Journal)

Galette

Vidocq, 1837 : s. m. — Homme maladroit, dépourvu d’intelligence.

Larchey, 1865 : Homme nul et plat ; contre-épaulette portée autrefois par les soldats du centre.

Pour revêtir l’uniforme et les galettes de pousse-cailloux.

(La Bédollière)

Aux écoles militaires, une sortie galette est une sortie dont tous les élèves profitent, même ceux qui sont punis.

Delvau, 1866 : s. f. Imbécile, homme sans capacité, sans épaisseur morale. Argot du peuple.

Delvau, 1866 : s. f. Matelas d’hôtel garni.

Rigaud, 1881 : Argent. Boulotter sa galette, manger son argent, — dans le jargon des voyous.

Rigaud, 1881 : Grand, complet, — dans le jargon des Saint-Cyriens.

Rigaud, 1881 : Individu sans intelligence.

Rigaud, 1881 : Mauvais petit matelas aplati comme une galette.

Fustier, 1889 : Petit pain rond et plat qu’on sert dans certains restaurants.

La Rue, 1894 : Matelas. Imbécile. Mauvais soulier. Monnaie.

Virmaître, 1894 : Argent (Argot du peuple). V. Aubert.

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Argent.

France, 1907 : Argent.

—Les femmes, ça sert à quelque chose ou ça sert à rien. Si ça sert à rien, fourrez-les dedans, mais ne vous en servez pas. Non ! ces Messieurs veulent bien rigoler ; puis, quand ils ont casqué, qu’ils en ont eu pour leur argent, ils se plaignent… On dirait qu’ils regrettent leur galette. Faudrait peut-être les prendre à l’œil ! Ça serait pas à faire !… Et le commerce donc !

(Oscar Méténier)

Ô sainte Galette dorée
Devant qui l’on est à genoux,
Par toute la terre adorée,
Bonne sainte, priez pour nous !
Telle est votre toute-puissance
Aux yeux avides des mortels,
Que même en pâte on vous encense
Et qu’on vous dresse des autels.

(Jacques Rédelsperger)

Le lendemain de la fête des Rois, un marmot demande à un autre :
Y avait-il un bébé, hier, dans ta galette ?…
L’autre répond :
— Ah ! ouiche, rien du tout, et j’ai même entendu la nuit, papa qui disait à maman : « Avant d’avoir le bébé, faudrait avoir la galette ! »

(Le Charivari)

Embrassons-nous, ma gigolette,
Adieu, sois sage et travaill’ bien,
Tâch’ de gagner un peu d’galette
Pour l’envoyer à ton pauv’ chien ;
Nous r’tourn’rons su’ l’bord de la Seine,
À Meudon, cueillir du lilas,
Après qu’j’aurai fini ma peine
À Mazas.

(Aristide Bruant)

Bouffer la galette de quelqu’un, manger son argent, le ruiner.

Solange avait à elle environ quatre cents francs d’économies couchés sur un livret de la Caisse d’épargne postale ; de son côté, Camille, pour ne pas être en reste, ni accusé un jour de lui avoir bouffée sa galette, s’ingénia, parvint à tirer une carotte de cinq cents francs à sa famille, peu aisée pourtant et souvent déjà tapée dans les grands prix.

(Paul Alexis)

On dit aussi bonne galette.

Angèle se tenait derrière sa porte. Vous la voyez d’ici : des bas à fleurs, un peigne rose, ouvert du haut en bas, sur des chairs écroulées, et qui se gonflait au courant d’air. Une âcre odeur de musc flottait autour de ses aisselles ; ses cheveux étaient rougis par le fer, et la ligne blanche du maquillage, arrêtée à son cou, faisait paraitre sa graisse plus jaune.
— C’est vrai, me dit-elle, mon mignon, que tu veux m’apporter ta bonne galette ?

(Hugues Le Roux)

France, 1907 : Fête, dans l’argot des saint-cyriens. Sortie galette, sortie générale, sortie de fête.

France, 1907 : Homme sans valeur, caractère plat comme une galette.

France, 1907 : Matelas très mince et dur.

France, 1907 : Mauvais acteur.

… Il est donc très avantageux pour le correspondant de traiter avec des galettes semblables, qui, sans cesse à l’affut de nouveaux engagements, sont obligés d’avoir recours à son entremise.

(Charles Friès, Le Correspondant dramatique)

France, 1907 : Mauvais soulier.

France, 1907 : Nom donné par les saint-cyriens à la contre-épaulette de sous-lieutenant. Il y a une chanson intitulée : La Galette, dont voici une strophe qui donnera l’idée du reste.

Notre galette que ton nom
Soit immortel en notre histoire,
Qu’il soit embelli par la gloire
D’une brillante promotion !

On dit aussi : fine galette.
Autrefois les soldats du centre portaient tous des galettes en guise d’épaulettes.

Gendarme déguisé en bourgeois

Rigaud, 1881 : Canne à épée.

Ah ! fit-il, en repoussant vivement le poignard, ton gendarme déguisé en bourgeois.

(V. Hugo)

Goujon

d’Hautel, 1808 : Faire avaler le goujon à quelqu’un. V. Avaler.

Delvau, 1864 : Le membre viril, — qui frétille dans le con de la femme comme poisson dans l’eau.

Mais surtout prenez ce goujon,
Et mettez-le dans la fontaine
Qu’on voit tout le long, le long de la bedaine.

(Chanson anonyme moderne)

Delvau, 1866 : s. m. Homme facile à duper, — dans l’argot des filles, qui ont pour hameçons leurs sourires et leurs regards ; — ainsi que dans l’argot des faiseurs, qui ont pour hameçons des dividendes invraisemblables.

Rigaud, 1881 : Jeune voyou qui vit aux crochets d’une pierreuse ou de toute autre prostituée ignoble. « Petit poisson deviendra grand / Pourvu que Dieu lui prête vie. »

Rigaud, 1881 : Petit morceau de fil de zinc dont les marbriers se servent, en guise de clou, pour ajuster les plaques de marbre.

La Rue, 1894 : Petit souteneur. Homme facile à duper.

France, 1907 : Dupe. Avaler le goujon, mourir. Lâcher son goujon, vomir.

France, 1907 : Petit souteneur.

Goureurs

Virmaître, 1894 : Les goureurs sont des individus qui se déguisent en marins étrangers venant des pays lointains. Ils offrent au public des marchandises qu’ils ont soi-disant rapportées de l’Inde ou de la Perse, et qui proviennent tout bonnement d’un bazar quelconque (Argot des voleurs).

Grelotteux

France, 1907 : Pauvre diable, misérable, qui grelotte sous le froid.

Il suffirait d’ouvrir tous les vastes locaux inoccupés dont la Ville de Paris dispose, le Palais des Machines, le Palais de l’Industrie, pour que tous les grelotteux de la capitale puissent venir s’y chauffer, autour de braseros dont l’alimentation ne coûterait pas cher. Les bicyclistes iraient faire leurs records ailleurs ; ils ont tout l’été et les belles routes de France pour manger des kilomètres.

(Mentor, Le Journal)

France, 1907 : Petit crétin qui suit les modes.

Un grelotteux en habit ronge et en culotte veut entrer au foyer ; l’huissier s’y oppose :
— Les déguisés, dit-il, ne peuvent pénétrer avant 4 heures.
La femme qui nous conte l’anecdote et connaît son monde ajoute dans un style relevé :
— Le grelotteux en était comme une tomate !

(Gil Blas)

Guise

d’Hautel, 1808 : Chacun fait à sa guise. Pour dire agit d’après sa volonté, ou son goût particulier.

Guiseau

France, 1907 : Sorte d’anguille.

Kirey

France, 1907 : Petite herbe fine des Indes dont on se sert en guise d’épinards.

Lapin (manger un)

Boutmy, 1883 : v. Aller à l’enterrement d’un camarade. Cette locution vient sans doute de ce que, à l’issue de la cérémonie funèbre, les assistants se réunissaient autrefois dans quelque restaurant avoisinant le cimetière et, en guise de repas des funérailles, mangeaient un lapin plus ou moins authentique. Cette coutume tend à disparaître ; aujourd’hui, le lapin est remplacé par un morceau de fromage ou de la charcuterie et quelques litres de vin. Nous avons connu un compositeur philosophe, le meilleur garçon du monde, qui, avec raison, se croyait atteint d’une maladie dont la terminaison lui paraissait devoir être fatale et prochaine. Or, une chose surtout le chiffonnait : c’était la pensée attristante qu’il n’assisterait pas au repas de ses funérailles ; en un mot, qu’il ne mangerait pas son propre lapin. Aussi, à l’automne d’antan, par un beau dimanche lendemain de banque, lui et ses amis s’envolèrent vers le bas Meudon et s’abattirent dans une guinguette au bord de l’eau. On fit fête à la friture, au lapin et au vin bleu. Le repas, assaisonné de sortes et de bonne humeur, fut très gai, et le moins gai de tous ne fut pas le futur macchabée. N’est-ce pas gentil ça ? C’est jeudi. Il est midi ; une trentaine de personnes attendent à la porte de l’Hôtel-Dieu que l’heure de la visite aux parents ou aux amis malades ait sonné. Pénétrons avec l’une d’elles, un typographe, « dans l’asile de la souffrance ». Après avoir traversé une cour étroite, gravi un large escalier, respiré ces odeurs douceâtres et écœurantes qu’on ne trouve que dans les hôpitaux, nous entrons dans la salle Saint-Jean, et nous nous arrêtons au lit no 35. Là gît un homme encore jeune, la figure hâve, les traits amaigris, râlant déjà. Dans quelques heures, la mort va le saisir ; c’est le faux noyé dont il a été question à l’article attrape-science. Au bruit que fait le visiteur en s’approchant de son lit, le moribond tourne la tête, ébauche un sourire et presse légèrement la main qui cherche la sienne. Aux paroles de consolation et d’espoir que murmure son ami, il répond en hochant la tête : « N-i-ni, c’est fini, mon vieux. Le docteur a dit que je ne passerais pas la journée. Ça m’ennuie… Je tâcherai d’aller jusqu’à demain soir… parce que les amis auraient ainsi samedi et dimanche pour boulotter mon lapin. » Cela ne vaut-il pas le « Plaudite ! » de l’empereur Auguste, ou le « Baissez le rideau la farce est jouée ! » de notre vieux Rabelais ?

France, 1907 : Aller à l’enterrement d’un camarade ; argot des ouvriers. Cette locution vient de l’habitude qu’avaient autrefois les ouvriers, en revenant de l’enterrement d’un camarade d’atelier, de se réunir dans un des cabarets avoisinant le cimetière et d’y manger une gibelotte. Le lapin est généralement remplacé maintenant par un morceau de charcuterie.

Au bruit que fait le visiteur en s’approchant de son lit, le moribond tourne la tête, ébauche un sourire et presse légèrement la main qui cherche la sienne. Aux paroles de consolation et d’espoir que murmure son ami, il répond en hochant la tête : « N-i-ni, c’est fini, mon vieux. Le docteur a dit que je ne passerais pas la journée… Ça m’ennuie… Je tâcherai d’aller jusqu’à demain soir vendredi, parce que les amis auraient ainsi samedi et dimanche pour boulotter un lapin. »

(Eugène Boutmy, Argot des typographes)

Larbinier

Virmaître, 1894 : Complice qui se déguise en domestique pendant que le cambrioleur opère. C’est le larbinier qui va préalablement en reconnaissance pour préparer le vol (Argot des voleurs).

France, 1907 : Complice d’un cambrioleur. Il se déguise en domestique et se tient aux aguets pendant que le cambrioleur opère.

Levée

Rigaud, 1881 : Arrestation de filles publiques ; râfle opérée par la police sur les boulevards, dans les cafés, dans les hôtels garnis, chaque fois que le flot de la prostitution menace de monter trop haut.

France, 1907 : Se dit d’une femme retenue, engagée pour l’œuvre de chair.

Dans un bal costumé du demi-monde, un jeune copurchic s’approche d’une délicieuse créature dont le galant déguisement de page met de plantureuses formes en relief et lui parle éloquemment de l’ardeur des feux que cette vue vient d’allumer.
— Vous perdez votre temps, mon cher, minaude la gente horizontale, en repoussant doucement de téméraire, la levée est faite.

— Alors, l’union libre ?
— Mais oui.
— Et, ensuite, l’éperduement vers d’autres unions libres ?
— Parfaitement.
— Pas d’hymen ?
— Si fait, jusqu’au jour où il n’y a plus d’hymen consenti par le couple hyménéen.
— Mais le devoir conjugal ?
— Un devoir lui est supérieur : le devoir d’amour.
— Elles seraient donc dans leur droit, les filles qui rôdent dans les promenoirs des music halls ?
— Oui, si, à leur espoir de la nécessaire rétribution qu’exigent les marchandes à la toilette et les loueuses de garnis, elles joignaient la joie de leurs lèvres à des levées.
— C’est aller loin !
— Non pas. Même immonde, l’amour libre vaut mieux que, même honnête, l’amour esclave. Et, quoi qu’elle fasse, de quelque façon qu’il lui plaise de mentir, sans conviction, d’ailleurs, la société moderne a pour base, comme les temples des rishis aryens, la juxtaposition, aujourd’hui moins auguste, de l’Yoni et du Lingam.

(Catulle Mendès)

Loque (parler en)

France, 1907 : Déguiser ses mots, par exemple faire de fou loufoque, en mettant en tête du mot la lettre l à la place de l’f que l’on reporte à la fin et qu’on fait suivre de la terminaison oque.

Loupe

Larchey, 1865 : Fainéantise, flânerie.

Ma salle devient un vrai camp de la loupe.

(Decourcelle, 1836)

Louper : Flâner, rôder comme un loup errant. — Mot de la même famille que chat-parder.

Quand je vais en loupant, du côté du Palais de Justice.

(Le Gamin de Paris, ch., 1838)

Loupeur : Flâneur, rôdeur.

Que faisaient-elles au temps chaud, ces loupeuses ?

(Lynol)

Delvau, 1866 : s. f. Paresse, flânerie, — dans l’argot des ouvriers, qui ont emprunté ce mot à l’argot des voleurs. Ici encore M. Francisque Michel, chaussant trop vite ses lunettes de savant, s’en est allé jusqu’en Hollande, et même plus loin, chercher une étymologie que la nourrice de Romulus lui eût volontiers fournie. « Loupeur, dit-il, vient du hollandais looper (coureur), loop (course), loopen (courir). L’allemand a Läufer… le danois lœber… ; enfin le suédois possède lopare… Tous ces mots doivent avoir pour racine l’anglo-saxon lleàpan (islandais llaupa), courir. »
L’ardeur philologique de l’estimable M. Francisque Michel l’a cette fois encore égaré, à ce que je crois. Il est bon de pousser de temps en temps sa pointe dans la Scandinavie, mais il vaut mieux rester au coin de son feu les pieds sur les landiers, et, ruminant ses souvenirs de toutes sortes, parmi lesquels les souvenirs de classe, se rappeler : soit les pois lupins dont se régalent les philosophes anciens, les premiers et les plus illustres flâneurs, la sagesse ne s’acquérant vraiment que dans le far niente et le far niente ne s’acquérant que dans la pauvreté ; — soit les Lupanarii, où l’on ne fait rien de bon, du moins ; soit les lupilli, qu’employaient les comédiens en guise de monnaie, soit le houblon (humulus lupulus) qui grimpe et s’étend au soleil comme un lézard ; soit enfin et surtout, le loup classique (lupus), qui passe son temps à rôder çà et là pour avoir sa nourriture.

Rigaud, 1881 : Bamboche, paresse, flânerie. — Bambocheur, fainéant, flâneur. — Camp de la loupe, réunion de vagabonds.

C’était, — c’est peut-être encore — une guinguette du boulevard extérieur, près de la barrière des Amandiers. Cette guinguette était flanquée, d’un côté, par un pâtissier nommé Laflème, et, de l’autre, par un marchand de vin nommé Feignant.

(A. Delvau)

La Rue, 1894 : Bamboche, flânerie, paresse. Loupeur, bambocheur, flâneur.

France, 1907 : Paresse, bamboche ; du hollandais looper, coureur. Enfants de la loupe, ouvriers bambocheurs ; bande de vagabonds.

Les Enfants de la loupe et les Filendèches habitaient de préférence l’extérieur des carrières, leurs fours à briques ou à plâtre.

(Mémoires de M. Claude)

Au coin de la rue des Montagnes, un bonhomme avait loué un terrain vague ; il avait fait planter des pieux sur lesquels il avait cloué des planches à bateaux ; il avait planté du gazon dans l’intervalle des tables, afin que les buveurs pussent cuver leur vin à l’aise ; puis, à la barrière en planches qui servait de porte, il avait barbouillé ces mots : Au Camp de la Loupe, tenu par Feignant.
Il faut croire que les loupeurs étaient nombreux, car il gagna un joli pécule.

(Charles Virmaître, Paris oublié)

Maquiller

anon., 1827 : Travailler, battre.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Travailler, battre. Maquiller les brêmes, battre les cartes.

Bras-de-Fer, 1829 : Travailler, battre.

Vidocq, 1837 : v. a. — Faire.

M.D., 1844 : Arranger quelque chose.

un détenu, 1846 : Cameloter, brocantage.

Halbert, 1849 : Chicaner, travailler, battre.

Larchey, 1865 : Agir, machiner.

C’est par trop longtemps boire ; Il est, vous le savez, heure de maquiller.

(Grandval, 1723)

Maquiller un suage : Se charger d’un assassinat. — Maquiller son truc : Faire sa manœuvre. — Maquiller une cambriolle : Dévaliser une chambre. — Maquiller les brèmes : Jouer aux cartes. V. Momir. Ce verbe paraît venir du vieux mot maquillon : maquignon, qui vient lui-même de maque. V. Roquefort et Fr. Michel. — Maquignonner, c’est, en effet, machiner n’importe quoi, pourvu qu’on y gagne.

Larchey, 1865 : Farder. — Même origine que le mot suivant. On sait que les maquignons maquillent à merveille un cheval pour lui donner une meilleure apparence.

Delvau, 1866 : v. a. Faire agir, machiner, — dans l’argot des voleurs et des faubouriens. Signifie aussi Tromper, tricher, user de supercherie. Maquiller les brèmes. Jouer aux cartes, — dans le même argot. Signifie aussi Tricher à l’écarté. Maquiller son truc. Faire sa manœuvre ; Maquiller une cambriolle. Dévaliser une chambre ; Maquiller un suage. Se charger d’un assassinat. Même argot.

Rigaud, 1881 : Faire ; frauder ; farder ; trafiquer. Dérivé de maquignon.

La Rue, 1894 : Faire. Frauder. Voler. Farder. Trafiquer. Maquiller la brème, préparer un jeu de cartes pour tricher.

Virmaître, 1894 : Se farder le visage.

Pour réparer des nuits l’irréparable outrage.

Quand un ouvrage est raté, on le maquille pour le faire accepter.
Maquiller un tableau. Il existe des peintres spéciaux qui font du vieux avec du neuf. Une toile est fabriquée par un rapin quelconque, une signature de maître figure au bas, le maquilleur lui donne l’aspect de la vétusté, et un amateur naïf l’achète.
Il y a comme cela des Velasquez peints à Montmartre (Argot des filles et des peintres). N.

Rossignol, 1901 : Tripoter, arranger. Celui qui en jouant arrange les cartes, de façon à avoir un beau jeu et gagner, maquille les brêmes.

Hayard, 1907 : Farder, déguiser, changer d’aspect, vendre.

France, 1907 : Travailler, et naturellement voler, le vol étant un travail.

Cambriolle tu maquilleras
Par carouble et esquintement,

disent les commandements des voleurs pour faire pièce à ceux de l’Église.

Qu’est ceci, mes enfants, écoutez-vous vos flames ?
Et perdez-vous ainsi le tems avec des femmes ?
C’est boire trop long-tems, aimer et baléller ;
Il est, vous le savez, heure de maquiller :
Levez-vous, finissez bonne chère et musique,
Partez, et travaillez pour le bien de la clique ;
C’est trop, indignes cœurs, vous devriez rougir
D’un si lâche repos, quand il est tems d’agir.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Maquiller un gayet, donner au moyen de certains procédés l’apparence d’un bon cheval à une rosse ; maquiller le papelard, écrire ; maquiller un suage, préparer un assassinat ; maquiller le vitriol, falsifier de l’eau-de-vie.

— Vieille drogue, tu as changé de litre !… Tu sais, ce n’est pas avec moi qu’il faut maquiller ton vitriol.

(Émile Zola, L’Assommoir)

France, 1907 : Tromper, falsifier.

J’ai fait par comblance
Gironde larguecapé (maîtresse)
Soiffant picton sans lance,
Pivois non maquillé.

(Winter, forçat, 1829)

Marmotte

Ansiaume, 1821 : Cassette.

J’ai décarré avec la marmotte.

Delvau, 1864 : Le con, — qui ne dort jamais. — Allusion au poil d’une motte bien garnie.

Un soir, ma sœur me dit : Si nous étions dans le même lit, tu pourrais faire entrer ta petite broquette qui est toujours raide dans la bouche de ma petite marmotte que tu aimes tant.

(Anti-Justine)

Delvau, 1866 : s. f. Boîte ou carton d’échantillons, — dans l’argot des commis-voyageurs.

Delvau, 1866 : s. f. Madras que les femmes du peuple se mettent sur la tête pour dormir.

Rigaud, 1881 : Boîte de placier. Boîte où les commis voyageurs mettent les échantillons.

Rigaud, 1881 : Femme, — dans le jargon des souteneurs ; par altération de marmite.

Virmaître, 1894 : Madras que les marchandes portent encore sur la tête en guise de coiffure. Marmotte : diminutif de marmite.
— Tu n’es qu’une sale marmotte (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Femme qui se prostitue.

France, 1907 : Boîte de commis placier. Allusion aux boîtes où les petits Savoyards enferment leur marmotte.

France, 1907 : Mouchoir de coton ou de soie que les femmes de certaines campagnes et les marchandes des rues portent sur la tête.

Coiffée d’une simple marmotte, un fichu sur les épaules, les seins bombés, la croupe rebondie, elle était plus charmante ainsi que les belles dames avec leurs chapeaux à plumes et leurs manteaux de velours.

(Les Propos du Commandeur)

Menteuse

anon., 1827 / Clémens, 1840 / Halbert, 1849 : Langue.

Delvau, 1866 : s. f. La langue, — dans l’argot des voleurs, dont M. de Talleyrand s’est fait le plagiaire prolixe en disant : « La parole a été donnée à l’homme pour déguiser sa pensée. » Les voleurs anglais ont la même expression ; ils appellent la langue prating cheat (la trompeuse qui bavarde, ou la bavarde qui ment).

Rigaud, 1881 : Langue. Les voleurs font souvent acte de diplomatie.

La Rue, 1894 : Langue.

Virmaître, 1894 : Langue. On dit par opposition d’une langue d’animal :
— Allons manger une langue qui n’a jamais menti.
Parce qu’elle ne parle pas (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Langue.

Mignon

d’Hautel, 1808 : Un mignon. Homme d’une lâche complaisance, asservi à d’infâmes caprices.
Un péché mignon. Inclination fautive dans laquelle on tombe à tout moment.
Argent mignon. Épargnes, économie, abondance d’argent comptant, que l’on dépense en frivolités, que l’on emploie à satisfaire ses moindres désirs.

Delvau, 1864 : Jeune pédéraste… passif. — Apollon à belles fesses. — L’histoire faisant mention des pages de Henri III, qui étaient non-seulement ses favoris, mais encore ses mignons, ne laisse pas de doute sur l’emploi qu’ils avaient auprès de leur maître.

Ce qu’il est le plus naturel de faire à la femme est précisément ce dont elle se soucie le moins ;… tantôt elle veut qu’où la traite comme un mignon… tantôt, etc…

(A. de Nerciat)

Petit fils, petit mignon, Mâle ou femelle, Je sais ton nom.

(Béranger)

Et j’abandonne au vicaire de Dieu
Ses trois clés d’or, ses fulminantes bulles,
Son Vatican, son cardinal neveu,
Ses beaux mignons, ses nièces et ses mules.

(Parny)

France, 1907 : Jeune garçon servant aux plaisirs hors nature ; du celtique mion, amour, ou de l’ancien allemand minnia, même sens. Les mignons d’Henri III sont restés célèbres ; lorsqu’ils se battirent avez ceux du duc de Guise, on chanta dans les rues ce De profundis :

Que Dieu reçoive en son giron
Quélus, Schomberg et Maugiron !

D’ignobles débauches, entremêlées de capucinades et de coups d’épée, furent toute la vie de ces mignons, qui, du reste, moururent tous jeunes pour la plupart.

(Laroussse)

Et j’abandonne au vicaire de Dieu
Ses trois clefs d’or, ses fulminantes bulles,
Son Vatican, son cardinal neveu,
Ses beaux mignons, ses nièces et ses mules.

(Piron)

Minstrel

France, 1907 : Chanteur déguisé en nègre qui s’accompagne sur un banjo. C’est notre vieux mot ménestrel revenu déformé par son passage en Angleterre.

Boulogne et le Havre enfin, leurs bars, les music-halls et les minstrels aidant, ont-ils besoin d’un ciel gris, d’une mer embrouillardée pour « entraîner » leurs hôtes de passage à la vie anglo-saxonne ?…

(Paul Bonnetain)

Moco

France, 1907 : Sobriquet donné aux Marseillais.

— Sais-tu bien te déguiser ?
— Je suis passé maitre dans cet art. Je me travestirai en Marseillais un peu grotesque. J’ai habité Marseille et je sais imiter l’accent des mocos.

(Simon Boubée, Le Testament d’un martyr)

Mouton de Panurge

France, 1907 : Sauter l’un après l’autre comme les moutons de Panurge, faire comme tout le monde, imiter sottement ses voisins.
Cette expression est tirée de Rabelais. « Panurge, retournant du pays de Lanternois, se trouva sur le bateau avec Dindenault, le marchand de moutons. Après de longs débats, il lui en achète un, le paye, choisit de tout le troupeau un beau et grand mouton, et l’emportoit criant et beslant, oyant tous les aultres et ensemblement beslants et regardants quelle part on menoit leur compagnon… Soubdain, je ne sçai comment, Panurge, sans aultre chose dire, jecte en pleine mer son mouton criant et beslant ». Tous les autres moutons criant et bêlant se jettent en mer à la file. « La foule estoit à qui premier y sauteroit après leur compagnon. Possible n’estoit les en garder. Comme vous sçavez estre du mouton le naturel, tousjours suivre le premier, quelque part qu’il aille. Le marchand, tout effrayé de ce que devant ses yeux périr voyoit et noyer ses moutons, s’efforçoit de les empescher et retenir de tout son pouvoir. Mais c’estoit en vain. Tous à la file saultoient dedans la mer et périssoient. Finablement il en print un grand et fort, par la toison sur le tillac, cuidant ainsi le retenir et sauver le reste aussi conséquemment. Le mouton fut si puissant qu’il emporta en mer avec soi le marchand, et fut noyé… Autant en firent les aultres bergers et moutonniers, les prenants uns par les cornes, aultres par les jambes, aultres par la toison. Lesquels tous feurent pareillement en mer portés et noyés misérablement. »

À partir de ce moment, j’eus mes admirateurs. Ils se recrutèrent, d’abord, parmi les fruits secs qui seraient bien aises d’écraser les supériorités réelles sous certaines célébrités excentriques et d’une valeur discutable. L’admiration pour la médiocrité qui se déguise en bizarrerie est une des formes les plus fréquentes de la jalousie littéraire. Puis, vint se mettre à la suite de mes thuriféraires une bonne partie du troupeau des moutons de Panurge. Aujourd’hui, la foule ne veut plus être avec la foule. Bien des gens, pour éviter la banalité, se jettent à corps perdu dans l’océan de l’absurde. Comme, de temps à autre, parmi les insanités que je publie, j’intercale certaines des choses raisonnables que l’on me refusait autrefois, les critiques s’occupent de mes œuvres et me regardent comme un génie égaré qui eût pu monter très haut s’il n’eût été entraîné par les désordres d’une vie anormale et les chimères d’un esprit exalté.

(Simon Boubée, Le Testament d’un martyr)

Mycophile

France, 1907 : « C’est le nom que se donnent entre eux les amateurs de champignons (du grec mukès, champignon, et philein, aimer). Les mycophiles sont légion. Malgré les accidents signalés annuellement par les journaux, ils n’en continuent pas moins de récolter et de savourer les mystérieux cryptogames qui foisonnent sous bois et offrent aux regards des observateurs le curieux assemblage des vertus les plus exquises et des plus détestables caractères. Ce bizarre monde végétal a plus d’une analogie avec la société humaine ; les pires scélérats y vivent côte à côte avec les braves gens et déguisent hypocritement sous d’honnêtes apparences leur naturel pernicieux. Il faut un flair subtil et une savante sagacité pour discerner les bons des méchants dans cette foule bigarrée. »

(André Theuriet)

Noces réchauffées

France, 1907 : Secondes noces. Convoler à une nouvelle union était acte décrié chez les Romains. Valère Maxime dit que les femmes qui les contractaient ne pouvaient toucher à la statue de la Chasteté, et Martial les flagelle dans une épigramme : « Se marier une seconde fois, c’est être légalement adultère. » C’est ce que d’ailleurs Tertullien nommait adultera speciosa, des adultères déguisés. « Les pères de l’Église les qualifiaient de même, dit M. Quitard, et dans le moyen âge on inventa le charivari pour les bafouer. » « Première épouse, mariage ; seconde, compagnie ; troisième, hérésie », dit le proverbe italien.

Ossian

France, 1907 : Bonnet de coton ; argot de l’École polytechnique, du nom d’un ancien directeur des études, Ossian Bonnet.

L’ossian sert ordinairement à essuyer les rasoirs ; mais son utilité principale est de servir de cagoule à ceux qui se déguisent et de masque excellent à ceux qui, le soir, veulent faire du tapage dans les corridors… Percé de deux trous à la hauteur des yeux et d’un autre pour la bouche, enfoncé jusqu’au cou, l’ossian rend absolument méconnaissable.

(Albert Lévy et G. Pinet)

Paletot court

Fustier, 1889 : Une des dernières incarnations du gommeux.

Les poisseux essayèrent de prévaloir, mais ils n’étaient en somme que des gommeux déguisés ; ils n’eurent aucun succès. A présent, nous avons les paletots courts.

(La Comédie moderne, journal, 1882)

Paniers, vendanges sont faites (adieu) !

France, 1907 : La saison de faire une chose est passée. Trop tard, petit bonhomme ne vit plus. Brantôme donne une explication de ce dicton. Le grand prieur de Lorraine, François de Guise, envoya en course, du côté du Levant, deux de ses galères sous le commandement du capitaine de Beaulieu, brave et vaillant homme. Vers l’Archipel, il rencontra un grand navire vénitien et se mit à le canonner. Mais celui-ci lui répliqua si vigoureusement qu’il lui emporta à la première volée deux de ses bancs avec leurs forçats et son lieutenant du nom de Panier, bon compagnon, dit Brantôme, qui n’eut que le temps de dire ce seul mot : « Adieu, Panier, vendanges sont faites ! » Il y a tout lieu de supposer que ce dicton existait déjà dans la langue avant ledit Panier et que cet officier des chiourmes n’a fait qu’un jeu de mot sur son nom. C’est, du reste, un débris de chanson, dont Édouard Fournier donne l’histoire dans son livre des Chansons populaires.

Pantoufle

d’Hautel, 1808 : Cet homme raisonne comme une pantoufle. Pour, il parle à tort et à travers ; il ne sait ce qu’il dit.
On iroit en pantoufle. Se dit pour exagérer la proximité d’un lieu ou la beauté d’un chemin, et pour marquer la commodité qu’on a d’y aller.
Il a mis son soulier en pantoufle. Se dit par raillerie de quelqu’un qui croit s’être bien déguisé, et que l’on reconnoit au premier abord.

Delvau, 1866 : Mot que le peuple ajoute ordinairement à Et cœtera, comme pour mieux marquer son dédain d’une énumération fastidieuse. Sert aussi de terme de comparaison péjorative. Bête comme ma pantoufle. Très bête. Raisonner comme une pantoufle. Très mal.

Pantouflerie

France, 1907 : Bêtise, veulerie, lâcheté.

On devrait foutre la pierre aux fausses couches qui se laissent mettre le grappin sur le râble et, au lieu de les plaindre, leur dire :
— « Si vos poings n’étaient pas assez durs pour résister à l’ennemi que n’avez-vous aiguisé vos griffes et ramassé les cailloux du chemin ? Aussi fort et si puissant que fût votre antagoniste, y avait mèche de rétablir l’équilibre et de l’empêcher de vous dévorer !…
Puisque, au lieu d’agir, vous avez courbé l’échine, supportez-en les conséquences !… »
Mais foutre, les bons bougres n’ont pas cette rigidité de raisonnement : ils comprennent que la pantouflerie du populo résulte beaucoup de la masturbation séculaire que, de génération en génération, lui font endurer les grosses légumes.

(Le Père Peinard)

Patatrot (faire le)

France, 1907 : Décamper, se sauver ; corruption de pattes au trot. « Faire un patatrot », poursuivre à grande vitesse.
Les synonymes sont nombreux ; en voici les principaux :

Jouer la fille de l’air, faire le lézard, le jat jat, la paire, cric, gilles ; se déguiser en cerf, s’évanouir, se cramper, tirer sa crampe, se lâcher du ballon, se la couler, se donner de l’air, se pousser du zeph, se sylphider, se la trotter, se la couvrir, se faire la débinette, jouer des fourchettes, se la donner, se la briser, ramasser un bidon, se la casser, se la tirer, tirer ses grinches, valser, se tirer les pincettes, se tirer des pieds, se tirer les baladoires, les pattes, les trimoires ou les flûtes ; jouer des guibes ou des quilles, se carapater, se barrer, bandrouiller, se cavaler, faire une cavale, jouer des paturons, happer le taillis, flasquer du poivre, décaniller, décarer, exhiber son prussien, démurger, désarrer, gagner les gigoteaux, se faire une paire de mains courante à la mode, fendre l’ergot, filer son nœud, se défiler, s’écarbouiller, esballonner, filer son câble par le bout, faire chibis, déraper, fouiner, se la fracturer, jouer des gambettes, s’esbigner, ramoner ses tuyaux, foutre le camp, tirer le chausson, se vanner, ambier, chier du poivre, se débiner, caleter, attacher une gamelle, camper.

Pate

d’Hautel, 1808 : Des pates de mouche. C’est ainsi que l’on appelle une écriture très-fine et mal formée.
Faire patte de velours. Faire l’hypocrite, déguiser sous des dehors caressans, une ame noire et le dessein de nuire.
Pate. Se prend aussi pour main.
Une pate d’arraignée. Se dit d’une main sèche et décharnée.
Il a de grosses vilaines pates. Se dit par raillerie de quelqu’un qui a les mains fortes et rudes.
Marcher à quatre pates. Marcher sur les pieds et sur les mains
Il ne peut remuer ni pied ni pate. Se dit de quelqu’un qu’une grande lassitude, ou une grande fatigue empêche de marcher.
Mettre la pate sur quelqu’un. Le battre, le maltraiter.
Si jamais il tombe sous ma pate, gare à lui. Espèce de menace que l’on fait à quelqu’un pour dire, qu’on ne l’épargnera pas, quand on en trouvera l’occasion.
Être entre les pates de quelqu’un. Être soumis à sa censure ; se dit en mauvaise part d’un homme dont on a sujet de craindre la sévérité.
Donner un coup de pate. Lâcher un trait malin et piquant.
Graisser la pate à quelqu’un. Le corrompre, le gagner par argent.

Bras-de-Fer, 1829 : Lime.

Delvau, 1866 : s. m. Apocope de patron, — dans l’argot des graveurs sur bois.

Rigaud, 1881 : Lime. — Patron.

France, 1907 : Abréviation de patron.

Pays

d’Hautel, 1808 : Bonjour pays. Se dit en saluant un compatriote.
C’est mon pays. Pour dire il est né dans le même pays que moi.
Autant de pays, autant de guises. Pour dire que chaque peuple à des mœurs différentes.
Juger à vue de pays. Pour dire par approximation ; sans être précisément certain.
De quel pays venez-vous donc ? Se dit à celui, qui ignore une nouvelle que tout le monde sait depuis long-temps.
Il lui a fait voir bien du pays. Signifie, qu’on a donné bien de l’exercice à un homme ; qu’on l’a entretenu d’affaires pénibles.
Il a gagné le pays, il a vidé le pays. Pour, il s’est sauvé, il s’est enfui.
Battre du pays. S’éloigner de son sujet, dire un grand nombre de choses inutiles.
Il est encore bien de son pays celui-là. Pour, il est bien sot, bien ridicule, bien niais, de s’imaginer cela ; se dit généralement de ceux qui font des propositions que l’on ne peut accepter.

Larchey, 1865 : Compatriote. V. d’Hautel, 1808. — V. Coterie.

Falleix trouvait son vieux pays trop cher.

(Balzac)

Ces primeurs exposées pour le plaisir des caporaux et de leurs payses.

(Id.)

Delvau, 1866 : s. m. Compagnon, — dans l’argot des ouvriers.

Delvau, 1866 : s. m. Compatriote, — dans l’argot des soldats.

Peausser (se)

Larchey, 1865 : Se déguiser. — Mot à mot : se cacher dans la peau de.

Je vais me peausser en gendarme.

(Balzac)

Rigaud, 1881 : Se déguiser.

France, 1907 : Se déguiser, littéralement prendre une autre peau ; argot des voleurs.

— Je vais me peausser en gendarme.

(Balzac)

Pierre à affuter

Virmaître, 1894 : Le pain. En le coupant, cela n’affûte pourtant pas le couteau, mais c’est une allusion au va et vient du couteau sur la pierre à repasser, quand le rémouleur lui donne le fil, ou quand le boucher l’aiguise sur son fusil (Argot du peuple).

Pivert

Delvau, 1866 : s. m. Scie faite d’un ressort de montre, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Ressort de montre dont les prisonniers se servent en guise de lime. Allusion à la dureté du bec du pivert.

France, 1907 : Petite scie faite avec un ressort de montre et dont les prisonniers se servent pour scier les barreaux de leur cellule. Allusion à la finesse du bec de l’oiseau de ce nom.

Pont aux ânes

France, 1907 : Chose facile à exécuter que des plus ignorants doivent savoir et les plus obtus comprendre. En géométrie, le carré de l’hypoténuse est le pont aux ânes des paresseux. C’est aussi un obstacle léger qui suffit à arrêter une personne simple, ignorante où pusillanime s’effrayant de la moindre difficulté, comme l’âne qui refuse de passer sur un pont. L’origine de cette expression remonterait à environ trois cents ans, époque où le pont sur la rive gauche de la Seine entre le quai Montebello et la place du parvis Notre-Dame était appelé Pont aux ânes à cause des bestiaux et ânes qui le traversaient pour aller paitre dans les prairies où sont aujourd’hui l’Entrepôt et le Jardin des Plantes. Un meunier de Gentilly, cocu et jaloux, alla consulter un docte savant sur les moyens à employer pour ramener à bien l’infidèle. « Va sur le Pont aux ânes et observe ce qui s’y passera », répondit le sage homme. Le meunier alla et remarqua que les ânes qui escaladaient le pont dont l’accotement était escarpé, recevaient en guise de stimulant forces coups de trique. Il comprit et, rentré à la maison, mit à profit le conseil parabolique du docteur. Et la trique d’aller et la femme de crier et de promettre de s’amender. « Le moyen était bon, affirment les graves Débats qui racontent celle anecdote, rien n’était plus facile que de le trouver. C’était le pont aux ânes ! »

Poussier

Vidocq, 1837 : s. m. — Argent monnoyé.

Halbert, 1849 : Poudre ou lit.

Larchey, 1865 : Poussière. — Poussier : Lit. — La poussière n’y manque pas.

Je lui paie son garni de la rue Ménilmontant, un poussier de quinze balles par mois.

(Monselet)

Poussier : Monnaie (Vidocq).

Delvau, 1866 : s. m. Lit d’auberge ou d’hôtel garni de bas étage, — dans l’argot des faubouriens.

Delvau, 1866 : s. m. Monnaie, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Lit, — dans le jargon du peuple ; probablement parce qu’il n’est pas fait souvent.

Rigaud, 1881 : Monnaie de cuivre, — dans le jargon des voleurs.

Merlin, 1888 : Lit militaire, méritant fort bien ce nom : poussière dessus, poussière dedans, en guise de paille. On dit aussi plumard et panier.

La Rue, 1894 : Monnaie de cuivre. Lit. Tabac à priser. Fausse monnaie. Poudre. Pouce, main.

Virmaître, 1894 : Lit malpropre. Poussier, chambre pauvre, en désordre.
— Comment peux-tu vivre dans un pareil poussier ?
Synonyme de taudis (Argot du peuple).

France, 1907 : Argent ; argot des voleurs.

France, 1907 : Lit ; argot populaire.

C’est le terme. Au pavé, les gueux. Bon débarras !…
Empile vivement dans la charrette à bras
Ton poussier disloqué, les deux chaises de paille,
Tes poêlons, tes outils, tes guenilles, canaille !

(André Gill)

Passer sur le poussier le temps entre les appels, les pansages et les manœuvres, filer l’amour profane avec les bonnes d’enfants ou les demoiselles de comptoir, faire les yeux en coulisse à toute femme que l’on suppose de bonne volonté, poursuivre dix lièvres à la fois et revenir bredouille, errer à la recherche du camarade qui doit vous rincer la dalle, avoir sans cesse envie de boire sans être pris de la moindre soif, chercher constamment la femme et être saoul d’amour, tuer les heures du soir à jouer son café dans d’interminables parties de rams et les jours où l’on touche le prêt ou le mandat, fruit des épargnes amassées péniblement par la mère pour procurer quelques douceurs au pauvre enfant, rentrer ivre à la caserne et finir la fête au bloc.
Cette vie, toute douce qu’elle soit, devient fatigante à la longue.

(Hector France, L’Homme qui tue)

Pulvériser (se la)

Rigaud, 1881 : Synonyme de se la briser, se déguiser en cerf, jouer la fille de l’air, se travestir en chamois, s’esbigner, se débiner, se cavaler, démarrer, se mettre une gamelle, etc., etc.

Radicrer

Halbert, 1849 : Remoudre.

France, 1907 : Aiguiser, repasser ; argot des voleurs.

Raiguisé

Virmaître, 1894 : Avoir tout perdu. Mot à mot : il est réguisé, il va mourir (Argot du peuple).

Raiguisé (être)

France, 1907 : Avoir tout perdu ; argot populaire.

Raiguiser

France, 1907 : Tromper, dépouiller.

Réguisé

Rigaud, 1881 : Misérable que le manque d’argent pousse au crime. — Ruiné, maigre.

Tu ne reconnais pas Caroline ? — Toi ! Caroline ?… Cristi, madame, comme vous êtes réguisée !

(Grévin, Croquis parisiens)

Rossignol, 1901 : Ne plus rien posséder.

Réguisé (être)

Delvau, 1866 : Être battu, ou ruiné, ou volé, ou condamné par la Faculté ou par le Jury. Argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Être misérable. — Être condamné à mort. — Être très malade. — Être trompé d’une manière indigne.

La Rue, 1894 : Battu, ruiné, évincé dans une entreprise, volé, trompé ou condamné à mort par le jury ou la Faculté.

Réguisée

France, 1907 : Battu, volé, ruiné ; argot des voleurs.

Reguiser

un détenu, 1846 : Perdre au jeu.

Réguiser

Rigaud, 1881 : Ruiner. Réjouissance. État de maigreur chez une femme. — On dit d’une femme dont on voit les os percer, qu’elle a plus de réjouissance que de viande.

Rouler sa bosse

Virmaître, 1894 : Ouvrier trimardeur, qui n’a pas de domicile fixe, qui roule sa bosse de ville en ville. C’est un mendiant déguisé qui cherche de l’ouvrage et prie le bon Dieu de n’en pas trouver (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Ne pas avoir de domicile fixe, voyager constamment c’est rouler sa bosse. Celui qui a beaucoup voyagé a roulé sa bosse.

France, 1907 : Voyager, aller d’un endroit à l’autre.

Après avoir roulé leur bosse
De Montmartre au Quartier Latin,
Il en est qui lâchent la noce,
yant séduit un vieux rupin,
Leur existence se termine,
Douce et tranquill’, dans leur pat’lin ;
À l’église, leur voix domine
Celle des chantres du lutrin,
On les voit, très pieusement,
Prier religieusement.

(G. Chavanne)

Sacqué

Rigaud, 1881 : Chiffonnier qui se sert d’un sac en guise de hotte.

Saint Hareng

France, 1907 : Surnom donné autrefois au hareng. Dans le XVe siècle, il parut un petit poème sur la vie de saint Hareng, glorieux martyr, où, sous le voile d’une assimilation très hardie pour époque, où y donne des détails culinaires assez curieux sur le parti qu’on tirait alors de ce poisson :

Entre Boulogne et l’Angleterre
Fut pris le corps de saint Hareng
Qui souffrit plus que saint Laurent,
À Dieppe son corps fut porté,
Puis il fut mis en la fumée,
Pendu en guise de larron,
Et depuis mangé au cresson,
Au vinaigre, à la moutarde.
Tout est gracieux et courtois,
Qu’on le mange avec des pois ;
Et les bonnes gens de village
En font souvent de bon potage ;
C’est grand pêché que saint Hareng
Soit martyr aussi souvent.

(Aulagnier, Dict. des aliments et des boissons)

Salières

Larchey, 1865 : Cavités pectorales. On dit d’une femme maigre trop décolletée qu’elle montre ses salières. — Usité dès 1808.

Delvau, 1866 : s. f. pl. Cavités de la clavicule, — dans l’argot du peuple. Montrer ses salières. Se dit d’une Femme maigre qui se décollète trop.

Virmaître, 1894 : Une femme qui a la poitrine creuse, a des salières, c’est-à-dire des trous en guise de seins. On dit également qu’elle a les tétons dans le dos (Argot du peuple).

France, 1907 : Poitrine creuse, trous en guise de seins, cavités pectorales ressemblant à des salières.
Elle a deux salières et cinq plats, se dit d’une femme maigre qui n’a ni gorge, ni ventre, ni fesses.

— Je crois que vous « me voulez », en effet. Mais vous voulez également toutes les femmes qui passent à votre portée… mettons toutes les jeunes filles. Jusqu’à cette pauvre Jeanne, si plate, si fagotée, dont vous regardiez les salières avec des yeux brillants !

(Marcel Prévost, Les Demi-Vierges)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique