France, 1907 : Faire fléchir, ployer, en parlant de l’action du vent et de la pluie sur les récoltes. Mot central et bourguignon, dérivé de blache.
(P. Malvezin)
Ablucher
France, 1907 : Faire fléchir, ployer, en parlant de l’action du vent et de la pluie sur les récoltes. Mot central et bourguignon, dérivé de blache.
(P. Malvezin)
Abonné au guignon
Virmaître, 1894 : Déveine persistante, qu’aucun effort ne peut conjurer. On dit aussi : « Il a si peu de chance qu’il se noierait dans un crachat » (Argot du peuple).
France, 1907 : Malchanceux, pauvre diable poursuivi par la déveine.
Abonné au guignon (être)
Delvau, 1866 : Être poursuivi avec trop de régularité par la déveine. Argot des faubouriens.
Aller en Galilée
Boutmy, 1883 : v. Remanier, remettre en galée. M. Ch. Sauvestre, qui, lui aussi, est un ancien typo devenu journaliste, nous signale cette expression pittoresque :
Aller en Galilée, dit-il, c’est faire des remaniements qui nécessitent le transport d’une page ou d’une portion de page du marbre, où elle était en forme, dans la galée, sur la casse. Aller en Germanie n’est rien, comparativement au guignon d’aller en Galilée.
Galilée est évidemment une corruption plaisante de galée.
Ânes de Beaune
France, 1907 : Ce sobriquet donné aux habitants de Beaune date du XIIIe siècle et viendrait d’une riche famille de marchands, originaire de cette ville et dont le nom était Asne. D’un autre côté, le Glossaire des Noëls bourguignons de Lamonnoye prétend que ce surnom a été donné par les habitants de Dijon qui avaient coutume de ridiculiser ceux de Beaune, et disaient, en parlant d’un ignorant ou d’un niais, qu’il était de Beaune ou qu’il fallait l’y envoyer.
Bibi
Delvau, 1864 : Jouvenceau, mignon qui sert aux plaisirs libertins des vieillards — le giton du Satyricon, le Ganymède de Jupiter, l’officiosus des bains publics, à Rome ; ou mignon de dame.
Larchey, 1865 : Petit chapeau de femme.
Malaga portait de jolis bibis.
(Balzac)
Bibi : Nom d’amitié donné à l’homme ou à la femme dont on est coiffé.
Paul, mon bibi, j’ai bien soif. — Déjà ?
(Montépin)
Delvau, 1866 : s. m. Petit nom d’amitié, — dans l’argot des faubouriens ; petit nom d’amour, — dans l’argot des petites dames.
Rigaud, 1881 : Chapeau haute forme, — dans le jargon des ouvriers. La mode exige aujourd’hui que les chapeaux d’hommes soient pourvus de très petits bords ou, mieux, soient dépourvus de bords. — J’ai lâché le bibi, j’ai arboré le chapeau haute forme.
Rigaud, 1881 : Fausse clé de petit calibre.
Rigaud, 1881 : Nom d’amitié donné indistinctement aux gens et aux bêtes, ou qu’on s’octroie à soi-même. — « C’est à Bibi ça. »
J’aime pas qu’on fasse des manières avec Bibi.
(X. de Montépin, Le Fiacre no 13)
Rigaud, 1881 : Nom donné aux chapeaux de femmes, vers la fin du règne de Louis-Philippe, parce que ces coiffures étaient très petites.
Dans le vieux patois bourguignon, on désignait par bibi un petit objet, de quelque nature que ce soit, servant d’amusette aux enfants.
(Ch. Nisard)
Merlin, 1888 : Lignard.
Virmaître, 1894 : Instrument de cambrioleur (Argot des voleurs). V. Tâteuse.
France, 1907 : Nom d’amitié décerné à soi-même.
Les plus farouches amis du peuple, bourgeois ou prolétaires, chacun travaille pour son singe, suivant l’expression de certain conseiller municipal manquant de lettres, ce que Jules Vallès, dans l’intimité, résumait par ce mot en montrant son puissant abdomen : « Le pauvre, c’est bibi. »
(Hector France, Sac au dos à travers l’Espagne)
Ce mot ne viendrait-il pas du patois béarnais bibe, vivre, bibi, je vis ?
On appelait, vers 1830, un certain petit chapeau de femme un bibi.
Bibi signifie aussi couteau et fausse clé, dans l’argot des voleurs.
S’il faut en croire, dit Lorédan Larchey, un feuilleton publié par Holstein, dans le Constitutionnel du mois de septembre 1872, bibi aurait détrôné monseigneur depuis longtemps.
C’était un bout de dialogue recueilli à la police correctionnelle (en 1848) :
— Accusé, disait le président, au moment de votre arrestation, on a surpris sur vous un trousseau de fausses clés. — Non, citoyen président. — C’était donc un monseigneur ? — Il n’y a plus de monseigneur, citoyen président. — Vous comprenez ce que je veux dire : pour employer votre langue, j’entends un rossignol. — Eh bien ! moi, je ne l’entends pas le rossignol, sans doute parce que je suis en cage. — Prenez garde ! Trêve de jeux de mots ; ils sont déplacés ici plus qu’ailleurs. Vous savez fort bien ce que je veux dire par fausses clés, rossignol, monseigneur ! — Parfaitement, citoyen président, vous voulez dire bibi.
Nous devons ajouter qu’au moment même où paraissait le feuilleton de Holstein, les journaux judiciaires disaient, en parlant de l’arrestation de faux monnayeurs, qu’on avait trouvé à leur atelier, boulevard de Grenelle, un monseigneur. Donc, monseigneur n’est pas encore détrôné tout à fait par bibi.
Bourguignon
d’Hautel, 1808 : Bourguignon salé. Se dit de ceux qui mettent beaucoup de sel dans ce qu’ils mangent.
Ansiaume, 1821 : Soleil.
Le bourguignon a été chaud, le picton sera mâte celte année.
Delvau, 1866 : s. m. Le soleil, dans l’argot du peuple, qui croit que cet astre n’a été créé par Dieu que pour faire mûrir les vignes de la Côte-d’Or.
Virmaître, 1894 : Le soleil. Il fait mûrir les bons vins de Bourgogne (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Le soleil.
France, 1907 : Le soleil, qui réchauffe comme le vin de Bourgogne.
V’là le Bourguignon qui baisse ; il est temps de bloquir.
(Vidocq)
Bourguignon (le)
Hayard, 1907 : Le soleil.
Cogne
Ansiaume, 1821 : Gendarme.
J’ai ébobi deux cognes, sans la grive je crompois.
Vidocq, 1837 : s. m. — Gendarme.
Clémens, 1840 / M.D., 1844 / un détenu, 1846 / Halbert, 1849 : Gendarme.
Delvau, 1866 : s. m. Apocope de Cognac, — dans l’argot des faubouriens.
Delvau, 1866 : s. m. Gendarme. La cogne. La gendarmerie.
Rigaud, 1881 : Cognac. — Prendre un petit cogne, histoire de se rincer la dent, prendre un petit verre de cognac, pour se rafraîchir la bouche.
Viens pitancher un verre de cogne !
(Huysmans, Marthe)
La Rue, 1894 : Gendarme. Agent.
Virmaître, 1894 : Gendarme (Argot des voleurs). V. Hirondelle de potence.
Rossignol, 1901 : Gendarme. On nomme aussi les gardiens de la paix des cognes
Acré (sauvons-nous), v’la les cognes.
Hayard, 1907 : Gendarme.
France, 1907 : Abréviation de cognac et de cognard. Ces trois mots sont dérivés du verbe cogner.
Mais une heure après, ô guignon !
La faridondaine, la faridondou,
Les cognes m’ont mis à l’abri,
Biribi !
(Georges Prud’homme, Rouge et Noir)
France, 1907 : Eau-de-vie ; abréviation de cognac. Un noir de trois ronds sans cogne, une tasse de café noir de trois sous sans eau-de-vie.
Coup de soleil
d’Hautel, 1808 : Avoir un coup de soleil. Être étourdi, à demi gris, avoir une pointe de vin, être en gaieté.
On dit aussi dans le même sens : Avoir son coup de feu.
Delvau, 1866 : s. m. Demi-ébriété, — dans l’argot des faubouriens, que le vin allume et dont il éclaire le visage.
Rigaud, 1881 : Ivresse ; illumination faciale causée par un excès de boisson.
Virmaître, 1894 : Avoir trop bu du petit bourguignon. On dit aussi un coup de sirop (Argot du peuple).
France, 1907 : Même sens que ci-dessus [s’envirer].
Il y a deux manières d’avoir un coup de soleil : en buvant quelques demi-setiers de trop à la cantine, ou en se toquant d’une jolie petite femme.
De l’un comme de l’autre méfiez-vous.
Croire cela et boire de l’eau
France, 1907 : Ce terme est appliqué aux gens crédules et, particulièrement, aux malades qui vont chercher la santé aux Stations balnéaires, croyant aux éloges intéressés des médecins prônant la vertu imaginaire de certaines eaux. Collé l’emploie dans une de ses chansons badines, Vaudeville de Razibus :
Ce raisonnement est fort beau,
Mais croyez ça z’et buvez d’l’eau.
On le trouve aussi dans une piquante parodie de l’Énéide de Virgile en patois bourguignon, parue en 1718 : Virgile virai en Borguignon. Didon répond à Énée, qui lui déclare qu’il doit quitter Carthage par l’ordre des dieux pour se rendre en Italie :
— Croyé celai beuvé de l’éau.
Ces gens lui ont dans le cervaaa
Be d’autre dirfaire que les tienne.
Charles Nisard fait remonter ce dicton aux premiers jours de l’Inquisition, où l’on infligeait le supplice de l’eau à ceux dont les croyances ne concordaient pas avec celles de l’abominable tribal. À cet effet, on étendait le malheureux sur un chevalet de bois, la tête plus basse que les pieds, et on lui introduisait dans la bouche un linge mouillé qui couvrait aussi les narines ; puis on lui versait de l’eau qui filtrait lentement à travers le linge, de sorte que, pour respirer, le patient devait, à chaque seconde, avaler de l’eau pour donner passage à l’air. C’était une succession d’étouffements ; quand le malheureux était presque asphyxié, on retirait le linge, l’on recommençait l’interrogatoire, et, suivant les réponses, le supplice. Bref, il fallait croire ou boire de l’eau. « En usant des mêmes termes aujourd’hui, dit Ch. Nisard, on en a gâté le sens, en substituant la conjonction copulative à l’alternative ; on en a rendu en même temps l’origine plus obscure. »
Culotte
d’Hautel, 1808 : La culotte de peau. Nom burlesque que l’on donne vulgairement à la musette.
Larchey, 1865 : « Plus d’une fois, il est arrivé qu’un étudiant poursuivi par le guignon s’est vu mettre sur son compte toutes les demi-tasses consommées dans le courant de la soirée par tous les habitués du café. Total : cinquante ou soixante francs. Cela s’appelle empoigner une culotte. »
(Louis Huart)
Larchey, 1865 : Partie de dominos qui procure au gagnant un grand nombre de points. Les joueurs, n’ayant plus de quoi poser, sont obligés d’abattre leurs dominos. Celui qui conserve les moins élevés, bénéficie des points de son adversaire, il fait une culotte.
Le joueur de dominos préfère le double-six culotte avec six blancs dans son jeu.
(Luchet)
Delvau, 1866 : s. f. Nombre considérable de points, au jeu de dominos, — dans l’argot des bourgeois. Attraper une culotte. Se trouver à la fin d’une partie, à la tête d’un grand nombre de dominos qu’on n’a pu placer.
Rigaud, 1881 : Perte sérieuse à la Bourse, au jeu.
Levardet raillait sans pitié ces triples niais de pontes qui venaient de se flanquer une si jolie culotte.
(Vast-Ricouard, Le Tripot)
Se flanquer une culotte à pont, perdre beaucoup d’argent. Allusion à l’ancienne culotte de nos pères qui montait très haut. Attraper, se flanquer une culotte, veut dire encore se griser à fond. Mot à mot : se culotter de vin.
La Rue, 1894 : Grosse perte au jeu. Jouer la culotte aux dominos, fermer le jeu dans l’espoir de compter beaucoup de points.
Hayard, 1907 : Perte d’argent au jeu ; (avoir une) être ivre.
Décharboter
France, 1907 : Débarrasser. Du vieux mot bourguignon décharpoter, de charper, prendre avec violence, qui vient lui-même du latin carpere, gripper.
Déguignoner
d’Hautel, 1808 : Être déguignoné. N’être pas toujours dans le malheur, avoir des intervalles de bonne fortune ; regagner ce que l’on a perdu au jeu.
Detoce ou détosse
Delvau, 1866 : s. f. Détresse, guignon, — dans l’argot des prisons.
Détraper, détrapper
France, 1907 : Déménager, débarrasser, tirer ; mot à mot : sortir d’une trappe ; du patois bourguignon, vieux français. On trouve dans Du Bartas, poète du XVIe siècle, ces vers tirés de la description du cheval de Caïn :
Le champ plat bat, abat, détrappe, grappe, attrappe
Le vent qui va devant…
(La Seconde Semaine)
Enguignonner
France, 1907 : Donner du guignon, jeter un sort.
Il se fit qu’une génisse tomba malade, à Saint-Cricq, pendant le séjour du mendiant. Le fermier à qui elle appartenait n’hésita pas outre mesure sur cette maladie ; il estima que Coudebraque avait enguignonné sa bête, et, par une nuit obscure, il prit son fusil, se cacha dans une châtaigneraie, et attendit le mendiant mystérieux.
(Le Livre Populaire)
Enrageant
d’Hautel, 1808 : C’est enrageant. Pour c’est dépitant, contrariant, guignonant.
Épater
d’Hautel, 1808 : S’épater. Tomber à plat ventre.
Il s’est épaté dans le ruisseau. Pour, il s’est laissé choir, le pied lui a manqué, il est tombé dans le ruisseau.
Larchey, 1865 : Stupéfier, émerveiller.
Il nous regarda d’une façon triomphante, et il dit à ses admirateurs : Je les ai épatés, les bourgeois. — Il avait raison : nous étions émerveillés.
(Privat d’Anglemont)
Elle porte toujours des robes d’une coupe épatante.
(Les Étudiants, 1860)
Delvau, 1866 : v. a. Étonner, émerveiller, par des actions extravagantes ou par des paroles pompeuses. Épater quelqu’un. L’intimider. Signifie aussi : Le remettre à sa puce.
Rigaud, 1881 : Étonner profondément. La prétention des artistes en 1830 était d’épater les bourgeois.
La Rue, 1894 : Étonner profondément.
Rossignol, 1901 : Réprimander, intimider, étonner.
Je vais l’épater, parce qu’il n’a pas suivi mes ordres. — Il était tellement épaté, qu’il n’a pas su quoi me répondre. — Il était épaté que je sache telle chose.
Hayard, 1907 : Prendre des grands airs, remplir d’étonnement.
France, 1907 : Étonner, surprendre ; du vieux bourguignon espanter, dérivé lui-même du roman espaventar.
— Puisque je vous dis qu’on m’a fait toutes les saletés ! Ils m’ont laissé partir comme un chien après quatorze ans de service, sans même me dire : « Adieu, cochon. » Et vous vous épatez qu’on devienne républicain quand on voit des dégoûtations pareilles !
(Hector France, Marie Queue-de-Vache)
Quand, regagnant après minuit
Mes pénates — un peu lointaines —
Quelque bon rôdeur me poursuit
Et, sans se servir de mitaines,
Me prouve sa dextérité,
Si ledit agent de police,
À mes cris, dans l’ombre se glisse,
J’en suis rarement épaté.
(Blédort)
Faffe
Vidocq, 1837 : s. m. — Toute espèce de papier.
Larchey, 1865 : Papier — Onomatopée. — Faffiot : Papier blanc, billet de banque.
On invente les billets de banque ; le bagne les appelle des fafiots garatés du nom de Garat, le caissier qui les signe. Fafiot ! n’entendez-vous pas le bruissement du papier de soie ? Le billet de mille francs est un fafiot mâle, le billet de cinq cents un fafiot femelle.
(Balzac)
Faffiot sec : Bon certificat. — Faffiot lophe : Faux certificat. — Faffioteur : Papetier (Vidocq).
France, 1907 : Papier quelconque ; billet de banque. On disait faffe du Bourguignon, à cause du caissier nommé Soleil qui les signait, et faffe garatée quand la signature était Garat. Voir Faffiot.
Fafiot sec
Virmaître, 1894 : Livret. Fafiot à roulotter : papier pour circuler. Fafiot à roulotter : papier à cigarettes. Fafiot garaté : billet de banque, quand c’était M. Garat qui les signait. Fafiot du Bourguignon : quand il était signé Soleil (Argot des voleurs). V. Talbin d’altèque.
Gambi
France, 1907 : Estropié d’une jambe, boiteux ; du patois bourguignon.
Gaudrille
France, 1907 : Débauché, fille de joie ; du patois bourguignon, dérivé du latin gaudere, se réjouir.
Une bande de gaudrilles des deux sexes déambulait en chantant par les rues.
(Les Propos du Commandeur)
Gipailler
France, 1907 : S’ébattre, s’ébaudir, folâtrer ; du patois bourguignon : dérivé de gipe.
Gipe
France, 1907 : Sorte de souquenille que les palefreniers, paysans, vignerons et autres gens de peine portaient autrefois par-dessus leur pourpoint ; de l’espagnol gipo, jupon.
Comme la gipe était large et de grosse toile, le pourpoint, au contraire, étroit et ordinairement de drap, la coutume de ces gens-là, quand ils voulaient danser, sauter, folâtrer à leur aise, était de se mettre en simple gipe, d’où sont venus les noms de gipai et de gipailler.
(Guy Barozal, Noël bourguignon, 1720)
Graisser les bottes
Delvau, 1866 : v. a. Donner des coups à quelqu’un, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi : Faire des compliments à quelqu’un, le combler d’aise en nattant sa vanité.
Virmaître, 1894 : Mourir. L. L. Graisser les bottes : l’extrême-onction. Mot à mot : graisser les bottes pour le voyage lointain (Argot du peuple). N.
France, 1907 : Flatter bassement.
France, 1907 : Se préparer au départ, allusion à la coutume de graisser les bottes pour en rendre le cuir plus souple, ce que nos pères ne manquaient jamais de faire avant de se mettre en route. Se dit aussi pour donner l’extrême-onction, le prêtre oignant d’un peu d’huile les pieds du moribond.
Un prêtre qui psalmodie quelques phrases banales, la prière commune, qui vous graisse les bottes ; un infirmier qui attend dans un coin que l’homme ait fini pour l’enlever aussitôt, car la place est promise. Un autre râle sur un brancard à la porte.
(Ch. Virmaître, Paris oublié)
Quand la mort viendra graisser nos bottes pour le dernier voyage.
(Noëls bourguignons)
Grippe
d’Hautel, 1808 : Filouterie, friponnerie, fantaisie, caprice.
La grippe. Espèce de rhume fort commun à Paris pendant l’hiver ; comme dans cette grande capitale tout est de mode, il a été un temps où il étoit du bon ton d’avoir la grippe.
Delvau, 1866 : s. f. Caprice, mauvaise humeur contre quelqu’un, — dans l’argot des bourgeois. Avoir en grippe. Ne pas pouvoir supporter quelqu’un ou quelque chose. Prendre en grippe. Avoir de l’aversion pour quelqu’un ou quelque chose.
France, 1907 : Fille ou femme brusque, pétulante, emportée, prête à tout moment à griper au collet les gens qui lui parlent ; du patois bourguignon.
Grosse culotte
Rigaud, 1881 : Ouvrier ivrogne et beau parleur. Ouvrier qui pérore chez le marchand de vin.
Virmaître, 1894 : Ivrogne, beau parleur. L. L. Grosse culotte est encore en usage dans les ateliers de forgerons. C’est une expression connue. Chez les compagnons forgerons depuis la création du compagnonnage, on l’applique à l’ouvrier le plus habile de la partie, à celui qui était appelé à tenir les grosses pièces avant l’invention des marteaux pilons. Deux d’entre eux furent célèbres, on s’en souvient, encore dans les ateliers ; ils se nommaient Dany et Pierre Virmaître, dit Bourguignon. Grosse culotte est toujours un terme consacré (Argot des ouvriers). N.
Guignard
Rigaud, 1881 : Voué au guignon, au malheur.
Et semblait, entre les deux tableaux d’une taille, choisir toujours le plus guignard.
(Vast-Ricouard, Le Tripot)
Guigne
Delvau, 1866 : s. f. Mauvaise chance, — dans l’argot des cochers qui ne veulent pas dire guignon. Porter la guigne. Porter malheur.
Rigaud, 1881 : Guignon. — Guignasse, guignon énorme. — Guignolant, guignolante, désespérant, désespérante.
Rossignol, 1901 : Avoir la guigne est ne pas avoir de réussite. Il est né sous une mauvaise étoile, il a une guigne insensée : tout ce qu’il entreprend ne lui réussit pas.
France, 1907 : Mauvaise chance.
Elle surprit mon regard sur sa robe : — Vous regardez mes frusques ? Ah ! c’est la guigne, voyez-vous, et la guigne ça rend timide ; alors, telle que vous me voyez, je bois pour me donner de l’aplomb.
(Alphonse Allais)
— Allons, mes enfants, il ne faut pas se faire de bile… Ça ne sert à rien d’abord, et puis ça vous flanque la guigne pour l’avenir… Moi le premier, est-ce que vous croyez que je n’ai pas eu mes moments difficiles ?… On les surmonte, parbleu ! et un jour vient où l’on a l’assiette au beurre à son tour…
(Paul Alexis)
On regrette de n’avoir pas
Consommé ce premier repas,
Le cœur plus digne.
Et de notre fleur au trépas
Alphonse s’offre les appas…
Voilà la guigne.
Ils vous disent : « Faisons joujou,
Je te mettrai dans l’acajou… »
On se résigne.
Et bien souvent le sapajou
En est quitte pour un bijou…
Et vient la guigne.
(Blédort)
Guignolant
Larchey, 1865 : Malheureux.
Ce n’est t’y pas guignolant, Rien qu’en balais Je me ruine en frais.
(Ch. Voizo, Chanson)
Vient de Guignon.
Guignon
d’Hautel, 1808 : Avoir du guignon. Pour, être malheureux, n’avoir de succès en rien.
Jouer de guignon. Jouer de malheur ; perdre tout son argent au jeu.
Delvau, 1866 : s. m. Pseudonyme moderne du vieux Fatum. Avoir du guignon. Jouer de malheur, ne réussir à rien de ce qu’on entreprend.
France, 1907 : Mauvaise chance ; de guigner. C’est, comme dit le Dr Grégoire, la tête de Turc des impuissants et des fruits secs.
Tout a l’heure j’errais tristement dans la rue,
Car je pense, parfois, que naître est un guignon,
Et, levant vers le ciel mon visage grognon,
Je t’aperçus, gargouille à la face bourrue,
Qui me tirais la langue en haut de ton pignon !
(George Bois, Cœur au vent)
Guignonant
France, 1907 : Désagréable. On dit à tort guignolant.
Guignonnant
Delvau, 1866 : adj. Désagréable. C’est guignonnant ! C’est une fatalité ! On dit aussi — à tort — guignolant.
Guignonné (être)
Delvau, 1866 : Être poursuivi par la déveine au jeu, par l’insuccès dans ce qu’on entreprend.
Huître
d’Hautel, 1808 : C’est une huître à l’écaille. C’est-à-dire, un niais, un sot, un stupide qui n’est propre à rien.
Delvau, 1864 : Le con qui sent la marée, s’ouvre et se referme sur le doigt du pêcheur ; sa morsure, quoique douce, est parfois venimeuse.
D’une huître qui te plaira fort,
Je vais te montrer les coquilles.
(É. Debraux)
Larchey, 1865 : Graillon, imbécile. — Huitrifier : Abrutir.
Il poursuivit de tant de plaisanteries ce qu’il appellait le parti des huîtres.
(L. Reybaud)
Delvau, 1866 : s. f. Imbécile, — dans l’argot du peuple, qui jette volontiers ses coquilles à la tête des gens. Le parti des huîtres. Nom qu’on a donné, sous Louis-Philippe aux députés du centre, gens satisfaits, — et attachés à leurs bancs.
Delvau, 1866 : s. f. Mucosité expectorée, — dans l’argot des faubouriens, qui prennent les produits des cryptes muqueuses des bronches pour des mollusques acéphales. Faire des huîtres. Cracher beaucoup et malproprement.
Rigaud, 1881 : Crachat très épais. Huître de poitrinaire, crachat de poitrinaire. — Huître de Varenne, fève. — Huîtres de gueux, escargots à la bourguignonne.
France, 1907 : Expectoration épaisse.
France, 1907 : Imbécile.
Cueilli dans la vitrine d’un marchand de vin, faubourg Montmartre :
Les huîtres sont à l’intérieur.
Les passants lisent l’avis et pressent le pas.
France, 1907 : Nature de la femme Voir Leuclie.
Lorrain, mauvais chien, traître à Dieu et à son prochain
France, 1907 : Dans le Disciple, Paul Bourget explique ainsi ce proverbe : « Cette épigramme exprime, sous une forme inique, cette observation très juste qu’il flotte quelque chose de très complexe dans l’âme de cette population de frontière. Les Lorrains ont toujours vécu sur de bord de deux races et de deux existences, la germanique et la française. Qu’est-ce que le goût de la traîtrise, d’ailleurs, sinon la dépravation d’un autre goût, admirable au point de vue intellectuel, éclat de la complication sentimentale ! »
Rien n’est plus faux que cette explication. Les races de frontières se sont toujours, au contraire, signalées par une exagération de patriotisme. Il faut se souvenir du temps, et il n’est pas éloigné puisqu’il date d’avant nos désastres, où la Lorraine fournissait avec l’Alsace presque toute notre cavalerie de ligne et où, dans ces patriotiques campagnes, un garçon qui n’avait pas été soldat ne trouvait guère à se marier.
Ce dicton contre la Lorraine, auquel il faut ajouter celui-ci :
— Lorrain, prente me te lard.
— Nian, cè s’use.
— Prente me tè fomme.
— Prends-lè, si te vus.
« Lorrain, prête-moi ton lard. — Non, ça s’use. — Prête-moi ta femme. — Prends-la si tu veux. »
date du XVIIe siècle. Il faut les faire remonter — dit M. Victor Courtois — à la guerre, d’environ soixante ans, dans laquelle les Lorrains combattaient pour leur indépendance et où
Français, Anglais, Lorrains que la fureur assemble,
S’avançaient, combattaient, frappaient, mouraient ensemble.
Cette lutte s’est terminée par la période transitoire du gouvernement de Stanislas, beau-père de Louis XV, et par l’annexion de la Lorraine à la France, à sa mort, en 1766. Il ne faut donc y voir que des dictons du camp français. Et les Lorrains, en revanche, traitaient les Français de Bourguignons et les mitraillaient en leur chantant :
Bourguignon salé,
L’épée au côté,
La barbe au menton,
Saute, Bourguignon.
Après l’annexion, les Lorrains, vaillants soldats et toujours fiers, devenus du reste d’excellents Français, se sont vengés des anciens sarcasmes en disant : « Ce n’est pas la Lorraine qui est devenue française, c’est les Français qui sont devenus Lorrains. »
Luisard
anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Le soleil.
Virmaître, 1894 : V. Bourguignon.
Maquereau
d’Hautel, 1808 : Libertin, homme pervers, qui fait l’infâme métier de prostitution.
Delvau, 1864 : Défenseur de beautés faciles qui le payent ; entremetteur.
Le roi fit choix du conseiller Bonneau,
Confident sûr et très bon Tourangeau.
Il eut l’emploi, qui certes n’est pas mince,
Et qu’à la cour où tout se peint en beau,
Nous appelons être l’ami du prince ;
Mais qu’à la ville, et surtout en province,
Les gens grossiers ont nommé maquereau.
(Voltaire, La Pucelle)
Delvau, 1866 : s. m. Souteneur de filles, ou plutôt Soutenu de filles, — dans l’argot du peuple.
II est regrettable que Francisque Michel n’ait pas cru devoir éclairer de ses lumières philologiques les ténèbres opaques de ce mot, aussi intéressant que tant d’autres auxquels il a consacré des pages entières de commentaires. Pour un homme de son érudition, l’étymologie eût été facile à trouver sans doute, et les ignorants comme moi n’en seraient pas réduits à la conjecturer. Il y a longtemps qu’on emploie cette expression ; les documents littéraires dans lesquels on la rencontre sont nombreux et anciens déjà ; mais quel auteur, prosateur ou poète, l’a employée le premier et pourquoi l’a-t-il employée ? Est-ce une corruption du mæchus d’Horace (« homme qui vit avec les courtisanes, » mœcha, fille) ? Est-ce le μακρός grec, conservé en français avec sa prononciation originelle et son sens natif (grand, fort) par quelque helléniste en bonne humeur ? Est-ce une contraction anagrammatisée ou une métathèse du vieux français marcou (matou, mâle) ? Est-ce enfin purement et simplement une allusion aux habitudes qu’ont eues de tout temps les souteneurs de filles de se réunir par bandes dans des cabarets ad hoc, par exemple les tapis-francs de la Cité et d’ailleurs, comme les maquereaux par troupes, par bancs dans les mers du Nord ? Je l’ignore, — et c’est précisément pour cela que je voudrais le savoir ; aussi attendrai-je avec impatience et ouvrirai-je avec curiosité la prochaine édition des Études de philologie de Francisque Michel.
Au XVIIIe siècle, on disait Croc de billard, et tout simplement Croc, — par aphérèse.
Virmaître, 1894 : Les uns croient que ce mot vient de l’hébreu machar, qui signifie vendre, parce que c’est le métier de ces sortes de gens de vendre les faveurs des filles. D’autres font dériver cette expression d’aquarius ou d’aquariolas, parce que chez les Romains les porteurs d’eau étaient les intermédiaires de la prostitution, d’où nous avons fait, en ajoutant la lettre M, Maquariolus. et que de là s’est formé le nom de maquereau. D’autres encore affirment que ce mot vient du latin macalarellus, parce que dans les anciennes comédies, à Rome, les proxénètes de la débauche portaient des habits bizarres, et ils étayent leur opinion sur ce que ce nom n’a été donné à l’un de nos poissons de mer que parce qu’il est mélangé de plusieurs couleurs dans le dos (Dessessart, Dictionnaire de police, Bulenger opuscul.) Quoi qu’il en soit, la signification du mot maquereau est de vivre aux dépens de quelqu’un, mais l’expression s’applique plus généralement à ceux qui vivent de la prostitution des femmes. Souteneur, qui vit des filles publiques, ou mari qui laisse sa femme se prostituer, lequel est un maquereau légitime (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Celui qui vit aux dépens des autres.
Hayard, 1907 : Souteneur.
France, 1907 : Individu qui vit d’une femme ou de la prostitution d’une ou de plusieurs femmes. Nous disons sans ambages que l’homme sans le sou qui épouse une femme riche, quelle qu’elle soit, est un maquereau.
L’étymologie de ce mot est assez douteuse. D’après les uns, il viendrait de l’hébreu machar, vendre, le maquereau vendant ou trafiquant des faveurs des filles ; d’après d’autres, dit Ch. Virmaître, cette expression viendrait d’aquarius ou d’aquariolus, parce que chez les Romains les porteurs d’eau étaient les intermédiaires de la prostitution, d’où nous avons fait, en ajoutant la lettre M, maquariolus, d’où l’abréviation maquereau.
Dessessart, dans son Dictionnaire de polices, et Bulenger affirment que ce mot vient du latin macalarellus, bariolé, parce que, dans les anciennes comédies, les proxénètes portaient des vêtements bizarres, et que, d’après eux, le nom de maquereau a été donné au poisson de mer bien connu, parce qu’il est mélangé, bigarré de plusieurs couleurs sur le dos.
Venez tous, vrais maquereaux
De tous estats, vieux et nouveaux.
(François Villon)
On dit qu’une reine de Crète,
Dont Dédale fut macquereau,
D’une passion indiscrète
Brûla jadis pour un taureau,
Je le crois, certes, puisque Jeanne
Soupire aujourd’hui pour un âne.
(Le sieur Ménard)
On a chanté dans le monde des marlous. Souteneurs à rouflaquettes, soutenus en gris perle ont été de la fête. Ils ont dansé en l’honneur de leur patron ; l’absinthe a eu sur les zincs des éclats d’émeraude, le champagne aurait pu perler dans les coupes de Bohême des grandes prostituées et sur les tables de quelques nobles dames. Depuis toujours il y a eu des poissons dans tous les mondes, des poissons à dos vert et à ventre blanc. Oh ! marlous pour marlous, c’est encore des alphonses. Qu’on l’avoue ou qu’on s’en cache, que ce soit à la Villette, que ce soit à l’Étoile, le rôle est le même si le décor change ; la honte est égale pour le rastaquouère et pour le maquereau.
(Fin de Siècle)
Pour en finir avec ce mot, citons un passage tiré d’un curieux livre, Noel Borguignon, de Gui Barozai, pseudonyme de Bernard de La Monnoye, imprimé à Dijon en 1720 : « Maquereau, injure qu’on apprend aux oiseaux qui parlent ; sur quoi certain curé disait un jour dans son prône qu’il vaudroit bien mieus leur apprendre de bons oremus. On trouve dans Villebardouin qu’en 1200 un des ambassadeurs de Baudouin, comte de Flandre et de Hainaut pour la guerre sainte, avoit nom Alard Maqueriaus. M. Huet qui a trouvé que Paillard, nom de famille, étoit originairement un nom propre corrompu de Paul, dont on avoit d’abord fait Paulard, ensuite Pauliard et enfin Paillard, n’hésiterait pas à dire que maqueriaus étoit de même originairement un nom propre corrompu de Macaire, dont on avoit fait le diminutif macaireau, prononcé depuis maqueriaus » — ajoutons maquereau.
Mitan
Delvau, 1866 : s. m. Milieu, — dans l’argot du peuple.
Hayard, 1907 : Milieu.
France, 1907 : Milieu, moitié. Provincialisme ; du latin medietas, moitié. Au mitan, au milieu, dans l’Est et la plupart des provinces. En tudesque, on écrit mittau ; en bas breton, mittain. La mer du mitan, la Méditerranée.
Le boufon qui vist cela dit : Et moi je voudrois estre au beau mitan.
(Brantôme)
Ai fai tremblai les quatre quarres
Et le mitan de l’univers.
(Noël bourguignons)
Jadis on disait mer du mitan, pour mer Méditerranée.
D’autre part, il voyait monter de la Bretagne
Grand nombre de vaisseaux sur l’ondeuse campagne,
Aux armes des François, et la mer du mitan
Ses galères conduire ès eaux de l’Océan.
(Jacques Corbin, La Sainte Franciade)
Narquois
d’Hautel, 1808 : Pour, fin, subtil, rusé, adroit, trompeur.
Parler narquois. Parler un langage qui n’est compris que de ceux qui sont d’intelligence ensemble pour tromper quelqu’un.
anon., 1827 : Soldat mendiant.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Mauvais soldat.
Bras-de-Fer, 1829 : Soldat mendiant.
Vidocq, 1837 : s. m., ou Homme de la petite flambe — Sujet du grand Coësré qui contrefaisait les soldats estropiés, et mendiait l’épée au côté.
(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)
Halbert, 1849 : Soldat.
Rigaud, 1881 : Mendiants, voleurs, anciens soldats adonnés à la mendicité, à l’époque de la Cour des Miracles. — Les narquois ont beaucoup contribué à la formation de l’argot. Parler narquois, c’était parler argot, parler la langue des gueux.
France, 1907 : Soldat vagabond ; vieil argot. Dans le vieux patois bourguignon, narquois signifie trompeur, filou. C’est aussi la signification qu’on lui donnait en français ; de là on appelait le langage des gueux, c’est-à-dire l’argot, le narquois.
Drilles ou narquois sont des soldats qui touchent la flamme sous le bras, et battent en ruine les entiffes et tous les creux des vergues. Ils ont fait banqueroute au grand couëre et ne veulent pas être ses sujets ni le reconnaître.
Nib de braise
Virmaître, 1894 : Pas d’argent.
— Par un bourguignon pareil tu restes à la piaule, allons décanille.
— Nib de braise, les valades sont dégraissées (Argot des voleurs).
France, 1907 : Pas d’argent.
Ça f’sait son blot, malheureus’ment,
On la r’lèv’ pas au régiment :
Nib de braise !
Mais, à Paris, i’fréquentait
Eun’ vieill’ marchand’ de vins qu’était
À son aise.
(Aristide Bruant)
J’suis en plein dans la limonade,
Plus un sou, malade et vanné,
Nib de braise et d’amour,
Voilà ma sérénade !
(Jules Varney)
Noël
France, 1907 : Les dictons sur Noël sont nombreux et indiquent quelle fête c’était chez nos pères.
C’était autrefois le cri que poussait le peuple à toutes les réjouissances publiques. « Tant crie l’on Noël qu’il vint », dit Villon dans ses Ballades.
En voici quelques-uns :
À Noël au balcon,
À Pâques au tison.
À Noël les moucherons,
À Pâques les glaçons.
Après grant joie vient grant rire
Et après Noël vente bise.
Et un vieil adage ajoute :
Le Noël est plus beau aux champs qu’à la ville.
En patois poitevin, on dit Nau, et en bourguignon Noé. Dans la Vieille Bible des noëls, on trouve chanter no, pour chanter Noël.
Peut
France, 1907 : Laid, vilain, désagréable ; patois lorrain, bourguignon, morvandiau ; du vieux français put, pute, qui vient lui-même du latin putare, puer, d’où nous avons fait pute, putois, putride. Quelques étymologistes font venir pute du sanscrit poutri, fille, d’où le diminutif latin puella, jeune fille, d’où pucelle, bacelle en lorrain, et l’augmentatif italien putana.
Dans le Virgile travesti de Scarron, Jupiter apostrophe ainsi Vénus :
… Petite putine !
D’où depuis on a fait putain,
Car notre langue se raffine.
Dans l’Intermédiaire des chercheurs et curieux, J. Brivois écrit que dans la partie de la Champagne voisine de la Bourgogne on dit :
Peute femme, beau cul ;
Peut chien, belle queue.
Dans une chanson nivernaise on trouve ce quatrain :
Quand elles sont gentes,
Réveillons les filles ;
Quand elles sont peutes,
Laissons-les dormir.
En d’autres patois, peut signifie petit : Peute gache, petite fille.
À peute chatte, jolis mirons.
Pharamineux
Larchey, 1865 : Éblouissant comme un phare.
Delvau, 1866 : adj. Étonnant, prodigieux, inouï, — dans l’argot du peuple.
Rigaud, 1881 : Fameux, merveilleux, éblouissant ; c’est-à-dire lumineux comme un phare.
France, 1907 : Étonnant, extraordinaire ; argot populaire. C’est l’adjectif appliqué dans les campagnes bourguignonnes aux loups-garous et autres bêtes fantastiques. On trouve également cette expression dans le patois saintongeais. Ce n’est peut-être que la corruption du grec phénomenon.
Pimprenelle
France, 1907 : Jeune fille ; patois bourguignon. Proprement, de jeunes pimprenelles sont de jeunes personnes éveillées, évaporées, ne demandant qu’à s’amuser. On disait aussi pimpreneau, dans le sens de petit éventé. « Ces mots de pimprenelle et de pimpreneau viennent, dit Bernard de la Monnoye, de ce que l’herbe appelée pimprenelle échauffe le foie, si l’on en croit les médecins, réjouit le cœur et donne de la vivacité. »
Rafale
Delvau, 1866 : adj. et s. Misérable, pauvrement vêtu ou de triste mine. Ne faudrait-il pas dire plutôt affalé ? Je crois que oui. Les marins, voulant peindre le même état d’ennui, d’embarras, de misère, disent au figuré Être affalé sur la côte, — ce qui est, en somme, être à la côte.
Delvau, 1866 : s. f. Misère, — dans l’argot du peuple, en proie aux bourrasques continuelles de la vie.
Rigaud, 1881 : Misère. La rafale souffle dur.
La Rue, 1894 : Misère. Rafalé, misérable.
France, 1907 : Misère.
Tous les nierts qui sont venus pioncer icigo étaient dans la rafale ; c’est un vrai guignon.
(Mémoires de Vidocq)
Rouen (faire un)
Fustier, 1889 : Argot des commis de nouveauté. Id est faire l’article à un client qui part sans acheter ; le Rouen c’est le client.
Ça paraît vouloir s’allumer un peu, dit Hutin à Favier ; je n’ai pas de chance, il y a des jours de guignon, ma parole. Je viens encore de faire un Rouen ; cette tuile ne m’a rien acheté.
(Zola, Au bonheur des Dames)
Saint Antoine (compagnon de)
France, 1907 : Cochon.
Sous les superbes harnais
Au bois ballade la diva
Peinturlurée ;
Elle rit à ce frais décor ;
Hier pourtant elle était encor
Dans la purée.
Mais il s’est enfui le guignon,
Et, grâce à certain compagnon
De saint Antoine
Qui l’idolâtre sans lapin,
Elle gagne aisément son pain
Et ton avoine.
(Semiane)
Faire comme de pourceau de saint Antoine, se fourrer partout. Dicton appliqué aux parasites et pique-assiettes et qui fait allusion aux cochons d’une grande abbaye du Dauphiné, l’abbaye de Saint-Antoine de Viennois, qui, une clochette au cou pour les faire reconnaitre, allaient vagabonder dans les villages voisins, entraient dans chaque maison pour y manger sans qu’on osât les chasser par respect du saint auquel ils étaient voués. On dit, dans le Midi, d’un individu qui va de tous côtés, par monts et par vaux : coureur comme le porc de saint Antoine. Voir Mal Saint-Antoine.
Salé
d’Hautel, 1808 : Terme typographique ; payement anticipé ; avance que les ouvriers prennent le samedi sur l’ouvrage qu’ils ont entre les mains, et qu’ils n’ont pu achever dans la semaine ; ce qui les rend débiteurs de leurs bourgeois. Voy. Dessaler.
Bourguignon salé. Sobriquet que l’on donne aux habitans de la Bourgogne, à cause, dit-on, des différends, des procès, que leurs salines leur ont occasionnés.
Delvau, 1866 : s. m. Travail payé d’avance, — dans l’argot des typographes. Morceau de salé. Acompte. Se dit aussi, par une analogie facile à saisir, d’un Enfant venu avant le mariage. Les ouvriers anglais disent : to work for the dead horse (travailler pour le cheval mort).
Rigaud, 1881 : Avance d’argent, — dans le jargon des typographes.
Rigaud, 1881 : Bonne amie, connaissance, — dans l’argot des marins.
Oùs’que tu démarres comme ça, avec ton salé ?
Boutmy, 1883 : s. m. Travail compté sur le bordereau et qui n’est pas terminé. Le compositeur qui prend du salé se fait payer d’avance une composition qu’il n’a pas faite encore et qu’il ne comptera pas quand elle sera finie ; un metteur qui prend du salé compte des feuilles dont il a la copie ou la composition, mais qui ne sont pas mises en pages. Le salé est, on le conçoit, interdit partout. On dit que le salé fait boire, parce qu’il n’encourage pas à travailler, et rien n’est plus juste ; en effet, le compagnon, sachant qu’il n’aura rien à toucher en achevant une composition comptée et qui lui a été payée, n’a pas de courage à la besogne. Loin d’être dans son dur, il a la flème : de là de fréquentes sorties ; de là aussi l’adage.
Fustier, 1889 : Mordant, violent.
Le lendemain, M. Cassemajou écrivait à M. Ventéjoul une lettre un peu salée.
(Armand Silvestre)
Rossignol, 1901 : Jeune enfant.
France, 1907 : Avance de salaire faite à un ouvrier typographe sur un travail à venir. Prendre du salé.
Le compositeur qui prend du salé se fait payer d’avance une composition qu’il n’a pas faite encore et qu’il ne comptera pas quand elle sera finie ; un metteur qui prend du salé compte des feuilles dont il a la copie ou la composition, mais qui ne sont pas mises en pages.
(Eug. Boutmy)
France, 1907 : Cher. « Un compte salé ; une addition salée. »
Rodolphe et sa femme ont diné au restaurant avant d’aller au spectacle :
— Mon Dieu ! quelle soif ! fait Madame pendant un entracte. Qu’est-ce qui a pu ainsi m’altérer ?
— La note, répond Rodolphe avec un soupir… Elle était salée !
France, 1907 : Égrillard. En dire, en écrire, en faire de salés.
Il faut savoir que la comtesse Diane n’était pas du tout une femme de notre époque, mais une femme du siècle dernier. Non pas par l’âge, car elle était à peine sexagénaire ; mais par les façons, l’esprit libre, même libertin, le goût des anecdotes salées, les retroussés impudents (jusqu’à l’impudicité parfois) de son papotage, l’outrageuse hardiesse de ses confessions toujours prêtes à se dévêtir en public, et enfin et surtout par son absolu manque de sens moral pour tout ce qui touche, comme elle disait si gentiment, aux choses de la galanterie.
C’est à tel point que, si on lui eût conté, sous forme d’aventure contemporaine, l’histoire de Loth ou celle d’Œdipe, volontiers elle se fût écriée à l’étourdie, sans insister davantage :
— Se sont-ils bien amusés ?
(Jean Richepin, Le Journal)
France, 1907 : Nouveau-né. Pondre un salé, accoucher.
Quelques semaines plus tard, elle s’aperçut qu’elle était enceinte. La mère Dupuis, qui s’en aperçut aussi, lui administra une nouvelle volée. — Qu’est-ce que nous allons faire de ton salé ? dit-elle, tout en cognant ; y avait donc pas assez de misère ici ? Tu vas aller crever à l’hôpital, sale peau de lapin !
(Ch. Virmaître, Paris oublié)
Salé (bourguignon)
France, 1907 : L’ancien dicton s’exprime ainsi :
Bourguignon salé,
L’épée au côté,
La barbe au menton,
Saute, Bourguignon !
D’où vient ce singulier dicton ? Les opinions sont partagées. Suivant de Serre dans son Inventaire de l’Histoire de France, règne de Charles VII, les habitants d’Aigues-Mortes ayant massacré la garnison bourguignonne placée dans leur ville par le prince d’Orange, enfouirent les cadavres dans une grande fosse, mais comme l’odeur fétide se répandait dans la ville, ils couvrirent le charnier de sel.
Pasquier, dans ses Recherches, prétend que le mot salé date de l’époque où les Bourguignons, résidant au delà du Rhin, se querellaient constamment avec les Allemands au sujet de leurs salines.
Leroux de Lincy donne de son côté la version de Leduchat comme la meilleure et que je reproduis ici : « Bourguignon salé est une allusion au petit casque, appelé salade, que portait la milice bourguignonne. De là l’équivoque. » Voici quelques autres dictons concernant les Bourguignons :
Il a passé par la Bourgogne,
Il a perdu toute vergogne.
Les plus renieurs sont en Bourgogne qui disent : « Je renie Dieu si je ne dis la vérité. »
Bonnes toiles sont en Bourgogne.
Saute Bourguignon
France, 1907 : Cette expression date du XVIIe siècle et remonte à la guerre d’environ soixante ans dans laquelle les Lorrains combattaient pour leur indépendance :
Français, Anglais, Lorrains, que la fureur assemble,
S’avançaient, combattaient, frappaient, mouraient ensemble.
Voir Bourguignon salé.
Signe du bélier
France, 1907 : Constellation qui préside au cocuage. Allusion aux cornes.
Celui que le guignon fit naître
Sous le signe ingrat du bélier,
Se tourmente pour mieux connaître
Ce qu’il ferait bien d’oublier…
Veut-il fuir des chagrins sans bornes ?
Qu’il change ses yeux pour des cornes,
À l’exemple de l’escargot !
(M. Guitard)
Traîne-caisse
France, 1907 : Vieille expression bourguignonne signifiant traîneur d’épée, aujourd’hui traîneur de sabre. « Une caisse, dit Bernard de La Monnoye, est poêle, avec laquelle par mépris on compare l’épée de certains fainéants, comme si le corps rond et creux de la poêle, avec le manche qui est au bout, ressembloit à une épée, composée d’un pommeau, d’une poignée, et d’une garde par le haut, et d’une lame par le bas. Traîne-caisse est encore plus injurieux que traîne-gaine. »
(Noëls bourguignons, 1720)
Truotte
France, 1907 : Jeu fort ancien des campagnes bourguignonnes.
La truotte se joue dans les prés ou sur une vaste pelouse… Les joueurs, armés chacun d’un long bâton dont l’extrémité inférieure est une crosse, chassent devant eux un morceau de bois de la grosseur et de la forme d’une bonde de tonneau, et s’efforcent de l’éloigner du trou où l’un d’eux a pour corvée de le faire entrer.
(Charles Nisard)
Ce jeu dont parle Rabelais sous le nom de truye, à cause de l’analogie entre les allures de la truie et le mouvement de va-et-vient de la bande, est fort populaire en Angleterre, sous le nom de crocket.
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