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Aguicher

Rigaud, 1881 : Attirer, — dans le jargon des voleurs. — Aguicher un sinve pour le dégringoler, attirer un imbécile pour le voler.

Hayard, 1907 : Prendre, saisir.

France, 1907 : Exciter, agacer, mettre en humeur, appeler.

… Il appelle la femme de chambre… et comme il la trouve jolie, il le lui dit… très clairement, sous le nez de sa femme… il a raison, du reste, d’aguicher la petite femme de chambre, car elle est diablement jolie !… des yeux !… et un sourire !… et une façon de regarder à travers les cils !… et un tact dans la canaillerie !…

(Samp, Gil Blas)

anon., 1907 : Chercher à attirer l’attention.

Aguicher, agricher

La Rue, 1894 : Attirer. Assaillir. Lier. Aguicher un sinve pour le dégringoler, attirer un homme pour le tuer. Aguicher signifie aussi exciter.

Alphonse

Delvau, 1866 : s. m. Nom d’homme qui est devenu — dans l’argot des filles — celui de tous les hommes assez peu délicats pour se laisser aimer et payer par elles.

Rigaud, 1881 : Joli jeune homme qui reçoit de l’argent des femmes séduites par sa beauté et ses complaisances. Type d’un personnage d’une comédie de M. Dumas fils. Fort à la mode un moment, le mot a déjà vieilli. Alphonse de barrière. Souteneur de barrière. Le nom d’Alphonse, pour désigner un homme qui vit des générosités d’une femme, paraît être bien antérieur à la comédie de M. Dumas fils. Il y a une vingtaine d’années, il devait avoir cours au quartier latin, s’il faut en croire l’exemple suivant :

L’an dernier, elle avait un Alphonse pour lequel elle travaillait du matin au soir et souvent du soir au matin. L’Alphonse est parti.

(Petits Mystères du quartier latin, 1800)

La Rue, 1894 : Souteneur.

Virmaître, 1894 : Souteneur. On a attribué cette expression à M. Alexandre Dumas qui en a fait le titre d’une pièce ; elle était connue depuis plus de vingt ans par la chanson si populaire de Lacombe : Alphonse du Gros-Caillou (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Homme qui vit de la prostitution.

France, 1907 : Homme entretenu par une femme galante ; amant, ou, comme on disait autrefois, ami de cœur.
Ce surnom vient d’une pièce qu’Alexandre Dumas fit représenter au Gymnase sous le titre : Monsieur Alphonse, et dont le héros était précisément de la catégorie de ceux que le XVIIIe siècle appelait Greluchons.
Les allemands défigurent le personnage sous le nom de Louis ; les Anglais sous celui de Sunday-man, l’homme du dimanche, parce que la dame, qui se repose ce jour-là, le lui consacre entièrement.
On dit aussi Arthur, mais il y a une différence. L’Alphonse est celui qui est payé, l’Arthur se contente de ne rien donner. On les appelle aussi dos, dauphin, barbeau, chevalier de la guiche, marlou, maquereau, mac, poisson, etc. — Voir Poisson.

Tout homme qui ne se ruine pas pour une femme est un Alphonse, et quand un homme s’est ruiné, il y a bien des chances pour qu’il le devienne.
Tel est l’horrible dilemme dans lequel se débat la pauvre humanité.

(Henriette de Barras)

Barbaudier

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Gardien. Barbaudier de castu, gardien d’hôpital.

Bras-de-Fer, 1829 : Gardien.

Halbert, 1849 : Portier.

Larchey, 1865 : Guichetier (Vidocq). — Il est chargé du barbot des prisonniers.

La Rue, 1894 : Guichetier.

France, 1907 : Guichetier ; on dit aussi barbotier, parce qu’ils fouillent et barbotent les prisonniers.

Barbaudier, barbotier

Rigaud, 1881 : Guichetier. — Barbaudier de castu, concierge d’hôpital. Il est chargé de fouiller, barboter les visiteurs.

Barbotier

Delvau, 1866 : s. m. Guichetier chargé de la visite des prisonniers à leur entrée.

La Rue, 1894 : Canapé.

France, 1907 : Guichetier chargé de fouiller les prisonniers et les cellules.

Barbotier, -ère

Vidocq, 1837 : s. — Guichetier chargé de la fouille. Femme chargée des mêmes fonctions envers les visiteuses.

Benoit

Virmaître, 1894 : Maquereau. Benoit, dans le langage populaire, est synonyme d’imbécile, de niais, n’en déplaise à ceux qui portent ce nom. Il veut dire aussi maquereau, dans le monde des filles (Argot des souteneurs). N.

France, 1907 : Imbécile, benêt ; argot des canuts.

France, 1907 : Souteneur.

… La vrai vérité
C’est que les Benoits toujours lichent
Et s’graissent les balots.
Vive eul bataillon d’la guiche !
C’est nous qu’est les dos.

(Jean Richepin, Chanson des Gueux)

Caruche

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 : Prison.

Delvau, 1866 : s. f. Prison, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Cachot, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Cachot. Comte de la caruche, guichetier.

France, 1907 : Prison ; du provençal carruche, courroie tendue.

Chat

d’Hautel, 1808 : Ce n’est pas lui qui a fait cela ; non, c’est le chat. Locution bouffonne et adversative qui a été long-temps en vogue parmi le peuple de Paris, et dont on se sert encore maintenant pour exprimer qu’une personne est réellement l’auteur d’un ouvrage qu’on ne veut pas lui attribuer ; ou pour affirmer que quelqu’un a commis une faute que l’on s’obstine à mettre sur le compte d’un autre.
Il a autant de caprices qu’un chat a de puces. Se dit d’un enfant fantasque, inconstant et capricieux, comme le sont tous les enfans gâtés et mal élevés.
J’ai bien d’autres chats à fouetter. Pour, j’ai bien d’autres choses à faire que de m’occuper de ce que vous dites.
Il a de la patience comme un chat qui s’étrangle. Se dit par plaisanterie d’une personne vive, impatiente, d’une pétulance extrême, et qui se laisse aller facilement à la colère et à l’emportement.
Il trotte comme un chat maigre. Se dit d’une personne qui marche rapidement et avec légèreté ; qui fait beaucoup de chemin en peu de temps.
Mon chat. Nom d’amitié et de bienveillance que les gens de qualités donnent à leurs protégés, et notamment aux petits enfans.
Il a un chat dans le gosier. Se dit d’un homme de temps qui avale sans cesse sa salive, et qui fait des efforts pour cracher.
Il le guette comme le chat fait la souris. Pour, il épie, il observe soigneusement jusqu’à ses moindres actions.
Acheter chat en poche. Faire une acquisition, sans avoir préalablement examiné l’objet que l’on achette.
Il a emporté le chat. Se dit d’un homme incivil et grossier qui sort d’un lieu sans dire adieu à la société.
Chat échaudé craint l’eau froide. Signifie que quand on a été une fois trompé sur quelque chose, on devient méfiant pour tout ce qui peut y avoir la moindre ressemblance.
Traître comme un chat. Faussaire, hypocrite au dernier degré.
Elles s’aiment comme chiens et chats. Se dit de deux personnes qui ne peuvent s’accorder en semble ; qui se portent réciproquement une haine implacable.
À bon chat bon rat. Pour, à trompeur, trompeur et demi ; bien attaqué, bien éludé.
À mauvais rat faut mauvais chat. Pour, il faut être méchant avec les méchans.
À vieux chat jeune souris. Signifie qu’il faut aux vieillards de jeunes femmes pour les ranimer.
Jeter le chat aux jambes. Accuser, reprocher, rejeter tout le blâme et le mauvais succès d’une affaire sur quelqu’un.
À lanuit, tous chats sont gris. Pour dire que la nuit voile tous les défauts.
Il a joué avec les chats. Se dit de quelqu’un qui a le visage écorché, égratigné.
Il est propre comme une écuelle à chat. Se dit par dérision d’un homme peu soigneux de sa personne, et fort malpropre.
Bailler le chat par les pattes. Exposer une affaire par les points les plus difficiles.
Il entend bien chat, sans qu’on dise minon. Se dit d’un homme rusé et subtil, qui entend le demi-mot.
Il a payé en chats et en rats. Se dit d’un mauvais payeur ; d’un homme qui s’acquitte ric à ric, et en mauvais effets.
Une voix de chats. Voix sans étendue, grêle et délicate.
Une musique de chat. Concert exécuté par des voix aigres et discordantes.
Elle a laissé aller le chat au fromage. Se dit d’une fille qui s’est laissé séduire, et qui porte les marques de son déshonneur.

Bras-de-Fer, 1829 : Geôlier.

Vidocq, 1837 : s. m. — Concierge de prison.

Larchey, 1865 : Guichetier (Vidocq). — Allusion au guichet, véritable chatière derrière laquelle les prisonniers voient briller ses yeux.

Larchey, 1865 : Nom d’amitié.

Les petits noms les plus fréquemment employés par les femmes sont mon chien ou mon chat.

(Ces Dames, 1860)

Delvau, 1866 : s. m. Enrouement subit qui empêche les chanteurs de bien chanter, et même leur fait faire des couacs.

Delvau, 1866 : s. m. Geôlier, — dans le même argot [des voleurs]. Chat fourré. Juge ; greffier.

Delvau, 1866 : s. m. Lapin, — dans l’argot du peuple qui s’obstine à croire que les chats coûtent moins cher que les lapins et que ceux-ci n’entrent que par exception dans la confection des gibelottes.

Rigaud, 1881 : Pudenda mulierum.

Rigaud, 1881 : Couvreur. Comme le chat, il passe la moitié de sa vie sur les toits.

Rigaud, 1881 : Enrouement subit éprouvé par un chanteur.

Rigaud, 1881 : Greffier, employé aux écritures, — dans le jargon du régiment. Et admirez les chassez-croisez du langage argotique : les truands appelaient un chat un greffier et les troupiers appellent un greffier un chat. Tout est dans tout, comme disait Jacotot.

Rigaud, 1881 : Guichetier, — dans l’ancien argot.

La Rue, 1894 : Guichetier. Couvreur. Enrouement subit. Pudenda mulierum.

France, 1907 : Couvreur. Comme les chats, il se tient sur les toits.

France, 1907 : Enrouement. Avoir un chat dans le gosier ou dans la gouttière, être enroué.

France, 1907 : Guichetier d’une geôle.

France, 1907 : Nature de la femme. Au moment où le fameux Jack l’Éventreur terrifiait à Londres le quartier de Whitechapel, le Diable Amoureux du Gil Blas racontait cette lourde plaisanterie :
« — Tond les chiens ! coupe les chats !
Un Anglais se précipite sur le malheureux tondeur en criant :
— Enfin, je te tiens, Jack ! »
Ce quatrain du Diable Boiteux est plus spirituel :

 Prix de beauté de Spa, brune, bon caractère !
 Au harem aurait fait le bonheur d’un pacha ;
 Aime les animaux félins, tigre ou panthère,
 Et possède, dit-on, un fort beau petit chat !

Chez lui, revenant après fête,
Un pochard rond comme un portier,
Faible de jambe et lourd de tête,
Cherchait le lit de sa moitié.

Mais il se glissa près de Laure,
La jeune femme du couvreur…
Et ce n’est qu’en voyant l’aurore
Qu’il s’aperçut de son erreur.

— Que va me dire mon épouse ?
Pensa-t-il. Zut ! Pas vu, pas pris !
Elle ne peut être jalouse,
Car la nuit tous les chats sont gris !

(Gil Blas)

Chat, employé pour le sexe de la femme, n’a aucun sens. Le mot primitif est chas, ouverture, fente, dont on a fait châssis. Les Anglais ont le substantif puss, pussy, pour désigner la même chose, mais ils n’ont fait que traduire notre mot chat.

Duc de Guiche

Delvau, 1866 : s. m. Guichetier, — dans l’argot des faubouriens.

Virmaître, 1894 : Guichetier. À l’instar des anciens ducs féodaux, il règne sur ses vassaux : — les prisonniers (Argot des voleurs).

Hayard, 1907 : Guichetier.

France, 1907 : Guichetier, Chef du guichet.

Empoté

Delvau, 1866 : s. et adj. Paresseux, maladroit, — dans l’argot du peuple, qui trouve volontiers têtes comme des pots tous les gens qui n’ont pas ses biceps et ses reins infatigables.

France, 1907 : Paresseux, maladroit.

Le massier était parti, après deux semaines de traitement, réconforté par les bouillons et le claret séveux des deux sœurs, une grosse fille de cinquante-six ans, sœur Angélina, ragote, empotée dans une graisse pâle et boulante de vieille vierge.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Et s’adressant à moi, cet ivrogne, qui avait trouvé de l’eau-de-vie on ne savait où et s’en était largement gargarisé, écumant de colère me dit :
— Je te croyais plus débrouillard que ça ! bougre d’empoté !

(Sutter-Laumann, Histoire d’un Trente sous)

Il ne s’agit pas d’être empotée de rester là comme une grosse mère, les pieds sur une chaufferette, devant le guichet d’abonnements, et de s’exclamer à chaque malheur nouveau qu’on signale. On n’a pas le temps de s’attendrir, de disserter — il faut se mouvoir !
La mort gratte à la porte de tous les taudis sans feu ; on dirait qu’un troupeau de loups dévorants a envahi nos faubourgs…

(Séverine)

Enguiché

France, 1907 : Mêlé, embrouillé.

Flêmard, flemmard

France, 1907 : Fainéant, paresseux qui fait son possible pour éviter tout travail et passe ses loisirs couché sur le dos.

Prise en tas, derrière les guichets cadenassés, les registres et les dossiers, la masse des employés de bureau ne devient plus qu’une jolie collection de flemmards, entachés de routine, figés d’entêtement, ayant tous cette devise : « Rien faire et laisser dire. »

(Mentor, Le Journal)

Fouilleuse

Fustier, 1889 : Argot de police. Femme chargée de fouiller dans les prisons soit les détenues soit les visiteuses qui les viennent voir.

Le soir, la Fouilleuse du Dépôt explore les poches et les vêtements de la femme…

(Gazette des Tribunaux, 1875.)

France, 1907 : Femme employée dans les grands magasins pour fouiller les femmes soupçonnées de vol.

Voulez-vous connaitre toutes ces femmes du monde portant des noms honorables qu’un soupçon n’a jamais effleurées, qui ont été cependant déshabillées dans les pièces où se trouvent les fouilleuses du Grand Bazar ? Elles sont enregistrées ici, comme ailleurs, sur le répertoire des voleuses, parmi les domestiques, les filles galantes et les pickpockettes.

(G. Macé, Un Joli Monde)

Religieuse chargée, au Dépôt, de fouiller les nouvelles arrivées.

Voici le Dépôt. Tout le monde attend pêle-mêle. Enfin arrive la fouilleuse. Les sœurs aux voiles blanc, bleu, noir, dirigées par la sœurs assistante, prennent les tickets qui sont marqués d’un trait au crayon bleu, si la fille est soumise, et d’un crayon rouge, si la fille est insoumise.

(Hogier-Grison, La Police)

Enfin on appelle aussi fouilleuse la salle où l’on fouille les prévenus.

Il lui fallait défiler à la permanence sous les yeux fouilleurs et devant les mines rébarbatives d’inspecteurs de police, en costumes civils, dévisageant les arrivants et cherchant à reconnaître les ordinaires habitués des lieux de détention.
Conduit ensuite dans une vaste salle, il passa devant le guichet où veille le brigadier, fut conduit à la fouilleuse, où on le débarrassa de son argent et de ses bijoux, puis, après qu’on lui eut fait relever les manches de son veston et de sa chemise afin de vérifier si ses bras ne portaient pas de tatouages révélateurs, il dut donner ses nom, prénoms au greffe et se trouva immatriculé.

(Edmond Lepelletier)

Gaffe

Clémens, 1840 : Celui qui fait le guet.

Delvau, 1866 : s. f. Bouche, langue, — dans l’argot des ouvriers. Se dit aussi pour action, parole maladroite, à contretemps. Coup de gaffe. Criaillerie.

Delvau, 1866 : s. f. Les représentants de l’autorité en général, — dans l’argot des voleurs, qui redoutent probablement leur gaflach (épée, dard). Être en gaffe. Monter une faction ; faire sentinelle ou faire le guet.

Delvau, 1866 : s. m. Gardien de cimetière, — dans l’argot des marbriers.

Delvau, 1866 : s. m. Représentant de l’autorité en particulier. Gaffe à gail. Garde municipal à cheval ; gendarme. Gaffe de sorgue. Gardien de marché ; patrouille grise. On dit aussi Gaffeur.

Rigaud, 1881 : « Cette main est terrible, c’est-à-dire dans l’argot significatif du jeu, une vraie gaffe ! » (A. Cavaillé.) Elle tire tout l’argent des pontes vers le banquier comme ferait une gaffe.

Rigaud, 1881 : Balourdise. Faire gaffe sur gaffe.

Rigaud, 1881 : Patrouille ; gardien, guichetier. — Gaffe des machabées, gardien de cimetière. — Gaffe à gayet, garde municipal à cheval. — Gaffe de sorgue, gardien de nuit dans un marché. — Être en gaffe, être en faction.

La Rue, 1894 : Balourdise. Gardien. Surveillance. Guet. Bouche, langue.

Virmaître, 1894 : Faire le guet pour avertir des complices de l’arrivée de la rousse ou des passants qui pourraient les déranger (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Faire ou dire une maladresse. Prendre la main de son ami, dessous la table, croyant prendre celle de sa femme, c’est faire une gaffe.

Rossignol, 1901 : Gardien de prison.

Hayard, 1907 : Dire ou faire une bêtise.

France, 1907 : Bouche, langue ; corruption du vieux mot gave. Coup de gaffe, criaillierie. Avaler sa gaffe, mourir.

France, 1907 : Grande fille sèche et maigre. Allusion au harpon appelé gaffe.

… Une grande gaffe chaude, à nez de perroquet, qui n’avait pas trouvé à se marier malgré ses folles envies d’homme, et que les lurons s’amusaient à leurrer de promesses, la pinçant au gras des côtes, toute rouge et les paupières battantes.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

France, 1907 : Maladresse, balourdise, bévue. Faire une gaffe, commettre une maladresse.

Mme Ledouillard. — Mon mari… j’adore mon mari ; c’est extraordinaire, mais c’est comme ça. Et puis, quand par hasard j’ai envie de le tromper, je me dis : Mon Dieu ! si ça allait ne pas être meilleur, ou même moins bien, c’est ça qui serait une gaffe !

(Maurice Donnay, Chère Madame)

La gaffe, ou impair, est certainement une source innocente de rire dont la littérature actuelle a tiré l’effet comique le plus nouveau. Alfred de Musset, que Deschanel n’aime point, doit à l’étude de la gaffe un de ses plus jolis ouvrages, ce délicieux proverbe : On ne saurait songer à tout, que la Comédie-Française ne joue jamais, naturellement.

(Émile Bergerat)

Aux uns et aux autres, la réclame offerte par l’interview ne déplait pourtant pas outre mesure ; mais ils sont gênés par la brusquerie de l’interrogatoire. Les prudents craignent de faire une gaffe et les prophètes se méfient de l’improvisation. Car nous n’avons plus que de faux prophètes, sans délire sacré, des sibylles, pas bien solides sur le trépied.

(François Coppée)

À propos, dis donc à ton frère
De ne pas mettre, en m’écrivant,
Eros, le gosse de Cythère,
Avec un h en commençant.
Alors, pour réparer la gaffe,
Il en met un dans le mot cœur !
Je crois qu’au jeu de l’orthographe
Il ne sort pas souvent vainqueur.

(Jacques Rédelsperger)

Gobette

Virmaître, 1894 : Gobelet de fer-blanc qui mesure 33 centilitres. Ce gobelet sert aux détenus dans les prisons pour prendre une ration de vin à la cantine où ils ont droit à trois gobettes par jour, en payant, bien entendu. Passer à la gobette, c’est prendre une tournée chez le marchand de vin (Argot des voleurs). N.

Hayard, 1907 : Gobelet.

France, 1907 : « Gobelet de fer-blanc qui mesure 33 centimètres. Ce gobelet sert aux détenus dans les prisons pour prendre une ration de vin à la cantine où ils ont droit à trois gobettes par jour, en payant, bien entendu. »

(Charles Virmaître)

France, 1907 : Distribution de vin dans les prisons.

Puis vient l’heure attendue de la gobette. C’est la distribution quotidienne de vin que le cantinier est autorisé, moyennant finances, à faire aux détenus. Chacun se presse, se bouscule. C’est à qui approchera du guichet étroit par lequel passe le merveilleux et désiré gobelet contenant le liquide adoré. Malheur à qui n’est pas agile et vigoureux, car le gobelet qu’il tient et qu’il s’apprête à vider, tout à coup lui échappe, emporté par un concurrent plus prompt, plus fort. La loi de Darwin est souveraine au Dépôt. Tant pis pour les faibles !

(Edmond Lepelletier)

Grubler

Fustier, 1889 : Grogner. (Richepin)

France, 1907 : Grogner.

— Vous grublez comme un guichemar.

(Jean Richepin)

Guibe, guibolle, guiche

La Rue, 1894 : Jambe.

Guiche

La Rue, 1894 : Souteneur. Bal.

France, 1907 : Souteneur.

C’est un guiche, c’est-à-dire un jeune homme aux mains blanches, à l’accroche-cœur, l’Adonis des nymphes des musettes, quand ce n’est pas une tante !… La moitié des crimes qui se commettent à Paris est conçue par le cerveau des guiches…

(Les Mémoires de M. Claude)

On dit aussi dans le même sens : mec de la guiche, chevalier de la guiche.

Guiche (le bataillon de la)

France, 1907 : Le monde des souteneurs.

Et si la p’tit’ ponif’ triche
Su’ l’compt’ des rouleaux,
Gare au bataillon d’la guiche !
C’est nous qu’est les dos.

(Jean Richepin)

Guichemar

Larchey, 1865 : Guichetier (Vidocq). V. Mar.

Delvau, 1866 : s. m. Guichetier, — dans l’argot des voyous.

Guichemard

Vidocq, 1837 : s. m. — Guichetier, porte-clés.

Rigaud, 1881 : Guichetier. Et les variantes inévitables : Guichemuche, guichemince et guichemincemar, et guichemincemuche.

France, 1907 : Guichetier.

Guichemare

Ansiaume, 1821 : Guichetier.

Es-tu d’avis d’abattre le guichemare et de cavaler avec ses carroubles ?

Guiches

Rigaud, 1881 : Cheveux, — dans le jargon des voleurs, et principalement cheveux collés sur les tempes. — De là le surnom de « mecs de la guiche » ou simplement de « guiches » donné aux souteneurs. — « Ohé ! la guiche ! tu fais rien tongirond ! T’as passé aux épinards ? Ohé, le souteneur ! tu fais bien des embarras ! tu as reçu de l’argent de ta maîtresse ? » — Trifouiller les guiches, peigner.

La Rue, 1894 : Cheveux. Accroche-cœurs.

Virmaître, 1894 : Les cheveux que les souteneurs ramènent sur les tempes. On dit aussi roufflaquettes (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Mèches de cheveux ramenées en pointes ou en crocs sur les tempes. Dans le temps, on disait des accroche-cœurs ; il n’y avait guère que les souteneurs ou rôdeurs de bals de barrière qui se coiffaient de la sorte.

Hayard, 1907 : Accroche-cœurs.

France, 1907 : Accroche-cœurs. On dit aussi rouflaquettes.

France, 1907 : Jambes.

Les bain’ à quat’ sous,
Voyez-vous,
C’est bon pour les gens riches,
Moi qu’a pas l’moyen,
Nom d’un chien !
Quand j’veux tremper mes guiches
Gratis pro Deo,
Sans bateau
J’m’en vais faire un’ pleine eau.

(Jean Richepin)

Madame Tiremonde

Delvau, 1866 : s. f. Sage-femme, — dans l’argot des faubouriens. Les voyous disent Madame Tirepousse. Au XVIe siècle, on disait Madame du guichet et Portière du petit guichet.

Mec de la guiche

France, 1907 : Souteneur.

Paraît qu’dans l’temps, chez Charles dix,
L’oncle d’son oncle était cocher.
Ça fait qu’il est légitimisse,
La République all’ le fait chier,
J’lui dis quéqu’fois : t’as donc z’un titre ?
Tu m’l’as jamais dit, mais pourquoi ?
Y m’répond toujours : Paye un litre
En attendant l’retour du roi.
Lui seul peut rendr’ la France heureuse,
Mais t’es trop bêt’ pour parler d’ça.
C’est tout d’mêm’ chouett’ pour un’ pierreuse
D’avoir un mec comm’ celui-là !

(André Gill)

Momière, momeuse

France, 1907 : Sage-femme, appelée aussi tire-môme et tire-monde. Au XVIIe siècle, on la nommait Madame du guichet, ou portière du petit guichet.

Niche

d’Hautel, 1808 : Faire des niches. Faire pièce à quelqu’un, l’agacer, lui jouer de malins tours ; le tourmenter, lui faire de la peine.
La belle niche que tu lui feras. Pour, tu te trompes, si tu crois lui faire de la peine.

France, 1907 : Maison, logis. « Rappliquer à la niche », rentrer chez soi.

Quand qu’all’ rapplique à la niche
Et qu’nous somm’s poivrots,
Gare au bataillon d’la guiche,
C’est nous qu’est les dos.

(J. Richepin, Chanson des Gueux)

Oncle

d’Hautel, 1808 : Des contes à Robert mon oncle. Des contes en l’air, des bourdes, des gausses.

Ansiaume, 1821 : Concierge de prison.

Mon oncle est un lofia : tandis qu’il roupille, on rivauche ma tante.

Vidocq, 1837 : s. m. — Concierge de prison.

Larchey, 1865 : Où prendras-tu de l’argent ? dit elle. — Chez mon oncle, répondit Raoul. — Florine connaissait l’oncle de Raoul. Ce mot symbolisait l’usure, comme dans la langue populaire ma tante signifie le prêt sur gage.

(Balzac)

Delvau, 1866 : s. m. Guichetier, — dans le même argot [des voleurs].

Delvau, 1866 : s. m. Usurier, — dans l’argot des fils de famille, qui ont voulu marier leur tante à quelqu’un.

Rigaud, 1881 : Concierge de prison. Sous les verrous, les voleurs, qui ont de l’imagination, s’assimilent aux objets mis en gage. La prison pour eux est comme un Mont-de-Piété, tante, où ils sont accrochés. Celui qui garde la porte de ma tante, devient le mari de ma tante « mon oncle ». Au XVIIe siècle « oncle » désignait un usurier. — Avoir un oncle sur la planche, être héritier d’un oncle. — Manger son oncle, manger l’héritage laissé par son oncle. — Rubis sur l’oncle, calembour par à peu près pour dire qu’il ne reste plus rien de l’héritage avunculaire.

La Rue, 1894 : Guichetier. Usurier.

Virmaître, 1894 : Le guichetier qui garde la première porte d’entrée d’une prison. Je ne vois pas trop pourquoi on l’appelle mon oncle car il n’a guère de tendresse pour les visiteurs, à moins que ce ne soit un à peu près. Quand on va au clou, mon oncle prend soin dos objets déposés (Argot des prisons).

Hayard, 1907 : Guichetier de prison.

France, 1907 : Guichetier.

France, 1907 : Usurier. « Ce mot, dit Balzac, symbolise l’usure, comme dans la langue populaire ma tante signifie le prêt sur gage. » Il est a noter que les Anglais emploient le même mot pour désigner le prêteur sur gages. Dans l’argot des voleurs, oncle est synonyme de joaillier ; onclesse, femme du joaillier.
Disons en passant que notre institution le Mont-de-Piété n’a aucun rapport avec une montagne, Mont vient de l’italien monte, qui signitie amas, masse, pile de fonds et, par extension, banque, c’est-à-dire, en ce cas, banque de piété, monte di pieta. Le premier mont-de-piété établi à Paris date de 1777. Mais, dès 1468, on établit à Rome des établissements de prêts sur gage pour combattre les prêts usuraires et les honteuses extorsions des juifs. Ils furent appelés monti di pieta. Il existe également en Italie nombre d’endroits où l’on fait des avances de grains et qu’on appelle monti di grano.

Pickpocket

France, 1907 : Voleur qui fouille dans les poches. Anglicisme : de pick, ramasser, et pocket, poche. Pourquoi avoir emprunté à l’anglais quand nous avions le vieux et énergique mot de vide-gousset ?

Le pickpocket de nationalité anglaise est le plus connu — on le rencontre partout — mais il n’est point le plus habile. On lui a fait une réputation qu’il ne mérite pas.
Il est raide, compassé dans ses mouvements et, tout en possédant une grande dextérité de mains, il se ressent du flegme national.
Par exemple, c’est un marcheur infatigable ; dans une journée, il parcourt tous les principaux points de Paris où se porte la foule, et les agents qui lui donnent la chasse, guettant le moment psychologique du flagrant délit pour l’arrêter, sont brisés de fatigue, quand ils rentrent chez eux.

(G. Macé, Un Joli Monde)

Par un abominable barbarisme on a fait un féminin :

Les véritables pickpockettes ont les allures, les manières, la tenue de bonnes bourgeoises en villégiature, et leur costume varie selon les endroits où elles doivent voler. On les rencontre aux gares, aux guichets de chemins de fer, aux stations de bateaux, sur les promenades, dans les théâtres, les musées et les grands magasins. Elles ne s’attaquent qu’aux femmes.

(G. Macé, Un Joli Monde)

Poisse

Vidocq, 1837 : s. m. — Voleur. Terme des Camelots et des voleurs de province.

Halbert, 1849 : Fripon.

Delvau, 1866 : s. m. Voleur, — dans l’argot des voyous.

Rigaud, 1881 : Voleur. Les mains du voleur ont l’adhérence des emplâtres de poix de Bourgogne.

La Rue, 1894 : Voleur. Service de la Sûreté.

Virmaître, 1894 : Voleur. A. D. C’est absolument, tout le contraire ; un poisse est un agent de la sûreté. La poix du cordonnier s’attache aux mains en poissant le fil ; l’agent s’attache au voleur, il le poisse. Il le fait bon pour Poissy. Nous sommes poissés : nous sommes pris (Argot des voleurs). N.

Rossignol, 1901 : Voleur.

France, 1907 : Agent de la sûreté. Allusion à la poix.

France, 1907 : Voleur ; argot populaire et populacier.

Voilà comment on devient guiche ; l’homme pauvre devient gouépeur, on l’envoie à la Lorcefé, il en sort poisse.

(Mémoires de Vidocq)

Poisson

d’Hautel, 1808 : Il avaleroit la mer et les poissons. Se dit d’un homme affamé qui mange avec beaucoup d’appétit, d’avidité ; d’un goulu.
La sauce vaut mieux que le poisson. Pour dire que l’accessoire vaut mieux que le principal.
Il ne sait à quelle sauce manger le poisson. Se dit par raillerie d’une personne qui a reçu un affront, une injure, et qui hésite sur ce qu’il doit faire.
Un poisson d’avril. Attrape que l’on fait à quel qu’un le premier de ce mois.

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Souteneur.

Clémens, 1840 : Qui vit aux dépens d’une femme.

Halbert, 1849 : Souteneur, Amant d’une fille publique.

Delvau, 1864 : Maquereau, souteneur de filles.

Camille Fontallard, des poissons le monarque.

(Dumoulin)

Le perruquier jeune et actif est lui-même un poisson. Depuis un siècle, on l’appelle merlan ; mais quelquefois, souvent même, il cumule, — et ces dames ont des merlans — maquereaux.

Larchey, 1865 : « Jeune, beau, fort, le poisson ou barbillon est à la fois le défenseur et le valet des filles d’amour qui font le trottoir, » — Canler. — V. Mac, Paillasson.

Larchey, 1865 : Verre. — Du vieux mot poçon : tasse, coupe. V. Roquefort. — V. Camphre.

J’n’ suis pas trop pompette, Viens, je régale d’un poisson.

(Les Amours de Jeannette, ch., 1813)

Delvau, 1866 : s. m. Entremetteur, souteneur, maquereau.

Delvau, 1866 : s. m. Grand verre d’eau-de-vie, la moitié d’un demi-setier, — dans l’argot du peuple. Vieux mot certainement dérivé de pochon, petit pot, dont on a fait peu à peu poichon, posson, puis poisson.

Rigaud, 1881 : Mesure de vin, cinquième du litre. Il y a le grand et le petit poisson.

Rigaud, 1881 : Souteneur. Il nage dans les eaux de la prostitution.

La Rue, 1894 : Grand verre d’eau-de-vie. Souteneur.

France, 1907 : Mesure d’un demi-setier ; du vieux français poçon, tasse, dit Lorédan Larchey, mais plutôt parce que le contenu glisse dans le gosier comme un poisson dans l’eau.

Tous les matins, quand je m’lève,
J’ai l’cœur sans sus d’sous ;
J’l’envoie chercher cont’ la Grève
Un poisson d’quat sous.
Il rest’ trois quarts d’heure en route,
Et puis en r’montant,
I’m’lich’ la moitié d’ma goutte !
Qué cochon d’enfant !

(Les Plaintes de la portière)

France, 1907 : Souteneur ; argot populaire. Cette expression est déjà vieille, car d’après le Dictionnaire de Trévoux, on appelait déjà ainsi dans la seconde moitié du XVIIIe siècle les individus se livrant à cette dégradante industrie ; mais on y ajoutait le mot avril. On lit, en effet, à l’article avril à la date de 1771 : « On appelle poisson d’avril un poisson qu’on nomme autrement maquereau, et, parce qu’on appelle du même nom les entremetteurs des amours illicites, cela est cause qu’on nomme aussi ces gens-là poissons d’avril. »
Les synonymes sont fort nombreux, ce qui prouve quelle place ce monde interlope occupe dans la société moderne. Bornons-nous à citer : Alphonse, Baigne-dans-le-beurre, barbise, barbe, barbillon, barbeau, bibi, benoit, brochet, bouffeur de blanc, casquette à trois ponts, chevalier du bidet, chevalier de la guiche, chiqueur de blanc, costel, cravate verte, dauphin, dos, dos d’azur, écaillé, fish (anglicisme), foulard rouge, guiche, goujon, gentilhomme sous-marin, gonce à écailles, lacromuche, marlou, mac, macque, macquet, macrottin, maquereau, maquignon à bidoche, marloupatte, marloupin, marlousier, marquant, mec, mec de la guiche, meg en viande chaude, monsieur à nageoires, à rouflaquettes, patenté, porte-nageoires, roi de la mer, rouflaquette, roule-en-cul, soixante-six, un qui va aux épinards, valet de cœur, visqueux, etc.

Léon Gambetta, peu flatté,
Nous apparait, décapité,
Dans sa sonnette,
Observant d’un œil polisson
Un autre groupe où le poisson
Porte casquette.

(Chanson du Père Lunette)

Poli comme une porte de prison

Delvau, 1866 : adj. Brutal, — dans l’argot ironique du peuple, qui sait avec quel sans-façon les guichetiers vous rejettent la porte au nez.

Poniffe

un détenu, 1846 : Fille publique, prostituée.

Rossignol, 1901 : Femme.

France, 1907 : Prostituée ; argot des voyous et des souteneurs.

Et si la p’tit’ poniff’ triche
Su’ l’compt’ des rouleaux,
Gare au bataillon d’la guiche !
C’est nous qu’est les dos.

(Jean Richepin, La Chanson des gueux)

On écrit aussi ponifle.

Quart d’œil

Larchey, 1865 : Quarante-huit commissaires de police veillent sur Paris comme quarante-huit providences au petit pied ; de là vient le nom de quart d’œil que les voleurs leur ont donné dans leur argot puisqu’ils sont quatre par arrondissement.

(Balzac)

Comme le mot est antérieur à l’organisation susdite, nous y voyons plutôt une allusion à l’ancienne robe noire des commissaires dite cardeuil. V. Fr. Michel. — V. Parrain.

Rigaud, 1881 : Surnom attribué autrefois par les voleurs au commissaire de police. Aujourd’hui les voyous et leurs modèles les voleurs donnent indistinctement ce nom aux commissaires de police et aux sergents de ville. Un étymologiste de la petite Roquette que nous avons consulté nous a affirmé que ce sobriquet leur avait été inspiré par les allures de ces agents de l’autorité, qui les guettent en tapinois et ne montrent que le quart de l’œil.

Virmaître, 1894 : Commissaire de police (Argot du peuple). V. Moissonneur.

Rossignol, 1901 : Commissaire de police.

France, 1907 : Commissaire de police. Voici quelle serait, d’après Balzac, l’origine de ce sobriquet :

Quarante-huit commissaires de police veillent sur Paris, comme quarante-huit providences au petit pied ; de là vient le nom de quart d’œil que les voleurs leur ont donné dans leur argot, puisqu’ils sont quatre par arrondissement.

Mais, objecte Lorédan Larchey, comme le mot est antérieur à l’organisation susdite, on doit y voir plutôt, avec M. Michel, une allusion à l’ancienne robe noire des commissaires, dite cardeuil.

— C’est pas assez de se voir déshonorer par sa fille… Faut encore être insultée par un goaupeur. Eh bien ! puisque c’est comme ça, je vas m’en aller… mais je vas revenir avec le quart d’œil, c’te fois-ei !… Et c’est lui qui te montrera ce que ça coûte, grand feignant, de vouloir se payer des pucelles de quinze ans moins trois mois… Attends un peu !

(Oscar Méténier)

France, 1907 : Coup d’œil furtif, œillade amoureuse que l’on jette en passant, du coin, du quart de l’œil, à une personne d’un sexe différent que l’on veut aguicher ou qui vous plait. Provincialisme.

Nombre de jeunes pensionnaires à qui l’on donnerait le bon Dieu sans confession sont déjà expertes dans le quart d’œil.

Radiner

Rigaud, 1881 : Rentrer, revenir, retourner.

Le cousin Gustave qui radine de la Nouvelle-Calédo, me dit que là-bas, la veille du jour de l’an, on se marie.

(Le père Duchêne, 1879)

Les badingredins annoncent toujours que leur gosse va radiner.

(Le Sans-Culotte, 1879)

Radiner à la condition, rentrer à la maison. Radiner est sans doute une déformation du verbe rabziner qui, dans le patois picard, a la même signification.

Virmaître, 1894 : Revenir.
— Je radine à la piaule.
Radiner :
faire le radin, voler le tiroir-caisse d’un comptoir.
Ce tiroir est nommé radin parce qu’il renferme des radis (sous) (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Venir, revenir.

Hayard, 1907 : Revenir.

France, 1907 : Revenir, arriver. Radiner à la piole, rentrer chez soi.

V’là les fanand’s qui radinent.
Ohé ! tas d’poch’tés,
Les gonciers qui nous jardinent
I’s’ront vraiment j’tés,
Nous la r’levons rien qu’dans l’riche,
Malgré nos rideaux.
Gare au bataillon d’la guiche !
C’est nous qu’est les dos.

(J. Richepin, La Chanson des gueux)

Ramener

Rigaud, 1881 : Garnir tant bien que mal le sommet du crâne avec quelques rares mèches de cheveux empruntées à la nuque. C’est ce qu’Alphonse Karr appelle :

En emprunter un qui vaut dix.

Rossignol, 1901 : Se dit de celui qui est dénudé, qui laisse pousser ses cheveux longs sur les côtés de la tête, pour les ramener au sommet.

France, 1907 : Rassembler les cheveux des côtés de la tête pour dissimuler la calvitie.

Oui ! J’les ramèn’ : quoi ! C’est mon chic !
Tout chacun fait c’qu’i’ veut d’ses tiffes,
Pis, je m’en fous ben de c’que l’public
— Un tas d’gonss’ qui vaut pas trois giffes —
Peut dir’ d’ma façon de m’peigner,
Si sus les temp’s je m’coll’ des guiches,
C’est par magnère d’témoigner
Qu’en vrai barbiz’ j’aime pas les riches.

(É. Blédort)

France, 1907 : Terme d’équitation. Faire baisser la tête et le nez à un cheval qui les tient trop en avant, qui n’encapuchonnne pas.

Redam

Vidocq, 1837 : s. f. — Grâce. La plus belle prérogative du chef de l’état est, certes, celle de pouvoir faire grâce à celui que la loi a frappé ; il doit éprouver une émotion à la fois bien vive et bien douce, celui qui peut, d’un mot, briser les fers du malheureux qui languit dans une prison, ou arracher une victime au bourreau ; aussi, n’est-ce point le droit de faire grâce que je veux attaquer, mais seulement la manière dont on use de ce droit.
Si le législateur n’a pas conservé le code de Dracon, code qui condamnait à la mort celui qui avait commis la plus légère faute ; s’il a proportionné les peines aux crimes et aux délits, et admis des peines temporaires, c’est que sans doute il avait la conviction intime que les plus grands coupables pouvaient être ramenés au bien ; il a donc voulu que la grâce fût une prime d’encouragement offerte à la bonne conduite et au repentir, et que chaque condamné, quels que fussent d’ailleurs sa position sociale et ses antécédens, pût acquérir le droit d’y prétendre.
Je crois que je m’explique assez clairement, ce n’est qu’à la bonne conduite et au repentir que des grâces doivent être accordées ; car si l’égalité doit exister quelque part, c’est évidemment en prison. Il ne doit donc y avoir, parmi des hommes tous coupables, ou présumés tels, d’autre aristocratie que celle du repentir ; et je ne crois pas que l’on doive accorder au fils d’un pair de France ce que l’on refuserait au fils d’un ouvrier ou d’un cultivateur, si le fils du pair de France s’en montrait mois digne que ces derniers ; cependant ce ne sont pas toujours les plus dignes qui obtiennent leur grâce, et cela s’explique : la désignation des condamnés graciables est, en quelque sorte, laissée à l’arbitraire des inspecteurs et directeurs de prisons ; je ne prétends pas accuser les intentions de ces hommes, dont les fonctions sont aussi délicates que pénibles ; mais comme tous, ils sont faillibles et susceptibles de se laisser séduire par l’astuce et par de faux dehors ; et le prisonnier dont la conversion n’est pas réelle, qui ne veut recouvrer la liberté que pour commettre de nouveaux crimes, sait mieux que tout autre se plier à toutes les exigences, et caresser les manies et les passions, de ceux qui peuvent le servir.
Sous la restauration, lorsque les membres du clergé étaient les seuls dispensateurs des grâces, les prisonniers les plus démoralisés, ceux qui avaient commis les fautes les plus graves, étaient aussi ceux qui assistaient avec le plus de recueillement au service divin, qui écoutaient avec le plus d’attention les sermons du prédicateur, qui s’approchaient le plus souvent de la sainte table, et qui par contre, étaient le plus souvent grâciés ; ceux qui se bornaient à remplir exactement leurs devoirs, ceux-là alors, comme aujourd’hui, étaient oubliés et méconnus.
Le droit de faire grâce, tel qu’il existe aujourd’hui, est-il utile ? exerce-t-il sur les condamnés une influence salutaire ? Je ne le pense pas ; les hommes sont oublieux de leur nature, aussi le gracié n’a pas encore franchi le dernier guichet de la prison que déjà il est oublié. Pour que les grâces fussent utiles, il faudrait d’abord qu’elles ne fussent accordées qu’à ceux qui, par leur conduite et leur repentir, s’en seraient réellement montrés dignes, et que les dispensateurs ne se laissassent influencer, ni par les manières, ni par la position sociale de l’individu, et ensuite qu’elle ne fût que progressive, c’est-à-dire, qu’il fût permis à un comité philantropique, après toutefois qu’il aurait consulté l’autorité supérieure, de diminuer une année, un mois, un jour même, sur la durée de la peine infligée.
L’homme qui aurait ainsi obtenu une diminution, pourrait espérer voir bientôt finir sa captivité, et il resterait assez long-temps sous les yeux de ses camarades pour les engager à suivre l’exemple qu’il aurait donné.
Ceux qui auraient ainsi obtenu plusieurs remises, pourraient seuls, lors des occasions extraordinaires, telles qu’anniversaires, fêtes nationales, etc., obtenir la remise pleine et entière de leur peine ; mais alors un jury, composé d’hommes recommandables aurait seul le droit de désigner les condamnés à la clémence du gouvernement.
Les condamnés savent se rendre justice, et discerner celui d’entre eux qui mérite l’indulgence de la société ; aussi il résulterait un grand bien de l’adoption des mesures que je propose ; les prisonniers applaudiraient toujours à la mise en liberté de celui d’entre eux qui aurait obtenu sa grâce ; ils ne diraient plus : il est heureux, mais, il est digne ; et ils chercheraient probablement à faire comme lui et à se rendre dignes à leur tour.
Pour que l’exemple fût toujours présent à tous les yeux, rien n’empêcherait qu’un chiffre indicateur de la durée de la peine infligée au condamné, fût marqué sur une des manches de sa veste, et celui des remises sur l’autre ; les individus qui ne regardent que la superficie des choses, et qui ne prennent jamais la peine d’examiner une question sous toutes ses faces, trouveront peut-être ce projet plus que bizarre ; rien, cependant, n’en empêche l’exécution.
Maintenant, les condamnés ont la conviction que les grâces sont accordées seulement à la faveur ; c’est cette conviction qu’il faut absolument détruire, et détruire par des faits et non par des raisonnemens ; car tous les hommes, quelles que minces que soient leurs capacités, peuvent apprécier des faits, et tous ne sont pas aptes à comprendre des raisonnemens.
Le caractère du condamné qui voit sortir, lorsqu’il reste en prison, un individu moins digne que lui, s’aigrit ; cet homme méconnu se prend à penser qu’il est inutile de se bien conduire ; il se décourage, et s’il ne cherche pas à devoir à la ruse et à l’hypocrisie, ce que d’abord il n’avait demandé qu’à la droiture, il se laisse corrompre par les scélérats avec lesquels il vit, et lorsqu’il rentre dans la société il l’épouvante par ses crimes.
On ne doit, lorsqu’il s’agit de faire le bien, reculer devant aucune tentative. Méditez donc, législateurs ! je ne parle que de ce que je connais bien.

Rigaud, 1881 : Grâce. — Abréviation de rédemption.

La Rue, 1894 : Grâce au condamné.

France, 1907 : Grâce, pardon ; sans doute de redème, rachat.

Reguicher

France, 1907 : Attaquer :, argot des voleurs.

— Eh ! la Gribouille, comment que t’as été pigée ? dit une vagabonde à une autre.
— Je dormais par terre avec mon petit dans mes bras, pelotonnée comme un p’tit chat sous un arbre des boulevards. V’là qu’on me tire par la jambe ; je me cavale, mais y z’étaient du monde, on me reguiche, je m’ai défendue et me v’là.

(Louise Michel, Les Microbes humains)

Rouflaquette

Rigaud, 1881 : Mèche de cheveux collée aux tempes ; accroche-cœurs ; coiffure distinctive des rôdeurs de barrière, des souteneurs de filles.

Sous des casquettes de soie, sortaient des mèches collées sur les tempes, qu’ils appelaient rouflaquettes.

(Vicomte Richard, Les Femmes des autres)

Fustier, 1889 : Souteneur de bas étage.

La Rue, 1894 : Accroche-cœurs. Souteneur.

France, 1907 : Mèche de cheveux collée sur les tempes. On dit aussi accroche-cœurs et guiches. Les souteneurs, il y a quelques années, portaient tous des rouflaquettes.

Sous l’bord noir et mou d’ma casquette,
Avec mes doigts aux ongu’en deuil,
J’sais rien m’coller eun’ rouflaquette
Tout l’long d’la temp’, là, jusqu’à l’œil.

(Jean Richepin, La Chanson des gueux)

Rouflaquettes

Rossignol, 1901 : Mèches de cheveux ramenées sur les tempes. Voir Guiches.

Tendeur

Virmaître, 1894 : Homme qui est toujours prêt à satisfaire une femme gourmande et passionnée (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Voir rippeur.

France, 1907 : Homme de complexion amoureuse. Vieux tendeur, vieux débauché. Argot populaire.

Très tendeur, il se payait d’autor les plus girondes ouvrières…, et fallait pas qu’une lui résistât, — sinon, du balai !
Ce n’était pas qu’un coq, c’était aussi un cochon : un jour, il appela dans son bureau une ouvrière et, se débraillant, lui mit le marché en main.

(Père Peinard)

Pour les vieux tendeurs qu’assomme
Une ronfle à grippart,
On s’camoufle en p’tit jeune homme,
En tant’ figne-à-part,
Quand l’pant’ a l’doigt dans la miche,
S’i’n’ casque pas gros,
Gare au bataillon d’la guiche !
C’est nous qu’est les dos.

(J. Richepin, La Chanson des gueux)

Trifouiller

d’Hautel, 1808 : Pour, farfouiller, brouiller, fouiller avec désordre, et indiscrètement.

Delvau, 1866 : v. n. Remuer, chercher en bousculant tout.

Rigaud, 1881 : Fouiller partout, embrouiller, mettre tout sens dessus dessous en cherchant un objet.

France, 1907 : Fouiller, chercher. Trifouiller les guiches, peigner. Expression populaire.

Valtreusier

Vidocq, 1837 : s. m. — Voleur de portemanteau, valise et malle.
Les étrangers qui arrivent à Paris par la malle-poste, les diligences ou toutes autres voitures publiques, ne sauraient trop se méfier de ces individus qui ne manqueront pas de venir leur faire des offres de services à leur descente de la voiture, car il est rare qu’il n’y ait parmi eux quelques Valtreusiers. Les Valtreusiers, comme les commissionnaires dont ils ont emprunté le costume, se chargent de porter à l’hôtel les mailles et bagages du voyageur qui a bien voulu les charger de ce soin. Pour se mettre à l’abri de leurs atteintes, il ne faut pas perdre de vue un seul instant celui que l’on a chargé de ses bagages, surtout au détour des rues, et s’il survient un embarras de voitures. Les Valtreusiers connaissent toutes les sinuosités, tous les passages de Paris, aussi ils savent disparaître comme l’éclair.
Si l’on ne veut pas être volé par les Valtreusiers, il ne faut se servir que des commissionnaires spécialement attachés à l’administration des voitures que l’on vient de quitter, ou, ce qui vaut mieux encore, prendre un fiacre.

Delvau, 1866 : s. m. Voleur de valises.

Rigaud, 1881 : Voleur de malles.

Virmaître, 1894 : Voleur de valise. Ce vol est pratiqué sur une grande échelle dans les salles d’attente des gares de chemins de fer. Il est des plus simples : Le valtreusier a une valise à la main qui paraît gonflée ; pour compléter son apparence de voyageur, il porte une couverture de voyage. Il se promène ayant l’air indifférent, mais en réalité il guigne un voyageur assis à côté d’une valise respectable. Sans affectation, il s’assied à ses côtés et engage la conversation. Au moment de prendre un billet, le voyageur se dirige vers le guichet et laisse sa valise à la garde de son compagnon ; aussitôt celui-ci se lève, change de valise et s’en va tranquillement. Neuf fois sur dix, le volé ne s’aperçoit de la substitution qu’à son arrivée à destination : la valise ne contient en fait de linge que des cailloux (Argot des voleurs).

France, 1907 : Voleur de valises.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique