Entrez le mot à rechercher :
  Mots-clés Rechercher partout 


Aimeuse

Delvau, 1864 : Petite dame — galante, — qui fait profession d’aimer. — Synonymes : putain, lorette, cocotte, grue, catin, vache, etc., etc.

Les Juifs avaient leurs Madeleines ;
Les fils d’Homère leurs Phrynês.
Délaçons pour tous les baleines
De nos corsets capitonnés.
Rousses, blondes, brunes ou noires,
Sous tous les poils, sous tous les teints…
Qu’il pourrait, raconter d’histoires,
Le cercle de nos yeux éteints !
Folâtres ou rêveuses,
Nous charmons ;
Nous sommes les aimeuses,
Aimons !

(Eug. Imbert)

Aller au diable de biterne

France, 1907 : Proverbe languedocien, même acception et même sens que le diable de Vauvert à Paris. Duchat donne l’origine de cette expression : « C’était dans le XVe siècle une opinion fort commune parmi le peuple du Languedoc, que certaines sorcières du pays se transportaient la nuit dans une plaine déserte, où elles adoraient le diable sous la figure d’un bouc placé sur la pointe d’un rocher, et baisaient le derrière de cet animal, auquel elles donnaient le nom de diable de Biterne. Le peuple était en outre persuadé que ces femmes se livraient en ce lieu à toutes sortes d’impudicités. C’est surtout par allusion à ce dernier préjugé que Carpatim, dans les faits et gestes du bon Pantagruel, jure par le diable de biterne d’embourrer quelques-unes de ces coureuses d’armées. »

Ardent (buisson)

France, 1907 : La touffe soyeuse de poils qui ombrage la partie du bas du ventre de la femme. Le très galant duc de Bourgogne créa l’ordre de la toison d’or en l’honneur du buisson ardent de la belle Marie de Crumbrugge.

La baronne de Santa-Grue,
Sous les baisers de son amant
— Qui ne s’oublie en tel moment ? —
Émit une note incongrue.

L’amoureux en reste bredouille
Et tout aussitôt s’interrompt ;
Puis s’incline, courbe le front
Et dévotement s’agenouille.

Mais elle, payant de toupet,
Lui dit, comme s’il se trompait :
— Qu’est-ce, m’amour ? — Vive l’Église !

Je crois, tel miracle m’aidant ;
J’entends sortir, nouveau Moïse,
Une voix du buisson ardent.

Arrangemann

Virmaître, 1894 : Arranger. Arranger quelqu’un en lui faisant faire une opération ruineuse. Les grues arrangent les pantes. Une femme arrange un homme en lui communiquant un mal vénérien. On arrange un homme en le battant à plate couture.
— Il est arrangemann, le gonce, il ne rebiffera pas, il est foutu d’en crapser (Argot des souteneurs). N.

Badaud de Paris

France, 1907 : Niais qui s’amuse de tout, s’arrête à tout, comme s’il n’avait jamais rien vu.
Un jésuite du siècle dernier, le père Labbe, dit que cette expression de badaud vient peut-être de ce que les Parisiens ont été battus au dos par les Normands, à moins qu’elle ne dérive de l’ancienne porte de Bandage ou Badage. Il faut avoir la manie des étymologies pour en trouver d’aussi ridicules.
Celle que donne Littré et qu’il a prise de Voltaire est plus vraisemblable. Badaud vient du provençal badau (niaiserie), dérivé lui-même du mot latin badare (bâiller). Le badaud, en effet, est celui qui ouvre la bouche en regardant niaisement, comme s’il bâillait, qui baye aux corneilles, enfin.
Mais pourquoi gratifier les Parisiens de cette spécialité ? C’est qu’à Paris, comme dans toute grande ville, une foule d’oisifs cherchent sans cesse des sujets de distraction et s’arrêtent aux moindres vétilles. « Car le peuple de Paris, dit Rabelais, est tant sot, tant badault, et tant inepte de nature, qu’un basteleur, un porteur de rogatons, un mulet avec ses cymbales, un vieilleux au milieu d’un carrefour assemblera plus de gents que ne feroit un bon prescheur évangélicque. »
Et plus loin : « Tout le monde sortit hors pour le voir (Pantagruel) comme vous savez bien que le peuple de Paris est sot par nature, par béquarre et par bémol, et le regardoient en grand ébahissement… »
Avant lui, les proverbes en rimes du XVIIe siècle disent déjà :

Testes longues, enfans de Paris
Ou tous sots ou grands esprits.

Ces badauds prétendus de Paris sont surtout des campagnards et des gens de province. Le badaud se trouve partout où affluent les étrangers, aussi bien à Londres qu’à Rome et à Berlin.
Corneille dit :

Paris est un grand lieu plein de marchands mêlés… Il y croit des badauds autant et plus qu’ailleurs.

Et Voltaire :

Et la vieille badaude, au fond de son quartier,
Dans ses voisins badauds vois l’univers entier.

Et enfin Béranger :

L’espoir qui le domine,
C’est, chez un vieux portier,
De parler de la Chine
Aux badauds du quartier.

(Jean de Paris)

Toute grande ville a sa collection d’imbéciles, car il ne suffit pas à un idiot de Quimper-Corentin ou de Pézenas de vivre à Paris pour devenir spirituel : sa bêtise, au contraire, ne s’y étale que mieux.

Biche, cocotte, grue, horizontale, persilleuse, bergeronnette, Louis XV

La Rue, 1894 : Fille galante, maîtresse. Les prostituées de basse catégorie ont reçu beaucoup de noms : crevette, bourdon, passade, fesse, galupe, catau, catin, gerse, gaupe, ruttière, gouge, gouine, baleine, chausson, roubion, grognasse, gourgandine, truqueuse, asticot, morue, brancard, autel ou outil de besoin, dossiers, roulante, roulasse, rouleuse, roulure, traînée, trouillarde, camelotte, volaille, carogne, blanchisseuse de tuyaux de pipes, pouffiasse, moellonneuse, pontonnière, pilasse, ponante, ponifle, pierreuse, vadrouille, chiasse, avale-tout, taupe, paillasse, cambrouse, wagon à bestiaux, voirie, rouchie, gadoue, etc.

Bouffer la botte

Merlin, 1888 : Faire le pied de grue, l’amour platonique ; se laisser berner par une femme.

Virmaître, 1894 : Amour platonique… faute de mieux (Argot du peuple).

France, 1907 : Faire la cour à une femme qui se moque de vous, dans l’argot militaire. Bouffer son carme, manger son avoir ; se bouffer le nez, se battre.

Boulotte

Fustier, 1889 : Grosse petite femme, bien en chair.

C’est eun’boulotte, une chic artisse
Qui vous a d’la réponse, mon vieux !

(L’entr’acte à Montparnasse)

Virmaître, 1894 : Femme rondelette, grassouillette, bien en chair, ayant du monde devant et derrière (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Petite femme grasse et dodue.

L’une de ces enfants racontait que son frère avait un appartement en ville, qu’il entretenait une « grue » des Nouveautés, Antonia, vous savez bien ? Une rousse, boulotte. Il en fait une vie ! Ah ! mes petites chattes, quelle noce ! C’est papa qui n’est pas content.

(Albert Cim, Institution de Demoiselles)

Camionner

Rigaud, 1881 : Accompagner, promener. — Camionner une grue, promener une femme, — dans le jargon des voyous.

Carotteur, carottier

Larchey, 1865 : Tireur de carottes.

Allons, adieu, carotteur !

(Balzac)

Joyeux vivant, mais point grugeur et carottier.

(Vidal, 1833)

Chier dans le cassetin aux apostrophes

Delvau, 1866 : v. n. Devenir riche, — dans l’argot des typographes, qui n’ont pas de fréquentes occasions de commettre cette incongruité rabelaisienne.

Rigaud, 1881 : Je n’en veux plus, j’en ai plein le dos. On dit aussi : il a chié dans ma malle (Argot du peuple). N.

Boutmy, 1883 : v. Cette phrase grossière et malséante peut se traduire en langage honnête par : « Quitter le métier de typographe. »

Ciel, mon mari !

Rigaud, 1881 : « Les actrices de cette dernière catégorie (celles que les entreteneurs mettent au théâtre) ont reçu une dénomination particulière. On les appelle, dans l’argot des coulisses, des « ciel, mon mari ! » Leur rôle se borne généralement à prononcer cette phrase traditionnelle, avec un chapeau de satin et une robe de velours épinglé, lorsqu’elles voient paraître par la porte du fond l’acteur qui est censé les prendre en flagrant délit d’infidélité. » (Paris-actrice, 1854)

France, 1907 : Nom que l’on donnait dans l’argot des coulisses, à une certaine catégorie de cabotines, dont le rôle se bornait généralement à prononcer cette phrase traditionnelle lorsqu’elles voyaient paraitre l’acteur qui était censé les prendre en flagrant délit d’infidélité.
Vers le commencement du second Empire, le théâtre du Palais-Royal comptait, à lui seul, quatorze petites grues qu’on appelait des Ciel, mon mari !

Coquecigrue

d’Hautel, 1808 : Baliverne, objet chimérique, discours saugrenus.
Qu’avez-vous ? Ce sont des coquecigrues. Réponse que l’on fait à quelqu’un qui se permet une demande indiscrète.
C’est un plaisant coquecigrue. Pour, un plaisant original, un sot être.
Elle arrivera à la venue des coquecigrues. C’est-à-dire, jamais.

Cou

d’Hautel, 1808 : Il sera pendu par son cou. Phrase explétive, usitée parmi le peuple, pour dire simplement qu’une personne se conduit de manière à se faire pendre.
Il s’est cassé le cou dans cette affaire. Métaphore pour dire, il s’est blousé dans cette affaire ; cette affaire l’a perdu entièrement.
Prendre ses jambes à son cou. Se sapper, fuir avec une grande vitesse.
Un cou de grue. Un grand cou, qui donne ordinairement un air niais et stupide.

Couper le sifflet

Larchey, 1865 : Couper la parole, couper la gorge.

Rigaud, 1881 : Interloquer. — Ça te la coupe. Mot à mot : ça te coupe la parole. — Ça vous coupe la gueule à quinze pas, ça sent mauvais de loin. Lorsque quelqu’un vous parle, qui a mangé de l’ail, du fromage de Gruyère, bu quelques verres de vin et fumé une ou deux pipes par là-dessus, ça vous coupe la gueule à quinze pas.

Cul

d’Hautel, 1808 : Vos raisons n’ont ni cul ni tête. Pour dire sont pitoyables ; n’ont pas le sens commun.
Un petit bas-du-cul. Se dit par ironie d’un bambin, d’un homme extrêmement petit, qui se carre et fait le fanfaron
Pour vivre long-temps, il faut donner à son cul vent. Dicton facétieux et populaire, qui se dit en plaisantant, et par manière d’excuse, lorsqu’il est échappé quelqu’incongruité.
Avoir le cul nu et les manches de même. Phrase triviale et bouffonne qui signifie être à peine vêtu ; être dans l’indigence la plus honteuse.
Retirer son cul de la presse. Se retirer d’une mauvaise affaire ; d’un embarras où l’on étoit engagé.
Il perdroit son cul s’il ne tenoit. Se dit d’un étourdi ; d’un homme peu soigneux de ses affaires ; d’un joueur malheureux.
On dit d’un peureux, d’un poltron, qu’on lui boucheroit le cul d’un grain de millet ; et bassement d’une personne pour laquelle on n’a aucune considération, aucun respect, qu’On l’a dans le cul.
Être à cul. Être interdit ; confus ; n’avoir plus de ressource ; avoir dissipé tout ce qu’on possédoit.
Elles ne font plus qu’un cul et qu’une chemise. Se dit de deux personnes qui sont devenues intimes et familières ; qui sont continuellement en semble.
Tirer le cul en arrière. Avoir de la peine à se résoudre à quelque chose.
Il est demeuré entre deux selles le cul par terre. Se dit d’une personne qui, faute d’opter entre plusieurs affaires avantageuses qui se présentoient, les a toutes manquées ; de quelqu’un qui se trouve sans emploi.
Brûler le cul. Se retirer sans mot dire, d’une compagnie ; se sauver furtivement d’un endroit où l’on étoit retenu malgré soi.
Montrer le cul dans une affaire. S’en retirer avant de l’avoir achevée ; faire le poltron ; abandonner une affaire que l’on avoit entreprise avec éclat, et avant qu’elle soit achevée.
Elle est laide comme un cul. Manière excessivement grossière de dire qu’une personne est laide à faire peur ; qu’elle est hideuse.
Cul rompu. Nom injurieux que les jeunes soldats entr’eux, donnent aux vieux invalides qui s’immiscent aux plaisirs de la jeunesse.
Péter plus haut que le cul. S’élever au-dessus de sa condition ; entreprendre plus qu’on ne peut exécuter.
Baiser le cul à quelqu’un. Voyez Baiser.
Faire quelque chose à écorche cul. Le faire à contre-sens, en rechignant.
Faire le cul de poule. Pousser la lippe ; être grimaud et boudeur.
Arrêter quelqu’un par le cul. L’arrêter tout court ; déjouer ses projets ; ruiner ses espérances.
Donner sur le cul. Corriger, châtier un enfant, en lui donnant le fouet.
Cul-de-jatte. Au propre, estropié, perclu de ses jambes ; impotent. Au figuré, homme inhabile et sans capacité.
Cul-de-plomb. Homme sédentaire et peu alerte ; on donne aussi ce nom à un homme fort laborieux qui travaille avec une grande assiduité, qui ne remue pas de dessus sa chaise.
Se lever le cul devant. Être maussade, grondeur en se levant.
Être crotté jusqu’au cul. Être plein de boue et de crotte.
Renverser cul par-dessus tête. Bouleverser tout ; mettre tout en désordre.
Ils se tiennent tous par le cul, comme des hannetons. Se dit d’une coterie, d’une assemblée de marchands qui s’entendent ensemble pour ne pas rabattre du prix de leurs marchandises.
Baiser le cul de la vieille. Voyez Baiser.
Charger à cul. Se dit d’un porteur ou d’un cheval que ton charge trop en arrière.
Donner du pied au cul. Chasser quelqu’un ; le renvoyer d’une manière ignominieuse.
Il y va de cul et de tête comme une corneille qui abat des noix. Voyez Abattre.
On lui verra bientôt le cul. Se dit d’un homme déguenillé ; vêtu misérablement ; ou qui est fort négligent pour son habillement.
Tenir quelqu’un au cul et aux chausses. Le tenir étroitement, de manière qu’il ne puisse échapper.

Larchey, 1865 : Homme bête et grossier. — Cul goudronné : Matelot — Cul de plomb : Homme sédentaire, peu alerte (d’Hautel, 1808). — Cul rouge : Soldat porteur du pantalon rouge qui compose l’uniforme de presque toute l’armée. — Autre temps, autres culottes. Au dix-huitième siècle, on disait culblanc, témoin ce passage des Mémoires de Bachaumont : « Le 27 janvier 1774. Il est encore arrivé à Marseille à la Comédie une catastrophe sanglante. Un officier du régiment d’Angoulême était dans une première loge ; il s’était retourné pour parler à quelqu’un. Le parterre, piqué de cette indécence, a crié à bas, cul blanc ! (le blanc est le fond de l’uniforme de l’infanterie), » etc., etc.

Rigaud, 1881 : Homme stupide. Tournure de femme au dix-huitième siècle. Aujourd’hui on dit faux-cul.

En entrant dans la première salle, chaque femme était obligée de quitter son cul, sa bouffante, ses soutiens, son corps, son faux chignon, et de vêtir une lévite blanche avec une ceinture de couleur.

(Lettre d’un garde du roi, pour servir de suite aux Mémoires de Cagliostro, 1786.)

France, 1907 : Imbécile. Garçon stupide et grossier.

Cul à fauteuil

Delvau, 1866 : s. m. Académicien, — dans l’argot incongru des faubouriens. Ils disent aussi Enfant de la fourchette, Mal choisi et Quarantier.

Dégingander (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. Se donner des allures excentriques et de mauvais goût.

France, 1907 : Marcher d’une façon gauche : se donner des allures excentriques. Le mot date du XVe siècle. On écrivait alors déguenguander. Rabelais dit déhingander.

— Je me donne à tous les diables, si les rhagadies (gerçures) et hémorrhoïdes ne m’advinrent si très horribles que le pauvre trou de mon clouz bruneau en feut déhingandé.

(Pantagruel)

Charles Nisard donne comme radical à ce mot le roman guandia ou guanda ; au figuré, tromperie, tergiversation, détour et, au propre, tout mouvement de côté pour s’esquiver.

Droguer

d’Hautel, 1808 : Ce verbe construit avec faire, signifie être retenu malgré soi dans un lieu où l’on n’est pas à son aise ; y attendre quelqu’un ; planter le piquet.
Il m’a fait droguer plus d’une heure dans la rue. Pour, il m’a fait attendre pendant long-temps ; il m’a fait niaiser ; lambiner ; bayer aux mouches.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Mendier.

Halbert, 1849 : Demander.

Larchey, 1865 : Attendre infructueusement : — Métaphore empruntée au jeu de la drogue.

Vous droguez nuit et jour autour de sa maison.

(G. Sand)

Il m’a fait droguer plus d’une heure dans la rue.

(d’Hautel, 1808)

Larchey, 1865 : Dire. V. Girofle.

Delvau, 1866 : v. n. Attendre, faire le pied de grue, — dans l’argot du peuple.

Delvau, 1866 : v. n. Demander, — dans l’argot des voleurs, qui savent qu’on attend toujours, et quelquefois longtemps, une réponse.

Rigaud, 1881 : Attendre depuis longtemps, faire le pied de grue. — Faire droguer, faire attendre.

Rigaud, 1881 : Mendier. (1829.)

La Rue, 1894 : Dire. Demander. Attendre.

Virmaître, 1894 : Demander. Allusion à droguer, attendre.
— Voilà deux heures que ce pierrot-là me fait droguer pour la peau (Argot du peuple et des voleurs).

Hayard, 1907 : Attendre.

France, 1907 : Attendre en faisant les cent pas.

France, 1907 : Demander ; argot des voleurs.

Égrugeoir

Delvau, 1866 : s. m. Chaire à prêcher, — dans l’argot des voleurs, par allusion à sa forme et à celle du bonnet du prédicateur qui ressemble assez à un pilon.

Rigaud, 1881 : Chaire à prêcher, — dans le jargon du peuple.

Lorsque dans son égrugeoir,
Ce champion de l’éteignoir
Fait à la foule béante,
Des histoires de servante.

(L. Festeau, Les Ânes)

France, 1907 : Tribune, chaire, confessionnal. Allusion aux égrugeoires où l’on pile le sel.

Égrugeoir (l’)

Virmaître, 1894 : Une tribune quelconque. L’orateur égruge ses paroles. Égrugeoir : la chaire à prêcher. Égrugeoir : les petites boîtes qui ressemblent à un comptoir dans lequel se tiennent les sœurs qui font la lecture aux prisonnières de Saint-Lazare. Allusion à l’antique égrugeoir qui sert à piler le sel (Argot du peuple). N.

Égrugeoire

Vidocq, 1837 : s. f. — Chaire à prêcher.

Égruger

France, 1907 : Piller.

Emberlucoquer

d’Hautel, 1808 : Verbe qui ne s’emploie qu’avec le pronom personnel (s’).
Le peuple se sert de ce verbe pour, se coiffer d’une opinion quelconque, s’en préoccuper tellement qu’on en juge aussi mal que si on avoit la berlue. ACAD.

France, 1907 : Embarrasser par des propos. Vieux mot.

Le divin Pantagruéliste trouva le bon monsieur le Pape en esclatante humeur de rire ; mais l’ancien jocqueteur de psaumes en françois point refrenna sa langue… menant un gallant trac de beuverie, s’accompagnant de la panse non moins que de la gueule, mocquant, emberlucoquant et équivocquant, il ne fit rire qu’à rebours cardinaulx et prêtres…

(Variétés bibliographiques)

Engrumeler

d’Hautel, 1808 : Se mettre en grumeau.
Le peuple dit engromeler, comme il dit gromelot.

Enticher (s’)

Delvau, 1866 : Se prendre d’affection pour quelqu’un au point de le gâter de caresses et d’amitiés. Argot des bourgeois. Se dit aussi à propos des choses.

France, 1907 : Se prendre d’amour ou d’amitié.

Le vieux commandant s’était tellement entiché de cette petite grue qu’il en perdait la boule et oubliait jusqu’à l’heure de l’absinthe.

(Les Joyeusetés du régiment)

Épateur

Larchey, 1865 : Faiseur d’embarras (Vidocq).

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui fait des embarras, qui raconte des choses invraisemblables que les imbéciles s’empressent d’accepter comme vraies.

France, 1907 : Imbécile qui cherche à étonner de plus sots que lui.

Ils trinquèrent en camarades. Puis Nénest prenant son ton d’épateur, déclara qu’il crevait de faim, et qu’un filet à la Chateaubriant, un quart de poularde, une sole normande, ou quelque autre menu congru lui délecterait la cavité gastrique.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Épouse

Delvau, 1866 : s. f. Maîtresse, — dans l’argot des étudiants, qui se marient souvent pour rire avant de se marier pour de bon.

Rigaud, 1881 : La femelle de l’époux. Quand les femmes de ménage, les ouvrières et les fournisseurs parlent à l’amant de la femme avec laquelle il vit, ils disent : « Votre épouse ». Entre eux, c’est la chipie du quatrième ou du cinquième, la grue ou le crampon, suivant les qualités dominantes de l’épouse.

Faire le pied de grue

France, 1907 : Attendre longtemps, à l’instar des grues qui restent des journées entières postes sur un pied.

Elle ne se rendait pas compte, dans sa naïveté, de l’impossibilité où se trouve un homme du monde, comme celui dont elle rêvait la conquête, de se lever à sept heures du matin pour aller faire le pied de grue, dans un faubourg, sous les fenêtres d’une petite modiste, rencontrée par hasard la veille en flânant dans les rues.

(Edmond Lepelletier)

Pour être policier, on n’en est pas moins homme et on a soif comme le commun des mortels. Souvent on est entraîné loin de son domicile, on ne peut pas abandonner un poursuite pour rentrer chez soi. Il faut dîner dehors. Si « le gibier » s’installe dans un café, on ne peut pas rester à faire de pied de grue à la porte.

(Mémoires d’un inspecteur de la Sûreté)

Filer plato ou filer le parfait amour

France, 1907 : Aimer platoniquement, faire le pied de grue sous les fenêtres de son idole et se contenter de baisers et de soupirs, c’est-à-dire de tout ce qu’il y a de plus imparfait en amour.

Dans l’art de plaire Anseaume est plus habile
Qu’aucun amant dont l’histoire ait parlé.
Filez, filez, chevalier de Camille :
Auprès d’Omphale, Hercule a bien filé.
Cœurs enflammés, cherchez-vous un modéle ?
Qui mieux qu’Anseaume alla jamais au fait ?
C’est là l’entendre, et c’est ce qu’on appelle,
En bon français, filer l’amour parfait.

(Grécourt)

C’est, en effet, à l’aventure d’Hercule chez Omphale, lorsque subjugué par la beauté de la reine de Lydie il s’abaissa jusqu’à filer en compagnie de ses filles d’honneur, que l’on fait remonter l’origine de cette expression. Dans ses Proverbes, C. de Méry ajoute :

Quelques commentateurs prétendent qu’Hercule ne mania pas le fuseau chez Omphale, et donnent à cette expression une origine tant soit peu érotique. Ils disent que cette reine, plus forte même qu’Hercule dans les combats amoureux, était souvent forcée de changer de rôle et de position contre l’usage ordinaire des femmes, pour soulager son amant : ce qui est d’autant plus incroyable qu’on attribue à ce héros des faits prodigieux en amour. Si l’on en croit la menteuse mythologie, à qui des faits de cette nature ne coûtent rien, il eut affaire, en une seule nuit, avec les 50 filles de Thespis, qui, dit-on, étaient toutes pucelles, et en eut autant d’enfants. Seulement, pour faire ombre au tableau, et par un accident qui prouvait qu’Hercule tenait encore de l’humanité et n’était pas un dieu accompli, on dit qu’il plia le jarret avec la dernière.

Fringuer

Rigaud, 1881 : Habiller. — Se fringuer, s’habiller. — Bien fringué, bien mis. — Lèsebombe bien fringuée, fille publique bien mise, — dans le jargon des voleurs.

Virmaître, 1894 : S’habiller. Rabelais dans Pantagruel écrit fringuez (Argot du peuple).

France, 1907 : Habiller.

Si t’étais mal fringué, ta proie
Te prendrait pour un fil de soie.

(Hogier-Grison)

France, 1907 : Sautiller, faire le beau ; du béarnais fringa, chercher à plaire, faire l’amour.

Filleule enfin de Jean Louis
Mérite bien que la famille,
Pour lui faire honneur, fringue et brille,
Mais, avant les plaisirs fringons
On introduit chez les parens
Le Futur avec la future.

(J.-J. Vadé)

Rester le mec qui le mieux fringue,
Roi des Terreurs, coq du bastringue,
Toujours prêt, droit sur ses ergots ;
Les nuits qu’on est trop en ribote,
Rouler de gnons en coups de botte,
Conduit au bloc par les sergots…

(Jean Richepin)

Garan

France, 1907 : Grue.

Glu

Fustier, 1889 : Ce mot a été inspiré par la pièce de M. Richepin, La Glu, jouée au théâtre de l’Ambigu. La Glu, c’est l’ancienne cocotte, la belle petite ou la tendresse d’hier.

Depuis quelques jours, on appelle ces dames des Glus. Le mot fera-t-il fortune ? Une jeune glu… une vieille glu… Parmi les glus à la mode… Cela a le défaut de faire pour l’oreille un peu calembours ; avec les grues. Bis in idem. Cela a l’avantage, par contre, de définir en désignant et surtout de ne pas poétiser le sujet.

(Monde illustré, 1883)

Gobe-mouches

d’Hautel, 1808 : Oisif, paresseux, badaud qui a toujours le nez en l’air, et qui s’éprend d’une sotte admiration pour les choses les plus simples.

Delvau, 1866 : s. m. Imbécile, homme qui bée au vent au lieu de regarder à ses côtés, où se trouve parfois un pick-pocket. Argot du peuple.

France, 1907 : Même sens que gobe-la-lune.

Je ne vais pas compter parmi les oiseaux de Paris ceux du Jardin des Plantes ou des oiseleurs du quai, non plus que les grues du théâtre, ou les gobe-mouches de la Bourse, ou les perroquets étouffés chaque jour sur le coup de 5 heures. Non, je méprise ces facéties de chroniquailleur.

(Jean Richepin)

Gonin

d’Hautel, 1808 : Homme fin et madré, peu délicat dans ses procédés.
C’est un tour de maître Gonin. C’est-à-dire une subtilité, une escroquerie.

France, 1907 : Fripon. On dit généralement maître Gonin : « Méfiez-vous de ce maître Gonin. » Gonin était un célèbre escamoteur et joueur de gobelet qui, sous le règne de Louis XIII, opérait sur le Pont-Neuf. On publia en 1713 un roman sous le titre : Les Tours de maître Gonin.
On trouve dans les Proverbes de Leroux de Lincy :

Maître Gonin est mort, le monde n’est plus grue.

Ce Gonin était sans nul doute une espèce de Mangin qui se moquait de sa clientèle.

Grapiller

d’Hautel, 1808 : Faire des petits larcins, amasser en dérobant quelque petite chose.

France, 1907 : Commettre de petits larcins, faire de petits profits illicites.

L’on gruge, l’on pille
La veuve et la fille,
Majeure ou pupille ;
Sur tout on grapille
Et Thémis va
Cahin-caha.

(Panard)

Grognard

d’Hautel, 1808 : Homme de mauvais caractère, qui trouve à redire à tout, qui murmure sur toutes choses.

Larchey, 1865 : « Le grognard d’aujourd’hui et le vieux grognard d’autrefois, ce vieux de la vieille, comme on dit encore en parlant des nestors de la garde impériale. » — M. Saint-Hilaire. — Allusion à l’humeur grognonne des vétérans.

Delvau, 1866 : s. m. Homme chagrin, mécontent, qui gronde sans cesse. L’expression (qui vient de grundire, grogner) ne date pas de l’empire, comme on serait tenté de le croire : elle se trouve dans le Dictionnaire de Richelet, édition de 1709. On dit aussi grognon.

Gru

Clémens, 1840 : Pot.

France, 1907 : Sou de farine.

Grubler

Fustier, 1889 : Grogner. (Richepin)

France, 1907 : Grogner.

— Vous grublez comme un guichemar.

(Jean Richepin)

Grue

d’Hautel, 1808 : Faire le pied de grue. S’humilier ; faire des soumissions devant quelqu’un ; monter la garde dans les antichambres d’un homme puissant.
Avoir un cou de grue. Avoir le cou long.
Il est planté là comme une grue. Pour, il ne sait quelle contenance tenir ; il croque le marmot.

Delvau, 1864 : Fille entretenue, parce que les filles de cette espèce sont souvent plus bêtes que belles — ce qui fait qu’on ne s’explique pas les folies que les gandins font pour elles.

Dans certains théâtres, on voit de jeunes aspirantes qui se font des yeux jusqu’aux oreilles et des veines d’azur du corset jusqu’aux tempes ; ce ne sont pas des femmes, ce sont des pastels ; cette première catégorie de grues s’appelle les maquillées.

(Joachim Duflot)

Larchey, 1865 : « Pour qualifier une fille aux jambes maigres aux gros yeux à fleur de tête, à l’intelligence épaisse, on dit : C’est une grue. » — Scholl. — « Mme Croquoison : Nous sommes tous des grues. » — Le Rapatriage, parade du dix-huitième siècle.

Delvau, 1866 : s. f. Femme entretenue, que la Nature a douée d’autant de bêtise que de beauté, et qui abuse de celle-ci pour faire accepter celle-là. C’est un mot heureux que les gens de lettres ont trouvé là pour répondre à l’insolence des filles envers les honnêtes femmes. Bécasses ! disaient-elles. Grues ! leur répond-on. Mais ce mot, dans ce sens péjoratif, n’est pas né d’hier, il y a longtemps que le peuple l’emploie pour désigner un niais, un sot, un prétentieux.

Rigaud, 1881 : Femme sotte et prétentieuse. — Dans le dictionnaire de l’Académie, grue est donné dans le sens de niais. — Dans le jargon des comédiens, c’est une demoiselle qui possède de la beauté, de l’argent et des toilettes en quantité suffisante pour obtenir un bout de rôle où elle montre ses épaules, ses diamants et sa bêtise. Elle lève les gentilshommes de l’orchestre, comme la grue lève les fardeaux ; d’où son surnom.

La Rue, 1894 : Bête. Femme entretenue. V. Biche.

Virmaître, 1894 : Fille publique, jolie mais bête à manger du foin. De cette allusion est né un mauvais calembourg : Les camelots crient : Demandez l’Indicateur des grues de Paris pour rues (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Fille de bas étage.

Hayard, 1907 : Fille publique.

France, 1907 : « Bête marécageuse qui plume les gros pigeons et nourrit les petits poissons », dit la Vie Parisienne. Fille ou femme de mœurs légères ; nom que donnent les femmes à leurs rivales ou simplement à celles qu’elles n’aiment pas.
D’après Lorédan Larchey, grue viendrait non de l’oiseau à longues jambes, mais du vieux français grus, qui a perdu son orthographe primitive en passant à travers les âges.

J’avais donné précédemment grue avec le sens de marcheuse, dit-il, c’est-à-dire de figurante faisant commerce d’amour à l’ombre du théâtre. Je croyais que le mot était éclos, il y a trente ans, dans les corps de ballet, où les femmes paraissent montées sur des jambes d’autant plus longues que leurs jupes sont plus courtes. Mais le Dictionnaire de Godefroy vient de me donner fort à penser. J’y trouve grus comme mot injurieux, signifiant ribaude au moyen âge. En voici un exemple justificatif daté de 1415… « Ellui Girart appela la suppliante deux ou trois fois grus ! grus ! Et pour ce qu’elle n’entendoit pas ce que c’estoit à dire de telles paroles, demanda audit Girart que c’estoit. Lequel Girart lui dit que c’estoit à dire ribaude, en l’appelant par plusieurs fois : grus : ribaude ! grus : ribaude ! »

 

— Figure-toi que, sans savoir ni pourquoi ni comment, je m’étais amourachée de lui : ce jour-là, j’ai fait un joli coup ! Pas beau, pas d’esprit, pas d’argent : rien, quoi ! Par-dessus le marché, Monsieur me trompait avec la première grue venue ; on n’a pas idée de ça !

(Jules Noriac, Le Grain de sable)

Gladiola, dans la délicieuse revue de Blondel et Montreau, nous montre avec beaucoup de talent sa superbe poitrine et son dos ensorceleur. Ses admirables jambes, qui ne mesurent pas moins de soixante-dix centimètres vers la région communément appelée cuisse, ont été rappelées quatre fois. C’est un vrai triomphe pour la charmante jeune grue.

(George Auriol, Le Journal)

— Et quand elle a parlé des tableaux vivants… J’ai eu une envie de rire… elle qui a montré ses jambes pendant quinze ans dans toutes les revues : car c’est une ancienne actrice.
— Une actrice ! pas même… une ancienne grue.

(Maurice Donnay, Chère Madame)

La dame : une trentaine d’années, plutôt très jolie, mais l’air un peu grue et surtout très dinde.

(Alphonse Allais, La Vie drôle)

Fille de petits brocanteurs juifs, elle avait l’ambition et la ténacité des femmes de sa race ; jetée à seize ans sur les planches aux figurations et aux féeries, elle avait vite eu honte de ce métier de grue.

(Henry Bauër, Une Comédienne)

— Les jeunes filles nous servent d’éprouvette. On s’apprend à flirter et à aimer avec elles, pour de rire, à blanc, en attendant qu’on s’attaque plus tard sérieusement aux vraies femmes, aux femmes mariées. Comprenez-vous ? Les jeunes filles, pour moi, c’est comme le volontariat de l’amour. Une première étape, avant les grandes manœuvres que vous faisons ensuite avec les grues, et la guerre sanglante avec les dames du monde.

(Henri Lavedan)

Et puis, aussi bien je m’ennuie :
La grue, aux yeux couleur de jais,
Dans laquelle je me plongeais,
Depuis ce matin est enfuie
Et m’a laissé d’autres sujets
De tracas et de rêverie.

(A. Glatigny, Joyeusetés galantes)

Les frimas remplacent la brise ;
Tombant comme d’un encensoir,
La neige sur la terre grise
Étend son vaste et blanc mouchoir,
Sous le ciel inclément et noir,
Malgré les rafales bourrues,
Des filles vont errant le soir…
L’hiver est rude aux pauvres grues !
Princesses, heureuses d’avoir
Chambre bien close et rentes drues,
Ne condamnez pas sans savoir…
L’hiver est rude aux pauvres grues !

(Georges Gillet)

Gruerie

Delvau, 1866 : s. f. Bêtise rare, — comme il en sort tant de tant de jolies bouches.

France, 1907 : Bêtise légendaire des petites dames appelées grues.

Grugeon

d’Hautel, 1808 : Dépensier, prodigue ; monopoleur qui vit sur le bien d’autrui ; qui s’engraisse des malheurs publics.

Gruger

d’Hautel, 1808 : Pour, rapiner, voler, manger ; être aux crocs de quelqu’un ; lui soutirer de l’argent.
Il le gruge d’une belle manière. Pour, il le vole, il le ruine secrètement.

Delvau, 1866 : v. a. Manger le bien de quelqu’un, — dans l’argot du peuple. Les gens de lettres écrivent grue-ger, par allusion aux mœurs des grues, — ces Ruine-maison !

France, 1907 : Manger ; du bas allemand grusen, écraser, broyer avec les dents. Gruger quelqu’un, le piller, lui manger son bien.

Certes, ce monde circonscrit, brillant et mêlé, qui va du turf au Jockey, en passant par les foyers de théâtres, nous montre plus de princes tombés aux maquignonnages louches qu’aspirant aux hautes vertus démocratiques. Plus d’un, parmi ces brillants, à mis son grain air, sa renommée d’élégance au service de quelque cocotte, ambitieuse de gruger de jeunes bourgeois vaniteux.

(Francis Chevassu)

Dans Nos Intimes, Victorien Sardou essaye de faire le dénombrement des variétés d’amis. « Nous avons, dit l’illustre académicien, l’ami despote qui nous fait faire ses commissions, l’ami spirituel qui fait des mots à nos dépens, l’ami indiscret qui raconte aux hommes nos petites faiblesses et aux dames nos petites infirmités !… l’ami gêné qui est encore bien plus gênant, l’ami parasite qui nous mange, l’ami spéculateur qui nous gruge, enfin mille espèces d’amis dont le dénombrement serait éternel, depuis celui qui nous emprunte nos livres … qu’il ne nous rend pas, jusqu’à celui qui nous emprunte notre femme… qu’il nous rend ! »

Grugeur

d’Hautel, 1808 : Dépensier, mangeur de tout bien ; dissipateur ; fripon qui vit de ce qu’il escroque.

Delvau, 1866 : s. m. Parasite, faux ami qui vous aide à vous ruiner, comme si on avait besoin d’être aidé dans cette agréable besogne.

Rigaud, 1881 : Parasite. Celui qui vit aux dépens de quelqu’un ou de plusieurs.

Grumeau

d’Hautel, 1808 : Petites portions de lait qui se tournent et se caillent ; mot défiguré par le peuple, qui dit gromelot.

Grus

France, 1907 : Fruits sauvages en général, provenant des arbres sauvageons et de ceux qui bordent les routes et les avenues, marrons d’Inde, faines, glands.

France, 1907 : Sorte de laitage suisse.

Gruselle

France, 1907 : Variété de raisin.

Gruyère (morceau de)

France, 1907 : Visage marque de la petite vérole.

Incongru

d’Hautel, 1808 : Incivil, impoli ; ignorant, grossier, sans expérience.

Incongruité

d’Hautel, 1808 : On appelle ainsi une grossièreté ; une chose indécente, incivile.
Lâcher une incongruité. Se permettre des discours injurieux ; donner l’essor à un mauvais vent.

Delvau, 1866 : s. f. Ventris crepitus, ou Ructus, — dans l’argot des bourgeois, qui oublient que leurs pères éructaient et même crépitaient à table sans la moindre vergogne. Faire une incongruité. Crepitare veleructare. Dire une incongruité. Dire une gaillardise un peu trop poivrée, — turpitudo verborum.

Jeter un froid

Delvau, 1866 : v. a. Commettre une incongruité parlée, dire une inconvenance, faire une proposition ridicule qui arrête la gaieté et met tout le monde sur ses gardes.

Virmaître, 1894 : Au milieu d’une soirée joyeuse, raconter une histoire macabre. L’invité au maître de la maison :
— Quelle est donc cette horrible femme, laide, vieille, sèche et revêche qui fait tapisserie.
— C’est ma sœur.
Voilà qui s’appelle jeter un froid (Argot du peuple).

Jouer un pied de cochon

Larchey, 1865 : Tromper, décamper.

Vous avez donc voulu nous jouer un pied de cochon.

(Canler)

Virmaître, 1894 : Jouer un bon tour à quelqu’un ; s’en aller, le laisser en plan au moment de payer son écot, sachant qu’il est sans le sou (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Faire une méchanceté, ou une mauvaise farce à quelqu’un, c’est lui jouer un pied de cochon.

France, 1907 : Jouer un mauvais tour.

Après nous avoir bien fait poser, manger la botte et notre prêt, faire l’œil en coulisse et le pied de grue, la mâtine disparut avec un gendarme, nous jouant ainsi un pied de cochon.

(Les joyeusetés du régiment)

Lâcher (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. Oublier les lois de la civilité puérile et honnête, ventris flatum emittere, — dans l’argot des bourgeois. On dit aussi En lâcher un ou une, — selon le sexe de l’incongruité.

Rigaud, 1881 : Produire en société un bruit trop personnel ; donner le jour à une émanation trop intime.

France, 1907 : Laisser échapper un vent.

Locataire

d’Hautel, 1808 : C’est un mauvais locataire, de qui il faut donner congé. Locution basse et burlesque dont on sert pour excuser quelqu’incongruité, et en donnant essor à un vent importun.

Lolo

Delvau, 1866 : s. m. Lait, — dans l’argot des enfants.

France, 1907 : Abréviation de lorette avec redoublement de la première syllabe.

On donne le nom de lolos aux jeunes beautés du quartier Notre-Dame-de-Lorette… La lolo déjeune souvent avec un pain du gruau, mais elle boit du champagne.

(Almanach du Débiteur, 1851)

France, 1907 : Lait ; jargon enfantin.

En l’honneur de sa nourrice,
Poussons un cordial bravo !
Choisie par l’impératrice,
Pour son bon lolo,
Pour son bon fofo !

(Alphonse Allais)

Loup (tuer le)

France, 1907 : Faire ripaille sans bourse délier. L’origine de cette expression méridionale mérite d’être citée. Elle montre qu’autrefois comme aujourd’hui Messieurs des municipalités savaient dauber les bons contribuables : « Les jurats, les conseillers municipaux d’Ossau ne se réunissaient jamais, pour traiter des affaires communales, sans se livrer, avant, pendant ou après la session, à quelque réjouissante inter pocula. La frairie était d’autant plus copieuse qu’aucun d’eux n’avait à se préoccuper de ce que lui coûterait son écot. Tout se payait sur les fonds de la communauté. Mais ces dépenses n’étant pas au nombre de celles qui pussent être autorisées par les règlements et les lois, on les consignait au budget sous la rubrique fallacieuse « d’indemnités accordées pour la destruction des loups ». Selon que la ripaille avait été plus ou moins forte, on inscrivait que l’indemnité avait été « accordée pour la destruction d’un loup, d’un ours ou d’une ourse ». De là les expressions graduées tuer le loup, faire ripaille ; tuer l’ours, faire grande ripaille ; tuer l’ourse, faire une ripaille pantagruélique. »

(V. Lespy et P. Raymond)

Lune (amant de la)

France, 1907 : Amoureux timide ou malheureux qui va faire nocturnement et sans résultat le pied de grue pour attendre sa belle ou soupirer sous ses fenêtres.

Mabilienne

Rigaud, 1881 : Demoiselle qui va au bal Mabille comme les spéculateurs sur les fonds publics vont à la Bourse.

Les mabiliennes de 1863 se subdivisent en plusieurs catégories : La dinde, la solitaire, la grue.

(Les Mémoires du bal Mabille)

Mabillarde, grue mabillarde

Rigaud, 1881 : Demoiselle qui, au bal Mabille, fait beaucoup de frais de conversation dans l’espoir de séduire un riche étranger, mabilien de passage. — Souvent elle s’aperçoit trop tard, hélas ! que le riche étranger n’est ni riche ni étranger.

Maquillage

Delvau, 1864 : Tricherie féminine qui consiste à dissimuler, à l’aide de pâtes, de cosmétiques et d’onguents, les ravages que le temps apporte au visage le plus frais.

Celle-ci, une fois entrée, relève la mèche de la lampe posée sur la cheminée, mais pas trop cependant, afin de ne pas trahir son maquillage.

(Lemercier de Neuville)

Et ce qui prouve que ce n’est pas là une mode nouvelle, c’est que je trouve dans un poète du XIIIe siècle, Gaultier de Coinsy, les vers suivants :

Telle se fait moult regarder
Par s’en blanchir, par s’en farder,
Que plus est laide et plus est blesme
Que peschiez mortels en caresme.

Larchey, 1865 : Le maquillage est une des nécessités de l’art du comédien ; il consiste à peindre son visage pour le faire jeune ou vieux, le plus souvent jeune.

Dans certains théâtres on voit de jeunes aspirantes qui se font des yeux jusqu’aux oreilles et des veines d’azur du corset jusqu’aux tempes ; ce ne sont pas des femmes, ce sont des pastels. Cette première catégorie de grues s’appelle les maquillées.

(Joachim Duflot, Dict. des Coulisses)

Delvau, 1866 : s. m. Application de blanc de céruse et de rouge végétal sur le visage, — dans l’argot des acteurs et des filles, qui ont besoin, les uns et les autres, de tromper le public, qui, de son côté, ne demande qu’à être trompé. Blanc de céruse et rouge végétal, — je ne dis pas assez ; et pendant que j’y suis, je vais en dire davantage afin d’apprendre à nos petits-neveux, friands de ces détails, comme nous de ceux qui concernent les courtisanes de l’Antiquité, quels sont les engins de maquillage des courtisanes modernes : Blanc de céruse ou blanc de baleine ; rouge végétal ou rouge liquide ; poudre d’iris et poudre de riz ; cire vierge fondue et pommade de concombre ; encre de Chine et crayon de nitrate, — sans compter les fausses nattes et les fausses dents. Le visage a des rides, il faut les boucher ; l’âge et les veilles l’ont jauni, il faut le roser ; la bouche est trop grande, il faut la rapetisser ; les yeux sont trop petits, il faut les agrandir. Ô les miracles du maquillage !

Rigaud, 1881 : L’art de peindre et d’orner le visage ; action qui consiste à faire d’une figure humaine un pastel. — Mélange de vins. — Restauration de tableau. — Fraude en tout genre.

France, 1907 : Art de se peindre le visage

Pour réparer des ans
L’irréparable outrage.

Elles font une prodigieuse dépense de cosmétiques et de parfumeries. Presque toutes se fardent les joues et les lèvres avec une naïveté grossière. Quelques-unes se noircissent les sourcils et le bord des paupières avec le charbon d’une allumette à demi brûlée. C’est ce qu’on appelle le maquillage.

(Léo Taxil)

C’est pendant le Directoire que le maquillage fut poussé jusqu’aux dernières limites de l’extravagance. On vit se promener au Palais-Royal, du côté du Cirque et de l’allée des Soupirs, des femmes au visage barbouillé couleur lilas. Cette mascarade dura près d’une semaine ; on se moqua et la mode passa.

Le souci te bleuira l’œil
Mieux que les crayons et les pierres,
Et nos veilles, à tes paupières,
Coudront le liséré de deuil…
Des lards sont un vain barbouillage,
Il ne résiste pas au pleur.
Je veux que mon amour brûleur
Soit ton éternel maquillage.

(Th. Hannon, Rimes de joie)

Nous chantons pour vous amuser,
Nous sommes vieux, bien avant l’âge ;
Notre visage est presque usé
Par le gaz et le maquillage :
C’est nous les cabots,
Qui ne sont pas beaux.

(Chambot et Girier, La Chanson des cabots)

Maquillée

Delvau, 1866 : s. f. Lorette, casinette, boule-rouge, petite dame enfin, — dans l’argot des faubouriens.

France, 1907 : Fille publique, femme ridiculement et naïvement fardée.

Dans certains théâtres on voit de jeunes aspirantes qui se font des yeux jusqu’aux oreilles et des veines d’azur du corset jusqu’aux tempes ; ce ne sont pas des femmes, ce sont des pastels. Cette catégorie de grues s’appelle les maquillées.

(J. Duflot, Dictionnaire des coulisses)

Marida (se)

France, 1907 : Se marier.

J’n’ai jamais connu d’aut’ famille
Que la p’tit’ marmaill’ qui fourmille,
Aussi quand ej’ m’ai maréda,
J’m’ai mis avec un’ petit’ grue
Qui truquait, le soir, à dada,
Dans la rue.

(Aristide Bruant)

Mastroquet

Larchey, 1865 : Marchand de vins. Mot à mot : l’homme du demi-setier. — Vient de demi-stroc : demi-setier.

Delvau, 1866 : s. m. Marchand de vin, — dans l’argot des faubouriens. Ne serait-ce pas une corruption de mastoquet, homme mastoc, le marchand de vin étant ordinairement d’une forte corpulence ?

Virmaître, 1894 : Marchand de vin. Dernière transformation du mot mannezingue. Mann, homme, zinc, par corruption zingue, comptoir (Argot du peuple). V. Bistro.

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Marchand de vin.

France, 1907 : Cabaretier, marchand de vin au détail. On attribue à Louis Veuillot, le célèbre rédacteur en chef de l’Univers, la paternité de ce mot bizarre.

Celles qui se trainent depuis la chute du jour jusques au milieu de la nuit, s’usant les jambes jusques aux genoux en arpentant les distances, se morfondant sur les trottoirs, aux coins des rues, toujours à l’affût, se portant sans cesse d’un point à un autre, et quêteuses poussives du rentrant attardé, toujours inquiètes de la rousse, fuyant l’argousin et marchant de longues heures, trempées d’humidité, transies de froid à travers les ténèbres et les brouillards, et n’ayant pour tout refuge, après la petite pièce si péniblement gagnée, que le comptoir du mastroquet où l’on boit ce qui met le vert-de-gris dans le ventre et oxyde l’estomac.

(Louis Davyl)

Les scènes scandaleuses, renouvelées de Lesbos, dont on peut être témoin dans ces maisons tolérées jusqu’à 3 heures du matin, alors qu’on fait contravention au mastroquet du coin s’il dépasse minuit…

(La Nation)

Les ouvriers ont toujours eu un faible pour les farceurs qui les grugent, et quand ces farceurs sont par-dessus le marché des mastroquets, ils les adorent.

(L’Avenir de Calais)

Au tribunal.
— Accusé, vous avez eu un passé quelque peu orageux ?
— C’est vrai, mon président.
— Cependant, vous paraissiez avoir mis un peu d’eau dans votre vin ?
— Fallait bien, mon président, j’étais devenu mastroquet.

(L’Écho de Paris)

Comme un nigaud, j’ai cherché noise
Aux patrons, à l’autorité :
Aujourd’hui, je n’ai qu’une ardoise
Chez le mastroquet d’à côté.

(Alfred Capus)

Mireur

Rigaud, 1881 : Espion, observateur, — dans le jargon des voyous. — Quand ils auront fini de se ballader, tous ces mireurs !

France, 1907 : Employé aux caves des Halles pour y inspecter les provisions.

Deux cents becs de gaz éclairent ces caves gigantesques, où l’on rencontre diverses industries spéciales… Les mireurs qui passent à la chandelle une délicate révision des sujets ; les « préparateurs de fromages » qui font jaunir le chester, pleurer le gruyère, couler le brie, ou piquer le roquefort…

(E. Frébault)

Miroir à putains, à grues

La Rue, 1894 : Homme d’une beauté banale.

Monôme

Fustier, 1889 : Promenade qu’exécutent à Paris et à l’époque des examens, les candidats aux diverses écoles du gouvernement. Le monôme consiste à marcher l’un derrière l’autre, en file indienne. Le monôme le plus connu est celui de l’X.

France, 1907 : Sorte de file indienne qu’à certaines époques scolaires forment les collégiens ou des étudiants ; du grec monos, seul. Chacun met les deux mains sur les épaules de celui qui le précède, et l’on s’avance dans une direction convenue en chantant quelque scie d’école. Le premier en tête est désigné sous le nom d’archi-veau.
C’est une transformation de la danse antique appelée grue qui figure sur le bouclier d’Achille, dans laquelle, à l’imitation des longues files de grues volant dans l’espace, les danseurs, se tenant par la main, décrivaient des circonvolutions.

Puis, pour augmenter la migraine
Que ce vieux raseur propagea,
Le maudit palmarès égrène
Les noms de chaque lauréat ;
Et c’est long, très long, plus longs même
Encor que cela ; tour à tour
Le monôme des forts en thème
Monte les marches d’un pas lourd.

(Jacques Rédelsperger)

Morceau de gruyère

Delvau, 1866 : s. m. Figure marquée de la petite vérole, — dans l’argot des faubouriens, qui font allusion aux trous du fromage de Gruyère.

Virmaître, 1894 : Individu grêlé dont le visage est percé de trous comme une passoire. Morceau de gruyère est une allusion aux innombrables trous dont ce fromage est percé (Argot du peuple). N.

Pante, pantre

Rigaud, 1881 : Particulier à l’air bête. — Tout individu dont la figure, les manières ou les procédés déplaisent, est un pante pour le peuple. — Dans le jargon des cochers, un pante est un voyageur qui a donné un bon pourboire ; c’est celui qu’ils appellent tout haut « patron ou bourgeois ». — Autrefois « pante, pantre » — dans l’argot des voleurs et des camelots, signifiait dupe. Le pantre arnau, était un imbécile qui jetait les hauts cris dès qu’il s’apercevait qu’il était grugé ; le pantre argoté, une dupe de bonne composition et le pantre désargoté, un particulier difficile à duper. Aujourd’hui les voleurs et les camelots emploient très peu le mot « pante » qu’ils ont remplacé, les premiers, par client, les seconds, par girondin.

La Rue, 1894 : Homme, dupe. Pante argoté, niais. Pante désargoté, homme malin.

Hayard, 1907 : Bourgeois qui se laisse duper.

Hayard, 1907 : Victime, individu.

Pas la graine

France, 1907 : Point du tout ; patois poitevin. « Il ne m’aime pas la graine. » « As-tu mangé aujourd’hui ? — Pas la graine. » Rabelais emploie grain au lieu de graine.

— Tu as assez crié pour boyre. Tes prières sont exaulcées de Jupiter. Reguarde laquelle de ces trois est ta coingnée et l’emporte. — Couillatris sublieve la coingnée d’or, il la reguarde et la trouve bien poisante : puys dict à Mercure : Marmes, ceste cy n’est mie la mienne. Je n’en veulx grain

(Pantagruel, livre IV, Nouveau Prologue)

Passe

Bras-de-Fer, 1829 : Peine de mort.

Delvau, 1864 : Passade intéressée, côté des dames. Faire une passe. Amener un homme galant dans une maison qui reçoit aussi les filles — galantes.

Larchey, 1865 : Guillotine. V. Gerber. — Allusion à la passe de la fatale lunette. — Passe-crick : Passe-port (Vidocq).Passe-lance : Bateau (id.) V. Lance. — Passe-singe : Roué (id.), homme dépassant un singe en malice.

Delvau, 1866 : s. f. « Échange de deux fantaisies », dont l’une intéressée. Argot des filles. Maison de passe. Prostibulum d’un numéro moins gros que les autres. M. Béraud en parle à propos de la fille à parties : « Si elle se fait suivre, dit-il, par sa tournure élégante ou par un coup d’œil furtif, on la voit suivant son chemin, les yeux baissés, le maintien modeste ; rien ne décèle sa vie déréglée. Elle s’arrête à la porte d’une maison ordinairement de belle apparence ; là elle attend son monsieur, elle s’explique ouvertement avec lui, et, s’il entre dans ses vues, il est introduit dans un appartement élégant ou même riche, où l’on ne rencontre ordinairement que la dame de la maison ». Faire une passe. Amener un noble inconnu dans cette maison « de belle apparence ».

Delvau, 1866 : s. f. Guillotine, — dans l’argot des voleurs. Être gerbé à la passe. Être condamné à mort.

Delvau, 1866 : s. f. Situation bonne ou mauvaise, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Guillotine, — dans l’ancien argot. — Gerber à la passe, guillotiner ; c’est le passage de la vie à la mort.

Rigaud, 1881 : Secours, assistance, — dans le jargon des voleurs. Donner la passe, faire la passe, secourir.

Rigaud, 1881 : Série de coups heureux, — dans le jargon des joueurs. J’ai eu une passe de dix.

La Rue, 1894 : Secours. Assistance. Guillotine.

France, 1907 : Condamnation à mort ; argot des voleurs ; de passe, situation pénible.

France, 1907 : Court passage.

La vie d’Henri Rochefort est assez connue. Il est homme public, comme on est femme publique, c’est-à-dire que, sans avoir fait jamais partie fixement d’aucun monde gouvernemental — rien que des passes — il est de tous les mondes gouvernementaux. Une de ses stupeurs doit être d’avoir été un instant on vrai membre du gouvernement de la Défense nationale.

(Paul Buguet, Le Parti ouvrier)

France, 1907 : Moment qu’un monsieur passe avec une racoleuse ou dame de maison démesurément numérotée. Le prix de la passe varie suivant les établissements.

Non… vrai… ces chos’s-là, ça m’dépasse !
Faut-i’ qu’eun’ gouzess soy’ paquet
D’prendre un france cinquant’ pour eun’ passe,
Quand a’ peut d’mander larant’quet… !
Ah ! faut vraiment qu’a soy’ pas fière !…
Moi, quand ej’vois des tas d’homm’s saouls
Qui veul’nt pas donner plus d’trent’ sous,
Ej’les envoye à la barrière.

(Aristide Bruant, Dans la Rue)

Chez la vicomtesse de Santa-Grua, la conversation, fort animée, roule sur l’hypnotisme.
Un jeune avocat, hypnotiseur fameux à ses moments perdus, dit qu’il lui a suffit de deux passes pour endormir une demoiselle.
— Juste ce qu’il faut pour réveiller la vicomtesse, réplique Taupin, toujours galant.

France, 1907 : Permis de passage gratuit.

Peau trop courte (avoir la)

Rigaud, 1881 : C’est une aimable plaisanterie qu’on lance pour s’excuser d’une incongruité sonore. — Parler, pendant le sommeil, avec l’antipode de la bouche.

Pet

d’Hautel, 1808 : Fier comme un pet. Pour dire, hautain, orgueilleux ; qui affecte l’air méprisant et dédaigneux.
Pet en l’air. On appeloit ainsi à Paris, il y a quelques années, une espèce de casaquin que portoient les femmes.
Pet de nonne. Espèce de pâtisserie soufflée.
Un pet à vingt ongles. Manière burles désigner l’enfant dont une fille est accouchée.
On tireroit plutôt un pet d’un âne mort. Se dit d’un homme avare et dur à la desserre.

Clémens, 1840 : Manquer un vol.

Delvau, 1866 : s. m. Embarras, manières. Faire le pet. Faire l’insolent ; s’impatienter, gronder. Il n’y a pas de pet. Il n’y a rien à faire là dedans ; ou : Il n’y a pas de mal, de danger.

Delvau, 1866 : s. m. Incongruité sonore, jadis honorée des Romains sous le nom de Deus Crepitus, ou dieu frère de Stercutius, le dieu merderet. Glorieux comme un pet. Extrêmement vaniteux. Lâcher quelqu’un comme un pet. L’abandonner, le quitter précipitamment.

Virmaître, 1894 : Signal convenu pour prévenir ses complices qu’il y a du danger.
— Pet, pet, v’là les pestailles.
On dit également :
— Au bastringue du Pou Volant, il y aura du pet ce soir (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Danger.

Sauvons-nous, il y a du pet.

France, 1907 : Bruit, tapage, plainte en justice. Faire du pet, causer du bruit, du scandale ; faire le pet, manquer son coup. Il y a du pet, les choses tournent mal ; les voleurs, les escarpes, les souteneurs, pour prévenir d’un danger, crient : Pet ! pet ! comme des collégiens disent : Vesse ! vesse !

— Dis donc, Paul, il parait qu’il y a du pet, ce soir ?
— Je te crois ! Et les maqués du passage ont écopé… Y a Julot qui a voulu défendre sa femme ; on l’a fourré dedans… Un coup de rébellion… Tu sais, avec ses six jugements, il est foutu de passer l’eau. Les gonzesses des Princes osent plus sortir… J’ai été les prévenir.
— Et ma sœur ?’Tas pas vu ma sœur ?

(Oscar Méténier)

Il n’y a pas de pet, tout est tranquille. Cette expression signifie également : C’est bien certain, il n’y a pas d’erreur.

La foi est-elle morte, bon dieu ? ou la putain d’Église va-t-elle se ravigotter, entassant dans son giron les bons bougres en foultitude ?
Y’a pas de pet ! la foi est morte ; le paysan ne croit plus aux balourdises du prêtre, il n’y croit plus et n’y croira jamais !

(Le Père Peinard)

Glorieux comme un pet, vaniteux à l’excès ; lâcher quelqu’un comme un pet, l’abandonner brusquement.

Pied

d’Hautel, 1808 : Donnez un coup de pied jusqu’à cet endroit. Manière de parler métaphorique, pour engager quelqu’un à se transporter dans un lieu.
Il a un petit pied, mais les grands souliers lui vont bien. Se dit par raillerie d’une personne qui a le pied gros et mal fait, et qui a la prétention de se chausser en pied mignon.
Mettre les pieds dans le plat. Pour, ne plus garder de mesure ; casser les vitres.
J’en ai cent pieds par-dessus la tête. Pour, je suis dégoûté de cette affaire ; je donnerois volontiers tout au diable.
Il a trouvé chaussure à son pied. Pour dire, il a rencontré ce qu’il lui falloit ; et, dans un sens contraire, il a trouvé à qui parler ; quelqu’un qui lui a résisté.
Déferré des quatre pieds. Battu à plattes coutures.
Il se trouvera toujours sur ses pieds. Signifie qu’un homme industrieux et laborieux, quelque chose qui arrive, trouvera toujours de quoi subsister.
Il croit tenir Dieu par les pieds. Se dit pour exagérer le contentement de quelqu’un.
Il a eu un pied de nez. Se dit d’un homme qui a été trompé dans ses espérances ; qui a reçu quelque mortification.
La vache a bon pied. Pour dire qu’un plaideur est riche ; qu’il peut satisfaire aux frais d’un procès.
Elle n’a point de pieds. Se dit d’une chose que l’on attend, et qui n’arrive pas comme on le désire.
Tenir le pied sur la gorge à quelqu’un. Lui faire des propositions déraisonnables ; le tenir avec beaucoup de sévérité.
Il fait cela haut le pied. Pour, d’une manière supérieure, avec habileté, perfection.
Elle sèche sur pied. Se dit d’une personne consumée par le chagrin et la tristesse.
Il voudroit être à cent pieds sous terre. Se dit d’un homme qui est dégoûté de la vie ; qui mène une vie malheureuse.
C’est un pied d’Escaut, un pied plat, un pied poudreux. Se dit d’un misérable, d’un chevalier d’industrie, d’un homme obscur, sans moyens, sans fortune, et qui ne jouit d’aucune considération.
Chercher quelqu’un à pied et à cheval. Le chercher partout.
Faire rage de ses pieds tortus. Intriguer ; se donner beaucoup de mouvement pour la négociation d’une affaire.
Les petits pieds font mal aux grands. Se dit d’une femme qui se trouve souvent mal dans sa grossesse.
Quand on lui donne un pied, il en prend quatre. Se dit d’un homme entreprenant, qui abuse de la liberté qu’on lui a donnée.
Faire le pied de derrière. Saluer avec le pied ; faire des révérences à n’en plus finir.
Faire le pied de grue. C’est-à-dire, le soumis, l’hypocrite, le tartuffe ; s’humilier devant quelqu’un dont on veut tirer parti.
Faire le pied de veau. Flatter, caresser, cajoler quelqu’un qui est puissant ; lui marquer de l’obéissance, de la soumission.
Il ne faut pas lui marcher sur le pied. Se dit d’une personne susceptible qui se pique de la moindre des choses, et que l’on n’offense pas impunément.
Être en pied. Pour dire, être sur ses gardes ; être en mesure ; être en fonds ; être bien dans ses affaires.
Faire pieds neufs. Mettre un enfant au monde ; accoucher.
Mettre quelqu’un au pied du mur. Le réduire au silence ; le confondre ; le mettre hors d’état de répondre.
Au pied de la lettre. Pour dire, à proprement parler.
Des pieds de mouches. On appelle ainsi une écriture mal formée, difficile à lire.
Disputer sur des pieds de mouches. C’est-à dire, sur des bagatelles.
Mettre quelqu’un sur le bon pied. Le contraindre à faire son devoir.
Aller de son pied gaillard. Voyager lestement et sans frais.
Vous êtes encore sur vos pieds. Pour dire, vous êtes encore en état de faire ce qu’il vous plaira.

Vidocq, 1837 : Les Tireurs adroits avaient autrefois l’habitude, en partageant avec les Nonnes et les Coqueurs, de retenir, sur la totalité du chopin, 3 ou 4 francs par louis d’or. Plusieurs Tireurs qui existent encore à Paris, et qui sont devenus sages, avaient l’habitude de prélever cette dime.

Halbert, 1849 : Sol.

Fustier, 1889 : Part. Ce à quoi on a droit.

Mon pied ! ou je casse ! Ma part ou je te dénonce.

(Humbert, Mon bagne)

La Rue, 1894 : Part. En avoir son pied. En avoir suffisamment.

Hayard, 1907 : Partage.

France, 1907 : Part, affaire ; argot faubourien. En avoir son pied, en avoir assez ; ça fait le pied, ça fait l’affaire ; il y a pied, il y a moyen. Mon pied, ou je casse, ma part ou ça va se gâter.

Pied de grue (faire le)

France, 1907 : Attendre longtemps sur ses pieds. Lorsque les grues sont réunies, l’une d’elles se détache de la troupe et, perchée sur un pied, se met en sentinelle, prête à donner l’alarme au moindre danger. Racine, dans les Plaideurs, a employé cette expression :

Est-ce qu’il faut toujours faire le pied de grue ?

Les Anglais disent : to dance attendance.

Il suffit d’une taille accorte,
De longs cils autour d’un œil noir,
D’une arrière-main un peu forte,
D’un corsage rempli d’espoir ;
De quelques boucles ondulées
Sous les plumes d’un grand chapeau,
Ou de dentelles étalées
Sur de blancs petits coins de peau,
Pour qu’au détour de chaque rue
Surgisse, à quatre heures du soir,
Un pontife de pied de grue,
Chevalier errant du trottoir.

(Jacques Rédelsperger)

Faire le pied de grue,
Le soir, sous le balcon,
C’est chercher l’inconnue
Dans une équation.

(L’Argot de l’X)

Pique (as de)

France, 1907 : Les parties incongrues.

— N’avais pas fini d’transfumer ces paroles, que j’perçois un sale capucin qui accourait vers nous en gesticulant comme une araignée.
Veut ouvrir la bouche, j’la lui ferme d’un coup d’poing sur la tirelire. S’fout les quat’e fers en l’air, sa robe se r’trousse, nous montre son as de pique, l’cochon.

(Gustave Frison, Aventures du colonel Ronchounot)

Planter son poireau

Delvau, 1866 : v. a. Attendre quelqu’un qui ne vient pas, — dans l’argot des faubouriens.

France, 1907 : Attendre ; synonyme de faire le pied de grue ; argot populaire.

Pendant huit jours consécutifs la petite diablesse me fit planter mon poireau à la sortie de son atelier, lorsque j’appris qu’elle se payait ma poire, et se tirait les flûtes par une porte de derrière.

(Les Joyeusetés du régiment)

Se dit aussi pour coïter.

Pleurer comme une vache.

France, 1907 : Pleurer fort ; allusion aux meuglements de la vache en détresse. L’expression est fort vieille ; on la trouve dans Rabelais :

Et ce disant, ploroit comme une vache ; mais tout soubdain rioit comme un veau, quand Pantagruel lui venoit en mémoire.

(Pantagruel, chap. III)

Les vaillants autant que les lasches
Pleuroient partout comme des vaches,
On n’entendoit que des hélas !

(Scarron, Le Virgile travesti)

Pochard

Vidocq, 1837 : s. m. — Ivrogne.

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui a l’habitude de s’enivrer. Malgré tout mon respect pour l’autorité de la parole de mes devanciers et mon admiration pour leur ingéniosité, à propos de ce mot encore, je suis forcé de les prendre à partie et de leur chercher une querelle — non d’Allemand, mais de Français. L’un, fidèle à son habitude de sortir de Paris pour trouver l’acte de naissance d’une expression toute parisienne, prend le coche et s’en va en Normandie tout le long de la Seine, où il pèche un poisson dans les entrailles duquel il trouve, non pas un anneau d’or, mais l’origine du mot pochard : des frais de voyage et d’érudition bien mal employés ! L’autre, qui brûle davantage, veut qu’un pochard soit un homme « qui en a plein son sac ou sa poche ». Si cette étymologie n’est pas la bonne, elle a du moins le mérite de n’être pas tirée par les cheveux. Mais, jusqu’à preuve du contraire, je croirai que l’ivrogne ayant l’habitude de se battre, de se pocher, on a dû donner tout naturellement le nom de pochards aux ivrognes.

Rigaud, 1881 : Ivrogne fainéant et ami des plaisirs. M. Fr. Michel le fait venir de poisson, poichon, poçon, mesure de vin. Pourquoi ne viendrait-il pas de pochon, coup, contusion dont la figure de l’ivrogne induré est généralement illustrée ?

France, 1907 : Ivrogne ; de pocher, se battre, l’ivrogne étant généralement de nature querelleuse.

Voilà un habitué d’estaminet, qui a le plus grand tort de ne pas se coucher de bonne heure et d’entretenir sa pituite à force de bocks ; voilà un ouvrier pochard, pour qui la sagesse consisterait à ne pas faire le lundi et à rapporter sa quinzaine intacte à sa famille. Eh bien, mettez la conversation sur les affaires publiques, devant un de ces gaillards-là, qui savent si mal conduire leur vie, et vous pouvez être sûr qu’il vous proposera tout de suite un moyen infaillible d’arranger les affaires du pays.

(François Coppée)

Au Carnaval, par les rues,
Ils vont traînés sur des chars,
Entourés de jeunes grues
Et de grands seigneurs pochards.

(Octave Pradels)

Pocharder (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. S’ivrogner, vivre crapuleusement.

France, 1907 : S’enivrer.

Mongelet n’eut jamais de vices ; à peine si les soirs d’ivresse — car il se pochardait comme un charretier, — il s’amusait à des fantaisies avec des filles de maisons publiques. Très connu des habituées des maisons de passe ; femmes d’officiers ou de bureaucrates dans la panade, grues de toutes nuances, marquises mal rentées, bourgeoises, commerçantes pratiques pour lesquelles il n’est point de bénéfices malpropres ou défendus, Mongelet était considéré comme un veau d’or.

(Victorien de Saussay, L’École du vice)

Portez ! Remettez !

Rigaud, 1881 : Une des expressions les plus usitées dans les régiments de cavalerie. Mot à mot : « Portez sabre ! remettez sabre ! » Exclamation intraduisible et qui se produit chaque fois que quelqu’un vient de dire une grosse bourde. Cela se prononce en élevant la voix et d’un ton sévère, comme pour le commandement. La même exclamation retentit lorsqu’un cavalier a commis une incongruité plus ou moins bruyante.

Purotin

Rigaud, 1881 : Misérable, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Misérable.

France, 1907 : Miséreux : individu qui coule son existence dans la purée.

Noël, Noël ! encore une année de tirée sans avaros pour les possédants, grâce à leurs fermes soutiens : le prêtre, le soldat et le bourreau, ces trois angles aigus du triangle social ! Les ventrus de toutes les religions doivent en effet un beau cierge au purotin Jésus, et ils ne manquent pas de le célébrer à leur manière. Ce n’est pas pour rien qu’on l’appelle le Sauveur : il a en effet sauvé la mise des richards et contribué pour sa bonne part à conserver toutes les tyrannies de la propriété, en conseillant aux pauvres de se taire, et d’attendre sans murmurer que justice leur fût rendue… dans l’autre monde. N’est-ce pas lui qui a dit : Rendez à César ce qui est à César ? En parlant ainsi, il reconnaissait tous les impôts d’argent et de sang, la domination militaire, l’esclavage des vaincus. Bien plus, il conseillait de se soumettre sans résistance et de présenter la fesse droite à celui qui les avait bottés sur la gauche.

(Le Père Peinard)

Dans les squares, les purotins
Roupillent a côté des grues ;
Tant de polices incongrues
Chassent les gueux et les trottins.

(Edmond Bourgeois)

Quart d’heure de Rabelais

France, 1907 : Moment critique ou il faut payer sa note dans un restaurant ou un hôtel, autrement dit sa douloureuse. L’anecdote qui donna naissance à cette expression est fort controuvée. La voici : Le curé de Meudon, l’immortel auteur de Pantagruel, s’étant arrêté à Lyon à son retour de Rome où il avait accompagné, comme médecin, le cardinal Jean du Bellay, se trouvant à court d’argent pour payer son hôtelier et pour continuer son voyage à Paris, s’avisa du stratagème suivant : il disposa trois petits paquets remplis de cendre et sur lesquels il écrivit : « Poison pour le roi — Poison pour la reine — Poison pour le dauphin. » Ces paquets laissés à dessein sur une table tombèrent sous les yeux de l’hôtelier, qui courut prévenir le lieutenant du roi. Rabelais fut arrêté et expédié, sous bonne escorte à Paris, avec les égards dus à un criminel d’importance. Conduit devant François Ier, celui-ci s’égaya fort du récit de l’aventure et, ajoute la chronique, fit asseoir le régicide à sa table.

Queues

Delvau, 1866 : s. f. pl. Phrases soudées ensemble à la queue-leu-leu, — dans l’argot des typographes, dont c’est le javanais. Un échantillon de ce système de coquesigruïtés, que l’on pourrait croire moderne et qui est plus que centenaire, sera peutêtre plus clair que ma définition. Quelqu’un dit, à propos de quelque chose : « Je la trouve bonne. » Aussitôt un loustic ajoute d’enfant, puis un autre ticide, puis d’autres de Normandie, — t-on — taine — ton ton — mariné — en trompette — tition — au Sénat — eur de sanglier — par la patte — hologie — berne — en Suisse — esse — vous que je vois, etc., etc., etc. Lesquelles coquesigruïtés, prises isolément, donnent : Bonne d’enfant, — infanticide, — cidre de Normandie, — dit-on, — ton taine ton ton, — thon mariné, — nez en trompette, — pétition au Sénat, — hure de sanglier, etc.

Rafler

Delvau, 1866 : v. a. Prendre, saisir, chiper.

France, 1907 : Prendre, voler ; du vieux français rifler, voler. Se dit aussi pour faire une rafle.

On allait jeter un grand coup de filet, ceinturer, poisser, rafler tout le gibier marécageux, grues et poissons : chasse à courre et pêche miraculeuse à coup sûr !… Lâchez tout et en avant les mœurs…

(A. Bruant, Les Bas-fonds de Paris)

Raide

Delvau, 1866 : adj. Complètement gris, — parce que l’homme qui est dans cet état abject fait tous ses efforts pour que cela ne s’aperçoive pas, en se raidissant, en essayant de marcher droit et avec dignité. On dit aussi Raide comme la Justice.

Delvau, 1866 : adj. Invraisemblable, difficile à croire, — c’est-à-dire à avaler. Se dit à propos d’un Mot scabreux, d’une anecdote croustilleuse. La trouver raide. Être étonné ou offensé de quelque chose.

Delvau, 1866 : s. m. Eau-de-vie, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Rude.

Rigaud, 1881 : Eau-de-vie de qualité inférieure.

La Rue, 1894 : Eau-de-vie. Ivre. Sans argent. Difficile à croire. Faux rouleau d’or des voleurs à l’américaine.

France, 1907 : Brusquement, vivement.

— Si, dans un mois, nos bans ne sont pas publiés, je te lâche, toi, et raide !…

(Alfred Delvau, Le Fumier d’Ennius)

On dit aussi dans le même sens : raide comme balle.

Alors Clarinette écarquilla les yeux : elle n’aurait jamais cru cette souillon capable de ça : d’ailleurs, quant à elle, ça lui était bien égal : elle était sûre de Jacques. Si jamais il s’avisait de la tromper, elle le cocufierait raide comme balle.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

France, 1907 : Eau-de-vie.

— Donne-moi un verre.
— Du raide ?
— Tiens ! crois-tu donc qu’on m’a changé en rosière ?… Du tord-boyaux et du chenu… j’ai besoin d’avoir la dalle grattée pour avoir la voix plus claire.

(Jules de Gastyne, La Pièce d’or)

France, 1907 : Fort, choquant. En dire, en faire de raides.

Au dessert :
Un des invités parle d’une chanson grivoise, qui fait florès au quartier Latin.
— Oh ! Chantez-nous-la, dit comtesse de Santa-Grue.
— C’est impossible ; elle est vraiment trop raide.
— Eh bien ! reprend la comtesse, dites-nous seulement les paroles !

France, 1907 : Ivre. Raide comme la justice, absolument ivre.

Ces noceurs-là étaient raides comme la justice, et tendres comme des agneaux. Le vin leur sortait par les yeux.

(É. Zola, L’Assommoir)

H’u !… nom de Dieu ! ça va pas mieux ;
C’est c’bon Dieu d’hoquet qui m’tracasse ;
Ej’ vas m’payer eun’ demi d’vieux,
Ça me r’mettra le cœur à sa place,
Eun’ demi d’vieux… c’est pas r’fus,
Dame, ej’ suis raid’ comm’ l’obélisque,
Sûr, ej’ me raidirai pas pus.
H’u ! pis j’m’en fous, moi, qu’est-c’ que j’risque ?

(Aristide Bruant)

France, 1907 : Rouleau de fausses pièces, ou rouleau d’or dont se servent les escrocs dans le vol dit à l’américaine.

France, 1907 : Sans argent ; argot des grecs.

Râpé

d’Hautel, 1808 : Un habit râpé. Pour dire usé jusqu’à la trame, à profit.

France, 1907 : Pauvre dont la misère s’étale sur les vêtements. Râpé comme la Hollande, allusion au fromage de ce nom, que l’on râpe en place de gruyère ou de parmesan.

France, 1907 : Piquette, boisson obtenue en jetant de l’eau sur des fruits ou du marc de raisin.

Rhume de culotte

France, 1907 : Même sens que rhume de chat. Rabelais disait pisse-chaude : « Pasce qu’ung malheur ne vient jamais seul, lui print une pisse-chaude qui le tourmenta plus que ne penseriez. »

(Pantagruel)

Mais après, quand les jambes molles, la cervelle vide, il descend les escaliers, quelle rancœur ! Et pensant au rhume de culotte, comme disait Ricord, qui lui pend au bout du nez, comment voulez-vous qu’il ne se dise pas, en se rappelant sa mésaventure : C’est ça, l’amour !

(Jacques Nargaud, La Nation)

On disait aussi rhume ecclésiastique.

Ronfler

d’Hautel, 1808 : Entendre ronfler le canon. Pour dire entendre le bruit du canon.

M.D., 1844 : Réussite complète.

Rigaud, 1881 : C’est appuyer dans la déclamation fortement sur les R, surtout quand ces lettres sont redoublées. Frenoy et Tautin étaient des ronfleurs de premier ordre. — Ronfler a pour synonyme, faire la roue. (Petit dict. des coulisses)

France, 1907 : Faire du bruit.

Quand donc la Sociale remettra-t-elle tout en son lieu et place ? Quand donc les richards donneront-ils la démission de grugeurs du pauvre monde ?
Ça ne serait que temps, et il faudrait s’aligner pour leur faire prendre le plus tôt possible une détermination si galbeuse !
Quand nous en serons là, viédaze ! quand l’État — cette sacrée pieuvre — ne sera plus qu’un mauvais souvenir et les richards un cauchemar évanoui, alors, oui !… ça ronflera !

(Le Père Peinard)

« Poche qui ronfle », poche pleine d’argent.

À cette époque, quand un voleur avait fait un coup, quand la poche ronflait, toute sa bande se rendait au Lapin Blanc, boire, manger, faire la noce aux frais du meg.

(Mémoires de M. Claude)

Rot

d’Hautel, 1808 : Incongruité ; vent qui sort par la bouche avec bruit.
Du rôt de chien. Pour dire des coups de bâton.

Semaine des quatre jeudis

Delvau, 1866 : s. f. Semaine fantastique, dans laquelle les mauvais débiteurs promettent de payer leurs dettes, les femmes coquettes d’être fidèles, les gens avares d’être généreux, etc. C’est la Venue des Coquecigrues de Rabelais. On dit aussi : La semaine des quatre jeudis, trois jours après jamais.

France, 1907 : Jamais.

Siffler la linotte

Delvau, 1866 : v. a. Appeler sa maîtresse avec un cri ou un air convenus ; faire le pied de grue.

Rigaud, 1881 : Attendre dans la rue.

France, 1907 : Attendre vainement quelqu’un ; en autre terme argotique, faire le pied de grue.

Le peuple, au lieu de faire le pied de grue, s’est mis à siffler la linotte, parce qu’il n’ignore pas qu’on perd son temps et sa peine en voulant siffler cette bête évaporée.

(Émile Gouget)

Sœurs (les deux)

Virmaître, 1894 : Nattes de cheveux que les femmes portent tressées sur leurs épaules. Mes deux sœurs, pour : testicules (Argot des voyous).

France, 1907 : Les fesses, les cuisses. « Croirait-on, dit Jaubert, qu’une locution si triviale fût sortie de la ruelle élégante des précieuses du grand siècle ? On la trouve cependant imprimée en toutes lettres dans le Dictionnaire des Précieuses de Saumaize : « Un lavement, le bouillon des deux sœurs. » Nos braves aïeules étaient moins puristes que nos grues. »

Tarte bourbonnaise

Delvau, 1866 : s. f. Résultat du verbe alvum deponere, — dans l’argot du peuple, qui a la plaisanterie fécale. Il a pour excuse l’exemple de Rabelais (Pantagruel, liv. II, chap. XVI).

France, 1907 : Un étron. Vieille expression que l’on trouve dans Rabelais et Bonaventure Despériers.

Et ne failloit point à vous porter le pauvre Saint Chelant en un fossé, où en quelque tarte bourbonnaise…

(Contes et joyeux devis de Bonaventure Despériers)

Un jour que l’on avait assigné à tous les théologiens de se trouver en Sorbonne, il feit une tartre bourbonnoise, composée de force de ails, de galbanum, de assa fœtida, de castoreum, d’estroncs touts chaulds, et la détrempit en sanies de bosses chancreuses, et de fort bon matin en graissa et oignit tout le treillis de Sorbonne, en sorte que le diable n’y eust pas duré.

(Rabelais, Pantagruel)

Dans le Centre l’on appelle tartes bourbonnaises certains mauvais pas où les chevaux enfoncent jusqu’au poitrail.

Tireur au cul

France, 1907 : Actuellement, le mot fricotteur peut être considéré comme synonyme de tireur au cul, mais on sait qu’il n’est pas de synonymes absolus, et, en effet, entre fricotteur et tireur au cul il y a des nuances.
L’un et l’autre sont des gaillards carottant ou cherchant à carotter le service, mais avec des visées différentes. Le premier, intelligent et dégourdi, levant le coude, levant la jambe, pourvu d’une ou de plusieurs particulières, tâche de toutes façons à s’amuser, à se divertir. Le second est un paresseux dont la préoccupation constante est de ne rien faire ou tout au moins de travailler fort peu. Il est souvent malade, atteint de boiteries singulières et d’écorchures incongrues et ne connaît pas de plus vif plaisir que d’astiquer sa plaque de couche ou de couler des heures de parfait farniente à l’infirmerie ou à l’hôpital. Le tireur au cul, carottier lymphatique, au physique comme au moral, est inférieur au fricotteur.

Trestous

France, 1907 : Tous ; vieux mot.

Mais Pantagruel s’escria à haulte voix, comme si ce eust esté le son d’un double canon, disant : « Paix de par le diable, paix : par Dieu, coquins, si vous me tabustez ici, je vous couperai la teste à trestous. » À la quelle parole, ils demouroient touts éstonnés comme canes, et ne osoient seulement toussir.

(Rabelais)

Pour afin d’éclaircir l’affaire,
L’guet les mène trétous cheux l’commissaire,
Qui condamne l’jeune garçon
D’aller faire un tour en prison.

(Vadé)

Trottoir (faire le)

Larchey, 1865 : Se dit des filles inscrites qui, le soir, se promènent sur le trottoir voisin de leur logis. — Grand trottoir, en termes d’argot comique, veut dire : haut répertoire.

France, 1907 : Se dit d’une prostituée qui racole les hommes sur la voie publique.

Deux grues sont en train de se chamailler : « Veux-tu que je te dise ce que tu sais faire ? crie l’une à l’autre, — Dis, salope ! — T’es embarras, ta tête, ta montre… et le trottoir. »

Vent

d’Hautel, 1808 : Reprendre son vent. Pour dire, reprendre haleine.
Lâcher un vent, un vent coulis. Pour commettre une incongruité ; lâcher un mauvais vent.
Autant en emporte le vent. Se dit de quelque chose dont on fait peu de cas.
Jeter la plume au vent. Aller, marcher au hasard.
Cela lui ressemble comme un moulin à vent. Se dit pour ridiculiser une comparaison qui n’est pas vraisemblable.
Il s’en est allé plus vite que le vent. Manière hyperbolique de dire, qu’un homme s’est sauvé à toutes jambes.
Mettre flamberge au vent. Ferrailler, tirer l’épée.
Il vend du vent et de la fumée. Se dit d’un charlatan qui n’a d’autre science que ses discours, et dont les remèdes sont sans efficacité.
Humer le vent. Croire indistinctement à toutes les nouvelles.

Delvau, 1866 : s. m. Ventris flatus male olens. Moulin à vents. Podex.

Vesse

d’Hautel, 1808 : Mauvais vent, incongruité qui sort du derrière sans bruit.
Il crie pour une vesse de travers. C’est-à-dire pour la moindre chose ; se dit par raillerie d’un homme minutieux, criard, susceptible, ridicule à l’excès, qui fait tapage ; qui s’emporte pour la plus légère faute.
Une vesse de vigneron le grise. Se dit d’un mauvais buveur, d’un homme qui perd la raison au premier verre de vin.

Larchey, 1865 : Peur. On connaît son action sur les intestins. — Connu en 1808.

Delvau, 1866 : s. f. Peur. Avoir la vesse. Avoir peur.

Rigaud, 1881 : Attention ! — dans le jargon du collège. — C’est l’exclamation que poussent les écoliers pour prévenir leurs camarades de l’arrivée du maître d’étude. (L. Larchey)

La Rue, 1894 : Peur. Employé comme exclamation il signifie : attention ! Colle ! Pet ! ont le même sens.

Virmaître, 1894 : Peur. Lâcher une vesse : péter sournoisement. Vesser : un pet mou (Argot du peuple).

France, 1907 : Femme débauchée ; vieux mot.

Le bon Marc-Aurèle ayant Faustine, sa femme, une bonne vesse.

(Brantôme)

France, 1907 : Peur. Terme employé par les écoliers pour s’avertir de l’arrivée d’un surveillant ou d’un professeur : vesse ! vesse ! Il y a vesse, il y a du danger d’être pris.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique