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Badinguet, badingue

Rigaud, 1881 : Sobriquet donné à Louis Napoléon. Il paraît que c’était le nom du maçon sous les habits duquel le prince s’évada du fort de Ham.

Ce fut dans cet accoutrement qu’il traversa trois cours, des haies de soldats, des groupes de geôliers et de maçons. Au moment de sortir, il avait excité la curiosité assez inquiète de deux de ces derniers, qui paraissaient étonnés de ne pas le connaître, quand l’un d’eux dit à l’autre : Non, ce n’est pas Berton, c’est Badinguet. Et c’est de là qu’est venu ce nom depuis si populaire.

(Ph. Audebrand, Illustration du 1er septembre 1877)

Balai

d’Hautel, 1808 : Faire le balai neuf. Cette façon de parler n’est guères usitée qu’en parlant d’un domestique qui en entrant dans une nouvelle condition, fait tous ses efforts, les premiers jours, pour contenter son maître.
On dit par menace à un subordonné contre lequel on est en colère, que s’Il ne se retire, on lui donnera du manche à balai sur les épaules.
Il a rôti le balai.
Locution équivoque pour faire entendre qu’un homme a passé sa jeunesse dans la dissipation et la débauche.
Rôtir le balai. Signifie aussi mener une vie obscure et indigente.

Larchey, 1865 : Gendarme (Vidocq). — On appelle de même raclette une ronde de police ; elle racle les gens que la gendarmerie balaie.

Delvau, 1866 : s. m. Agent de police, — dans l’argot des petits marchands ambulants.

Rigaud, 1881 : Dernier omnibus qui rentre au dépôt, — dans le jargon des conducteurs d’omnibus. Ils appellent l’avant-dernière voiture : le manche.

Rigaud, 1881 : Gendarme, agent de police, — dans le jargon des camelots et des marchands ambulants.

La Rue, 1894 : Gendarme.

France, 1907 : Agent de police. Ils balayent en effet la chaussée des petits marchands ambulants et des groupes qui gênent la circulation. Donner du balai, mettre quelqu’un à la porte. « Le général Boulanger était considéré comme le balai qui devait débarrasser la France de la bande des tripoteurs opportunistes. »

Baquet

Delvau, 1864 : La nature de la femme dans laquelle l’homme décharge ses ordures liquides :

… Dans le baquet desquelles il eût volontiers lavé son vit.

(Contes de la reine de Navarre)

Delvau, 1866 : s. m. Blanchisseuse, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi : Baquet insolent, et l’on a raison, — car je ne connais pas de créatures plus « fortes en gueule » que les lavandières : il semble qu’il leur reste aux lèvres quelques éclaboussures des ordures humaines avec lesquelles elles sont en contact permanent.

Virmaître, 1894 : Blanchisseuse. On dit aussi : Baquet insolent. On sait que ces dames ne mâchent pas leurs paroles. Quand une ménagère, par économie, va laver son linge au lavoir, les professionnelles l’appellent : graillonneuse ou noyeuse d’étrons. Ce sont les plus mignonnes de leurs déjections (Argot du peuple).

France, 1907 : « Les forçats se forment pour dîner par groupes de quatre ou six individus. La gamelle où chacun d’eux plonge alternativement sa cuillère s’appelle baquet. » (A. Dauvin)

Beurre

d’Hautel, 1808 : C’est entré là-dedans comme dans du beurre. Pour dire tout de go, librement, sans aucun effort.
Il est gros comme deux liards de beurre, et on n’entend que lui. Se dit par mépris d’un marmouset, d’un fort petit homme, qui se mêle dans toutes les affaires et dont la voix se fait entendre par-dessus celle des autres.
Promettre plus de beurre que de pain. Abuser de la crédulité, de la bonne-foi de quelqu’un ; lui promettre des avantages qu’on ne peut tenir.
Des yeux pochés au beurre noir. Yeux meurtris par l’effet d’une chute, d’un coup, ou d’une contusion quelconque.
C’est bien son beurre. Pour, cela fait bien son affaire ; c’est réellement ce qui lui convient.

Vidocq, 1837 : s. m. — Argent monnoyé.

Larchey, 1865 : Argent. — V. Graisse.

Nous v’là dans le cabaret
À boire du vin clairet,
À ct’heure
Que j’ons du beurre.

(Chansons, Avignon, 1813)

Mettre du beurre dans ses épinards : Voir augmenter son bien-être. — On sait que les épinards sont la mort au beurre.
Avoir du beurre sur la tête : Être couvert de crimes. — Allusion à un proverbe hébraïque. V. Vidocq. Beurrier : Banquier (Vidocq).

Delvau, 1866 : s. m. Argent monnayé ; profit plus ou moins licite. Argot des faubouriens. Faire son beurre. Gagner beaucoup d’argent, retirer beaucoup de profit dans une affaire quelconque. Y aller de son beurre. Ne pas craindre de faire des frais, des avances, dans une entreprise.

Rigaud, 1881 : Argent.

La Rue, 1894 : Argent (monnaie). Synonymes : braise, carme, nerf, blé, monarque, galette, carle, pognon, michon, cercle, pilon, douille, sauvette, billes, blanc, mitraille, face, philippe, métal, dalles, pèze, pimpions, picaillon, noyaux, quibus, quantum, cuivre, vaisselle de poche, zozotte, sonnettes, auber, etc. Milled, 1.000 fr. Demi-sac, 500 fr. Pile, mètre, tas, livre, 100 fr. Demi-jetée, 50 fr. Signe, cigale, brillard, œil-de-perdrix, nap, 20 fr. Demi-signe, 10 fr. Tune, palet, dringue, gourdoche, 5 fr. Escole, escaletta, 3 fr. Lévanqué, arantequé, larante, 2 fr. Linvé, bertelo, 1 fr. Grain, blanchisseuse, crotte de pie, lisdré, 50 cent. Lincé, 25 cent. Lasqué, 20 cent. Loité, 15 cent. Lédé, 10 cent. (Voir largonji). Fléchard, rotin, dirling, broque, rond, pétard, 5 cent. Bidoche, 1 cent.

Rossignol, 1901 : Bénéfice. Une bonne qui fait danser l’anse du panier fait son beurre. Un commerçant qui fait ses affaires fait son beurre. Un domestique qui vole ses maîtres sur le prix des achats fait son beurre. Le domestique, né à Lisieux, qui n’est pas arrive après vingt ans de Service à se faire des rentes parce que son maître, né à Falaise, est plus Normand que lui, n’a pas fait son beurre.

France, 1907 : Argent monnayé, profit de quelque façon qu’il vienne ; argot des faubouriens. Les synonymes sont : braise, carme, nerf, blé, monarque, galette, carte, pognon, michon, cercle, pilon, douille, sauvette, billes, blanc, mitraille, face, philippe, métal, dalles, pèze, pimpions, picaillon, noyaux, quibus, quantum, cuivre, vaisselle de poche, zozotte, sonnettes, etc.
Faire son beurre, prélever des bénéfices plus ou moins considérables, honnêtes ou non ; y aller de son beurre, ne pas hésiter à faire des frais dans une entreprise ; c’est un beurre, c’est excellent ; au prix où est le beurre, aux prix élevés où sont toutes les denrées, argot des portières.

Il faut entendre un restaurateur crier : « L’addition de M. le comte ! » pour s’apercevoir que la noblesse, de nos jours, pas plus que du temps de Dangeau, n’est une chimère. Pour une jeune fille dont le père s’appelle Chanteaud, pouvoir signer « comtesse » les billets aux bonnes amies qui ont épousé des Dupont et des Durand, c’est tout ! Remplacer le pilon ou le mortier, armes dérisoires de la rue des Lombards, par un tortil élégant surmontant des pals, des fasces, des croix ou des écus semés sur des champs de sinople, quel charmant conte de fées ! Et ça ne coûte que trois cent mille francs ; c’est pour rien, au prix où est le beurre.

(Edmond Lepelletier, Écho de Paris)

Avoir du beurre sur la tête, être fautif, avoir commis quelque méfait qui vous oblige à vous cacher. Cette expression vient évidemment d’un proverbe juif : « Si vous avez du beurre sur la tête, n’allez pas au soleil ; il fond et tache. »
Mettre du beurre dans ses épinards, se bien traiter, car, suivant les ménagères, les épinards sont la mort au beurre. Les politiciens ne visent qu’à une chose : à mettre du beurre dans leurs épinards.

Je pense que c’est à la politique des groupes que l’on doit la médiocrité presque universelle qui a éclaté dans la crise actuelle. Le député entre à la Chambre par son groupe, vote avec son groupe, a l’assiette au beurre avec lui, la perd de même. Il s’habitue à je ne sais quelle discipline qui satisfait, à la fois, sa paresse et son ambition. Il vit par une ou deux individualités qui le remorquent.

(Germinal)

Bohème

d’Hautel, 1808 : Vivre comme un bohème. N’avoir ni feu ni lieu ; mener une vie errante et vagabonde.

Larchey, 1865 : « La bohème se compose de jeunes gens. tous âgés de plus de vingt ans, mais qui n’en ont pas trente, tous hommes de génie en leur genre, peu connus encore, mais qui se feront connaître, et qui seront alors des gens fort distingués… Tous les genres de capacité, d’esprit, y sont représentés… Ce mot de bohème vous dit tout. La bohème n’a rien et vit de ce qu’elle a. »

(Balzac)

La citation suivante est le correctif de cette définition trop optimiste.

La bohème, c’est le stage de la vie artistique, c’est la préface de l’Académie, de l’Hôtel-Dieu ou de la Morgue… Nous ajouterons que la bohème n’existe et n’est possible qu’à Paris.

(Murger)

On dit un bohème.

Tu n’es plus un bohème du moment que je t’attache à ma fortune.

(Augier)

Comme on voit, le bohème du dix-neuvième siècle n’a de commun que le nom avec celui de callot. Saint-Simon a connu l’acception fantaisiste du mot bohème. M. Littré en donne un exemple, bien qu’il n’admette bohème qu’en mauvaise part.

Delvau, 1866 : s. f. Etat de chrysalide, — dans l’argot des artistes et des gens de lettres arrivés à l’état de papillons ; Purgatoire pavé de créanciers, en attendant le Paradis de la Richesse et de la Députation ; vestibule des honneurs, de la gloire et du million, sous lequel s’endorment — souvent pour toujours — une foule de jeunes gens trop paresseux ou trop découragés pour enfoncer la porte du Temple.

Delvau, 1866 : s. m. Paresseux qui use ses manches, son temps et son esprit sur les tables des cafés littéraires et des parlottes artistiques, en croyant à l’éternité de la jeunesse, de la beauté et du crédit, et qui se réveille un matin à l’hôpital comme phthisique ou en prison comme escroc.
Ce mot et le précédent sont vieux, — comme la misère et le vagabondage. Ce n’est pas à Saint-Simon seulement qu’ils remontent, puisque, avant le filleul de Louis XIV, Mme de Sévigné s’en était déjà servie. Mais ils avaient disparu de la littérature : c’est Balzac qui les a ressuscités, et après Balzac, Henri Murger — dont ils ont fait la réputation.

France, 1907 :

est un mot vieilli que nous eussions voulu éviter ; non point précisément parce qu’il a vieilli, mais parce qu’il ne s’applique plus qu’imparfaitement au groupe de Parisiens dont nous entreprenons de décrire les mœurs et d’esquisser les silhouettes. Bohème est un mot du vocabulaire courant de 1840. Dans le langage d’alors, il est synonyme d’artiste ou d’étudiant, viveur, joyeux, insouciant du lendemain, paresseux et tapageur… Le bohème de 1840 se moque de ses créanciers, tire des carottes à son paternel et contre les créanciers.

(Gabriel Guillemot)

S’il faut s’en rapporter à la définition d’Alfred Delvau, le bohème ne serait qu’un paresseux qui use ses manches, son temps et son esprit sur les tables de cafés littéraires et des parlottes artistiques, en croyant à l’éternité de la jeunesse, de la beauté et du crédit, et qui se réveille un matin à l’hôpital comme phtisique, ou en prison comme escroc.
Ce mot est vieux, — comme la misère et le vagabondage. Ce n’est pas à Saint-Simon seulement qu’il remonte, puisque avant le filleul de Louis XIV, Mme de Sévigné s’en était déjà servie. Mais il avait disparu de la littérature : c’est Balzac qui l’a ressuscité, et, après Balzac, Henri Mürger — dont il a fait la réputation, — dans son livre La Vie de Bohème.
Voyons maintenant quelle était, sur la bohème, l’opinion de Balzac et Mürger :

La bohème, die Balzac, se compose de jeunes gens, tous âgés de plus de vingt ans, mais qui n’en ont pas trente, tous hommes de génie en leur genre, peu connus encore, mais qui se feront connaître et qui seront alors des gens fort distingués… Tous les genres de capacité, d’esprit y sont représentés… Ce mot bohème vous dit tout. La bohème n’a rien et vit de ce qu’elle a.

Le tableau est un peu flatteur et je préfère le correctif de l’auteur de la Vie de Bohème :

La bohème c’est le stage de la vie artistique, c’est la préface de l’Académie, de l’Hôtel-Dieu ou de la Morgue… La bohème n’existe et n’est possible qu’à Paris.

Au royaume de Bohème :
— Je te quitte, je suis en retard. Tu n’aurais pas six sous à me prêter pour prendre l’omnibus ?
— Impossible, je n’ai qu’une pièce de deux francs.
— Ça ne fait rien, prête tout de même, je prendrai un fiacre.

Brocante

anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Bague.

Delvau, 1866 : s. f. Chose de peu de valeur, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Bague, — dans le jargon des voleurs.

Rigaud, 1881 : Brocantage. — Marchandise sans valeur, — dans le jargon des revendeurs. Toute sorte de petits travaux qui se rattachent plus ou moins à l’art et que l’artiste exécute faute de mieux. Les brocantes des artistes sont les bricoles des ouvriers.

Je vais faire des brocantes, une corbeille de mariage, des groupes en bronze.

(Balzac, La Cousine Bette)

Rigaud, 1881 : Vieux soulier encore bon pour la vente, — dans le jargon des chiffonniers, c’est-à-dire soulier qu’on peut brocanter.

La Rue, 1894 : Bague.

France, 1907 : Marchandise sans valeur, bague.

Je plains les curieux de l’avenir qui, sur la foi d’une signature autrefois estimée, dénicheront l’opuscule paru hier ; je les mets en garde contre cette brocante anecdotique d’un marchand de petits papiers qui ne veut rien laisser perdre et promène son oisiveté à travers les néfastes souvenirs de l’année terrible avec toute la grâce d’un éléphant lâché dans un magasin de porcelaines.

(Mentor, Le Journal)

Calinier

France, 1907 : Amoureux.

Quant aux jeunes filles, bien attifées et proprettes, elles vont, après vêpres, se promener par groupes, sur la route, jacassant bruyamment et cherchant à attirer l’attention des garçons par des poussées et des rires. Quelques-unes attendent leurs amoureux, qu’on appelle le calinier. On se dit bonjour en passant, on échange des plaisanteries au gros sel, mais les groupes n’osent s’arrêter et chacun, à regret, continue son chemin… Une seule fois par an, le calinier est autorisé à offrir le bras à sa calinière ; c’est au jour de la fête appelée ici le festin.

(Hector France, Impressions de voyage)

Causotter

Delvau, 1866 : v. n. Se livrer à une causerie intime entre trois ou quatre personnes.

France, 1907 : Bavarder familièrement en un petit cercle. « De petits groupes de vieilles causottaient sur le pas des portes. »

Cigale

Vidocq, 1837 : s. f. — Pièce d’or.

Larchey, 1865 : Pièce d’or (Vidocq). — Comparaison du tintement des louis au cri de la cigale.

Delvau, 1866 : s. f. Chanteuse des rues, qui se trouve souvent dépourvue lorsque « la bise est venue ».

Delvau, 1866 : s. f. Cigare, — dans l’argot du peuple, qui frise l’étymologie de plus près que les bourgeois, puisque cigare vient de espagnol cigarro, qui vient lui-même, à tort ou à raison, de cigara, cigale, par une vague analogie de forme.

Delvau, 1866 : s. f. Pièce d’or, — dans l’argot des voleurs, qui aiment à l’entendre sonner dans leur poche. Ils disent aussi cigue, par apocope, et Ciguë, par corruption.

Rigaud, 1881 : Chanteuse ambulante.

France, 1907 : Pièce de vingt francs.
Depuis La Cigale et la Fourmi, de La Fontaine, le mot s’applique aux chanteuses des rues.

France, 1907 : Société artistique et littéraire, fondée à Paris en 1875 par un groupe de poètes, d’écrivains, d’artistes méridionaux. Un dîner, intitulé Dîner de la Cigale, les réunit à certaines époques. La politique est exclue de ces réunions. Paul Arène explique plaisamment le but de cette fondation :

C’est pour ne pas perdre l’ « assent »
Que nous fondâmes la Cigale ;
On parle cent, à la fois, cent !…
C’eat pour ne pas perdre l’ « assent ».
Mais cette Cigale, on le sent,
De rosée à l’ail se régale :
C’est pour ne pas perdre l’ « assent »
Que nous fondâmes la Cigale.

Claque (la)

Rossignol, 1901 : Groupe de spectateurs dans les théâtres et concerts qui payent leur place meilleur marché qu’au bureau pour applaudir (claquer) sous la direction d’un chef de claque et faire le succès des artistes, Le succès de J’artiste dépend le plus souvent de sa générosité ; plus il donne à la fin du mois au chef de claque, plus il est applaudi. Au Théâtre Français, il est alloué au chef de claque des appointements mensuels par la direction pour recruter des claqueurs à qui il lui est défendu de faire payer la place.

Corserie

France, 1907 : On appelait ainsi, sous le second Empire, un groupe choisi d’agents de police corses, attaché spécialement à la personne de Napoléon III.

Coterie

d’Hautel, 1808 : Terme de mépris, bande de meneurs, d’intrigans, maltotiers ; gens réunis dans de mauvais desseins.
Cette affaire ne va que par coterie. C’est-à-dire par intrigue, par menée.

Larchey, 1865 : « Les tailleurs de pierres s’interpellent du nom de coterie. Tous les compagnons des autres états se disent pays. » — G. Sand.

Delvau, 1866 : s. f. Compagnon, — dans l’argot des maçons.

Rigaud, 1881 : Assemblée d’ouvriers. — Les tailleurs de pierres et les charpentiers se disent coterie ; tous les compagnons des autres états se disent pays. — Les compagnons remplacent le mot monsieur par celui de coterie. (Agr. Perdiguier, Du Compagnonnage)

La Rue, 1894 : Ouvrier compagnon.

France, 1907 : Camarade, compagnon. Le mot s’emploie pour désigner, soit un individu, soit un groupe.

Dames (ces)

Delvau, 1864 : On appelle ainsi un groupe de femmes, célibataires ou non, qui vivent, travaillent ou se divertissent ensemble : Ces dames du corps de ballet, ces dames au théâtre, ces dames les étudiantes, ces dames du Casino, de Mabille, etc., etc. — En famille, le fils sortant avec sa mère et ses sœurs dit : Je vais au théâtre avec ces dames. — Dans les ateliers de femmes, chez les couturières, les modistes, les lingères, etc., on dit mesdemoiselles… ces demoiselles. — Au bordel, on dit : « Toutes ces dames au salon ! » — Être dame est le rêve que caresse toute jeune fille sage qui désire sa liberté.

Danser le branle du loup

France, 1907 : (ou ajoute généralement : la queue entre les jambes). Avoir peur, n’être pas à son aise, à cause de la manière de marcher du loup, qui a constamment la queue entre ses jambes comme un chien effrayé.
Cette expression a aussi une signification obscène, beaucoup plus en usage.

— Je ne connais qu’une danse, répondait un faraud de village à qui l’on demandait de faire le quatrième dans un quadrille.
Et comme un groupe de jeunes campagnardes le regardaient d’un air interrogateur :
— C’est celle du loup, ajouta-t-il cyniquement.

Le mot se trouve dans Béroalde de Verville : « Il lui enseigna la danse du loup la queue entre les jambes. »

Débine

d’Hautel, 1808 : Mot fait à plaisir, et qui signifie, délabrement, déchéance, misère, pauvreté.
Être dans la débine. Être déchu de sa condition ; être déguenillé ; réduit à une extrême indigence.

M.D., 1844 : Dispute.

un détenu, 1846 : Misère, indigence.

Larchey, 1865 : Mot qui signifie déchéance, misère, pauvreté (d’Hautel, 1808).

La débine est générale, je suis enfoncé sur toute la ligne.

(Montépin)

Delvau, 1866 : s. f. État de gêne, misère, — dans le même argot [des faubouriens]. J’ai entendu dire Dibène (pour malaise, dépérissement) sur les bords de la Meuse, où l’on parle le wallon, c’est-à-dire le vieux français. Tomber dans la débine. Devenir pauvre.

Rigaud, 1881 : Grande misère, misère noire.

La Rue, 1894 : Misère. Se débiner, tomber dans la misère ou s’affaiblir, devenir malade.

Virmaître, 1894 : Se prend de manières différentes. Être dans la misère la plus complète.
— Je suis dans la débine.
— Je m’en vais, je me sauve, je me débine (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Misère.

France, 1907 : Misère, pauvreté.

Le paletot râpé abrite autant de souffrances que la blouse, mais il les montre moins apitoyantes. La débine de l’employé est sans issue, sans espoir. La redingote, cuirasse de détresse, supporte des assauts et cache des blessures secrètes et profondes que ne connurent jamais veste et bourgeron.

(Edmond Lepelletier)

Une vraie potée d’asticots, un groupe d’enfants malingres et vicieux, champignons vénéneux poussés sur le fumier civilisé, s’amusaient à se tordre et à se mordre tout en grattant des peaux de lapin. Filles et garçons, demi-nus, grelottants, s’égayaient et s’échauffaient en paroles cyniques et en ébats infâmes : pullulation de l’égout social, fleurs de crapule et fruits de potence, gâtés en germe, et mûrissant dans cette serre chaude de la débauche et de la débine pour les récoltes du bagne et les moissons de l’échafaud.

(Félix Pyat, Le Chiffonnier de Paris)

Dégrouper (se)

Rigaud, 1881 : Se retirer d’un endroit, quitter une société, — dans le jargon du peuple. Dégroupons, faut aller pioncer.

T vas te fair’ dégrouper et p’us vite que ça, vadrouilleux.

Déliquescence

France, 1907 : Coterie littéraire, cousine germaine des décadents.

La politique des groupes n’a et ne peut avoir que deux résultats : la violence, — comme dans la Convention — ou la déliquescence, comme aujourd’hui.

(Nestor, Gil Blas)

Faire la révision

Rossignol, 1901 : Tous les brocanteurs, ou autres marchands, dans les ventes par autorité de justice ou du mont-de-piété, font la révision ; il y en a qui ne font absolument que cela et qui gagnent de l’argent sans avoir de marchandises. Ils sont par groupes de cinq ou six, jamais ils ne poussent les enchères et achètent pour leur compte personnel. Ils sont tellement connus par les commissaires-priseurs que lorsqu’un lot est adjugé à l’un d’eux on ne lui demande pas son nom pour le transcrire sur le procès verbal, La vente terminée, on fait la révision et la marchandise reste au plus enchérisseur d’entre eux ; le surplus qu’a produit la surenchère est à partager entre le groupe. Dans les monts-de-piété, notamment dans la salle de vente des bijoux, il y a plusieurs groupes qui sont toujours les mêmes marchands, qui ont une place attitrée ; chacun prend note de l’objet acheté, du prix et de la valeur approximative. La révision se fait ensuite le plus souvent d’une autre façon que les brocanteurs ; chacun inscrit en cachette, sur un morceau de papier qu’il plie, ce qu’il offre de tout le lot ; chacun dépose son papier, on en fait le dépouillement et le lot reste au plus enchérisseur, et alors chacun touche au prorata de ce qu’il a offert. Cela se passe rarement en présence des commissaires-priseurs qui n’interviennent pas, quoique cela constitue une escroquerie.

Faire nonne

Delvau, 1866 : Prêter la main à un vol, — dans l’argot des prisons.

Rigaud, 1881 : Être complice d’un vol, faciliter un vol.

La Rue, 1894 : Être complice d’un vol.

Virmaître, 1894 : Se rendre le complice d’un vol préparé de longue main par le nonneur lui-même (Argot des voleurs).

France, 1907 : Se grouper de façon à faciliter le vol d’un complice.

Fantasia (faire la)

France, 1907 : Faire du bruit avec grand déploiement de costumes, à la façon des Arabes qui, dans les noces et à certaines fêtes, tirent des coups de fusil et déploient leurs brillants oripeaux. C’est faire, en un mot, plus de bruit que de besogne.
La fantasia est une course de chevaux particulière aux Arabes, une fête à cheval en guerre comme en paix.
La course se fait soit en ligne, soit par groupes de cavaliers, soit un à un. Au signal donné, on s’élance au galop en poussant le cri de guerre, chacun décharge son arme, et, debout sur les étriers, lance son fusil en l’air et le rattrape, toujours chargeant avec une merveilleuse dextérité. Aux noces, aux fêtes de la tribu, la fantasia s’exécute près des tentes devant les femmes réunies qui acclament les cavaliers par des you you prolongés.

Fantasia ! Fantasia ! les coups de feu se précipitent. Les cavaliers s’ébranlent ; les longs chelils de soie aux franges d’or flottent sur les croupes ; les fusils jetés en l’air retombent dans les mains habiles ; jeunes et vieux, courbés sur les encolures, sont lancés au galop et, suivis des éclats stridents des femmes, disparaissent dans les tourbillons de sable jaune. Et dans les grandes lignes dorées de la plaine on voit fuir les couples d’autruches et bondir les troupeaux d’antilopes et de gazelles.

(Hector France, L’Amour au pays bleu)

Faribole

d’Hautel, 1808 : Goguettes, plaisanteries, sornettes.
Un conteur de fariboles. Homme vain, frivole et léger ; qui n’a que des fadaises à la bouche.

Delvau, 1866 : s. f. Farce, plaisanterie, gaminerie, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi : Chose sans importance, objet de peu de valeur. On disait autrefois et on dit encore quelquefois Falibourde.

France, 1907 : Plaisanterie, farce. Objet sans valeur. Voir Fariboulet.

Par notre faute et notre très grande faute, les peuples se sont épris de redoutables fariboles : principe des nationalités, irrédentisme, groupement des races, etc. Nous savons ce que cela nous a coûté. Mais le mal est fait. L’Europe est hérissée de baïonnettes ; partout, on centralise à outrance, et le roi de Saxe ni celui de Bavière n’ont même le droit de graver leur profil sur les timbres-poste.

(François Coppée)

Fendre (se)

Larchey, 1865 : Commettre une prodigalité peu habituelle.

Descends huit bouteilles. — Puisque vous vous fendez, dit le peintre, je paie un cent de marrons. — Oh ! oh !

(Balzac)

Le mot indique bien un jour de largesses inaccoutumées. Ce n’est pas la bourse de l’avare qui se fend, ce sont ses propres entrailles.

Delvau, 1866 : v. réfl. Montrer de la générosité, dépenser beaucoup d’argent, s’ouvrir, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi : Se dévouer. Se fendre à s’écorcher. Pousser à l’excès la prodigalité.

Rigaud, 1881 : Faire de la dépense en dehors de ses habitudes ; se livrer à une prodigalité inusitée. Les avares se fendent lorsqu’ils offrent quelque chose.

Je vous paye un exemplaire de ce groupe mille écus. Oh ! oui, sapristi ! mille écus, je me fends.

(Balzac)

Rossignol, 1901 : Offrir.

Joseph a fait des largesses, il s’est fendu d’un cigare.

France, 1907 : Donner, mais donner avec un certain effort, comme celui qu’on fait en se fendant à la salle d’armes.

Elle s’était enfuie comme une nymphe farouche surprise derrière les saules. criant en un tumulte de portes refermées : « Dites à monseigneur de m’attendre, je ne suis pas encore habillée. » Et elle avait reparu aussitôt, radieuse, les cheveux relevés en poignée au-dessus de la nuque, souriant, avec, autour de ses cuisses fuselées, blanches autant que des fruits savoureux où l’on voudrait mordre et étancher sa soif, des jarretières de valenciennes. Et l’Altesse avait été si sensible à cette marque de déférence qu’elle se fendit, le lendemain, d’un triple collier de merveilleuses perles dans les cent cinquante mille.

(René Maizeroy)

— Oui, monte, monte.
— Pas chez elle ! Chez moi.
— Non, chez moi.
— J’suis la plus gosse.
— J’suis la plus cochonne.
— J’me fends d’deux louis.
— Moi aussi.
— Moi, ce que tu voudras.

(Jean Richepin, Gil Blas illustré)

Philippe VII, notre Roy,
Qu’une gêne par trop grande
Met en complet désarroi,
Sollicite votre offrande,
Des sous !
Qu’à son désir on se rende,
Des sous !
Royalistes, fendez-vous !

(Blédort, Chansons de faubourg)

Y en a qui dépens’nt des prix fous
Pour des chos’s qu’a pas tant d’mérites ;
Moi, pour dîner je m’fends d’deux sous.
C’est rien bon des pomm’s de terr’ frites.

(Ch. de Saint-Héaut)

Gadzart

France, 1907 : Élève des arts et métiers ; abréviation de gas-des-arts.

Nous étions une soixantaine d’élèves, jeunes et vieux, résidant au Creusot ; nous convoquâmes les camarades des villes et des départements voisins, et, au jour dit, nous festoyâmes joyeusement au nombre de quatre-vingts, ni hommes ni femmes, comme dit l’Auvergnat, tous gadzarts.

Déjà du vieux Creusot la grande cheminée
Des gaz et des vapeurs vers le soir s’éclairait ;
La cloche avait sonné la fin de la journée,
Et chacun au logis pour souper accourait…
Déjà se dispersait la foule industrieuse,
Contente d’aller reposer,
Quand près de l’escalier, sur la terre boueuse,
Un groupe se mit à causer.
C’étaient de bons soldats, soldats de l’industrie,
Aux visages loyaux, pleins de cordialité,
Ils se réunissaient pour boire à la Patrie,
À la science, aux arts, à la Fraternité,
Et quelque temps après, au bruit d’une rasade
D’un vieux vin velouté,
Un soldat se leva pour chanter sa ballade,
En disant : Chers Gadzarts, écoutez !

(R. Roos)

Galvaudeuse

Rigaud, 1881 : Coureuse ; femme adonnée à la prostitution subalterne.

À côté de ce groupe bruyant de galvaudeuses, s’en forme un plus sérieux.

(F. d’Urville, Les Ordures de Paris)

Gin

Delvau, 1866 : s. m. Genièvre, — dans l’argot des faubouriens, qui s’anglomanisent par moquerie comme les gandins par genre.

France, 1907 : Fausse eau-de-vie de baies de genièvre, que l’on fabrique en Angleterre avec des résidus de la distillation du whisky et aromatisé aux huiles de genièvre et de térébenthine. Le gin est la boisson ordinaire des femmes qui fréquentent les cabarets : c’est avec le gin qu’elles s’enivrent.

… Des pauvresses maigres à longues figures hâves et des gouges enluminées passent la tête et entrent. Elles avalent des potées de gin ou de bière, en silence, puis ressortent s’essuyant la bouche du revers de la main, ou du coin du tablier. Groupées, d’autres bavardent, essuyant des bouts de chansons ou des pas de gigue. Des jeunes de quinze ans et des vieilles de soixante hoquètent au même pot, et saoules de la même ivresse, hébétées, trébuchantes, sortent, se poussant, faisant place à d’autres, et ainsi jusqu’à minuit, l’heure où se vident les tavernes, où le publicain aidé du policeman pousse dans la rue, comme des paquets d’ordure, les clientes ivres-mortes.

(Hector France, Les Va-nu-pieds de Londres)

Fils du genièvre et frère de la bière,
Bacchus du Nord, obscur empoisonneur,
Écoute, ô gin ! un hymne en ton honneur.

(Auguste Barbier)

Laissons à l’Angleterre
Ses brouillards et sa bière !
Laissons-là dans le gin
Boire le spleen !

(Théodore de Banville)

Goguette

d’Hautel, 1808 : Sornettes, badinerie, mot pour rire.
Faire ses goguettes. Se divertir, faire bonne, chère, mener une joyeuse vie.
Être en goguettes. Pour dire être en joyeuse humeur.
Chanter goguette. Pour gronder, réprimander quelqu’un, lui dire des injures.

Larchey, 1865 : Société chantante. — Au moyen âge, ce mot signifiait Amusement, réjouissance.

Il y a environ trois cents goguettes à Paris, ayant chacune ses affiliés connus et ses visiteurs. L’entrée de la goguette est libre.

(Berthaud)

L’affilié de la goguette est un goguettier.

Delvau, 1866 : s. f. Chanson joyeuse. Être en goguette. Être de bonne humeur, grâce à des libations réitérées.

Delvau, 1866 : s. f. Société chantante, — dans l’argot du peuple, qui lui aussi a son Caveau.

Rigaud, 1881 : Cabaret où l’on, cultive la chanson inter pocula, en dînant et après dîner.

France, 1907 : Joie, belle humeur, suite de libations ; de gogue.

Franc ami de la goguette,
Ma chambre est une guinguette
Où je tiens festin et bal.

(Désaugiers)

… La manie de tourner tout en ridicule excite la verve de certains écrivains et le crayon de quelques dessinateurs avides de réclames scandaleuses. Journellement le public se groupe aux étalages des marchands de journaux pour regarder des gravures sans esprit, représentant des sœurs de charité, des prêtres en goguette ou des officiers et des soldats dans des tenues et des allures grotesques.

(G. Macé, Un Joli Monde)

Condamner à la déportation dans une enceinte fortifiée, pour quelques articles de journaux, un homme qui n’a jamais conspiré — est déjà bien. Ajouter trois mois de prison à cette peine qui implique la mort civile est tout à fait piquant. Ce sont là de ces facéties auxquelles se plait la magistrature, qui, alors même qu’elle est en goguette, a toujours la plaisanterie un peu macabre.

(Édouard Drumont, La Libre Parole)

Grinchir

Ansiaume, 1821 : Voler.

Il ne veut grinchir que dans les entonnes, pour moi niberg.

Bras-de-Fer, 1829 : Voler, prendre.

Vidocq, 1837 : v. a. — Voler. J’ai réuni dans cet article quelques détails sur divers genres de vols. Quelques-uns se commettent encore tous les jours ; d’autres n’ont été commis que par ceux qui les ont inventés.
Grinchir au boulon. Le Grinchissage au Boulon a été inventé, dit-on, par un individu dont les antécedens sont bien connus, et qui a pour la pêche une passion pour le moins aussi grande que celle de certain député juste-milieu. Au reste, si l’individu dont je parle n’est pas l’inventeur du Grinchissage au Boulon, il a du moins excellé dans sa pratique, comme il excella par la suite dans la pratique des vols à la Tire et au Bonjour.
Pour Grinchir au Boulon, il ne s’agit que de passer par l’un des trous pratiqués dans la devanture des boutiques, pour donner passage aux boulons qui servent à les fermer, un fil de fer ou de laiton, terminé par un crochet qui sert à saisir l’extrémité d’une pièce de dentelle qu’on amène ainsi à l’extérieur avec une grande facilité.
Il ne s’agirait, pour se mettre à l’abri de ce genre de vol, que de boucher à l’intérieur l’entrée des boulons par de petites plaques de fer.
Grinchir à la cire. Un ou plusieurs individus se rendent chez un restaurateur, déjeunent ou dînent, et s’emparent d’une ou de plusieurs pièces d’argenterie qu’ils collent sous la table au moyen d’un emplâtre de cire ou de poix. Si le maître de l’établissement s’aperçoit du vol qui vient d’être commis à son préjudice, les coupables n’ont rien à craindre, quand bien même ils seraient fouillés. Il est inutile de dire qu’un compère vient quelques instans après leur départ, enlever les pièces d’argenterie.
Le Grinchissage à la Cire fut inventé, il y a vingt années environ, par une jeune et jolie personne, qui le pratiquait de concert avec sa mère, qui était chargée de venir prendre l’argenterie. Ces deux femmes exercèrent paisiblement pendant deux ans ; mais enfin elles subirent le sort de tous les voleurs : elles furent arrêtées et condamnées. Elles confessèrent, durant l’instruction de leur procès, deux cent trente-six vols de cette nature.
Grinchir à la limonade. Un individu dont la tournure est celle d’un domestique, se présente chez un limonadier, auquel il commande dix, douze, ou même quinze demi-tasses pour Monsieur un tel, qui demeure toujours dans la même rue que le limonadier auquel il s’adresse, mais à l’extrémité opposée. Cela fait, il prend les devans et va se poster sur la porte de livraison dont il a indiqué le numéro, et, lorsqu’il voit venir le garçon, il va au-devant de lui, prend la corbeille qu’il porte, et le prie d’aller chercher de l’eau-de-vie qu’il a oublié de commander. Le garçon, sans défiance, abandonne sa corbeille, et s’empresse d’aller chercher ce qu’on lui demande. Ce n’est que lorsqu’il arrive avec le flacon d’eau-de-vie qu’il apprend, du portier de la maison indiquée, qu’il vient d’être la victime d’un audacieux voleur.
Les traiteurs qui envoient de l’argenterie en ville sont aussi très-souvent victimes des Grinchisseurs à la Limonade. Il ne faudrait cependant, pour éviter leurs pièges, que monter toujours dans les lieux indiqués les objets demandés, et de prendre, auprès du concierge de la maison, des renseignemens minutieux.
Cette dernière précaution surtout ne devrait jamais être négligée. Souvent des intrigans louent un appartement, le font garnir de meubles appartenant à un tapissier. Ils se font ensuite apporter une ou deux fois à dîner par le restaurateur voisin, puis enfin une troisième. Mais alors le nombre des convives est plus considérable, et, pour ne point donner naissance aux soupçons, celui des Grinchisseurs qui joue le rôle de l’Amphytrion a soin de demander un garçon pour aider son domestique à servir les convives. Le dîner fini, le domestique, qui est une des principales chevilles du complot, prépare l’argenterie et disparaît avec elle au moment convenu. Pendant ce temps les maîtres passent au salon pour prendre le café, et y amusent le garçon jusqu’à ce qu’ils aient, les uns après les autres, trouvé le moyen de s’évader.
Grinchir à la desserte. Le Grinchissage à la Desserte n’est guère pratiqué qu’à Paris. Un individu, vêtu d’un costume de cuisinier, le casque à mèche en tête et le tranche-lard au côté, qui connaît parfaitement la situation de la cuisine et celle de la salle à manger de la maison dans laquelle il veut voler, s’y introduit à l’heure du dîner, et s’il peut arriver dans la salle à manger avant d’avoir été remarqué, il enlève avec dextérité toute l’argenterie que les domestiques ont laissée en évidence, et trouve le moyen de disparaître sans laisser d’autres traces de son passage que le vol qu’il a commis.
Qu’on se figure, s’il est possible, la surprise extrême du maître de logis ; il veut servir le potage et ne trouve point la cuillère, c’est un oubli de la servante ; il la sonne, elle vient, et après bien des pourparlers on trouve le mot de l’énigme.
Ces vols étaient jadis beaucoup plus fréquens qu’aujourd’hui, par la raison toute simple que les plus fameux Grinchisseurs à la Desserte se sont retirés des affaires, et se sont, je crois, amendés ; l’un s’est fait usurier, et l’autre amateur de tableaux.
Grinchir au voisin. Quoique ce vol ne soit pas de création nouvelle, il se commet encore presque tous les jours, et il n’y a pas bien long-temps que la Gazette des Tribunaux entretenait ses lecteurs d’un Grinchissage au Voisin, dont un horloger de la rue Saint-Honoré venait d’être la victime. Un homme vêtu en voisin, c’est-à-dire, suivant la circonstance, enveloppé d’une robe de chambre, ou seulement couvert d’une petite veste, entre chez un horloger et lui demande une montre de prix, qu’il veut, dit-il, donner à sa femme ou à son neveu ; mais, avant d’en faire l’emplette, il désire la montrer à la personne à laquelle elle est destinée. Il prend la montre qu’il a choisie et prie l’horloger de le faire accompagner par quelqu’un auquel il remettra le prix du bijou, si, comme il n’en doute pas, il se détermine à en faire l’acquisition. Il sort, accompagné du commis de l’horloger, et après tout au plus cinq minutes de marche, ils arrivent tous deux devant la porte cochère d’une maison de belle apparence ; le voleur frappe, et la porte est ouverte. « Donnez vous la peine d’entrer, dit-il au commis de l’horloger. — Après-vous, Monsieur, répond celui-ci. — Entrez, je vous en prie, je suis chez moi. — C’est pour vous obéir, » dit enfin le commis qui se détermine à passer le premier ; à peine est-il entré que le voleur tire la porte et se sauve, et lorsque le commis a donné au concierge de la maison dans laquelle il se trouve, les explications propres à justifier sa présence, explications que celui-ci exige avant de se déterminer à tirer le cordon, le voleur est déjà depuis long-temps à l’abri de toute atteinte.
Grinchir aux deux Lourdes. Un individu dont la tournure et les manières indiquent un homme de bonne compagnie, arrive en poste dans une ville, et prend le plus bel appartement du meilleur hôtel ; il est suivi d’un valet de chambre, et aussitôt son arrivée il a fait arrêter un domestique de louage ; ce noble personnage qui mène le train d’un millionnaire, daigne à peine parler aux hôteliers ; il laisse à son valet de chambre le soin de régler et de payer sa dépense ; mais ce dernier, qui n’additionne jamais les mémoires qu’il acquitte, et qui ne prononce jamais le nom de son maître sans ôter son chapeau, remplit de cette commission à la satisfaction générale. Les voies ainsi préparées, l’étranger fait demander un changeur, qui se rend avec empressement à ses ordres, et auquel il montre une certaine quantité de rouleaux qui contiennent des pièces d’or étrangères ; le changeur examine, pèse même les pièces que l’étranger veut échanger contre des pièces de 20 francs ; rien n’y manque, ni le poids, ni le titre ; le prix de change convenu, on prend jour et heure pour terminer. Lorsque le changeur arrive allèché par l’espoir d’un bénéfice considérable, Monsieur le reçoit dans sa chambre à coucher, assis devant un feu brillant, et enveloppé d’une ample robe de chambre ; le changeur exhibe ses pièce d’or ; les comptes faits, le fripon laisse la somme sur une table, et invite le changeur à passer dans son cabinet pour prendre les pièces étrangères qu’il doit recevoir ; durant le trajet de la chambre à coucher au cabinet, l’or du changeur est enlevé par le valet de chambre ; arrivé au cabinet avec le changeur, le noble personnage a oublié la clé de son secrétaire, il s’absente pour aller la chercher, mais au lieu de revenir, il sort par une seconde porte et va rejoindre son valet de chambre.
Ce n’est point toujours à des changeurs que s’adressent les Grinchisseurs aux deux lourdes. C’est ce que prouvera l’anecdote suivante.
Un individu arrive, en 1812 ou 1813, à Hambourg, son domestique ne parle, dans l’hôtel où son maître est descendu, que des millions qu’il possède et du mariage qu’il est sur le point de contracter, mariage qui doit, dit-il, augmenter encore les richesses de cet opulent personnage. La conduite du maître ne dément pas les discours du domestique, il paie exactement, et plus que généreusement ; l’or paraît ne rien lui coûter. Lorsque cet individu crut avoir inspiré une certaine confiance, il fit demander son hôte, et lorsque celui-ci se fut rendu à ses ordres, il lui dit qu’il désirait acheter plusieurs bijoux qu’il destinait à sa future ; mais, que, comme il ne connaissait personne à Hambourg, il le priait de vouloir bien lui indiquer le mieux assorti, le plus honnête des joailliers de la ville. Charmé de cette preuve de confiance, l’hôtelier s’empressa de faire ce que désirait son pensionnaire, et lui indiqua le sieur Abraham Levy. Le fripon alla trouver ce joaillier, et lui commanda pour une valeur de 150,000 fr. de bijoux.
Le jour de la livraison arrivé, le fripon, quoi qu’indisposé, se lève cependant, et vient en négligé recevoir le joaillier dans son salon. Après avoir attentivement examiné les diverses parures, il les dépose dans un des tiroirs d’un magnifique secrétaire à cylindre, qu’il ferme avec beaucoup de soin, mais sur lequel cependant il laisse la clé ; cela fait, il sonne son valet de chambre pour lui demander la clé d’un coffre-fort qui se trouve là. Le domestique ne répond pas, le noble personnage s’impatiente, sonne encore ; le domestique ne donne pas signe de vie ; il sort furieux pour aller chercher lui-même la clé dont il a besoin.
Un quart-d’heure s’est écoulé, et il n’est pas encore revenu. « Il ne revient pas, dit le joaillier au commis dont il est accompagné, cela m’inquiète. » — Cette inquiétude se comprendrait, répond le commis, s’il avait emporté les bijoux avec lui, mais ils sont dans ce secrétaire, nous n’avons donc rien à craindre ; patience, il peut avoir été surpris par un besoin, en allant chercher son domestique. — « Ce que vous dites est vrai, mon cher Bracmann, c’est à tort que je m’alarme, répond Abraham Levy ; mais, cependant, ajoute-t-il en tirant sa montre, voilà trente-cinq minutes qu’il est parti, une aussi longue absence est incompréhensible ; si nous l’appelions ? » Le commis se range à l’avis de son patron, et tous deux appellent monseigneur ; point de réponse. « Mais la clé est restée au secrétaire, dit encore le joaillier, si nous ouvrions ? — Vous n’y pensez pas, M. Abraham, et s’il rentrait et qu’il nous trouvât fouillant dans son secrétaire, cela ferait le plus mauvais effet. » Le joaillier se résigne encore ; mais enfin, n’y pouvant plus tenir, il sonne après trois quarts d’heure d’attente ; les domestiques de l’hôtel arrivent, on cherche le seigneur qu’on ne trouve plus ; enfin, on ouvre le secrétaire. Que le lecteur se représente, si cela est possible, la stupéfaction du pauvre Abraham Levy lorsqu’il vit que le fond du secrétaire et le mur contre lequel il était placé étaient percés, et que ces trous correspondaient derrière la tête d’un lit placé dans une pièce voisine, ce qui avait facilité l’enlèvement des diamans. On courut en vain après les voleurs qui s’étaient esquivés par la seconde porte de l’appartement qu’ils occupaient, et qui étaient déjà loin de Hambourg lorsque le joaillier Abraham Levy s’aperçut qu’il avait été volé. L’un des deux adroits Grinchisseurs aux deux Lourdes dont je viens de parler est actuellement à Paris, où il vit assez paisiblement. Je crois qu’il s’est corrigé.
Quand on échange des pièces d’or, quand on vend des diamans à une personne que l’on ne connaît pas parfaitement, il ne faut pas perdre de vue sa propriété, ni surtout la laisser enfermer.
Les Grinchisseurs aux deux Lourdes escroquent aussi des dentelles de prix. Une adroite voleuse, la nommée Louise Limé, dite la Liégeoise, plus connue sous le nom de la comtesse de Saint-Amont, loua en 1813 ou 1814, l’entresol de la maison sise au coin des rues de Lille et des Saints-Pères. Cet entresol avait deux sorties, l’une sur l’escalier commun, l’autre donnait entrée dans une boutique qui, alors, n’était pas louée. La comtesse de Saint-Amont fit apporter chez elle un nombre de cartons assez grand pour masquer cette seconde entrée. Tout étant ainsi disposé, elle se rendit chez un marchand, auquel elle acheta au comptant pour 36 à 40,000 francs de dentelles. Le lendemain, un commis lui apporte ses emplettes, qu’elle examine avec le plus grand soin ; cela fait, elle prend le carton qui les contient et le place derrière les siens. Un compère, aposté pour cela, l’enlève et s’esquive. Pendant ce temps, la comtesse assise devant un secrétaire compte des écus. Mais, tout-à-coup elle se ravise et dit au commis : « Il est inutile de vous charger, je vais vous payer en billets de banque » Elle remet les écus dans le sac qui les contenait, et passe derrière les cartons. Le commis entend le bruit que fait une clé en tournant dans une serrure ; il croit que c’est la caisse que l’on ouvre. A ce bruit succède un silence de quelques minutes. Le commis suppose que la comtesse compte les billets de banque qu’il va recevoir. Mais enfin, ne la voyant pas revenir, il passe à son tour derrière les cartons, et découvre le pot aux roses. Les recherches de la police, pour découvrir la fausse comtesse de Saint-Amont, furent toutes inutiles ; on n’a jamais pu savoir ce que cette femme était devenue.
Grinchir à Location. On ne saurait prendre, contre les Grinchisseurs à Location, de trop minutieuses précautions, car on peut citer un grand nombre d’assassinats commis par eux. Lacenaire a commencé par Grinchir à Location. Les Grinchisseurs à Location marchent rarement seuls, et, quelquefois, ils se font accompagner par une femme. Ils connaissent toujours le nombre, l’heure de la sortie, des habitans de l’appartement qu’ils veulent visiter. Ils examinent tout avec la plus scrupuleuse attention, et ne paraissent jamais fixés lors d’une première visite, car ils se réservent de voler à une seconde.
Lorsque le moment de procéder est arrivé, l’un d’eux amuse le domestique ou le portier qui les accompagne, tandis que l’autre s’empare de tous les objets à sa convenance. Un Grinchissage à Location réussit presque toujours, grâce à la négligence des serviteurs chargés de montrer aux étrangers l’appartement à louer.
Les Grinchisseurs à Location servent aussi d’éclaireurs aux Cambriolleurs et Caroubleurs. Ils se font indiquer les serrures qui appartiennent au propriétaire, et celles qui appartiennent au locataire ; ils demandent à voir les clés dont ils savent prendre l’empreinte.
Beaucoup de personnes accrochent leurs clés dans la salle à manger, c’est ce qu’elles ne devraient pas faire ; c’est bénévolement fournir aux voleurs le moyen de procéder avec plus de facilité.
Grinchir à la Broquille. Les Grinchisseurs à la Broquille sont, ainsi que les Avale tout cru et les Aumôniers, une variété de Détourneurs ; et, comme eux, ils exploitent les bijoutiers.
Ces derniers donc, s’ils veulent être à l’abri de leurs atteintes, devront avoir les yeux toujours ouverts, et leur montre ou vitrine toujours close ; mais ces précautions, quoique très-essentielles, ne sont que des prolégomènes qui ne doivent pas faire négliger toutes celles dont les evénemens indiqueraient la nécessité. Par exemple : lorsque quelqu’un se présente dans la boutique d’un joaillier pour marchander des bagues ou des épingles, si le marchand ne veut pas courir le risque d’être volé, il ne faut pas qu’il donne à examiner plus de deux bagues à la fois ; si la pratique désire en examiner davantage, il remettra à leur place les premières avant de lui en remettre deux autres ; les baguiers et pelottes devront donc être faits de manière à contenir un nombre déterminé de bagues ou d’épingles.
Malgré l’emploi de toutes ces précautions, le bijoutier peut encore être volé, et voici comme : Un Broquilleur adroit examine du dehors une épingle de prix placée à l’étalage, et il en fait fabriquer une toute semblable par un bijoutier affranchi ; puis après il vient marchander celle qu’il convoite, et comme le prix, quelque modéré qu’il soit, lui paraît toujours trop élevé, il rend au marchand l’épingle qu’il a fait fabriquer, et garde la bonne ; il est inutile de dire que le numéro, la marque, l’étiquette, et jusqu’à la soie qui l’attache, sont parfaitement imités.
D’autres Broquilleurs savent parfaitement contrefaire les anneaux à facettes dont les bijoutiers ont toujours un groupe à la disposition des acheteurs ; l’un d’eux marchande et achète une bague du groupe, dont il sait adroitement faire l’échange ; le bijoutier accroche à sa vitrine un paquet d’anneaux en cuivre, tandis que le voleur s’esquive avec les anneaux d’or.
Souvent encore deux femmes dont la mise est propre, quoiqu’un peu commune, se présentent pour acheter une chaîne, elles sont long-temps à trouver du jaseron dont la grosseur leur convienne, mais lorsqu’elles se sont déterminées elles veulent savoir combien de tours la chaîne devra faire ; pour en prendre la mesure exacte ; l’une d’elles passe plusieurs tours de jazeron autour du col de sa compagne, et avec une petite paire de cisailles, qu’elle tient cachée dans sa main, elle en coupe un morceau plus ou moins long, qui tombe entre la chemisette et le dos. Cela fait, ces femmes conviennent d’en prendre une longueur déterminée, donnent des arrhes et sortent ; elles recommencent plusieurs fois dans la même journée ce vol qu’elles nomment la Détourne à la Cisaille.

un détenu, 1846 : Voler à l’étalage.

Larchey, 1865 : Voler (Vidocq). V. Turbinement, Plan, Douille, Affranchir. — Grinchissage, Vol. V. Parrain.

Delvau, 1866 : v. a. Voler quelque chose. On dit aussi Grincher. Grinchir à la cire. Voler des couverts d’argent par un procédé que décrit Vidocq (p. 205).

Grouper

Rigaud, 1881 : Arrêter, saisir, — dans le jargon des voleurs. — Se faire grouper, se faire arrêter.

Gueule noire

France, 1907 : Surnom que se donnent eux-mêmes les ouvriers métallurgiques.

Il faisait partie de ce que l’on appelle dans l’anarchie les gueules noires, c’est-à-dire les corporations des ouvriers du fer, serruriers, maréchaux ferrants, etc.

(Flor O’Squarr, Les Coulisses de l’anarchie)

Les gueules noires, dans tous les centres, ont organisé des syndicats ; et chaque ouvrier versant un sou par jour pour l’entretien d’un compagnon — un véritable chef — que les métallurgistes ont choisi, les groupes, on le voit, suivent une direction établie.

(Auguste Marin)

Hirondelle

d’Hautel, 1808 : Une hirondelle de carême. Voyez Carême.
Une hirondelle ne fait pas le printemps. Pour dire qu’il ne faut point tirer conséquence d’un seul exemple.

Delvau, 1864 : Jeune fille encore pucelle, qui annonce le printemps de l’amour comme l’aronde le printemps de l’année.

Delvau, 1866 : s. f. Cocher de remise, — dans l’argot des cochers de place.

Delvau, 1866 : s. f. Commis voyageur, — dans l’argot des faubouriens.

Delvau, 1866 : s. f. Ouvrier récemment débarqué de province, — dans l’argot des tailleurs.

Rigaud, 1881 : Ouvrier tailleur de nationalité étrangère. Tantôt l’hirondelle vient faire son apprentissage à Paris et retourne dans son pays, tantôt elle arrive à la bonne saison pour repartir au commencement de l’hiver. — Hirondelle d’hiver, marchand de marrons.

Fustier, 1889 : Bateau qui, sur la Seine, sert au transport des voyageurs. (V. Mouche.) — Dans les stations balnéaires, en Bretagne surtout, on désigne sous le nom d’hirondelle le voyageur, le touriste qui vient se promener, prendre des bains de mer ou faire une saison. Comme l’hirondelle, le voyageur vient aux approches du beau temps et disparait avec la belle saison.

France, 1907 : Commis voyageur.

France, 1907 : Voleur chargé de faire le guet dans le vol à l’américaine et qui voltige autour du groupe occupé à dévaliser de naïf pour prévenir à coups de sifflet de l’arrivée des agents. C’est aussi, dans l’argot des tailleurs, l’ouvrier nouvellement arrivé de province, et, dans l’argot des cochers de place, le cocher de remise.

L’agent qui les suivait depuis la gare de Lyon les avait vus s’arrêter devant un marchand de tabac de la place des Vosges, pour envoyer leur victime chercher les excellents cigares accoutumés. Il s’était caché derrière un pilier des arcades qui entourent la place, mais il fut à cet instant aperçu par les hirondelles, qui donnèrent le signal de la fuite.

(La Nation)

Il y faisait chaud

Larchey, 1865 : La bataille était rude.

Ah ! vous étiez à Wagram. — Un peu. — Il y faisait chaud, hein ! — Oui, qu’il y faisait chaud.

(H. Monnier)

Allusion aux feux de l’artillerie et de la mousqueterie. — On emploie Chauffer dans le même sens.

Ça chauffe ! disait-on dans les groupes.

(C. de Bernard)

Indépendants

France, 1907 : Il en est de plusieurs sortes, en politique comme en peinture. Ils sont plus généralement connus sous le nom de fumistes.
En politique comme en art, leurs confrères, c’est-à-dire ceux qu’eux-mêmes appellent les enrégimentés, refusent de les prendre au sérieux.

Nous aurons fait comprendre ce qu’ils sont dans le parti de la révolution, dit Jehan des Ruelles, lorsque nous aurons dit que Maxime Lisbonne, le joyeux fumiste, est un indépendant, membre du groupe, indépendant aussi, des Égaux de Montmartre.

En peinture, quelques noms moins connus, mais non moins joyeux fumistes, donnent la note du cénacle.

Leader

France, 1907 : Chef d’un parti ou d’un groupe politique. Anglicisme.

Député leader de l’extrême gauche, il arpentait les couloirs de la Chambre, la salle des séances, avec des allures de bretteur. On avait rappelé Warwick, le faiseur et le détrôneur de rois, à propos de lui. De même que l’Anglais, il démolissait les ministres qui ne lui plaisaient pas ou qui avaient cessé de lui plaire. Il affectait une morale et des principes rigides : c’était la couverture de l’homme. Dans les occasions solennelles, il montait à la tribune, et il y débitait une de ces harangues dont il avait le secret : phrases sèches, incidentes, autoritaires, redoutées de tous en général.

(Félicien Champsaur)

Perdue à l’ombre du plus âgé de ces leaders, très grave sous son waterproof brun et son chapeau de quakeresse, une petite bonne femme d’une vingtaine d’années écoutait sans mot dire, amusante par le contraste de son museau frisé avec la solennité un peu comique de son attitude.
Elle s’était faite l’Antigone et le secrétaire du vieux leader, venant de Neuilly à Paris, tous les jours que Dieu faisait, passer quelques heures à lui confectionner des plats sucrés et à recopier ses chroniques.

(Séverine)

Marigot

France, 1907 : Rivière aux bords escarpés ; terme militaire employé au Sénégal.

Le marigot avait des bords à pic, et à peine à 200 mètres au delà on voyait flamber les feux de bivouac ; ces feux étaient répartis en une série de grands groupes échelonnés sur plus d’un kilomètre, et par leur nombre on juge de l’exactitude des renseignements qui portaient à sept ou huit mille hommes l’armée de Malinka-mory. Huit mille hommes, et l’on était trois cents ; si on ne les surprenait pas, on était perdu. Et pas moyen de passer le marigot. Toute tentative pour entailler les berges n’eût pas manqué de faire du bruit et de donner l’éveil. Il y eut là un de ces moments d’émotion terrible comme on n’en éprouve qu’à la guerre.

(Le Temps)

Mèche (vendre la)

France, 1907 : Trahir. C’est éventer et non vendre qu’il faudrait dire ; mais le populaire n’y regarde pas de si près.

On se chamaillait, entre concurrents groupés autour du même os ; mais on savait bien, au fond, que ce n’était pas « arrivé », qu’il y avait, sous cet étalage de haine, bien moins de différences de doctrines que d’antagonismes de personnalités — et surtout d’intérêts.
Tandis que celui-là, soit rigolo, soit féroce, il va mettre les pieds dans le plat, débiner le truc, vendre la mèche, devant les journalistes « bourgeois » qui écoutent, blagueurs et amusés, en mordillant leur plume, et qui reproduiront tout au long, le lendemain, l’intervention tragique ou cocasse du malavisé.
Aussi les orthodoxes du socialisme ont inventé une arme de guerre contre ces gêneurs. Pour tout bon marxiste, qui dit anarchiste dit mouchard. Et parmi ceux qui l’affirment, il en est qui le croient — à force de l’avoir répété !
Les vieux anarchos s’en moquent ; les novices, moins habitués aux luttes courtoises de la politique, s’emballent et donnent dans le panneau.

(Jacqueline, Gil Blas)

Meg des Megs

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Dieu.

France, 1907 : Dieu.

Il y a dans chaque groupe professionnel, dans chaque métier, dans chaque art, dans chaque vice et dans chaque criminalité an roi, un maître, un praticien supérieur à tous : le meg des megs, comme on dit dans l’argot classique pour désigner le bon Dieu, le plus malin des mariolles, puisqu’il a finalement roulé, jusqu’en enfer, le diable qui ne passait point pour un Claude.

(E. Lepelletier, Écho de Paris)

Mimi

Delvau, 1866 : s. f. Maîtresse, — dans l’argot des artistes et des bohèmes, qui ont emprunté cette expression à Henry Murger, qui l’avait empruntée à Alfred de Musset.

France, 1907 : Maîtresse ; du nom de l’héroïne d’un roman d’Henri Murger.

Ici, deux étudiants poursuivaient le cours de leurs études médicales à travers une partie de jacquet sur une table bravement couverte de chopes vides et de verres d’absinthe. Là, quatre figures enluminées discutaient gravement la question du dîner, et supputaient ce que l’on pouvait retirer de tel ou tel attentat sur la bonne foi paternelle. Plus loin, un groupe se livrait avec ardeur à ce que Victor Hugo appelle littérature et philosophie mêlées. Dans un coin, un étudiant en droit apprenait le Code dans les yeux bleus d’une Mimi anonyme, tandis qu’un vieux carabin considérait avec attention le mélange de l’eau qui tombait goutte à goutte dans son verre avec une absinthe suisse qui s’y trouvait. La salle était obscurcie par la fumée des pipes, à travers laquelle on apercevait des têtes coiffées de bérets rouges placés d’une façon impossible.

(Eugène Vermersch, Le Laticum moderne)

Mortels, glissez, n’appuyez pas

France, 1907 : « N’insistez pas sur les sujets scabreux. » Ce vers, cité proverbialement, est de la facture d’un pauvre diable de poète nommé Roy, qui, vers 1730, dit Édouard Fournier, eut plus d’esprit que de succès et fut plus sifflé et même bâtonné qu’applaudi. Il terminait un quatrain placé en bas d’une de ces gravures représentant les saisons, communes au commencement du XVIIIe siècle et représentant l’hiver sous la figure d’un groupe de patineurs :

Sur un mince cristal l’hiver conduit leurs pas.
Le précipice est sous la glace.
Telle est de vos plaisirs la légère surface :
Mortels, glissez, n’appuyez pas.

Mouton

d’Hautel, 1808 : Chercher cinq pieds à un mouton. Exiger d’un autre plus qu’il ne doit, ou d’une chose plus qu’elle ne peut produire.
Revenir à ses moutons. Revenir à un discours commencé et interrompu, dans lequel l’intérêt se trouve compromis.
Mouton. Homme aposté dans les prisons par la justice, pour tirer par ruse les secrets d’un prisonnier.

Ansiaume, 1821 : Espion.

Il y a là deux moutons qui m’ont joliment donné le taff.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Mouchard de prison.

Vidocq, 1837 : s. m. — Espion placé par la police près d’un prisonnier dont il doit chercher à acquérir la confiance, afin d’en obtenir des révélations.

M.D., 1844 : Homme de leur société qu’ils supposent y avoir été mis pour s’associer seulement à la conversation et les dénoncer ensuite. Dans les prisons, la police y met beaucoup de ces gens qui, ayant l’air d’être détenus, causent avec les prisonniers, et finissent par donner des indices très précieux à la police qui les transmets ensuite à la justice.

un détenu, 1846 / Halbert, 1849 : Mouchard.

Larchey, 1865 : « En prison, le mouton est un mouchard qui parait être sous le poids d’une méchante affaire et dont l’habileté consiste à se faire prendre pour un ami. » — Balzac. — Allusion ironique à la fausse candeur de ces compères. — Moutonner : Dénoncer. V. Coqueur.

Delvau, 1866 : s. m. Dénonciateur, voleur qui obtient quelque adoucissement à sa peine en trahissant les confidences de ses compagnons de prison.

Delvau, 1866 : s. m. Matelas, — dans l’argot des faubouriens, qui disent cela à cause de la laine dont il se compose ordinairement. Mettre son mouton au clou. Porter son matelas au Mont-de-Piété.

Rigaud, 1881 : Homme de compagnie d’un prisonnier, et chargé par la police de devenir l’homme de confiance du même prisonnier.

Rigaud, 1881 : Matelas.

La Rue, 1894 : Matelas. Prisonnier qui espionne et dénonce son compagnon.

Virmaître, 1894 : Dénonciateur qui vend ses complices. Prisonnier qu’on place dans une cellule avec un autre prévenu pour le moutonner. C’est-à-dire le faire avouer dans la conversation (Argot des voleurs).

Virmaître, 1894 : Matelas. Quand il est plus que plat, on dit : galette (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Prisonnier qui dénonce ses co-détenus.

France, 1907 : Ancienne pièce d’or appelée ainsi parce que l’agneau pascal était sculpté sur l’une de ses faces.

France, 1907 : Compère dans le vol à l’américaine. C’est celui qui aborde le naïf qu’on se propose de dévaliser, généralement au paysan ou un provincial.

La bande était au complet, il y avait le mouton, celui qui lie la conversation avec la victime, le « riche étranger », qui échange son portefeuille contre le porte-monnaie du volé, et enfin les « hirondelles » qui voltigent autour du groupe et se chargent de prévenir à coups de sifflet de l’arrivée des agents.

(La Nation)

France, 1907 : Dénonciateur enfermée dans la cellule d’un criminel ou supposé tel, avec la mission de le faire parler et avouer ses forfaits.

Il existe deux sortes de coqueurs détenus : la première, qui prend le nom de moutons, est composée d’individus qui, renfermés dans les prisons, cherchent à captiver la confiance de leurs compagnons de détention pour obtenir l’aveu des crimes qu’ils ont commis, et la connaissance des preuves et pièces de conviction qu’on pourrait produire à leur charge. Lorsque deux de ces individus se trouvent dans la même prison, ils ignorent complètement le rôle qu’ils jouent chacun de son côté, et il n’est pas rare de voir ces deux moutons multiplier les rapports pour se dénoncer mutuellement, croyant rendre de grands services à la police et en être généreusement récompensés.
Les qualités essentielles du coqueur détenu sont, avant tout, l’habileté et la prudence. Il est excessivement difficile et même fort dangereux de jouer un rôle pareil dans une prison, car celui qui est mouton court risque d’être assassiné par ses compagnons s’ils viennent à le savoir. Aussi la police parvient-elle rarement à décider les voleurs à moutonner leurs camarades.

(Mémoires de Canler)

Des confrères à moi ont prétendu naguère que le plus souvent M. Grévy n’était guidé dans ses signatures que par les rapports de la prison même. Un condamné qui est en proie à de violentes angoisses, qui refuse énergiquement de faire le piquet consolateur et traditionnel avec son mouton, qui sanglote, hurle et se frappe la tête contre les murs, était à peu près certain de voir sa peine commuée.

(Albert Dubrujeaud, Écho de Paris)

France, 1907 : Matelas, à cause de la laine.

France, 1907 : Pelite boule dont les bonneteurs se servent dans le jeu appelé calot. Ce jeu, encore plus dangereux pour le naïf que le bonneteau, se compose de trois quilles creuses, sous lesquelles l’artiste voleur fait passer le mouton en changeant les quilles de place, tour à tour à droite, à gauche, au milieu, en les glissant sur la table avec la boulette dessous.

France, 1907 : Sous le chapeau de la guillotine est fixé le glaive, lame d’acier triangulaire emmanchée dans une forte masse de plomb appelé le mouton. Le couteau a trente centimètres de largeur, il est haut de quatre-vingts centimètres y compris le mouton. Il frappe avec une force terrible, car tombant d’une hauteur de deux mètres quatre-vingts centimètres, son poids multiplié par la vitesse de la chute est de 163 kilos en arrivant sur le cou du condamné.

Mucher (se)

France, 1907 : S’assembler, se grouper ; de l’espagnol mucho, nombreux.

Qui donc greluche,
Greluche
Le glas !
Qui donc se muche,
Se muche
Là-bas ?

(Chanson de bagne)

Musique

d’Hautel, 1808 : Musique enragée ; musique des chiens et des chats. Musique discordante et pitoyable.
Il est réglé comme un papier de musique. Se dit de quelqu’un qui mène une vie uniforme et régulière.

Delvau, 1866 : s. f. Ce qui reste au fond de l’auge, — dans l’argot des maçons. Par extension, Résidu d’un verre, d’un vase quelconque.

Delvau, 1866 : s. f. Lots d’objets achetés à l’Hôtel des Ventes, — dans l’argot des Rémonencqs.

Delvau, 1866 : s. f. Morceaux de drap cousus les uns après les autres. Argot des tailleurs.

Rigaud, 1881 : Culot de l’auge des maçons. — Résidu d’un verre, d’un vase quelconque. (A. Delvau)

Rigaud, 1881 : Dénonciation. — Passer à la musique, être confronté avec un dénonciateur.

Rigaud, 1881 : Grande quantité de corrections indiquées sur la marge des pages, de telle sorte que l’épreuve a quelque analogie d’aspect avec une page de musique. (Boutmy.)

Rigaud, 1881 : Lot de bric-à-brac acheté à l’Hôtel des Ventes. — Petit pain, c’est-à-dire flûte.

Rigaud, 1881 : Plaintes, doléances au jeu. — Faire de la musique, se plaindre d’avoir mauvais jeu, d’avoir perdu.

Bisset payait avec des jurements, des trépignements, des grognements, faisait une musique infernale.

(Vast-Ricouard, Le Tripot)

Petite musique, petit jeu, petite mise au jeu.

Boutmy, 1883 : s. f. Grande quantité de corrections indiquées sur la marge des pages, de telle sorte que l’épreuve a quelque analogie d’aspect avec une page de musique. En un autre sens, groupe de compositeurs qui calent fréquemment par suite de leur incapacité. On dit encore en ce sens la petite musique

Fustier, 1889 : Dénonciateur.

Il est trop musicien !

(Gil Blas, 1882)

Bon enfant au surplus, du sang et pas de musique (incapable d’une dénonciation).

(Humbert, Mon bagne)

La Rue, 1894 : Lot de bric-à-brac. Gouttures des verres que recueille le marchand de vin. Culot de l’auge des maçons. Ruse. Petit pain. Plaintes, doléances. Dénonciation.

Rossignol, 1901 : Dénonciateurs condamnés mis séparément en la prison de la Roquette pour éviter qu’ils se fassent casser les reins.

France, 1907 : Articles de bric-à-brac.

France, 1907 : Assemblage de morceaux de drap ; argot des tailleurs.

France, 1907 : Classe de dénonciateurs.

La classe que les voleurs désignent sous le nom de musique est composée des malfaiteurs qui, après leur arrestation, se mettent à table, c’est-à-dire font des révélations sur les vols qu’ils ont commis, ainsi que sur leurs complices.
Les coqueurs, pendant le cours de l’instruction, quelquefois un an ou deux, sont placés, à la Conciergerie, dans une pièce séparée, et n’ont aucune relation avec les autres prisonniers, qui sans cette précaution, leur feraient un mauvais parti pour se venger de leur trahison.
Recevant toutes les semaines, en récompense des services rendus, une ou deux pièces de cinq francs, suivant l’importance des renseignements qu’ils ont donnés à la police, ils attendent tranquillement le jugement de leur affaire, et, après leur condamnation, restent à la Conciergerie ou sont envoyés à Sainte-Pélagie, dans des salles séparées, pour y subir leur peine.
Là, ils trouvent encore moyen de rendre des services à la police, qui fait passer devant eux tout individu arrêté qu’elle suppose devoir être un repris de justice, un voleur de profession ou un forçat en rupture de ban, dont elle croit ne pas connaitre le véritable nom, et s’il appartient à l’une de ces trois catégories, il est rare qu’il ne soit pas reconnu par l’un des musiciens.

(Mémoires de Canler)

France, 1907 : Récriminations, criailleries.

France, 1907 : Résidu de l’auge ; argot des maçons.

France, 1907 : Ruse.

France, 1907 : Tricherie au jeu.

Musique, Petite musique

Rigaud, 1881 : Groupe de compositeurs d’imprimerie qui calent fréquemment par suite de leur incapacité, — dans le jargon des typographes. Ils se plaignent souvent, ils font ce que vulgairement on appelle « de la musique » ; de là le surnom.

Nihiliste

France, 1907 : Révolutionnaire russe qui veut à tout prix le bonheur des autres et n’hésite pas à lui sacrifier le sien et même sa vie. Il date de 1871 ; ne pas le confondre avec le nihiliste qui l’a précédé et exercé une influence considérable sur la littérature et les mœurs de 1860 à 1870. L’ancien nihiliste qui reconnut la femme l’égale absolue de l’homme plaçait son bonheur dans un idéal de vie « raisonnable et réalistes » ; l’idéal du nouveau est une vie de souffrance et une mort de martyr.

Et pourtant, dit l’auteur de la Russie souterraine, la fatalité a voulu que les premiers, enfermés dans leur propre pays n’aient pas laissé de nom en Europe, tandis que les autres, après avoir acquis une renommée de terreur, ont été baptisés du nom de ces prédécesseurs inconnus.

Si l’antagonisme des classes existait en Russie comme chez nous, les nihilistes auras vraiment beau jeu ! Mais il n’y a pas de classes rivales dans l’empire des tsars. Jamais les divers groupes qui forment la société russe ne sont entrés en lutte les uns contre les autres. Il n’y a que les différences de situation sociale des individus.

(Victor Tissot, La Russie et les Russes)

Nonne (faire)

Larchey, 1865 : Faire un attroupement simulé pour aider à un vol (Vidocq). — Mot à mot : faire le neuvième. — Du vieux mot nonne. V. Roquefort.

Virmaître, 1894 : Faire la foule. Rien de plus simple : les nonneurs (complices) se groupent autour de l’un d’eux, qui simule un mal subit, de préférence dans une rue barrée ; les badauds s’amassent, le tireur peut à l’aise explorer les poches, et souvent la moisson est féconde. Quand l’un d’eux est pris et qu’il se met à table, on dit qu’il mange sur ses nonneurs (complices) (Argot des voleurs).

Odor di femina

France, 1907 : Odeur de la ferme. Italianisme. Henri IV prisait par-dessus tout l’odor di femina, spécialement celle émane des parties secrètes. Tout le monde, ou à peu près, connait l’aventure de cette demi-mondaine qui s’était couverte des plus exquis parfums pour recevoir un riche Anglais :
— « Médème, fit celui-ci indigné, je payai vo très cher pour sentir Le odor di femina et non le odeur qu’on vendait dans les petits bouteilles. » Et prenant son chapeau, il partit.

Il se voit là-bas dans la foule,
Choisissant les couloirs étroits ;
Le satin des dominos coule
Félinement entre ses doigts.
Il vole en zigzag dans les groupes,
Humant l’odor di femina,
Palpant des tailles et des croupes,
Tout ce qu’aux femmes Dieu donna.

(Jacques Rédelsperger)

Opportunisme

Rigaud, 1881 : Politique expectante d’un groupe de républicains qui, sans rien sacrifier… que les principes des autres, attendent patiemment l’occasion favorable pour faire prévaloir leurs idées, et trouvent qu’il est toujours opportun d’occuper une excellente place, et au besoin plusieurs places.

France, 1907 : Ligne de conduite politique consistant à profiter de l’opportunité qui se présente, de quelque côté qu’elle vienne. Alphonse Karr, à la naissance de ce parti, l’a défini en une phrase concise et d’une saisissante vérité : « L’opportunisme, c’est Marat jouant Tartuffe. »

Le pays a l’opportunisme comme un individu a certaines maladies que je ne veux nommer ; et notez bien que depuis quinze ans, tous ces scandales, les décorations, le Panama, et plus récemment l’anarchie, ne sont que les accidents secondaires ou tertiaires de la même maladie honteuse, l’opportunisme !

(Maurice Donnay, 1892)

Ah ! la République, si elle savait son métier… de République ! Si une bonne fois, une fois pour toutes, elle se dégageait d’un coup d’épaule de tous ces vieux fils élimés et pourris de la routine, de la tradition, de l’ordre établi, des usages anciens, et de la révérence historique, dont l’opportunisme lui ficelle les bras et les jambes, si elle osait oser, agir, marcher et vivre ! Que de forces perdues s’éparpillent autour d’elle !

(Émile Bergerat)

L’électeur. — Mon cher député, nos amis se plaignent de votre conduite.
— Comment cela ?
— Oui, vous tournez au radicalisme.
— Oh ! en ce moment, c’est faire acte d’opportunisme.

(Rouge et Noir)

Panier à Charlot

France, 1907 : Panier destiné à recevoir la tête du guillotiné quand le couperet la sépare du tronc.

À l’autre extrémité de la salle, un groupe de détraqués dévisagent une fille qui a été la maîtresse d’un guillotiné… Ils aiment l’odeur du panier à Charlot.

(Louise Michel)

Panne

d’Hautel, 1808 : Il a deux doigts de panne. Se dit en plaisantant d’un homme qui est extrêmement gras.

Larchey, 1865 : Misère.

Il est dans la panne et la maladie.

(Ricard)

Delvau, 1866 : s. f. Misère, gène momentanée, — dans l’argot des bohèmes et des ouvriers, qui savent mieux que personne combien il est dur de manquer de pain.

Delvau, 1866 : s. f. Rôle de deux lignes, — dans l’argot des comédiens qui ont plus de vanité que de talent, et pour qui un petit rôle est un pauvre rôle. Se dit aussi d’un Rôle qui, quoique assez long, ne fait pas suffisamment valoir le talent d’un acteur ou la beauté d’une actrice.

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui n’a pas un sou vaillant, — dans l’argot des filles, qui n’aiment pas ces garçons-là.

Rigaud, 1881 : Grande misère ; ruine complète.

Ce fut alors, madame Alcide, que commença votre grande panne.

(Ed. et J. de Goncourt)

Ils sont tournés comme Henri IV sur le Pont-Neuf et m’font l’effet de n’son-ger qu’à faire la noce, au risque d’être dans la panne et de se brosser le ventre après.

(É. de La Bédollière, Les Industriels)

En terme de théâtre, bout de rôle.

Plus de rôles à jambes, et une panne de dix lignes dans ta nouvelle féerie !… Ah ! Ernest, vous ne m’aimez plus.

(J. Pelcoq, Petit journal amusant)

Il faut vous dire que tous mes camarades, étant jaloux de moi, s’arrangeaient de manière à avoir les bons rôles, tandis que moi, on me donnait les pannes… les bouche-trous !…

(P. de Kock, Le Sentier aux prunes)

En terme d’atelier, mauvais tableau.

Qu’est-ce que c’est que cette panne ? C’est assez mal léché ! merci.

(J. Noriac, Têtes d’artistes)

La Rue, 1894 : Gêne, misère. Bout de rôle au théâtre.

France, 1907 : Actrice, où plutôt cabotine à qui l’on ne confie que des bouts de rôle, que des pannes. Georges Ben a fait sur elles une chanson dont voici quelques vers :

Dans les coulisses, d’un pas lent,
Ell’s se promen’nt en somnolant,
Les pannes,
Ou bien ell’s dorm’nt ou bien encore
Ell’s regard’nt poser les décors,
Les pannes.
Ell’s attend’nt, en croquant l’marmot,
L’occasion de placer leur mot,
Les pannes.

France, 1907 : Fanon du bœuf.

France, 1907 : Mauvais tableau vendu bien au delà de sa valeur ; argot des brocanteurs.

Le brocanteur avait groupé un ramassis d’objets tarés, invendables… — Vous m’entendez, vieux, pas de carottes, pas de pannes ! La dame s’y connaît.

(Alphonse Daudet, Les Rois en exil)

France, 1907 : Pauvreté. « Tomber dans la panne. » Du vieux français panne, haillon.

Quand il n’y a plus de son, les ânes se battent, n’est-ce pas ? Lantier flairait la panne ; ça l’exaspérait de sentir la maison déjà mangée.

(Émile Zola, L’Assommoir)

France, 1907 : Rôle insignifiant ; argot théâtral.

Une panne ? Je n’ai jamais très bien compris le sens de ce mot-là. J’ai toujours cru — suis-je assez sot ! — qu’au théâtre il y avait de petits artistes et non pas de petits rôles.
Je me souviens d’un acteur, dont le nom m’échappe en ce moment, qui n’avait que quelques lignes à dire dans la Mort du duc d’Enghien, de M. Hennique. Il eut, en dépit de cette panne, un triomphe le soir de la première représentation.

(Pierre Wolff)

France, 1907 : Situation difficile, comme celle d’un navire qui ne peut plus avancer. Argot des marins. « Être en panne, rester en panne. »

— Amen ! répondit le matelot, mais sans vouloir vous fâcher, la mère, m’est avis que les saints, les anges et le bon Dieu nous laissent joliment en panne depuis quelque temps.

(Jean Richepin, La Glu)

Papoter

Delvau, 1866 : v. n. Babiller comme font les amoureux et les enfants, en disant des riens.

France, 1907 : Bavarder. Dans le patois du Centre, c’est parler entre ses dents.

Quiconque n’a pas traversé les jardins où ce vieux petit peuple tient ses assises, se groupe par affinités de tempérament ou de profession ; papote, jacasse, avec des voix fragiles, comme fêlées et déjà lointaines ; discute sur l’avenir (ou sur la soupe) ; débat les plus ardus problèmes de philosophie, ou la conduite d’une nonagénaire « qui, décidément, flirte trop », n’a pas contemplé un des spectacles les plus touchants et les plus caractéristiques qu’il soit possible d’observer.

(Séverine)

Paquets (faire des)

Larchey, 1865 : Médire, Tricher en interpolant des cartes préparées dans son jeu.

La Rue, 1894 : Commérer, médire.

France, 1907 : Commérer, médire, faire marcher sa langue, comme les commères groupées sur le pas de leurs portes et qui habillent de belle sorte toutes les femmes qui passent.

Pifferaro

France, 1907 : Musicien italien qui joue soit de la cornemuse, soit d’une petite flûte appelée en Italie piffero. Le pluriel est pifferari.
À Paris, les pifferari de la campagne romaine et les Napolitaines aux seins brunis viennent se grouper, pendant les belles matinées, aux environs de la fontaine de la place Pigalle. C’est le marché aux modèles italiens.

Piper

d’Hautel, 1808 : Pour tromper, filouter, escroquer.

Larchey, 1865 : Fumer la pipe.

Il me semble qu’on a pipé ici.

(Gavarni)

Delvau, 1866 : v. n. Fumer la pipe ou le cigare.

Rigaud, 1881 : Fumer la pipe, le cigare ou la cigarette. — Piper, comme un Turc, fumer beaucoup.

Rossignol, 1901 : Fumer.

France, 1907 : Boire à l’aide d’un tuyau de paille.

On pipait là des cock-tails, on sablait du dry, on se coulait des whisky, des gin et des gingember bier. Des femmes nanties d’une rencontre sirotaient des limonades en faisant les accords, subtilisaient des grogs ou s’empiffraient de sandwichs arrosés d’ale et de stout.

(Camille Lemonnier)

France, 1907 : Fumer ; argot populaire.

— Il me semble qu’on a pipé ici.

(Gavarni)

Aussitôt que la ténèbre
Vient dédorer nos coteaux,
Ce gouvernement funèbre
S’occupe de nos complots.
Certes, personne ne pipe
Non plus que s’il était mort
Ou que s’il funait sa pipe.

(Raoul Ponchon)

France, 1907 : Prendre, emprisonner, attraper. Piper un pègre, attraper un voleur. Les synonymes sont nombreux et montrent quelle importance l’action de piper joue dans le monde des coquins : accrocher, agrafer, boucler, coquer, colliger, coltiner, enflaquer, enfourailler, empoigner, emballer, empiauler, encoffrer, encager, enchtiber, enfourner, fourrer dedans, faire tomber malade, fabriquer, grincer, grappiner, gripper ; mettre dedans, à l’ombre, au violon ; mettre le grappin, poisser, poser un gluau, ramasser, souffler, etc.

France, 1907 : Souffler. Ne s’emploie que dans cette expression : ne pas piper mot.

Seulement, tandis que les Orientaux ont réglementé et endigué la polygamie, — cette excellente polygamie qui a l’avantage de substituer l’émulation à la jalousie, — nous, plus hypocrites et en même temps plus roublards, nous n’en avons pipé mot et lui avons laissé carte blanche.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Ces individualités, prisonnières elles-mêmes du groupe qu’elles dirigent, s’habituent, en un rien de temps, à ne voir dans la vie nationale que le conflit organisé de groupes arbitrairement constitués, sur des programmes où il n’est souvent pas pipé mot de ce qui touche le plus aux intérêts de la nation.

(Nestor, Gil Blas)

France, 1907 : Tromper, attirer dans un piège, allusion au pipeau à l’aide duquel l’oiseleur attire ses victimes dans ses gluaux.

Poisson

d’Hautel, 1808 : Il avaleroit la mer et les poissons. Se dit d’un homme affamé qui mange avec beaucoup d’appétit, d’avidité ; d’un goulu.
La sauce vaut mieux que le poisson. Pour dire que l’accessoire vaut mieux que le principal.
Il ne sait à quelle sauce manger le poisson. Se dit par raillerie d’une personne qui a reçu un affront, une injure, et qui hésite sur ce qu’il doit faire.
Un poisson d’avril. Attrape que l’on fait à quel qu’un le premier de ce mois.

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Souteneur.

Clémens, 1840 : Qui vit aux dépens d’une femme.

Halbert, 1849 : Souteneur, Amant d’une fille publique.

Delvau, 1864 : Maquereau, souteneur de filles.

Camille Fontallard, des poissons le monarque.

(Dumoulin)

Le perruquier jeune et actif est lui-même un poisson. Depuis un siècle, on l’appelle merlan ; mais quelquefois, souvent même, il cumule, — et ces dames ont des merlans — maquereaux.

Larchey, 1865 : « Jeune, beau, fort, le poisson ou barbillon est à la fois le défenseur et le valet des filles d’amour qui font le trottoir, » — Canler. — V. Mac, Paillasson.

Larchey, 1865 : Verre. — Du vieux mot poçon : tasse, coupe. V. Roquefort. — V. Camphre.

J’n’ suis pas trop pompette, Viens, je régale d’un poisson.

(Les Amours de Jeannette, ch., 1813)

Delvau, 1866 : s. m. Entremetteur, souteneur, maquereau.

Delvau, 1866 : s. m. Grand verre d’eau-de-vie, la moitié d’un demi-setier, — dans l’argot du peuple. Vieux mot certainement dérivé de pochon, petit pot, dont on a fait peu à peu poichon, posson, puis poisson.

Rigaud, 1881 : Mesure de vin, cinquième du litre. Il y a le grand et le petit poisson.

Rigaud, 1881 : Souteneur. Il nage dans les eaux de la prostitution.

La Rue, 1894 : Grand verre d’eau-de-vie. Souteneur.

France, 1907 : Mesure d’un demi-setier ; du vieux français poçon, tasse, dit Lorédan Larchey, mais plutôt parce que le contenu glisse dans le gosier comme un poisson dans l’eau.

Tous les matins, quand je m’lève,
J’ai l’cœur sans sus d’sous ;
J’l’envoie chercher cont’ la Grève
Un poisson d’quat sous.
Il rest’ trois quarts d’heure en route,
Et puis en r’montant,
I’m’lich’ la moitié d’ma goutte !
Qué cochon d’enfant !

(Les Plaintes de la portière)

France, 1907 : Souteneur ; argot populaire. Cette expression est déjà vieille, car d’après le Dictionnaire de Trévoux, on appelait déjà ainsi dans la seconde moitié du XVIIIe siècle les individus se livrant à cette dégradante industrie ; mais on y ajoutait le mot avril. On lit, en effet, à l’article avril à la date de 1771 : « On appelle poisson d’avril un poisson qu’on nomme autrement maquereau, et, parce qu’on appelle du même nom les entremetteurs des amours illicites, cela est cause qu’on nomme aussi ces gens-là poissons d’avril. »
Les synonymes sont fort nombreux, ce qui prouve quelle place ce monde interlope occupe dans la société moderne. Bornons-nous à citer : Alphonse, Baigne-dans-le-beurre, barbise, barbe, barbillon, barbeau, bibi, benoit, brochet, bouffeur de blanc, casquette à trois ponts, chevalier du bidet, chevalier de la guiche, chiqueur de blanc, costel, cravate verte, dauphin, dos, dos d’azur, écaillé, fish (anglicisme), foulard rouge, guiche, goujon, gentilhomme sous-marin, gonce à écailles, lacromuche, marlou, mac, macque, macquet, macrottin, maquereau, maquignon à bidoche, marloupatte, marloupin, marlousier, marquant, mec, mec de la guiche, meg en viande chaude, monsieur à nageoires, à rouflaquettes, patenté, porte-nageoires, roi de la mer, rouflaquette, roule-en-cul, soixante-six, un qui va aux épinards, valet de cœur, visqueux, etc.

Léon Gambetta, peu flatté,
Nous apparait, décapité,
Dans sa sonnette,
Observant d’un œil polisson
Un autre groupe où le poisson
Porte casquette.

(Chanson du Père Lunette)

Polka

Larchey, 1865 : « Disons quelques mots de cette gigue anglaise croisée de valse allemande, qui fait sautiller aujourd’hui les Parisiens comme autant de coqs d’Inde sur une plaque brûlante. » — E. Arago, 1844.

Delvau, 1866 : s. f. Correction, danse, — dans l’argot des faubouriens. Faire danser la polka à quelqu’un. Le battre.

Delvau, 1866 : s. m. Petit jeune homme qui suit trop religieusement les modes, parce qu’en 1843-44, époque de l’apparition de cette gigue anglaise croisée de valse allemande, il était de bon goût de s’habiller à la polka, de chanter à la polka, de marcher à la polka, de dormir à la polka, etc. A Paris, les ridicules poussent comme sur leur sol naturel : ils ont pour fumier la bêtise.

Delvau, 1866 : s. m. Photographie à deux personnages dans un costume non autorisé par la Morale. Argot des modèles.

Rigaud, 1881 : Photographie, dessin pornographique.

Fustier, 1889 : « Polka ne veut pas seulement dire danse : c’est sous ce nom que les photographes et les dessinateurs désignent certains sujets décolletés. »

(Événement, 1882)

La Rue, 1894 : Marchand de photographies obscènes et de cartes transparentes.

France, 1907 : Photographie de groupes obscènes ; vendeur de ces photographies.

Pornologue

France, 1907 : Synonyme de pornographe ; néologisme.

Ne pouvant se résigner à croire que des sénateurs fulminassent à blanc contre les pornologues et gaspillassent de façon si légère les bonnes foudres de la vertu, le voyageur se mêla de plus près au groupe des divins Parisiens et se fit présenter aux plus formidables.

(Émile Bergerat)

Ramassés (Beni)

France, 1907 : Littéralement, enfants ramassés. Élisée Reclus donne de ce nom l’explication suivante :

Telle ou telle des mille ou onze cents tribus qu’on énumère en Algérie se compose d’éléments distincts par la race ; il en est de même des groupements inférieurs, douar, dachera, ferka, arch : ils peuvent différer les uns des autres par la composition dans un même kbaïla ou ligue fédérale. Mainte peuplade n’est qu’une agglomération confuse de familles de toute couleur et de toute origine, venues de toutes les parties de la contrée ; suivant l’expression française, ce sont des Beni Ramassés. Chaque ville a des tribus de ce genre dans ses faubourgs.

Romains

Virmaître, 1894 : Individus qui, moyennant un faible salaire, applaudissent les acteurs (Argot des coulisses).

Rossignol, 1901 : Groupe d’individus qui dans les théâtres et concerts payent leur place meilleur marché pour, sous la direction d’un chef dit de claque, faire le succès des artistes. Voir Claque.

Hayard, 1907 : Claqueurs au théâtre.

Sale coup pour la fanfare

Rigaud, 1881 : Mauvaise situation, mauvaise affaire.

France, 1907 : Cette expression, fort usée dans les régiments, signifie qu’une chose désagréable ou fâcheuse vient d’arriver.

Des prolos se sont groupés, pour éliminer les intermédiaires, ont monté une coopérative où ils ont quantité de bricoles, frusques et boustifaille, quasiment au prix de revient ; sale coup pour la fanfare du petit négoce !

(Le Père Peinard)

Samaritaine (frère de la)

France, 1907 : Filou, coupeur de bourses. Ce nom vient d’une machine hydraulique placée autrefois sur le Pont-Neuf, et destinée à fournir de l’eau aux Tuileries et au Louvre. Sur la façade, on voyait un groupe de figures en bronze doré, représentant Jésus-Christ et la Samaritaine auprès du puits de Jacob, d’où est venue l’appellation de Samaritaine du Pont-Neuf. Cet endroit fut longtemps le rendez-vous des filous et des vide-goussets.

Sentir

Vidocq, 1837 : v. a. — Aimer.

Larchey, 1865 : Aimer (Vidocq). — Ne pas sentir : Détester. — On dit de même : Avoir dans le nez (quelqu’un qu’on ne peut sentir).

Delvau, 1866 : v. a. Aimer, — dans l’argot du peuple, qui emploie surtout ce verbe avec la négative. Ne pas pouvoir sentir quelqu’un. Avoir répugnance à le rencontrer, à lui parler, le haïr enfin. On dit aussi Avoir dans le nez.

Rigaud, 1881 : Aimer. — Ne pas pouvoir sentir, détester. — Se sentir les coudes, être unis, se soutenir entre camarades.

Quand ils seront groupés, lorsqu’ils se sentiront les coudes, ce sera bien plus amusant.

(Figaro, du 14 juillet 1880)

Siam (bataillon de)

France, 1907 : Groupe des vénériens à l’infirmerie de l’École polytechnique.

Il est rare qu’on sait à y soigner quelque affection grave, car l’École, située an sommet de la montagne Sainte-Geneviève, est parfaitement saine… Les malades que l’on y voit habituellement sont ceux qui ne sont pas soignés par les sœurs, mais par un infirmier appelé autrefois Siam, d’où le nom de bataillon de Siam donné à ce petit groupe.

(Albert Lévy et G. Pinet)

Sifflet

d’Hautel, 1808 : Couper le sifflet à quelqu’un. Pour dire, le rendre muet et confus ; l’interdire, le mettre hors d’état de répondre.

Larchey, 1865 : Gosier. — Comparaison facile à deviner. Vidocq donne aussi siffle pour voix.

Qu’en te coupant le sifflet, quelqu’un délivre le royaume.

(La Nouvelle Mazarinade, 1652)

Se rincer, s’affuter le sifflet : Boire.

Là, plus d’un buveur bon apôtre, Venait se rincer le sifflet.

(Colmance, Ch)

Faut pas aller chez Paul Niquet Six fois l’jour s’affuter le sifflet.

(P. Durand, Ch. 1836)

Delvau, 1866 : s. m. Gorge, gosier, — entonnoir à air et à vin. S’affûter le sifflet. Boire. On dit aussi Se rincer le sifflet. Couper le sifflet à quelqu’un. Le forcer à se taire, soit en lui coupant le cou, ce qui est un moyen extrême, soit en lui prouvant éloquemment qu’il a tort de parler, ce qui vaut mieux.

Rigaud, 1881 : Voix, gosier. — Couper le sifflet, tuer, interrompre, faire taire. Étonner au point de rendre l’interlocuteur muet. — Raboter le sifflet, brûler le gosier.

Hein ! ça rabote le sifflet ! Avale d’une lampée.

(É. Zola)

Se rincer le sifflet, boire.

Merlin, 1888 : Canon. — Il en a tant soit peu la forme, et sa détonation peut être comparée à un sifflement gigantesque. L’un et l’autre servent, d’ailleurs, de signal de combat.

Rossignol, 1901 : Habit de cérémonie.

Rossignol, 1901 : Le cou.

Hayard, 1907 : Habit à queue de morue.

France, 1907 : Canon ; argot militaire.

France, 1907 : Cou, gosier, gorge. Se rincer le sifflet, boire. Couper le sifflet, égorger, guillotiner.

Les aminches et les gigolettes,
Ceux de Belleville et de la Villette,
Viendront nous voir couper le sifflet
Si ça leur fait pas trop d’effet.

(Sellier, dit le Manchot de Montmartre)

Se dit aussi pour surprendre, étonner ; même sens que couper la chique.

France, 1907 : L’habit noir, appelé ainsi à cause de la forme.

Derrière Harimina, formant un groupe sympathique, voici le père, en sifflet, la mère, en robe de velours à traine, les quatre demoiselles d’honneur, essaim bourdonnant de petites demi-vierges, aux grands yeux luisant de prometteuses précocités.

(Émile Blavet)

On dit aussi sifflet d’ébène.
Dans une invitation à un dîner de la Société nationale des professeurs de français en Angleterre, on lit ce nota bene :

N. B. — On est prié de ne pas endosser le « sifflet d’ébène », alias habit noir — evening dress, comme disent les Anglais.

Soce

Fustier, 1889 : Société.

Rossignol, 1901 : Groupe de malfaiteurs. Toute la soce a pris la fuite en voyant un chapeau de gendarme.

France, 1907 : Société, bande, compagnie. Vieux français, de socius.

— Comme lundi dernier, la soce de la rue Saint-Charles, tous les galvaudeux, quoi ! du beau Grenelle et du Javel des usines, a joué du couteau avec ceux de Billancourt dans l’île, et que ç’a été toute la soirée, entre les gars des deux rives, des batteries à n’en plus finir.

(Jean Lorrain)

Patenté comme empoisonneur,
Le mastroquet a de l’honneur,
En cette soce où tout nom force
À feindre, à tromper, à mentir,
Il reste l’homme à rude écorce
Qui ne veut pas s’en départir.

(Paul Paillette, Tablettes d’un lézard)

Soupe au lait

Delvau, 1866 : s. f. Homme qui s’emporte pour un rien.

Rigaud, 1881 : Personne irascible. — S’emporter comme une soupe au lait, se mettre en colère pour un rien, à propos de rien.

France, 1907 : Personne qui s’emporte facilement, qui monte figurativement comme du lait sur le feu.

Voyez s’agiter dans ce groupe
Cet homme colère et replet ;
Il s’enlève comme une soupe
Au lait.

(Ch. Monselet)

Spinster

France, 1907 : Célibataire du sexe féminin ; vielle fille. Anglicisme.

Il existe un bonheur complet, le bonheur que nous avons assigné au premier groupe dont toutes les activités, mises en exercice, peuvent atteindre leur plus haut degré de développement, et il existe aussi un bonheur relatif qui consiste dans l’adoption, dans la création de palliatifs, lorsque l’objet naturel de l’aptitude vient à manquer. Exemples : les religieuses, qui, privées des fonctions de la maternité, se créent une maternité artificielle, et cette sorte de troisième sexe, les spinsters anglaises, qui substituent à l’amour et au mariage le développement d’autres aptitudes, d’autres activités, et réussissent à atteindre un bonheur relatif.

(Paola Lombroso, Le Bonheur des femmes)

Tétines

Delvau, 1866 : s. f. pl. Gorge avachie, — sumen plutôt qu’uber. Argot des faubouriens. Nous sommes loin du

Tétin, qui fait honte à la rose,
Tétin, plus beau que nulle chose,

de Clément Marot.

France, 1907 : Seins avachis.

Les femmes accouraient, se ruaient sur les deux groupes, — des femmes, ces sorcières bariolées, quelques-unes travesties en bébés, les autres vêtues de peignoirs montrant leur peau brune et leurs tétines flasques, toutes fardées, et vieilles, même les jeunes, puantes enfin d’une puanteur d’ail, de linge humide et de parfumerie de bazar.

(Paul Bonnetain, Le nommé Perreux)

Tirer

d’Hautel, 1808 : Tirer la latte, la ligousse. Pour dire se battre à coup de sabre ou avec une arme quelconque.
Faire tirer bouteille Aller au cabaret, se faire apporter une bouteille de vin.
Tirer sa révérence. Se retirer d’un lieu.
On dit dans le même sens, rengaîner son compliment.
Tirer au mur.
Expression basse et triviale, qui signifie être obligé de se passer d’une chose sur laquelle on faisoit fonds, comme lorsqu’on a été oublié dans une distribution.
Tirer son pied. Marcher avec peine, être fatigué.
Tirer le poil. Pour dire, faire financer quelqu’un, lui excroquer de l’argent.
Cette comparaison est tirée aux cheveux. Pour dire n’est pas naturelle, est forcée.
Être à couteau tiré avec quelqu’un. Pour, être continuellement en querelle, avoir de l’animosité contre lui.

Delvau, 1864 : Baiser une femme.

Et dans les bois, je savait la tirer.

(É. Debraux)

Aimes tu mieux en gamine
Tirer le coup du macaron ?

(Saunière)

Montrez à ma mère
Tout votre savoir,
Elle va vous faire
Tirer dans le noir.

(Les Archers de l’amour.)

À ce prix-là, dans toute la boutique
De faire un choix j’eus la permission,
Et je montai pour tirer une chique…

(Chanson anonyme moderne)

— Je vais tirer mon coup, ma crampe, ou bien ma chiqué,
Dit un futur Gerbier.

(L. Protat)

Réclamant aux vieillards libidineux ses gants,
Et tirant tous les jours des coups extravagants.

(A. Glatigny)

J’ vois que vous y prenez goût.
Mais je n’ tir’ jamais qu’un coup.

(F. De Calonne)

Delvau, 1866 : v. a. Peindre, spécialement le portrait, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Avoir peu de temps à rester au régiment. Mot à mot : tirer à la fin du service militaire.

Rigaud, 1881 : Subir une condamnation. — Combien que tu tires ? par abréviation pour : combien tires-tu de longes ?

Rigaud, 1881 : Tirer à la conscription, — dans le jargon du peuple.

Rigaud, 1881 : Tirer une carte ou demander une carte au jeu de baccarat.

Rigaud, 1881 : Voler à la tire.

Boutmy, 1883 : v. intr. Mettre sous presse, imprimer. Ce mot, en ce sens, vient sans doute de l’opération nécessitée par l’impression au moyen des presses manuelles, opération dans laquelle l’imprimeur tire, en effet, le barreau.

Hayard, 1907 : Faire, (se) partir.

France, 1907 : Faire.

M. Lucien Descaves, qui a tiré cinq ans, comme on dit, a souffert de la vie de caserne jusqu’au plus intime de lui-même et il a exhalé, dans un livre douloureux, grave à la manière noire, ses colères, ses rancunes et ses rancœurs longtemps comprimées.

(Georges Forgues, La Nation)

À tirer, à faire. Temps à tirer, temps à faire.

Les images guerrières, chromolithographies ou souvenirs des derniers Salons, habillaient ses évocations de leurs réminiscences signées de Neuville, signées Detaille. Toutefois il s’en voulait, se jugeait bête. Qu’est-ce que cela lui faisait ? Il allait s’emballer, pas vrai, trouver ça empoignant ? Oh ! l’imbécile !… Et ses cinq ans à tirer ?… Cinq ans !

(Paul Bonnetain, Le nommé Perreux)

Se tirer, se passer, s’accomplir.

Ainsi, douc’ment le congé se tire ;
Il passe ensuit’ sergent-major,
Son successeur, pas b’soin d’le dire,
Ratiboisera plus encor.

(Griolet)

France, 1907 : Photographier ; argot populaire.

Le festin s’fit chez l’pèr’ Latrouilles,
Un restaurant des mieux notés ;
On a mangé vingt-cinq andouilles,
Autant d’andouill’s que d’invités.
Après l’repas, le photographe
Nous tire en groupe… Ah ! quel tableau !
À sa vue on s’tord, on s’esclaffe ;
Ah ! Minc’ que’c’était rigolo !

(Jeanne Bloch)

Se faire tirer, se faire photographier. Les ouvriers et les campagnards emploient cette expression pour toute espèce de portraits.

Jean-Yves portait an cou, avec son scapulaire, un portrait de Maria. C’était une de ces photographies larges comme deux ongles que des opérateurs forains exécutent à la minute sur des petites plaques de métal. Maria s’était fait tirer le jour du Pardon.

(Hugues le Roux)

Toucher du fer

France, 1907 : Expression populaire qu’on emploie à la vue d’un prêtre ou de tout porteur de soutane. On touche du fer pour combattre le mauvais sort.

À ce propos, que je jaspine aux bons bougres la petiote aventure arrivée il y a quelques mois à l’un de ces ratichons fin-de-siècle.
Il montait à Montmartre, faire ses dévotions… ou autre chose ! à Notre-Dame-de-la-Galette. Comme il passait près d’un groupe de bonnes bougresses, l’une dit :
— Touchons du fer !
Le frocard se retourne subito et lui gueule carrément :
— Touche donc de la merde !
Épatée, la bonne bougresse s’esclaffa de rire et lui répliqua :
« Eh bien, mon vieux, tu es moins bête que je ne croyais. Tu es dessalé…. tu iras loin !… »
La copine a prédit juste : le ratichon en question est déjà allé un peu loin, — il est aujourd’hui défroqué !
Que d’autres l’imitent et ce sera tant mieux !

(Le Père Peinard)

Tous-les-jours

France, 1907 : Vêtement ordinaire, que l’on porte tous les jours.

Elle parait, au contraire, enchantée de vivre, et s’amuser prodigieusement d’aller et de venir parmi les groupes endimanchés, très à l’aise en son tous-les-jours.

(Jean Richepin)

Tribu

France, 1907 : Soldats réunis par groupe de huit à douze qui mangent ensemble en campagne on aux grandes manœuvres et dont chacun doit prêter son concours au bien-être commun. L’un va chercher du bois, un deuxième de l’eau, un troisiène des vivres, etc. On dit aussi dans le même sens smala.

Trôlée

France, 1907 : Quantité.

Des trôlées d’hommes en ribotte dévalent par les escaliers glissants des hautes rues montantes ; des injures et des chansons se croisent, vomies dans tous les idiomes de la Méditerranée et de l’Orient et par des voix enrouées qui sont des voix du Nord, et par des voix zézayantes qui sont des voix du Midi. Vareuses et tricots rayés, bérets et bonnets de laine descendent, qui par deux, qui par groupes, jamais seuls, les yeux rieurs et la bouche tordue sur la chique, avec des gestes de grands enfants échappés de l’école.

(Jean Lorrain)

Trompe-la-mort

Virmaître, 1894 : Individu condamné par les médecins, qui n’en meurt pas plus vite pour cela.
— Il trompe la mort qui le guette.
On dit également :
— Il a repris du poil de la bête.
Cette expression ; trompe la mort, date de 1848.
Un ouvrier forgeron, arrêté sur une barricade, lors de l’insurrection de Juin, fut conduit, avec un groupe de combattants, à la tombée de la nuit, au Champ de Mars, où se faisaient en masse les exécutions sommaires. On fusillait les malheureux rang par rang.
Il était au second rang ; par une présence d’esprit incroyable, à ce moment suprême, il tomba en même temps que le premier rang ; on n’y lit pas attention.
Vers onze heures du soir, l’exécution terminée, des tombereaux vinrent enlever les cadavres pour les transporter au cimetière Montmartre et les jeter dans la fosse commune.
On ne les recouvrait pas de terre, afin que les familles puissent les reconnaître le lendemain.
L’ouvrier avait eu la malchance d’être jeté au fond du tombereau ; il était inondé du sang qui coulait sur lui.
Pendant le trajet, après des efforts inouïs, il parvint à se hisser au-dessus des cadavres ; il sauta à bas de la lugubre voiture sans être aperçu, et alla se cacher chez un ami.
Le calme revenu, il rentra à l’atelier. Stupéfaction générale. Les camarades, qui connaissaient l’aventure, lui crièrent :
— Tiens ! voilà Trompe la mort.
Il l’avait rudement trompée, car il ne mourut qu’en 1888, à l’âge de quatre-vingts ans.
Trompe la mort (Argot du peuple).

Une tierce

Rossignol, 1901 : Groupe de voleurs.

Ils sont une tierce beaucoup.

Watteringhes

France, 1907 :

Une grande partie du département du Nord, situé entre Gravelines et Dunkerque, a été conquise sur la mer et transformée en prairies par des saignées et des endiguements ; ces saignées sont appelées des watergands ; afin d’assurer le bon entretien d’écoulement, on a réuni par groupe les watergands solidaires les uns des autres, et chaque groupe constitue un watteringhe. Cette étendue de territoire déchiquetée par les watergands est connue sous le nom de pays des watteringhes.

(E. Pfeiffer)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique