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Absintheur

Delvau, 1866 : s. m. Buveur d’absinthe.

Rigaud, 1881 : Buveur d’absinthe. Privat d’Anglemont, une autorité, donne « absinthier » dans le même sens.

France, 1907 : Buveur d’absinthe.

Entre officiers de différents grades, du lieutenant au colonel, il n’existe que des rapports de camarade à camarade, d’hommes du même monde, ayant reçu la même éducation et sachant qu’il n’est entre eux que des distinctions de hiérarchie militaire cessant hors du terrain de manœuvre et de la caserne. Notre légendaire culotte de peau, le bravache, le capitaine Fracasse, le traîneur de sabre, l’absintheur sont des types inconnus.

(Hector France, L’armée de John Bull)

On dit : s’absinther, pour se griser avec de l’absinthe.

Affaire (avoir son)

Delvau, 1866 : Avoir son compte, soit dans un duel, soit dans un souper, — être presque tué ou presque gris. Argot du peuple.

Aller au persil

M.D., 1844 : Promenade d’une prostituée.

Delvau, 1864 : Se dit des femmes autorisées qui se promènent le soir dans les rues, sur les trottoirs, et qui ne cessent de se promener que lorsqu’un galant homme, un peu gris, les prie de se reposer — pour tirer un coup avec lui, dans une chambre de bordel ou dans un arrière-cabinet de marchand de vins. — Voy. Aller au beurre.

Delvau, 1866 : Sortir pendant le jour, aller se promener, — dans l’argot des filles libres, qui, à leur costume de grisettes d’opéra-comique, ajoutent l’indispensable petit panier pour avoir l’air d’acheter… rien du tout, le persil se donnant pour rien chez les fruitières, mais en réalité pour se faire suivre par les flâneurs amoureux.
On dit également : Cueillir du persil et Persiller.

Aristo

Larchey, 1865 : Aristocrate.

C’est vrai ! tu as une livrée, tu es un aristo.

(D’Héricault)

Delvau, 1866 : s. des deux g. Apocope d’Aristocrate, qui, depuis 1848, signifie Bourgeois, Réactionnaire, etc., — dans l’argot des faubouriens, qui ne se doutent pas que ce mot signifie le meilleur, l’excellent, άρίστοσ. Ils disent aristo pour aristocrate, comme sous la Fronde les pamphlétaires disaient Maza pour Mazarin.

Rigaud, 1881 : Aristocrate — Pour l’ouvrier, un aristo est le monsieur qui porte des gants gris-perle ; pour le voyou, c’est l’ouvrier qui se paye un cigare de dix centimes ; pour le pégriot, c’est le voyou qui vient de ramasser un cigare à moitié fumé.

France, 1907 : Apocope d’aristocrate, nom généralement donné par les ouvriers aux bourgeois.

Arpionner

France, 1907 : Marcher. Voir Arpions.

Un jour, il en a assez d’arpionner les grandes routes, de manger du cheval crevé dans les cantines, de boire d’ignobles mixtures qui le grisent sans le désaltérer, de porter des vêtements qui fondent à la pluie et se racornissent au soleil, de vivre seul et sans le sou, guetté par le lit d’hôpital et la fosse commune.

(Lucien Descaves, Le Chemineau)

Autant

d’Hautel, 1808 : Autant lui en pend à l’oreille, et plus communément au derrière. Pour, il peut d’un moment à l’autre lui en arriver tout autant.
S’applique à celui qui tourne en dérision un malheur arrivé à son semblable.
Il en a autant qu’il lui en faut. Manière ironique de dire qu’un homme est passablement gris.
Il consommeroit autant de bien qu’un évêque en béniroit. Proverbe usité en parlant d’un dissipateur, d’un prodigue, à la dépense duquel personne ne peut suffire.
Je fais autant de cas de lui que de la boue de mes souliers. Expression injurieuse qui dénote le mépris extrême que l’on fait de quelqu’un.
Il a autant de bien qu’il en pourroit tenir dans mon œil. Pour dire que quelqu’un ne possède ni rentes, ni patrimoine.
Autant comme autant. Pour pareillement, d’une manière égale, uniforme.
Autant vaut être mordu d’un chien que d’une chienne. Signifie que puisqu’un malheur est inévitable, peu importe d’où il vienne, il faut prendre bravement son parti.
Il aime tant à prendre, qu’il prendroit jusque sur l’autel. Se dit d’un homme rapace et envahisseur ; d’un escogriffe, d’un filou.

Rigaud, 1881 : Mot très employé au régiment, et qui a plusieurs acceptions. Signifie : je me trompe, c’est-à-dire. Ex. ;

Qu’a dit le pied de banc ? Il n’a rien dit… autant, il a dit comme ça que les hommes de corvée seraient de corvée.

Veut dire encore : à recommencer. — Ça ne va pas ce mouvement, autant. Se dit, aussi, très souvent, dans le sens de : tout comme moi, moi aussi.

Peux-tu m’avancer mon prêt, je n’ai pas le rond ? — Autant.

Avaleur

d’Hautel, 1808 : Terme injurieux. On appelle ainsi celui qui prend plus d’ouvrage qu’il ne peut en faire ; qui montre une ardeur, un intérêt démesurés.
Avaleur de charrettes ferrées. Nom qu’on donne par raillerie, à un bretteur, et généralement, à ces sortes de gens qui font les redoutables et qui menacent continuellement de l’épée ceux qu’ils savent n’être pas habiles à manier cette arme.
Avaleur de pois gris. Parasite écornifleur de dîner ; pique-assiette.

Avoir sa pistache

Virmaître, 1894 : Être complètement gris (Argot du peuple). N.

Avoir son caillou

Delvau, 1866 : Commencer à se griser, — dans l’argot des faubouriens.

Barbe

d’Hautel, 1808 : Ivresse, passion du vin chez les ouvriers imprimeurs. Les lundi, mardi, mercredi de chaque semaine outre le dimanche, sont les jours consacrés à prendre la barbe ; jours perfides qui font la désolation des auteurs, des libraires, la mine des maîtres, et qui conduisent infailliblement les compagnons à l’hôpital.
Avoir la barbe. Être complètement ivre.
Prendre la barbe. Faire la ribotte, se griser, se souler, se laisser abrutir par le vin. Lorsque quelqu’un tient des discours déraisonnables, ou fait des propositions ridicules, on lui demande, S’il a la barbe. Toutes ces locutions ne sont usitées que parmi les imprimeurs.
Rire sous barbe. Rire intérieurement et avec malice ; ressentir un plaisir secret que l’on manifeste à l’extérieur par des signes ironiques.
Il s’en torchera les barbes. C’est-à-dire, il s’en passera ; il n’y a rien pour lui dans cette affaire.
Faire la barbe à quelqu’un. Le surpasser dans une science ou un art quelconque ; lui être infiniment supérieur.
À son nez, à sa barbe. Pour dire que l’on a fait quelque chose à la vue de quelqu’un, à dessein de se moquer de lui, de l’insulter.

Delvau, 1866 : s. f. Ivresse, — dans l’argot des typographes. Avoir sa barbe. Être ivre.
On dit aussi Prendre une barbe. Se griser.

Rigaud, 1881 : Ivresse, dans le jargon des ouvriers. — Prendre une barbe, se griser. Avoir sa barbe, être soûl.

Boutmy, 1883 : s. f. La barbe dit l’auteur de Typographes et gens de lettres, c’est ce moment heureux, ce moment fortuné, qui procure au malheureux une douce extase et lui fait oublier ses chagrins, ses tourments et sa casse ! Que ne trouve-t-on, pas dans cette dive bouteille ? Pour tous, elle est un soulagement aux travaux ennuyeux ; pour quelques-uns moyen de distraction ; d’autres y cherchent l’oubli, un certain nombre l’espérance.

La barbe a des degrés divers. Le coup de feu est la barbe commençante. Quand l’état d’ivresse est complet, la barbe est simple : elle est indigne quand le sujet tombe sous la table, cas extrêmement rare. Il est certains poivreaux qui commettent la grave imprudence de promener leur barbe à l’atelier ; presque tous deviennent alors Pallasseurs, surtout ceux qui sont taciturnes à l’état sec.

Fustier, 1889 : Répétition.

Une barbe, c’est une répétition de bachot donnée à un aspirant au diplôme. Il s’assied, on le rase, il paye, c’est une barbe !

(Richepin)

Virmaître, 1894 : Beau mâle, gars solide.
— Mon homme est un rude barbe.
Il y a des barbes qui, dans certains quartiers, sont en réputation comme autrefois les terreurs (Argot des filles et des souteneurs).

Virmaître, 1894 : Vieux. Par corruption on dit : birbe. On appelle les vieux de 1848 qui survivent : des vieilles barbes (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Ennuyer quelqu’un en lui causant est lui faire la barbe ; on dit aussi raser.

France, 1907 : Souteneur. Abréviation de barbot. Vieille barbe, politicien de la vieille école, homme de 1848. Avoir sa barbe, être ivre, d’où : prendre une barbe, pour se griser. On appelle aussi barbe une répétition donnée à un candidat au bachot. Faire sa barbe, c’est, en argot des coulisses, gagner de l’argent.

Barbifier (se)

Fustier, 1889 : Se griser. Argot des typographes. V. Delvau au mot Barbe.

Il s’est barbifié hier ; il a mal aux cheveux aujourd’hui.

(Typologie-Tucker, juin 1885)

Barbiste

Delvau, 1866 : s. m. Élève du collège Sainte-Barbe.

Rigaud, 1881 : Élève de l’institution Sainte-Barbe.

Il va sans dire que les anciens barbistes font élever leurs fils à Sainte-Barbe.

(Scribe, Maurice)

Rigaud, 1881 : Ouvrier typographe qui prend souvent des barbes, c’est-à-dire qui se grise souvent ; ouvrier qui procède par séries soulographiques, — dans le jargon des typographes.

France, 1907 : Élève ou ancien élève de l’école de Sainte-Barbe.

Bébé

Delvau, 1864 : Nom d’amitié que les filles donnent depuis quelques années aux hommes avec qui elles baisent, — maquereaux ou michés.

Théodore, c’est mon bébé ; M. Martin, c’est mon monsieur.

(Lemercier de Neuville)

Un mot dont on nous favorise,
Mot aux nourrices dérobé,
C’est, aurait-on la barbe grise :
— Comment ça va ? Bonjour, bébé.

(Fr. De Courcy)

Larchey, 1865 : Poupard. — De l’anglais baby.

Emma arriva le lendemain, au sortir du bal de la Porte Saint-Martin, en costume de bébé.

(Ces Dames, 1860)

Bébé sert aussi de mot d’amitié. — Tu sais, mon petit homme, que je n’ai plus un sou, et que ton petit bébé ne doit pas rester sans espèces. — Id.

Delvau, 1866 : s. m. Costume d’enfant (baby) que les habituées des bals publics ont adopté depuis quelques années.

France, 1907 : Petit enfant, garçon ou fille ; de l’anglais baby.

Depuis quelque temps, la lorette se donne des airs de mère de famille ; on la voit tenant par la main une blonde et gentille enfant, dont l’âge varie de quatre à huit ans. Quelquefois, les petites dames se font accompagner par un collégien ; cela leur donne un air respectable.
Ces babys sont nés d’ordinaire dans la loge du concierge ou dans l’échoppe du savetier ; le prix de la location est en raison de la gentillesse du sujet. La leçon est bientôt faite et apprise, les enfants s’en acquittent pour le mieux, ils appellent leur petite mère des plus doux noms, surtout quand les beaux messieurs s’arrêtent devant elles.

(Physionomies parisiennes)

Mon bébé, terme de tendresse que les dames, petites et grandes, adressent à leur amant.

Avec l’âge, un instinct s’éveille, violent, fougueux, comme une force sans emploi : le désir de la maternité. Moralement, les prostituées sont indignes d’être mères ; physiquement, elles en sont incapables. De la maternité, elles ne peuvent connaître — pour leur châtiment — que les joies amères du sacrifice. Il leur faut un être qui profite de leur dégoût, à qui elles procurent les joies matérielles de l’oisiveté, du vêtement chaud, du vin, de la bonne nourriture. Elles ne sont jamais lasses de satisfaire aux exigences de cet enfant qu’elles se donnent ; elles ont entre elles d’étranges rivalités dans la concurrence du sacrifice. Il faut que cet élu soit plus élégant que les autres, qu’il ait plus d’argent dans ses poches que tous ses camarades, afin qu’il juge par là à quel point il est aimé ! Pour désigner cette catégorie d’élus, les malheureuses stériles ont trouvé un mot ignoble et doux : les bébés.

(Hugues Le Roux, Les Larrons)

On dit se costumer en bébé, s’habiller en petite fille pour exciter les vieux messieurs aux doux ébats de l’amour.
Bébé se dit aussi pour avorton, en souvenir d’un nain célèbre attaché à la cour du roi Stanislas, duc de Lorraine et de Bar, qui s’appelait Bébé.

Belle de nuit

Delvau, 1866 : s. f. Fille oui hante les brasseries et les bals. Même argot [du peuple].

Rigaud, 1881 : Rôdeuse de pavé, coureuse de bastringues.

Virmaître, 1894 : Fille publique déjà vieille qui raccroche la nuit parce que la nuit tous les chats sont gris. Cette expression est ancienne. Vers 1850, on chantait dans une revue intitulée : Vive la Joie et les Pommes de terre représentée aux Folies-Dramatiques, à l’ancien boulevard du Temple.

Tous les soirs l’amateur contemple
Les belles de nuit qui s’font voir,
Sur le boulevard du Temple.

(Argot du peuple)

Bidard

Fustier, 1889 : Heureux, veinard. Être bidard, avoir de la chance, réussir dans ce que l’on entreprend.

Virmaître, 1894 : Heureux, veinard. C’est un nommé Bidard qui gagna un gros lot à une loterie quelconque. On en fit une chanson qui courut les rues : Le père Bidard, la mère Bidard, etc. Depuis ce temps, les chançards sont des Bidards (Argot du peuple). N.

Hayard, 1907 : Heureux, chançard.

France, 1907 : Chançard, riche, d’une vieille chanson populaire sur la chance d’un certain Bidard qui gagna le gros lot. Par contre, on dit nib bidard, qui n’a pas de chance. (Grison)

À nous gloire et fortune !
Massacrons les bidards,
Et faisons la Commune
Des lettres et des arts.

(Aristide Bruant)

Bien

d’Hautel, 1808 : Vous serez le bien venu et le mal reçu. Antithèse par laquelle on fait entendre à quelqu’un que sa visite ne sera pas agréable.
Cet homme sent son bien. Pour dire qu’il a les manières nobles, qu’il a reçu une bonne éducation, qu’il est bien né.
En tout bien et tout honneur. C’est-à-dire comme il convient, suivant les règles de la bienséance ; à bonne intention ; à bonne fin.

Larchey, 1865 : D’apparence distinguée.

Elle aime à causer, surtout avec les messieurs bien.

(Privat d’Anglemont)

Être bien : Être gris. Éprouver le bien-être factice causé par un commencement d’ivresse.
Bien mis : Fashionable.

Ohé ! ce bien mis, il vient faire sa tête, parce qu’il a du linge en dessous.

(E. Sue)

Delvau, 1866 : adj. et s. Distingué, — dans l’argot des petites dames.

Delvau, 1866 : s. m. Mari ou femme, — dans l’argot du peuple, qui a tout dit quand il a dit Mon bien. C’est plus énergique que ma moitié.

Biffeton

Rigaud, 1881 : Contre-marque, — dans le jargon des ouvriers. — Lettre, procès-verbal, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Lettre, billet.

Virmaître, 1894 : Billet. Quelques-uns écrivent buffeton c’est une erreur (Argot des camelots).

Hayard, 1907 : Billet de chemin de fer, de théâtre, et aussi lettre.

France, 1907 : Lettre, contremarque, renseignement sur un prisonnier. Faux biffeton, faux billet de théâtre. (Grison)

Bifteck de grisette

Rigaud, 1881 : Saucisse plate, morceau de charcuterie pris dans la boîte du charcutier.

Blagueur

d’Hautel, 1808 : Menteur ; hâbleur ; fanfaron ; persiffleur ; mauvais plaisant.

Clémens, 1840 : Menteur.

Delvau, 1866 : s. m. Gascon né sur les bords de la Seine, dont le type extrême est le baron de Worsmspire et le type adouci le Mistigris de Balzac.

Blindocher (se)

Rigaud, 1881 : Se griser légèrement. C’est le diminutif d’être blindé, — dans le jargon du peuple. — Je me blindoche le dimanche et je suis blindé le lundi.

Bobinage (vol au)

France, 1907 :

Le vol au bobinage consiste à entourer de papier de soie les bobines de soie brute, puis à peser le tout, en marquant comme tare une bobine non surchargée de papier. Cela s’appelle aussi piquage d’once, la soie étant encore pesée à l’once dans le midi.

(Hogier-Grison)

Boit dans son blanc (un)

Merlin, 1888 : Troupier à moustaches grises.

Bouchon

d’Hautel, 1808 : Faire sauter le bouchon. Pour dire boire dru et sec, sans se griser.
On appelle un petit cabaret un bouchon ; et l’on dit À bon vin, il ne faut point de bouchon, parce qu’un cabaret, ou tout autre lieu en bonne renommée n’a pas besoin d’enseigne.

Vidocq, 1837 : s. f. — Bourse.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Delvau, 1864 : Le membre viril, que la nature a destiné à fermer hermétiquement le goulot de la femme.

Larchey, 1865 : Qualité, genre. — Allusion aux produits sortant des débits de vins appelés bouchons. On a dit ironiquement : Ceci est d’un bon bouchon, comme : Ceci est d’un bon tonneau, — ou : Ceci est du bon coin.

Delvau, 1866 : s. m. Acabit, genre, — dans l’argot du peuple. Être d’un bon bouchon. Être singulier, plaisant, cocasse.

Delvau, 1866 : s. m. Bourse, — dans l’argot des voleurs, dont les ancêtres prononçaient bourçon.

Delvau, 1866 : s. m. Cabaret. On sait que les cabarets de campagne, et quelques-uns aussi à Paris, sont ornés d’un rameau de verdure, — boscus.

Rigaud, 1881 : Bourse, — dans le jargon des voleurs.

Fustier, 1889 : Bouteille de vin cacheté. (Richepin)

Virmaître, 1894 : Bourse. Allusion à l’argent qu’elle contient, qui sert à boucher des trous. Pour payer une dette, on dit : boucher un trou (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Mauvaise gargote où l’on vend du vin sans raisin. Allusion à l’usage ancien de placer comme enseigne, au-dessus de la porte d’entrée, une branche de sapin ou de houx ; cela se nomme un bouchon (Argot du peuple).

France, 1907 : Bourse, argot des voleurs, corruption de pouchon, pochon, poche. On disait aussi bourçon. — Bouteille de vin cachetée et, par métonymie, cabaret. — S’emploie aussi pour acabit, qualité : Être d’un bon bouchon, être amusant, de bonne humeur, gai compagnon. S’asseoir sur le bouchon, s’entendre condamner à la prison ; argot des voleurs.

Boulangers de l’impératrice

Merlin, 1888 : Autrefois Pénitenciers — par allusion à leur tenue de couleur grise.

Bouline

Vidocq, 1837 : s. f. — Bourse.

Rigaud, 1881 : Quête simulée faite dans les foires entre truqueurs pour chauffer le zèle des badauds.

Virmaître, 1894 : Cette expression désigne une vieille coutume en usage dans les petites fêtes locales. Les camelots qui font ces fêtes se cotisent pour produire une certaine somme elle est destinée à faire boire le garde-champêtre pour détourner sa surveillance ou à l’indemniser s’il y consent pendant qu’un des compères qui tient un jeu de hasard vole les paysans. Bouliner, faire le tour de la bouline (Argot des camelots).

Hayard, 1907 : Fête des marchands en certains lieux.

France, 1907 : Collecte.

Les truqueurs des foires de village font ce qu’ils nomment une bouline, c’est-à-dire une collecte entre eux, et ils chargent un compère de distraire le surveillant, de l’emmener à l’écart, de l’inviter et de le griser. Alors, malheur aux pauvres pétrousquins (particuliers) qui s’aventurent à jouer ! ils sont rançonnés sans merci.

(Privat d’Anglemont)

Bourgeois

d’Hautel, 1808 : Il se promène la canne à la main comme un bourgeois de Paris. Se dit d’un marchand qui a fait fortune et qui est retiré du commerce. On se sert aussi de cette locution et dans un sens ironique en parlant d’un ouvrier sans emploi, sans ouvrage et qui bat le pavé toute la journée.
Cela est bien bourgeois. Pour dire vulgaire, sot, simple et bas : manière de parler, usitée parmi les gens de qualité, à dessein de rabaisser ce qui vient d’une condition au-dessous de la leur.
Mon Bourgeois. Nom que les ouvriers donnent au maître qui les emploie.

Halbert, 1849 : Bourg.

Larchey, 1865 : Le bourgeois du cocher de fiacre, c’est tout individu qui entre dans sa voiture.

Chez les artistes, le mot Bourgeois est une injure, et la plus grossière que puisse renfermer le vocabulaire de l’atelier.

 

Le Bourgeois du troupier, c’est tout ce qui ne porte pas l’uniforme.

(H. Monnier)

Delvau, 1866 : s. m. Expression de mépris que croyaient avoir inventée les Romantiques pour désigner un homme vulgaire, sans esprit, sans délicatesse et sans goût, et qui se trouve tout au long dans l’Histoire comique de Francion : « Alors lui et ses compagnons ouvrirent la bouche quasi tous ensemble pour m’appeler bourgeois, car c’est l’injure que ceste canaille donne à ceux qu’elle estime niais. »

Delvau, 1866 : s. m. Patron, — dans l’argot des ouvriers ; Maître, — dans l’argot des domestiques. On dit dans le même sens, au féminin : Bourgeoise.

Delvau, 1866 : s. m. Toute personne qui monte dans une voiture de place ou de remise, — à quelque classe de la société qu’elle appartienne. Le cocher ne connaît que deux catégories de citoyens ; les cochers et ceux oui les payent, — et ceux qui les payent ne peuvent être que des bourgeois.

Rigaud, 1881 : Anti-artistique, — dans le jargon des artistes. Ameublement bourgeois.

Rigaud, 1881 : Imbécile, homme sans goût, — dans le jargon des peintres qui sont restés des rapins, — Voyageur, — dans le jargon des cochers. — Individu dans la maison duquel un ouvrier travaille. — Maître de la maison dans laquelle est placé un domestique.

France, 1907 : Terme de mépris pour désigner un homme vulgaire, sans délicatesse, sans goût, sans connaissances artistiques ou littéraires. Certains fabricants de romans ou de tableaux ont souvent des idées plus bourgeoises que beaucoup d’épiciers. Mener une vie bourgeoise, c’est couler une existence tranquille, monotone, sans incidents. Le mot n’est pas neuf, Alfred Delvau l’a relevé dans l’Histoire comique de Francion : « Alors, lui et ses compagnons ouvrirent la bouche quasi tous ensemble pour m’appeler bourgeois, car c’est l’injure que ceste canaille donne à ceux qu’elle estime niais. »
Ce nom, depuis si longtemps en discrédit chez les amis de l’art pour l’art, a reçu une très bonne définition de Théophile Gautier : « Bourgeois, dit-il, ne veut nullement dire un citoyen ayant droit de bourgeoisie. Un duc peut être bourgeois dans le sens détourné où s’accepte ce vocable. Bourgeois, en France, a la même valeur ou à peu près que philistin en Allemagne, et désigne tout être, quelle que soit sa position, qui n’est pas initié aux arts, ou ne les comprend pas. Celui qui passe devant Raphaël et se mire aux casseroles de Drolling, est un bourgeois. Vous préférez Paul de Kock à lord Byron ; bourgeois ; les flonflons du Vaudeville aux symphonies de Beethoven : bourgeois. Vous décorez votre cheminée de chiens de verre filé : bourgeois. Jadis même, lorsque les rapins échevelés et barbus, coiffés d’un feutre à la Diavolo et vêtus d’un paletot de velours, se rendaient par bandes aux grandes représentations romantiques, il suffisait d’avoir le teint fleuri, le poil rasé, un col de chemise en équerre et un chapeau tuyau de poêle pour être apostrophé de cette qualification injurieuse par les Mistigris et les Holophernes d’atelier. Quelquefois le bourgeois se pique de poésie et s’en va dans la banlieue entendre pépier le moineau sur les arbres gris de poussière, et il s’étonne de voir comment tout cela brille romantiquement au soleil.
Maintenant il est bien entendu que le bourgeois peut posséder toutes les vertus possibles, toutes, les qualités imaginables, et même avoir beaucoup de talent dans sa partie : on lui fait cette concession ; mais, pour Dieu, qu’il n’aille pas prendre, en face d’un portrait, l’ombre portée du nez pour une tache de tabac, il serait poursuivi des moqueries les plus impitoyables, des sarcasmes les plus incisifs, on lui refuserait presque le titre d’homme ! »

Nous, les poètes faméliques
Que bourgeois, crétins et pieds-plats
Lorgnent avec des yeux obliques…

(Paul Roinard, Nos Plaies)

Henri Monnier, en 1840, a expliqué complètement les différentes significations de ce mot : « Les grands seigneurs, si toutefois vous voulez bien en reconnaître, comprennent dans cette qualification de bourgeois toutes les petites gens qui ne sont pas nés. Le bourgeois du campagnard, c’est l’habitant des villes. L’ouvrier qui habite la ville n’en connaît qu’un seul : le bourgeois de l’atelier, son maître, son patron. Le bourgeois du cocher de fiacre, c’est tout individu qui entre dans sa voiture. Chez les artistes, le mot bourgeois est une injure, et la plus grossière que puisse renfermer le vocabulaire de l’atelier. Le bourgeois du troupier, c’est tout ce qui ne porte pas l’uniforme. Quant au bourgeois proprement dit, il se traduit par un homme qui possède trois ou quatre bonnes mille livres de rente. »
Ajoutons qu’à l’heure actuelle, pour certains ouvriers obtus, bourgeois est un terme de mépris ou de haine à l’égard de tout individu qui porte redingote et chapeau et ne vit pas d’un travail manuel, ne se rendant pas compte que nombre de ces prétendus bourgeois, employés de bureaux, commis de magasins, gagnent moins qu’eux, et sont plus à plaindre, ayant à garder un décorum dont l’ouvrier est exempt.
Mon bourgeois, dans l’argot populaire, se dit pour : mon mari. Se mettre en bourgeois se dit d’un militaire qui quitte l’uniforme. Se retirer bourgeois, ambition légitime des ouvriers et paysans, ce qui a fait dire à l’auteur du Prêtre de Némi : « Un bourgeois est un anarchiste repentant. »

Quand un bourgeois est cocu.
Mon cœur, triste d’ordinaire,
Est heureux d’avoir vécu
Et ce fait le régénère.

(A. Glatigny)

Bout

d’Hautel, 1808 : S’il en avoit autant sur le bout de la langue. Se dit par reproche à un homme sans pitié pour le mal d’autrui, d’un égoïste qui se permet des railleries, de sottes plaisanteries sur les maux qui affligent ses semblables.
Tu n’es pas au bout. Se dit à quelqu’un qui perd courage aux premiers obstacles qui se rencontrent dans une entreprise.
Être au bout de son rôdet. Ne savoir plus que dire, avoir épuisé toute sa science, toutes ses ressources.
Il manque à tout bout de champ. Pour dire à tout heure, à chaque minute.
Avoir quelque chose au bout de la langue. Ne pouvoir se souvenir de quelque chose à point nommé.
On y touche du bout du doigt. Manière exagérée de dire qu’on est très-proche d’un lieu.
C’est tout le bout du monde, s’il en aura assez. Pour c’est douteux, incertain ; c’est tout au plus, etc.
Un bout d’homme ; un petit bout d’homme. Terme de raillerie, pour dire un homme d’une petite stature, d’une très-foible complexion.
Au bout du compte. Pour, après tout ; tout considéré.
Savoir quelque chose sur le bout de son doigt. C’est-à-dire, en être bien pénétré, le savoir par cœur.
Tenir le bon bout. Avoir par-devers soi la chose principale ; avoir en sa possession l’argent, qui fait le fond essentiel de toute affaire.
Il ne l’aura que par le bon bout. C’est-à-dire, après avoir bien plaidé, bien contesté.
Brûler la chandelle par les deux bouts. Manger son fonds avec son revenu ; être d’une grande prodigalité.
Une économie de bouts de chandelle. Parcimonie, avarice, épargne qui n’est d’aucune utilité.
Le bout de la rue fait le coin. Facétie.
Au bout de l’aune faut le drap. Voyez Drap.

Delvau, 1864 : Le membre viril, qui ressemble à un bout de quelque chose — de bien agréable pour la femme.

Le pauvre monsieur Cabout,
Dont le bout
Est toujours petit et mince.

(Tallemant des Réaux)

Fustier, 1889 : Congé, renvoi.

La Rue, 1894 : Congé. Renvoi.

France, 1907 : Renvoi. Flanquer son bout à quelqu’un, le renvoyer. Bout coupé, cigare dont les extrémités sont coupées. Se dit aussi pour Juif. Bout de cigare, de cul, d’homme, de femme, personne de petite taille. Avoir son bout de bois, être gris.

Boxon

un détenu, 1846 : Maison de filles.

Delvau, 1864 : Bordel, probablement parce que, comme on y va gris, on s’y boxe souvent, — et non comme l’avance Francisque Michel, sans preuves à l’appui, parce qu’il y avait autrefois, à la porte de ces maisons-là, comme à la porte des cabarets, un rameau de buis (en lat. buxus).

Y dit qu’dans tous les boxons
On le r’çoit en paillasson.

(Dumoulin)

Delvau, 1866 : s. m. Mauvais lieu habité par de jolies filles, — dans l’argot des faubouriens.

Virmaître, 1894 : Maison de tolérance. Maison mal famée, dit le sénateur Bérenger, sans doute parce qu’il y a de fort jolies femmes. Question d’appréciation (Argot du peuple). V. Bocard.

Rossignol, 1901 : Voir bocard.

Hayard, 1907 : Maison de tolérance.

France, 1907 : Maison de prostitution.

Brindezingues

d’Hautel, 1808 : Être dans les brindezingues. Signifie avoir une pointe de vin, être en gaieté ; être à demi gris.

Brioche

d’Hautel, 1808 : Il est un peu brioche. Se dit en riant d’un homme qui est un peu gris et que le vin fait babiller plus que de coutume.
C’est la Reine d’Antioche qui mange plus de pain que de brioche. Bouts rimés dont on se sert pour railler une femme qui, dépourvue de naissance et de fortune, fait la précieuse, la mijaurée, la bégueule, et veut prendre les airs et le ton des grands, des gens de qualité.

Larchey, 1865 : Voir boulette.

Delvau, 1866 : s. f. Grosse bévue, faute grossière, — dans l’argot des bourgeois.

Brouillard (être dans le)

Larchey, 1865 : Être absorbé par l’ivresse.
Chasser le brouillard : Boire un verre d’eau-de-vie dont la chaleur combat, dit-on, les mauvais effets de l’humidité. — On dit tuer le ver par un motif analogue ; — l’alcool pris à jeun passe pour causer de vives contrariétés aux helminthes et aux ascarides vermiculaires. — Ces deux termes peuvent être considérés comme une allusion ironique aux prétextes hygiéniques des buveurs d’alcool.

France, 1907 : Être gris, commencer à y voir trouble. Chasser le brouillard, boire un verre d’eau-de-vie ; faire du brouillard, fumer.

Il n’était pas de semaine que quelques-uns ne se fissent prendre et ne payassent chèrement le court plaisir qu’ils avaient goûté à faire du brouillard.

(Alphonse Humbert, Mon bagne)

Brouillards (être dans les)

Delvau, 1866 : Être gris à n’y voir plus clair pour se conduire.

Rigaud, 1881 : Être en état d’ivresse. — Chasser le brouillard, inaugurer la journée par un verre de n’importe quoi. — Au XVIIIe siècle l’expression : Être dans le brouillard équivalait, en style de gens de lettres, à être dans le malheur.

Broussailles

d’Hautel, 1808 : Être dans les broussailles. Signifie avoir trop bu d’un coup ; être gris.

Brûlé (être)

Delvau, 1866 : Être déjoué par la police, dans l’argot des voleurs.

Delvau, 1866 : N’inspirer plus aucune confiance dans les endroits où l’on était bien reçu, où l’on avait crédit sur sa mine. Argot des bohèmes et des escrocs.

France, 1907 : N’inspirer plus de confiance dans les endroits où l’on était bien reçu ; avoir perdu tout crédit. « Il est brûlé chez ses fournisseurs. » Un politicien brûlé est un homme qui a perdu toute influence ; un auteur ou un acteur brûlé est celui qui a perdu la faveur du public. Se dit aussi pour être démasqué, mis à jour.

Voyez-vous cet inspecteur obligé de rester dix heures en surveillance dans une rue de la Villette ou des Batignolles et ayant pour toutes ses dépenses trente-cinq centimes dans sa poche, juste deux sous de plus que le Juif errant ! il lui faut arpenter le pavé de long en large comme une sentinelle. Au bout d’une heure, tout le quartier l’a remarqué et se le montre. Comme on dit, en termes du métier, « il est brûlé ».

(Hogier-Grison, La Police)

Buvaillon

Rigaud, 1881 : Apprenti buveur qu’un verre de vin grise.

Cagnotte

Larchey, 1865 : « Espèce de tirelire d’osier recevant les rétributions des joueurs. »

(Montépin)

Delvau, 1866 : s. f. Rétribution tacitement convenue qu’on place sous le chandelier de la demoiselle de la maison. Argot des joueurs du demi-monde.

France, 1907 : Argent prélevé sur les joueurs pour couvrir les frais du jeu.

Et on lui explique complaisamment de quelle façon on entendait faire marcher le cercle ; comment on y attirerait les joueurs, comment on les pousserait à se ruiner, et comment la cagnotte s’engraisserait à leurs dépens.

(Hogier-Grison, Le Monde où l’on triche)

— La cagnotte !… Voilà le plus clair du baccara… Oh ! la belle et bonne nourrice qu’une cagnotte !… Elle produit ici, petit cercle, partie moyenne, de dix-huit cents à quatre mille francs par soirée… Chez les frères Benoit, c’est le double, le triple… et encore, comme les directeurs trouvent que ce rendement n’est pas suffisant, les croupiers ont la consigne de l’augmenter le plus qu’ils peuvent.

(E. Lepelletier)

Faire une cagnotte, mettre en réserve les gains ou une partie des gains pour une dépense commune.

Caillou

Delvau, 1866 : s. m. Figure grotesque, — dans l’argot des voyous. Signifie aussi Nez.

Rigaud, 1881 : Figure. — Se sucer le caillou, s’embrasser. — Avez-vous fini de vous sucer le caillou ?

Rigaud, 1881 : Nez, — dans le jargon des voyous. (A. Delvau)Avoir son caillou, être légèrement pris de vin.

La Rue, 1894 : Bonne tête, Naïf. Crâne. Nez.

Virmaître, 1894 : Tête. Il a rien un sale caillou (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Tête.

Hayard, 1907 : Tête chauve.

France, 1907 : Figure, crâne. Caillou déplumé, tête chauve. On dit aussi dans le même sens : n’avoir plus de mousse sur le caillou.

Un affreux rôdeur de barrière comparaît en cour d’assises ; il a assassiné un malheureux vieillard sans défense.
— Votre profession ?
— Casseur de cailloux.
Et il jette un regard menaçant et féroce sur le crâne chauve du président !

Se dit aussi simplement pour tête.

Si l’bigornot barr’ ton trimin,
Sur le caillou mets-lui un pain.

(Hogier-Grison)

Le mot caillou désigne également un naïf qui, dans les salles de vente, se laisse entraîner et se voit adjuger l’objet beaucoup plus cher qu’il ne vaut.

Calège

Vidocq, 1837 : s. f. — Quoiqu’on ne rencontre pas la Calège sur la voie publique, elle n’est pas cependant une femme honnête ; ses appas sent la marchandise qu’elle débite, mais elle vend très-cher ce que la Ponante et la Dossière (voir ces mots), livrent à un prix modéré ; sa toilette est plus fraîche, ses manières plus polies, mais ses mœurs sont les mêmes ; la Ponante danse le chahut à la Courtille ; la Calège danse le cancan au bal Musard ; l’une boit du vin à quinze et se grise ; l’autre boit du champagne et s’énivre ; la première a pour amant un Cambriolleur ou un Roulotier ; l’amant de la seconde est faiseur ou escroc. Il ne faut pas juger sur l’étiquette du sac.

Larchey, 1865 : Prostituée élégante, et associée à des hommes dangereux.

Elle vend très-cher ce que la ponante et la dossière livrent à des prix modérés. Sa toilette est plus fraîche ; ses manières plus polies. Elle a pour amant un faiseur ou un escroc, tandis que les autres sont associées à un cambriolleur ou à un roulotier.

(Vidocq)

Vient de cale, qui signifiait grisette au dix-septième siècle.

Gombault, qui se piquait de n’aimer qu’en bon lieu, cajolait une petite cale crasseuse.

(Tallemant des Réaux)

Rigaud, 1881 : Fille richement entretenue, — dans le jargon des voleurs. C’est-à-dire fille calée, par altération.

La Rue, 1894 : Fille entretenue richement.

Caler l’avaloir (se)

France, 1907 : Manger, s’emplir la bouche.

Disciple de la bande noire,
Pour bien te caler l’avaloire,
Dans la complouse de Poissy
J’en tressais, t’en tressais aussi.

(Chanson d’un voleur, recueillie par Hogier-Grison)

On dit aussi dans le même sens : se caler les joues.

— Dis donc, hé ! Larfouillat, écoute un peu voir que je te raconte quelque chose.
Larfouillat, qui était en train de se caler les joues avec une briffe de pain, — pour n’en pas perdre l’habitude — s’interrompit pour répondre à Couchobloc :
— Tu vas encore me faire une cochonne farce ! Merci, j’en ai assez !

(La Baïonnette)

Caleter ou calter

France, 1907 : Décamper.

Si tu dis : Un millet qui tombe !
Si ça perd, calte comme bombe.

(Hogier-Grison, Maximes des tricheurs)

Calot

Larchey, 1865 : Dé à coudre, coquille de noix (Vidocq). — Comparaison de ces objets à la calotte qui est de même forme. — Calot : Teigneux. Mot à mot : ayant une calotte de teigne.

Delvau, 1866 : s. m. Dé à coudre, — dans l’argot des voleurs. Signifie aussi coquille de noix.

Delvau, 1866 : s. m. Grosse bille avec laquelle on cale en jouant, — dans l’argot des enfants.

Rigaud, 1881 : Dé à coudre, parce qu’il a la forme d’une calotte microscopique.

Rigaud, 1881 : Képi, — dans le jargon de Saint-Cyr.

Récompense honnête à qui rapportera le calot 3118.

(La Vie moderne, 30 août 1879)

Rigaud, 1881 : Vieillard, vieille femme ridicule, — dans l’ancien jargon des clercs de notaire.

Quant aux farces d’étude, c’est ordinairement sur de vieilles ganaches, sur ce que les clercs appellent des calots, qu’ils les exercent.

(Le Peintre des coulisses, 1822)

Dans le jargon moderne des commis de la nouveauté, un calot désigne un acheteur qui borne ses achats à un objet de peu d’importance, à une paire de gants à 29 sous par exemple.

Fustier, 1889 : Argot des commis de nouveautés : acheteur difficile, ennuyeux à servir.

Dans notre argot, nous appelons la femme qui nous énerve, un calot.

(P. Giffard)

V. Delvau. Suppl. Madame Canivet.

La Rue, 1894 : Dé à coudre. Coquille de noix. Œil saillant. Officier supérieur.

Virmaître, 1894 : Grosse bille avec laquelle les enfants jouent à la poucette (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Synonyme de jeu de biribi.

France, 1907 : Dé à coudre, coquille de noix ; diminutif de calotte. Se dit aussi pour la calotte d’écurie que portent les militaires.

France, 1907 : Œil. Boiter des calots, loucher. Reluquer des calots, regarder.

France, 1907 : Sorte de jeu où le joueur est toujours volé. En voici l’explication par Hogier-Grison :

Le bonneteau n’est pas le seul jeu tenu par les croupiers de barrières. Ils en ont une série d’autres dont le fonctionnement ostensible est aussi simple et dont le truc caché est aussi dangereux.
Voici, par exemple, le calot, plus terrible encore que le bonneteau. Il se compose de trois quilles creuses, sous l’une desquelles le teneur place une petite boule appelée le mouton.
Il exige un personnel de quatre comtes ou compères, parmi lesquels un comte en blanc qui ne joue jamais, mais qui est chargé du rapport.
C’est un peu le jeu des gobelets et de la muscade ; le teneur s’installe ; il met le mouton sur une petite table, et le recouvre d’une quille :
— La boulette ! dit-il, elle passe, la boulette’… la boulette’… la boulette… Et, en même temps, il change les quilles de place, les faisant passer tour à tour à droite, à gauche, au milieu, en les glissant sur la table de telle sorte que la boulette ne puisse sortir. Il s’arrête :
— Un louis à qui désigne la quille où se trouve la boulette ! crie-t-il.
Un des « comtes » montre un des calots :
— Elle est là, répond-il.
Le teneur soulève la quille, la boulette n’y est pas.
— Farceur, dit un autre « comte », la voici.
Et il soulève le calot sous lequel est le mouton.
— C’est bien simple, ajoute-t-il ; vous n’avez donc pas suivi le mouvement du joueur ? la boulette est toujours sous la même quille ; il y a qu’à ne pas perdre la quille de vue…
Bientôt le public s’en mêle ; le jeu change. Le teneur pose la boulette sur la table, la recouvre d’une quille, fait passer les deux autres, et tout en faisant ce double mouvement, il roule la boulette jusque dans ses doigts, où elle reste cachée, de façon qu’il n’y a plus de boulette du tout. Le pigeon peut ponter sur n’importe quelle quille, il a toujours perdu.

(Le Monde où l’on triche)

Calouquet

Rigaud, 1881 : Étudiant en médecine. À cause de l’ancien béret, nommé calouquet, qui servait de coiffure aux étudiants.

Les grisettes du pays latin ne disent pas Carabin, c’est Calouquet.

(Les Voleurs et les volés, 1840)

Camarluche

Virmaître, 1894 : Camarade (Argot du peuple).

France, 1907 : Camarade.

Pegriots, mes bons camarluches,
Vous tous qui n’êtes pas des bûches,
Dans vot’ loche entrez les conseils
D’un vieux roumard, un d’vos pareils.

(Hogier-Grison, Pigeons et vautours)

Campo

Delvau, 1866 : s. m. Congé, — dans l’argot des écoliers et des employés, qui ne sont pas fâchés d’aller ad campos et de n’aller ni à leur école ni à leur bureau. Avoir campo. Être libre.

France, 1907 : Congé, argot des employés, de ad campos, aller aux champs.

Les jours où j’avais campo, j’allais, en bon père, promener mes deux mioches aux Champs-Élysées… Je ne dépensais pas un sou…

(Hogier-Grison, Le Monde où l’on triche)

Partant de Saint-Malo,
Je file à Chicago ;
L’Europe est rococo
Et dure au populo !
Tandis qu’on a campo,
Détalons subito
Vers cet Eldorado
Où fleurit le coco !

(Paul Ferrier)

Canardier

M.D., 1844 : Crieur public.

Larchey, 1865 : Crieur, confectionneur de fausses nouvelles.

Place au célèbre Édouard, le canardier par excellence, le roi des crieurs publics !

(Privat d’Anglemont)

Delvau, 1866 : s. m. Crieur de journaux. Signifie aussi journaliste.

Rigaud, 1881 : Ouvrier typographe attaché à la composition d’un journal ou canard. Pour les typographes, tous les journaux, depuis le Journal officiel jusqu’au Journal… des chiffonniers, sont des canards.

Boutmy, 1883 : s. m. Compositeur d’un journal.

France, 1907 : Crieur de journaux, fabricant de fausses nouvelles et, par conséquent, journaliste.

Ne croyez point que le journal, qui vous parait si expert en matière d’escroqueries, soit à l’abri d’une fraude ! Non, quelque méfiant qu’il puisse être, quelque mis en garde qu’il soit contre l’adresse des filous, le « chef d’échos » ou de « faits divers », ou d’une rubrique quelconque, est sans cesse visé par le canardier.

(Hogier-Grison, Le Monde où l’on flibuste)

C’est aussi un typographe attaché à un journal.

Capucine

Larchey, 1865 : « Veuillez excuser notre ami, il est gris jusqu’à la troisième capucine. » — Murger. — C’est comme si l’on disait : Il en a par dessus le menton. La troisième capucine est très-près de la bouche du fusil.

Carabine

Halbert, 1849 : Grisette d’étudiant.

Delvau, 1864 : Femme qui fréquente les élèves en médecine et se fait carabiner par eux.

… Son petit air mutin
Plaît fort au quartier Latin.
C’est Flora, la carabine,
Dont la mine si lutine,
Promet à chacun son tour
Un beau jour d’amour.

(J. Choux)

Larchey, 1865 : Fouet de conducteur du train. — Allusion ironique à son claquement.

Delvau, 1866 : s. f. Fouet, — dans l’argot des soldats du train.

Delvau, 1866 : s. f. Maîtresse d’étudiant.

Rigaud, 1881 : Demoiselle du quartier latin vouée aux étudiants en médecine, vulgo « carabins ».

France, 1907 : Maîtresse d’un carabin. C’est aussi le fouet d’un conducteur du train des équipages.

Carton

Larchey, 1865 : Carte à jouer.

Je n’ai pas parlé des tables d’hôte où on donne le carton, c’est-à-dire où l’on fait jouer.

(Lespès)

Lorsqu’on a dîné entre amis, il faut bien remuer des cartons peints pour se dégriser.

(About)

Delvau, 1866 : s. m. Carte à jouer, — dans l’argot de Breda-Street, où fleurit le lansquenet. Manier le carton. Jouer aux cartes. — On dit aussi Graisser le carton et Tripoter le carton. Maquiller le carton. Faire sauter la coupe.

Rigaud, 1881 : Carte à jouer. Manier, patiner, tripoter le carton, jouer aux cartes.

Hayard, 1907 : Sans argent ; (être) être refait.

France, 1907 : Carte à jouer. Manier, tripoter, graisser, patiner le carton se disent pour jouer aux cartes. Maquiller le carton, c’est tricher an jeu.

Cartonner

Rigaud, 1881 : Jouer aux cartes. Passer sa vie à cartonner.

France, 1907 : Jouer aux cartes.

Après avoir fait ses adieux à la belle enfant, qui s’était montrée vraiment très… expansive, il était allé au cercle où il avait passé la nuit à cartonner.

(Gil Blas)

Tout en cartonnant dans ton claque,
Rabats un douillard à ta marque.

(Hogier-Grison, Pigeons et vautours)

Moi, je connais tous les jeux ! Répondit Mon Oncle… j’enseigne même à ceux qui aiment à cartonner tous les moyens de défense possible coutre les trucs, suiffages et biscuits des philosophes les plus émérites… à votre disposition, monsieur !…

(Ed. Lepelletier)

Cartonneur ou cartonnier

France, 1907 : Joueur de cartes passionné.

…De tous les jeux, c’est le baccara qui se prête le mieux aux tricheries : elles se comptent par milliers et les Russes, — ces maîtres dans l’art de corriger la déveine, — en inventent tous les jours. Les Marseillais et les Toulousains, ces redoutables cartonneurs, en apportent chaque saison à Paris et les expérimentent dans les casinos des stations balnéaires et thermales.

(Hogier-Grison, Le Monde où l’on triche)

Case

Delvau, 1864 : La nature de la femme, — dans laquelle se trémousse si agréablement le petit oiseau à longue queue que les savants appellent penis et les ignorants, pine.

Des autres perroquets il diffère pourtant,
Car eux fuient la cage, et lui, il l’aime tant,
Qu’il n’y est jamais mis qu’il n’en pleure de joie.

(Cabinet satyrique)

Elle le prit de sa main blanche,
Et puis dans sa cage le mit.

(Regnard)

Lisette avait dans un endroit
Une cage secrète :
Lucas l’entrouvrit, et tout droit
D’abord l’oiseau s’y jette.

(Collé)

Delvau, 1866 : s. f. Maison, logement quelconque, — dans l’argot du peuple, qui parle latin sans le savoir. Le patron de la case. Le maître de la maison, d’un établissement quelconque ; le locataire d’une boutique, d’un logement.

France, 1907 : Habitation, lieu où l’on demeure : du latin casa. Le patron de la case, le chef de l’établissement.
C’est aussi, au masculin, l’abréviation de casino.

Travaille dans les rups bastringues,
Au case avec tes belles fringues,
Monte vite un chaud reversy…
Pour si peu t’auras pas Poissy…

(Hogier-Grison, Pigeons et vautours)

Casque (avoir son)

Delvau, 1866 : v. a. Être complètement gris, — ce qui amène naturellement une violente migraine, celle que les médecins appellent galea, parce qu’elle vous coiffe comme avec un casque.

Casquette (être)

Delvau, 1866 : v. n. Être sur la pente d’une forte ivresse, avoir son casque.

France, 1907 : Être ivre.

T’en souviens-tu, j’avais une jaquette
Qui nous servait, en hiver, d’édredon ?
Dans ce temps-là, j’étais souvent casquette,
Et tu m’app’lais ton chéri, ton trognon.
Dans ce temps-là, t’avais, simple grisette,
Moins de velours sur un corps plus dodu…

(Léon Rossignol)

Se dit aussi de quelqu’un qui a les manières communes et brutales.

Catir (se)

France, 1907 : Se vêtir ; s’envelopper.

En sa mignonne poitrine de vierge, son cœur dormait comme une rose de Noël sous la neige. Sa seule joie était de savourer au printemps le réveil de la forêt, de se plonger dans la fraicheur des cépées reverdies, de se griser de l’odeur des muguets et de s’épanouir au grand soleil. Durant l’hiver, ou les jours pluvieux, elle se catissait dans vue limousine, tête basse, et se recroquevillait frileusement près des fourneaux à charbon. La lumière la dégourdissait et elle allait joyeusement vers le soleil levant, comme on va à la fête.

(André Theuriet)

Clémens, 1840 : Argent.

Larchey, 1865 : Argent. V. Chêne.

La Rue, 1894 : Argent (métal). Tout de cé, très bien.

France, 1907 : Argent. Attache de cé, boucle d’argent. Bogue de cé, montre d’argent. Tout de cé, très bien. De cé, sérieusement.

Le prince en ruolz se présenta dans une famille et épousa de cé une riche héritière : puis, le lendemain même de son mariage, il prit la fuite avec la dot se montant à plusieurs millions.

(Hogier-Grison, Le Monde où l’on flibuste)

Cession de pari

France, 1907 : Genre d’escroquerie par laquelle le filou prétend avoir fait un pari sur le favori dans des conditions avantageuses et cède à un naïf son cheval au comptant.

Les lads et les bookmakers ne sont point les seuls escrocs dangereux sur les champs de courses : il est bon de redouter aussi les gentlemen pratiquant la cession de pari et ils sont nombreux ! Nous connaissons maint Anglais véreux dont cette escroquerie est le seul moyen d’existence.

(Hogier-Grison, Le Monde où l’on flibuste)

Chambrer

Delvau, 1864 : Sécurité que l’en prend en renfermant dans sa chambre l’homme ou la femme qu’on destine à ses plaisirs amoureux, dans la crainte qu’ils ne portent à d’autres une partie du tribut que l’on se réserve.

Ailleurs, la comtesse, avec moins d’égards pour son estomac, chambre le joli Fessange.

(Les Aphrodites)

Sachez, dit-il, que je chambre
Certaine femme de chambre.

(Grécourt)

Fustier, 1889 : Perdre, voler. Argot des grecs.

France, 1907 : Voler ; argot des voleurs et des grecs.

C’est un grec de profession. Il a travaillé successivement sous le nom de marquis de… de vicomte de… de comte de… de baron… Il a des commanditaires…. C’est lui qui chambra M. Gordon Bennett pour le compte d’un grand d’Espagne de je ne sais quelle classe.

(Hogier-Grison, Les Hommes de proie)

Chameau

Delvau, 1864 : Fille de mauvaises mœurs, nommée ainsi par antiphrase sans doute, le chameau étant l’emblème de la sobriété et de la docilité, et la gourgandine, l’emblème de l’indiscipline et de la gourmandise.

L’autre dit que sa gorge a l’air d’un mou de veau,
Et toutes sont d’accord que ce n’est qu’un chameau.

(Louis Protat)

Suivre la folie
Au sein des plaisirs et des ris,
Oui, voilà la vie
Des chameaux chéris
À Paris.

(Justin Cabassoc)

Larchey, 1865 : Femme de mauvaise vie. — On dit aussi : Chameau d’Égypte, chameau à deux bosses, ce qui paraît une allusion a la mise en évidence de certains appas.

Qu’est-ce que tu dis là, concubinage ? coquine, c’est bon pour toi. A-t-on vu ce chameau d’Égypte !

(Vidal, 1833)

Cette vie n’est qu’un désert, avec un chameau pour faire le voyage et du vin de Champagne pour se désaltérer.

(F. Deriège, 1842)

Delvau, 1866 : s. m. Compagnon rusé, qui tire toujours à lui la couverture, et s’arrange toujours de façon à ne jamais payer son écot dans un repas ni de sa personne dans une bagarre.

Delvau, 1866 : s. m. Fille ou femme qui a renoncé depuis longtemps au respect des hommes. Le mot a une cinquantaine d’années de bouteille.

Rigaud, 1881 : Homme sans délicatesse. — Terme de mépris à l’adresse d’une femme. — Femme de mauvaise vie qui roule sa bosse comme le chameau la sienne. « La femme est un chameau qui nous aide à traverser le désert de la vie » a dit un insolent dont le nom m’échappe.

France, 1907 : Sale individu, homme sur lequel on ne peut compter, plus disposé à exploiter qu’à aider ses camarades. Encore une bizarrerie de langage à laisser étudier aux étymologistes, car le chameau est un animal utile et fort exploité et sur la sobriété duquel repose le salut des caravanes.

M’est avis que d’entrer en relations avec les pestailles, lez jugeurs et les piliers de prison, ça vous donne le dégoût de ces chameaux, et ça augmente votre haine contre les horreurs sociales.

(Le Père Peinard)

France, 1907 : Substantif masculin employé au féminin pour désigner une vieille ou jeune personne de morale relâchée. D’où peut venir cette expression ? Ce n’est certainement pas des protubérances naturelles au beau sexe. Faut-il voir dans cette singulière appellation une comparaison avec la docilité qu’a le chameau de se coucher pour recevoir sa charge, et celle de la fille qui subit le client ?

Mais ce déballage de honte, cette exhibition de crève-la-faim, cela soulève le cœur des catins de la haute, des salopes bourgeoises, les rivales, ces chameaux vêtues de soie et de fourrures, qui ont des amants dans tous leurs tiroirs, sans avoir, comme toi, l’excuse, la suprême excuse de la faim.

(La Révolte)

Un certain soir, des biches de la haute
Festoyaient dans un restaurant ;
De nous griser ne faisons pas La faute,
Dit l’une, et tenons notre rang !
Alors que nous sommes en noces,
Ne luttons que de gais propos,
Car, si nous nous faisions des bosses…
On nous prendrait pour des chameaux.

Chanceler

Delvau, 1866 : v. n. Être gris à ne plus pouvoir se tenir sur ses jambes, — dans le même argot [du peuple].

Change

Rigaud, 1881 : Trousseau fourni par les maîtresses de maison de tolérance à leurs pensionnaires, — dans le jargon des filles. Rendre son change, laisser ses nippes quand on passe d’une maison dans une autre.

France, 1907 : Substitution d’un jeu de caries prépare à celui qui est sur la table.

Méfiez-vous d’un banquier qui, après avoir pris une poignée de cartes pour servir les tableaux, se démène, fouille dans ses poches, prend son porte-billets, son mouchoir, son étui à cigares, assujettit sa chaise, se penche vers ses voisins, parle au croupier en se penchant sur la table, fait une réclamation bruyante, se querelle avec un ponte, froisse les cartes, se plaignant de leur mauvaise qualité, demande du feu en se tournant un peu de côté, etc., etc. Tout ce manège est pour dérouter l’attention et opérer le change de la poignée de cartes qu’il tient dans la main, afin de les remplacer par d’autres cartes qu’il a sur lui et qui sont « séquencées. »

(Hogier-Grison, Le Monde où l’on triche)

France, 1907 : Vêtement de ville que les maîtresses de lupanar prêtent à une fille qui passe d’une maison dans une autre.

La plupart entrent au bordel ne possédant ni bas, ni souliers, ni chemises. Lorsque c’est à la prison où à l’hôpital qu’elles ont été recrutées, la dame de maison qui les a retenues est obligée de leur envoyer de quoi se couvrir ; et quand elles passent d’un lupanar à un autre, elles ne peuvent le faire qu’avec les vêtements appartenant à la maîtresse qu’elles quittent. Les filles ont une expression pour désigner ce trousseau lorsqu’elles le renvoient à sa propriétaire ; elles disent alors « quelles rendent leur change. »

(Léo Taxil, La Prostitution contemporaine)

Charrieur de ville

Halbert, 1849 : Voleur par les procédés chimiques.

France, 1907 : Voleur qui, à l’aide de drogues, met sa victime dans l’impossibilité de se défendre.
On donne aussi le nom de charrieur, charrieuse à des escrocs des deux sexes chargés de rabattre les pigeons destinés à être plumés dans les tripots clandestins, tripots ordinairement tenus par des femmes. C’est le pendant des rameneurs des cercles.

Dans beaucoup de tripots, dans presque tous même, il y a un mot de passe qu’il faut donner pour entrer. Le mot de passe est communiqué aux joueurs par les charrieurs et les charrieuses qui les racolent.

(Hogier-Grison, Le Monde où l’on triche)

Charron

d’Hautel, 1808 : Ma montre est chez le charron. Réponse facétieuse qu’une personne qui n’a pas de montre fait à celle qui lui demande quelle heure il est.

Delvau, 1866 : s. m. Voleur.

La Rue, 1894 : Voleur.

France, 1907 : Voleur.

Chambre, gerbier, jaunier ou flique
Et si l’un d’eux jappe en musique,
Aie bon estomac, charront,
Et ne leur refil’ pas leur poignon.

(Hogier-Grison, Pigeons et vautours)

Chat

d’Hautel, 1808 : Ce n’est pas lui qui a fait cela ; non, c’est le chat. Locution bouffonne et adversative qui a été long-temps en vogue parmi le peuple de Paris, et dont on se sert encore maintenant pour exprimer qu’une personne est réellement l’auteur d’un ouvrage qu’on ne veut pas lui attribuer ; ou pour affirmer que quelqu’un a commis une faute que l’on s’obstine à mettre sur le compte d’un autre.
Il a autant de caprices qu’un chat a de puces. Se dit d’un enfant fantasque, inconstant et capricieux, comme le sont tous les enfans gâtés et mal élevés.
J’ai bien d’autres chats à fouetter. Pour, j’ai bien d’autres choses à faire que de m’occuper de ce que vous dites.
Il a de la patience comme un chat qui s’étrangle. Se dit par plaisanterie d’une personne vive, impatiente, d’une pétulance extrême, et qui se laisse aller facilement à la colère et à l’emportement.
Il trotte comme un chat maigre. Se dit d’une personne qui marche rapidement et avec légèreté ; qui fait beaucoup de chemin en peu de temps.
Mon chat. Nom d’amitié et de bienveillance que les gens de qualités donnent à leurs protégés, et notamment aux petits enfans.
Il a un chat dans le gosier. Se dit d’un homme de temps qui avale sans cesse sa salive, et qui fait des efforts pour cracher.
Il le guette comme le chat fait la souris. Pour, il épie, il observe soigneusement jusqu’à ses moindres actions.
Acheter chat en poche. Faire une acquisition, sans avoir préalablement examiné l’objet que l’on achette.
Il a emporté le chat. Se dit d’un homme incivil et grossier qui sort d’un lieu sans dire adieu à la société.
Chat échaudé craint l’eau froide. Signifie que quand on a été une fois trompé sur quelque chose, on devient méfiant pour tout ce qui peut y avoir la moindre ressemblance.
Traître comme un chat. Faussaire, hypocrite au dernier degré.
Elles s’aiment comme chiens et chats. Se dit de deux personnes qui ne peuvent s’accorder en semble ; qui se portent réciproquement une haine implacable.
À bon chat bon rat. Pour, à trompeur, trompeur et demi ; bien attaqué, bien éludé.
À mauvais rat faut mauvais chat. Pour, il faut être méchant avec les méchans.
À vieux chat jeune souris. Signifie qu’il faut aux vieillards de jeunes femmes pour les ranimer.
Jeter le chat aux jambes. Accuser, reprocher, rejeter tout le blâme et le mauvais succès d’une affaire sur quelqu’un.
À lanuit, tous chats sont gris. Pour dire que la nuit voile tous les défauts.
Il a joué avec les chats. Se dit de quelqu’un qui a le visage écorché, égratigné.
Il est propre comme une écuelle à chat. Se dit par dérision d’un homme peu soigneux de sa personne, et fort malpropre.
Bailler le chat par les pattes. Exposer une affaire par les points les plus difficiles.
Il entend bien chat, sans qu’on dise minon. Se dit d’un homme rusé et subtil, qui entend le demi-mot.
Il a payé en chats et en rats. Se dit d’un mauvais payeur ; d’un homme qui s’acquitte ric à ric, et en mauvais effets.
Une voix de chats. Voix sans étendue, grêle et délicate.
Une musique de chat. Concert exécuté par des voix aigres et discordantes.
Elle a laissé aller le chat au fromage. Se dit d’une fille qui s’est laissé séduire, et qui porte les marques de son déshonneur.

Bras-de-Fer, 1829 : Geôlier.

Vidocq, 1837 : s. m. — Concierge de prison.

Larchey, 1865 : Guichetier (Vidocq). — Allusion au guichet, véritable chatière derrière laquelle les prisonniers voient briller ses yeux.

Larchey, 1865 : Nom d’amitié.

Les petits noms les plus fréquemment employés par les femmes sont mon chien ou mon chat.

(Ces Dames, 1860)

Delvau, 1866 : s. m. Enrouement subit qui empêche les chanteurs de bien chanter, et même leur fait faire des couacs.

Delvau, 1866 : s. m. Geôlier, — dans le même argot [des voleurs]. Chat fourré. Juge ; greffier.

Delvau, 1866 : s. m. Lapin, — dans l’argot du peuple qui s’obstine à croire que les chats coûtent moins cher que les lapins et que ceux-ci n’entrent que par exception dans la confection des gibelottes.

Rigaud, 1881 : Pudenda mulierum.

Rigaud, 1881 : Couvreur. Comme le chat, il passe la moitié de sa vie sur les toits.

Rigaud, 1881 : Enrouement subit éprouvé par un chanteur.

Rigaud, 1881 : Greffier, employé aux écritures, — dans le jargon du régiment. Et admirez les chassez-croisez du langage argotique : les truands appelaient un chat un greffier et les troupiers appellent un greffier un chat. Tout est dans tout, comme disait Jacotot.

Rigaud, 1881 : Guichetier, — dans l’ancien argot.

La Rue, 1894 : Guichetier. Couvreur. Enrouement subit. Pudenda mulierum.

France, 1907 : Couvreur. Comme les chats, il se tient sur les toits.

France, 1907 : Enrouement. Avoir un chat dans le gosier ou dans la gouttière, être enroué.

France, 1907 : Guichetier d’une geôle.

France, 1907 : Nature de la femme. Au moment où le fameux Jack l’Éventreur terrifiait à Londres le quartier de Whitechapel, le Diable Amoureux du Gil Blas racontait cette lourde plaisanterie :
« — Tond les chiens ! coupe les chats !
Un Anglais se précipite sur le malheureux tondeur en criant :
— Enfin, je te tiens, Jack ! »
Ce quatrain du Diable Boiteux est plus spirituel :

 Prix de beauté de Spa, brune, bon caractère !
 Au harem aurait fait le bonheur d’un pacha ;
 Aime les animaux félins, tigre ou panthère,
 Et possède, dit-on, un fort beau petit chat !

Chez lui, revenant après fête,
Un pochard rond comme un portier,
Faible de jambe et lourd de tête,
Cherchait le lit de sa moitié.

Mais il se glissa près de Laure,
La jeune femme du couvreur…
Et ce n’est qu’en voyant l’aurore
Qu’il s’aperçut de son erreur.

— Que va me dire mon épouse ?
Pensa-t-il. Zut ! Pas vu, pas pris !
Elle ne peut être jalouse,
Car la nuit tous les chats sont gris !

(Gil Blas)

Chat, employé pour le sexe de la femme, n’a aucun sens. Le mot primitif est chas, ouverture, fente, dont on a fait châssis. Les Anglais ont le substantif puss, pussy, pour désigner la même chose, mais ils n’ont fait que traduire notre mot chat.

Chauffer

d’Hautel, 1808 : Je ne me chauffe pas de ce feu-là. Pour, ce n’est pas ma manière de vivre ; je suis bien opposé à ce système.
Ce n’est pas pour vous que le four chauffe. Se dit à ceux que l’on veut exclure d’une chose à laquelle ils prétendent avoir part ; à un homme qui fait le galant auprès d’une femme qu’il ne doit point posséder.
Il verra de quel bois je me chauffe. Espèce de menace, pour dire quel homme je suis.
Allez lui dire cela, et vous chauffer ensuite à son four. Manière de défier quelqu’un d’aller redire à un homme le mal qu’on se permet de dire de lui en arrière.

Larchey, 1865 : Applaudir chaleureusement. V. Chaud.

Elle recueillait les plaintes de son petit troupeau d’artistes… on ne les chauffait pas suffisamment.

(L. Reybaud)

Delvau, 1866 : v. n. Aller bien, rondement, avec énergie.

Rigaud, 1881 : Battre ; arrêter, dans le jargon des voyous. Se faire chauffer, se faire arrêter. — Se faire chauffer par un cerbère, se faire arrêter par un sergent de ville.

Rigaud, 1881 : Faire l’empressé auprès d’une femme. — Stimuler, pousser, jeter feu et flamme. Chauffer des enchères, chauffer une affaire. — Chauffer une entrée, saluer d’une salve d’applaudissements un acteur à son entrée en scène. La mission de la claque est de chauffer le entrées et les sorties des acteurs en vedette.

La Rue, 1894 : Battre. Arrêter. Courtiser avec ardeur. Aller bien, vite. Fouiller pour voler.

Virmaître, 1894 : On chauffe une pièce pour la faire réussir et obtenir un succès. Chauffer une réunion publique. Chauffer une femme : la serrer de près, lui faire une cour assidue. On disait autrefois : coucher une femme en joue. On ajoute de nos jours, par ironie :
— tu ne la tireras pas, ou bien encore : Ce n’est pas pour toi que le four chauffe.
Chauffer
une affaire pour attirer les actionnaires (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Prendre, battre.

Joseph a chauffé sa femme en partie fine avec un amoureux ; il a aussi chauffé l’amoureux de quelques coups de poing.

France, 1907 : Fouiller les poches, voler, Se dit aussi pour châtier.

Si tu fais un faux entiflage,
Choisis une largue en veuvage,
Qu’elle ait du fast, du monaco,
Et puis au jorn’ du conjungo ;
Chauffe l’magot avec madrice,
Cavale en plaquant ton caprice…

(Chanson d’un vieux voleur, recueillie par Hogier-Grison)

Chauffer le four

Delvau, 1866 : v. a. Se griser. Avoir chauffé le four. Être en état d’ivresse.

Rigaud, 1881 : Boire beaucoup. — Ce n’est pas pour lui que le four chauffe, le profit, l’agrément ne sera pas pour lui.

France, 1907 : Se griser.

La fille — Ah ! t’as soif, cher trésor, et tu me l’disais pas !… Si soif que ça !
Le passant — J’en crève !
La fille — T’as chauffé le four, pas vrai, brigand ! t’es n’en ribotte !… J’connais ça, vu qu’ça m’arrive encore pus souvent qu’à mon tour…

(Henry Monnier, Les Bas-fonds de la société)

Chemise

d’Hautel, 1808 : Ils ne font plus qu’un cul, qu’une chemise. Locution ironique et triviale qui se dit des personnes qui sont toujours ensemble ; et qui après avoir été brouillées, vivent dans une grande familiarité.
La chemise est plus près que le pourpoint. C’est-à-dire qu’en toute affaire les intérêts personnels doivent passer avant ceux des autres.
Être en chemise. Gallicisme ; n’avoir d’autre vêtement sur soi qu’une chemise.
Il mangera jusqu’à sa dernière chemise. Se dit d’un bélître, d’un prodigue, d’un homme adonné au jeu, à la débauche, au libertinage

Rigaud, 1881 : « Dans les tripots, la chemise est la carte que le banquier est tenu de mettre en sens inverse sous le paquet de cartes qu’il a en main, afin d’en cacher la dernière. Dans les cercles, on se sert à cet ellet d’une carte noire et épaisse. » (A. Cavaillé, Les Filouteries du jeu.) Cette carte a reçu le nom de « négresse » par allusion à sa couleur. C’est avec la négresse que l’on fait couper.

France, 1907 : Carte placée sons le jeu.

Méfiez-vous d’un banquier qui ne prend que très peu de cartes en main et qui oublie de placer sous la dernière une chemise ou « carte muette ». Celui-ci veut faire son point en voyant la « bergére », c’est-à-dire la dernière carte.

(Hogier-Grison, Le Monde où l’on triche)

Chérance (être en)

France, 1907 : Être ivre. Devenir en chérance, devenir cher.

Puisque tout devient en chérance,
Blasonné, t inot’ la séquence,
Décolle, recolle un sixain ;
Touche l’papier, fais-toi la main…

(Hogier-Grison, Pigeons et vautours)

Cheval de retour

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Forçat évadé et repris.

Bras-de-Fer, 1829 : Forçat évadé.

Vidocq, 1837 : s. m. — Celui qui est conduit au bagne pour la deuxième fois.

Larchey, 1865 : Condamné conduit au bagne pour la seconde fois.

C’est un cheval de retour, vois comme il tire la droite.

(Balzac)

Delvau, 1866 : s. m. Vieux forçat, récidiviste.

Rigaud, 1881 : Ancien forçat. — Récidiviste, celui qui a la nostalgie de la prison.

La Rue, 1894 : Récidiviste.

Rossignol, 1901 : Celui qui a déjà été condamne et qui retourne en prison est cheval de retour.

France, 1907 : Récidiviste, prisonnier échappé ou que l’on renvoie une seconde fois au bagne.

La Préfecture de police compte aujourd’hui une collection de plus de quatre-vingt mille têtes de criminels, et, à chaque instant, cette collection sert aussi bien en province qu’à Paris à reconstituer l’identité de dangereux chevaux de retour, qui, sans elle, protesteraient de l’immaculée blancheur de leur casier judiciaire.

(Hogier-Grison, La Police)

Cheval mort

France, 1907 : On appelle ainsi, en terme de courses, un cheval qui, bien que porté sur la liste, ne doit point courir.

Le propriétaire, l’entraîneur, le jockey ou même quelquefois le lad de l’écurie ayant renseigné le maître filou, celui-ci s’empresse de donner le cheval mort à une cote superbe. On le prend naturellement à la préférence d’un autre et le tour est joué…

(Hogier-Grison, Le Monde où l’on flibuste)

Cheveux (se faire des)

Rigaud, 1881 : S’impatienter, se morfondre, se faire de la bile. — Se faire des cheveux gris, même signification, — dans le jargon du peuple.

Mais pourquoi qu’a m’fait des ch’veux gris ?
Faudrait qu’j’y fout’ l’argent d’mes s’maines.
J’ai beau y coller des châtai’nes,
A r’pique au tas tous les samedis.

(La Muse à Bibi, nocturne, 1879)

Fustier, 1889 : S’inquiéter, se tourmenter.

Chibis (faire)

France, 1907 : S’échapper de prison.

J’ai fait chibis. J’avais la frousse
Des préfectanciers de Pantin.
À Pantin, mince de potin !
On y connait ma gargarousse.

(Jean Richepin)

Est-on puni pour avoir pris ?
Non, pour ne pas faire chibis !

(Hogier-Grison)

Chicarder

Larchey, 1865 : Danser le pas chicard.

Quand un bal de grisettes est annoncé, le vaurien va chicarder avec les couturières.

(E. Deriège)

Delvau, 1866 : v. n. Danser à la façon de Chicard, « homme de génie qui a modifié complètement la chorégraphie française », affirme M. Taxile Delord.

France, 1907 : Danser le pas chicard. « On a fait un adjectif du mot Chicard, et même un verbe, » écrivait Jules Janin.

Je lui colloque des romances un peu chicardes.

(A. Lorentz)

Chien dans le ventre (avoir du)

France, 1907 : Avoir de la force de résistance.

Les agents de la sûreté, pour ce service qui n’a ni commencement ni fin, qui peut durer quelquefois vingt-quatre heures, où il faut marcher par les temps les plus horribles, entouré d’ennemis, risquant sa peau à chaque minute, touchent 1.400 francs, moins la retenue pour pension. Ce n’est pas énorme, n’est-ce pas ? Il faut vraiment avoir du chien dans le ventre pour exercer un pareil métier. Et cependant, non seulement ils l’exercent, mais ils l’aiment, les braves gens, ce métier difficile et dangereux.

(Georges Grison, Figaro, 1886)

Chien du commissaire

Delvau, 1866 : s. m. Agent attaché au service du commissaire ; celui qui, il y a quelques années encore, allait par les rues sonnant sa clochette pour inviter les boutiquiers au balayage.

Rigaud, 1881 : Secrétaire du commissaire de police.

Chaque coup de sonnette lui semblait le coup de sonnette du chien du commissaire.

(E. de Goncourt, La Fille Élisa)

France, 1907 : Secrétaire du commissaire de police.

Dans son langage populaire, le Parisien a donné au secrétaire un singulier surnom. Le voyant dans toutes les expéditions, dans toutes les descentes de justice marcher derrière son patron, il l’a baptisé : le chien du commissaire. C’est tellement passé dans la langue que, même en causant avec les agents, une marchande des quatre-saisons où un camelot se laisseront aller à dire : — Mais puisque j’ai la permission ! C’est le chien du commissaire qui me l’a accordée.

(Hogier-Grison, La Police)

Chiffe (vol à la)

France, 1907 : On appelle ainsi un vol que les couturières commettent sur leurs clientes en prélevant une certaine quantité d’étoffe sur celle qu’on leur fournit. D’après Hogier-Grison, ce vol irait jusqu’à quatre mètres sur vingt, ce qui est assez important pour peu que ce soit une étoffe de luxe. « Si la couturière, ajoute-t-il, a des filles en bas âge, ce vol peut devenir des plus importants, car il est de règle dans le commerce parisien que jamais une entrepreneuse n’achète un pouce d’étoffe pour habiller sa progéniture. »

Chigner

Larchey, 1865 : Pleurer.

Ça lui fera du bien de chigner.

(Balzac)

Rigaud, 1881 : Bouder ; gronder. — Chignard, boudeur, grognon.

Rossignol, 1901 : Griser.

France, 1907 : Larmoyer, pleurer comme les enfants ; aphérèse de rechigner. « Cet affreux marmot ne fait que chigner. »

— Alors, la v’là qui se met à chigner :
— Je vas te dire la vérité… C’est que j’a pas mangé depuis avant-hier.
Du coup, je l’ai lâchée, et j’ai sorti ma pièce de vingt ronds… Je voyais bien qu’elle ne mentait pas. Elle pissait de l’œil avec trop de conviction…
— Si c’est ça, que je lui dis, v’là de quoi aller bouffer…

(Oscar Méténier)

Chiper

d’Hautel, 1808 : Terme d’écolier qui signifie prendre avec adresse, dérober avec subtilité.

Delvau, 1866 : v. a. Dérober, — dans l’argot des enfants ; voler, — dans l’argot des grandes personnes. Peccadille ici, délit là.
Génin donne à ce mot une origine commune au mot chiffon, ou chiffe : le verbe anglais to chip, qui signifie couper par morceaux. Je le veux bien ; mais il serait si simple de ne rien emprunter aux Anglais en se contentant de l’étymologie latine accipere, dont on a fait le vieux verbe français acciper ! Acciper, par syncope, a fait ciper ; ciper à son tour a fait chiper, — comme cercher a fait chercher.

Boutmy, 1883 : v. a. Prendre de la lettre, des sortes ou des espaces à son camarade. On dit aussi fricoter.

Virmaître, 1894 : Prendre (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Voler.

France, 1907 : Dérober. Quand les enfants prennent le bien d’autrui, on appelle cela chiper ; passé un certain âge, c’est voler ; c’est ainsi que les actes changent de nom, comme la morale.

Comme il lui tendait les deux sous, elle avança la main avec un rire soumis. Mais il se ravisa brusquement.
— Hein ? qu’est-ce que tu vas fiche de tout ça ?… Ta mère te le chipera bien sûr, si tu ne sais pas le cacher… Vaut mieux que je te le garde. Quand tu auras besoin d’argent, tu m’en demanderas.

(Émile Zola, Germinal)

— Dis donc, maman, ma petite maman chérie !… Écoute, je t’en prie ! — Puis, plus bas, insinuant, confidentiel : Je t’en prie, ma petite maman, tâche donc de chiper un billet de cent francs à papa, j’en ai si grand besoin !… Mais un besoin, vois-tu !… un besoin !… C’est à ne pas le croire !

(Gaëtan de Meaulne)

À Marseille, on affirme qu’il n’y a pas de plus adroits et de plus dangereux pickpockets que les matelots grecs. Quand l’un d’eux entre dans une boutique, le marchand appelle toute sa famille pour le surveiller : on l’entoure, on l’examine et on ne le quitte pas des veux jusqu’à ce qu’il ait quitté la boutique. Après cela, on cherche et on s’aperçoit qu’il a encore trouvé le moyen de chiper quelque chose.

(Hogier-Grison, Pigeons et vautours)

Chique

d’Hautel, 1808 : Une chique de tabac. On appelle ainsi une pincée de tabac que les soldats, les marins et la plupart des journaliers mettent dans leur bouche pour en prendre toute la substance. Voyez Chiquer.
Une chique de pain. Pour dire une bribe, un morceau de pain.

Ansiaume, 1821 : Voler les églises.

Thierry n’en veut qu’aux ratichons et aux antonnes.

Vidocq, 1837 : s. f. — Église.

Halbert, 1849 : Bon ton.

Larchey, 1865 : Église (Vidocq). V. Momir, Rebâtir. Couper la chique : Dérouter. — Du vieux mot chique : finesse (Roquefort).

De la réjouissance comme ça ! Le peuple s’en passera. C’est c’qui coupe la chique aux bouchers.

(Gaucher, Chansons)

Couper la chique à quinze pas : Se faire sentir de loin.

Larchey, 1865 : Voir chic. — chiquement — Avec chic.

Delvau, 1866 : s. f. Église, — dans l’argot des voleurs, qui, s’ils ne savent pas le français, savent sans doute l’anglais (Church), ou le flamand (Kerke), ou l’allemand (Kirch).

Delvau, 1866 : s. f. Griserie, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi mauvaise humeur, — l’état de l’esprit étant la conséquence de l’état du corps. Avoir une chique. Être saoul. Avoir sa chique. Être de mauvaise humeur.

Delvau, 1866 : s. f. Morceau de tabac cordelé que les marins et les ouvriers qui ne peuvent pas fumer placent dans un coin de leur bouche pour se procurer un plaisir — dégoûtant. Poser sa chique. Se taire, et, par extension, Mourir. On dit aussi, pour imposer silence à quelqu’un : Pose ta chique et fais le mort.

Rigaud, 1881 : Église, — dans l’ancien argot des voleurs ; vient de l’italien chièsa.

Rossignol, 1901 : Beau, bien, bon. Une bonne action est chique. Un bel objet est chique. Une femme bien mise est chique.

France, 1907 : Église ; germanisme, de Kirch.

France, 1907 : Mauvaise humeur. « Avoir sa chique. »

France, 1907 : Tabac roulé en corde, que les marins et les ouvriers mettent dans un coin de leur bouche, d’où plusieurs expressions. Couper la chique, désappointer, réduire au silence ; couper la chique à quinze pas, avoir mauvaise haleine ; coller sa chique, être honteux, courber la tête : poser sa chique, se taire, mourir. Pose ta chique, fais le mort.

Chiquer (se)

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Se battre.

France, 1907 : Échanger des horions.

L’orchestre du Moulin-Rouge venait de jouer les dernières mesures d’un quadrille, quand, à l’un des angles du bal, une rumeur s’éleva, et je me sentis entraîné par la poussée des curieux…
— Qu’est-ce qu’il y a ?
— Rien ! Deux femmes qui se chiquent !

(Oscar Méténier)

Se dit aussi pour se griser.

Chou blanc

France, 1907 : Corruption de coup blanc, coup manqué. Revenir bredouille, échouer. Faire chou blanc au jeu de quilles, c’est faire un grand affront à une dame où demoiselle qui accorde les dernières faveurs à son amant.
Connu comme chou blanc, trés connu.

La grisette, c’est connu conne chou blanc.

(A. Lorentz)

Chouette (faire une)

Delvau, 1866 : Jouer au billard seul contre deux autres personnes.

France, 1907 : Terme de tripot.

S’il vous prend la fantaisie de faire une chouette, ce qui est passablement téméraire, faites passer la table dans un coin du salon, asseyez-vous dans l’angle et ne souffrez personne derriére vous. C’est un droit qu’on ne peut vous contester lorsque la chouette est acceptée. Si vous prenez un associé dans une chouette, il faut que ce soit un joueur que vous connaissiez bien. Si vous ne le connaissez qu’imparfaitement ou pas du tout, exigez qu’il s’associe de moitié à la somme qu’il y a en chouette. Si ne mettait qu’une somme minime dans l’association, il pourrait « télégraphier » à votre adversaire votre jeu et vous décaver d’un seul coup.

(Hogier-Grison, Le Monde où l’on triche)

Chouriner

Bras-de-Fer, 1829 : Frapper à coup de couteau.

M.D., 1844 : Donner des coups de couteau.

Delvau, 1866 : v. a. Tuer, — dans l’argot des ouvriers qui ont lu les Mystères de Paris d’Eugène Sue, et qui, à cause de cela, n’ont que de fort incomplètes et de fort inexactes notions de l’argot des voleurs. V. Suriner.

Rigaud, 1881 : Frapper à coups de couteau.

La Rue, 1894 : Tuer à coups de couteau ou chourin.

France, 1907 : Donner des coups de couteau. Ce mot a été mis à la mode par Eugène Sue. L’Auvergnat prononce, à l’instar des gens de son pays, l’s comme le ch et appelle un surin, chourin, d’où suriner, chouriner.

Un amant qui supprime sa maîtresse est, peu ou prou, toujours condamné… les mauvaises mœurs étant désavouables. Un mari qui chourine sa femme est, le plus souvent, acquitté… Il faut lui tenir compte des circonstances régulières dans lesquelles le meurtre s’est accompli.

(Séverine)

Nous ne sommes pas du nombre de ceux qui haïssent, en plein jour, l’uniforme du gardien de la paix et qui l’adorent, à trois heures du matin, dans une rue mal fréquentée. À toute heure, il nous inspire une profonde sympathie ; nous nous souvenons que, grâce à lui, nous pouvons rentrer à notre demeure, à l’heure de nuit qui nous convient, sans trop risquer d’être chouriné.

(Hogier-Grison, Les Hommes de proie)

Pour les amateurs de spectacles,
Pour les largu’s qu’aim’ les émotions,
C’est la modern’ cour des miracles :
On n’y pay’ pas d’contributions !
C’est pas là qu’la vertu domine,
Quant aux grands airs, y n’en faut plus ;
Bref, c’est l’vrai pont où l’on chourine,
Bourgeois d’provinc’, passez pas d’ssus !!!

(Aristide Bruant)

Claque-dents

La Rue, 1894 : Cabaret du plus bas degré. Prostibulum. Tripot.

France, 1907 : Maison de jeu de bas étage, cercle ou tripot clandestin.

— Voulez-vous donner un coup d’œil au Lincoln, le plus beau claque-dents de Paris, comme qui dirait Le Chabannais des tripots… Les grands tripots sont à couvert… beaucoup de gens importants sont les obligés du patron… et l’on assure même que plus d’un légume de la préfecture a son couvert mis, sans parler d’un crédit ouvert à la caisse, dont on ne parle jamais, dans chaque tripot sérieux…
— Mais alors que faites-vous dont, vous autres agents de la brigade des jeux ? À quoi se borne votre fonction ?
— Nous donnons la chasse aux pauvres diables… nous surveillons et nous déférons aux tribunaux les petits cafés, les crèmeries, les liquoristes où par hasard une partie s’est organisée… Oh ! pour ceux-là, nous sommes impitoyables. Dame ! ils ne se sont pas mis en règle avec la préfecture et n’ont pas les moyens de se payer le luxe d’un sénateur on d’un homme de lettres célèbre comme président…

(Edmond Lepelletier, Les Secrets de Paris)

Et, par là-dessus, des difficultés à son cercle, un convenable claque-dents, fréquenté par des rastaquouères et des grecs, mais bien tenu, et dont, la veille, le commissaire des jeux lui avait fait interdire l’entrée jusqu’à nouvel ordre, sous prétexte qu’il ne jouait pas assez gros. Plus de tripot et pas de position sociale : que devenir ?

(Paul Alexis)

On entend dire tout d’un coup que le chef du cabinet du préfet de police était le protecteur attitré d’un claque-dents de la dernière catégorie. Il était en rapport avez des croupiers de bas étage ; on l’avait vu s’attabler avec eux et traiter, sans la moindre gène, ses petites affaires.

(Hogier-Grison, Les Hommes de proie)

France, 1907 : Maison de prostitution.

Ce qui fit enfin le triomphe de Zola dans la foule, ce ne fut pas assurément la précision d’une analyse impitoyable, non plus que la force d’un style merveilleusement net et brillant. Ce fut la langue verte de certains de ses héros qu’il avait surpris dans l’ignominie des assommoirs et des claque-dents, et qu’il coula tout vifs dans le moule de sa terrible observation.

(Abel Peyrouton, Mot d’Ordre)

Zola va dans les claque-dents, au fond des ateliers, dans les ruelles des faubourgs, il descend dans la nuit des mines, et, des ténèbres de ce monde de misères, de vices, de déchéances, de vertus aussi, il tire les acteurs puissants de son drame.

(Henry Fouquier)

Louise Michel a écrit un volume intitulé Le Claque-dents : « Il y a, dit-elle, le vieux monde, le claque-dents de l’agonie ; Shylock et satyre à la fois, ses dents ébréchées cherchent les chairs vives : ses griffes affolées fouillent, creusent toutes les misères aiguës, c’est le délire de la faim. »

Classer une affaire

France, 1907 : La mettre en carton, ne plus s’en occuper. « Il n’en sera plus question, — Allusion au repos éternel dans lequel dorment généralement les papiers retirés des affaires courantes et renvoyés aux dossiers déjà classés. » (Lorédan Larchey)

La justice dut se résoudre à clore son enquête et à classer l’affaire, comme on dit au Palais.

(Hogier-Grison)

Coaguler (se)

Rigaud, 1881 : Se griser, bredouiller par suite d’ivresse.

M. Lebon, à force de boire, parvint à se coaguler.

(La Mystification, 1838)

France, 1907 : S’enivrer.

Cocantin

France, 1907 : Agent d’affaires plus ou moins fripon, qui sert d’intermédiaire entre le débiteur et le créancier.

Ne sont-ils pas, pour la majeure partie, des officiers ministériels révoqués, d’anciens notaires ayant eu des malheurs… judiciaires, des avocats rayés du tableau de l’ordre ? Leur finasserie, leur connaissance du droit n’est-elle pas à chaque instant mise à contribution par les avocats ou les avoués eux-mêmes, heureux de faire préparer une affaire par un roué, un malin de la procédure. Nous parlons ici des cocantins de la haute. Ceux-ci s’intitulent « receveurs de rentes », « avocats consultants », « conseils », et ne sont au fond que de vulgaires escrocs.

(Hogier-Grison, Le Monde où l’on flibuste)

Cocantinage

France, 1907 : Escroquerie qui consiste à recouvrer des créances dont on met la plus grande partie, sinon le tout, dans sa poche.

Le cocantinage est puissant comme la justice elle-même, et ses adeptes, nourris de la lecture du Code, savent manœuvrer et louvoyer au travers de ses articles avec une aisance qui, dans mainte occasion, leur assure une impunité complète.

(Hogier-Grison, Le Monde où l’on flibuste)

Cocarde

Delvau, 1864 : Blanche ou rouge… affaire d’opinion. C’est le foutre qu’on lance, ou le sang que l’on fait répandre, au con d’une pucelle.

Heureuse qui mettra la cocarde
Au bonnet de Mimi-Pinson.

(Alfred de Musset)

Larchey, 1865 : Tête. — En prenant la coiffure pour la tête, on a dit taper sur la cocarde ou sur le pompon, pour : frapper sur la tête de quelqu’un.

Delvau, 1866 : s. f. La tête, — dans l’argot du peuple. Taper sur la cocarde. Se dit d’un vin trop généreux qui produit l’ivresse. Avoir sa cocarde. Être en état d’ivresse.

Rigaud, 1881 : Tête. — Excès de boisson. Avoir sa cocarde, être ivre. L’homme qui a sa cocarde en est à la gaieté bachique. Se pousser une cocarde soignée.

France, 1907 : Tête. Taper sur la cocarde de quelqu’un, donner un coup de poing sur la tête. Se dit aussi d’un vin qui grise : « Voila un petit bleu qui tape joliment sur la cocarde. »

Prenant le temps comme il viendra, ils éviteront les grands arbres quand il y aura de l’orage à la clé, ils se tasseront sous les buissons lorsqu’il pleuvra, et se foutront le ventre à l’ombre quand le soleil tapera trop dur sur les cocardes.

(Almanach du Père Peinard, 1894)

Cocarder (se)

Rigaud, 1881 : Se griser.

France, 1907 : Se griser.

Tout se passait très gentiment, on était gai, il ne fallait pas maintenant se cocarder cochonnement, si l’on voulait respecter les dames.

(É. Zola, L’Assommoir)

Cocodette

Delvau, 1866 : s. f. Drôlesse, — la femelle du cocodès, — comme la chatte est la femelle de la souris.

France, 1907 : Créature ridicule, bonne à rien qu’à s’attifer.

La cocodette est un type féminin du second Empire, comme la merveilleuse le fut du Directoire, et la lionne, de la monarchie de Juillet. Semblable à la courtisane par son faste et ses allures, elle en diffère par la régularité de sa position sociale. Son existence est une pose incessante.

(Lorédan Larchey)

Le vingt pour cent de la galette
Aboul’-le à la cocodette.

(Hogier-Grison)

En une même génération spontanée, naquirent la cocotte et la cocodette ; celle-là, hétaïre vénale, qui remplissait Paris et autres villes de joie du fracas de ses excentricités et de ses costumes aveuglants de mauvais goût ; celle-ci, au contraire, mondaine blasée, lassée, curieuse de surmenage et de bruit, qui, affectant les allures des Phrynés modernes, s’empressait d’arborer le chignon désordonné, la chevelure artificielle, carotte on queue de vache, le fard, le clinquant des parures, le jargon et l’allure canaille des Cythères parisiennes. Entre la fille de marbre, la biche en renom et la cocodette, la différence était mince : l’une luttant pour la vie, l’autre ne combattait que contre l’ennui et le vide d’une existence morne, déséquilibrée et sans autre but plus nettement défini que le plaisir.
Cocottes et cocodettes inauguraient un règne d’inélégance, de camelote, d’abâtardissement moral, et de mauvais ton.

(Octave Uzanne, La Femme et la Mode)

Cocotte

d’Hautel, 1808 : Ma cocotte. Mot flatteur et caressant que l’on donne à une petite fille.
Ce mot signifie aussi donzelle, grisette, femme galante, courtisane.

d’Hautel, 1808 : Une cocotte. Mot enfantin, pour dire une poule.

Delvau, 1864 : Fille de mœurs excessivement légères, qui se fait grimper par l’homme aussi souvent que la poule par le coq.

Cocotte, terme enfantin pour désigner une poule ; — petit carré de papier plié de manière à présenter une ressemblance éloignée avec une poule. — Terme d’amitié donné à une petite fille : ma cocotte : — et quelquefois à une grande dame dans un sens un peu libre.

(Littré)

Larchey, 1865 : Femme galante. — Mot à mot : courant au coq. — On disait jadis poulette.

Mme Lacaille disait à toutes les cocottes du quartier que j’étais trop faible pour faire un bon coq.

(1817, Sabbat des Lurons)

Aujourd’hui une cocotte est un embryon de lorette.

Les cocottes peuvent se définir ainsi : Les bohèmes du sentiment… Les misérables de la galanterie… Les prolétaires de l’amour.

(Les Cocottes, 1864)

Delvau, 1866 : s. f. Demoiselle qui ne travaille pas, qui n’a pas de rentes, et oui cependant trouve le moyen de bien vivre — aux dépens des imbéciles riches qui tiennent à se ruiner. Le mot date de quelques années à peine. Nos pères disaient : Poulette.

Rigaud, 1881 : Dans le monde galant, la cocotte tient sa place entre la femme entretenue et la prostituée. Elle forme en quelque sorte le parti juste-milieu, le centre de ce monde. La cocotte aime à singer les allures de la femme honnête, mariée, malheureuse en ménage, ou veuve, ou séparée de son mari, ou à la veille de plaider en séparation. Toute cette petite comédie, elle la joue jusqu’au dernier acte, pourvu que le dénouement y gagne ou, plutôt, pourvu qu’elle gague au dénouement. — Le mot cocotte n’est pas nouveau, il est renouvelé de 1789. (Cahier de plaintes et doléances.)

Merlin, 1888 : Cheval de trompette.

La Rue, 1894 : Fille galante. V. Biche.

France, 1907 : Féminin de Coco, c’est-à-dire jument. C’est aussi un mot d’amitié ; synonyme de poulette.

France, 1907 : Mal d’yeux, ou mal vénérien.

— Me v’là monter cheux l’phormacien d’saint-Jouin, pour not’ fillette qu’ont la cocotte aux yeux… Un froid qui lui sera tombé en dormant. J’allons lui acheter un remède.
Il prononça ces mots d’un air avantageux, et le facteur hocha la tête par respect pour la dépense.

(Hugues Le Roux)

France, 1907 : Petite dame qui se consacre aux plaisirs des messieurs, où, comme dit Le docteur Grégoire : « Mammifère se chargeant de prouver qu’il y a des poules qui ont des dents. »

— Dame, il me semble qu’au lieu de chercher midi à quatorze heures, mademoiselle votre fille pourrait bien se faire… cocotte.
— C’est ce que je me tue de dire à maman ! s’est écriée Caroline triomphante.
— Cocotte, ce n’est pas mal, mais chanteuse c’est mieux, n’est-ce pas, monsieur Pompon ?
— Madame Manchaballe, l’un n’empêche pas l’autre.

(Pompon, Gil Blas)

Collante (appliquer une)

France, 1907 : Sorte de filouterie au jeu, expliquée ainsi dans le Monde où l’on triche, d’Hogier-Grison :

Méfiez-vous d’un banquier qui, ayant dit : Il y a une « suites » ! se lève et laisse sa poignée de cartes devant lui, face au tapis, sans la remettre contre le « marbre ». Il se peut que ce soit un joueur honnête, mais il se peut que ce soit un complice du joueur qui prend, qui voit la « suite ». Lorsque les jeux sont faits, que les enjeux lui conviennent, il prend la place du banquier, et, prenant les cartes laissées par son devancier, il y applique une douzaine de cartes préparées, dissimulées dans sa main ! Cela se nomme : appliquer une collante.

Compte (avoir son)

Larchey, 1865 : Être complètement ivre, avoir absorbé son compte de liquide.

Delvau, 1866 : v. a. Être gris pour avoir trop bu, ou blessé à mort pour s’être battu en duel.

France, 1907 : Être ivre. Mourir.

Le soldat blessé tomba en disant : J’ai mon compte.

Son compte est bon, c’est-à-dire le voilà bien loti.

Con

Delvau, 1864 : Métaphoriquement, Imbécile. Les vers suivants commentent cette acception particulière et impertinent :

Qu’ça soit étroit, qu’ça soit large,
Qu’ça soit gris, noir, blanc ou blond,
Qu’ça bande ou bien qu’ça décharge,
Rien n’a l’air bêt’ comme un con.

Fustier, 1889 : Monosyllabe injurieux que le peuple a constamment à la bouche et qu’il emploie à propos de tout et à propos de rien.

France, 1907 : Nature de la femme, du latin cunnus. Ce mot est le synonyme de lâche, d’imbécile. Con comme la lune, triple idiot.

Consolateur

France, 1907 : Bonneteur qui exploite les gogos dans les trains, au retour des courses. Il opère généralement avec deux autres filous chargés d’amorcer la dupe en commençant par gagner.

On se rappelle que ces consolateurs sont l’objet d’une chasse incessante : mais en revenant des courses on trouve toujours des gogos et des consolateurs.

(Hogier-Grison, Les Hommes de proie)

Contre

d’Hautel, 1808 : Aller contre vent et marée. S’engager dans une affaire, malgré toutes les contrariétés qui s’opposent à son succès.
Si vous voulez prendre cette peine, je n’ai rien contre. Signifie, je ne m’oppose point à ce que vous preniez cette peine ; j’accède volontiers à votre désir.
Faire contre fortune bon cœur. Voy. Cœur.

Delvau, 1866 : s. m. Consommation personnelle, au café, que l’on joue avec une autre personne contre sa consommation.

France, 1907 : Complice d’un filou.

Le directeur d’un journal de sport a annoncé à ses lecteurs une prime de cinq cents francs pour celui qui donnerait au journal les meilleurs pronostics, c’est-à-dire qui désignerait à l’avance les gagnants d’une journée de courses d’Auteuil, de Longchamps où de tout autre hippodrome.
Or, nous le faisons remarquer aux naïfs, les cinq cents francs seront toujours gagnés par des amis du journal, autrement dit : par des complices ou contres.

(Hogier-Grison, Le Monde où l’on flibuste)

France, 1907 : Consommation jouée au café.

Cordelier

d’Hautel, 1808 : Il a la conscience large comme les manches d’un cordelier. Se dit d’un homme peu délicat, peu scrupuleux.
Gris comme un cordelier. Ivre à ne pouvoir plus se soutenir, par allusion à l’habit que portoient ces religieux, et qui étoit de couleur grise.

Cotillon

d’Hautel, 1808 : Aimer le cotillon. Avoir l’humeur amoureuse et galante ; courir les grisettes.

Delvau, 1866 : s. m. Fille ou femme, — dans l’argot du peuple. Aimer le cotillon. Être de complexion amoureuse. Faire danser le cotillon. Battre sa femme.

Coucou

Bras-de-Fer, 1829 : Montre.

Vidocq, 1837 : s. f. — Montre. Terme des Floueurs.

Delvau, 1864 : Oiseau jaune, de la race des cocus, aussi féconde que celle des mirmidons.

Les coucous sont gras,
Mais on n’en tue guère ;
Les coucous sont gras,
Mais on n’en tue pas ;
La crainte qu’on a de manger son père,
Son cousin germain, son oncle ou son frère.
Fait qu’on n’en tue guère,
Fait qu’on n’en tue pas.

(Vieille chanson)

Larchey, 1865 : Cocu.

Une simple amourette Rend un mari coucou.

(Chansons. impr. Chassaignon, 1851)

En 1350, un mari trompé s’appelait déjà en bas latin cucullus (prononcez coucoullous), et, en langue romane, cous. V. Du Cange.

Delvau, 1866 : s. m. Cocu, — par antiphrase. Faire coucou. Tromper un homme avec sa femme. On dit aussi Faire cornette, quand c’est la femme qui est trompée.

Delvau, 1866 : s. m. Montre, — dans l’argot des voleurs, qui confondent à dessein avec les horloges de la Forêt-Noire. Ils disent mieux Bogue.

France, 1907 : Ancienne voiture des environs de Paris où grisettes et commis se faisaient véhiculer à la campagne, le dimanche, au bon temps des romans de Paul de Kock, L. Couailhac, dans Les Français peints par eux-mêmes, a ainsi décrit cette humble boîte à compartiments que trainait un cheval poussif :

On y est si bien pressé, si bien serré, si bien étouffé ! Elle rappelle si bien l’époque où les Des Grieux des gardes françaises et de la basoche allaient manger une matelote à la Râpée avec les Manon Lescaut des piliers des Halles. Comme tout ce bon attirail de cheval et de voiture unis ensemble respire le parfum de la galanterie joyeuse, vive et folle du bon temps, du temps ou les grisettes portaient les jupes courtes, faisaient gaiement claquer leurs galoches sur le pavé, se décolletaient comme des marquises et se moquaient de tout avec Madelon Friquet ! Oh ! la charmante voiture ! comme le coude touche le coude, comme le genou presse le genou, comme la taille des jeunes filles est abandonnée sans défense aux entreprises des audacieux !

On appelle aussi coucou, par ironie, la machine à vapeur.

France, 1907 : Cocu. Faire coucou, tromper un mari avec sa femme.

Il y a des syllabes qui portent en elles une vertu magique de rire ou de larmes, comme les plantes que les nécromanciens recueillent au clair de lune empoisonnent où guérissent. Ce petit mot de cocu, plein et sonore comme une tierce de clairon, sonne pour notre race une fanfare toujours joyeuse.

(Hugues Le Roux)

France, 1907 : Montre. Allusion aux horloges de bois fabriquées en Suisse et appelées ainsi à cause du petit oiseau qui les surmonte et chante coucou à toutes les heures.

Coup de fusil

Virmaître, 1894 : Vendre à n’importe quel prix (Argot des camelots).

Rossignol, 1901 : Acheter à très bon compte des marchandises escroquées. Voir Fusilleur.

Hayard, 1907 : Voler.

France, 1907 : Mauvais diner, On dit aussi fusiller.

France, 1907 : Vente à bas prix d’objets volés.

La bande noire possède dans le neuvième et dans le dixième arrondissement deux maisons spécialement affectées aux coups de fusil. Dans ces entrepôts de la flibuste on trouve tout : bas de soie, chronomètres, vases de nuit, éventail, galoches, ombrelles, pianos, raisiné, photographies obscènes, clysopompes, diamants et bonnets de coton… c’est un capharnaüm indescriptible.

(Hogier-Grison, Le Monde où l’on flibuste)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique