France, 1907 : S’agripper à un angle de mur ou à un rocher pour monter. Mot de plusieurs dialectes et de même origine que s’acreniller.
(P. Malvezin)
Acrinquer (s’)
France, 1907 : S’agripper à un angle de mur ou à un rocher pour monter. Mot de plusieurs dialectes et de même origine que s’acreniller.
(P. Malvezin)
Agrippe-rossignols
France, 1907 : Vrilles de vigne.
…Ces cassants tire-bouchon verts que les gamins de tous pays, dans leur langage fait de poésie et de chimère, appellent des agrippe-rossignols.
(Paul Arène)
Agripper
d’Hautel, 1808 : Synonyme d’Acciper, prendre à la dérobée, avec finesse et subtilité tout ce qui se trouve sous la main.
On dit aussi à quelqu’un, pour l’avertir de retenir ce qu’on lui jette Agrippe cela.
Tâche d’agripper cette place. C. à d. fais ton possible pour t’en saisir, t’en emparer.
Delvau, 1866 : v. a. Prendre à l’improviste, subitement. Argot du peuple. Signifie aussi filouter, dérober adroitement.
France, 1907 : Même sens qu’agricher. S’agripper, en venir aux mains.
Agripper (s’)
Delvau, 1866 : Se prendre aux cheveux avec quelqu’un.
Chevalier de la grippe
Rigaud, 1881 : Filou (1821) ; pour l’agrippe.
France, 1907 : Voleur. Jeu de mots sur agripper.
Chicanou
France, 1907 : Avocat, avoué, homme d’affaires.
Enfin, j’aurais pu ajouter à ceux-ci une foule d’autres chicanous subalternes, parmi lesquels il faut bien nous garder d’oublier l’avocat que sa profession a repoussé ; pauvre diable tué par la concurrence, et qui, après avoir. sans succès, étalé dans le bazar des Pas-Perdus sa loquèle au rabais, tombe, de chute en chute, jusque dans l’humble poussière de quelque greffe, ou bien sous l’échoppe de l’écrivain public, à moins toutefois que le patronage administratif ne s’empare de cette incapacité si bien éprouvée.
(Old Nick, L’Avocat)
C’est les enjuponnés, les marchands d’injustice : chats fourrés, grippe-minauds, chicanous, avocats bêcheurs, et toute la vermine qui vit de leur maudit métier.
(Almanach du Père Peinard, 1894)
Décharboter
France, 1907 : Débarrasser. Du vieux mot bourguignon décharpoter, de charper, prendre avec violence, qui vient lui-même du latin carpere, gripper.
Faire d’une buse un épervier
France, 1907 : Faire d’un ignorant un savant, d’un sot un homme d’importance, d’un laquais un financier, d’un apothicaire un général, d’un pion un ministre, d’un grippe-sou un chef d’État, d’un grimaud un conseiller du parlement, d’un méchant petit communard un ambasssadeur !
Fesse-Mathieu
d’Hautel, 1808 : Avare ; égoïste, intéressé.
Cette affaire ne va que d’une fesse. Pour dire va lentement, sans activité.
Il en a eu dans les fesses. Se dit de quel qu’un qui a fait une grosse perte.
Delvau, 1866 : s. m. Avare, usurier, — dans l’argot du peuple.
France, 1907 : Sobriquet donné aux usuriers, aux avares, aux prêteurs sur gage.
Quelques étymologistes, Bescherelle entre autres, prétendent que fesse-mathieu est une altération de face de Mathieu en souvenir de l’apôtre Mathieu, grand usurier avant de devenir grand saint. Or, comme les usuriers portent généralement le cachet de leur profession gravé en marque indélébile sur leur visage, on disait d’un avare où d’un prêteur à la petite semaine : Il à une face de Mathieu.
D’un autre côté, l’auteur anonyme des Illustres Proverbes affirme que l’on disait au XVIIe siècle, non pas : « Il a une face de Mathieu », mais bien : « Il fesse Mathieu », locution qu’il explique ainsi : « C’est un abus du terme qui s’est glissé par ignorance, car on devrait dire comme on a dit dès le commencement : Il fait saint Mathieu, ou comme saint Mathieu. »
Noël du Fail — et Littré se range à son opinion — donne une interprétation toute différente : « Fesser Mathieu, dit-il, c’est battre saint Mathieu, lui tirer de l’argent. »
Tout cela est tiré par les cheveux et c’est chercher midi à quatorze heures.
C’est fête-Mathieu que l’on devrait dire, fesse étant une altération de feste : individu qui fête Mathieu, et voici pourquoi. Saint Mathieu, qui, avant de s’asseoir à la droite du Père Éternel, était de sa profession usurier et prêteur sur gages, devint naturellement le patron des honorables membres de cette corporation qui, le jour de sa fête, lui brûlaient des cierges, étaient en un mot leur patron. Le peuple les désigna sous le nom de feste-Mathieu, sobriquet qui se transforma, soit par ignorance, soit par malice, en celui de fesse-mathieu. Cette expression, souvent employée par Molière, est ancienne. On la trouve dans les Contes d’Eutrapel, ouvrage d’un gentilhomme breton du XVIe siècle, Noël du Fail, qui fait allusion à la profession du saint :
Et fut bruit commun que ce pauvre misérable avaricieux de père, usurier tout le saoûl et tant qu’il pouvait (à Rennes, on l’eût appelé Fesse-Mathieu, comme qui dirait batteur de saint Mathieu, qu’on croit avoir été changeur), en mourut de dépit, de rage et tout forcené d’avoir perdu ce monceau d’argent et trompé par ses propres entrailles,
« Ajoutons, dit le Radical, que les huissiers de Paris, dont la réputation est déjà fort ancienne, étaient de toute antiquité connus pour leur rapacité et leur ladrerie. Or, ces basochiens infiniment trop âpres au gain ne se mettaient en dépense qu’à l’occasion de deux solennités : la première était la cavalcade annuelle du lendemain de la Trinité, la seconde, la fête de Saint-Mathieu. »
Voilà comment les usuriers fessent leurs clients, et plus particulièrement Mathieu, lequel désigne le pauvre peuple anonyme connu aussi sous le nom de Jacques Bonhomme et, de nos jours, sous le pseudonyme de Tartempion.
Signalons pour mémoire — et surtout pour n’être point taxé de négligence — une autre étymologie empruntée à Béroalde.
« Il n’y a rien, dit-il, qui sangle si fort et qui donne de plus vilaines fessées que d’emprunter de l’argent à gros intérêts »
Malgré l’autorité de Béroalde, je me range sans hésitation à la première étymologie.
Donc, les usuriers et les grippe-sous festent saint Mathieu et ne le fessent point.
— Vous êtes la fable et la risée de tout le monde et jamais on ne parle de vous que sous les noms d’avare, de ladre, de vilain et de fesse-mathieu.
(Molière)
— Vous avez, dit-on, même, acquis en plus d’un lieu
Le titre d’usurier et de fesse-mathieu.
(Regnard)
— Eh bien ! alors vous devez savoir que c’est un fameux fesse-mathieu. mais, faut être juste, honnête et dévot… tous les dimanches à la messe et à vêpres, faisant ses pâques et allant à confesse ; s’il fricote, ne fricotant jamais qu’avec des prêtres, buvant l’eau bénite, dévorant le pain bénit… un saint homme, quoi !
(Eugène Sue, Les Mystères de Paris)
Fiole (soupé de la)
France, 1907 : En avoir assez de quelqu’un ; être dégoûté d’une personne ; la prendre en grippe.
Mais j’ai mon plan, ej’ suis mariolle :
Quand les jug’ auront assez d’moi
Et qu’ils auront soupé d’ma fiole,
Faura ben qu’i’s m’appliqu’nt la loi ;
Vous savez ben, la loi nouvelle
Qui condamne l’gouvernement
À m’envoyer à la Nouvelle…
V’là porquoi que j’cherche un log’ment.
(Aristide Bruant)
Se payer la fiole de quelqu’un, s’en moquer.
Et si quelqu’un a l’air
De nous r’garder d’traviole,
Nous mettons sabre au clair
Pour pas qu’on s’pay’ not’ fiole.
(Blédort)
Grippart
Fustier, 1889 : Chat. (Richepin)
France, 1907 : Chat : il grippe, il est pillard.
Grippe
d’Hautel, 1808 : Filouterie, friponnerie, fantaisie, caprice.
La grippe. Espèce de rhume fort commun à Paris pendant l’hiver ; comme dans cette grande capitale tout est de mode, il a été un temps où il étoit du bon ton d’avoir la grippe.
Delvau, 1866 : s. f. Caprice, mauvaise humeur contre quelqu’un, — dans l’argot des bourgeois. Avoir en grippe. Ne pas pouvoir supporter quelqu’un ou quelque chose. Prendre en grippe. Avoir de l’aversion pour quelqu’un ou quelque chose.
France, 1907 : Fille ou femme brusque, pétulante, emportée, prête à tout moment à griper au collet les gens qui lui parlent ; du patois bourguignon.
Grippe-fleur
France, 1907 : Meunier : il agrippe la fleur de farine.
Grippe-Jésus
Vidocq, 1837 : s. m. — Gendarme. Terme des voleurs du nord de la France.
Delvau, 1866 : s. m. Gendarme, dans — l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Gendarme. — Mot à mot : celui qui prend un innocent. À l’entendre, le malfaiteur est toujours une victime, un petit saint, un petit Jésus.
La Rue, 1894 : Gendarme.
France, 1907 : Gendarme.
Les coquins, dans leur argot, appellent les gendarmes grippe-Jésus, mot profond et qui n’a pas été inventé, comme le prétend Francisque Michel, « pour faire accroire que les gendarmes ne mettent la main que sur les innocents », mais parce qu’ils arrêtent même les innocents et qu’ils n’ont pas même épargné Jésus ; ce qui est bien différent.
(Charles Nisard)
Grippe-saucisses
Virmaître, 1894 : Apprenti qui va chercher le déjeuner des ouvriers et qui en chemin égratigne un petit morceau de chaque saucisse (Argot du peuple). N.
France, 1907 : Apprenti qui va chercher le déjeuner des ouvriers.
Grippe-sou
d’Hautel, 1808 : Celui qui reçoit les rentes pour des particuliers, et à qui on donnoit autrefois deux liards par livre, et maintenant un sou. On donne aussi ce nom aux gens de chicane.
Grippe-sous
Delvau, 1866 : s. m. Usurier, avare, — dans l’argot du peuple.
Virmaître, 1894 : Avare qui pousse sa passion jusqu’à se relover la nuit pour mettre un bouchon dans la douille de son soufflet pour en économiser le vent (Argot du peuple). N.
France, 1907 : Usurier, avare.
Gripper
d’Hautel, 1808 : Voler, filouter.
Être grippé. Avoir la grippe.
On lui a grippé sa montre, son argent, son mouchoir. Pour, on lui a volé, etc.
Delvau, 1866 : v. a. Chiper, et même voler, — dans l’argot du peuple.
France, 1907 : Dérober, agripper ; arrêter pour mettre en prison.
Loupiat, Sans-Quartier, Belle-Humeur, La Rondache,
Brise-Mâchoire, Harpin, Berry, Brûle-Moustache,
Tant d’autres dont les noms me sont presque échapés,
Et mille autres encore que la Pousse a gripé.
(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)
Gripperie
d’Hautel, 1808 : Pour, volerie, filouterie, exactions.
Grippette
Rossignol, 1901 : Plus jeune que grippard.
Guenippe
Delvau, 1864 : Femme de mauvaise vie ; guenon.
Mais présentement que l’on grippe,
Et Lise, et toute autre guenippe.
(La France Galante)
Sus donc, gentilles guenippes,
Prenez vos plus belles nippes,
Sans vos attiffets laisser…
Et vous faites enchâsser.
(Le Sr de Sygognes)
Influenza
France, 1907 : Maladie inventée par les médecins à court de malades au commencement de l’hiver de 1889 et qui n’est autre chose qu’une forte grippe. Mais pour la grippe on ne fait guère venir le docteur ; le malade se contente d’ordinaire de garder la chambre, tandis que la grippe, prenant soudain le nom nouveau d’influenza, le terrifie et le fait recourir à la Faculté. Comme pour toutes les maladies à nom nouveau, elle fit tomber un déluge de réclames. L’infatigable Gérandel n’a pas manqué cette bonne occasion de placer ses extraordinaires pastilles.
Depuis que sévit, à Paris, l’épidémie de grippe nommée influenza par les uns, fièvre dengue par les autres, une autre épidémie bien plus terrible s’est subitement déclarée.
Cette épidémie s’est abattue sur les lecteurs de tous les journaux français sous forme de réclames très bien faites, destinées à révéler au public une foule de remèdes contre la grippe, l’influenza, la fièvre dengue, etc.
Du jour au lendemain, des spécialités pharmaceutiques se sont rappelé qu’elles possédaient des propriétés merveilleuses contre ces actions.
Toute la pharmacie moderne y a déjà passé.
Ce serait amusant si la santé publique n’en devait souffrir.
Or, il importe de ne rien exagérer. La grippe où influenza, comme l’on voudra, est toujours la conséquence d’un rhume qui n’a pas été soigné à temps…
À vrai dire, cette épidémie est plus vexatoire que meurtrière et je ne crois pas que le niveau de la mortalité se soit élevé dans des proportions inquiétantes. L’influenza d’aujourd’hui n’est qu’une dilution de l’influenza d’il y a cinq ans qui, sournoisement — un grand médecin nous l’affirmait hier — fit plus de victimes que n’en avait fait le choléra de 1832.
(Grosclaude, Le Journal)
On a découvert, y a quéqu’ temps,
Un mal qu’a bien cent fois cent ans.
Et sous l’nom d’gripp’ qu’il se donnait
Personne ne le soupçonnait.
Or, vite à la mode on l’a mis
Dans l’meilleur monde il est admis.
C’est la fièvre dengue
Et l’influenza.
— Dieu, quell’ drôl’ de langue
On parle avec ça ! —
En l’appelant grippe
Ou rhum’ simplement,
Sitôt ça s’dissipe
Qu’c’est un amus’ment !
(É. Blédort)
Influenzette
France, 1907 : Diminutif d’influenza ; grippe.
La maladie en vogue n’est que l’influenzette, comme qui dirait une influenza d’opérette, où le tragique est tourné au bouffon. Il ne faut donc pas nous en alarmer outre mesure, mais, tout de même, c’est joliment désagréable, et nous avons à envier nos ancêtres qui ne connaissaient pas toutes ces maladies nouvelles, dont on se passait fort bien jusqu’ici.
(Grosclaude, Le Journal)
Jésus
Vidocq, 1837 : s. m. — Les voleurs donnent ce nom aux jeunes garçons que les Tantes, les Chanteurs, les Rouspans (Voir ces divers articles), prostituent à leur gré, et dressent en même temps au vol et à la débauche.
Halbert, 1849 : Grand jeune homme payé pour satisfaire aux passions d’un vieillard.
Larchey, 1865 : « Jeune et beau garçon lancé comme appeau près des sodomistes que veut exploiter le chanteur. »
(Canler)
Grippe-Jésus : Gendarmes. — Le jésus n’est ici qu’un homme garrotté comme le Christ, lorsqu’il fut conduit devant Pilate.
Delvau, 1866 : s. m. « Enfant dressé au vol et à la débauche, » — dans l’argot des voleurs.
Delvau, 1866 : s. m. Innocent, — dans l’argot souvent ironique du peuple. D’où le grippe-Jésus de l’argot encore plus ironique des voleurs, puisqu’ils appellent ainsi les gendarmes.
Rigaud, 1881 : Innocent, — dans le jargon des voleurs.
Rigaud, 1881 : Jeune filou. — Tout jeune Éphestion de trottoir.
La Rue, 1894 : Innocent. Jeune Voleur. Nouveau-né. Adolescent du troisième sexe.
Virmaître, 1894 : Jeune homme à l’aspect efféminé, frisé, parfumé, qui sert d’appât pour attirer les individus à passions honteuses. Souvent il travaille réellement pour son compte (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Jeune chatte qui sert d’appât pour faire chanter les individus portes à cette passion.
Hayard, 1907 : Jeune garçon de mœurs pédérastiques.
France, 1907 : Adolescent du troisième sexe.
Dans cette catégorie d’individus (les pédérastes) on désigne deux classes : les amateurs, ceux qui recherchent dans la pédérastie la seule satisfaction de leurs sens ;
Les prostitués qui trafiquent de leur corps ; ceux-ci prennent le nom de Jésus…
Vêtu d’un costume étriqué qui lui permet d’étaler à tous les regards ses avantages, la raie allant du front à la nuque, maquillé, une cigarette aux lèvres, le Jésus va et vient, le regard en coulisse, la bouche ou cœur, le sourire aux lèvres ; il joue avec une mince badine — qu’on peut lui arracher des mains et lui casser sur la figure si prompte fuite vous en laisse le temps.
(Jules Davray, L’Armée du vice)
Le persillard, une fois d’accord avec le chanteur pour duper son douillard, devient alors son compère, c’est-à-dire son Jésus ! Tel est dénommé aujourd’hui le persillard exploiteur.
(Mémoires de M. Claude)
Le Jésus est un jeune et beau garçon lancé comme appeau près des sodomites que veut exploiter le chanteur.
(Mémoires de Canler)
France, 1907 : Innocent, et aussi jeune voleur.
Monté (être)
France, 1907 : Être exalté.
Je ne défends pas ces exagérations de forme, — je les ai en grippe. Littérairement et socialement je les juge mauvaises, pensant que quand on se mêle de parler au peuple, il faut lui faire l’honneur de lui parler comme à un souverain et pas comme à un voyou.
Mais ce garçon est jeune, encore une fois, exalté, avec les belles fougues des débuts. Puis il s’est bourré le cerveau, comme un pistolet trop chargé, avec les sentences de celui-ci, les oracles de celui-là. Bref, il est monté.
(Jacqueline, Gil Blas)
Ne pas attacher son chien avec des saucisses
Virmaître, 1894 : Avare. C’est une expression très populaire, superlatif de chien, grippe-sous. On ne peut rien dire plus d’un homme (Argot du peuple). N.
Rossignol, 1901 : Être avare.
Ongles croches (les avoir)
Virmaître, 1894 : Ce sont généralement les Normands qui ont cette spécialité, car on dit très souvent d’un grippe-sous que l’on pourrait le jeter au plafond qu’il ne le tomberait pas. Avoir les ongles croches est synonyme de poser zéro et de retenir tout (Argot du peuple).
Piper
d’Hautel, 1808 : Pour tromper, filouter, escroquer.
Larchey, 1865 : Fumer la pipe.
Il me semble qu’on a pipé ici.
(Gavarni)
Delvau, 1866 : v. n. Fumer la pipe ou le cigare.
Rigaud, 1881 : Fumer la pipe, le cigare ou la cigarette. — Piper, comme un Turc, fumer beaucoup.
Rossignol, 1901 : Fumer.
France, 1907 : Boire à l’aide d’un tuyau de paille.
On pipait là des cock-tails, on sablait du dry, on se coulait des whisky, des gin et des gingember bier. Des femmes nanties d’une rencontre sirotaient des limonades en faisant les accords, subtilisaient des grogs ou s’empiffraient de sandwichs arrosés d’ale et de stout.
(Camille Lemonnier)
France, 1907 : Fumer ; argot populaire.
— Il me semble qu’on a pipé ici.
(Gavarni)
Aussitôt que la ténèbre
Vient dédorer nos coteaux,
Ce gouvernement funèbre
S’occupe de nos complots.
Certes, personne ne pipe
Non plus que s’il était mort
Ou que s’il funait sa pipe.
(Raoul Ponchon)
France, 1907 : Prendre, emprisonner, attraper. Piper un pègre, attraper un voleur. Les synonymes sont nombreux et montrent quelle importance l’action de piper joue dans le monde des coquins : accrocher, agrafer, boucler, coquer, colliger, coltiner, enflaquer, enfourailler, empoigner, emballer, empiauler, encoffrer, encager, enchtiber, enfourner, fourrer dedans, faire tomber malade, fabriquer, grincer, grappiner, gripper ; mettre dedans, à l’ombre, au violon ; mettre le grappin, poisser, poser un gluau, ramasser, souffler, etc.
France, 1907 : Souffler. Ne s’emploie que dans cette expression : ne pas piper mot.
Seulement, tandis que les Orientaux ont réglementé et endigué la polygamie, — cette excellente polygamie qui a l’avantage de substituer l’émulation à la jalousie, — nous, plus hypocrites et en même temps plus roublards, nous n’en avons pipé mot et lui avons laissé carte blanche.
(Albert Cim, Demoiselles à marier)
Ces individualités, prisonnières elles-mêmes du groupe qu’elles dirigent, s’habituent, en un rien de temps, à ne voir dans la vie nationale que le conflit organisé de groupes arbitrairement constitués, sur des programmes où il n’est souvent pas pipé mot de ce qui touche le plus aux intérêts de la nation.
(Nestor, Gil Blas)
France, 1907 : Tromper, attirer dans un piège, allusion au pipeau à l’aide duquel l’oiseleur attire ses victimes dans ses gluaux.
Prendre
d’Hautel, 1808 : Il y en a qui prennent tout, mais lui ne laisse rien. Jeu de mots populaire. Voyez Laisser.
Vouloir prendre la lune avec les dents. Tenter des choses impossibles.
Prendre quelqu’un par le bec. Le convaincre par ses propres paroles.
Prendre quelqu’un la main dans le sac. Pour dire en flagrant délit, sur le fait.
Je ne sais quel rat lui a pris. Pour dire quel caprice, quelle humeur, qu’elle fantaisie.
Prendre quelqu’un pour un homme de son pays. C’est-à-dire pour un sot, un stupide, un imbécile.
Prendre Saint-Pierre pour Saint-Paul. L’un pour l’autre.
Prendre le tison par où il brûle. Prendre une affaire au rebours.
Prendre quelqu’un sans filet. Pour dire au dépourvu.
Prendre quelqu’un en grippe. Se mal prévenir contre quelqu’un sans pouvoir en donner une juste raison.
Fille qui prend, se vend ; fille qui donne s’abandonne. Signifie qu’une demoiselle doit se tenir sur ses gardes, ne faire aucun présent à un homme, et encore moins en recevoir.
Prenons que cela soit. Pour, supposons.
Prendre de la racine de patience. Faire de grands efforts pour ne pas s’impatienter ; montrer de la retenue dans une conjoncture désagréable.
Fustier, 1889 : Terme de turf. Parier. Prendre un cheval à 6 contre 1 en admettant que le pari soit de 10 louis, signifie : si le cheval perd, je vous donnerai 10 louis, s’il gagne vous me donnerez 60 louis.
Hayard, 1907 : Être frappé, prendre pour son rhume, prendre la pipe, la purge, la piquette, etc.
Rapia, rapiat
France, 1907 : Avare, grippe-sou ; argot populaire.
Au moyen âge, sais-tu quels étaient les banquiers, les tripoteurs d’argent, les rogneurs d’écus ?
Ce fut, pendant un sacré temps, des types venus de la Lombardie. Et, nom de dieu, on les exécrait ferme, car ils étaient bougrement rapias. Le populo avait du cœur à gueuler : « Mort aux Lombards ! »
Les Lombards ont cessé d’être banquiers, et nous n’avons pas cessé d’être exploités !
(Le Père Peinard)
Shylock
France, 1907 : Usurier impitoyable, grippe-sous. Personnage du Marchand de Venise de Shakespeare.
Argot classique, le livre • Telegram