Rigaud, 1881 : Fumer une cigarette, — dans le jargon des rhétoriciens, qui devraient dire avec plus de raison : crémer ; mot à mot : opérer la crémation d’une cigarette.
France, 1907 : Fumer, griller un cigarette ; du latin cremare.
Cramer une sèche
Rigaud, 1881 : Fumer une cigarette, — dans le jargon des rhétoriciens, qui devraient dire avec plus de raison : crémer ; mot à mot : opérer la crémation d’une cigarette.
France, 1907 : Fumer, griller un cigarette ; du latin cremare.
Désert
France, 1907 : On appelle ainsi, dans l’argot de l’École Polytechnique, un coin de la salle d’études qui échappe au regard du surveillant.
C’est là que se réfugie l’élève qui veut griller une « sèche », c’est-à-dire fumer tranquillement une cigarette sans être vu ; c’est dans le désert qu’on s’allonge sur un lit confectionné à l’aide des cartons à dessin, cherchant dans le sommeil l’oubli momentané des intégrales et de l’arche biaise ; c’est encore là qu’on va piquer le bouquin, c’est-à-dire lire le journal où le roman nouveau, faire un mort ou cuisiner le chocolat du matin.
(Albert Lévy et G. Pinet, L’Argot de l’X)
Il existe dans chaque salle,
Dans l’coin en entrant, un désert.
C’est là que l’cuisinier s’installe,
Car de cuisine je lui sers.
L’gaz descend par un tub’ flexible,
Depuis le « rosto » jusqu’au fond’ment d’un brûleur,
Er j’rends la marmite invisible
Pour les regards inquisiteurs.
Ça va bien, ça va bien !
Ça va bien, ça va bien !
Grâce à moi, le capitaine
Qui dans le corri s’promène,
Ne s’apercevra de rien.
(J. Dreyfus et Onillon, 1882)
Devant
d’Hautel, 1808 : Préposition de lieu.
Si vous êtes pressé, courez devant. Se dit aux gens qui affectent des airs expéditifs et, empressés.
Mettre tout sens devant derrière, sens dessus dessous. Mettre tout en confusion, en désordre ; bouleverser quelque chose de fond en comble.
Bâtir sur le devant. Voy. Bâtir.
France, 1907 : Le côté opposé au derrière, dans le langage des petites filles qui n’ont pas encore été en pension.
À la place Maubert,
Un jour, une harengère
De monsieur Saint-Hubert
Insulta la bannière.
Pour punir cette infame,
L’on vit, soudainement,
Son chaudron plein de flamme,
Griller tout son devant.
(J.-J. Vadé, Cantique de Saint-Hubert)
Dialogue surpris sur le boulevard :
— Cocher, vous avez quelque chose qui se lève par devant, n’est-ce pas ?
— Oui, madame.
— Bien, c’est pour que ma bonne puisse s’asseoir dessus.
— Comme madame voudra.
(Gil Blas)
Griller
d’Hautel, 1808 : Griller dans sa peau. Bouillir d’impatience, se dépiter d’attendre ; être exposé à l’intempérie de la chaleur.
Rigaud, 1881 : Faire une infidélité conjugale. — C’est moi qui ai grillé la bourgeoise hier soir.
La Rue, 1894 : Fumer. Dénoncer.
France, 1907 : Tromper, devancer.
Griller (se faire)
Fustier, 1889 : Se faire arrêter, se faire mettre en prison. Les fenêtres du poste de la prison sont garnies de grilles.
Griller une (en)
Larchey, 1865 : Fumer une cigarette.
Passe-moi du tabac que j’en grille une.
(Lem. de Neuville)
Delvau, 1866 : v. a. Fumer une pipe ou une cigarette, — dans l’argot des artistes et des ouvriers.
Rigaud, 1881 : Fumer une pipe. — Griller une sèche, fumer une cigarette.
Pandore
d’Hautel, 1808 : C’est la boîte à Pandore. Se dit d’une femme, qui, sous des dehors séduisans, cache une ame noire et atroce, par allusion à la boîte que Jupiter donna à la femme d’Épiméthée, et où tous les maux imaginables étoient renfermés.
France, 1907 : Gendarme. Ce sobriquet vient de la fameuse chanson de Gustave Nadaud, Les Deux Gendarmes, où chaque couplet se termine par ce refrain :
Brigadier, répondit Pandore,
Brigadier, vous avez raison.
À ce propos, disons comme simple renseignement historique que c’est le 15 janvier 1797 quis le conseil des Cinq-Cents vota le projet présenté par Richard, qui décidait la formation du corps de la gendarmerie actuelle.
Les soldats turcs n’ont pas été plus féroces que les soldats versaillais foutant., en 1871, Paris à feu et à sang, que, plus récemment, les troufions de France, au Tonkin, au Dahomey et à Madagascar.
Les conquérants, les envahisseurs sont partout identiques : l’homme s’efface — la bête humaine reparait avec tous les instincts féroces et sanguinaires des anciens âges.
Sur la route de Paris à Versailles, les pandores attachaient les communards à la queue de leurs chevaux ; aux Buttes-Chaumont, un colonel célèbre faisait arroser de pétrole et griller vivants ses prisonniers.
Au Tonkin, les pousse-cailloux violaient et pillaient à cœur joie.
Au Dahomey, un ratichon distribuait des cigares aux troufions qui lui rapportaient des tètes de moricauds.
(Le Père Peinard)
Plume !
France, 1907 : Exclamation ironique employée dans l’argot militaire pour indiquer qu’on passe la nuit au corps de garde ou à la salle de police.
— Hé ! Truffard, viens-tu avec moi en griller une à côté d’un bock chez la mère Gaspard ? — Plume !
Rigolot
France, 1907 : Dupe, naïf.
Sache bien frire un rigolot
Sans te griller un bout d’ergot.
(Hogier-Grison, Maximes des tricheurs)
Salamandre (incombustible comme)
France, 1907 : Encore un dicton basé sur une croyance ridicule.
Les salamandres, reptiles amphibies assez semblables aux lézards, ont la faculté de faire sortir de leur corps une substance gluante d’une odeur forte et d’une saveur âcre, lorsqu’on les jette dans le feu. Cette substance les isole quelques instants de la chaleur, ce qui a fait croire qu’elles pouvaient vivre dans le feu. Le savant Maupertuis, l’ennemi de Voltaire, qui avait voulu juger par lui-même de la véracité du proverbe, jeta plusieurs salamandres dans le feu, où elles grillèrent comme de simples lézards. Les expériences le Spallanzani, célèbre naturaliste du XVIIIe siècle, ont démontré suffisamment du reste que, loin d’être incombustible, la salamandre est peut-être de tous les animaux celui qui résiste le moins à l’excès de chaleur.
Les poètes firent de la salamandre le symbole de la valeur et l’emblème de l’amour. On sait que François Ier avait pris une salamandre au milieu des flammes pour devise, avec cette légende : Nutrio et exstinguo (J’y vis et l’éteins). Une dame espagnole d’un tempérament contraire à celui de l’amant de Diane de Poitiers avait pris la même devise, mais avec une autre légende : Mas gelo que fuego (Glacée au milieu des flammes). Il n’y avait pas de quoi s’enorgueillir d’un vice de l’organisme.
On croit généralement dans les campagnes que la salamandre est un animal venimeux. Elle n’est pas plus venimeuse qu’elle n’est incombustible.
Sèche
d’Hautel, 1808 : Des sèches. Mot baroque et fort borné. Pour dire, des coquilles de noix, ou de tout autre fruit à amande, tels que les mendians, etc. ; rien du tout.
Il vit de sèches. Se dit par raillerie d’un homme qui n’a ni état, ni revenu et qu’on ne voit jamais manger ; pour faire entendre que l’on ne sait pas de quoi il peut exister.
Il mangera des sèches. Pour dire des coquilles de noix ; rien du tout ; il se passera de manger. Se dit d’une personne absente à qui l’on n’a rien gardé à table.
Rigaud, 1881 : Cigarette.
Merlin, 1888 : Voyez Sibiche.
La Rue, 1894 : Cigarette. La mort. Piquer une sèche, ne savoir que répondre, faire une bévue, avoir une mauvaise note.
France, 1907 : Cigarette. Griller une sèche ; argot populaire.
anon., 1907 : Cigarette.
Suage
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Torture. Mettre en suage, faire subir des tortures.
Vidocq, 1837 : s. m. — Chauffage.
Larchey, 1865 : Assassinat.
Nous voulons bien maquiller le suage de ton rochet, mais à la condition de tout connir. Il n’y a que les refroidis qui ne rapliquent nibergue.
(Vidocq)
Faire suer : Assassiner. — Mot à mot : Faire suer du sang. — V. Chêne.
Delvau, 1866 : s. m. Assassinat, — dans l’argot des voleurs. Signifie aussi Chauffage.
Rigaud, 1881 : Assassinat. — Maquiller un suage, combiner un assassinat.
La Rue, 1894 : Assassinat. Torture. Mettre en suage, brûler les pieds.
France, 1907 : Assassinat. Mettre en suage, c’était, dans l’argot des chauffeurs, faire griller les pieds de la victime.
Si j’avais refroidi tous les garnafiers que j’ai mis en suage, je n’aurais pas le taf aujourd’hui.
(Vidocq)
Sur le gril (être)
Vidocq, 1837 : v. p. — Attendre le prononcé de son jugement.
Rigaud, 1881 : Griller d’impatience ; cuire dans le jus de l’anxiété, Le condamné qui attend le verdict du jury est sur le gril.
Toast (porter un)
France, 1907 : Boire à la santé de quelqu’un. Cet anglicisme, qui a remplacé notre vieux mot brinde, vient du vieux français tostée, rôtie, dérivée du latin tostus, participe passé de torrere, griller, d’où le vieux français toster, même sens, C’était, en effet, la coutume de mettre une tranche de pain grillée dans une coupe et de faire passer la coupe aux convives. Celui qui buvait le dernier avait le droit — triste privilège ! — de manger la rôtie. On sait le mot de cet ambassadeur anglais qui, admis à l’honneur d’assister au bain d’une reine d’Espagne, voyant les plats courtisans puiser dans l’eau qui avait lavé les charmes de la baigneuse et la trouver plus exquise que tous les crus de l’Andalousie, déclina l’offre qu’on lui fit de goûter au liquide en répondant avec sa brutalité toute britannique : « Je préfère le toast. »
De porter des toasts suivez l’antique usage.
(Berchoux, Gastronomie)
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