Virmaître, 1894 : Être grondé à en être abattu. Équivalent à recevoir un gras, un suif, en un mot, à être enlevé (Argot du peuple). N.
Abattage (en recevoir un)
Arracher un pavé
Rigaud, 1881 : Se livrer au travail d’Onan, — dans le jargon des voyous.
Virmaître, 1894 : V. Rouscailler.
Rossignol, 1901 : J’avais un vieil ami de 70 ans qui me disait : Mon cher Rossignol, quand je pouvais, je n’avais pas le temps ; maintenant que j’ai le temps, je ne peux plus.
France, 1907 : Monter sur l’autel de Vénus, acte qui pour certaines gens est aussi dur que d’arracher un pavé de la rue.
Deux minutes après, elle roulait dans ma voiture. Ah ! qu’il est doux parfois d’arracher un pavé…
(Pompon, Gil Blas)
Depuis le commencement de la langue on a usé de nombreuses périphrases dont voici les plus décentes : Accorder sa flûte, administrer une douche, aforer le tonnel, aller à la charge, aller aux armes, apaiser sa braise, avoir contentement ; faire bataille, bonne chère, dia hur haut, du bon compagnon, fête, la belle joie, la bonne chose, la chose pourquoi, la chosette, la culbute, la grenouille, la pauvreté, l’amoureux tripot, le déduit, le devoir, le heurte-bélin, le petit verminage, le saut de Michelet, ses besognettes, ses choux gras, une aubade de nuit, une grosse dépense, une libation à l’amour, une politesse, une sottise, un tronçon de bon ouvrage, un tronçon de chère-lie, virade ; fournir la carrière, franchir le saut, frétin frétailler, goûter les ébats ; jouer au reversis, aux cailles, aux quilles, des basses marches ; laisser aller le chat au fromage ; mettre à mal, en œuvre ; se mettre à la juchée, négocier, officier ; passer le pas, les détroits ; payer la bienvenue, son écot ; planter le cresson, le mai ; prendre pâture, passe-temps, provende, soulaz, une poignée ; régaler, rompre une lance, roussiner, sabouler, savonner, soutenir un entretien, tenir en chartre, thermométriser, travailler à la vigne, vendanger, etc… etc.
Ascension
d’Hautel, 1808 : On dit d’une personne indolente, et qui ne se donne aucun mouvement, qu’Elle est comme l’Ascension, quelle n’avance ni ne recule.
À l’Ascension, blanche nappe et gras mouton. Pour dire qu’en ce temps le mouton cst préférable an veau.
Avachir (s’)
d’Hautel, 1808 : Au propre, ce mot se dit des souliers qui deviennent trop larges ; le peuple s’en sert au figuré, et par extension, pour exprimer, qu’une femme devient trop grasse ; qu’elle acquiert un embonpoint ridicule.
Balancer
Ansiaume, 1821 : Abattre.
Il faut balancer la lourde pour arriver à la malouse.
Bras-de-Fer, 1829 : Remuer.
Vidocq, 1837 : v. a. — Jeter.
Clémens, 1840 : Jeter, refuser.
M.D., 1844 : Jeter.
M.D., 1844 : Renvoyer.
un détenu, 1846 : Chasser, renvoyer d’un emploi.
Larchey, 1865 : Jeter au loin. On sait que l’action de balancer imprime plus de force à une projection. V. Litrer. Balancer, envoyer à la balançoire : Congédier, renvoyer.
Elle m’a traité de mufle. — Alors il faut la balancer.
(Monselet)
Je l’envoie à la balançoire.
(id.)
On dit aussi exbalancer :
Je vais les payer et les exbalancer à la porte.
(Vidal, 1833)
Balancer son chiffon rouge : Parler, remuer la langue. — Balancer sa canne : Devenir voleur. — C’est-à-dire jeter la canne de l’homme qui marche dans l’unique but de se promener. — Balancer ses halènes : Cesser de voler, jeter ses outils de voleur. — Balancer une lazagne : Adresser une lettre. — Balancer ses chasses : Regarder à droite et à gauche. Balancement :
Le conducteur appelle son renvoi de l’administration un balancement.
(Hilpert)
Balançoire : mensonge, conte en l’air.
Non, monsieur ! je n’avais pas fait un accroc. — C’est une balançoire.
(P. de Kock)
Delvau, 1866 : v. a. Donner congé à quelqu’un, renvoyer un employé, un domestique, — dans l’argot du peuple, qui ne se doute pas qu’il emploie là, et presque dans son sens originel, un des plus vieux mots de notre langue.
On dit aussi Envoyer à la balançoire.
Rigaud, 1881 : Jeter au loin, renvoyer, envoyer promener.
Quand votre femme vous ennuie… Toc ! on la balance.
(E. Grangé et Lambert-Thiboust. La Mariée du Mardi-Gras)
Rossignol, 1901 : Voir balanstiquer.
France, 1907 : Balancer quelqu’un, le renvoyer, lui donner son congé. Se dit aussi pour se moquer de lui, le berner.
Mais surtout tu te garderas
De l’amour d’un étudiant.
Toujours d’avance tu exigeras
Qu’il fasse tinter son argent,
Sinon tu le balanceras…
On ne vit pas de l’air du temps.
(Règles de la chasse aux hommes)
Baron de la grasse
Virmaître, 1894 : Individu malpropre, sale, puant, dégoûtant, ne se débarbouillant, suivant une vieille expression, que lorsqu’il pleut (Argot du peuple).
Bâtir
d’Hautel, 1808 : Une maison bâtie de boue et de crachat. C’est-à-dire, construite à la légère et avec de mauvais matériaux.
Bâtir sur le devant. Devenir gros et gras ; se faire un ventre à la maître d’hôtel.
Qui bâti ment. Calembourg pitoyable, pour exprimer qu’un homme qui fait bâtir, est toujours obligé de dépenser plus qu’il ne se l’étoit d’abord proposé.
Un mal bâti. Bamboche ; homme mal tourné, rempli d’imperfections.
Rigaud, 1881 : Mettre en page. — Bâtir la deux, caser sur la forme les paquets qui constitueront la seconde page d’un journal.
Fustier, 1889 : Terme de couturière ; coudre peu solidement avec du fil blanc, du coton à bâtir, une toilette quelconque, de façon à se rendre compte, à l’essayage, des retouches à opérer.
Deuxième séance ; essayage des toilettes bâties.
(Gaulois, 1881)
France, 1907 : Être enceinte. Bâtir sur le devant, prendre du ventre.
Battre le beurre
Delvau, 1864 : Introduire son engin dans un vagin un peu gras et l’y agiter avec énergie comme dans une baratte.
D’un moule à merde il fait un moule à pine
Et bat le beurre au milieu d’un étron.
(Parnasse satyrique XIXe siècle)
Rigaud, 1881 : Vendre et acheter à la criée les fonds publics à la Bourse, — dans le jargon des voyous. — Est-ce une allusion au bruit de la baratte ? Est-ce une assimilation du terme : faire son beurre, retirer un profit de. En effet les agents de change font le beurre des spéculateurs, sans oublier de faire aussi le leur.
Fustier, 1889 : Mener une conduite déréglée. Argot des voyous.
Et ta sœur ? — Ma sœur ? elle bat l’beurre !
La Rue, 1894 : Mener une vie déréglée. Spéculer a la bourse.
France, 1907 : Spéculer et voler à la Bourse ; argot des bourgeois. Mener une vie déréglée ; argot des faubouriens.
Et ta sœur ? — Ma sœur ? elle bat le beurre.
(Gustave Fustier)
Blanches
France, 1907 : Une des différentes variétés des types de caractères d’imprimerie, dans l’argot des typographes : les blanches, les grasses, les noires, les maigres, les allongées, les larges, les ombrées, les perlées, l’anglaise, l’américaine, la grosse normande.
Blézimarder
Rigaud, 1881 : Se couper mutuellement la réplique, empêcher le voisin de dire sa phrase, émonder le dialogue comme un jardinier émonde un arbre à grands coups de serpe, — dans le jargon des acteurs. (Figaro du 31 juillet 1876, cité par Littré.) C’est sans doute une altération toute moderne de blesinarder, qui voulait dire flâner, musarder.
Ce verbe, dit M. Duflot, vient de Blésinard, un des types de Grassot, personnage flâneur, débraillé et sans soucis, dans la Vénus à la fraise.
France, 1907 : S’interrompre sur la scène ; terme de coulisses.
Bocal
Larchey, 1865 : Petit appartement.
Voyons si le susdit bocal est toujours à louer.
(Montépin)
Bocal : Estomac.
Au restaurant le bohème dit qu’il va se garnir le bocal.
(Lespès)
Dans les deux mots, l’allusion s’explique d’elle-même, et les logements parisiens continuent de la mériter.
Delvau, 1866 : s. m. Carreau de vitre, — dans l’argot des faubouriens.
Delvau, 1866 : s. m. Estomac. Se garnir le bocal. Manger.
Delvau, 1866 : s. m. Logement.
Rigaud, 1881 : Estomac. Bocal vide, estomac à jeun. Emplir le bocal, manger. — Se rincer le bocal, boire.
Rigaud, 1881 : Vitre, — dans le jargon des voleurs. — Camelotte en bocal, marchandise sous vitrine.
La Rue, 1894 : Vitre. Estomac. Logement.
France, 1907 : Anus, dans l’argot du peuple, toujours disposé aux grasses plaisanteries. Se dit aussi de l’estomac et d’un petit logement.
Bon coq n’est jamais gras
France, 1907 : C’est la traduction libre du proverbe latin : Pinquia corpora Veneri inepta (les gras sont impropres au service de Vénus). Inutile d’insister sur ce proverbe, mais les eunuques des harems comme les soprani de Saint-Pierre de Rome sont tous d’un remarquable embonpoint.
Bossoirs
Larchey, 1865 : Seins. — Terme de marine.
Delvau, 1866 : s. m. pl. La gorge d’une femme, — dans l’argot des marins.
Rigaud, 1881 : Seins exagérés. Allusion au bossoir d’un navire.
France, 1907 : La gorge d’une femme. Les bossoirs sont les saillies en avant d’un navire qui servent à suspendre les ancres. Aux bossoirs d’une femme, on commence par suspendre l’ancre d’espérance, comme eût dit le sergent Lafleur.
Ouvre l’œil au bossoir,
Car la nuit sera sombre,
Et tu verras dans l’ombre
Le capitaine noir.
(Vieille romance)
C’est la belle-sœur de notre hôte, j’espère qu’elle en a des bossoirs ; c’est gras comme une pelote, rond comme une bouée… aussi est-ce un plaisir.
(Marc Mario et Louis Launay)
Boudin
d’Hautel, 1808 : Clair comme du boudin. Se dit d’une affaire obscure effort embrouillée.
Faire du boudin. Minauder, bouder, faire l’enfant ; signifie aussi dormir la grasse matinée.
Cette affaire tournera en eau de boudin. Pour dire qu’elle n’aura aucun succès.
Souffleur de boudin. Homme qui a un gros visage, une figure grotesque.
Vidocq, 1837 : s. m. — Verrou.
(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)
Larchey, 1865 : Verrou (Vidocq). — Allusion à la forme des verrous ronds qui ferment les grandes portes.
Delvau, 1866 : s. m. Verrou, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Doigt épais et rouge.
Rigaud, 1881 : Verrou.
La Rue, 1894 : Verrou. Estomac.
France, 1907 : Verrou, estomac. En avoir plein le boudin. Sac à boudin, ventre. L’expression est vieille, on la trouve dans Scarron :
Énéas de sa grande épée,
Plus fier que ne fut un Pompée,
Éventa le sac à boudin
De ce désespéré blondin.
(Le Virgile travesti)
Boudins
Delvau, 1866 : s. m. pl. Mains trop grasses, aux doigts ronds, sans nodosités. Argot du peuple.
France, 1907 : Doigts gras et informes, conséquence des engelures ; argot populaire.
Bougie
Vidocq, 1837 : s. f. — Canne.
Larchey, 1865 : Canne (Vidocq). — Allusion de forme. — Bougie grasse : Chandelle. — Ironique.
Delvau, 1866 : s. f. Canne d’aveugle parce qu’elle sert à l’éclairer. Même argot [des faubouriens].
Rigaud, 1881 : Bâton d’aveugle. Il lui sert de bougie, il guide sa marche. — Bougie grasse, chandelle, — dans le jargon des chiffonniers.
Fustier, 1889 : Argent.
France, 1907 : Argent ; métonymie du verbe éclairer, payer. Canne d’aveugle, parce qu’elle lui sert en effet de bougie pour se guider. Bougie grasse, chandelle.
Bougie grasse
Delvau, 1866 : s. f. Chandelle. Même argot [des faubouriens].
Bouillon aveugle
Delvau, 1866 : s. m. Bouillon gras qui n’est pas assez gras, dont on ne voit pas les yeux. Même argot [du peuple].
Bouillon gras
France, 1907 : Vitriol. « Allusion, dit Gustave Fustier, à Mme Gras, une excellente et digne femme qui faisait un usage abusif du vitriol. » C’est dans ces cas de vitriol et de vitrioleuses que l’on regrette surtout l’antique et salutaire loi du talion.
Boule de suif
Virmaître, 1894 : Homme ou femme gras à lard (Argot des voleurs).
Boule-Miche
Rigaud, 1881 : Boulevard Saint-Michel, — dans le jargon des étudiants.
France, 1907 : Boulevard Saint-Michel ; argot des étudiants.
Qui ne la connaissait, hélas !
Aux bons endroits du Boule-Miche ?
Mon Dieu ! Comme elle parlait gras
Et buvait sec, la pauvre biche !
(Jules Lemaitre, Médaillons)
Boulotte
Fustier, 1889 : Grosse petite femme, bien en chair.
C’est eun’boulotte, une chic artisse
Qui vous a d’la réponse, mon vieux !
(L’entr’acte à Montparnasse)
Virmaître, 1894 : Femme rondelette, grassouillette, bien en chair, ayant du monde devant et derrière (Argot du peuple). N.
France, 1907 : Petite femme grasse et dodue.
L’une de ces enfants racontait que son frère avait un appartement en ville, qu’il entretenait une « grue » des Nouveautés, Antonia, vous savez bien ? Une rousse, boulotte. Il en fait une vie ! Ah ! mes petites chattes, quelle noce ! C’est papa qui n’est pas content.
(Albert Cim, Institution de Demoiselles)
Bouterne
Vidocq, 1837 : s. f. — La Bouterne est une boîte carrée, d’assez grande dimension, garnie de bijoux d’or et d’argent numérotés, et parmi lesquels les badauds ne manquent pas de remarquer la pièce à choisir, qui est ordinairement une superbe montre d’or accompagnée de la chaîne, des cachets, qui peut bien valoir 5 à 600 fr., et que la Bouternière reprend pour cette somme si on la gagne.
Les chances du jeu de la Bouterne, qui est composé de huit dés, sont si bien distribuées, qu’il est presque impossible d’y gagner autre chose que des bagatelles. Pour avoir le droit de choisir parmi toutes les pièces celle qui convient le mieux, il faut amener une râfle des huit dés, ce qui est fort rare ; mais ceux qui tiennent le jeu ont toujours à leur disposition des dés pipés, et ils savent, lorsque cela leur convient, les substituer adroitement aux autres.
Ils peuvent donc, lorsqu’ils croient le moment opportun, faire ce qu’ils nomment un vanage, c’est-à-dire, permettre à celui qu’ils ont jugé devoir se laisser facilement exploiter, de gagner un objet d’une certaine importance ; si on se laisse prendre au piège, on peut perdre à ce jeu des sommes considérables. Le truc de la Bouterne est presque exclusivement exercé par des femmes étroitement liées avec des voleurs ; elles ne manquent jamais d’examiner les lieux dans lesquels elles se trouvent, et s’il y a gras (s’il y a du butin à faire), elles renseignent le mari ou l’amant, qui a bientôt dévalisé la maison. C’est une femme de cette classe qui a indiqué au célèbre voleur Fiancette, dit les Bas-Bleus, le vol qui fut commis au Mans, chez le notaire Fouret. Je tiens les détails de cet article de Fiancette lui-même.
Comme on le pense bien, ce n’est pas dans les grandes villes que s’exerce ce truc, il s’y trouve trop d’yeux clairvoyans ; mais on rencontre à toutes les foires ou fêtes de village des propriétaires de Bouterne. Ils procèdent sous les yeux de MM. les gendarmes, et quelquefois ils ont en poche une permission parfaitement en règle du maire ou de l’adjoint ; cela ne doit pas étonner, s’il est avec le ciel des accommodemens, il doit nécessairement en exister avec les fonctionnaires publics.
Larchey, 1865 : Boîte vitrée où sont exposés, aux foires de villages, les bijoux destinés aux joueurs que la chance favorise. Le jeu se fait au moyen de huit dés pipés au besoin. Il est tenu par une bouternière qui est le plus souvent une femme de voleur. — Vidocq.
Delvau, 1866 : s. f. Boîte carrée d’assez grande dimension, garnie de bijoux d’or et d’argent numérotés, parmi lesquels il y a l’inévitable « pièce à choisir », qui est ordinairement une montre avec sa chaîne, « d’une valeur de 600 francs », que la marchande reprend pour cette somme lorsqu’on la gagne. Mais on ne la gagne jamais, parce que les chances du jeu de la bouterne, composés de huit dés, sont trop habilement distribuées pour cela : les dés sont pipés !
Rigaud, 1881 : Tablette, plateau sur lequel sont exposés les lots destinés à attirer les amateurs de porcelaine, autour des loteries foraines. La bouterne se joue au tourniquet. Il y a de gros lots en vue, que personne ne gagne jamais, naturellement.
France, 1907 : Boîte vitrée où sont exposés, aux foires, les objets, montres ou bijoux destinés à amorcer les amateurs de jeux d’adresse ou de hasard.
Bras
d’Hautel, 1808 : Droit comme mon bras quand je me mouche. Se dit par dérision de quelque chose qui est de travers.
Un fort à bras. Pour dire un portefaix, un homme de peine ; et par extension, un fanfaron, un hâbleur, qui se vante de tout ce qu’il n’a pas fait.
Couper à quelqu’un bras et jambes. Lui ôter tout moyen d’agir dans une affaire ; le décourager par des paroles dures ou piquantes.
C’est son bras droit. Signifie il tire d’un autre homme toute sa gloire, toute sa réputation ; il met à profit ses conseils et ses talens.
Ils se tiennent bras dessus bras dessous. Se dit de personnes qui sont très-familières entr’elles, qui se comblent de caresses et d’amitié.
Traiter quelqu’un de monsieur gras comme le bras. Marquer beaucoup de respect à une personne de basse condition.
Il est manchot des deux bras. Manière railleuse de dire qu’un homme est aussi maladroit d’une main que de l’autre.
Si on lui donne un doigt, il prend long comme le bras. Pour, il abuse de la liberté qu’on lui donne.
Avoir quelqu’un sur les bras. L’avoir entièrement à sa charge.
Les bras retroussés. Se dit par hypallage, pour manches retroussées.
Avoir les bras longs. Avoir un grand crédit, un grand pouvoir.
Halbert, 1849 : Grand.
Delvau, 1864 : Le membre viril, qui nous sert a prendre les femmes par le — sentiment. — On dit aussi un bras d’enfant pour donner une idée de la longueur et de la grosseur de l’objet.
Delvau, 1866 : adj. m. Grand, — dans l’argot des voleurs, qui exagèrent la longueur de la brasse.
La Rue, 1894 : Grand. Avoir le bras long, être puissant.
Briffe
Rigaud, 1881 : Gras-double. (L. Larchey) — Nourriture. Passer à briffe, manger.
Fustier, 1889 : Pain. (Richepin)
La Rue, 1894 : Pain. Nourriture.
Virmaître, 1894 : Pain (Argot des voleurs). V. Bricheton.
France, 1907 : Pain ; du breton brif, même sens.
Cadran
d’Hautel, 1808 : Faire le tour du cadran. C’est-à-dire dormir la grasse matinée ; se coucher à minuit et se lever à midi.
Il a montré son cadran solaire. Se dit par plaisanterie des enfans qui, en jouant, laissent voir leur derrière.
Il est comme un cadran solaire. Se dit d’un homme fixe dans ses habitudes, et qui met beaucoup de régularité et d’ordre dans ses affaires.
Delvau, 1864 : La nature de la femme, à laquelle le membre viril sert d’aiguille pour marquer les heures minuscules du bonheur.
Conduis vite l’aiguille au milieu du cadran.
(Théâtre italien)
Larchey, 1865 : Montre. — Cadran solaire, lunaire : derrière. — Allusion à la forme ronde du cadran.
Est-ce l’apothicaire Qui vient placer l’aiguille à mon cadran lunaire ?
(Parodie de Zaïre, dix-huitième siècle)
Delvau, 1866 : s. m. Le derrière de l’homme, — dans l’argot des voyous. Ils disent aussi Cadran humain ou Cadran solaire.
France, 1907 : Le derrière. Étaler son cadran. On dit aussi cadran solaire et cadran lunaire.
Est-ce l’apothicaire
Qui vient placer l’aiguille à mon cadran lunaire ?
Dans une école de sœurs, la bonne religieuse a pris, à l’instar des pensionnats anglais de jadis, l’habitude de fouetter les élèves ; une fillette de douze ans, qui venait d’être soumise à l’épreuve du martinet, est retournée à sa place en disant :
— Ça m’est joliment désagréable de montrer à tout le monde mon cadran solaire.
(Gil Blas)
Camelotte
d’Hautel, 1808 : C’est de la camelotte ; ce n’est que de la camelotte. Se dit par mépris et pour rabaisser la valeur d’une marchandise quelconque, et pour faire entendre que la qualité en est au-dessous du médiocre.
Ansiaume, 1821 : Marchandise.
J’ai de la camelotte en rompant, mais pour du carle, niberg.
Vidocq, 1837 : s. m. — Sperme.
Vidocq, 1837 : s. f. — Toute espèce de marchandises.
M.D., 1844 : Marchandise.
un détenu, 1846 : Mauvaise marchandise.
Delvau, 1866 : s. f. « Femme galante de dix-septième ordre, » — dans l’argot du peuple.
Delvau, 1866 : s. f. Mauvaise marchandise ; besogne mal faite, — dans l’argot des ouvriers ; Livre mal écrit, dans l’argot des gens de lettres. Les frères Cogniard, en collaboration avec M. Boudois, ont adjectivé ce substantif ; ils ont dit : Un mariage camelotte.
Rigaud, 1881 : Le contenu en bloc de la hotte, — dans le jargon des chiffonniers. Au moment du triquage, du triage, chaque objet est classé sous sa dénomination. Ainsi, les os gras sont des chocottes ; les os destinés à la fabrication, des os de travail ; le cuivre, du rouget, le plomb, du mastar ; le gros papier jaune, du papier goudron ; le papier imprimé, du bouquin ; la laine, du mérinos ; les rognures de drap, les rognures de velours, des économies ; les croûtes de pain, des roumies ; les têtes de volaille, des têtes de titi ; les cheveux, des douilles ou des plumes ; les tissus laine et coton, des gros ; les toiles à bâche et les toiles à torchon, des gros-durs ; les rebuts de chiffons de laine, des gros de laine ou engrais.
Rigaud, 1881 : Mauvaise marchandise, objet sans valeur. Le camelot est une étoffe très mince et d’un mauvais usage, faite de poils de chèvre, de laine, de soie et de coton de rebut, d’où camelotte. — Tout l’article-Paris qui se fabrique vite, mal, à très bas prix, est de la camelotte.
Ah ! ce n’est pas de la camelotte, du colifichet, du papillotage, de la soie qui se déchire quand on la regarde.
(Balzac, L’Illustre Gaudissart)
Rigaud, 1881 : Prostituée de bas étage.
Rigaud, 1881 : Toute espèce de marchandise, — dans le jargon des voleurs. — Camelotte savonnée, marchandise volée. — Balancer la camelotte en se débinant, jeter un objet volé quand on est poursuivi. — Les revendeurs, les truqueurs, les petits étalagistes, désignent également leur marchandise sous le nom de camelotte. — J’ai de la bonne camelotte, j’ai de la bonne marchandise.
Virmaître, 1894 : Marchandise. Pour qualifier quelque chose d’inférieur on dit : c’est de la camelotte (Argot du peuple).
Hayard, 1907 : Marchandise.
France, 1907 : Objet de nulle valeur ou marchandise volée.
— Si elle ne veut pas de la camelotte, une autre en voudra.
— Si j’en étais sûr !…
— Viens avec moi chez ma fourgate.
(Marc Mario et Louis Launay, Vidocq)
Camelotte en pogne, être pris en flagrant délit de vol. On dit aussi camelotte dans le pied. Prostituée de bas étage.
Carême
d’Hautel, 1808 : Si le carême dure sept ans, vous aurez fini cet ouvrage à Pâques. Se dit ironiquement et par reproche à une personne nonchalante et paresseuse qui ne termine rien ; à un ouvrier d’une lenteur extrême et dont on ne voit pas finir la besogne.
Carême-prenant. Les jours gras, saturnales, temps de folies et de divertissement.
Il a l’air de carême-prenant. Se dit par raillerie d’un homme habillé d’une manière grotesque et ridicule.
Cela vient comme mars en carême. Pour dire à point nommé, fort à-propos.
Hirondelles de carême. On donnoit autrefois ce nom à un ordre de frères mendians qui alloient quêter pendant tout le carême.
Pour trouver le carême court, il faut faire une dette payable à Pâques.
Face de carême. Visage blême, maigre et décharné.
Amoureux de carême. Damoiseau ; homme qui affecte de l’indifférence, de la froideur. Voyez Amoureux transi.
Il faut faire carême prenant avec sa femme, et Pâques avec son curé. Maxime grivoise du bon vieux temps.
Tout est de carême. Se dit pour excuser les libertés que l’on prend, les folies que l’ont fait pendant le carnaval.
Carrée
Rigaud, 1881 : Chambre, — dans le jargon des ouvriers.
La Rue, 1894 : Chambre. Maison centrale.
Rossignol, 1901 : Maison, logement.
Hayard, 1907 : Chambre.
France, 1907 : Chambre.
Les lèvres carminées, les joues plaquées de blanc gras et de poudre de riz, comme des cabotines de province inexpertes au maquillage, empuanties d’amaryllis, les cheveux et les sourcils peints, ces Laïs du boulevard viennent chercher là, pour leurs Diogènes de Mazas, les pépites d’or qui apporteront pendant quelque Jours le bonheur à la carrée.
(La Nation)
— Et nous v’là partis, bras dessus, bras dessous, Elle me mène au fond de Javel, an diable, dans l’Île-des-Singes. Une carrée, mes enfants, avec tout juste un matelas de varech, sur un bois de lit mangé aux punaises !
(Oscar Méténier)
anon., 1907 : Chambre.
Cataplasme au gras
Delvau, 1866 : s. m. Épinards, — dans l’argot des faubouriens.
France, 1907 : Épinards. Cataplasme de Venise, coup.
Cause grasse
Delvau, 1866 : Cause amusante à plaider et à entendre plaider, — dans l’argot des avocats, héritiers des clercs de la Basoche. Le chef-d’œuvre du genre est l’affaire du sieur Gaudon contre Ramponneau, Me Arouet de Voltaire plaidant — la plume à la main.
France, 1907 : Cause remplie d’incidents égrillards, comme la plupart des cas de divorce ou de séduction ; terme de basoche.
Chapon
d’Hautel, 1808 : Gros comme un chapon.
Il a les mains en chapon rôti. Se dit figurément d’un homme qui est sujet à prendre, qui s’empare de tout ce qui lui tombe sous la main ; et au propre de quelqu’un qui a les doigts crochus et retirés.
Qui chapon mange, chapon lui vient. Signifie que le bien vient souvent à ceux qui n’en ont pas besoin.
Deux chapons de rente. Se dit de deux personnes ou de deux choses inégales, parce que il y a toujours un de ces chapons gras et l’autre maigre.
Ce n’est pas celui à qui le bien appartient qui en mange les chapons. Se dit d’un bien, d’une terre dont le véritable propriétaire est frustré ; ou d’un homme qui porte le nom d’une terre, et n’en touche pas les revenus.
On appelle chapon de Limousin, des chataignes ou marrons, parce que ces fruits sont très-abondans en Limoge.
Se coucher en chapon. Se coucher après avoir bien bu, bien mangé ; ou se coucher les jambes recroquevillées.
Delvau, 1864 : (au figuré) ; Homme châtré ou impuissant.
En termes de cuisine, l’on appelle chapon le croûton de pain frotté d’ail qui aromatise la salade.
Un de nos confrères, célèbre par sa continence… forcée, dînait dimanche à la campagne.
— Aimez-vous le chapon ? lui demande la maîtresse de la maison.
— Oh ! non, je ne peux pas le sentir.
— Parbleu ! fit un convive, ça lui rappelle Boileau.
(Émile Blondet)
Pour ma part, moi j’en réponds,
Bien heureux sont les chapons.
(Béranger)
Delvau, 1866 : s. m. Morceau de pain frotté d’ail, — dans l’argot du peuple, qui en assaisonne toutes les salades. On dit aussi Chapon de Gascogne.
France, 1907 : Moine, dans l’argot populaire. Cage à chapons, monastère ; les moines s’engraissant généralement dans une douce oisiveté, comme le chapon en cage.
France, 1907 : Un croûton de pain frotté d’ail que l’on met dans la salade. On dit aussi dans le mème sens chapon de Gascogne.
Chicard
Halbert, 1849 : Pas mal.
Larchey, 1865 : Le héros du carnaval de 1830 a 1850. Son costume, bizarre assemblage d’objets hétéroclites, se composait le plus souvent d’un casque à plumet colossal, d’une blouse de flanelle et de bottes fortes. Ses bras à moitié nus s’enfonçaient dans des gants à manchette de buffle. Tel était le fond de la tenue ; quant aux accessoires, ils variaient à l’infini. Celui qui le premier mit ce costume à la mode était un marchand de cuirs ; son chic le fit nommer Chicard. Il donna des bals et inventa un pas nouveau.
Et puis après est venu Chicard, espèce de Masaniello qui a détrôné l’aristocratie pailletée des marquis, des sultans et a montré le premier un manteau royal en haillons.
(M. Alhoy)
L’homme de génie qui s’est fait appeler Chicard a modifié complètement la chorégraphie française.
(T. Delord)
La sage partie du peuple français a su bon gré à maître Chicard d’avoir institué son règne de mardi-gras.
(J. Janin)
Mais qu’aperçois-je au bal du Vieux Chêne ? Paméla dansant le pas chicard.
(Chauvel)
Delvau, 1866 : adj. et s. Superlatif de Chic. Ce mot a lui-même d’autres superlatifs, qui sont Chicandard et Chicocandard.
Delvau, 1866 : s. m. Type de carnaval, qui a été imaginé par un honorable commerçant en cuirs, M. Levesque, et qui est maintenant dans la circulation générale comme synonyme de Farceur, de Roger-Bontemps, de Mauvais sujet.
Rigaud, 1881 : Costume carnavalesque mis à la mode, pendant la période de 1830 à 1850, par une célébrité chorégraphique qui lui donna son nom ou plutôt son surnom. Les chicards ont révolutionné les bals publics et, pendant vingt ans, ils ont imprimé une grande vogue à la descente de la Courtille. — La danse de Chicard, leur maître, n’a jamais été ni bruyante, ni extravagante. Il procédait à pas serrés, mimant, grimaçant, roulant ses gros yeux en boule de loto. Grande fut sa gloire. On a dit le « pas chicard » pour rappeler sa manière, chicarder, danser comme Chicard. On a créé les vocables chicandar, chicocan-dar, pour désigner quelque chose de très chic comme l’inventeur du fameux pas qui, lui-même, a dû son sobriquet au chic qui le caractérisait. Chicard a passé, son pas n’est plus, seul le mot chic, le radical, a survécu.
France, 1907 : Superlatif de chic.
Vrai, c’en était un’ joli fête :
Y avait du punch et du pomard,
On s’piquait l’nez dans son assiette,
C’était un’ noce un peu chicard !
Vrai, c’était chicard !
Ma bell’ mère était tés aimable,
Parait qu’elle ador’ le bon vin,
C’est p’t’êtr’ ben pour ça qu’à la fin
On l’a retrouvé’ sous la table !
(Aristide Bruant)
On dit aussi chicandard et chicocandard.
France, 1907 : Type de carnaval, inventé vers 1830 par un honnête commerçant de Paris. Le costume se composait d’un casque à plumet, d’une blouse, de bottes de gendarme et de gants de grosse cavalerie. Il est tombé en désuétude, après avoir été fort illustré dans les caricatures de Gavarni. Il y avait le pas chicard, qu’on appelle aussi chicarder.
Chicard était un gringalet passionné, silencieux, et dévoré de la manie de la danse obscène. Sa méthode consistait à se trémousser sur place, avec force gestes indécents et une physionomie immuable. Le pince-sans-rire de la polissonnerie. Il ne parlait à personne : au pied d’un arbre d’un jardin public, se tenait son sérail, composé des plus jolies filles, toutes gloires futures de la Cuisse en l’air et de la Jambe en cerceau. Quand le quadrille préludait, ce Vestris de la braguette désignait une d’elles, et, sans mot dire, se rendait à son ouvrage. C’est alors que froidement, l’œil atone et le visage immobile, le danseur commençait ses petites cochonneries devant un public idolâtre formant galerie et plus tard lui faisant cortège.
Pétit, court de jambes, une tête avec des cheveux blancs coupés ras, il portait un veston, un pantalon flottant, des chaussettes en filoselle et des escarpins. Ce Chicard s’appelait de son vrai nom M. Levêque. Notable commerçant de Paris, marchand en gros de cuir brut, sa signature était cotée premier crédit à la Banque.
(Gil Blas)
Chiendent
d’Hautel, 1808 : Voilà le chiendent. Pour, voilà le point le plus difficile ou le plus important de l’affaire.
Delvau, 1866 : s. m. Difficulté, obstacle, anicroche, — dans l’argot du peuple, qui sait avec quelle facilité le hunds-grass pousse dans le champ de la félicité humaine. Voilà le chiendent. Voilà le hic.
La Rue, 1894 : Difficulté.
Chocnoso, sof, sophie, sogue, koxnoff
Larchey, 1865 : Brillant. — On ne paraît pas bien fixé sur l’orthographe de ce mot.
Dans cette situation, comment dire ?… — Chocnoso…
(Balzac)
Dans Pierre Grassou, le même auteur écrit Chocnosoff.
Je m’en vais chez le restaurateur commander un dîner kox-noff.
(Champfleury)
C’est koksnoff, chocnosogue, chicardo, snoboye.
(Bourget, Chansons)
Sa plume était chocnosophe, et ses goûts ceux d’un pacha.
(Commerson)
Choquotte (c’est de là)
Rigaud, 1881 : C’est très bien, très agréable, d’un excellent rapport. Dans le jargon des chiffonniers chocotte signifie « os gras. » (V. Camelotte)
S’ mett’e un p’tit brin en ribote
Et, dans l’coin d’un caboulot,
Gentiment s’rincer le goulot
Sans c’ pendant sortir soulot,
C’est de la choquotte.
(La Muse à Bibi)
Chou
d’Hautel, 1808 : Chou chou. Nom amical et carressant que l’on donne aux petits enfans. On dit aussi Mon chou.
Chou pour chou. À la pareille, semblablement.
Aller à travers choux. Agir inconsidérément ; comme un écervelé.
Faire ses choux gras. Faire bien ses affaires ; Se divertir.
Faire ses choux gras de quelque chose. En faire ses délices.
Vous pouvez en faire des choux, des raves. C’est-à-dire, ce que vous voudrez, ce que bon vous semblera.
Ce n’est pas le tout que des choux. Pour dire que l’on n’a fait qu’une partie de ce qui est nécessaire pour venir à bout d’une entreprise.
Il s’y entend comme à planter des choux. Se dit d’un homme qui entreprend un état dont il n’a aucune connoissance.
S’il t’ennuie, envoie-le planter des choux. Équivaut à envoie-le promener.
On dit de quelqu’un qui dispose avec trop de liberté des biens d’autrui, qu’Il en fait comme des choux de son jardin.
Trognon de chou. Sobriquet que l’on donne aux petites personnes laides et contrefaites.
On dit aux enfans qui font des demandes indiscrètes sur leur naissance, qu’ils sont venus sous un chou.
Elle fait bien valoir ses choux. Se dit d’une personne trop prévenue de son mérite et de ses qualités personnelles, et qui met un haut prix à ses services.
Ménager la chèvre et les choux. Voyez Chèvre.
Il ne vaut pas un trognon de chou. Pour il est dénué de toute capacité ; il n’est bon à rien.
Larchey, 1865 : Sobriquet amical.
L’une m’appelle mon chou, mon ange.
(Francis, 1825)
Rigaud, 1881 : Résultat des fouilles nasales, — dans le jargon des collégiens.
Clou
d’Hautel, 1808 : Gras comme un cent de clou. Phrase hyperbolique, pour dire maigre, étique, décharné.
Cela ne tient ni à fer ni à clou. Pour est dans un très-mauvais état ; se dit aussi d’un ornement d’une chose mobile qu’on peut emporter en changeant de logis.
Un clou chasse l’autre. Voy. Chasser.
River le clou à quelqu’un. C’est répondre d’une manière fermé et sèche à des paroles choquantes.
Compter les clous d’une porte. Se dit figurément, pour s’ennuyer d’attendre à une porte y planter le piquet.
On dit d’une chose en très bon état, qu’il n’y manque pas un clou.
Je n’en donnerois pas un clou à soufflet. Se dit d’une chose pour laquelle on n’a aucune estime.
On dit d’un écervelé, d’un homme extravagant, qu’il faut un clou à son armet.
Delvau, 1864 : Le membre viril, avec lequel on fixe la femme sur le dos.
Larchey, 1865 : Mont-de-Piété. — Mot à mot : prison d’objets engagés.
Il avait mis le linge en gage ; on ne disait pas encore au clou.
(Luchet)
Larchey, 1865 : Prison. On ne peut pas en bouger plus que si on y était cloué.
Je vous colle au clou pour vingt-quatre heures.
(Noriac)
Delvau, 1866 : s. m. La salle de police, — dans l’argot des soldats, qui s’y font souvent accrocher par l’adjudant. Coller au clou. Mettre un soldat à la salle de police.
Delvau, 1866 : s. m. Le mont-de-piété, — où l’on va souvent accrocher ses habits ou ses bijoux quand on a un besoin immédiat d’argent. Coller au clou. Engager sa montre ou ses vêtements cher un commissionnaire au mont-de-piété. Grand clou. Le Mont-de-piété de la rue des Blancs-Manteaux, dont tous les autres monts-de-piété ne sont que des succursales.
Delvau, 1866 : s. m. Prison, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Baïonnette, — dans le jargon des soldats.
Rigaud, 1881 : Mont-de-Piété. — Mot emprunté par le peuple au jargon du régiment où clou signifie prison. Le Mont-de-Piété est la prison aux hardes. — Hospice des Enfants-Trouvés.
Rigaud, 1881 : Objet détérioré ou de peu de valeur, — dans le jargon des marchands de bric-à-brac. Pousser des clous, mettre des enchères sur des objets sans valeur.
Rigaud, 1881 : Ouvrier qui travaille mal.
Rigaud, 1881 : Prison, — dans le jargon des troupiers.
Vous y êtes pour deux jours de clou.
(Randon, Croquis militaires)
Rigaud, 1881 : Scène à effet, scène capitale, scène où les auteurs comptent accrocher le succès, — dans le jargon du théâtre.
Je lui ai donné la réplique et nous avons répété sa grande scène du deux !… c’est le clou de la pièce.
(Figaro du 6 juillet 1878)
Merlin, 1888 : Salle de police, prison. — Coller au clou, mettre en prison.
La Rue, 1894 : Prison. Mont-de-piété. Mauvais ouvrier. Mauvais outil. Baïonnette. Objet détérioré. Scène à effet au théâtre.
Virmaître, 1894 : Le mont-de-piété. On va, les jours de dèche, y accrocher ses habits. On dit aussi : aller chez ma tante, mon oncle en aura soin. On dit également : au plan (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Un individu bon à rien est un clou. Une mauvaise montre est un clou.
France, 1907 : Baïonnette.
France, 1907 : Mauvais outil, mauvais ouvrier. « Cela ne vaut pas un clou. » « Tu n’es qu’un clou, un rien qui vaille. »
France, 1907 : Mont-de-piété.
France, 1907 : Partie saillante d’une pièce, d’un livre, d’une représentation.
Un jeune auteur dramatique explique à un de ses amis le scenario d’une comédie future :
— Ce n’est pas mauvais, dit l’ami, mais pourquoi as-tu fait dérouler l’action dans un mont-de-piété ?
— Mais, mon cher, tout bonnement parce que le mont-de-piété sera le clou de ma pièce.
Aujourd’hui, au théâtre, il y a souvent plus de clous que de « charpente ». Le contraire nous semblerait préférable.
(Dr Grégoire, Turlutaines)
M. Hector Pessard vient de publier la première série de ses petits papiers dans la Revue bleue. Le clou de cette intéressante communication est l’histoire de la fondation du Courrier de Paris par M. Clément Duvernois. Le rôle joué par cette feuille éphémère et les rédacteurs qui y ont été attachés, ainsi que le talent de l’auteur, expliquent l’accueil fait à ce récit.
(Gil Blas)
Le livre est un petit bijou,
J’ai note des pages exquises,
Dont une un véritable clou.
(Jacques Redelsperger)
France, 1907 : Prison : on y est, en effet, cloué.
Nos chefs sont remplis d’malice ;
Pour un’ faute, un rien du tout,
V’lan ! à la sall de police !
— Y en a qui nomment ça le Clou ! —
…
Dès qu’il s’agit d’une corvée,
Vite, dans la cour mal pavée,
On fait appeler à l’instant
Le caporal et le sergent.
Et souvent, comme récompense
(Ça se voit plus qu’on ne le pense),
On flanque au clou, si ça va mal,
Le sergent et le caporal.
(Chanson de caserne)
Coche
d’Hautel, 1808 : Une coche, une grosse coche, une vieille coche. Expressions basses, grossières et injurieuses que l’on adresse à une femme d’un volumineux embonpoint.
Delvau, 1866 : s. f. Femme adipeuse, massive, rougeaude, — dans l’argot du peuple, qui veut que la Femme pour mériter ce nom, ressemble à une femme et non à une scrofa.
France, 1907 : Grosse femme, molle et grasse, ou qui se livre volontiers au mâle.
Cochon
d’Hautel, 1808 : Il ne savoit pas si c’étoit du lard ou du cochon. Manière basse et triviale de dire qu’un homme a été surpris par quelqu’événement fâcheux ; qu’il en est resté interdit et stupéfait.
Des yeux de cochon. Expression grossière, pour dire de fort petits yeux.
C’est un cochon à l’auge. Se dit par mépris d’un homme malpropre et dégoûtant.
Bête comme un cochon. Épithète fort incivile, pour dire que quelqu’un est d’une grande stupidité.
Nous n’avons pas gardé les cochons ensemble. Espèce de réprimande qu’un supérieur fait à son inférieur, lorsque ce dernier s’est permis de le tutoyer, ou de manquer envers lui aux égards et aux bienséances.
Il faut mourir, petits cochons, il n’y a plus d’orge. Se dit à ceux qui ont perdu leurs protecteurs, leur fortune, et à qui il ne reste plus de ressource.
Un gros cochon. Nom que l’on donne à un homme gras et trapu, et pour lequel on n’a ni estime ni considération.
Vivre comme un cochon. C’est-à-dire, en égoïste ; ne s’occuper qu’à boire, manger et dormir.
De cochon. Brocard bas et populaire, que l’on ajoute au dernier mot de la conversation d’une personne qui parle directement de soi. Par exemple, si quelqu’un vient à dire qu’Il s’est lavé les pieds, une autre répond aussitôt : de cochon.
Rigaud, 1881 : Avare. — « C’est un cochon », dit une femme en parlant d’un homme dont elle a à se plaindre sous le rapport de la générosité.
Rigaud, 1881 : Libre dans ses propos, raffiné en lubricité. — Elle n’est pas jolie, jolie, mais elle est si cochonne.
France, 1907 : Ladre, avaricieux. Se conduire comme un cochon, se conduire en avare, en homme méprisable. Ce n’est pas trop cochon, ce n’est pas trop mauvais. C’est pas cochon du tout, c’est très bien. Mon pauvre cochon, je ne te dis que cela ! Mon pauvre ami, te voilà dans de beaux draps.
France, 1907 : Libertin, passionné.
— C’est un cochon ! disait-elle.
Et comme un des personnages d’une fameuse comédie politique de Sardou, elle ajoutait :
— J’appelle un cochon, cochon ! et si je savais un mot plus cochon que cochon, je me ferais honneur de m’en servir !…
(Le Journal)
Guy de Maupassant a écrit une amusante nouvelle sous le titre : Ce cochon de Morin !
France, 1907 : Se dit d’un mauvais tour.
— C’est cochon, cela ! s’écria Marthe, d’amener une femme pour la faire prendre ! M’sieu le commissaire, il ne m’avait pas dit qu’il était marié, vous savez !
(Oscar Méténier, Gil Blas)
Cocodès
Larchey, 1865 : Jeune dandy ridicule. — Diminutif de coco pris en mauvaise part.
Ohé ! ce cocodès a-t-il l’air daim !
(L. de Neuville)
Une physiologie des Cocodès a paru en 1864.
Delvau, 1866 : s. m. Imbécile riche qui emploie ses loisirs à se ruiner pour des drôlesses qui se moquent de lui.
On pourrait croire ce mot de la même date que cocotte : il n’en est rien, — car voilà une vingtaine d’années que l’acteur Osmont la mis en circulation.
France, 1907 : Dandy ridicule qui dépense sottement la fortune que son père ou ses ancêtres lui ont laissée, ce qui rétablit l’équilibre social, en quoi le cocodès a du bon. Ce fut un acteur du nom d’Osmard qui inventa ce mot et le mit en circulation. Il le tira, sans doute, de coco, homme sans consistance, digne de mépris, dans l’argot bourgeois. Cocodès a pour féminin et digne compagne : cocodette. Ses synonymes sont nombreux : petit crevé, gommeux, poisseux, gâteux, boudiné, grelotteux, etc. ; ils peuvent être confondus sous la désignation générale de crétins.
… Les corodès et les petits crevés de l’époque, successeurs des daims, des lions et des gants jaunes qui représentaient alors la classe des élégants, n’étaient que d’affreux bonshommes étiolés, flétris, barbouillés de fard, parfumés, grasseyant et ridicules, dont le costume, pour épatant qu’il fût aux yeux de ces fantoches, n’en était pas moins laid, burlesque et contraire à tout sentiment de correction.
(Octave Uzanne, La Femme et la Mode)
Le cocodès apparut sur l’asphalte parisien vers 1863. Il portait un faux col droit très haut, englobant parfois le menton. Il semblait être né avec un carreau dans l’œil.
Le petit crevé date de 1869. Son nom qui semblerait si bien provenir de l’état d’épuisement où l’ont mis les excès, paraît cependant venir de la mode de la chemise à petits crevés que portait habituellement un élégant de cette époque. Il portait la raie au milieu et deux petites coques plaquées au cosmétique sur le front.
Le gommeux. On prétend que c’est l’ancien petit crevé, qui obséda tellement ses amis du récit de ses campagnes que ceux-ci le comparèrent à la gomme qui colle et dont on ne peut se dépêtrer. C’est à ce sentiment des désagréments de la gomme et de tout ce qui est gluant qu’on doit une variété de l’espèce des gommeux appelée :
Le poisseux. Il a vécu ce que vivent les roses. Puis, comme, en souvenir de la guerre, il avait conservé la capote militaire, qui sur son dos civil paraissait un vêtement d’hôpital lui donnant l’air infirme et maladif, il devint :
Le gâteux, et son manteau, qui descendait jusqu’à la cheville, fut appelé gâteuse, Le pantalon s’élargissait par le bas et tombait de telle sorte sur la chaussure qu’il donnait au pied toute la grâce du pied de l’éléphant. Cet animal avait par sa coiffure une supériorité incontestable sur le gâteux, dont les chapeaux minuscules atteignaient le comble du ridicule sur un corps grossi démesurément par les vêtements. Tout à coup la chrysalide sort de son cocon gâteux, et apparait :
Le boudiné, emprisonné dans des vêtements trop étroits, trop courts et atteignant les dernières limites du collant. Vrai boudin ambulant, menaçant sans cesse de faire craquer son enveloppe. Une variété de boudin, peut-être de seconde qualité, reçoit un nom particulier :
Le petit gras, auquel succéda le vibrion, qui s’effaça à son tour devant :
Le grelotteux. Cet être grelottait sous la bise, grâce aux vêtements étriqués du boudiné.
(Courrier de Vaugelas)
Con glaireux
Delvau, 1864 : Gras, soit naturellement, soit par suite de maladies, soit par malpropreté.
Hideux amas de tripes molles
Où d’ennui bâille un con glaireux.
(Parnasse satyrique)
Con gras
Delvau, 1864 : Mal nettoyé, encore enduit de beurre masculin, ou naturellement adipeux, — de sorte que le membre qui s’y introduit est tout étonné d’y faire flic-flac.
On ne se lave bien qu’au bordel ! Des ingrats
Peuvent seuls à ton con préférer un con gras.
(Albert Glatigny)
Coucou
Bras-de-Fer, 1829 : Montre.
Vidocq, 1837 : s. f. — Montre. Terme des Floueurs.
Delvau, 1864 : Oiseau jaune, de la race des cocus, aussi féconde que celle des mirmidons.
Les coucous sont gras,
Mais on n’en tue guère ;
Les coucous sont gras,
Mais on n’en tue pas ;
La crainte qu’on a de manger son père,
Son cousin germain, son oncle ou son frère.
Fait qu’on n’en tue guère,
Fait qu’on n’en tue pas.
(Vieille chanson)
Larchey, 1865 : Cocu.
Une simple amourette Rend un mari coucou.
(Chansons. impr. Chassaignon, 1851)
En 1350, un mari trompé s’appelait déjà en bas latin cucullus (prononcez coucoullous), et, en langue romane, cous. V. Du Cange.
Delvau, 1866 : s. m. Cocu, — par antiphrase. Faire coucou. Tromper un homme avec sa femme. On dit aussi Faire cornette, quand c’est la femme qui est trompée.
Delvau, 1866 : s. m. Montre, — dans l’argot des voleurs, qui confondent à dessein avec les horloges de la Forêt-Noire. Ils disent mieux Bogue.
France, 1907 : Ancienne voiture des environs de Paris où grisettes et commis se faisaient véhiculer à la campagne, le dimanche, au bon temps des romans de Paul de Kock, L. Couailhac, dans Les Français peints par eux-mêmes, a ainsi décrit cette humble boîte à compartiments que trainait un cheval poussif :
On y est si bien pressé, si bien serré, si bien étouffé ! Elle rappelle si bien l’époque où les Des Grieux des gardes françaises et de la basoche allaient manger une matelote à la Râpée avec les Manon Lescaut des piliers des Halles. Comme tout ce bon attirail de cheval et de voiture unis ensemble respire le parfum de la galanterie joyeuse, vive et folle du bon temps, du temps ou les grisettes portaient les jupes courtes, faisaient gaiement claquer leurs galoches sur le pavé, se décolletaient comme des marquises et se moquaient de tout avec Madelon Friquet ! Oh ! la charmante voiture ! comme le coude touche le coude, comme le genou presse le genou, comme la taille des jeunes filles est abandonnée sans défense aux entreprises des audacieux !
On appelle aussi coucou, par ironie, la machine à vapeur.
France, 1907 : Cocu. Faire coucou, tromper un mari avec sa femme.
Il y a des syllabes qui portent en elles une vertu magique de rire ou de larmes, comme les plantes que les nécromanciens recueillent au clair de lune empoisonnent où guérissent. Ce petit mot de cocu, plein et sonore comme une tierce de clairon, sonne pour notre race une fanfare toujours joyeuse.
(Hugues Le Roux)
France, 1907 : Montre. Allusion aux horloges de bois fabriquées en Suisse et appelées ainsi à cause du petit oiseau qui les surmonte et chante coucou à toutes les heures.
Couenne
d’Hautel, 1808 : Peau de Pourceau. On dit grossièrement d’un homme peu industrieux ; d’un nigaud, d’un maladroit, d’un sot, qu’il est couenne ; qu’il est bête comme une couenne.
Se ratisser la couenne. Pour, se raser le visage, se faire la barbe.
Delvau, 1864 : Le membre viril, — une cochonnerie.
Larchey, 1865 : « On dit d’un nigaud, d’un maladroit, d’un sot qu’il est couenne. » — d’Hautel, 1808. — V. Coenne.
Delvau, 1866 : s. et adj. Imbécile, niais, homme sans énergie, — dans l’argot des faubouriens, qui pensent comme Émile Augier (dans la Ciguë), que « les sots sont toujours gras ».
Delvau, 1866 : s. f. Chair, — dans l’argot du peuple. Gratter la couenne à quelqu’un. Le flatter, lui faire des compliments exagérés.
Rigaud, 1881 : Niais.
Est-il couenne, ce petit N… de D… là…, ça lui fait de la peine quand on bat les autres.
(Eug. Sue. Misères des enfants trouvés.)
Rigaud, 1881 : Peau. — Se racler la couenne, se raser.
France, 1907 : Chair. Gratter, racler ou ratisser la couenne, raser. Se dit aussi pour flatter, dans le même sens que passer la main dans le dos.
France, 1907 : Sot, lourdaud, à l’intelligence épaisse comme la peau du porc.
Oui, y a pas d’doute, à ton accent
On voit qu’t’es faubourien pur sang ;
T’es éveillé, t’as pas l’air couenne,
T’es p’t’êtr’ du quartier Saint-Antoine.
(A. Bruant et J. Jouy)
Crapaud
d’Hautel, 1808 : Saute crapaud, nous aurons de l’eau. Phrase badine dont on se sert en parlant à un enfant qui danse à tout moment sans sujet ni raison, pour lui faire entendre que cette joie est le pronostic de quelque chagrin ou déplaisir non éloigné, et par allusion avec les crapauds, qui sautent à l’approche des temps pluvieux.
Laid comme un crapaud. Un vilain crapaud. D’une laideur difficile à peindre.
Ce crapaud-là, ce vilain crapaud cessera-t-il de me tourmenter ? Espèce d’imprécation que l’on adresse à quelqu’un contre lequel on est en colère.
Sauter comme un crapaud. Faire le léger, et le dispos, lorsqu’on n’est rien moins que propre à cela. Voy. Argent.
Ansiaume, 1821 : Cadenas.
Pour brider la malouse il y avoit 3 crapauds.
Vidocq, 1837 : s. m. — Cadenas.
Larchey, 1865 : Bourse de soldat. Simple poche de cuir dont l’aspect roussâtre et aplati peut à la rigueur rappeler l’ovipare en question. On appelle grenouille le contenu du crapaud. — Les deux mots doivent être reliés l’un à l’autre par quelque affinité mystérieuse.
Larchey, 1865 : Cadenas (Vidocq).
Larchey, 1865 : Fauteuil bas.
Une bergère… Avancez plutôt un crapaud !
(El. Jourdain)
Larchey, 1865 : Homme petit et laid. — Crapoussin, qui a le même sens, est son diminutif. — Usité dès 1808.
Tiens ! Potier, je l’ai vu du temps qu’il était à la Porte-Saint-Martin. Dieux ! que c’crapaud-là m’a fait rire !
(H. Monnier)
Delvau, 1866 : s. m. Apprenti, petit garçon, — dans l’argot des faubouriens.
Delvau, 1866 : s. m. Bourse, — dans l’argot des soldats.
Delvau, 1866 : s. m. Cadenas, — dans l’argot des voleurs, qui ont trouvé là une image juste.
Delvau, 1866 : s. m. Mucosité sèche du nez, — dans l’argot des voyous.
Delvau, 1866 : s. m. Petit fauteuil bas, — dans l’argot des tapissiers.
Rigaud, 1881 : Cadenas, — dans le jargon des voleurs. — Enfant, — dans celui des ouvriers, qui disent aussi : crapoussin. — Bourse, — dans celui des troupiers :
Mon crapaud est percé, il aura filé dans mes guêtres.
(A. Arnault, Les Zouaves, act 1. 1856.)
La Rue, 1894 : Cadenas.
Virmaître, 1894 : Cadenas (Argot des voleurs).
Virmaître, 1894 : Moutard (Argot du peuple).
Hayard, 1907 : Cadenas, porte-monnaie, enfant.
France, 1907 : Apprenti, petit garçon. Se dit aussi d’un homme de petite taille.
— Pourquoi qu’tu y as pas demandé, quand j’te recommande de le faire ? Tu pouvais pas y prendre, bougre de cochonne… Comme si qu’on pouvait
France, 1907 : Cadenas. Allusion à sa forme.
France, 1907 : Mucosité sèche du nez, que nombre de gens out la dégoûtante habitude de tirer avec les doigts.
France, 1907 : Petit fauteuil, bas de forme.
France, 1907 : Porte-monnaie où l’on cache les petites économies qui ne doivent en sortir qu’aux grandes occasions. Il est toujours bon d’avoir un crapaud, surtout pour un comptable : cela l’empêche de manger la grenouille.
Déboutonnant son dolman, il entr’ouvrit sa chemise à la hauteur de la poitrine, et fit voir, à nu sur celle-ci, un petit sachet de cuir, appendu autour du cou par un cordon de même espèce. C’est ce que les troupiers appellent leur crapaud.
(Ch. Dubois de Gennes, Le troupier tel qu’il est… à cheval)
D’abord deux heures trimeras,
Et de l’appétit tu prendras !
Au repos tu l’assouviras
Avec du pain, du cervelas,
Ou d’air pur tu te rempliras,
Si dans ton crapaud n’y a pas gras !
Par ce moyen éviteras
Des indigestions l’embarras…
(Les Litanies du cavalier)
Croûte
d’Hautel, 1808 : Ne manger que des croûtes sèches. Faire maigre chère.
Casser la croûte avec quelqu’un. Pour dire, manger amicalement et familièrement avec lui.
On dit par mépris, et en parlant d’un mauvais tableau : c’est une croûte.
Delvau, 1866 : s. f. Tableau mal peint et mal dessiné, — dans argot des artistes, qui doivent employer ce mot depuis longtemps, car on le trouve dans les Mémoires secrets de Bachaumont.
France, 1907 : Homme nul, aux idées étroites. « Il ne manque pas de croûtes au Sénat. » « Combien de nos représentants à l’étranger sont de véritables croûtes ! »
France, 1907 : Tableau de nulle valeur.
Dans ces brasseries, c’est un débinage perpétuel contre tous les arrivés : il suffit d’avoir un peu de talent pour être un propre à rien ; en dehors d’eux, rien n’existe. Et les femmes ? Elles s’étalent, fument, boivent, la plupart sont vieilles, elles sont les dignes pendants des croûtes qui garnissent les murs ; d’étapes en étapes, elles ont échoué dans ces caboulots, comme la baleine échoue sur la grève, et les ratés en font leurs choux gras.
(Ch. Virmaître, Paris oublié)
Vous lui facilitez la route
Et lui servez de repoussoir.
Elle se dit : « Près d’une croûte,
Je suis encor très belle à voir ! »
(Jacques Redelsperger, Nos Ingénues au Salon)
Cuisine
d’Hautel, 1808 : Se ruer en cuisine. Manger à ventre déboutonné ; faire beaucoup de dépense pour sa cuisine.
On dit aussi d’une personne grasse, vermeille, et rubiconde, qu’elle est chargée de cuisine.
Vidocq, 1837 : s. f. — Préfecture de police.
Larchey, 1865 : Préfecture de police. — Cuisinier : Agent de police (Vidocq). — Cuisinier : Dénonciateur, espion. V. coqueur.
Lui qui avait servi plusieurs fois de cuisinier à la police.
(Canler)
Mauvais signe ! un sanglier ! comment s’en trouve-t-il un ici ? — C’est un de leurs trucs, un cuisinier d’un nouveau genre.
(Balzac)
Delvau, 1866 : s. f. La préfecture de police, — dans l’argot des voleurs, qui y sont amenés sur les dénonciations des cuisiniers ou coqueurs.
Delvau, 1866 : s. f. Tout ce oui concerne l’ordonnance matérielle d’un journal, — dans l’argot des gens de lettres. Connaître la cuisine d’un journal. Savoir comment il se fait, par qui il est rédigé et quels en sont les bailleurs de fonds réels. Faire la cuisine d’un journal. Être chargé de sa composition, c’est-à-dire de la distribution des matières qui doivent entrer dedans, en surveiller la mise en page, la correction des épreuves, etc.
Rigaud, 1881 : Préfecture de police. — Vesto de la cuisine, agent de la sûreté, — dans le jargon des voleurs.
La Rue, 1894 : Préfecture de police.
France, 1907 : Préfecture de police
Cul terreux
Delvau, 1864 : Paysanne, qui ignore l’usage de la cuvette, et qui a autant de crasse au vagin qu’aux mains.
Delvau, 1866 : s. m. Paysan, — dans l’argot des faubouriens ; jardinier de cimetière, — dans l’argot des marbriers.
Virmaître, 1894 : Paysan. L’allusion est transparente (Argot du peuple). V. Pétrousquin.
Hayard, 1907 : Cultivateur ; paysan.
France, 1907 : Paysan, jardinier. Le mot s’applique, en général, à tous ceux qui travaillent la terre.
Son aïeul a fondé la fortune de la famille en achetant des biens d’émigrés, et son père l’a considérablement arrondie en épousant la fille d’un riche fermier, un cul-terreux…
(François Coppée)
En fait de fumier, que je leur dis : y a rien d’aussi bon que les carcasses de richards et de ratichons, mises à cuire six mois dans le trou à purin. Ça dégotte tous les engrais chimiques du monde. En effet, le jour où les culs-terreux utiliseront ces charognes, ils n’auront plus ni impôts, ni dîmes, ni rentes, ni hypothèques, ni f…, ni m… à payer, — conséquemment, aussi maigre que soit la récolte, elle sera toujours assez grasse pour eux.
(Almanach du Père Peinard, 1894)
Dégraisser un homme
Delvau, 1866 : v. a. Le ruiner, — dans l’argot des petites dames, qui trouvent alors qu’il n’y a pas gras dans ses poches.
Dégueulando
France, 1907 : « En dégueulant », latinisme de cuisine.
Et sur ces pauvres faces, si dolentes au réveil, un rayon s’allumait et comme une aurore se mettait à fleurir, tandis que le chanteur continuait sa romance, pourtant bien banale, barytonnée de quel accent à la fois vulgaire et prétentieux, avec des ports de voix pleurarde, des roulades gargouillantes et de savonneux roucoulements dégueulando…
Plus prétentieux alors, plus artiste et plus cabotin se faisait le chanteur, qui grasseyait jusqu’à l’écœurement ses flûteries mélancoliques, se gargarisait sans fin de ses roulades, roucoulait caracoulait et s’alanguissait en ports de voix où l’on eût dit que dans un dégueulando suprême il allait rendre l’âme.
(Jean Richepin)
Dévasté
France, 1907 : Homme courbé, fatigué par les excès plutôt que par les ans.
Le dévasté plaît, le dévasté intéresse parce qu’en le voyant, chacun se dit : Si cet homme a la tête plus nue que le genou, c’est que le volcan qui lui tient lieu de cervelle a anéanti sa chevelure, son œil est éteint ? C’est qu’il a trop flamboyé. Il n’a plus de mollets ? Ah ! Qu’est-ce que prouve cette absence du gras de la jambe, sinon que cet homme a trop abusé de ses mollets, sinon que cet homme a trop aimé !
(Ed. Lemoine)
Dindon
d’Hautel, 1808 : Il est le dindon de la farce. Pour dire il est seul dupe dans cette affaire ; c’est lui qui en supporte tous les frais ; qui sert de risée et de bardot à la compagnie.
On dit aussi par raillerie d’un idiot qui garde le silence par stupidité, qu’Il est comme le dindon, qu’il ne dit rien et n’en pense pas plus.
Bête comme un dindon. Pour, rien de plus sot, de plus inepte.
Un grand dindon. Un grand imbécile homme simple, gauche, niais et borné.
On appelle vulgairement ce volatile un danseur ; un jésuite. Voyez Jésuite.
Larchey, 1865 : Niais, dupe. — V. Gogo.
J’ne veux pas être le dindon de vos attrapes.
(Vadé, 1788)
Mari dindon : Mari trompé.
Il est le dindon de la farce ; il est seul dupe dans cette affaire.
(d’Hautel, 1808)
Delvau, 1866 : s. m. Imbécile, dupe. Être le dindon de la farce. Être la victime choisie, payer pour les autres.
France, 1907 : Imbécile, dupe, niais. Être ou rester le dindon de la farce, être victime dans une affaire, payer les pots cassés par les autres.
Ça étant, dites-moi, du oui ou du non, si vous voulez rompre la paille avec moi, parce que je ne veux pas être le dindon de vos attrapes.
(Vadé)
D’où vient ce dicton ? C’est là ce qui est généralement ignoré. Eh bien ! voici un renseignement historique que nous croyons inconnu ou peu s’en faut. Dans les premières pièces de théâtre, à peu près régulières, qui vinrent après les mystères, les moralités et les soties, et que l’on appelait des farces, les rôles de dupes et de niais étaient désignés sous le nom de Pères Dindons, par allusion sans doute à cet oiseau de basse-cour, dont on a fait le symbole de la sottise. C’est de là qu’est venue celle expression proverbiale : Être le dindon de la farce.
(Jules Prével, Figaro)
Le féminin est dindonne.
Les femmes pâles des artistes,
Les dindonnes des gras bourgeois,
Les modèles et les modistes,
Les compagnes à tant par mois.
(Jacques Redelsperger, Nos Ingénues au salon)
Dodu
d’Hautel, 1808 : Gras et dodu comme une latte. Locution ironique, pour dire qu’une personne est maigre et décharnée.
Dondon
d’Hautel, 1808 : Une grosse dondon. Sobriquet injurieux que l’on donne à une servante d’auberge ; à une grosse réjouie ; à une femme grasse et d’un solide embonpoint.
Delvau, 1864 : Femme facile, qui se laisse prendre le cul par le premier venu, et, au besoin, se laisse baiser par lui.
Toinette, fraîche dondon,
Chantait ainsi son martyre.
(Jules Poincloud)
Delvau, 1866 : s. f. Femme chargée d’embonpoint ; servante de cabaret — dans le même argot [du peuple].
Delvau, 1866 : s. f. Maîtresse, — dans l’argot dédaigneux des bourgeoises.
France, 1907 : Grosse femme aux forts appas.
C’est la remplaçante, une dondon au grand nez rouge, prétentieuse, endimanchée, et munie d’un vaste panier vide, qu’elle dissimule tout d’abord dans le recoin le plus obscur de l’entrée. Puis elle demande les cabinets, y passe un instant ; entre ensuite à la cuisine, retrousse la jupe de sa vieille robe de soie puce, épingle un torchon sur son large bedon afin de ne pas se salir, et demande à Julie la clef de la cave.
(Paul Alexis, Quelques originaux)
C’estoit une grosse dondon,
Grasse, vigoureuse, bien saine,
Un peu camuse à l’afriquaine,
Mais agréable au dernier point.
(Scarron, Virgile travesti)
Dormir
d’Hautel, 1808 : Il est bon, mais c’est quand il dort. Se dit en plaisantant d’un enfant mutin, espiègle, et difficile à conduire.
Dormir comme un sabot. C’est-à-dire, très profondément, comme le font ordinairement les apathiques, les gens d’un sang lourd et épais ; et par allusion au sabot qui, agité fortement par le fouet d’un enfant, semble ne décrire aucun mouvement, et être tout-à-fait immobile.
Dormir comme une marmotte. Avoir l’air nonchalant, et toujours endormi. On sait que les marmottes dorment six mois de l’année.
Il ne sait s’il dort ou s’il veille. Se dit d’une personne étonnée, surprise, stupéfaite.
Des contes à dormir debout. Histoires ennuyeuses et mensongères.
Dormir la grasse matinée. C’est dormir en paresseux, toute la matinée.
Il ne faut pas réveiller le chat qui dort. Voy. Éveiller.
On dit communément parmi le peuple, dormir un somme, pour faire un somme, prendre un moment de sommeil.
Dormir sans débrider. Dormir la nuit entière sans s’éveiller.
Jeunesse qui veille et vieillesse qui dort, c’est signe de mort.
On dit d’un homme alerte, vigilant, intrigant dans les affaires, que le diable le berce quand il dort.
Il ne dort non plus qu’un jaloux. Pour, il a le sommeil inquiet, agité, fort léger ; un rien suffit pour le réveiller.
Dormir à bâtons rompus. Se réveiller vingt fois dans une nuit.
Le bien vient en dormant. Proverbe qu’il ne faut pas prendre au pied de la lettre ; et qui se dit de certaines gens à qui il arrive des bonnes fortunes qu’elles n’ont pas méritées par leurs travaux.
d’Hautel, 1808 : Qui dort dîne. Se dit par plaisanterie d’une personne qui se laisse aller au sommeil au moment où l’on se met à table.
Doublure
d’Hautel, 1808 : On dit, en terme de théâtre, d’un acteur, qui prend momentanément le rôle d’un autre, que c’est sa doublure.
Fin contre fin n’est pas bon à faire doublure. C’est-à-dire que les gens rusés se trompent difficilement entr’eux.
Delvau, 1866 : s. f. Acteur secondaire, chargé de remplacer, de doubler son chef d’emploi malade ou absent. Argot des coulisses.
France, 1907 : Acteur chargé d’en remplacer un autre en cas d’absence ou de maladie. Les principaux rôles ont presque tous leur doublure.
La femme de chambre est généralement plus indulgente : elle imite et ne parodie pas, c’est une doublure, si vous voulez, qui copie servilement, mais avec conscience, les jeunes premières et les grandes coquettes. Elle grasseye, il est vrai, comme le chef d’emploi, marche de même, affectionne les mêmes gestes, les mêmes expressions, les mêmes airs de tête. Comme madame, elle à ses jours d’abattement…
(Auguste de Lacroix, La Femme de chambre)
Doussin
Halbert, 1849 : Plomb.
Delvau, 1866 : s. m. Plomb, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Plomb. Doussiner, plomber, — dans l’ancien argot.
La Rue, 1894 : Plomb.
Virmaître, 1894 : Plomb (Argot des voleurs). V. Gras double.
Hayard, 1907 / France, 1907 : Plomb.
Eaux grasses
Hayard, 1907 : Gradé, personnage important (en dérision).
Eaux grasses (barboter dans les)
France, 1907 : Occuper de hautes fonctions où l’on tripote à son aise.
Eaux grasses (être dans les)
Fustier, 1889 : Occuper une haute situation dans une administration.
Empiffrer (s’)
d’Hautel, 1808 : Manger avec voracité, à la manière des goinfres et des dindons.
Il s’est empiffré d’une bonne manière. Pour, il s’en est mis jusqu’au nœud de la gorge ; il en a pris à regorger.
Delvau, 1866 : v. réfl. Manger gloutonnement, comme un animal plutôt que comme un homme, — dans l’argot du peuple, qui emploie ce verbe depuis longtemps.
Rigaud, 1881 : Mettre les bouchées doubles. C’est faire passer les bouchées sous le pif, avec autant de promptitude qu’un prestidigitateur fait passer la muscade.
Hayard, 1907 : Manger avec gloutonnerie.
France, 1907 : Manger et boire gloutonnement.
Le vrai restaurant de nuit, comme l’ont connu nos pères, tend de plus en plus à disparaître. Les jeunes gens de notre époque, pour singer leurs aînés, ont trouvé à remplacer le cabinet particulier, le vrai café de nuit, par le bouge et la taverne. Où l’on riait jadis, on hurle ; où l’esprit français pétillait dans les flots du champagne, on jette à présent les éclats d’une blague indécente dans un salicylate malsain. Le niveau moral s’abaissant, les gentilshommes ont fait place aux rastaquouères, les grisettes aux prostituées. On ne se grise plus, on s’empiffre.
(La Nation)
On lui offrait un bock ou une grenadine ou une pièce de quarante sous ; et les amants partis, comme elle voulait du plaisir et que les messieurs la dédaignaient, elle s’enfonçait vers des nocturnes de qualité inférieure. Là-bas, un terrassier où un maçon en bordée l’invitait à partager le saladier des fiançaillés, et elle ronflait entre les bras de l’homme, dans un garni lointain, au Tigre-qui-Pelote ou au Matelas-Épatant.
Dès midi, elle courait à la maison de la Belle déjà veuve du citoyen : elle y trouvait les restes d’une orgie, s’empiffrait de foie gras, se grisait de champagne, dénichait une ancienne robe, un vieux corset, un vieux chapeau, de vieilles bottines, — et, le soir, elle recommençait le lamentable esclavage.
(Dubut de Laforest)
Employé dans les eaux grasses
Merlin, 1888 : Employé des ordinaires et tout autre comptable qu’on semble ainsi accuser de pécher en eau trouble.
France, 1907 : Commis militaire.
Enflaneller (s’)
Rigaud, 1881 : Absorber une boisson chaude. Mot à mot : une boisson qui remplace le gilet de flanelle.
Une nuit de mardi gras, je m’assis à une table, — dans la galerie en face de l’orchestre, — sur laquelle le Temps et Cybèle venaient de s’enflaneller de deux grogs américains.
(P. Mahalin, Au Bal masqué.)
Engraissé à lécher les murs (ne s’être pas)
Rigaud, 1881 : Se dit d’une personne qui étale un de ces visages rubiconds et prospères dénotant le bien-être et les douceurs de l’existence. — La variante est : N’être pas gras d’avoir léché les murs.
Engraisser
d’Hautel, 1808 : On n’engraisse pas les cochons avec de l’eau claire. Se dit à quelqu’un de basse condition, qui fait le délicat, le difficile sur le manger, ou qui est d’une propreté précieuse et ridicule.
Il engraisse de mal avoir, de malédictions. Pour dire, malgré le mal et les fatigues, il devient gras ; il prospère malgré les imprécations que l’on fait contre lui.
On ne sauroit manier le beurre, qu’on ne s’engraisse les doigts. Voy. Manier.
L’œil du maître engraisse le cheval. Signifie que l’œil du maître donne une grande valeur à ses possessions.
France, 1907 : Donner l’argent que l’on gagne à son souteneur.
La gaupe a de la retourne, elle n’engraisse pas.
Entendre comme larrons en foire (s’)
France, 1907 : Être de complicité pour duper quelqu’un ; les foires et les marchés étant d’ordinaire, à cause du mouvement et de la foule le rendez-vous des voleurs et des vide-goussets. Le dicton est fort ancien, comme du reste la chose. Les Romains disaient : « s’entendre comme les marchands d’huile du quai de Velabre. » Le Velabre était le lieu de rendez-vous des marchands d’huile, qui s’y concertaient sur les prix et les faisaient, si possible, monter. « Pour se distribuer les grasses sinécures et partager l’assiette au beurre, les opportunistes s’entendent comme larrons en foire. »
Enterrement
Delvau, 1866 : s. m. Morceau de viande quelconque fourré dans un morceau de pain fendu, — comme, par exemple, une tranche de gras-double revenu dans la poêle et que la marchande vous donne tout apprêté, tout enterré dans une miche de pain de marchand de vin.
Rigaud, 1881 : Bout de charcuterie, tranche de gras-double, rogaton quelconque interné dans un morceau de pain. C’est le déjeuner de bien des pauvres gens. On voit beaucoup d’enterrements dans le quartier des halles à l’heure de midi, alors que l’oreille de morue crépite dans la poêle et que la moule nage dans un bain gris-verdâtre.
Rigaud, 1881 : Ouvrage abîmé par un apprenti ou par un ouvrier, — dans le jargon des cordonniers.
Rigaud, 1881 : Petite supercherie pratiquée par les soldats de cavalerie, laquelle consiste à cacher le crottin sous la paille, au lieu de le ramasser dans la vanette et de le porter au fumier.
Ça s’est-y bien tiré, ta garde d’écurie ?
— Ma foi, tu sais, avec des enterrements.
La Rue, 1894 : Fragment de charcuterie on rogaton interné dans un morceau de pain.
Virmaître, 1894 : Morceau de gras-double, de lard et de pain que les femmes vendent aux environs des halles. On les appelle Mesdames la poêle, parce qu’elles font frire leur marchandise dans cet instrument de cuisine. Un enterrement de première classe coûte trois sous, de deuxième deux sous, de troisième un sou. Ces femmes gagnent de dix à douze francs par jour (Argot du peuple). N.
France, 1907 : Sandwich, c’est-à-dire morceau de viande ou de charcuterie placée dans un petit pain.
Leur spécialité consistait à vendre pour deux sous un morceau de pain dans lequel elles mettaient un morceau de gras-double rôti dans la poêle ; les plus riches allaient jusqu’à trois sous ; alors, pour ce prix, ils avaient une saucisse plate. Dans le langage du boulevard, cela s’appelait un enterrement de première classe.
(Ch. Virmaître, Paris oublié)
On appelle aussi enterrement de première classe une cérémonie longue et ennuyeuse.
Entrelardé
Delvau, 1866 : s. et adj. Homme qui n’est ni gras ni maigre.
France, 1907 : Ni gras, ni maigre.
Entrelardé (un)
Rigaud, 1881 : Un morceau de bœuf maigre avec un peu de gras. (L. Larchey) On dit de même un maigre et un gras, — dans l’argot des bouillons et des crémeries. (Id.)
Entripaillé
d’Hautel, 1808 : Être bien entripaillé. Pour être gros, gras, fort et robuste ; avoir une énorme bedaine.
Delvau, 1866 : adj. Gros, gras, ventripotent.
Rigaud, 1881 : Homme doué d’un ventre poussé à la dernière puissance.
France, 1907 : Ventripotent.
Étalon
Delvau, 1864 : Beau fouteur, homme de qui les femmes, — même les plus bêtes, aiment les saillies.
Dans nos haras en Turquie,
Femme un peu jolie
Veut au gré de son envie,
Se voir bien servie,
L’être par onze ou douze étalons
Grands, gros, gras, beaux, blancs, noirs ou blonds.
(Collé)
J’ai un étalon d’ordinaire, et encore d’autres amoureux.
(P. De Larivey)
Delvau, 1866 : s. m. Homme de galante humeur, — dans l’argot du peuple.
France, 1907 : Gaillard à poils, homme fort estimé des dames. Henri IV était un vaillant étalon.
Étoffé
d’Hautel, 1808 : Un homme bien étoffé, une femme bien étoffée. Pour dire bien vêtu, mis d’une manière décente.
On dit aussi d’une personne grasse et dodue, qu’elle est bien étoffée.
Faire des crêpes
Delvau, 1866 : v. a. S’amuser comme il est de tradition de le faire au Mardi-Gras, — dans l’argot des artistes, gouailleurs de leur nature. Se dit volontiers pour retenir quelqu’un : « Restez donc ; nous ferons des crêpes. »
France, 1907 : S’amuser. Allusion à la coutume du Mardi-Gras.
Faire du lard
Delvau, 1866 : v. a. Dormir ; se prélasser au lit, — dans l’argot du peuple, à qui les exigences du travail ne permettront jamais d’engraisser. Aller faire du lard. Aller se coucher.
France, 1907 : S’engraisser, faire la grasse matinée, « être, comme dit Rabelais, flegmatique des fesses ».
— Moi, je propose de voter un blâme à notre amphitryon. Nous sommes ici, non pour faire de l’art, mais pour faire du lard, ou du bon sang.
(Paul Pourot)
Faire la grasse matinée
Delvau, 1866 : v. a. Rester longtemps au lit à dormir ou à rêvasser, — dans l’argot des bourgeois, à qui leurs moyens permettent ce luxe.
Faire ses choux gras de quelque chose
Delvau, 1866 : En faire ses délices, s’en arranger, — dans l’argot des bourgeois.
Faire une belle jambe
Delvau, 1866 : Ne servir à rien, — dans l’argot du peuple, qui emploie cette expression ironiquement et à propos de n’importe quoi. Ça lui fait une belle jambe ! La « Belle Heaulmière » de François Villon disait dans le même sens : J’en suis bien plus grasse !
Faubourien
Larchey, 1865 : Ouvrier des faubourgs de Palis.
Ces combats que la jeunesse dorée livrait non sans succès aux farouches faubouriens, aux septembriseurs endurcis.
(Roqueplan)
Delvau, 1866 : s. m. Homme mal élevé, grossier, dans l’argot des bourgeois, qui voudraient bien être un peu plus respectés du peuple qu’ils ne le sont.
France, 1907 : Individu mal élevé, turbulent et batailleur, qui grasseye en parlant. Un accent faubourien, des matières faubouriennes.
Fauve
un détenu, 1846 / Halbert, 1849 : Tabatière.
France, 1907 : Sobriquet donné par les élèves de l’École polytechnique aux examinateurs de sortie à cause de leur férocité.
Chevreul, dont les cent années de vie firent plus pour sa popularité que ses beaux travaux sur les corps gras et sa gamme chromatique des couleurs, a été fauve durant vingt années, de 1821 à 1841.
Sur les portes des cabinets d’interrogation, les élèves manquent rarement d’écrire à la craie :
Prière de ne pas agacer les fauves.
(L’Argot de l’X)
France, 1907 : Tabatière.
Fente
Delvau, 1864 : La nature de la femme, destinée à être fendue.
Rien ne fut soustrait à mes regards… Lucette, couchée sur lui, les fesses en l’air, les jambes écartées, me laissait apercevoir toute l’ouverture de sa fente, entre deux petites éminences grasses et rebondies.
(Mirabeau)
Toutes filles, en cas pareil,
Désireraient à leur réveil
Qu’un tel que moi leur fît de rente
Un bon vit pour boucher leur fente.
(Cabinet satyrique)
Et puis après il se vante
D’avoir bouché votre fente.
(Gautier-Garguille)
Pontgibaut se vante
D’avoir vu la fente
De la comtesse d’Alaïs.
(Tallemant des Réaux)
Flume
Delvau, 1866 : s. m. Résultat, expectoré ou non, de la pituite, — dans l’argot du peuple, qui parle comme écrivait le poète Eustache Deschamps :
Dieux scet que ma vieillesse endure
De froit et reume jour et nuict,
De fleume, de toux et d’ordure.
Fleume ou flume, c’est tout un. Avoir des flumes. Être d’un tempérament pituiteux. On dit de même Avoir la poitrine grasse.
France, 1907 : Pituite. Vieux mot écrit autrefois fleume.Dieu scet que ma vieillesse endure
De Froid et reume jour et nuict,
De fleume, de toux et d’ordure !
(Eustache Deschamps)
Fort-en-mie
Delvau, 1866 : s. m. Homme très gras, — dans l’argot des faubouriens, qui prennent les os pour la croûte du corps. Les voyous anglais ont la même expression : Crummy.
France, 1907 : Personne très grasse, autrement dite boule-de-suif.
Fourgat, fourgate
France, 1907 : Recéleur, recéleuse ; de fourguer.
Chenatre fourgat litreras
Afin de solir sûrement.
(Vidocq, Commandements des voleurs)
— La fourgate est à deux pas. Sitôt servi, sitôt bloqui. Et je te garantis qu’il y a gras.
— Eh bien ! marchons.
(Marc Mario et Louis Launay)
Foutimasser
d’Hautel, 1808 : Ne faire rien qui vaille ; agir avec nonchalance ; travailler à contre-cœur ; lambiner ; lanterner.
Delvau, 1864 : Baiser dans un grand con, avec un vit trop petit, ou ne pas assez bander : en somme, ne faire rien qui vaille.
Ton vit plus froid que glace
Reste molasse,
Il foutimasse ;
Quel bougre d’engin !
(Piron)
Un ribaud, quelquefois, trop plein de son objet,
Fatigue, échauffe en vain un aimable sujet ;
Sans cesse auprès de lui, le paillard foutimasse
Et sur ses nudités sa main passe et repasse.
(L’Art priapique)
Loin ces foutimaceurs qui gastent le métier…
Ne foutimacez plus les oreilles des dames.
(Paroles grasses de Caresme-prenant.)
Larchey, 1865 : Ne faire rien qui vaille.
(1808, d’Hautel)
Delvau, 1866 : v. n. Ne rien faire qui vaille.
Virmaître, 1894 : S’applatir sur un ouvrage, le faire traîner en longueur. C’est une corruption de deux mots accouplés foutu, mauvais, masseur, travailleur (Argot du peuple). N.
France, 1907 : Ne faire ou ne dire rien de bon, ni de spirituel.
Quand le vin de vie est tiré,
Lirlonfa malurette ré,
Qu’importe ce qu’on foutimasse
Pour boire avec ou sans grimace ?
Bien ou mal, c’est liron-lire,
Lirlonfa maluré.
(Jean Richepin)
Foutu
Larchey, 1865 : Mauvais.
À toy, foutu esprit, je fais ces foutus vers.
(Paroles grasses de Carême Prenant, 1589)
Chasser cette foutue canaille.
(Hébert, 1793)
V. Fichu dont toutes les acceptions sont les mêmes.
Delvau, 1866 : adj. Mal habillé. Foutu comme quatre sous. Habillé sans goût et même grotesquement.
Delvau, 1866 : adj. Mauvais, détestable, exécrable. Foutue besogne. Triste besogne. Foutue canaille. Canaille parfaite.
Rigaud, 1881 : Perdu, ruiné. Mauvais. — Mal foutu, mal fait, mal habillé.
Friturier, ère
Delvau, 1866 : s. Marchand, marchande de pommes de terre frites ou de gras-double à la poêle.
Frou-frou
Rigaud, 1881 : Passe-partout, — dans le jargon des voleurs.
La Rue, 1894 : Passe-partout. Bruit de la soie frottée.
France, 1907 : Bruit des jupes, froissement d’étoffes. Onomatopée.
Il avait fort couru le jupon, le brave homme, et, à l’occasion, un frou-frou de robe animait encore sa vieillesse : une antique ramure, en un mot, dans laquelle la sève courait toujours.
(Me Huvelin, Le Journal)
On eût dit qu’elle venait de déserter les galeries d’un temple de la vieille Rome ou de descendre d’un cadre ancien, tant il y avait de majesté et d’onction en ses moindres gestes, en ces moindres frou-frous.
(Dubut de Laforest)
Et je songeais au temps où, le feutre à l’oreille,
Laissant voir la folie ardente qui s’éveille,
Pour les jeux de l’amour on était toujours prêt
Où les hommes toujours en quête de querelles,
Dans leur frou-frou soyeux, suivaient les pas des belles
La rapière à la hanche, — et tendaient le jarret !
(Macdonald, duc de Tarente)
La jambe laisse sous les plis,
Espèce d’onde aérienne,
Deviner les contours polis
De la cuisse marmoréenne ;
Et dans la chanson des frou-frous,
Dans le doux vol des clartés blondes,
On sent flotter les duvets roux
Sous le gras des épaules rondes.
(Clovis Hugues)
Faire du frou-frou, faire des embarras.
Gaffe
Clémens, 1840 : Celui qui fait le guet.
Delvau, 1866 : s. f. Bouche, langue, — dans l’argot des ouvriers. Se dit aussi pour action, parole maladroite, à contretemps. Coup de gaffe. Criaillerie.
Delvau, 1866 : s. f. Les représentants de l’autorité en général, — dans l’argot des voleurs, qui redoutent probablement leur gaflach (épée, dard). Être en gaffe. Monter une faction ; faire sentinelle ou faire le guet.
Delvau, 1866 : s. m. Gardien de cimetière, — dans l’argot des marbriers.
Delvau, 1866 : s. m. Représentant de l’autorité en particulier. Gaffe à gail. Garde municipal à cheval ; gendarme. Gaffe de sorgue. Gardien de marché ; patrouille grise. On dit aussi Gaffeur.
Rigaud, 1881 : « Cette main est terrible, c’est-à-dire dans l’argot significatif du jeu, une vraie gaffe ! » (A. Cavaillé.) Elle tire tout l’argent des pontes vers le banquier comme ferait une gaffe.
Rigaud, 1881 : Balourdise. Faire gaffe sur gaffe.
Rigaud, 1881 : Patrouille ; gardien, guichetier. — Gaffe des machabées, gardien de cimetière. — Gaffe à gayet, garde municipal à cheval. — Gaffe de sorgue, gardien de nuit dans un marché. — Être en gaffe, être en faction.
La Rue, 1894 : Balourdise. Gardien. Surveillance. Guet. Bouche, langue.
Virmaître, 1894 : Faire le guet pour avertir des complices de l’arrivée de la rousse ou des passants qui pourraient les déranger (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Faire ou dire une maladresse. Prendre la main de son ami, dessous la table, croyant prendre celle de sa femme, c’est faire une gaffe.
Rossignol, 1901 : Gardien de prison.
Hayard, 1907 : Dire ou faire une bêtise.
France, 1907 : Bouche, langue ; corruption du vieux mot gave. Coup de gaffe, criaillierie. Avaler sa gaffe, mourir.
France, 1907 : Grande fille sèche et maigre. Allusion au harpon appelé gaffe.
… Une grande gaffe chaude, à nez de perroquet, qui n’avait pas trouvé à se marier malgré ses folles envies d’homme, et que les lurons s’amusaient à leurrer de promesses, la pinçant au gras des côtes, toute rouge et les paupières battantes.
(Camille Lemonnier, Happe-Chair)
France, 1907 : Maladresse, balourdise, bévue. Faire une gaffe, commettre une maladresse.
Mme Ledouillard. — Mon mari… j’adore mon mari ; c’est extraordinaire, mais c’est comme ça. Et puis, quand par hasard j’ai envie de le tromper, je me dis : Mon Dieu ! si ça allait ne pas être meilleur, ou même moins bien, c’est ça qui serait une gaffe !
(Maurice Donnay, Chère Madame)
La gaffe, ou impair, est certainement une source innocente de rire dont la littérature actuelle a tiré l’effet comique le plus nouveau. Alfred de Musset, que Deschanel n’aime point, doit à l’étude de la gaffe un de ses plus jolis ouvrages, ce délicieux proverbe : On ne saurait songer à tout, que la Comédie-Française ne joue jamais, naturellement.
(Émile Bergerat)
Aux uns et aux autres, la réclame offerte par l’interview ne déplait pourtant pas outre mesure ; mais ils sont gênés par la brusquerie de l’interrogatoire. Les prudents craignent de faire une gaffe et les prophètes se méfient de l’improvisation. Car nous n’avons plus que de faux prophètes, sans délire sacré, des sibylles, pas bien solides sur le trépied.
(François Coppée)
À propos, dis donc à ton frère
De ne pas mettre, en m’écrivant,
Eros, le gosse de Cythère,
Avec un h en commençant.
Alors, pour réparer la gaffe,
Il en met un dans le mot cœur !
Je crois qu’au jeu de l’orthographe
Il ne sort pas souvent vainqueur.
(Jacques Rédelsperger)
Galérienne
Rigaud, 1881 : « Sous les sombres galeries qui bordent, au rez-de-chaussée, la salle de danse du Casino, se tiennent volontiers des femmes grasses et maquillées… On les appelle Galériennes, parce qu’elles font galerie. » (Ces Dames du Casino, 1862)
France, 1907 : « Sous les sombres galeries qui bordent, au rez-de-chaussée, la salle de danse du Casino, se tiennent, veloutées, des femmes grasses et maquillées.
On les a flagellées d’une épithète horrible, mais d’une implacable étymologie : on les appelle galériennes, parce qu’elles font galerie. Assises sur des banquettes obscures, elles attendent que l’insecte… pardon, que le visiteur imprudent se jette dans la toile de la séduction qu’elles ont tendue ! »
(Ces Dames du Casino, 1862)
Galipot
Delvau, 1866 : s. m. Stercus humain, — dans l’argot des ouvriers qui ont servi dans l’infanterie de marine. À proprement parler le Galipot est un mastic composé de résine et de matières grasses.
France, 1907 : En terme de marine, le galipot est un mastic composé de résine et de graisse dont on se sert pour enduire les vergues, d’où ce nom donné aux excréments.
— Eh ! dis donc, toi, tu fais bien le fier ! Il ne ferait pas bon poser un galipot sur tes godillots sans être muni d’une trique solide.
(Les Gaietés du régiment)
Genre
d’Hautel, 1808 : Avoir le genre ; prendre le genre ; être dans le bon genre. Ces locutions signifient, en termes de petit maître, avoir la tournure à la mode, les airs musqués ; faire l’important.
Pour parvenir à ce que l’on nomme le bon genre, ou le suprême bon ton, il faut d’abord maniérer son langage et grasseyer en parlant ; prendre un air hautain, délibéré et suffisant ; occuper continuellement la conversation de sa personne, de ses qualités, de son savoir, de ses goûts, de ses fantaisies ; parler tantôt de son coiffeur, de son tailleur, de son bottier ; puis de ses maîtresses, de chevaux ; des spectacles, de Brunet, de Forioso, et de mille autres objets de cette importance : un homme du bon genre doit en outre avoir en main une badine, avec laquelle, lorsqu’il ne la porte pas à sa bouche, il frappe à tort et à travers sur tous les meubles qui sont autour de lui ; et s’il n’est vautré sur un sopha, en présence de toutes les femmes, debout devant une glace, sur laquelle ses yeux sont constamment fixés, il s’enthousiasme des charmes de sa personne ; et, tout en fredonnant quelqu’air fade et langoureux, il s’occupe négligemment à réparer les désordres d’une Titus ébourriffée ; enfin tout ce qui est ridicule, outré, insipide et féminin, doit se trouver réuni dans ce qu’on appelle un homme du bon genre.
On ne sait de quel genre il est, s’il est mâle ou femelle. Se dit d’un homme sournois, et qui mène une vie très-retirée.
Larchey, 1865 : Ostentation.
Un éteignoir d’argent, pus que ça de genre !
(La Bédollière)
Monsieur fait du genre : Monsieur fait ses embarras.
Delvau, 1866 : s. m. Manières ; embarras ; pose, — dans l’argot du peuple. Que ça de genre ! est son exclamation favorite à propos de choses ou de gens qui « l’épatent ».
Gibraltar
France, 1907 : Gros pâté de foie gras ; sobriquet donné aux Anglais après qu ils se furent emparés par surprise du fameux rocher qui commande l’entrée de la Méditerranée.
Vraiment, vraiment, Marguerite, il y a de quoi rire
De voir dans c’monde toutes ces figures tartares,
Des drôles d’habits, des poches comme une tirelire,
S’cachant du col comme des vrais Gibraltars.
(Vadé)
Gnouf-gnouf
France, 1907 : On appelle ainsi un dîner mensuel d’auteurs et d’artistes du Palais-Royal qui fut inauguré en 1858 à la suite du Punch-Grassot.
Les gnouf-gnouf se divisent en deux catégories, les gnouf-gnouf de Coblentz (ceux qui sont graves) et les gnouf-gnouf de Pologne (ceux qui sont gais).
(A. Delvau)
Graves ou gais, les gens d’esprit sont parfois bien bêtes.
Goupillon
Rigaud, 1881 : Commis au pair, — dans le jargon des employés de la nouveauté. C’est, sans doute, une altération de gouspillon, gouspin.
France, 1907 : Membre viril. On sait que l’instrument dont on se sert pour donner l’eau bénite est ainsi nommé à cause d’une queue de renard (goupil) que l’on y mettait autrefois et que l’on a remplacée par des soies de cochon. On appelle aussi goupillons les gens d’Église.
Tant que, sur le budget des cultes,
Vous donnerez vos millions
À tant de goupillons incultes,
Vous ne ferez que des brouillons ;
Tous ces gaillards concordataires
Palpent, en vous riant au nez,
La vache à lait des ministères
Qui les rend gras et fortunés !
(Julien Fauque)
Graillonner
d’Hautel, 1808 : Faire des efforts pour cracher ; expectorer continuellement.
Vidocq, 1837 : v. a. — Entamer une conversation à haute voix, de la fenêtre d’un dortoir sur la cour ; ou d’une cour à l’autre, correspondre avec des femmes détenues dans la même prison. Le règlement des prisons défend de Graillonner.
Larchey, 1865 : Parler (Vidocq). — Diminutif du vieux mot grailler : croasser. V. Roquefort.
Delvau, 1866 : v. n. Cracher fréquemment.
Delvau, 1866 : v. n. S’entretenir à haute voix, d’une fenêtre ou d’une cour à l’autre, — dans l’argot des prisons.
Rigaud, 1881 : Converser à haute voix, d’une cour de prison à l’autre, du dortoir à la cour.
Rigaud, 1881 : Cracher avec effort, tousser gras.
La Rue, 1894 : Écrire. Cracher. Parler d’une fenêtre à l’autre, dans une prison.
Rossignol, 1901 : Mal laver une chose ou un objet, c’est le graillonner.
France, 1907 : Écrire.
France, 1907 : Expulser avec effort des crachats.
France, 1907 : Parler ou chanter d’une voix grasse, parler d’une fenêtre de prison à une autre.
À 2 heures du matin, il y avait encore une vingtaine de buveurs graillonnant une complainte. Clarinette, les joues molles, stupide de sommeil, piquait des têtes dans le vide, tandis que Huriaux, vautré sur une table, dans une flaquée de bière, dormassait à poings fermés.
(Camille Lemonnier, Happe-Chair)
Graisse
d’Hautel, 1808 : La graisse ne l’étouffe pas, ne l’empêche pas de marcher. Se dit en plaisantant d’une personne très-maigre, qui marche avec vivacité.
Faire de la graisse. Dormir trop long-temps, paresser, se laisser aller à la mollesse.
Ce n’est pas le tout que des choux, il faut encore de la graisse. Se dit lorsque l’on n’a qu’une partie des choses nécessaires à une entreprise.
Vidocq, 1837 : s. m. — Les événemens de la première révolution paraissent avoir donné naissance au vol à la Graisse, qui fut commis souvent avec une rare habileté par les nommés François Motelet, Felice Carolina, italien, dit le Fou de Cette. Voici quelle était la manière de procéder de ces individus, et de presque tous ceux qui, par la suite, marchèrent sur leurs traces.
Deux hommes d’un extérieur respectable voyagaient en poste, se dirigeant vers la frontière, suivis d’un domestique ; ils descendaient toujours chez l’hôtelier qu’ils présumaient le plus riche, ou chez le maître de poste, si celui-ci logeait les étrangers.
Arrivés au gîte qu’ils avaient choisi, ils se faisaient donner le plus bel appartement de la maison, et tandis qu’ils se reposaient des fatigues de leur voyage, le domestique, cheville ouvrière du complot ourdi contre la bourse de l’hôtelier, faisait, en présence du personnel de l’hôtellerie, remiser la chaise de poste, et décharger les effets de ses maîtres. Au moment de terminer son opération, le domestique retirait de l’impériale de la voiture une petite cassette qu’il ne soulevait qu’avec peine, ce qui ne manquait pas d’étonner ceux qui étaient spectateurs de ses efforts.
C’est le magot, disait confidentiellement le domestique au maître de la maison ; et comme, à cette époque, le numéraire était plus rare et plus recherché que les assignats, celui-ci ne manquait pas de concevoir la plus haute opinion de ces étrangers qui en possédaient une aussi grande quantité.
Ces préliminaires étaient la première botte portée à la bourse de l’hôtelier ; lorsqu’ils avaient produit ce qu’en attendaient les fripons, la caisse était portée chez eux, et durant quelques jours il n’en était plus parlé.
Durant ces quelques jours, les étrangers restaient dans leurs appartements ; s’ils sortaient, ce n’etait que le soir ; ils paraissaient désirer ne pas être remarqués ; au reste, ils dépensaient beaucoup, et payaient généreusement.
Lorsqu’ils croyaient avoir acquis la confiance de l’hôtelier, ils envoyaient un soir leur domestique le prier de monter chez eux, celui-ci s’empressait de se rendre à cette invitation ; laissez-nous seuls, disait alors un des étrangers au domestique ; et, dès qu’il était sorti, l’autre prenait la parole, et s’exprimait à-peu-près en ces termes :
« La probité, Monsieur, est une qualité bien rare à l’époque où nous vivons, aussi doit-on s’estimer très-heureux lorsque par hasard on rencontre des honnêtes gens. Les renseignemens que nous avons fait prendre, et la réputation dont vous jouissez, nous donnent la conviction que vous êtes du nombre de ces derniers, et que nous ne risquons rien en vous confiant un secret d’une haute importance ; pour nous soustraire aux poursuites dirigées contre presque tous les nobles, nous avons été forcés de prendre subitement la fuite. Nous possédions, au moment de notre fuite, à-peu-près, 60,000 francs en pièces d’or, mais pour soustraire plus facilement cette somme aux recherches, nous l’avons fondue nous-mêmes et réduite en lingots ; nous nous apercevons aujourd’hui que nous avons commis une imprudence, nous ne pouvons payer notre dépense avec des lingots, nous vous prions donc de nous prêter 5,000 francs (la somme, comme on le pense bien, était toujours proportionnée à la fortune présumée de l’individu auquel les fripons s’adressaient) ; il est bien entendu que nous vous laisserons en nantissement de cette somme un ou plusieurs de nos lingots, et qu’en vous remboursant le capital nous vous tiendrons compte des intérêts. »
Cette dernière botte portée, les fripons attendaient la réponse de l’hôtelier, qui, presque toujours, était celle qu’ils désiraient ; dans le cas contraire, comme ils ne doutaient, disaient ils, ni sa bonne volonté, ni de son obligeance, ils le priaient de leur trouver, à quel que prix que ce fût, un richard disposé à traiter avec eux, et sur lequel on pût compter. C’était une manière adroite de lui faire entendre qu’ils accepteraient toutes les conditions qui leur seraient proposées. L’espoir de faire une bonne affaire, et surtout la vue des lingots que les fripons faisaient briller à ses yeux, ne manquaient de déterminer l’hôtelier ; après bien des pourparlers le marché était conclu, mais les voyageurs, soigneux de conserver les apparences d’hommes excessivement délicats, insistaient pour que le prêteur fît vérifier, par un orfèvre, le titre des lingots, celui-ci ne refusait jamais cette garantie nouvelle de sécurité ; mais comment soumettre ces lingots à l’essayeur sans éveiller des soupçons ? l’hôtelier et les voyageurs sont très-embarrassés. « Eh parbleu, » dit l’un de ces derniers, après quelques instans de réflexion « nous sommes embarrassés de bien peu, scions un des lingots par le milieu, nous ferons essayer la limaille. » Cet expédient est adopté à l’unanimité ; un des lingots est scié et la limaille recueillie dans un papier, mais les fripons savent substituer adroitement au paquet qui ne contient que de la limaille de cuivre, un paquet qui contient de la limaille d’or à vingt-deux carats ; fort du témoignage de l’essayeur, l’hôtelier livre ses écus, et reçoit en échange cinq à six livres de cuivre qu’il serre bien précieusement, et que jamais on ne vient lui redemander.
Les Graisses ne laissent pas toujours des lingots à leurs victimes, et ne procèdent pas tous de la même manière ; un individu qui maintenant porte l’épée et les épaulettes d’officier supérieur, escroqua une somme assez forte, à un prêteur sur gages, de la manière que je vais indiquer :
Il fit faire, à Paris, et par des fabricans différens, deux parures absolument semblables ; la seule différence qui existait entre elles, c’est que l’une était garnie de pierres précieuses, et l’autre d’imitations, mais d’imitations parfaites sous tous les rapports.
Muni de ces parures, l’individu alla trouver un prêteur sur gages, et lui engagea la véritable parure, puis au temps fixé il la dégagea ; il renouvela ce manège plusieurs fois, de sorte que le préteur, familiarisé avec l’objet qui lui était laissé en garantie ne prenait plus la peine d’examiner les diamans ; l’emprunteur avait toujours soin de bien fermer la boîte qui contenait la parure et d’y apposer son cachet ; il prenait cette précaution, disait-il, pour éviter qu’on ne se servît de ses diamans.
Lorsqu’il crut le moment d’agir arrivé, il alla, pour la dernière fois trouver le prêteur, et lui engagea comme de coutume sa parure, moyennant la somme de 10,000 francs, mais au lieu de lui donner la bonne, il ne lui remit que son sosie, et suivant son habitude il scella la boîte, sous le fond de laquelle il avait collé une étiquette peu apparente ; mais cette fois le cachet n’était pas celui dont il s’était servi jusqu’alors, quoique cependant il en différât très-peu.
À l’époque fixée, il se présenta pour dégager ses bijoux ; le prêteur, charmé de recouvrer avec ses écus un intérêt raisonnable, s’empressa de les lui remettre. Le fripon paie et prend sa boîte : « Tiens, dit-il, après l’avoir examinée quelques instans, vous avez mis une étiquette à ma boîte ; pourquoi cela ? — Je n’ai rien mis à votre boîte, répond le prêteur. — Je vous demande bien pardon, ce n’est pas ma boîte ; le cachet qui ferme celle-ci n’est pas le mien, » et pour prouver ce qu’il avance, il tire son cachet de sa poche ; le prêteur le reconnaît, et cependant ce n’est pas son empreinte qui est apposée sur la boîte ; pour couper court, le prêteur ouvre la boîte ; « c’est bien votre parure, s’écrie-t-il. — Vous plaisantez, répond l’emprunteur, ces diamans sont faux et n’ont jamais été à moi. »
La conclusion de cette affaire n’est pas difficile à deviner : le fripon justifia par une facture de la possession de la parure qu’il réclamait, ses relations antérieures avec le prêteur établissaient sa bonne foi. Le prêteur fut obligé de transiger avec lui, pour éviter un procès scandaleux.
Larchey, 1865 : Argent. — Il y a gras, il y a de la graisse : Il y a un bon butin à faire.
Il n’y a pas gras !
(Gavarni)
Delvau, 1866 : s. f. Argent, — dans l’argot du peuple, qui sait que c’est avec cela qu’on enduit les consciences pour les empêcher de crier lorsqu’elles tournent sur leurs gonds.
Delvau, 1866 : s. m. Variété de voleur dont Vidocq donne le signalement et l’industrie (p. 193).
Rigaud, 1881 : Argent. L’huile et le beurre ont également eu la même signification ; aujourd’hui ces mots ne sont plus employés que par quelques vieux débris des anciens bagnes.
France, 1907 : Or, argent, billet de banque, cadeau quelconque. Le mot est vieux : Lorédan Larchey cite ce passage d’une chanson gothique :
Vecy, se dit l’hotesse
Vecy bon payement vrayment :
Il n’y a pas gresse
De loger tel marc aut souvent.
Graoudjem
Rigaud, 1881 : Charcutier, — dans le jargon des voleurs. — C’est gras-double estropié et doté de la terminaison jem. — Faire un graoudjem à la dure, voler un charcutier, voler du saucisson.
Gras
d’Hautel, 1808 : Jeter ses choux bien gras. Être peu économe, mettre au rebut ce dont on pouvoit encore tirer parti.
Gras comme un moine. Parce que ces religieux sont ordinairement fort gras par le peu d’exercice qu’ils prennent.
Il mourra de gras fondu. Se dit d’un homme dont l’embonpoint est extraordinaire.
Faire ses choux gras. S’en donner à cœur joie ; puiser en eau trouble.
d’Hautel, 1808 : Quand on manie le beurre, on a les mains grasses. Signifie que, lorsqu’il passe beaucoup d’argent par les mains, il en reste toujours quelque chose. Le peuple dit par corruption, quand on magne le beurre, etc.
Delvau, 1866 : adj. Gaillard, grivois, et même obscène, — dans l’argot des bourgeois. Parler gras. Dire des choses destinées à effaroucher les oreilles.
Delvau, 1866 : s. m. Profit, — dans l’argot des faubouriens. Il y a gras. Il y a de l’argent à gagner. Il n’y a pas gras. Il n’y a rien à faire là-dedans.
Delvau, 1866 : s. m. Réprimande, correction, — dans l’argot des voyous. C’est le suif des faubouriens.
Rigaud, 1881 : Semonce, réprimande, — dans le jargon des ouvriers. C’est un frère qu’on a donné au suif et au savon pris dans le même sens. Attraper un gras du contre-coup en aboulant à la boîte, recevoir des réprimandes du contre-maître en arrivant à l’atelier.
Boutmy, 1883 : s. m. Réprimande. Recevoir un gras. Recevoir des reproches de la part du patron, du prote ou du metteur en pages, pour un manquement quelconque. On dit encore dans le même sens savon et suif. L’analogie est visible entre cette dernière expression et gras. Les Allemands emploient un autre terme : Recevoir son hareng hæhring.
Fustier, 1889 : Latrines. (Richepin)
La Rue, 1894 : Argent. Latrines. Avoir son gras, être tué.
Rossignol, 1901 : Beaucoup. Voilà tout ce qui me revient sur mon mois d’appointements, il n’y a pas gras.
J’ai trouve un porte-monnaie où il y avait gras.
France, 1907 : Latrines.
France, 1907 : Profit. Il y a gras, il y a des bénéfices à faire. Il n’y a pas gras, synonyme de rien à fricoter.
— Eh bien ! papa, y a pas gras, ce soir : on a beau leur ouvrir les portières, ils ne vous donneraient seulement pas un rond.
(Maurice Donnay)
France, 1907 : Réprimande. Recevoir un gras, recevoir des reproches de la part du patron, du prote, ou du metteur en pages, pour un manquement quelconque. On dit encore, dans le même sens, savon et suif. L’analogie est visible entre cette dernière expression et gras. Les Allemands emploient un autre terme : « recevoir son hareng » (hœhring).
(Eug. Boutmy)
Gras (avoir son)
Rigaud, 1881 : Être tué. (L. Larchey)
France, 1907 : Être tué ; allusion au fusil gras.
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