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Diligence (la) de Lyon

Delvau, 1864 : C’est une des postures (voir ce mot) les plus curieuses et les plus rares. Nombre de grands amateurs de Vénus sont morts sans la connaître ; c’est que, pour l’exécuter, il faut trouver une femme qui réunisse deux qualités rares : l’ardeur, d’abord. Nombre de femmes feignent d’être ardentes pour plaire à l’homme qu’elles veulent séduire, mais ne sont au fond que de simples patients et non des agents, et ici il faut que la femme soit agent et que l’homme soit patient. Ensuite, il faut qu’elle ne soit pas neutralisée par une sotte pudeur, résultat de la tyrannie des hommes exercée continuellement jusqu’ici sur les femmes. Quand une femme donc est ardente et libre, elle prend un homme qui lui plaise sous tous les rapports ; elle le met nu comme un ver, l’étend sur un lit en lui mettant des coussins sous la tête et sous les reins, et toute nue elle-même, elle se met à cheval à cru sur lui, s’embrochant sur le pivot naturel, c’est-à-dire sur son vit. Alors, elle fait comme le postillon sur un des chevaux des anciennes diligences de Lyon. S’appuyant un peu sur les épaules de son amant, elle s’avance en chevauchant et le vit se relève près du ventre de l’homme. Elle recule et le vit se renfonce dans son con jusqu’à la garde. Elle s’anime ; elle va de plus fort en plus fort, comme si la diligence parcourait un chemin raboteux. Ses yeux s’égarent, ses cheveux se dénouent. Elle jouit, elle jouit, mais elle va toujours ; elle va jusqu’à ce qu’elle soit tout à fait exténuée de décharge spermatique ; car il faut remarquer que l’homme, étendu sur ses coussins, ne pouvant pas bouger, bande de plus en plus, jusqu’à la fin, mais ne décharge pas. La femme tombe alors comme morte dans les bras de son amant, lequel, tout enflammé, finit de son côté comme il peut.

Je serai bien aimable, je me mettrai toute nue, dit-elle insidieusement. — Passe ton chemin, répond le fidèle époux, ayant encore présente à la pensée l’image des charmes de sa jeune moitié. — Je te ferai le grand jeu ! — Non — Feuille de rose ! — Non. — Le tire-bouchon américain ? — Connu… tu m’ennuies. — Eh bien, tiens, tu me plais, viens, tu ne payeras pas et nous ferons la diligence de Lyon…

(Fantaisiste, I, 177.)

Flanche

Clémens, 1840 : Pas.

un détenu, 1846 : Chose mauvaise, de mauvais goût.

Larchey, 1865 : Jeu de roulette. — Flancher : Jouer franchement (Vidocq). — Flancher, Flacher : Plaisanter (Bailly). — Flanche : Plaisanterie.

Delvau, 1866 : s. f. La roulette et le trente-et-un, — dans l’argot des voleurs. Grande flanche. Grand jeu.

Delvau, 1866 : s. m. Affaire, — dans le même argot [des voleurs]. S’emploie ordinairement avec l’adjectif comparatif mauvais. « C’est un mauvais flanche », pour : C’est une mauvaise affaire.

Delvau, 1866 : s. m. Truc, secret, ruse, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Jeu ; ruse ; plaisanterie. — Affaire. — Reculade. — Grande flanche, jeu de la roulette, jeu du trente et quarante.

La Rue, 1894 : Jeu, ruse, plaisanterie. Affaire. Peur, reculade. Pas. Flancher, jouer, se moquer, reculer, s’effrayer, tricher.

Virmaître, 1894 : Affaire.
— Si tu veux, mon vieil aminche, nous avons un rude flanche en vue ?
— Je le connais ton flanche à la manque (Argot des voleurs).

France, 1907 : Affaire, truc, ruse, secret. Un sale flanche, une mauvaise affaire. Connaître le flanche, connaître son affaire. C’est flanche, tout va bien. Accoucher d’un flanche, écrire un article.

Il va pistonner un journaleux qui accoucha d’un flanche dégueulasse.

(La Sociale)

France, 1907 : Jeu de cartes. La grande flanche, la roulette et le trente et un. « J’ai joué la grande flanche. »

Grand jeu (le)

Delvau, 1864 : Toutes les polissonneries qui sont la ressource des filles savantes pour faire jouir les débauchés usés.

J’veux que mes cinq sens soient satisfaits : c’est c’que j’appelle le grand jeu, moi ! Le toucher ? tu m’as branlé. L’odorat ? tu m’as fait une langue à l’absinthe. La vue ? j’ai contemplé ces ordures, et toi. Il ne ne manqué plus que les satisfactions de l’ouïe et du goût.

(Lemercier de Neuville)

Jésus

Vidocq, 1837 : s. m. — Les voleurs donnent ce nom aux jeunes garçons que les Tantes, les Chanteurs, les Rouspans (Voir ces divers articles), prostituent à leur gré, et dressent en même temps au vol et à la débauche.

Halbert, 1849 : Grand jeune homme payé pour satisfaire aux passions d’un vieillard.

Larchey, 1865 : « Jeune et beau garçon lancé comme appeau près des sodomistes que veut exploiter le chanteur. »

(Canler)

Grippe-Jésus : Gendarmes. — Le jésus n’est ici qu’un homme garrotté comme le Christ, lorsqu’il fut conduit devant Pilate.

Delvau, 1866 : s. m. « Enfant dressé au vol et à la débauche, » — dans l’argot des voleurs.

Delvau, 1866 : s. m. Innocent, — dans l’argot souvent ironique du peuple. D’où le grippe-Jésus de l’argot encore plus ironique des voleurs, puisqu’ils appellent ainsi les gendarmes.

Rigaud, 1881 : Innocent, — dans le jargon des voleurs.

Rigaud, 1881 : Jeune filou. — Tout jeune Éphestion de trottoir.

La Rue, 1894 : Innocent. Jeune Voleur. Nouveau-né. Adolescent du troisième sexe.

Virmaître, 1894 : Jeune homme à l’aspect efféminé, frisé, parfumé, qui sert d’appât pour attirer les individus à passions honteuses. Souvent il travaille réellement pour son compte (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Jeune chatte qui sert d’appât pour faire chanter les individus portes à cette passion.

Hayard, 1907 : Jeune garçon de mœurs pédérastiques.

France, 1907 : Adolescent du troisième sexe.

Dans cette catégorie d’individus (les pédérastes) on désigne deux classes : les amateurs, ceux qui recherchent dans la pédérastie la seule satisfaction de leurs sens ;
Les prostitués qui trafiquent de leur corps ; ceux-ci prennent le nom de Jésus…
Vêtu d’un costume étriqué qui lui permet d’étaler à tous les regards ses avantages, la raie allant du front à la nuque, maquillé, une cigarette aux lèvres, le Jésus va et vient, le regard en coulisse, la bouche ou cœur, le sourire aux lèvres ; il joue avec une mince badine — qu’on peut lui arracher des mains et lui casser sur la figure si prompte fuite vous en laisse le temps.

(Jules Davray, L’Armée du vice)

Le persillard, une fois d’accord avec le chanteur pour duper son douillard, devient alors son compère, c’est-à-dire son Jésus ! Tel est dénommé aujourd’hui le persillard exploiteur.

(Mémoires de M. Claude)

Le Jésus est un jeune et beau garçon lancé comme appeau près des sodomites que veut exploiter le chanteur.

(Mémoires de Canler)

France, 1907 : Innocent, et aussi jeune voleur.

Jeu (grand)

France, 1907 : Assassinat. Le petit jeu est le vol.

France, 1907 : Les tireuses de cartes font le grand jeu ou le petit jeu, suivant la somme que la cliente naïve consent à leur donner pour connaître l’avenir.

France, 1907 : Raffinements amoureux, chez les marchandes d’amour.

Mikel

Vidocq, 1837 : s. m. — Je conçois fort bien que l’on accorde à celui qui montre à travers les verres d’une lanterne magique, monsieur le Soleil, madame la Lune et le palais de l’Empereur de la Chine, qui avale des barres de fer et des lames de poignard, qui danse sur la corde ou exécute des tours de souplesse, le droit d’exercer son industrie sur la place publique : il ne fait de mal à personne, et quelquefois il amuse les badauds de la bonne ville ; mais ce que je ne puis concevoir, c’est qu’une police bien organisée accorde à certains individus le droit de voler impunément à la face du soleil. Il n’y a, je crois, que deux genres d’industrie, celles qui servent à l’utilité et à l’amusement, et celles qui ne servent absolument à rien ou plutôt qui ne sont que les moyens dont se servent quelques individus pour escroquer de l’argent aux niais : c’est évidemment dans cette dernière classe que doivent être rangées celles qui sont exercées par ces marchands de pommade propre à faire croître les cheveux, de baume propre à guérir les cors aux pieds. Si les charlatans qui débitent ces spécifiques sont dangereux, combien sont plus dangereux encore ces devins et devineresses en plein vent, qui prédisent au Jean-Jean qu’un jour il sera colonel, à la servante d’un homme seul que son maître la couchera sur son testament, à la fille publique qu’elle trouvera un entreteneur.
Lorsque vous passerez dans la rue de Tournon, arrêtez-vous au numéro 5, et entrez chez mademoiselle Lenormand, vous trouverez toujours dans le salon plusieurs individus des deux sexes, de tout âge et de toutes conditions, attendant avec impatience l’instant d’être admis dans l’antre de la pythonisse ; allez vous promener sur les boulevards, sur la place du Châtelet ; arrêtez-vous au milieu du cercle qui entoure le sieur Fortuné, ou tout autre « élève favori du célèbre Moreau, qui a eu l’honneur de tirer les cartes à sa majesté Napoléon, » et vous verrez toutes les mains tendues lorsque le Pitre offrira aux amateurs la carte révélatrice.
Les individus qui vont demander des conseils aux tireurs de cartes sont des imbéciles, sans doute, mais il ne doit cependant pas être permis de les exploiter ; aussi, je le répète, je ne comprends pas l’indulgence de la police.
L’établissement d’un tireur de cartes se compose ordinairement d’une petite table, de trois gobelets de fer-blanc, de quelques petites boules de liège ou muscades, de plusieurs jeux de cartes, et d’un Pitre ou paillasse ; c’est dans un quartier populeux et à proximité d’un marchand de vin que l’Éteilla moderne exerce ; le Pitre commence ordinairement la séance par quelques lazzis de mauvais goût, ou quelques chansons plus que grivoises ; c’est lui, qui, en termes du métier, est chargé de faire abouler le trèpe, lorsque la foule est assez grande pour promettre une bonne recette, le devin arrive et débite son boniment ; le Pitre distribue les cartes et reçoit la rétribution fixée ; cela fait, le devin explique à voix basse et hors du cercle, la dame de carreau ou l’as de pique ; si parmi les individus qui ont pris, moyennant deux sols, une carte du petit jeu ou jeu de piquet, il s’en trouve un qui écoute avec plus de recueillement que les autres les vagues explications auxquelles sa carte donne lieu, et qui paraisse ajouter une foi entière aux discours du devin, celui-ci propose de lui faire le grand jeu ; si l’individu accepte, un signe du devin avertit le Pitre qui sait très-bien s’acquitter de la tâche qui lui est imposée. Il va trouver le Mikel, et tout en buvant une chopine avec lui, il lui tire adroitement les vers du nez, et bientôt il sait ce qu’il est, d’où il vient, où il va et ce qu’il espère ; il rapporte à son maître ce qu’il vient d’apprendre, et celui-ci est pris pour un grand homme par le Mikel, qui ne se doute jamais qu’il ne fait que lui répéter ce que lui-même disait il n’y a qu’un instant, et il ne regrette pas ce qu’il a payé pour se faire expliquer une ou deux cartes du jeu du tarot. Après le jeu du tarot il se fait faire le jeu égyptien, puis encore d’autres jeux qu’il trouve plus merveilleux les uns que les autres ; si bien, qu’il quitte le devin plus pauvre de quelques pièces de cinq francs, mais bien convaincu que dans peu de temps il n’aura plus de souhaits à former.
Si les tireurs de cartes bornaient à cela leur industrie, cette industrie, il est vrai, ne serait rien moins que délicate, mais au moins elle ne serait pas dangereuse, et si l’on voulait bien être très-indulgent elle serait même bonne à quelque chose, ne fût-ce qu’à donner à de pauvres diables ce qui ne saurait être payé trop cher : l’espérance ; mais il n’en est pas ainsi, les devins ne se contentent pas toujours de faire naître, moyennant finances, l’espérance dans le cœur du Mikel, ils veulent bien se charger de la réaliser. Lorsqu’ils ont trouvé un niais de force à croire qu’ils peuvent le faire aimer d’une femme, gagner à la loterie, ou découvrir un trésor caché, ils puisent à poignées dans sa bourse ; ce sont tous les jours des consultations, qui alors ne se donnent plus pour deux sous, mais qui sont payées fort cher ; ce sont des présens qu’il faut faire au génie familier du sorcier, etc., etc. Il arrive souvent, très-souvent même, que le Mikel n’est désabusé que lorsqu’il est complètement ruiné.
On mit un jour sous les yeux de M. Anglès, alors préfet de police, une pétition qui relatait toutes les ruses mises en œuvre par le sorcier que j’ai nommé plus haut, le sieur Fortuné, pour dépouiller un Mikel ; M. Anglès indigné écrivit en marge de cette pétition : « Si cet escamoteur ne rend pas ce qu’il a escroqué, je l’escamote à Bicêtre. » L’escamoteur rendit, pour ne pas être escamoté ; ce qui pourtant ne l’empêcha pas de faire de nouvelles dupes.

Larchey, 1865 : Dupe (Vidocq). — C’est le nom de Michel dont le diminutif michon signifiait autrefois sot. V. Roquefort.

Delvau, 1866 : s. m. Dupe, — dans l’argot des saltimbanques.

Petit jeu

France, 1907 : Dans l’argot des mendiants par lettres ou à domicile, clique très nombreuse à Paris, c’est la liste des personnes charitables, sur lesquelles on peut plus ou moins compter. Il y a le petit jeu et le grand jeu.

À Paris, « pays de l’aumône », a dit le comte Molé, rien n’est plus facile que de réaliser des recettes de 15 ou 20 francs par jour et de faire face à ses besoins, en mendiant. M. Paulian offre de le prouver à nouveau, quand on voudra. À peine est-il nécessaire, pour obtenir ce résultat, de se composer un type, de savoir lequel vaut le mieux du service sédentaire ou du service actif, et, si c’est celui-ci qu’on choisit, de posséder le grand ou le petit jeu, qui coûtent, l’un 6, l’autre 3 francs, et donnent, accompagnée d’une notice biographique, l’adresse d’un certain nombre de personnes charitables. Vos préférences vont-elles aux secours en nature, il vous suffira de consulter la liste des sociétés de bienfaisance, à la porte desquelles vous n’aurez qu’à frapper simultanément. Leur fonctionnement défectueux permet le cumul.

Cependant le comte Molé fait erreur, le vrai « pays de l’aumône » n’est pas Paris, mais Londres. Chez nos voisins, la mendicité s’introduit partout et sous toutes les formes. Des institutions prospères et puissantes ne vivent que de mendicité, soit avec ou sans le secours du grand et du petit jeu.

Petit jeu, grand jeu

France, 1907 : Art de lire l’avenir au moyen des cartes. Il y a le petit et le grand jeu. Le premier se fait au moyen de trente-deux cartes ; pour le second, plus compliqué, il faut soixante-dix-huit cartes dites tarots, qui contiennent la clé, affirment les tireuses, de toutes les révélations du passé et du présent avec les interprétations de l’avenir.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique