Entrez le mot à rechercher :
  Mots-clés Rechercher partout 


À la grive !

France, 1907 : Avertissement des voleurs entre eux pour indiquer l’approche de la police, pour veiller au grain, ce qui répond au vesse ! vesse ! des collégiens. Grive signifie la garde, de grivois, ancien sobriquet des soldats.

Par contretemps ma largue
. . . . . . . . .
Pour gonfler ses valades,
Encasque dans un rade,
Sert des sigues à foison ;
On la crible à la grive,
Je m’la donne et m’esquive :
Elle est pommée marron.

(Mémoires de Vidocq)

Actéoniser

Delvau, 1864 : Tromper son mari.

Une marchande qui dès le lendemain de ses noces a actéonisé son mari.

(Les Caquets de l’accouchée)

France, 1907 : Tromper son mari, à cause des cornes qui poussèrent à Actéon, changer en cerf lorsqu’il surprit Diane au bain. Vieux style.

Une marchande qui, dès le lendemain de ses noces, a actéonisé son mari.

(Les Caquets de l’accouchée)

— Vous me voyez très inquiète, ma chère Mathilde… mon mari a des migraines affreuses… il souffre comme si son front allait éclater…
— Rassurez-vous, j’ai été marée deux fois et je connais cette maladie… c’est le bois qui travaille !

Allumer

d’Hautel, 1808 : Allumez la lumière. Phrase très-usitée parmi le peuple, pour Allumez la chandelle.
Allumer quelqu’un. Le regarder avec recherche et d’une manière indiscrète.

Vidocq, 1837 : v. a. — Regarder attentivement.

Clémens, 1840 : Regarder.

Larchey, 1865 : Regarder fixement, éclairer de l’œil pour ainsi dire. — Très ancien. Se trouve avec ce sens dans les romans du treizième siècle. V. Du Cange.

Allume le miston, terme d’argot qui veut dire : Regarde sous le nez de l’individu.

(Almanach des Prisons, 1795)

Allumer : Déterminer l’enthousiasme.

Malvina remplissait la salle de son admiration, elle allumait, pour employer le mot technique.

(Reybaud)

Allumer : Pour un cocher, c’est déterminer l’élan de ses chevaux à coups de fouet.

Allume ! allume !

(H. Monnier)

Allumé : Échauffé par le vin.

Est-il tout a fait pochard ou seulement un peu allumé ?

(Montépin)

Allumeur : Compère chargé de faire de fausses enchères dans une vente.

Dermon a été chaland allumeur dans les ventes au-dessous du cours.

(La Correctionnelle, journal)

Allumeuse, dans le monde de la prostitution, est un synonyme de marcheuse. Dans ces acceptions si diverses, l’analogie est facile à saisir. Qu’il s’applique à un tête-à-tête, à un spectacle, à un attelage, à un repas, ou une vente, allumer garde toujours au figuré les propriétés positives du feu.

Delvau, 1866 : v. a. et n. Voir, regarder, — dans l’argot des voleurs.

Delvau, 1866 : v. a. Provoquer l’admiration ; jeter le trouble dans le cœur d’un homme, comme font certaines femmes avec certains regards. Se dit aussi du boniment que font les saltimbanques et les marchands forains pour exciter la curiosité des badauds. L’expression est vieille.

Delvau, 1866 : v. n. Exciter un cheval à coups de fouet. Argot des cochers.

Rigaud, 1881 : Enthousiasmer, exciter l’admiration, surexciter.

Avec un costume neuf elle allumerait une salle.

(Huysmans, Marthe)

Allumer le pingouin, exciter l’enthousiasme du public, dans le jargon des saltimbanques.

Rigaud, 1881 : Regarder avec soin, observer, — dans le jargon du peuple.

Tais-toi, Pivoine, le républicain nous allume.

(A. Joly, Fouyou au Lazary, Chans.)

Dans l’argot des camelots et des marchands forains, allumer a le sens de surveiller l’acheteur, de veiller à ce qu’il ne chipe rien. — Allumer le pante. — Allumer le miston. On disait au XVIIIe siècle éclairer dans le même sens ; c’est le aliquem specidari de Cicéron.

Rigaud, 1881 : Stimuler un cheval à coups de fouet.

Le pauvre gars apparut, tout piètre encore, et se hissa péniblement dans la voiture. Après lui, madame y monta, puis, en route, allume !

(L. Cladel, Ompdrailles, Le Tombeau-des-lutteurs)

La Rue, 1894 : Regarder avec soin. Enthousiasmer. Allumer le pingouin, exciter la curiosité ou l’enthousiasme des badauds, dans le jargon des saltimbanques. Signifie aussi écouter.

Virmaître, 1894 : Faire de l’œil à un passant. Chauffer une salle de théâtre ou une réunion publique pour faire éclater l’enthousiasme et assurer le succès. Frapper ses animaux à coups de fouet pour les exciter. Compères chargés dans les salles de ventes d’allumer les acheteurs (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Regarder.

Allume la tronche de la môme qui radine.

Allumer veut aussi dire payer ; celui qui solde une dépense allume. Chez les artistes, allumer veut dire regarder dans la salle s’il y aura pour la sortie un monsieur galant.

Les allumeuses ne sont pas toujours celles qui éteignent.

France, 1907 : Veiller, être aux aguets, ouvrir l’œil, dans l’argot des voleurs :

Si le Squelette avait eu tantôt une largue comme moi pour allumer, il n’aurait pas été moucher le surin dans l’avaloir du grinche.

(Eug. Sue, Les Mystères de Paris)

Un jeune mais cynique vagabond est assis sur le banc des accusés, à la police correctionnelle.
Le président. — Prévenu, que faisiez-vous au moment de votre arrestation ?
Le prévenu. — J’avais l’œil au grain.
Le président. — Vous dites ?
Le prévenu. — J’allumais.
Le président. — Veuillez vous exprimer dans un langage clair, et surtout plus convenable.
Le prévenu. — Je ne connais que celui-là, moi. Je parle la langue de mes aïeux !

anon., 1907 : Regarder. Allume tes chasses : ouvre tes yeux.

Angrainer

Rossignol, 1901 : Attirer quelqu’un dans une idée que l’on peut avoir, c’est l’angrainer. Autour des jeux de hasard dans les fêtes, il y a toujours des compères qui misent pour angrainer le jeu (le mettre en train) et engager les poires à faire de même.

Araignée

d’Hautel, 1808 : Main d’araignée ; Pate d’araignée ; Doigts d’araignée. Main sèche, étique et décharnée ; doigts longs, fluets et maigres.

Delvau, 1864 : Faire patte d’araignée. Action de prendre les couilles et le vit de l’homme de manière à chatouiller le tout à la fois en allant de la tête du vit au périnée et au trou du cul, de haut en bas, à droite et à gauche et retour, en y joignant des coups de langue au filet du vit décalotté, le tout jusqu’à jouissance complète. — Voir patte d’araignée.

Rigaud, 1881 : Voiture montée sur roues très-hautes et pourvue seulement d’un siège. Elle a des airs de faucheux ; d’où son nom. Elle sert spécialement aux maquignons pour essayer les chevaux.

Fustier, 1889 : Vélocipède à deux roues dont l’une, celle de devant, est très grande, et l’autre, celle de derrière, d’un diamètre très petit.

France, 1907 : Femme maigre et mal bâtie, Araignée de comptoir. Signifie aussi prostituée, Araignée de bastringue, de trottoir :

Elle attend les flâneurs qui passent, l’Araignée ;
Qu’il fasse ou non soleil, qu’il fasse chaud ou froid,
Elle est à la fenêtre ; en regardant, on voit
Aux rideaux entr’ouverts sa tête mal peignée.

(Jérôme Monti, Le Traquenard)

Avoir une araignée dans le plafond, avoir une idée fixe, ou un grain de folie.

Attrape

Delvau, 1866 : s. f. Plaisanterie, mensonge, — dans l’argot du peuple, qui disait cela du temps de Calvin. On dit aussi Graine d’attrape.

France, 1907 : Plaisanterie, mensonge ; argot populaire.

Avale-tout-cru

Rigaud, 1881 : Voleur qui exploite les bijoutiers. Il est myope, paraît-il, car il examine de si près les diamants non montés, qu’il lui arrive toujours d’en avaler un ou deux parmi les plus beaux. Mais il les rend… chez lui, avec ou sans le secours d’un purgatif, suivant qu’il est plus ou moins pressé.

La Rue, 1894 : Voleur qui exploite les bijoutiers. Il avale les diamants.

Virmaître, 1894 : Synonyme de Va de la gueule, Gueulard, Bouffe-tout et Ventre a tous grains. Ces expressions, dans le peuple, signifient : gros mangeur. Une certaine catégorie de voleurs se sont emparés de l’expression : Avale-tout-cru, pour désigner un genre de vol assez original. Le voleur se fait montrer par le bijoutier des diamants non montés, sur carte ; il paraît avoir la vue basse, il les regarde de près et d’un coup de langue habile il en avale quelques-uns (Argot des voleurs).

Avoir la courte haleine

Delvau, 1864 : Être petit baiseur, se contenter de tirer un coup ou deux et dormir après.

Vous avez la courte haleine ;
Parler d’amour une fois,
C’est me donner la migraine.

(Collé)

Avoir sa pointe, son grain

La Rue, 1894 : Premier degré de l’ivresse. Les autres degrés sont : Être monté, en train, poussé, tancé, en patrouille, attendri, gai, éméché, teinté, allumé, pavois, poivre, pompette. Avoir le net piqué, son plumet, sa cocarde. Être raide, dans les vignes, dans les brouillards, dans les brindezingues, chargé, gavé, plein, complet, rond, pochard, bu. Avoir sa culotte, son casque, son sac, sa cuite, son compte, saoul comme trente-six mille hommes, etc.

Beurre

d’Hautel, 1808 : C’est entré là-dedans comme dans du beurre. Pour dire tout de go, librement, sans aucun effort.
Il est gros comme deux liards de beurre, et on n’entend que lui. Se dit par mépris d’un marmouset, d’un fort petit homme, qui se mêle dans toutes les affaires et dont la voix se fait entendre par-dessus celle des autres.
Promettre plus de beurre que de pain. Abuser de la crédulité, de la bonne-foi de quelqu’un ; lui promettre des avantages qu’on ne peut tenir.
Des yeux pochés au beurre noir. Yeux meurtris par l’effet d’une chute, d’un coup, ou d’une contusion quelconque.
C’est bien son beurre. Pour, cela fait bien son affaire ; c’est réellement ce qui lui convient.

Vidocq, 1837 : s. m. — Argent monnoyé.

Larchey, 1865 : Argent. — V. Graisse.

Nous v’là dans le cabaret
À boire du vin clairet,
À ct’heure
Que j’ons du beurre.

(Chansons, Avignon, 1813)

Mettre du beurre dans ses épinards : Voir augmenter son bien-être. — On sait que les épinards sont la mort au beurre.
Avoir du beurre sur la tête : Être couvert de crimes. — Allusion à un proverbe hébraïque. V. Vidocq. Beurrier : Banquier (Vidocq).

Delvau, 1866 : s. m. Argent monnayé ; profit plus ou moins licite. Argot des faubouriens. Faire son beurre. Gagner beaucoup d’argent, retirer beaucoup de profit dans une affaire quelconque. Y aller de son beurre. Ne pas craindre de faire des frais, des avances, dans une entreprise.

Rigaud, 1881 : Argent.

La Rue, 1894 : Argent (monnaie). Synonymes : braise, carme, nerf, blé, monarque, galette, carle, pognon, michon, cercle, pilon, douille, sauvette, billes, blanc, mitraille, face, philippe, métal, dalles, pèze, pimpions, picaillon, noyaux, quibus, quantum, cuivre, vaisselle de poche, zozotte, sonnettes, auber, etc. Milled, 1.000 fr. Demi-sac, 500 fr. Pile, mètre, tas, livre, 100 fr. Demi-jetée, 50 fr. Signe, cigale, brillard, œil-de-perdrix, nap, 20 fr. Demi-signe, 10 fr. Tune, palet, dringue, gourdoche, 5 fr. Escole, escaletta, 3 fr. Lévanqué, arantequé, larante, 2 fr. Linvé, bertelo, 1 fr. Grain, blanchisseuse, crotte de pie, lisdré, 50 cent. Lincé, 25 cent. Lasqué, 20 cent. Loité, 15 cent. Lédé, 10 cent. (Voir largonji). Fléchard, rotin, dirling, broque, rond, pétard, 5 cent. Bidoche, 1 cent.

Rossignol, 1901 : Bénéfice. Une bonne qui fait danser l’anse du panier fait son beurre. Un commerçant qui fait ses affaires fait son beurre. Un domestique qui vole ses maîtres sur le prix des achats fait son beurre. Le domestique, né à Lisieux, qui n’est pas arrive après vingt ans de Service à se faire des rentes parce que son maître, né à Falaise, est plus Normand que lui, n’a pas fait son beurre.

France, 1907 : Argent monnayé, profit de quelque façon qu’il vienne ; argot des faubouriens. Les synonymes sont : braise, carme, nerf, blé, monarque, galette, carte, pognon, michon, cercle, pilon, douille, sauvette, billes, blanc, mitraille, face, philippe, métal, dalles, pèze, pimpions, picaillon, noyaux, quibus, quantum, cuivre, vaisselle de poche, zozotte, sonnettes, etc.
Faire son beurre, prélever des bénéfices plus ou moins considérables, honnêtes ou non ; y aller de son beurre, ne pas hésiter à faire des frais dans une entreprise ; c’est un beurre, c’est excellent ; au prix où est le beurre, aux prix élevés où sont toutes les denrées, argot des portières.

Il faut entendre un restaurateur crier : « L’addition de M. le comte ! » pour s’apercevoir que la noblesse, de nos jours, pas plus que du temps de Dangeau, n’est une chimère. Pour une jeune fille dont le père s’appelle Chanteaud, pouvoir signer « comtesse » les billets aux bonnes amies qui ont épousé des Dupont et des Durand, c’est tout ! Remplacer le pilon ou le mortier, armes dérisoires de la rue des Lombards, par un tortil élégant surmontant des pals, des fasces, des croix ou des écus semés sur des champs de sinople, quel charmant conte de fées ! Et ça ne coûte que trois cent mille francs ; c’est pour rien, au prix où est le beurre.

(Edmond Lepelletier, Écho de Paris)

Avoir du beurre sur la tête, être fautif, avoir commis quelque méfait qui vous oblige à vous cacher. Cette expression vient évidemment d’un proverbe juif : « Si vous avez du beurre sur la tête, n’allez pas au soleil ; il fond et tache. »
Mettre du beurre dans ses épinards, se bien traiter, car, suivant les ménagères, les épinards sont la mort au beurre. Les politiciens ne visent qu’à une chose : à mettre du beurre dans leurs épinards.

Je pense que c’est à la politique des groupes que l’on doit la médiocrité presque universelle qui a éclaté dans la crise actuelle. Le député entre à la Chambre par son groupe, vote avec son groupe, a l’assiette au beurre avec lui, la perd de même. Il s’habitue à je ne sais quelle discipline qui satisfait, à la fois, sa paresse et son ambition. Il vit par une ou deux individualités qui le remorquent.

(Germinal)

Boucherait le trou du cul avec un grain de sable (on lui)

Rigaud, 1881 : Se dit en parlant de quelqu’un que la peur paralyse, parce que, alors, selon l’expression vulgaire, il serre les fesses.

Bouillotte

Virmaître, 1894 : La tête. Dans le peuple pour exprimer que l’on a une forte migraine on dit : Ma cervelle bout. Bouillotte est la conséquence (Argot du peuple). V. Tronche.

Rossignol, 1901 : La tête.

Hayard, 1907 / France, 1907 : Tête.

Boulette de poivrot

Rigaud, 1881 : Raisin.

— Je ne bois pas mon vin en pilules, répondit un ivrogne à qui l’on offrait du raisin.

France, 1907 : Grain de raisin.

Cambrouse ou cambrousse

France, 1907 : Campagne, banlieue.

— Nous ne travaillons plus dans le bois de Boulogne depuis longtemps… il y a trop de surveillance… On a trop parlé de nous dans les journaux… Si nous avons fait aujourd’hui cette ballade à la cambrouse (partie de campagne), c’est qu’il fallait veiller au grain…

(E. Lepelletier, Les Secrets de Paris)

Casque (avoir son)

Delvau, 1866 : v. a. Être complètement gris, — ce qui amène naturellement une violente migraine, celle que les médecins appellent galea, parce qu’elle vous coiffe comme avec un casque.

Casser du grain

Delvau, 1866 : v. a. Ne rien faire de ce qui vous est demandé. Argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Désobéir, — dans le jargon des voleurs.

Catholique

d’Hautel, 1808 : Elle n’est pas trop catholique. Se dit en plaisantant d’une chose dont la bonté, la valeur paroissent équivoques ; d’une pièce de monnoie quelconque peu marquée, et que l’on croit fausse.
Catholique à gros grains. Homme peu fidèle aux devoirs de la religion Chrétienne.

Catholique à gros grains

Delvau, 1866 : s. m. Catholique peu pratiquant, — dans l’argot des bourgeois.

France, 1907 : Mauvais catholique dit penche vers l’hérésie, homme peu scrupuleuse au point de vue de l’Église, qui en prend à son aise à l’endroit des jeûnes, sacrements, mortifications et autres balançoires.

Chambre à louer (avoir une)

Rigaud, 1881 : Avoir un grain de folie. Allusion à la tête dont les idées saines sont parties.

France, 1907 : Être fou, c’est-à-dire avoir une case vide dans le cerveau.

Chapelet de St-François

Rossignol, 1901 : Menottes à l’usage des gendarmes pour attacher les poignets des détenus. C’est une chaîne d’environ un mètre, faite en fil de fer, à laquelle est un cadenas à chaque bout. Celui qui a cet outil aux poignets a toujours l’air d’égrainer un chapelet.

Chaud de lance ?

Rossignol, 1901 : J’ai entendu chanter dans les caveaux, une chanson sur l’hôpital du Midi, aujourd’hui hôpital Ricord, dont voici un couplet :

On vous donne des tisanes et des graines, Du copahu ainsi que de l’Opiat, Et de l’iodure pendant la. quarantaine, Matin et soir après chaque repas. Le potassium sur tous les hommes Fait son effet, dit le docteur Simonet ; Essayez-en, mes bonnes gens, De tous ces remèdes, vous en serez contents.

Chienlit

Delvau, 1866 : s. m. Homme vêtu ridiculement, grotesquement, — dans l’argot du peuple, qui n’a pas été chercher midi à quatorze heures pour forger ce mot, que M. Charles Nisard suppose, pour les besoins de sa cause (Paradoxes philologiques), venir de si loin.
Remonter jusqu’au XVe siècle pour trouver — dans chéaulz, enfants, et lice, chienne — une étymologie que tous les petits polissons portent imprimée en capitales de onze sur le bas de leur chemise, c’est avoir une furieuse démangeaison de voyager et de faire voyager ses lecteurs, sans se soucier de leur fatigue. Le verbe cacare — en français — date du XIIIe siècle, et le mot qui en est naturellement sorti, celui qui nous occupe, n’a commencé à apparaître dans la littérature que vers le milieu du XVIIIe siècle ; mais il existait tout formé du jour où le verbe lui-même l’avait été, et l’on peut dire qu’il est né tout d’une pièce. Il est regrettable que M. Charles Nisard ait fait une si précieuse et si inutile dépense d’ingéniosité à ce propos ; mais aussi, son point de départ était par trop faux : « La manière de prononcer ce mot, chez les gamins de Paris, est chiaulit. Les gamins ont raison. » M. Nisard a tort, qu’il me permette de le lui dire : les gamins de Paris ont toujours prononcé chit-en-lit. Cette première hypothèse prouvée erronée, le reste s’écroule. Il est vrai que les morceaux en sont bons.

France, 1907 : Personnage ridicule et grotesque.

Être inintelligent, ce n’est qu’une guigne ; mais en faire parade, exhiber sa disgrâce, prétendre s’en faire une arme et un titre à dominer les autres !… Voilà qui est insoutenable et prête a rire ! Voilà qui ameute, contre les chienlits du parlementarisme, tout ce que la France a de graine de bon sens : sa jeunesse, ses artistes, ses plébéiens, et jusqu’aux gamins de ses rues, pépiant et gouaillant, les mains en entonnoir autour du bec, l’œil émerillonné, « reconduisant » les ministres.

(Séverine)

Chou colossal

Larchey, 1865 : Entreprise destinée à tromper le public par des promesses ridiculement alléchantes.

Il y a deux ou trois ans, on vit à la quatrième page des journaux un éloge pompeux d’un nouveau chou… Ce chou était le chou colossal de la Nouvelle-Zélande, servant à la fois à la nourriture des hommes et des bestiaux et donnant un ombrage agréable pendant l’été. C’était un peu moins grand qu’un chêne, mais un peu plus grand qu’un prunier. On vendait chaque graine un franc… On en achetait de tous les coins de la France. — Au bout de quelques mois, les graines du chou colossal avaient produit deux ou trois variétés de chou connues et dédaignées depuis longtemps. La justice s’en mêla.

(Alph. Karr, 1841)

L’inventeur du chou colossal était un bonnetier. Il se suicida en voyant la mauvaise tournure que prenait la spéculation.

France, 1907 : Entreprise montée à grands renforts de grosse caisse pour allécher et duper le public. « On peut affirmer que l’affaire du Panama a été un chou colossal. »

Consigne à gros grains

Merlin, 1888 : Être privé de sortie, c’est de la simple consigne ; mais être mis en prison, c’est dela consigne à gros grains.

Couillons

Delvau, 1864 : Les testicules.

O vit ! bande toujours, et vous, couillons propices,
Distillez voire jus,
Pour fixer à jamais les rapides délices
De es sens éperdus.

(Parnasse satyrique)

Voyez la grande trahison
Des ingrats couillons que je porte :
Lorsque leur maître est en prison,
Les ingrats dansent à la porte.

(Cabinet satyrique)

Mes couillons, quand mon vit se dresse,
Gros comme un membre de mulet,
Plaisent aux doigts de ma maîtresse
Plus que deux grains de chapelet.

(Théophile)

Coup de marteau

Rigaud, 1881 : Grain de folie. Mot à mot : coup de marteau qui a fendu le crâne. Autrefois on disait dans le même sens « coup de hache. » Celui qui avait reçu un coup de hache était réputé aux trois quarts fou.

Oui, il aime à bouffonner ; et l’on dirait parfois, ne v’s en déplaise, qu’il a quelque petit coup de hache à la tête.

(Molière, Le Médecin malgré lui, acte II, sc. 1.)

Virmaître, 1894 : Fou par instant (Argot du peuple). V. Mailloché.

Cul

d’Hautel, 1808 : Vos raisons n’ont ni cul ni tête. Pour dire sont pitoyables ; n’ont pas le sens commun.
Un petit bas-du-cul. Se dit par ironie d’un bambin, d’un homme extrêmement petit, qui se carre et fait le fanfaron
Pour vivre long-temps, il faut donner à son cul vent. Dicton facétieux et populaire, qui se dit en plaisantant, et par manière d’excuse, lorsqu’il est échappé quelqu’incongruité.
Avoir le cul nu et les manches de même. Phrase triviale et bouffonne qui signifie être à peine vêtu ; être dans l’indigence la plus honteuse.
Retirer son cul de la presse. Se retirer d’une mauvaise affaire ; d’un embarras où l’on étoit engagé.
Il perdroit son cul s’il ne tenoit. Se dit d’un étourdi ; d’un homme peu soigneux de ses affaires ; d’un joueur malheureux.
On dit d’un peureux, d’un poltron, qu’on lui boucheroit le cul d’un grain de millet ; et bassement d’une personne pour laquelle on n’a aucune considération, aucun respect, qu’On l’a dans le cul.
Être à cul. Être interdit ; confus ; n’avoir plus de ressource ; avoir dissipé tout ce qu’on possédoit.
Elles ne font plus qu’un cul et qu’une chemise. Se dit de deux personnes qui sont devenues intimes et familières ; qui sont continuellement en semble.
Tirer le cul en arrière. Avoir de la peine à se résoudre à quelque chose.
Il est demeuré entre deux selles le cul par terre. Se dit d’une personne qui, faute d’opter entre plusieurs affaires avantageuses qui se présentoient, les a toutes manquées ; de quelqu’un qui se trouve sans emploi.
Brûler le cul. Se retirer sans mot dire, d’une compagnie ; se sauver furtivement d’un endroit où l’on étoit retenu malgré soi.
Montrer le cul dans une affaire. S’en retirer avant de l’avoir achevée ; faire le poltron ; abandonner une affaire que l’on avoit entreprise avec éclat, et avant qu’elle soit achevée.
Elle est laide comme un cul. Manière excessivement grossière de dire qu’une personne est laide à faire peur ; qu’elle est hideuse.
Cul rompu. Nom injurieux que les jeunes soldats entr’eux, donnent aux vieux invalides qui s’immiscent aux plaisirs de la jeunesse.
Péter plus haut que le cul. S’élever au-dessus de sa condition ; entreprendre plus qu’on ne peut exécuter.
Baiser le cul à quelqu’un. Voyez Baiser.
Faire quelque chose à écorche cul. Le faire à contre-sens, en rechignant.
Faire le cul de poule. Pousser la lippe ; être grimaud et boudeur.
Arrêter quelqu’un par le cul. L’arrêter tout court ; déjouer ses projets ; ruiner ses espérances.
Donner sur le cul. Corriger, châtier un enfant, en lui donnant le fouet.
Cul-de-jatte. Au propre, estropié, perclu de ses jambes ; impotent. Au figuré, homme inhabile et sans capacité.
Cul-de-plomb. Homme sédentaire et peu alerte ; on donne aussi ce nom à un homme fort laborieux qui travaille avec une grande assiduité, qui ne remue pas de dessus sa chaise.
Se lever le cul devant. Être maussade, grondeur en se levant.
Être crotté jusqu’au cul. Être plein de boue et de crotte.
Renverser cul par-dessus tête. Bouleverser tout ; mettre tout en désordre.
Ils se tiennent tous par le cul, comme des hannetons. Se dit d’une coterie, d’une assemblée de marchands qui s’entendent ensemble pour ne pas rabattre du prix de leurs marchandises.
Baiser le cul de la vieille. Voyez Baiser.
Charger à cul. Se dit d’un porteur ou d’un cheval que ton charge trop en arrière.
Donner du pied au cul. Chasser quelqu’un ; le renvoyer d’une manière ignominieuse.
Il y va de cul et de tête comme une corneille qui abat des noix. Voyez Abattre.
On lui verra bientôt le cul. Se dit d’un homme déguenillé ; vêtu misérablement ; ou qui est fort négligent pour son habillement.
Tenir quelqu’un au cul et aux chausses. Le tenir étroitement, de manière qu’il ne puisse échapper.

Larchey, 1865 : Homme bête et grossier. — Cul goudronné : Matelot — Cul de plomb : Homme sédentaire, peu alerte (d’Hautel, 1808). — Cul rouge : Soldat porteur du pantalon rouge qui compose l’uniforme de presque toute l’armée. — Autre temps, autres culottes. Au dix-huitième siècle, on disait culblanc, témoin ce passage des Mémoires de Bachaumont : « Le 27 janvier 1774. Il est encore arrivé à Marseille à la Comédie une catastrophe sanglante. Un officier du régiment d’Angoulême était dans une première loge ; il s’était retourné pour parler à quelqu’un. Le parterre, piqué de cette indécence, a crié à bas, cul blanc ! (le blanc est le fond de l’uniforme de l’infanterie), » etc., etc.

Rigaud, 1881 : Homme stupide. Tournure de femme au dix-huitième siècle. Aujourd’hui on dit faux-cul.

En entrant dans la première salle, chaque femme était obligée de quitter son cul, sa bouffante, ses soutiens, son corps, son faux chignon, et de vêtir une lévite blanche avec une ceinture de couleur.

(Lettre d’un garde du roi, pour servir de suite aux Mémoires de Cagliostro, 1786.)

France, 1907 : Imbécile. Garçon stupide et grossier.

Donner la migraine à une tête de bois

Delvau, 1866 : v. a. Être excessivement ennuyeux, — dans l’argot des gens de lettres. L’expression appartient à Hippolyte Babou.

France, 1907 : Être tellement insupportable qu’on en rendrait malade une poupée ou un mannequin.

Écraser un grain

Delvau, 1866 : v. a. Boire un canon de vin sur le comptoir du cabaretier, — dans l’argot des faubouriens qui ont un fier pressoir dans l’estomac.

Rigaud, 1881 : Boire un verre de vin, quelquefois la bouteille.

Viens-t’en plutôt écraser un grain avec moi.

(Huysmans, Marthe, 1879)

France, 1907 : Prendre un verre de vin sur le comptoir.

Égout

France, 1907 : Bouche.

À mort l’avocat bêcheur ! À mort le président ! À mort le juge d’instruction !
Eh bien, quoi ! vous trouvez que je suis trop raide ? Quand vous aurez passé par là où j’ai passé ; quand vous aurez été condamnés à mort, quand vous serez restés trois mois à vous dire tous les jours : « C’est pour demain ! » alors je vous permettrai de foutre votre grain de sel dans la discussion ; jusque-là fermez votre égout !…

(Père Peinard)

Prima donna d’égout, chanteuse de boui-bouis.

Égrainer son chapelet

Rossignol, 1901 : Voir écraser une perle.

Engrainer

Rossignol, 1901 : Le teneur d’un jeu a des hommes à lui (des compères) qui commencent à jouer pour engager les spectateurs à faire de même, ce sont les engraineurs. Lorsque le jeu est engrainé, les engraineurs se retirent pour laisser la place aux poires. Le teneur qui n’a pas fait de recette n’a pas engrainé.

Hayard, 1907 : Arriver, entraîner.

France, 1907 : Arriver.

Épaulettes à graines d’épinard

Merlin, 1888 : Épaulettes d’officiers supérieurs.

Épinards (graine d’)

Rigaud, 1881 : Épaulette d’officier supérieur.

Être en fine pégraine

Delvau, 1866 : v. n. Être à toute extrémité, — dans l’argot des prisons.

Virmaître, 1894 : Être sur le point de mourir.
— Le ratichon vient d’être epprené au castu, pour faire avaler le père la Tuile au frisé, il va tourner de l’œil (Argot des voleurs).

France, 1907 : Mourir de faim. On dit aussi : caner la pégraine.

Fêle (être)

France, 1907 : Avoir un grain de folie. Avoir le coco fêlé.

Fricoteur

Larchey, 1865 : Parasite, maraudeur.

Ces mauvais troupiers pillaient tout sur leur passage. On les appelait des fricoteurs.

(M. Saint-Hilaire)

Quant a vos écuyers, chambellans et autres fricoteurs de même espèce.

(Van der Burch)

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui aime les bons repas. Signifie aussi Agent d’affaires véreuses.
Le bataillon des fricoteurs. « S’est dit, pendant la retraite de Moscou, d’une agrégation de soldats de toutes armes qui, s’écartant de l’armée, se cantonnaient pour vivre de pillage et fricotaient au lieu de se battre. » (Littré.)

Rigaud, 1881 : Soldat qui aime à faire bombance aux dépens des autres, à manger et à boire avec l’argent des camarades, — dans le jargon des troupiers.

Rigaud, 1881 : Typographe qui prend des lettres dans la casse des autres.

Boutmy, 1883 : s. m. Celui qui fricote, c’est-à-dire qui pille la casse de ses compagnons. Les fricoteurs sont heureusement assez rares.

Merlin, 1888 : Celui qui cherche à bien vivre, à ne rien faire, à éviter les corvées.

Virmaître, 1894 : Agent d’affaires, synonyme de tripoteur. Au régiment, les troupiers qui coupent aux exercices, aux corvées, en un mot au service, sont des fricoteurs (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : L’employé qui fait le moins possible de travail et qui évite les corvées est un fricoteur.

France, 1907 : Noceur, ripailleur peu scrupuleux sur les moyens à employer pour faire bombance. « L’ancienne armée était pleine de fricoteurs. »

En temps de paix, traînant ses grègues le long des routes ou aplatissant son nez contre les vitrines des garnisons, le soldat est comme un canard sans eau, une poule sans poussins… hors de son élément, privé de la tâche qui lui est dévolue.
Je parle du bon soldat, s’entend — ni des couards, ni des fricoteurs !

(Séverine)

Et le fricoteur — espèce précieuse, en campagne, prit du café en grain dans le sac que portait le gros S…, mon compagnon, l’écrasa avec la crosse de son fusil, pendant que d’autres enlevaient les cercles d’une barrique pour faire du feu.

(Sutter-Laumann, Histoire d’un Trente sous)

C’est dans les premières guerres de la Révolution que ce sobriquet fut donné aux soldats de toutes armes qui abandonnent leurs corps pour marauder et piller. Ces mauvais troupiers jetaient leur sac, leur fusil, et armés de poêles à frire, de broches, ayant une marmite sur le dos, pillaient et dévastaient tout sur leur passage ; on les appelait les fricoteurs.
Le visage noirci par la fumée des bivouacs, ils couraient les uns sur les autres, confusément et par soubresauts, comme des moutons harcelés par des chiens. Parfois, une terreur panique s’emparait de ce hideux troupeau ; alors ils s éparpillaient à droite et à gauche, franchissaient haies et fossés, inondaient au loin la plaine et, dès que l’ennemi s’approchait, fuyaient honteusement en finissant toujours par refluer dans les rangs des braves troupiers, soumis aux rigueurs de la discipline ; mais le danger passé, ou leur frayeur dissipée, les fricoteurs isolés se reformaient en peloton et recommençaient leurs excès.

(Physiologie du troupier)

Pendant la retraite de Moscou, ils reparurent en grand nombre, cantonnèrent aussi loin que possible des horions, fricotant au lieu de se battre. Ils étaient connus sous le nom de Bataillon des fricoteurs.
Au temps de Napoléon, on fut pour les fricoteurs d’une sévérité terrible ; on tirait sur eux comme sur l’ennemi, et lorsqu’on pouvait en attraper, on les jugeait et on les fusillait impitoyablement.

(É. Marco de Saint-Hilaire)

Gésier

d’Hautel, 1808 : Le second ventricule de certains oiseaux qui se nourrissent de grains. Ce mot est absolument défiguré parmi le peuple qui prononce gigier.

Delvau, 1866 : s. m. Gorge, gosier, — dans l’argot du peuple. Avoir mal au gésier. Avoir une laryngite ou une bronchite.

Rigaud, 1881 : Gosier. — Se laver le gésier, boire un coup.

Gosse

Clémens, 1840 / un détenu, 1846 : Enfant.

Delvau, 1866 : s. f. Bourde, menterie, attrape, — dans l’argot des écoliers et du peuple. Voilà encore un mot fort intéressant, à propos duquel la verve des étymologistes eût pu se donner carrière. On ne sait pas d’où il vient, et, dans le doute, on le fait descendre du verbe français se gausser, venu lui-même du verbe latin gaudere. On aurait pu le faire descendre de moins haut, me semble-t-il. Outre que Noël Du Fail a écrit gosseur et gosseuse, ce qui signifie bien quelque chose, jamais les Parisiens, inventeurs du mot, n’ont prononcé gausse. C’est une onomatopée purement et simplement, — le bruit d’une gousse ou d’une cosse.
Conter des gosses.
Mentir. Monter une gosse. Faire une arce.

Delvau, 1866 : s. m. Apprenti, — dans l’argot des typographes. Ils disent aussi Attrape-science et Môme.

Delvau, 1866 : s. m. Enfant, petit garçon, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Enfant, — dans le jargon du peuple, qui dit tantôt le gosse, tantôt la gosse, selon le sexe. — Dans le jargon des voyous, une gosse, une gosseline, c’est une fillette de quinze à seize ans ; sert encore à désigner une amante. Il est à remarquer que mion de gonesse signifiait, autrefois, petit jeune homme. (V. Oudin, Cur. franc.) Gosse pourrait bien être un diminutif de mion de gonesse.

Rigaud, 1881 : Mensonge, plaisanterie, mauvaise farce.

Boutmy, 1883 : s. m. Gamin. Dans l’imprimerie, les gosses sont les apprentis ou les receveurs.

La Rue, 1894 : Femme. Enfant. Mensonge.

France, 1907 : Enfant, et par amplification, adolescent ou fillette.

Le ménage était déjà chargé d’un gosse de dix-huit mois et la victime trouvait que c’était assez de cette sale graine qui lui suçait le sang et lui disputait la pâture. Quand elle se vit de nouveau enceinte, avec 125 francs par mois pour nourrir la maisonnée, elle se dit qu’expulser ce fœtus incapable de souffrir n’était pas un crime, mais une délivrence ; qu’arracher de sa chair cette superfétation encombrante était un droit aussi légitime, aussi imprescriptible que le suicide, puisqu’elle ne violentait que son corps et courait seule les risques.

(Marie Huot, L’Endehors)

Dans le peuple, en général — je parle surtout d’autrefois — le souvenir du temps de régiment, dépouillé de ses amertumes, éveille un regain de bonhomie et de belle humeur. On était jeune ; on n’avait que soi à penser, ni femmes, ni gosses ; on se sentait bâti à chaux et à sable… et l’on s’imaginait que ça durerait toujours !

(Séverine)

On est gosse ; on n’a pas quinze ans,
On croit ses charmes séduisants
Et l’on s’aligne :
On lance des coups d’œil luisants
Et des sourires suffisants,
Le bec en guigne.

(Blédort)

— Oui, monte, monte.
— Pas chez elle ! chez moi.
— Non, cher moi.
— J’suis la plus gosse.
— J’suis la plus cochonne.
— J’me fends de deux louis.
— Moi aussi…

(Jean Richepin)

Goualante

Vidocq, 1837 : s. f. — Chanson.

Delvau, 1866 : s. f. Chanson, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Chanson. Goualer, chanter. Goualeur, goualeuse, chanteur, chanteuse. Vient de gueuler. Goualer à la chienlit, crier au voleur.

La Rue, 1894 : Chanson. Goualer, gueuliber, chanter. Signifie aussi avouer à la justice.

Rossignol, 1901 : Chanson.

France, 1907 : Chanson.

Des bandits chez les Angliches y en a eu des tripotées, et c’est à force de crapuleries que la gouvernance, aidée des curés, a fait disparaître cette bonne graine. Y a des quantités de goualantes, là-bas, qui vantent les coups de main de Robin Hood.

(Almanach du Père Peinard, 1894)

anon., 1907 : Chanson.

Grain

d’Hautel, 1808 : Un ventre à tout grain. Pour dire un homme peu délicat sur le manger, que les alimens les plus lourds ne peuvent incommoder ; un bélitre, un dissipateur.
Avoir des grains, amasser des grains. Pour avoir ou amasser de l’argent.
Un grain de six balles. Pour dire un écu de six francs.
Être dans le grain. Pour, être en bonne fortune ; avoir le vent en pouppe.
Un Catholique à gros grains. Voyez Catholique.
Il mangeroit cet homme avec un grain de sel. Pour dire, il est bien plus fort que lui ; il lui est infiniment supérieur.

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 : Écu.

Delvau, 1866 : s. m. Pièce de cinquante centimes, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Pièce de dix sous, — dans l’argot du Temple.

France, 1907 : Pièce de dix sous, dans l’argot des voleurs. Ce mot signifiait autrefois écu.

S’il avoit des grains, on lui raseroit le mynois.

(Vie de Saint-Christophe, 1530)

Grain (avoir un)

Delvau, 1866 : v. a. Être un peu fou, ou seulement maniaque, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Avoir l’esprit un peu dérangé. Mot à mot : un grain de folie.

France, 1907 : Sous-entendu : de folie. « Nous avons tous un grain qui tôt ou tard finit par germer. »

Oh ! qui dans l’Italie
N’a pas son grain de folie ?

(Musset)

J’avais dans la tête un grain de folie amoureuse et, pour rien au monde, je ne me serais décidé à perdre de vue la butte Montmartre. C’était bien assez déjà de demeurer au Pecq.

(Sutter-Laumann)

Se dit aussi pour avoir fait quelque excès de boisson. Jeu de mot sur grain, orage.

— J’avais ce soir-là un petit grain, sans quoi je n’aurais pas osé accoster la donzelle qui faisait sa sucrée comme si elle n’avait jamais tâté de ce morceau.

(Les Joyeusetés du régiment)

Grain (catholique à gros)

France, 1907 : Mauvais catholique qui ne va à l’église que parce qu’il s’y croit obligé.

Grain (écraser un)

Larchey, 1865 : Boire la goutte. Plus applicable à l’alcool dans lequel on conserve quelques grains de verjus.

Est-ce que nous n’écrasons pas un grain ?

(La Bédollière)

Boutmy, 1883 : v. Boire, s’enivrer.

France, 1907 : Boire, s’enivrer.

Grain (veiller au)

France, 1907 : Faire attention, ouvrir l’œil, veiller à ses intérêts. Cette locution vient de l’avertissement : Veille au grain ! que se donnent les marins quand ils prévoient un brusque changement de temps, une bourrasque ou un orage.

Quand les filles deviennent grandelettes, il faut que pères et mères commencent à veiller au grain.

(Les Propos du Commandeur)

Grain de brune

France, 1907 : Foulard dont se servent les rôdeurs de nuit pour étrangler leur victime.

Grain de brune, saute-cou, terre-à-terre

La Rue, 1894 : Foulard. Il sert au voleur, le soir, pour étrangler et terrasser sa victime.

Grain, gros ou petit

Vidocq, 1837 : s. m. — Écu de trois ou de six francs.

Grain, petit grain

Rigaud, 1881 : Animation causée par un commencement d’ivresse.

Graine

d’Hautel, 1808 : C’est de la graine de niais. Pour, c’est une attrape, il ne faut point ajouter foi à ce discours.
Monter en graine. Pour vieillir, se casser.
On dit d’une troupe de petits polissons, que c’est de la graine d’andouille.

Graine (mauvaise) est tôt venue

France, 1907 : Vieux dicton analogue à celui-ci : Mauvaise herbe croit toujours.

Graine (monter en)

France, 1907 : Se dit des filles qui vieillissent sans trouver un époux ou un amant, et qui se dessèchent et montent comme certains légumes qu’on laisse intacts.

Graine d’attrape

Delvau, 1866 : s. f. Mensonge, moquerie, tromperie.

France, 1907 : Tromperie.

Graine d’épinard

France, 1907 : Épaulettes des officiers supérieurs.

Graine d’épinards

Larchey, 1865 : Épaulette d’officier supérieur. — Avant d’avoir quitté la branche, ces graines ressemblent en effet assez aux grosses torsades d’épaulettes.

Les grands qui viennent au monde avec des épinards d’amiral sur l’épaule.

(L. Desnoyer)

Graine d’épinards à part, les officiers du 101e sont tous supérieurs.

(Noriac)

Delvau, 1866 : s. f. Épaulettes des officiers supérieurs, — dans l’argot des troupiers, dont ce légume est le desideratum permanent. Porter la graine d’épinards. Avoir des épaulettes d’officier supérieur.

Graine d’oignon

France, 1907 : Poudre à canon ; sans doute parce qu’elle fait pleurer les mères et les veuves.

Graine de chou colossal

Delvau, 1866 : s. f. Amorce pour duper les simples. C’est un souvenir des réclames faites il y a vingt ans par un industriel possesseur d’une variété de brassica oleracea fantastique, « servant à la fois à la nourriture des hommes et des bestiaux, et donnant un ombrage agréable pendant l’été ».

France, 1907 : Grande duperie — le Panama, par exemple.

Graine de giberne

France, 1907 : Enfant de soldat.

Graine de niais

France, 1907 : Promesse ou appeau qui ne peut tromper que des gens simples. Deux ou trois fois l’an, les brasseurs d’affaires répandent sur la place de la graine de niais.

Graine de potence

France, 1907 : Enfant qui annonce des dispositions qui, développées, le conduiront place de la Roquette.

Grains (léger de deux)

France, 1907 : Expression dont on se servait autrefois pour désigner un eunuque.

Grenache

France, 1907 : Raisin noir à gros grains. On l’appelait autrefois garnache, de l’espagnol garnacha, sorte de raisin qui donne en Aragon d’excellent vin, d’où, en français, vin de grenache. C’est surtout des environs de Carpentras que nous arrive ce vin.
« C’est vin grec et vin de garnache », dit un vieux fabliau.

Grenasse

anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Grange.

Vidocq, 1837 : s. f. — Grange.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Halbert, 1849 : Grange.

Larchey, 1865 : Grenier. — Grenu : Blé. — Grenuche : Avoine. — Grenuse : Farine (Vidocq). — Tous ces mots dérivent de grain, comme les mots usuels de grenier, grenaille, etc. Le choix des désinences est remarquable par une sorte d’harmonie imitative. Grenuche indique bien les petites aspérités de l’avoine, et grenuse fait sentir la douceur de la farine.

Rigaud, 1881 : Grange, — dans l’ancien argot.

Grinchu

France, 1907 : Grognon, maladif.

La cuisine était, en notre enfance, un art vénéré ; c’est aujourd’hui une industrie. Il y a des machines à couper ceci, des machines à couper cela ; les plus admirés sont ceux qui dénaturent le plus le légume qu’ils persécutent, et celui qui sera arrivé à faire un chou-fleur en pommes de terre sera sacré grand homme dans tous les sous-sols du quartier de l’Étoile.
Avec cela, des essences de toutes couleurs, de toutes espèces, de tous parfums, des résumes, des concentrés, des extraits, la nature détrônée par la chimie, la maladie en bouteilles !
Étonnez-vous donc, après cela, que Madame ait la migraine, que Monsieur ait des crampes stomacales, que les enfants soient rachitiques et grinchus !

(Jacqueline, Gil Blas)

Grue

d’Hautel, 1808 : Faire le pied de grue. S’humilier ; faire des soumissions devant quelqu’un ; monter la garde dans les antichambres d’un homme puissant.
Avoir un cou de grue. Avoir le cou long.
Il est planté là comme une grue. Pour, il ne sait quelle contenance tenir ; il croque le marmot.

Delvau, 1864 : Fille entretenue, parce que les filles de cette espèce sont souvent plus bêtes que belles — ce qui fait qu’on ne s’explique pas les folies que les gandins font pour elles.

Dans certains théâtres, on voit de jeunes aspirantes qui se font des yeux jusqu’aux oreilles et des veines d’azur du corset jusqu’aux tempes ; ce ne sont pas des femmes, ce sont des pastels ; cette première catégorie de grues s’appelle les maquillées.

(Joachim Duflot)

Larchey, 1865 : « Pour qualifier une fille aux jambes maigres aux gros yeux à fleur de tête, à l’intelligence épaisse, on dit : C’est une grue. » — Scholl. — « Mme Croquoison : Nous sommes tous des grues. » — Le Rapatriage, parade du dix-huitième siècle.

Delvau, 1866 : s. f. Femme entretenue, que la Nature a douée d’autant de bêtise que de beauté, et qui abuse de celle-ci pour faire accepter celle-là. C’est un mot heureux que les gens de lettres ont trouvé là pour répondre à l’insolence des filles envers les honnêtes femmes. Bécasses ! disaient-elles. Grues ! leur répond-on. Mais ce mot, dans ce sens péjoratif, n’est pas né d’hier, il y a longtemps que le peuple l’emploie pour désigner un niais, un sot, un prétentieux.

Rigaud, 1881 : Femme sotte et prétentieuse. — Dans le dictionnaire de l’Académie, grue est donné dans le sens de niais. — Dans le jargon des comédiens, c’est une demoiselle qui possède de la beauté, de l’argent et des toilettes en quantité suffisante pour obtenir un bout de rôle où elle montre ses épaules, ses diamants et sa bêtise. Elle lève les gentilshommes de l’orchestre, comme la grue lève les fardeaux ; d’où son surnom.

La Rue, 1894 : Bête. Femme entretenue. V. Biche.

Virmaître, 1894 : Fille publique, jolie mais bête à manger du foin. De cette allusion est né un mauvais calembourg : Les camelots crient : Demandez l’Indicateur des grues de Paris pour rues (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Fille de bas étage.

Hayard, 1907 : Fille publique.

France, 1907 : « Bête marécageuse qui plume les gros pigeons et nourrit les petits poissons », dit la Vie Parisienne. Fille ou femme de mœurs légères ; nom que donnent les femmes à leurs rivales ou simplement à celles qu’elles n’aiment pas.
D’après Lorédan Larchey, grue viendrait non de l’oiseau à longues jambes, mais du vieux français grus, qui a perdu son orthographe primitive en passant à travers les âges.

J’avais donné précédemment grue avec le sens de marcheuse, dit-il, c’est-à-dire de figurante faisant commerce d’amour à l’ombre du théâtre. Je croyais que le mot était éclos, il y a trente ans, dans les corps de ballet, où les femmes paraissent montées sur des jambes d’autant plus longues que leurs jupes sont plus courtes. Mais le Dictionnaire de Godefroy vient de me donner fort à penser. J’y trouve grus comme mot injurieux, signifiant ribaude au moyen âge. En voici un exemple justificatif daté de 1415… « Ellui Girart appela la suppliante deux ou trois fois grus ! grus ! Et pour ce qu’elle n’entendoit pas ce que c’estoit à dire de telles paroles, demanda audit Girart que c’estoit. Lequel Girart lui dit que c’estoit à dire ribaude, en l’appelant par plusieurs fois : grus : ribaude ! grus : ribaude ! »

 

— Figure-toi que, sans savoir ni pourquoi ni comment, je m’étais amourachée de lui : ce jour-là, j’ai fait un joli coup ! Pas beau, pas d’esprit, pas d’argent : rien, quoi ! Par-dessus le marché, Monsieur me trompait avec la première grue venue ; on n’a pas idée de ça !

(Jules Noriac, Le Grain de sable)

Gladiola, dans la délicieuse revue de Blondel et Montreau, nous montre avec beaucoup de talent sa superbe poitrine et son dos ensorceleur. Ses admirables jambes, qui ne mesurent pas moins de soixante-dix centimètres vers la région communément appelée cuisse, ont été rappelées quatre fois. C’est un vrai triomphe pour la charmante jeune grue.

(George Auriol, Le Journal)

— Et quand elle a parlé des tableaux vivants… J’ai eu une envie de rire… elle qui a montré ses jambes pendant quinze ans dans toutes les revues : car c’est une ancienne actrice.
— Une actrice ! pas même… une ancienne grue.

(Maurice Donnay, Chère Madame)

La dame : une trentaine d’années, plutôt très jolie, mais l’air un peu grue et surtout très dinde.

(Alphonse Allais, La Vie drôle)

Fille de petits brocanteurs juifs, elle avait l’ambition et la ténacité des femmes de sa race ; jetée à seize ans sur les planches aux figurations et aux féeries, elle avait vite eu honte de ce métier de grue.

(Henry Bauër, Une Comédienne)

— Les jeunes filles nous servent d’éprouvette. On s’apprend à flirter et à aimer avec elles, pour de rire, à blanc, en attendant qu’on s’attaque plus tard sérieusement aux vraies femmes, aux femmes mariées. Comprenez-vous ? Les jeunes filles, pour moi, c’est comme le volontariat de l’amour. Une première étape, avant les grandes manœuvres que vous faisons ensuite avec les grues, et la guerre sanglante avec les dames du monde.

(Henri Lavedan)

Et puis, aussi bien je m’ennuie :
La grue, aux yeux couleur de jais,
Dans laquelle je me plongeais,
Depuis ce matin est enfuie
Et m’a laissé d’autres sujets
De tracas et de rêverie.

(A. Glatigny, Joyeusetés galantes)

Les frimas remplacent la brise ;
Tombant comme d’un encensoir,
La neige sur la terre grise
Étend son vaste et blanc mouchoir,
Sous le ciel inclément et noir,
Malgré les rafales bourrues,
Des filles vont errant le soir…
L’hiver est rude aux pauvres grues !
Princesses, heureuses d’avoir
Chambre bien close et rentes drues,
Ne condamnez pas sans savoir…
L’hiver est rude aux pauvres grues !

(Georges Gillet)

Gruger

d’Hautel, 1808 : Pour, rapiner, voler, manger ; être aux crocs de quelqu’un ; lui soutirer de l’argent.
Il le gruge d’une belle manière. Pour, il le vole, il le ruine secrètement.

Delvau, 1866 : v. a. Manger le bien de quelqu’un, — dans l’argot du peuple. Les gens de lettres écrivent grue-ger, par allusion aux mœurs des grues, — ces Ruine-maison !

France, 1907 : Manger ; du bas allemand grusen, écraser, broyer avec les dents. Gruger quelqu’un, le piller, lui manger son bien.

Certes, ce monde circonscrit, brillant et mêlé, qui va du turf au Jockey, en passant par les foyers de théâtres, nous montre plus de princes tombés aux maquignonnages louches qu’aspirant aux hautes vertus démocratiques. Plus d’un, parmi ces brillants, à mis son grain air, sa renommée d’élégance au service de quelque cocotte, ambitieuse de gruger de jeunes bourgeois vaniteux.

(Francis Chevassu)

Dans Nos Intimes, Victorien Sardou essaye de faire le dénombrement des variétés d’amis. « Nous avons, dit l’illustre académicien, l’ami despote qui nous fait faire ses commissions, l’ami spirituel qui fait des mots à nos dépens, l’ami indiscret qui raconte aux hommes nos petites faiblesses et aux dames nos petites infirmités !… l’ami gêné qui est encore bien plus gênant, l’ami parasite qui nous mange, l’ami spéculateur qui nous gruge, enfin mille espèces d’amis dont le dénombrement serait éternel, depuis celui qui nous emprunte nos livres … qu’il ne nous rend pas, jusqu’à celui qui nous emprunte notre femme… qu’il nous rend ! »

Guenon (attraper la)

France, 1907 : « Dans mon Lauraguais, avoir grainé, être parti, en tenir une, prendre la cigale, acrocher la peau, tout cela veut dire attraper la guenon, — il faut lire : ivrogner — parce que, je le pense ainsi, un homme ivre fait des grimaces comme une affreuse singesse. Les jours de grande fête, de noce et chaque dimanche et chaque lundi, que de guenons se sont prises, au pays des moulins à vent, des cassolets, et du petit vin facile à boire ! »

(B. de Porto-Nobo, L’Alouette)

Gueurnottes

France, 1907 : Petits grains qui tombent sous le van.

Imal, imau

France, 1907 : Ancienne mesure pour les grains, de la capacité d’environ 15 litres pour le blé et 19 litres pour l’avoine, dont on se servait encore il y a quelques années au pays messin.

Larmes de job

France, 1907 : Plante arundinacée dont les fruits renferment une semence de la grosseur d’un pois, d’un beau poli et de couleur jaunâtre, tirant sur le brun rouge. On se servait au moyen âge de ces graines venant de l’Orient pour en faire des chapelets ou patenôtres.

Unes patenostre de larmes de Job, esquelles à trente pièces.

(Ducs de Bourgogne)

Cette espèce de roseau est surtout cultivé dans l’île de Candie. En Chine et dans les Indes, ses graines sont fort estimées pour leur douceur.

Lever le coude

Larchey, 1865 : Boire à longues rasades. — Usité dès 1808.

Ça n’a pas d’ordre, ça aime trop à lever le coude.

(Privat d’Anglemont)

Delvau, 1866 : v. a. Boire, — dans l’argot du peuple.

France, 1907 : Boire.

Dans le plus gai des cabarets,
Dont l’hôtelier jamais ne boude,
Nous sommes cinq à six cadets
Disposés à lever le coude.
De ce jus qui nous met en train,
Nous allons écraser un grain.

(Charles Colmance)

Liouse

France, 1907 : Graine de lin ; de l’espagnol linueso, latin linosa.

Maculature (attraper une)

Rigaud, 1881 : Se griser, — dans le jargon des ouvriers pressiers.

France, 1907 : S’enivrer. Les synonymes sont nombreux, ce qui indique la fréquence du vice. En voici les principaux : s’allumer, se cingler le blair, se cardinaliser, se coller une biture, se coaguler, se culotter, s’empoivrer, s’empaffer, écraser un grain, s’émerillonner, s’émécher, s’enluminer, se flanquer une culotte, faire cracher ses soupapes, se farder, se foncer, mettre son nez dans le bleu, partir pour la gloire, se poisser, se pocharder, prendre une barbe, se piquer le nez, se piquer le tasseau, se schniquer, se tuiler, etc.

Malzingue

France, 1907 : Cabaretier.

— Allons, venez casser un grain de raisin.
Nous entrâmes chez le malzingue le plus proche.

(Mémoires de Vidocq)

Marsouin

d’Hautel, 1808 : Poisson. C’est un vilain marsouin. Se dit, par injure, d’un homme laid, difforme, mal bâti.

Delvau, 1866 : s. m. Homme laid et mal fait ; marin.

Rigaud, 1881 : Contrebandier.

Rigaud, 1881 : Surnom du soldat d’infanterie de marine. Le synonyme est : Gardien de banane.

France, 1907 : Contrebandier.

France, 1907 : Soldat d’infanterie de marine, parce que, comme le marsouin, il va sur la terre et sur l’eau.

Nous sommes à moitié marins
Et, comme de vieux mathurins,
Nous savons essuyer les grains
Quand le flot fait rage.
Hommes de bonne volonté,
L’ennemi par nous est dompté :
La patrie a toujours compté
Sur notre courage !
Par nous le pays est vainqueur :
Nous allons partout, sans rancœur,
Et nous montrons toujours du cœur
À l’ouvrage.
Pour notre drapeau
Exposant sa peau,
Le marsouin est notre espérance,
Car c’est au marsouin
Qu’incombe le soin
De porter au loin
Les trois couleurs de notre France.

(Blédort, Chansons de faubourg)

On donne aussi le nom de marsouin, par analogie, aux gens de la côte et principalement aux maîtres baigneurs de nos plages.

Sur la plage de Dieppe, un baigneur essaie vainement d’apprendre à sa cliente, une jolie Parisienne, à nager sur le dos.
— C’est pourtant pas bien difficile, dit à la fin le marsouin… Faites quasiment comme si vous étiez couchée avec vot’ mari…

(Le Diable amoureux)

Mme Girandol, prenant une leçon de natation, reproche vivement à son baigneur le sans-gêne de sa pantomime sous-marine.
— Baste ! répond le marsouin, c’est dans l’eau : votre mari ne peut pas nous voir !

(Jacques Rolland)

Mercuriale (faire ou recevoir une)

France, 1907 : Faire ou recevoir des reproches où des remontrances.
On donnait le nom de mercuriales à des assemblées du parlement dans lesquelles les officiers royaux devaient rendre compte de leurs actes, et le président requérait le châtiment ou le blâme contre ceux qui avaient abusé de leurs fonctions. Ces assemblées se tenaient toujours un mercredi (jour de Mercure) et, d’après l’ordonnance de Villers-Cotterets (1539), devaient avoir lieu chaque trimestre ; mais il n’y en eut plus tard que tous les six mois, le premier mercredi après Pâques et après la Saint-Martin, et enfin une fois par an, à la rentrée des tribunaux. Le discours prononcé s’appelait mercuriale.
Avant François Ier, Charles VIII en 1493 et Louis XII en 1498 avaient déjà fait chacun un édit au sujet de ces assemblées.
Ménage, que Molière ridiculisa sous le nom de Vadius dans les Femmes savantes, tenait tous les mercredis des réunions qu’il nommait ses mercuriales et où l’on faisait de la critique littéraire. La mercuriale des marchés, registre où les maires des communes inscrivent la hausse ou la baisse des prix des grains, des foins, etc., tire également son nom des assemblées du parlement, car on s’y occupait aussi de la question du prix des denrées.

Merlan

d’Hautel, 1808 : Un merlan à frire. Sobriquet que l’on donne à un perruquier, à cause de la poudre qui couvre ordinairement ses habits.

Larchey, 1865 : « Sobriquet donné à un perruquier à cause de la poudre qui couvre ordinairement ses habits. » — d’Hautel, 1808.

La Peyronie est chef de perruquiers qu’on appelle merlans parce qu’ils sont blancs.

(Journal de Barbier, 1744)

Delvau, 1866 : s. m. Coiffeur, — dans l’argot du peuple, qui emploie cette expression depuis l’invention de la poudre à poudrer, parce qu’alors les perruquiers étaient toujours enfarinés comme prêts à mettre en la poêle à frire. Le Journal de Barbier en fait mention, ce qui lui donne plus d’un siècle de circulation.

Rigaud, 1881 : Surnom donné autrefois à celui qui s’appelle aujourd’hui « artiste en cheveux ».

La Rue, 1894 : Perruquier.

Virmaître, 1894 : Coiffeur perruquier. Quand le perruquier met de la poudre de riz à son client, il l’enfarine comme le merlan avant d’être mis dans la poêle à frire (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Perruquier, coiffeur.

Hayard, 1907 : Coiffeur.

France, 1907 : Coiffeur, perruquier. Ce sobriquet date de l’époque où la mode était de porter des perruques poudrées. Les perruquiers, constamment occupés à poudrer les têtes, se trouvaient enfarinés comme des merlans que l’on va frire.

M. Edmond, le coiffeur de Madame, sollicitait chaque matin l’honneur de renouveler les raies de Mademoiselle : Madeleine acceptait volontiers. Alors, le perfide merlan crêpait, embrouillait, démêlait et remêlait à plaisir l’épaisse chevelure de la jeune fille, afin d’avoir tout le temps possible de lui débuter des sornettes…

(Jules Noriac, Le Grain de sable)

Et donc, je tire mon chapeau
À ces bonnes têtes de canne,
Mais auparavant, dans leur peau,
Que l’immortalité boucane,
Un dernier coup de sarbacane !
À ces bribes, dont le merlan,
Quand ils se font coiffer, ricane,
Je veux offrir leur jour de l’An.

Miliasse

France, 1907 : Bouillie de grains de maïs.

Millerand

France, 1907 : Raisin à grains nombreux et sans pépins ; du latin mille et granum, grain.

Millet

d’Hautel, 1808 : C’est un grain de millet dans la gueule d’un âne. Se dit quand les secours que l’on donne à quelqu’un sont bien au-dessous de ses besoins.

Rossignol, 1901 : 1000 francs.

France, 1907 : Mille francs.

Millet à la bouche d’un âne (grain de)

France, 1907 : Peu de chose.

Monôme

Fustier, 1889 : Promenade qu’exécutent à Paris et à l’époque des examens, les candidats aux diverses écoles du gouvernement. Le monôme consiste à marcher l’un derrière l’autre, en file indienne. Le monôme le plus connu est celui de l’X.

France, 1907 : Sorte de file indienne qu’à certaines époques scolaires forment les collégiens ou des étudiants ; du grec monos, seul. Chacun met les deux mains sur les épaules de celui qui le précède, et l’on s’avance dans une direction convenue en chantant quelque scie d’école. Le premier en tête est désigné sous le nom d’archi-veau.
C’est une transformation de la danse antique appelée grue qui figure sur le bouclier d’Achille, dans laquelle, à l’imitation des longues files de grues volant dans l’espace, les danseurs, se tenant par la main, décrivaient des circonvolutions.

Puis, pour augmenter la migraine
Que ce vieux raseur propagea,
Le maudit palmarès égrène
Les noms de chaque lauréat ;
Et c’est long, très long, plus longs même
Encor que cela ; tour à tour
Le monôme des forts en thème
Monte les marches d’un pas lourd.

(Jacques Rédelsperger)

Monter

d’Hautel, 1808 : Monter sur les planches. Pour ; se faire comédien, histrion, batteleur.
Monter sur ses ergots. Élever la voix avec chaleur ; parler avec audace, s’emporter.
Cette fille monte en graine. Se dit d’une demoiselle qui vieillit sans se marier.
Monté comme un Saint-George. Pour dire, qu’un homme est sur un mauvais cheval.

Delvau, 1864 : Avoir un miché, et aller dans une chambré quelconque du bordel tirer un coup avec lui.

Rester ici au lieu d’aller au salon avec toutes ces dames… toujours descendre et ne jamais monter.

(Lemercier de Neuville)

Delvau, 1866 : v. n. S’emporter, se mettre en colère, — dans l’argot du peuple. Faire monter quelqu’un. L’exaspérer, l’agacer.

Rigaud, 1881 : Exciter quelqu’un à faire une chose. Il a fallu joliment le monter pour arriver à lui faire dire oui. — L’exciter contre quelqu’un. Il l’a monté contre son frère ; c’est, mot à mot : monter la tête. — Être monté, être surexcité, être très en colère.

Rigaud, 1881 : Pour monter une pièce nouvelle, la préparer, — dans le jargon du théâtre. — Est-ce qu’on monte quelque chose pour le mois prochain ?

La Rue, 1894 : S’emporter. Enflammer, surexciter.

Monter en graine

Delvau, 1866 : v. n. Vieillir, — dans l’argot des bourgeois, qui disent cela surtout à propos des filles destinées à coiffer sainte Catherine.

Rigaud, 1881 : Grandir. — Votre moutard monte en graine.

France, 1907 : Se dit d’une fille qui, ayant depuis longtemps coiffé sainte Catherine, approche de l’âge où il est difficile de trouver un mari.

Montrance

France, 1907 : Échantillons, spécimen, de quoi montrer ; patois du Centre. « La graine n’a pas levé, il n’y en a pas même montrance. »
Ostensoir où l’on expose la sainte hostie. La prière suivante est récitée par les personnes pieuses au moment de l’élévation :

J’y vois la rose, j’y vois la fleur,
J’y vois la montrance du Seigneur.

N-i-ni, c’est fini

France, 1907 : Formule négative familière.

— Je sais à quoi m’en tenir à ce sujet : chatte échaudée craint l’eau chaude… Je l’ai entendue assez souvent, cette « romance à Madame », et je m’y suis laissé assez pincer. Mais n-i-ni, c’est fini. — Si tu veux arriver jusqu’à ma chambre à coucher, mon bel ami, il faire en demander la clef au maire de mon arrondissement. Pas de mariage, pas de Suissesse !

(Alfred Delvau, Le Fumier d’Ennius)

Le langage des armées républicaines n’avait aucun rapport avec celui des salons, ainsi qu’on peut en juger par ce billet que le général Flavigny adressa à Bonaparte en 1796 :

Citoyen général,
Tes lapins manquent de pain ;
Pas de pain, pas de lapins,
Pas de lapins, pas de victoires.
Ainsi donc, veille au grain,
Et n…i…ni,
C’est fini !

Nabette

France, 1907 : Espèce de chou dont on fait de l’huile avec la graine. On dit aussi nabin.

Nage toujours et ne t’y fie pas

France, 1907 : Sois toujours prudent dans tes entreprises. Va quand même, mais veille au grain. Les Anglais ont le même dicton : No safe wading in unknown waters. « Rien de sûr dans des eaux inconnues. » Les Espagnols plus prudents encore disent : Chi non vede il fondo, non passa l’acqua. « Qui ne voit pas le fond, ne doit pas passer l’eau. » C’est pousser la prudence à ses dernières limites.

Nourrisson

Fustier, 1889 : Argot des employés de la Banque de France qui désignent ainsi le négociant gêné qui ne demande que du temps pour rétablir son crédit et auquel un banquier a prêté de l’argent.

Rossignol, 1901 : C’est un diamant que l’ouvrier sertisseur engraisse au dépend de son patron ou des clients. Il achète un diamant du poids d’un grain et même plus petit ; lorsque l’occasion s’en présente il met son diamant à la place d’un autre plus gros et de plus belle eau qu’on lui donne à monter. Cela renouvèle souvent, son nourrisson d’un grain finit par engraisser et peser un carat et quelquefois plus.

Oncle

d’Hautel, 1808 : Des contes à Robert mon oncle. Des contes en l’air, des bourdes, des gausses.

Ansiaume, 1821 : Concierge de prison.

Mon oncle est un lofia : tandis qu’il roupille, on rivauche ma tante.

Vidocq, 1837 : s. m. — Concierge de prison.

Larchey, 1865 : Où prendras-tu de l’argent ? dit elle. — Chez mon oncle, répondit Raoul. — Florine connaissait l’oncle de Raoul. Ce mot symbolisait l’usure, comme dans la langue populaire ma tante signifie le prêt sur gage.

(Balzac)

Delvau, 1866 : s. m. Guichetier, — dans le même argot [des voleurs].

Delvau, 1866 : s. m. Usurier, — dans l’argot des fils de famille, qui ont voulu marier leur tante à quelqu’un.

Rigaud, 1881 : Concierge de prison. Sous les verrous, les voleurs, qui ont de l’imagination, s’assimilent aux objets mis en gage. La prison pour eux est comme un Mont-de-Piété, tante, où ils sont accrochés. Celui qui garde la porte de ma tante, devient le mari de ma tante « mon oncle ». Au XVIIe siècle « oncle » désignait un usurier. — Avoir un oncle sur la planche, être héritier d’un oncle. — Manger son oncle, manger l’héritage laissé par son oncle. — Rubis sur l’oncle, calembour par à peu près pour dire qu’il ne reste plus rien de l’héritage avunculaire.

La Rue, 1894 : Guichetier. Usurier.

Virmaître, 1894 : Le guichetier qui garde la première porte d’entrée d’une prison. Je ne vois pas trop pourquoi on l’appelle mon oncle car il n’a guère de tendresse pour les visiteurs, à moins que ce ne soit un à peu près. Quand on va au clou, mon oncle prend soin dos objets déposés (Argot des prisons).

Hayard, 1907 : Guichetier de prison.

France, 1907 : Guichetier.

France, 1907 : Usurier. « Ce mot, dit Balzac, symbolise l’usure, comme dans la langue populaire ma tante signifie le prêt sur gage. » Il est a noter que les Anglais emploient le même mot pour désigner le prêteur sur gages. Dans l’argot des voleurs, oncle est synonyme de joaillier ; onclesse, femme du joaillier.
Disons en passant que notre institution le Mont-de-Piété n’a aucun rapport avec une montagne, Mont vient de l’italien monte, qui signitie amas, masse, pile de fonds et, par extension, banque, c’est-à-dire, en ce cas, banque de piété, monte di pieta. Le premier mont-de-piété établi à Paris date de 1777. Mais, dès 1468, on établit à Rome des établissements de prêts sur gage pour combattre les prêts usuraires et les honteuses extorsions des juifs. Ils furent appelés monti di pieta. Il existe également en Italie nombre d’endroits où l’on fait des avances de grains et qu’on appelle monti di grano.

Orine

France, 1907 : Espèce, origine. Mettre en orine, fournir les éléments d’une chose.
« Je l’ai mis en orine de bonnes salades », pour : Je lui ai donné des graines de bonnes espèces qu’il n’avait pas. Du latin origo.

(Glossaire du Centre)

Ornie de balle

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Poule d’Inde.

Vidocq, 1837 : s. f. — Poule d’Inde.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Halbert, 1849 : Poule d’Inde.

Delvau, 1866 : s. f. Dinde, — « à cause de la balle d’avoine dans laquelle elle est forcée de chercher sa nourriture, le grain étant réservé aux autres habitants de la basse-cour. »

Virmaître, 1894 : Dindon. (Argot des voleurs).

France, 1907 : Dinde, appelée ainsi à cause de la balle d’avoine dans laquelle elle cherche sa nourriture, le grain étant réservé aux autres volatiles.

Os (à bon chien n’échet bon)

France, 1907 : Dicton plein d’amertume et qui malheureusement est trop souvent vrai, car il se rencontre chez tous les peuples. « Toutes les règles peuvent varier, dit Sydney Smith, mis celle-ci est la seule que vous trouverez sans exception, dans ce monde, la rétribution ou la récompense est toujours en raison inverse des devoirs accomplis. » Luck in all, chance dans tout, disent les Anglais. Et ils ajoutent :

The more rogue the more luck.
The devil’s children have the devil’s luck.

« Plus on est coquin, plus on a de chance. Les enfants du diable ont la chance du diable. »
Le plus mauvais cochon attrape le meilleur grain (al mas rum puerco la mejor bellota), disent les Espagnols.
C’est la transformation du vieil adage latin : Fortuna favet fatuis, « la fortune est favorable aux sots ». Les Allemands disent : « La fortune et les femmes aiment les fous » (Glück und Weiber haben die Narren lieb).

Paigraine

Ansiaume, 1821 : Faim.

Il a souvent la visite de la paigraine.

Particulière

Larchey, 1865 : Fille suspecte.

Les mauvaises têtes du quartier qui tiraient la savate pour les particulières de la rue d’Angoulême.

(Ricard)

Voilà qu’un mouchard m’amène une particulière assez gentille.

(Vidal, 1833)

Larchey, 1865 : Maîtresse.

Ce terme, si trivial en apparence, appartient à la galanterie la plus raffinée et remonte aux bergers du Lignon. On lit à chaque instant dans l’Astrée : Particulariser une dame, en faire sa particulière dame, pour lui adresser ses hommages. Ces locutions ont sans doute été transmises par le Secrétaire des amants à nos soldats, qui n’ont fait que les abréger.

(Laveaux)

Dans l’armée, particulier et particulière sont synonymes de bourgeois et bourgeoise.

Delvau, 1866 : s. f. Maîtresse, bonne amie, — dans l’argot des troupiers. D’après Laveaux, cette expression remonterait aux bergers du Lignon, c’est-à-dire au XVIIe siècle. « On lit à chaque instant dans l’Astrée : Particulariser une dame, en faire sa particulière dame, pour lui adresser des hommages. Ces locutions ont sans doute été transmises par le Secrétaire des Amants à nos soldats, qui n’ont fait que les abréger. »

Fustier, 1889 : Femme légitime. Argot du peuple. Trimballer sa particulière, promener son épouse.

France, 1907 : Maîtresse, femme, fille ; argot de troupier. D’après Laveaux, cette expression remonterait aux bergers de Lignon, c’est-à-dire au XVIIe siècle. « On lit à chaque instant dans l’Astrée : Particulariser une dame, en faire sa particulière dame, pour lui adresser des hommages. Ces locutions ont sans doute été transmises par le Secrétaire des amants à nos soldats, qui n’ont fait que les abréger. »

(A. Delvau)

— Eh ben ! que répondit La Ramée, sans vous commander, mon colonel, je voudrais censément faire une connaissance.
Il n’avait pas plutôt fini de parler, qu’il vit sortir d’un buisson deux particulières comme il n’en avait même jamais vu et qu’il n’y a pas un officier qui puisse se vanter d’en avoir jamais eu une de ce calibre.

(Jules Noriac, Un grain de sable)

Pas la graine

France, 1907 : Point du tout ; patois poitevin. « Il ne m’aime pas la graine. » « As-tu mangé aujourd’hui ? — Pas la graine. » Rabelais emploie grain au lieu de graine.

— Tu as assez crié pour boyre. Tes prières sont exaulcées de Jupiter. Reguarde laquelle de ces trois est ta coingnée et l’emporte. — Couillatris sublieve la coingnée d’or, il la reguarde et la trouve bien poisante : puys dict à Mercure : Marmes, ceste cy n’est mie la mienne. Je n’en veulx grain

(Pantagruel, livre IV, Nouveau Prologue)

Pégraine

un détenu, 1846 : Misère.

Delvau, 1866 : s. f. Faim, — dans l’argot des vagabonds et des voleurs. À proprement parler, cela signifie, non qu’on n’a rien du tout à manger, mais bien qu’on n’a pas trop de quoi, — une nuance importante. Caner la pégraine. Mourir de faim.

France, 1907 : Faim. Voir Pégrenne.

Pelotage

Rigaud, 1881 : Flatterie. — Lascif égarement des mains. « À bas les pattes, pas de pelotage, ça porte malheur ! » ont l’habitude de dire les demoiselles qui n’ont pas celle de se laisser séduire par de belles paroles.

France, 1907 : Action de tâter, de caresser les rondeurs d’une fille où d’une femme. « Il y a du pelolage », se dit d’une personne dodue.

Les pelolages de la Russie ont fini de nous abrutir : l’Orient a déteint sur nos tronches ! Or, comme dans les patelins asiatiques la vie humaine ne pèse pas plus qu’un grain de sable et qu’en fait de liberté y à peau de zébi, on s’accoutume à chérir l’esclavage et à considérer notre carcasse comme étant un ustensile dont les puissances usent et abusent.

(Le Père Peinard)

Phénix est la femme oisive et sage

France, 1907 : Ce dicton, tiré d’une maxime de Pythagore, corrobore cet autre parfaitement vrai que « l’oisiveté est la mère de tous les vices », car une honnête femme n’est jamais oisive. « Femme qui ennuy file, disaient nos pères, (femme désœuvrée) porte chemise vile. » Et encore : « Fille oisive, au mal est pensive. » On appelle phénix une chose rare, extraordinaire ; un sonnet sans défaut, comme disait Boileau, et la femme en question, plus rare encore à trouver que le susdit sonnet.
Le phénix était un oiseau fabuleux adoré par les Égyptiens. Ils le figuraient de la grandeur d’un aigle, la tête surmontée d’une huppe. Il n’y en avait jamais qu’un à la fois et toujours le même, car après avoir vécu 500 ans il volait sur les bords du Nil, se préparait un nid de plantes aromatiques qu’il exposait au soleil, l’allumait lui-même en battant des ailes, se posait dessus et se consumait. Mais de ces cendres naissait un ver qui se transformait peu à peu en un phénix semblable au premier. Ovide, dans ses Métamorphoses, raconte tout cela et fort sérieusement. Hérodote est le premier écrivain qui ait parlé du phénix. Sous ces fables ridicules se cachait le symbole de l’immortalité de l’âme.
C. de Méry a donné en vers la traduction d’Ovide :

Un oiseau merveilleux, unique dans le monde,
Ressuscite et renait de sa cendre féconde ;
C’est le phénix. Nourri dans des bois odorans
Et des sucs de l’amour et des pleurs de l’encens,
Il dédaigne du grain la pâture grossière.
Après cinq cents étés, terme de sa carrière,
Au sommet d’un palmier, à l’aide de son bec,
Il se bâtit un nid, ramasse du bois sec,
Y joint l’épi du nard, la myrrhe, la cannelle.
Couché sur ce bûcher, où la flamme étincelle,
Il meurt dans les parfums : sa tombe est son berceau.
Du phénix qui n’est plus, naît un phénix nouveau,
Qui vit cinq cents étés, et qui meurt pour revivre,
Quand l’âge à son essor a permis qu’il se livre,
De son nid suspendu dégageant le rameau,
Il l’enlève, et, chargé de ce pieux fardeau,
Au temple où du soleil on admire l’image,
Des cendres de son père il apporte l’hommage.

Picolo

France, 1907 : Petit vin suret.

Les sales charognes qui trouvent le joint d’utiliser les progrès de la chimie pour fabriquer vinaigres et vins sans y foutre un grain de raisin, empoisonnent le populo qui n’a pas les moyens de s’offrir du picolo nature — et s’enrichissent vivement.
Car foutre, c’est à remarquer : les plus grands bandits, les plus grands assassins, sont — dans la société actuelle — les mieux cotés et les plus riches.

(Le Père Peinard)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique