Hayard, 1907 : Arrêter, aborder quelqu’un.
Accrocher, agrafer, amarrer
Agrafe
Rigaud, 1881 : Main. — Serrer les agrafes, serrer les mains.
France, 1907 : Main.
Agrafer
Larchey, 1865 : Arrêter.
Le premier rousse qui se présentera pour m’agrafer.
(Canler)
Agrafer : Consigner. Même sens qu’accrocher.
J’ai jeté la clarinette par terre, et il m’a agrafé pour huit jours.
(Vidal, 1833)
Delvau, 1866 : v. a. Arrêter, consigner. Argot des soldats et du peuple. Se faire agrafer, Se laisser prendre.
Fustier, 1889 : Indépendamment du sens de arrêter, consigner, donné par Delvau et ses continuateurs, agrafer signifie aussi prendre, voler.
C’est clair et net, vois-tu, comme les jaunets que tu as négligé d’agrafer cette nuit-là.
(Belot et Dantin, Le Parricide)
La Rue, 1894 : Arrêter.
France, 1907 : Arrêter. Se faire agrafer, se laisser prendre. (Delvau)
Agrafer, agriffer
Rigaud, 1881 : Arrêter. Dérivé de griper, prendre avec avidité, agriper et agraper.
Clarinette
d’Hautel, 1808 : Pour dire fusil.
Prendre la clarinette de cinq pieds. Signifie se faire soldat ; entrer au service militaire ; s’enrôler.
un détenu, 1846 : Fusil.
Larchey, 1865 : Fusil de munition. — V. Agrafer, Toile.
Quant au fantassin, il est obligé de porter un fusil de quatorze livres, aimable clarinette de cinq pieds.
(Vidal, 1833)
La Rue, 1894 : Fusil.
France, 1907 : Fusil d’infanterie, appelé plus communément clarinette de cinq pieds.
Dégrafée
Hayard, 1907 : Prostituée élégante.
France, 1907 : Jeune personne de mœurs plus que légères.
Chez une de nos dégrafées :
Après déjeuner, le vieux baron de X… ayant trop présumé de ses forces, s’affale tout à coup sur le canapé, pris d’une syncope.
La belle, effrayée, sonne et dit à sa camériste qui accourt :
— Des sels, vite, des sels !
Le vieux, se remettant un peu et entr’ouvrant péniblement un œil :
— Non, du poivre, plutôt !
(Ange Pitou)
Deux dégrafées de haute marque parlent chacune de son seigneur et maître avec une égale désinvolture.
— Il est très gentil le baron, mais il m’embête.
— Comme le comte, alors !
— Dame ! Il est toujours sur mon dos.
— Moi, c’est le contraire !
(Gil Blas)
Dégraffer
d’Hautel, 1808 : Détacher une agraffe. Le peuple dit par corruption désagraffer.
Égraffigner
Delvau, 1866 : v. a. Égratigner, — dans l’argot du peuple.
France, 1907 : Égratigner.
Graffagnade
Rigaud, 1881 : Commerce de mauvais tableaux. — Tableau de commerce, — dans le jargon des marchands de bric-à-brac.
Graffigner
Delvau, 1866 : v. a. et n. Saisir, prendre, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi Égratigner.
France, 1907 : Égratigner, griffer.
France, 1907 : Saisir.
Graffignure
France, 1907 : Égratignure.
Graffin
Delvau, 1866 : s. m. Chiffonnier.
France, 1907 : Chiffonier.
Graffouillat
France, 1907 : Personne qui se mêle de tout.
Grafignade
France, 1907 : Mauvais tableau ; du provençal grafignade, gribouillage.
Grafin
Rigaud, 1881 : Chiffonnier ; par allusion au crochet qui agrafe les épaves échouées le long des trottoirs.
Grafion
France, 1907 : Espèce de cerise.
Piper
d’Hautel, 1808 : Pour tromper, filouter, escroquer.
Larchey, 1865 : Fumer la pipe.
Il me semble qu’on a pipé ici.
(Gavarni)
Delvau, 1866 : v. n. Fumer la pipe ou le cigare.
Rigaud, 1881 : Fumer la pipe, le cigare ou la cigarette. — Piper, comme un Turc, fumer beaucoup.
Rossignol, 1901 : Fumer.
France, 1907 : Boire à l’aide d’un tuyau de paille.
On pipait là des cock-tails, on sablait du dry, on se coulait des whisky, des gin et des gingember bier. Des femmes nanties d’une rencontre sirotaient des limonades en faisant les accords, subtilisaient des grogs ou s’empiffraient de sandwichs arrosés d’ale et de stout.
(Camille Lemonnier)
France, 1907 : Fumer ; argot populaire.
— Il me semble qu’on a pipé ici.
(Gavarni)
Aussitôt que la ténèbre
Vient dédorer nos coteaux,
Ce gouvernement funèbre
S’occupe de nos complots.
Certes, personne ne pipe
Non plus que s’il était mort
Ou que s’il funait sa pipe.
(Raoul Ponchon)
France, 1907 : Prendre, emprisonner, attraper. Piper un pègre, attraper un voleur. Les synonymes sont nombreux et montrent quelle importance l’action de piper joue dans le monde des coquins : accrocher, agrafer, boucler, coquer, colliger, coltiner, enflaquer, enfourailler, empoigner, emballer, empiauler, encoffrer, encager, enchtiber, enfourner, fourrer dedans, faire tomber malade, fabriquer, grincer, grappiner, gripper ; mettre dedans, à l’ombre, au violon ; mettre le grappin, poisser, poser un gluau, ramasser, souffler, etc.
France, 1907 : Souffler. Ne s’emploie que dans cette expression : ne pas piper mot.
Seulement, tandis que les Orientaux ont réglementé et endigué la polygamie, — cette excellente polygamie qui a l’avantage de substituer l’émulation à la jalousie, — nous, plus hypocrites et en même temps plus roublards, nous n’en avons pipé mot et lui avons laissé carte blanche.
(Albert Cim, Demoiselles à marier)
Ces individualités, prisonnières elles-mêmes du groupe qu’elles dirigent, s’habituent, en un rien de temps, à ne voir dans la vie nationale que le conflit organisé de groupes arbitrairement constitués, sur des programmes où il n’est souvent pas pipé mot de ce qui touche le plus aux intérêts de la nation.
(Nestor, Gil Blas)
France, 1907 : Tromper, attirer dans un piège, allusion au pipeau à l’aide duquel l’oiseleur attire ses victimes dans ses gluaux.
Portefeuille
Delvau, 1866 : s. m. Lit, — dans l’argot des faubouriens, qui font allusion aux différentes épaisseurs formées par les couvertures et les draps. S’insérer dans le portefeuille. Se coucher.
Rigaud, 1881 : Lit. C’est là que l’homme serre ce qu’il a de plus précieux : sa personne. — S’insinuer, se fourrer dans le portefeuille, se coucher.
J’ souffre moins comme ça, voyez-vous, parc’que, quand j’ suis étendu dans le portefeuille, je m’ sens à tout’ minute prêt à suffoquer.
(A. Antier, L’Agrafe, act. I sc. 1 1837)
Virmaître, 1894 : Le lit.
— Je vais me fourrer dans mon portefeuille.
Allusion de forme (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 / France, 1907 : Lit.
France, 1907 : Nom par lequel le voleur au chloroforme désigne la victime qu’il a choisie parce qu’il lui suppose un portefeuille bien garni.
Il monte en wagon avec le portefeuille et engage adroitement la conversation.
(Gustave Macé, Un Joli Monde)
Rasta
France, 1907 : Abréviation de rastaquouère ; c’est au degré au-dessous. Un article de la Vie parisienne le décrit ainsi :
Cet échantillon grotesque et parfaitement désagréable arrive plus souvent de n’importe où que du Pérou ou de la République Argentine. Ce qui le caractérise, c’est la trivialité, la piètre éducation, le snobisme, la prétention, le mauvais goût, la fausse opulence, l’absence complète de scrupules sur les moyens à employer pour épater les populations et pour asseoir son crédit.
Il est insinuant, encombrant, bruyant et parfois fort insolent, à son insu. Il est mis comme une gravure de modes, avec des gilets verts et des cravates sang de bœuf ; couvert de bijoux qui tirent l’œil et imprégné d’une morgue de pacotille sentant son commis voyageur d’une lieue, qui cache imparfaitement un fond de bassesse et de servilité.
Dans les salons, où il va peu, ayant de la peine à s’y faire admettre et s’y trouvant, d’ailleurs, par trop dépaysé, il cherche, avec une énervante insistance, à se faufiler dans les bonnes grâces des gens bien posés ; poursuivant dans tous les coins les malheureux et les malheureuses qu’il suppose en situation de lui procurer du relief, se collant aux imprudents qui lui adressent la parole, se donnant avec eux des airs l’intimité compromettants, les blaguant lourdement et à haute voix, mettant perpétuellement les pieds dans le plat. Il va sans dire qu’il est constellé de décorations invraisemblables, dont il serait les trois quarts du temps fort embarrassé d’indiquer la provenance.
Mais où le rasta opère de préférence, c’est au dehors : dans les restaurants à la mode, dans les tripots achalandés, dans les théâtres en vogue, dans l’enceinte du pesage, à Auteuil ou à Longchamps ; chez les dégrafées de grande envergure. Là il se carre, se met en avant, fast du chic, du vacarme, de la mise en scène ; attire l’attention des imbéciles et assomme les autres. On ne peut aller nulle part sans le trouver sur son chemin, sans qu’il vous obsède de sou outrecuidance et vous empoisonne l’existence.
Parasite insupportable qui vit, au bout du compte, à nos dépens, sans nous amuser le moins du monde, sans nous en donner pour notre argent ; qui contribue à renchérir la vie des vrais Parisiens, à pervertir le goût des badauds, à fausser toutes les notions sur l’élégance et qui fait planer sur Paris, par instants et par places, quelque chose de l’aspect d’une ville d’eaux interlope, d’un immense bastringue international.
Rebloquer
Ansiaume, 1821 : Revendre.
Il faut rebloquer les agraffes en cé pour avoir du carle.
Rigolos
France, 1907 : Petits objets en carton représentant des animaux plus ou moins fantaisistes que l’on accrochait dans le dos des passants aux jours de carnaval, ce qui était en effet très rigolo, excepté pour les victimes de ces facéties, car les petites agrafes d’acier de ces figures de carton déchiraient les vêtements. La prélecture de police fit interdire les rigolos.
Rousse, roussins
Larchey, 1865 : Police, agents de police. — Du vieux mot rouchin : rosse, mauvais cheval. V. Roquefort. — Rousse est une abréviation. — V. Butter, Agrafer, Cambrouse.
C’était l’agent de change que suivaient les roussins.
(Vidocq)
Ils croient voir partout la rousse.
(Paillet)
À quoi penses-tu ? tu bois avec des rousses.
(Chenu)
Troussière
France, 1907 : Mouchoir. On appelait ainsi l’agrafe qui servait à relever la robe des femmes.
Mais entre les autres j’y vis
Dont une y donna un bréviaire ;
Et l’autre un calice à devis ;
Et sa dame une cordelière,
Pour lui faire une troussouère.
(J. Molinet)
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