Rigaud, 1881 : Bouche, du vieux mot goule, gueule. — Se caresser l’angoulème, faire bonne chère.
Virmaître, 1894 : La bouche (Argot des voleurs). V. Affamée.
Angoulème
Rigaud, 1881 : Bouche, du vieux mot goule, gueule. — Se caresser l’angoulème, faire bonne chère.
Virmaître, 1894 : La bouche (Argot des voleurs). V. Affamée.
Angoulême
Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Bouche.
Delvau, 1866 : s. f. La bouche — dans l’argot des voleurs, qui ont emprunté ce mot à l’argot du peuple, par corruption du verbe français engouler, avaler, et non, comme le voudrait M. Francisque Michel, par une allusion plus ou moins ingénieuse et plus ou moins fondée à la réputation de goinfrerie de la capitale de l’Angoumois.
La Rue, 1894 : Bouche.
France, 1907 : La bouche, argot des voleurs ; imitation du vieux mot français engouler, mettre en goule, dont nous avons fait gueule, goulu, goulafre, gueuleton. Se caresser l’angoulême, manger et boire.
Angoulême (l’)
anon., 1827 / Halbert, 1849 : La bouche.
Argoulet
d’Hautel, 1808 : Un pauvre argoulet. Terme de mépris ; homme obscur et de néant ; chevalier d’industrie ; pauvre hère.
Avaloir
d’Hautel, 1808 : Pour gorge, gosier ; ce que le peuple appelle-, plus plaisamment encore, Vallée d’Angoulême, Vallée de Josaphat.
Vidocq, 1837 : s. m. — Gosier.
Larchey, 1865 : Gosier (Vidocq). — Inutile d’insister sur l’origine du mot. On voit que le gosier est ici dans l’exercice de ses fonctions.
Delvau, 1866 : s. m., ou Avaloire, s. f. Le gosier, — dans l’argot des faubouriens, dont les pères ont chanté :
Lorsque la cruelle Atropos
Aura tranché mon avaloire,
Qu’on dise une chanson à boire !
La Rue, 1894 : Gosier.
Virmaître, 1894 : La gorge. Elle avale tout en effet (Argot du peuple). V. Dalle.
Rossignol, 1901 : La gorge.
France, 1907 : Le gosier.
Bagou
Larchey, 1865 : « Ce mot, qui désignait autrefois l’esprit de répartie stéréotypée, a été détrôné par le mot blague. »
(Balzac)
Bagou, Bague : Nom propre (Vidocq). Du vieux mot bagouler : parler. V. Lacombe.
Rigaud, 1881 : Facilité d’élocution pour ne rien dire, éloquence factice qui en impose aux sots. Les charlatans ont du bagou, soit qu’ils parlent sur la place publique, soit qu’ils débitent leurs boniments du haut d’une tribune. Le bagou n’est que la fausse monnaie du véritable esprit de repartie. Il a été détrôné par sa sœur la blague.
La Rue, 1894 : Bavardage plein de hardiesse et d’effronterie.
France, 1907 : Bavardage, platine. La belle avait un fameux bagou.
Bagouler
Halbert, 1849 : Nommer.
France, 1907 : Bavarder.
Bêler
d’Hautel, 1808 : Brebis qui bêle, perd sa goulée. Signifie qu’il ne faut pas trop s’amuser lorsqu’on dîne à table d’hôte, ou qu’une occasion favorable est bientôt échappée, si l’on ne se hâte de mettre le temps à profit.
La brebis bêle toujours d’une même manière. Pour dire qu’on ne change guères les impressions qu’on a reçues de la nature.
Cagoux, archi-suppôt de l’argot
Vidocq, 1837 : S’il faut croire les historiens du temps, et particulièrement Sauval, le royaume argotique était mieux organisé que beaucoup d’autres, car le grand Coësré n’accordait les dignités de l’empire qu’à ceux de ses sujets qui s’en étaient montrés dignes, soit par leurs capacités, soit par les services qu’ils avaient rendus ; aussi n’était-ce que très-difficilement que les argotiers obtenaient le titre de Cagoux, ou Archi-Suppôt de l’Argot.
Les Cagoux étaient, pour la plupart, des écoliers chassés des divers collèges de Paris, des moines qui avaient jeté le froc aux orties, et des prêtres débauchés. Le nom de Cagoux vient probablement de la cagoule, espèce de capuchon adapté à leur juste-au-corps, et dont ils avaient l’habitude de se couvrir la tête lorsqu’ils ne voulaient pas être connus.
Les Cagoux se faisaient passer pour des personnes de condition ruinées par quelque malheur imprévu, et leur éloquence leur donnait les moyens d’extorquer aux bonnes âmes des aumônes quelquefois considérables.
Les Cagoux étaient chargés, par le grand Coësré, de la conduite des novices, auxquels ils devaient apprendre le langage argotique et les diverses ruses du métier d’argotier.
Ce n’était qu’après un noviciat de quelques semaines, durant lesquelles il était rudement battu, afin que son corps se fit aux coups, que le novice était admis à fournir aux argotiers réunis sous la présidence de leur monarque, le premier des deux chefs-d’œuvre qui devaient lui valoir l’accolade fraternelle ; à cet effet, une longue corde, à laquelle étaient attachées une bourse et une multitude de petites clochettes, descendait du plafond d’une vaste salle ; le novice, les yeux bandés, et se tenant seulement sur une jambe, devait tourner autour de la corde et couper la bourse, sans que les clochettes tintassent ; s’il réussissait, il était admis à faire le second chef-d’œuvre ; dans le cas contraire, il était roué de coups et remis aux Cagoux jusqu’à ce qu’il fût devenu plus adroit.
Le lendemain les Cagoux accompagnaient dans un lieu de réunion publique celui qui était sorti victorieux de la première épreuve, et lorsqu’ils avaient avisé un bourgeois portant, suivant la coutume du temps, sa bourse suspendue à sa ceinture, ils lui ordonnaient d’aller la couper ; puis, s’adressant à ceux qui se trouvaient là : Voilà, disaient-ils, un homme qui va voler la bourse de ce bourgeois, ce qui avait lieu en effet. Le pauvre novice alors était encore battu, non-seulement par les spectateurs désintéressés, mais encore par ses compagnons, qui, cependant, trouvaient le moyen de protéger sa fuite lorsqu’à la faveur du tumulte qu’ils avaient fait naître, ils avaient fait une ample moisson dans les poches des bons habitans de Paris. (Voir le premier volume de l’excellent roman de Victor Hugo, Notre-Dame de Paris.)
Canal
d’Hautel, 1808 : Il n’est pas mal, pour mettre dans le canal. Quolibet trivial et populaire qui se dit d’un homme laid, difforme et d’une grande prétention ; d’un fat dénué des connoisąnces nécessaires à son emploi, ou qui veut prendre des airs au-dessus de sa condition.
Le canal d’Angoulême. Pour dire le gosier, la gorge.
Pour faire entendre qu’un homme s’est ruiné par intempérance et sensualité, on dit que : Toute sa fortune est passée par le canal d’Angoulême.
Delvau, 1864 : Le membre viril, qui est en effet le canal du bonheur — pour les femmes. Quel dommage qu’on soit forcé de le faire draguer si souvent par les chirurgiens !
Par le canal de son amant
Le bien qui arrive en dormant.
(Collé)
Casser
d’Hautel, 1808 : Se casser le ventre. Terme badin et militaire ; se passer de dîner, ou de manger aux heures accoutumées.
Casser les vitres. Signifie ne plus garder de mesures dans une affaire ; en venir aux gros mots, aux termes injurieux.
Je t’en casse, Minette. Manière badine et plaisante de parler, qui signifie, ce n’est pas pour toi ; tu n’auras rien de ce que tu demandes.
Il est cassé aux gages. Pour, il est tombé en défaveur en disgrace. Se dit aussi d’un domestique que l’on a congédié.
Se casser le cou ou le nez. Se blouser dans des spéculations, dans une affaire ; faire un faux calcul.
Qui casse les verres les paye. Vieille maxime, fort peu mise à exécution ; car la plupart du temps ceux qui cassent les verres ne sont pas ceux qui les payent.
Elle a cassé ses œufs. Manière basse et triviale de dire qu’une femme a fait une fausse couche.
Vidocq, 1837 : v. a. — Couper.
un détenu, 1846 : Rompre. Casser sa canne : rompre son ban. Casser sur quelqu’un : révéler.
Delvau, 1866 : v. a. Couper, — dans l’argot des voyous.
Delvau, 1866 : v. n. Mourir, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Chiffonner un sac de bonbons en le préparant, — dans le jargon des confiseurs.
Rigaud, 1881 : Dire du mal, par abréviation de casser du sucre.
Rigaud, 1881 : Frapper, battre. — Je te vas casser. — Casser la gueule, casser la margoulette, casser la figure.
Rigaud, 1881 : Manger. Le mot date du XVIIIe siècle. On dit, dans le langage courant : « Casser une croûte », pour manger un morceau. — Casser le cou à un lapin, manger un lapin.
La Rue, 1894 : Mourir. Dénoncer. Manger. Se la casser, se sauver.
Rossignol, 1901 : Dire, avouer. Un détenu qui a fait des aveux a cassé. Dire une chose est casser.
Il me l’a dit, il me l’a cassé.
France, 1907 : Le verbe a de nombreuses significations : manger, dénoncer, avouer, couper, mourir.
— Voyons, Nib, pas tant de magnes !… On vous dit qu’on n’est pas des assassins… si vous faites du mal à la petite môme…. tant pis pour vous, nous casserons…
(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris)
Charlot
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Le bourreau.
Bras-de-Fer, 1829 : Bourreau.
Vidocq, 1837 : s. m. — Bourreau.
M.D., 1844 / Halbert, 1849 : Le bourreau.
Larchey, 1865 : « Le peuple et le monde des prisons appellent ainsi l’exécuteur des hautes œuvres de Paris. » — Balzac.
Allez, monsieur le beau, Que Charlot vous endorme ! Tirez d’ici, meuble du Châtelet.
(Vadé, 1788)
V. Garçon.
Delvau, 1866 : L’exécuteur des hautes œuvres, — dans l’argot du peuple. Le mot est antérieur à 1789. Soubrettes de Charlot. Les valets du bourreau, chargés de faire la toilette du condamné à mort. Les Anglais disent de même Ketch ou Jack Ketch, — quoique Monsieur de Londres s’appelle Calcraft.
La Rue, 1894 : Le bourreau. Voleur.
Virmaître, 1894 : Le bourreau (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Le bourreau.
Rossignol, 1901 : Roué, malin, méfiant.
Il n’est pas facile de le tromper, il est Charlot.
Hayard, 1907 : Le bourreau.
France, 1907 : Celui qui coupe les têtes, le bourreau, que M. de Maistre appelait « la pierre angulaire de la société ».
— Charlot d’un côté, le sanglier de l’autre, et des marchands de lacets derrière, ce n’est pas déjà si réjouissant d’aller faire des abreuvoirs à mouches.
(Marc Mario, Vidocq)
Autrefois on disait : Charlot casse-bras, allusion à l’exécuteur du « bon vieux temps » qui cassait sur une roue les bras du condamné.
Soubrettes de Charlot, aides du bourreau qui font la toilette du condamné.
France, 1907 : Malin. Depuis le livre célèbre de Paul Bonnetain : Charlot s’amuse, on donne ce nom aux individus possédés de la honteuse passion attribuée au duc d’Angoulême.
France, 1907 : Voleur. Charlot bon drille, un voleur bon garçon.
Côté cour, côté jardin
Rigaud, 1881 : Côté cour, les coulisses à la droite du spectateur, côté jardin, les coulisses de gauche.
Autrefois, et jusqu’à Louis XVIII, on désignait ces mêmes côtés par les noms de côté de la Reine et côté du Roi. Le duc d’Angoulême, traversant la scène pour se rendre à sa loge, entendit un ordre que donnait, à ses hommes d’équipe, le chef machiniste : Chargez le Roi, disait celui-ci : Appuyez sur la Reine. Le lendemain, sur l’ordre du duc, on baptisa côté cour le côté qui donnait sur la cour des Tuileries et côté jardin celui qui donnait sur le jardin.
(E. Montagne, Le Manteau d’Arlequin)
France, 1907 : Coulisses de droite et coulisses de gauche, c’est-à-dire le côté droit et le côté gauche de la scène.
Cul
d’Hautel, 1808 : Vos raisons n’ont ni cul ni tête. Pour dire sont pitoyables ; n’ont pas le sens commun.
Un petit bas-du-cul. Se dit par ironie d’un bambin, d’un homme extrêmement petit, qui se carre et fait le fanfaron
Pour vivre long-temps, il faut donner à son cul vent. Dicton facétieux et populaire, qui se dit en plaisantant, et par manière d’excuse, lorsqu’il est échappé quelqu’incongruité.
Avoir le cul nu et les manches de même. Phrase triviale et bouffonne qui signifie être à peine vêtu ; être dans l’indigence la plus honteuse.
Retirer son cul de la presse. Se retirer d’une mauvaise affaire ; d’un embarras où l’on étoit engagé.
Il perdroit son cul s’il ne tenoit. Se dit d’un étourdi ; d’un homme peu soigneux de ses affaires ; d’un joueur malheureux.
On dit d’un peureux, d’un poltron, qu’on lui boucheroit le cul d’un grain de millet ; et bassement d’une personne pour laquelle on n’a aucune considération, aucun respect, qu’On l’a dans le cul.
Être à cul. Être interdit ; confus ; n’avoir plus de ressource ; avoir dissipé tout ce qu’on possédoit.
Elles ne font plus qu’un cul et qu’une chemise. Se dit de deux personnes qui sont devenues intimes et familières ; qui sont continuellement en semble.
Tirer le cul en arrière. Avoir de la peine à se résoudre à quelque chose.
Il est demeuré entre deux selles le cul par terre. Se dit d’une personne qui, faute d’opter entre plusieurs affaires avantageuses qui se présentoient, les a toutes manquées ; de quelqu’un qui se trouve sans emploi.
Brûler le cul. Se retirer sans mot dire, d’une compagnie ; se sauver furtivement d’un endroit où l’on étoit retenu malgré soi.
Montrer le cul dans une affaire. S’en retirer avant de l’avoir achevée ; faire le poltron ; abandonner une affaire que l’on avoit entreprise avec éclat, et avant qu’elle soit achevée.
Elle est laide comme un cul. Manière excessivement grossière de dire qu’une personne est laide à faire peur ; qu’elle est hideuse.
Cul rompu. Nom injurieux que les jeunes soldats entr’eux, donnent aux vieux invalides qui s’immiscent aux plaisirs de la jeunesse.
Péter plus haut que le cul. S’élever au-dessus de sa condition ; entreprendre plus qu’on ne peut exécuter.
Baiser le cul à quelqu’un. Voyez Baiser.
Faire quelque chose à écorche cul. Le faire à contre-sens, en rechignant.
Faire le cul de poule. Pousser la lippe ; être grimaud et boudeur.
Arrêter quelqu’un par le cul. L’arrêter tout court ; déjouer ses projets ; ruiner ses espérances.
Donner sur le cul. Corriger, châtier un enfant, en lui donnant le fouet.
Cul-de-jatte. Au propre, estropié, perclu de ses jambes ; impotent. Au figuré, homme inhabile et sans capacité.
Cul-de-plomb. Homme sédentaire et peu alerte ; on donne aussi ce nom à un homme fort laborieux qui travaille avec une grande assiduité, qui ne remue pas de dessus sa chaise.
Se lever le cul devant. Être maussade, grondeur en se levant.
Être crotté jusqu’au cul. Être plein de boue et de crotte.
Renverser cul par-dessus tête. Bouleverser tout ; mettre tout en désordre.
Ils se tiennent tous par le cul, comme des hannetons. Se dit d’une coterie, d’une assemblée de marchands qui s’entendent ensemble pour ne pas rabattre du prix de leurs marchandises.
Baiser le cul de la vieille. Voyez Baiser.
Charger à cul. Se dit d’un porteur ou d’un cheval que ton charge trop en arrière.
Donner du pied au cul. Chasser quelqu’un ; le renvoyer d’une manière ignominieuse.
Il y va de cul et de tête comme une corneille qui abat des noix. Voyez Abattre.
On lui verra bientôt le cul. Se dit d’un homme déguenillé ; vêtu misérablement ; ou qui est fort négligent pour son habillement.
Tenir quelqu’un au cul et aux chausses. Le tenir étroitement, de manière qu’il ne puisse échapper.
Larchey, 1865 : Homme bête et grossier. — Cul goudronné : Matelot — Cul de plomb : Homme sédentaire, peu alerte (d’Hautel, 1808). — Cul rouge : Soldat porteur du pantalon rouge qui compose l’uniforme de presque toute l’armée. — Autre temps, autres culottes. Au dix-huitième siècle, on disait culblanc, témoin ce passage des Mémoires de Bachaumont : « Le 27 janvier 1774. Il est encore arrivé à Marseille à la Comédie une catastrophe sanglante. Un officier du régiment d’Angoulême était dans une première loge ; il s’était retourné pour parler à quelqu’un. Le parterre, piqué de cette indécence, a crié à bas, cul blanc ! (le blanc est le fond de l’uniforme de l’infanterie), » etc., etc.
Rigaud, 1881 : Homme stupide. Tournure de femme au dix-huitième siècle. Aujourd’hui on dit faux-cul.
En entrant dans la première salle, chaque femme était obligée de quitter son cul, sa bouffante, ses soutiens, son corps, son faux chignon, et de vêtir une lévite blanche avec une ceinture de couleur.
(Lettre d’un garde du roi, pour servir de suite aux Mémoires de Cagliostro, 1786.)
France, 1907 : Imbécile. Garçon stupide et grossier.
Débagouler
d’Hautel, 1808 : Au propre, dégueuler, vomir. Au figuré, parler sans ménagement, clabauder, en dégoiser.
On dit d’un bavard, d’un homme qui se plaît à dire des grossièretés, des injures, que quand il aura tout débagoulé, il finira par se taire.
Delvau, 1866 : v. a. Parler, — dans l’argot du peuple.
Virmaître, 1894 : Cette expression est usitée dans les faubourgs pour qualifier un orateur de réunion publique qui débagoule son boniment (Argot du peuple).
Hayard, 1907 : Parler avec abondance.
France, 1907 : Parler.
Il montra le poing à la vision de cet inconnu hostile, débagoula un flot d’injures en sacrant effroyablement.
(C. Lemonnier)
Pour qu’on entende tes harangues,
Braille-les dans l’argot du jour ;
Pourquoi pas ? Tu dois, tour à tour,
Débagouler toutes les langues.
(André Gill, La Muse à Bibi)
Débagouleur
France, 1907 : Parleur, orateur de réunions politiques, politicien à la douzaine.
Il se disait ouvrier peintre sur porcelaine, mais, comme la plupart des politiqueurs en chambre, il était débagouleur de club ; son atelier était la salle du cabaret, son établi le comptoir, ses pinceaux un grand verre et ses couleurs le litre à douze ; en fait de peinture, sa figure seule était enluminée, et les festons qu’il avait imaginés étaient ceux qu’il décrivait pour regagner son taudis…
(Ch. Virmaître, Paris oublié)
Débagouliner
Rigaud, 1881 : Raconter avec volubilité tout ce qu’on a sur le cœur. — Se répandre en injures, injurier avec bagou. C’est une variante de débagouler.
France, 1907 : Parler à profusion, pérorer en public.
Le tambour, un vieil abruti qui ne rate jamais une occase de se piquer le nez, va d’un roulement : mossieu le maire débagouline un pallas patriotocard ; ensuite, tambour battant, on déboule à la gare prochaine.
(Almanach du Père Peinard, 1894)
Débrider
d’Hautel, 1808 : Faire quelque chose sans débrider. Sans interruption, tout d’un seul trait.
Ansiaume, 1821 : Ouvrir.
D’un seul coup le dauphin a débridé la lourde.
anon., 1827 : Ouvrir.
Vidocq, 1837 : v. a. — Ouvrir.
Clémens, 1840 / M.D., 1844 : Ouvrir.
un détenu, 1846 : Ouvrir. Débrider une carrouble ; ouvrir une porte.
Larchey, 1865 : Ouvrir (Vidocq). — Débrider les chasses : Ouvrir l’œil. V. Temps. — Débridoir : Clef.
Delvau, 1866 : v. n. Manger avec appétit, — dans l’argot du peuple, qui assimile l’homme an cheval.
Delvau, 1866 : v. n. Ouvrir, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Crocheter une serrure, ouvrir. — Débrider la margoulette, manger. — Débrider les chasses, ouvrir l’œil, faire attention.
Fustier, 1889 : Autoriser, permettre. Argot des forains. (V. supra, Brider.)
La Rue, 1894 : Ouvrir Manger. Crocheter une serrure. Autoriser.
France, 1907 : Ouvrir : terme de chirurgie. Manger, allusion au cheval que l’on débride pour le faire manger. Crocheter une serrure. Débrider la margoulette, manger. Débrider les châsses, ouvrir les yeux.
Puis dormoit sans desbrider jusques au lendemain huict heures.
(Rabelais)
Dégouler
Rigaud, 1881 : Baisser, diminuer, ralentir, s’en aller. « Le travail dégoule, » — dans le jargon des ouvriers. C’est l’opposé Rabouter.
France, 1907 : Tomber.
Emblème
Larchey, 1865 : Mensonge, conte fait à plaisir. — Terme ironique inventé sans doute par un ennemi de l’allégorie mythologique dont le peuple comprend mal les finesses. —
Voyez quel emblème ! Sa nièce d’Angoulême Nous met tous à même.
(Decourcelle, 1832)
Emblêmir : Tromper (Vidocq).
Delvau, 1866 : s. m. Tromperie, — dans l’argot des voleurs.
France, 1907 : Tromperie. Une peinture allégorique était appelée autrefois emblémature.
Engouler
d’Hautel, 1808 : Il vous a bientôt engoulé ce plat. Pour, il a bientôt mangé. Se dit en mauvaise part d’un gourmand ; de quelqu’un qui mange goulument
Delvau, 1866 : v. a. Manger goulûment, — dans l’argot du peuple. Il dit aussi Engoulifrer.
France, 1907 : Manger goulûment. S’empiffrer.
Engueuler
Larchey, 1865 : Invectiver.
Et puis j’vous engueule la vilaine.
(Rétif, 1783)
Delvau, 1866 : v. a. injurier grossièrement ; provoquer, chercher querelle. Se faire engueuler. Se taire attraper.
Delvau, 1866 : v. n. Avaler, manger, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Engouler.
Rigaud, 1881 : Crier des injures. — S’engueuler, se battre à coups de gros mots. Sous prétexte de polémique, certains journalistes ne font que s’engueuler.
La Rue, 1894 : Injurier. Réprimander grossièrement. Engueulade. Série d’injures, réprimande grossière.
France, 1907 : Injurier grossièrement.
— Et puis, je lui dirai aussi que tu te sers de la détestable expression engueuler, laquelle est l’apanage exclusif de gens de basse culture mondaine.
— Oh ! Ja la ! ousqu’est mon monok !… Et puis, tu sais, j’m’en fiche, tu peux lui dire tout ce que tu voudras, à maman.
(Alphonse Allais)
On dit aussi dans le même sens : engueuler comme un pied.
— Maman te gobe beaucoup… elle dit que rien que de voir ta bobine, ça la fait rigoler.
— Je remercierai madame ta mère de la bonne opinion…
— Fais pas ça !… Tu seras bien avancé quand tu m’auras fait engueuler comme un pied !
(Alphonse Allais)
France, 1907 : Manger gloutonnement.
Fiflot
Merlin, 1888 : Fantassin.
France, 1907 : Fantassin.
— Il fallait ouïr le vieux débagouler. Ah ! nom de Dieu ! c’est Jeanneton qui en a entendu de belles ! Sa vieille peau jaune comme le ménage du capitaine a pris la couleur d’une culotte de fiflot ; tandis que Crampon s’en flanquait une à la cuisine où il était allé trousser Jeannette.
(Hector France, L’Homme qui tue)
Foutre (se)
Delvau, 1866 : Se moquer, — dans l’argot du peuple, qui ne mâche pas ses mots, et, d’ailleurs, n’attache pas à celui-ci d’autre sens que les bourgeois au verbe se ficher. D’un autre côté aussi, n’est-il pas autorisé à dire ce que le bibliophile Jacob n’a pas craint d’écrire dans Vertu et tempérament, — un roman fort curieux et fort intéressant sur les mœurs de la Restauration, où on lit : « Quand un lâche nous trahirait, nous nous en foutons ! »
La Rue, 1894 : Se moquer. Le mot est grossier. Se ficher est une atténuation. Signifie aussi jeter, placer, donner, faire, s’habiller. Ficher au poste (on prononce fich’), ficher sa montre au clou, ficher une gifle, mal fichu (mal habillé), ne rien fiche. Allez vous faire ficher (allez au diable), ficher dedans (tromper) ; ficher la paix (laisser tranquille) ; ficher le camp (partir).
France, 1907 : Se moquer de quelqu’un ou de quelque chose, ne pas y tenir.
— Je me fous de la philosophie, en sommes, vous savez ! Et je donnerais tout l’œuvre d’Aristote, voire Platon et son Banquet, pour tenir longtemps, — toujours ! — dans mes bras, une taille souple comme la vitre, prolongée comme la tienne, ô mon idole, par un de ces derrières royaux qui démolissent si éloquemment toutes les ratiocinations des Strindberg !…
(Fin de Siècle)
Ça m’est égal, v’là tout’ l’histoire ;
Je n’vous désire ni bien ni mal ;
Ne m’gênez pas, c’est l’principal ;
Buvez sitôt qu’j’ai fini d’boire.
J’suis pas méchant, ça m’dérang’rait ;
J’suis pas bon, un autr’ me mang’rait ;
J’mijot’ dans mon indifférence !
Dites noir, dites rouge ou blanc,
Moi je n’dis rien—c’est bien plus franc —
Criez : Viv’ le roi ! Viv’ la France !
Viv’ la Prusse ! Engueulez-vous tous…
J’m’en fous !
(Paul Paillette)
— Non, papa serait en colères…
D’ailleurs, je n’ai que trente sous,
— Garde ton argent ! je m’en fous !
Est-ce qu’à ton âge on éclaire ?
(Albert Glatigny)
Sous la Restauration, le couplet suivant était chanté par les bonapartistes :
Je me fout du Roi,
Du comte d’Artois,
Du duc d’Angoulème,
Du duc de Berry,
D’la duchesse aussi
Et de qui les aime.
Gingoule
France, 1907 : Girole ou chanterelle.
Goualer
Vidocq, 1837 : v. a. — Chanter.
M.D., 1844 / Halbert, 1849 : Chanter.
Larchey, 1865 : Chanter. — Vient, comme gueuler, du vieux mot goule (gula) : gosier. — Goualeur, leuse : Chanteur, teuse.
Delvau, 1866 : v. a. et n. Chanter. On dit aussi Galouser.
Virmaître, 1894 : Chanter. On se souvient de la goualeuse des Mystères de Paris. La goualante signifiant chanson, la chanter, goualer, cela va de soi (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Chanter.
France, 1907 : Chanter ; du vieux mot goule, gosier, gueule.
Goule
d’Hautel, 1808 : La goule. Pour la bouche, le palais.
Delvau, 1866 : s. f. La gorge, le gosier, — dans l’argot du peuple, qui parle latin sans le savoir (gula).
Rossignol, 1901 : Gueule (patois normand).
France, 1907 : Défilé étroit, à la tête des montagnes.
France, 1907 : Gosier ; du latin gula. Faire péter la goule, parler.
Goulée
d’Hautel, 1808 : Ce qui peut tenir dans la bouche ; grosse bouchée.
Ce plat ne lui feroit qu’une goulée. Se dit d’un homme qui mange de très-gros morceaux à la fois.
Delvau, 1866 : s. f. Bouchée de viande ou cuillerée de soupe.
France, 1907 : Bouchée.
— Pas de ça, hein ? dit-elle… Mais comme elle tournait la tête vers lui, riant de la chatouille que cette bouche vorace lui glissait sur la peau, il sauta à ses joues, lui mangea la pourpre chaude de ses lèvres d’une goulée.
(Camille Lemonnier, Happe-Chair)
Gourgoule
France, 1907 : Remous, bruit du remous, roulement de voix.
Grelot (faire péter son)
Rigaud, 1881 : Parler. Autrefois, c’était « faire péter la goule » (la gueule).
Car avant que le jour s’écoule
Nous en ferons péler la goule
Peut-être à monsieur l’avocat.
(Poisson, Zig-Zag)
Margoulette
d’Hautel, 1808 : Pour, bouche.
Il feroit tout pour la margoulette. Se dit d’un gourmand à qui on fait faire tout ce que l’on veut, en lui donnant à dîner, en le régalant ; d’un homme : qui met tous ses plaisirs à manger.
Il est venu la margoulette enfarinée. Voyez Gueule.
Larchey, 1865 : Bouche. — Diminutif de marge. Les lèvres forment la marge du palais. Peut être aussi diminutif corrompu du vieux mot gargoule : bouche.
Delvau, 1866 : s. f. La bouche, considérée comme avaloir. Rincer la margoulette à quelqu’un. Lui payer à boire.
Rigaud, 1881 : Visage : — Margoulette de travers, mauvaise mine, mine fatiguée. — Déboiter la margoulette, porter des coups au visage.
La Rue, 1894 : Visage. La bouche.
Virmaître, 1894 : La bouche. Il existe en Bourgogne des vases en terre vernissée qui ont un goulot semblable à la bouche. Pour cette raison, on appelle ces vases des goulettes. Mar a tout simplement été ajouté, déformant le mot primitif pour en former un autre qui a le même sens, car les nourrices disent aux enfants :
— Viens que j’embrasse ta petite goulette.
Rincer la margoulette à un ami, c’est lui payer à boire (Argot du peuple). N.
France, 1907 : Gosier. Rincer la margoulette à quelqu’un, lui payer à boire. Débrider la margoulette, manger. Se dit aussi pour figure, partie inférieure du visage.
Mille bombes, il parle de haut, le chameau ! Faut voir comme il nous traite ; il dit « nos ouvriers » comme on dit « mon chien ou ma pipe ». Turellement faut pas qu’ils bougent nos ouvriers ; sans quoi, gare ! on leur cassera la margoulette.
(Le Père Peinard)
Souvent au milieu de la nuit,
La margoulette enfarinée…
(Festeau)
Mastiquer
Delvau, 1866 : v. n. Manger, — dans l’argot du peuple en général, et en particulier des francs-maçons, qui se livrent à la mastication comme de simples profanes.
Rigaud, 1881 : « Cacher ingénieusement les avaries et les voies d’eau d’un soulier, au moyen d’un enduit spécial de graisse noire ou autre drogue équivalente. » (F. Mornand, La Vie de Paris)
Rigaud, 1881 : Manger ; c’est-à-dire se livrer à la mastication.
La Rue, 1894 : Manger.
France, 1907 : Manger. La fréquence des équivalents indique mieux que toutes les statistiques morales la place tenue par certaines passions et les besoins naturels. Nous avons déjà vu quelle place tenait dans les synonymes l’acte qui perpétue les espèces et celui au moyen duquel on s’abreuve, en voici pour le manger une légion : béquiller ; becqueter ; tortiller du bec ; bouffer ; boulotter ; briffer ; brouter ; chiquer ; casser la croustille ; se caler, se calfater le bec ; se coller quelque chose dans le fanal, dans le fusil, dans le tube ; chamailler des dents ; cacher ; se caresser l’angoulême ; clapoter ; croustiller ; charger pour la Guadeloupe ; déchirer la cartouche ; débrider la margoulette ; se l’envoyer ; engouler ; engueuler ; effacer ; friturer ; friper ; se faire le jabot ; gobichonner ; gonfler ; se graisser les balots ; jouer des badigoinces, des dominos, des osanores ; se lester la cale ; mettre de l’huile dans la lampe ; morfailler ; se mettre quelque chose dans le cadavre ; pitancher ; travailler pour Jules ; passer à la tortore ; tortorer, etc.
Mettre à même
Delvau, 1866 : Tromper, — dans l’argot des faubouriens.
Voyez quel emblème !
Sa nièc’ d’Angoulême
Nous met tous à même !
dit une chanson de 1832.
Moucheur de chandelles
France, 1907 : Jeune homme ou enfant adonné à la masturbation. Le duc d’Angoulême était, dit-on, un grand moucheur de chandelles.
Niort
France, 1907 : Aller à Niort, nier, mentir.
Va, lorsque t’es ballon à Niort
Si tu jaspinais, t’aurais tort.
(Hogier-Grison)
Ce jeu de mot est ancien, car on le trouve dans les proverbes en rimes du XVIIe siècle :
À Niort qui veult aller
Faut qu’il soit sage à parler.
On dit aussi prendre le chemin de Niort.
Autres jeux de mots sur des noms de localités et que l’on pourrait appeler calembours géographiques :
Faire passer par la voie d’Angoulême, avaler (goule, bouche, gosier).
Avoir besoin d’aller à Argenton, avoir besoin d’argent.
Aller à Cracovie, mentir, inventer des histoires (de craque, menterie, hâblerie).
Aller à Crevant, mourir, Crevant est le nom d’un petit bourg qui se trouve à trois lieues de la Châtre, et les gens de la campagne voisine ont l’habitude de dire, en parlant d’une personne qui se meurt ou qui est morte : Elle va ou elle est allée à Crevant.
Partir à Dormillon. Dormillon, nom de localité, domaine près d’Issoudun et dont le nom est passé en proverbe dans la langue facétieuse des vignerons. « Le v’là parti à Dormillon », quand on voit quelqu’un se laisser aller au sommeil. De dormeille, envie de dormir et diminutif de sommeil.
Aller à Turin, plaisanterie populaire à Issoudun qui se dit de tout mauvais chasseur. Jeu de mot : Turin, tue-ren (ren, rien, se prononce rin).
Aller à Versailles, verser, en parlant d’une voiture et des personnes qu’elle contient.
Oiseau de la mort
France, 1907 : Hibou, chouette, engoulevent.
Ossian
France, 1907 : Bonnet de coton ; argot de l’École polytechnique, du nom d’un ancien directeur des études, Ossian Bonnet.
L’ossian sert ordinairement à essuyer les rasoirs ; mais son utilité principale est de servir de cagoule à ceux qui se déguisent et de masque excellent à ceux qui, le soir, veulent faire du tapage dans les corridors… Percé de deux trous à la hauteur des yeux et d’un autre pour la bouche, enfoncé jusqu’au cou, l’ossian rend absolument méconnaissable.
(Albert Lévy et G. Pinet)
Pain
d’Hautel, 1808 : La rue au pain. Pour dire, le gosier, l’avaloir, la vallée d’Angoulême, de Josaphat.
C’est bien le pain. Locution vulgaire qui équivaut à, c’est bien ce qu’il faut ; cela fait bien mon affaire.
Pain de munition. Voy. Munition.
M. ou madame qui a le pain. Sobriquet que l’on donne par plaisanterie à celui ou celle qui se charge à table de servir le pain. On prononce calepin, comme si ces trois mots n’en faisoient qu’un.
Il n’y a pas long-temps qu’il mangeoit le pain d’un autre. Se dit par raillerie d’un homme qui fait le hautain, et dont la première condition étoit la domesticité.
Pain coupé n’a point de maître. Se dit par plaisanterie à table, lorsqu’en se trompant, on prend le pain de son voisin.
Il a mangé de plus d’un pain. Se dit d’un homme qui a vu du pays ; qui s’est trouvé dans des positions fort différentes les unes des autres.
Il sait son pain manger. Se dit d’un homme industrieux, intelligent, qui sait se tirer d’affaire.
Il ne vaut pas le pain qu’il mange. Se dit d’un homme oisif, paresseux et fainéant, qui ne fait œuvre de ses dix doigts.
Le pain lui vient quand il n’a plus de dents. Pour dire, que le bien arrive dans un temps où l’âge et les infirmités en ôtent toute la jouissance.
Avoir son pain cuit. Être à son aise, pouvoir vivre sans travailler ; avoir sa subsistance assurée.
C’est autant de pain cuit. Signifie qu’une chose que l’on a faite, et qui ne peut être employée pour le présent, servira dans un temps plus éloigné.
C’est du pain bien dur. Se dit d’un emploi pénible, dans lequel la nécessité contraint de rester.
Il a eu cette maison pour un morceau de pain. Pour dire à fort bon compte, à fort bas prix.
Faire passer le goût du pain à quelqu’un. Le faire mourir ; le tuer, l’assassiner.
Il a mangé le pain du roi. Pour, il a été plusieurs fois en prison.
Rendre le pain bénit, ou ses comptes. Manière basse et grossière de dire qu’un homme gorgé de nourriture la rejette, vomit.
Ôter le pain de la main de quelqu’un. Lui ôter les moyens de subsister.
Faire la guerre au pain. Manger avec appétit ou de fort gros morceaux de pain, comme le font les jeunes gens, et notamment les écoliers.
Chercher son pain. Pour dire mendier, demander l’aumône.
Delvau, 1866 : s. m. Coussin de cuir, — dans l’argot des graveurs, qui placent dessus la pièce a graver, bois ou acier.
Rigaud, 1881 : Coussinet en cuir dont se servent les graveurs pour poser la planche à graver.
Rigaud, 1881 : Soufflet, coup de poing sur le visage. Le mot pain traduit le bruit produit par un soufflet bien appliqué. Coller un pain, donner une gifle. M. Larchey écrit paing et donne poing comme étymologie. Passer chez paing, recevoir des coups.
La Rue, 1894 : Coup au visage.
Hayard, 1907 : Coup.
France, 1907 : Coup de poing sur le visage.
Que, formidable, Richepin
Provoque le Géant alpin
Et le tombe et lui flanque un pain.
(Catulle Mendès)
France, 1907 : Coussin de cuir sur lequel les graveurs placent la pièce à graver.
Particulière
Larchey, 1865 : Fille suspecte.
Les mauvaises têtes du quartier qui tiraient la savate pour les particulières de la rue d’Angoulême.
(Ricard)
Voilà qu’un mouchard m’amène une particulière assez gentille.
(Vidal, 1833)
Larchey, 1865 : Maîtresse.
Ce terme, si trivial en apparence, appartient à la galanterie la plus raffinée et remonte aux bergers du Lignon. On lit à chaque instant dans l’Astrée : Particulariser une dame, en faire sa particulière dame, pour lui adresser ses hommages. Ces locutions ont sans doute été transmises par le Secrétaire des amants à nos soldats, qui n’ont fait que les abréger.
(Laveaux)
Dans l’armée, particulier et particulière sont synonymes de bourgeois et bourgeoise.
Delvau, 1866 : s. f. Maîtresse, bonne amie, — dans l’argot des troupiers. D’après Laveaux, cette expression remonterait aux bergers du Lignon, c’est-à-dire au XVIIe siècle. « On lit à chaque instant dans l’Astrée : Particulariser une dame, en faire sa particulière dame, pour lui adresser des hommages. Ces locutions ont sans doute été transmises par le Secrétaire des Amants à nos soldats, qui n’ont fait que les abréger. »
Fustier, 1889 : Femme légitime. Argot du peuple. Trimballer sa particulière, promener son épouse.
France, 1907 : Maîtresse, femme, fille ; argot de troupier. D’après Laveaux, cette expression remonterait aux bergers de Lignon, c’est-à-dire au XVIIe siècle. « On lit à chaque instant dans l’Astrée : Particulariser une dame, en faire sa particulière dame, pour lui adresser des hommages. Ces locutions ont sans doute été transmises par le Secrétaire des amants à nos soldats, qui n’ont fait que les abréger. »
(A. Delvau)
— Eh ben ! que répondit La Ramée, sans vous commander, mon colonel, je voudrais censément faire une connaissance.
Il n’avait pas plutôt fini de parler, qu’il vit sortir d’un buisson deux particulières comme il n’en avait même jamais vu et qu’il n’y a pas un officier qui puisse se vanter d’en avoir jamais eu une de ce calibre.
(Jules Noriac, Un grain de sable)
Petits pains (faire des)
Delvau, 1866 : Faire l’aimable, le gentil, afin de se rabibocher. Argot des coulisses.
France, 1907 : Faire l’aimable, flatter, courtiser.
Eulalie trouva son séduiseur dans la rue, en train de faire des petits pains à une autre.
Furibonde, la pauvre abandonnée empoigna quelques cailloux et les foutit à la margoulette du salopiaud. Oh ! il fut peu mouché : une égratignure au-dessus de l’œil.
(Père Peinard)
Pièce d’eau des cuisses
France, 1907 : Appareil de toilette féminine généralement connu sons le nom de bidet.
Et les vieux céladons vont accourir en foule
Et les femmes sans sexe, à figure de goule,
Pour regarder de près, sinon pour acheter,
Ces objets par qui les hommes se font mater,
Et vous savez quel meuble fera leurs délices ?
Ce qu’un docteur nomme : la pièce d’eau des cuisses.
(Le Don Juan)
Plombes
Virmaître, 1894 : Heures.
— Voilà dix plombes qui se décrochent au tintamarre de l’antonne ; le ratichon va grimper à son zinc pour débagouler sa jasante au père la Tuile.
Plombes, allusion au marteau qui tombe d’aplomb sur la cloche (Argot des voleurs).
France, 1907 : Pièces d’or ou d’argent.
De vieux marmiteux de la haute lui ont offert de l’épouser. Mais ils n’avaient que le titre, et elle veut, dit-elle, le titre avec les plombes.
(Louise Michel)
Pouillard
Delvau, 1866 : s. m. Dernier perdreau d’une couvée ou dernier levraut d’une portée. Argot des chasseurs.
France, 1907 : « Les pouillards — en patois de Dieppe — sont de pauvres bougres, généralement des vieillards, quelques-uns à demi morts, tous malingreux et marmiteux, mais capables quand même de tirer sur le câble de halage. Chacun d’eux, pris à part, est débile et à peine en état de se traîner lui-même. Mais, quand ils sont une douzaine où une quinzaine ensemble, tous attelés au câble, ce chapelet de crabes estropiés suffit à tirer dans le goulet le bateau qui veut entrer au port ou en sortir sans voiles. »
(Jean Richepin)
En dédommagement de leurs fatigues, les pouillards ont la jouissance d’une baraque sur la jetée de Dieppe, où ils peuvent se mettre à l’abri et, en plus, d’une certaine quantité de houille pour s’y chauffer pendant l’hiver.
France, 1907 : Le plus jeune perdreau ou le plus jeune levreau d’une portée ; argot des chasseurs.
Regouler
d’Hautel, 1808 : Être rassasié, être soûl de quelque chose, en avoir pris immodérément ; renoncer dessus.
Regouler. Signifie aussi repousser quelqu’un de paroles, le brusquer.
Regouler (se)
Ansiaume, 1821 : Se dégoûter.
J’ai été bientôt regoulé de ses phlanchets-là.
Rougoule
Rigaud, 1881 : Vol au change, vol au rendez-moi. C’est une altération de rigole, rigolo, drôle, amusant. Ce genre de vol divertit fort les voleurs, qui pensent à la figure de leurs dupes.
France, 1907 : Vol au rendez-moi.
Ruette au pain
Larchey, 1865 : Gorge.
Au souper, je ne pus avaler une goulée, à croire que j’avais la ruette au pain barrée, par quelque accident.
(Delvau)
Taper sur la colonne (se)
France, 1907 : Se livrer à l’onanisme.
Il ne manquait pourtant pas de donzelles, le due d’Angoulême, et il pouvait se payer les plus chouettes de France et de Navarre, mais va te faire fiche, le salaud aimait mieux se taper sur la colonne.
(Les Joyeusetés du régiment)
Voir le monde par une fenêtre de drap
France, 1907 : Porter le capuchon. Le vieux dicton engage le peuple à se défier des gens qui ne voient de monde que par une fenêtre de drap, c’est-à-dire des ordres monastiques portant cagoule d’où l’on ne voit que par deux trous percés dans l’étoffe. « Ne vous fiez jamais en gens qui regardent par ung pertuis », disait Rabelais.
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