Boutmy, 1883 : Réplique goguenarde que l’on fait à une question à laquelle on ne veut pas répondre. Un lundi après midi, un frère gouailleur interpelle ainsi son camarade : Eh ! dis donc, compagnon, pourquoi n’es-tu pas venu à la boîte ce matin ? L’autre répond par ce coq-à-l’âne : C’est à cause des mouches.
C’est à cause des mouches
Faire des crêpes
Delvau, 1866 : v. a. S’amuser comme il est de tradition de le faire au Mardi-Gras, — dans l’argot des artistes, gouailleurs de leur nature. Se dit volontiers pour retenir quelqu’un : « Restez donc ; nous ferons des crêpes. »
France, 1907 : S’amuser. Allusion à la coutume du Mardi-Gras.
Forte téte
France, 1907 : Raisonneur, indiscipliné gouailleur. Dans les régiments, les ouvriers parisiens passent généralement pour de fortes têtes et sont traités comme tels. On les envoie à Biribi.
Il est incorporé aux compagnies de discipline comme forte tête, indiscipliné, brebis galeuse, individu intraitable, donnant le mauvais exemple. Aucun tribunal civil ou militaire ne l’a flétri, les folios de punitions de son livret matricule sont noirs, mais son casier judiciaire est blanc. Pas un malfaiteur, un irrégulier.
(Georges Darien, Biribi)
Inexpressible
Larchey, 1865 : Pantalon.
Au sortir des bancs du collège, où nous avions usé, tous deux, pendant huit mortelles années, ce que la pruderie anglaise exprime par inexpressible.
(Mornand)
Delvau, 1866 : s. m. Pantalon, — dans l’argot des Anglaises pudiques, qui est devenu celui des gouailleurs parisiens.
France, 1907 : Pantalon. Ce mot nous vient en droite ligne de l’autre côté de la Manche. Les pudibondes Anglaises n’osent prononcer le mot pantalon, mais elles contemplent sans vergogne l’homme in naturalibus.
Perdrix (entendre la)
France, 1907 : Entendre siffler les balles.
Les pièces de canon crachent la mitraille, les balles sifflent par milliers, déchirant l’air de ce trrouit sinistre, qui fait dire au troupier, insouciant et gouailleur, même au plus fort du feu : « Entends-tu la perdrix ? »
(Dick de Lonlay, Français et Allemands)
Pharaon
Delvau, 1866 : s. m. Roi de n’importe quel pays, — dans l’argot gouailleur des gens de lettres.
Porte-coton
France, 1907 : Fonctionnaire imaginaire attaché aux soins de propreté du derrière d’un haut fonctionnaire ; autrement dit, lèche-cul. Le porte-coton était autrefois, dans les maisons royales, le préposé aux latrines.
— Monsieur veut rire, dit-il d’un ton gouailleur, quand il parle de me faire paumer… D’abord je n’ai rien fait !… Monsieur dira qu’ça n’est pas une raison… mais Monsieur est sans doute quart d’œil ou porte-coton du ministre…
(Edmond Lepelletier)
Prussien
Larchey, 1865 : Derrière. V. Camboler. — Les déroutes d’Auerstadt et d’Iéna où les Prussiens n’ont pas tardé à tourner le dos, ont pu naturaliser dans nos troupes cette plaisanterie. — En 1825, on a publié un Guide du Prussien ou Manuel de l’artilleur sournois.
Le général Kléber
À la barrière d’Enfer
Rencontre un Prussien
Qui lui montra le sien.
(Chanson populaire)
Delvau, 1866 : s. m. Un des trop nombreux pseudonymes de Messire Luc, — dans l’argot des troupiers, dont les pères ont eu sous la République et sous l’Empire, de fréquentes occasions d’appliquer leurs baïonnettes dans les reins des soldats prussiens. On connaît la chanson :
Le général Kléber,
À la barrièr’ d’Enfer,
Rencontra un Prussien
Qui lui montra le sien.
C’est à tort qu’un étymologiste va chercher à ce mot, jusque chez les Zingaris, une étymologie — toute moderne.
Rigaud, 1881 : Derrière. — Exhiber son prussien, se sauver au moment du danger.
Merlin, 1888 : Postérieur.
Virmaître, 1894 : Le derrière. — Je vais le fourrer un coup de pied dans le prussien (Argot du peuple).
France, 1907 : L’endroit que bat la giberne, le derrière. Ce mot a été forgé par nos aïeux les troupiers du premier empire qui maintes fois poussèrent le derrière des Prussiens à la baïonnette.
Le général Kléber
À la barrièr’ d’Enfer
Rencontra un Prussien
Qui lui montra le sien.
dit une chanson connue. Ce mot traditionnel dans l’armée date de 1793. Après la canonnade de Valmy, les troupes françaises et les troupes prussiennes restant en observation les unes vis-à-vis des autres. Comme ces dernières étaient postées sur les hauteurs du camp de la Lune, c’est-à-dire entre l’armée de Dumouriez et l’intérieur du pays, leurs convois étaient interceptés par la cavalerie française et par les paysans. Le temps humide et pluvieux ajoutant aux privations, engendra parmi les ennemis une dysenterie presque générale ; et du plateau de Valmy nos soldats, entretenus en gaieté par leurs récents succès et par des approvisionnements suffisants, voyaient leurs adversaires tous occupés à la même besogne et montrant ce que nos troupiers gouailleurs, désignant la partie par le tout, nommèrent désormais un prussien.
Shocking !
Delvau, 1866 : Exclamation qui, de la langue des pudiques Anglaises, a passé dans l’argot ironique des gouailleurs parisiens. Ce qui est choquant de l’autre côté du détroit cesse de l’être de ce côté-ci.
Voyou
Delvau, 1866 : s. m. Gamin de Paris, enfant perdu de la voie publique ; produit incestueux de la boue et du caillou ; fumier sur lequel pousse l’héroïsme : hôpital ambulant de toutes les maladies morales de l’humanité ; laid comme Quasimodo, cruel comme Domitien, spirituel comme Voltaire, cynique comme Diogène, brave comme Jean Bart, athée comme Lalande, — un monstre en un mot. Type vieux — comme les rues. Mais le mot est moderne, quoiqu’on ait voulu le faire remonter jusqu’à Saint-Simon, qui traite de voyous les petits bourgeois de son temps.
Rigaud, 1881 : Gamin de Paris. — Dans les Mystères de Paris, Eug. Sue a doté le voyou, son Tortillard, de tous les vices. — Dans les Misérables, M. Victor Hugo a poétisé le voyou sous le nom de Gavroche.
C’était le même regard pénétrant et astucieux joint à cet air insolent, gouailleur et narquois, particulier au voyou de Paris, ce type alarmant de la dépravation précoce, véritable graine de bagne.
(E. Sue)
Ses parents l’avaient jeté dans la vie d’un coup de pied. C’était un garçon bruyant, blême, leste, éveillé, goguenard, à l’air vivace et maladif. Il allait, venait, chantait, jouait à la fayousse, grattait les ruisseaux, volait un peu, mais, comme les chats et les passereaux, gaiement, riait quand on l’appelait galopin, se fâchait quand on l’appelait voyou.
(V. Hugo)
C’est le gamin de Paris, l’enfant de la voie publique, le produit de la boue et du caillou, le fumier sur lequel passe l’héroïsme, l’hôpital ambulant de toutes les plaies morales de l’humanité. Laid comme Quasimodo, cruel comme Domitien, spirituel comme Voltaire, cynique comme Diogène, brave comme Jean-Bart, athée comme Lalande, un monstre.
(A. Delvau, La Journée d’un voyou)
Le voyou, le parisien naturel, ne pleure pas, il pleurniche ; il ne rit pas, il ricane ; il ne plaisante pas, il blague ; il ne danse pas, il chahute ; il n’est pas amoureux, il est libertin.
(L. Veuillot, Les Odeurs de Paris)
Rigaud, 1881 : Grossier, mal-appris, canaille et crapuleux personnage.
Virmaître, 1894 : Le voyou n’est pas à comparer à l’ancien titi, au gamin, au gavroche. C’est une petite crapule qui a en lui les germes de toutes les passions, de tous les vices et de tous les crimes imaginables. Le gamin de Paris est gouailleur, spirituel, courageux, susceptible de dévouement, il est flâneur, c’est vrai, mais sa flânerie est innocente. Le voyou a un langage à part ; comme le moineau franc, il a les instincts pillards, il est sans cœur, n’aime rien et convoite tout (Argot du peuple).
France, 1907 : Gamin mal élevé, cynique et mal embouché. Le type du genre est le voyou parisien. Alfred Delvau en a donné une définition à laquelle rien n’est à changer :
Gamin de Paris, enfant perdu de la voie publique ; produit incestueux de la boue et du caillou ; fumier sur lequel pousse l’héroïsme : hôpital ambulant de toutes les maladies morales de l’humanité ; laid comme Quasimodo, cruel comme Domitien, spirituel comme Voltaire, cynique comme Diogène, brave comme Jean Bart, athée comme Lalande, — un monstre en un mot.
Type vieux — comme les rues. Mais le mot est moderne, quoiqu’on ait voulu le faire remonter jusqu’à Saint-Simon, qui traite de voyous les petits bourgeois de son temps.
Dans ses Misérables, Victor Hugo, sous le tvpe de Gavroche, a idéalisé le petit voyou parisien. On dit au féminin voyouse ou voyoute. D’après Charles Nisard, voyou viendrait de voirou, individu malfaisant, loup-garou. « Le peuple de Paris, dit-il, qui fait et refait les mots et qui, bons ou mauvais, finit par les imposer, a perfectionné celui-là. Voyou prévaut sur voirou et a gagné la province. Seules les campanes tiennent bon encore, mais à la longue elles céderont. »
Voir Voirou.
Argot classique, le livre • Telegram