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Amoché

Rossignol, 1901 : Avoir reçu des coups ou en avoir donné.

Qu’as-tu sur la figure ? — J’ai été amoché.

Hayard, 1907 : Abimé, blessé.

France, 1907 : Qui a reçu des taloches.

— Dis donc, hé, vieux ! retire donc ton pif que je voie la gonzesse qui se fait peloter par l’amoché, derrière toi.

(Marc Mario et Louis Launay, Vidocq)

Bacchantes

France, 1907 : Favoris, bacchantes savonnées, favoris blancs.

— Chouette, le birbe aux bacchantes savonnées ! Avec sa « crotte de pie » (pièce de cinquante centimes), j’vas acheter du flan à ma gonzesse, et me payer un crapulos !

(Dubut de Laforest)

Baiser ou foutre à couillons rabattus, ou comme un dieu

Delvau, 1864 : Avec énergie, sans songer au mari que l’on cocufie ni aux enfants que l’on procrée, — comme tous les hommes voudraient bien pouvoir foutre, et comme toutes les femmes voudraient bien être foutues.

Et maintenant, gonzesse, que je t’ai foutue à couillons rabattus, comme tu n’es pas foutue d’être foutue jamais de ta garce de vie…

(Lemercier de Neuville)

Les hommes, lorsqu’ils ont foutu
À double couillon rabattu,
Se lavent dans une terrine.

(Dumoulin-Darcy)

Madame Durut, sentant les approches du suprême bonheur, se livre au transport, et, s’agitant à l’avenant, s’écrie : Foutre ! c’est trop de plaisir ! il fout comme un Dieu !

(A. de Nerciat)

Ballon (carguer son)

Rigaud, 1881 : Relever ses jupes. Les jours où il lansquine, il y a un tas de pantes à reluquer les flûtes des gonzesses qui carguent leurs ballons. Les jours de pluie, il y a un tas d’imbéciles occupés à regarder les jambes des femmes qui relèvent leurs jupes.

Battre le trimar

France, 1907 : Même sens que battre le quart.

Elle avait été amenée là par deux horribles petits drôles, un ex-tourneur en cuivre et un aide emballeur, qui avaient lâché l’atelier pour cultiver le bonneteau, le vol à la tire et les rôdeuses de barrières. Ils étaient en train de dresser « la gonzesse » avant de l’envoyer « battre le trimar », lorsque les roussins, « les vaches », survinrent et coupèrent court à l’idylle.

(Albert Cim)

Bonir ou bonnir

France, 1907 : Parler, avertir ; argot des voleurs. Bonir au ratichon, se confesser.

On y entendait des choses étranges, burlesques, sinistres. Dans un coin, deux anciens relingues y dévidait le vieux jars. Un jeune freluqueux, assis entre deux gonzesses recoquinchées, y bonissait le neu filin.

(Louise Michel)

Claque, claquedent

Rigaud, 1881 : Maison de tolérance, — dans Je jargon des voleurs. — Dans le jargon des voyous, claque s’entend par extension d’une fille de maison publique ; ils disent également : les gonzesses de la claque.

Quand les gonzesses de la claque vont à Montretout il y a toujours du rabiot pour Saint-Lago. Quand les filles de maison passent à la visite, il y a toujours du profit pour St-Lazare.

Claquedent se prend encore dans le sens de mauvais lieu quelconque, cabaret borgne ou tripot.

Si parmi les joueurs, quelques honnêtes gens s’étaient fourvoyés, tous, du moins, fréquentaient le claquedent pour des motifs plus ou moins avouables.

(Vast-Ricouard, Le Tripot)

Condice

France, 1907 : Cage dans laquelle les condamnés sont enfermés pendant leur traversée pour les colonies pénitentiaires.
Se dit aussi pour maison. Diminutif de condition, maison.

— T’as raison, La Gaule… Je marche bien pour le fourbi… je suis avec toi et les autres pour fabriquer tout ce qu’il a dans la condice : quant à estrangouiller cette gonzesse, je n’en suis pas… j’ai les pieds nickelés !…

(Edmond Lepelletier)

Coup de sabre

France, 1907 : Le podex ; allusion à sa raie profonde qui sépare les fesses. Se dit aussi pour grande bouche. « La gonzesse à un fameux coup de sabre à travers la gueule. »

Dabesse

Delvau, 1866 : s. f. Reine.

Rigaud, 1881 : Reine.

Hayard, 1907 : Mère.

France, 1907 : Reine, mère, patronne ; maîtresse de souteneur.

— Je ne te demande rien, Roland, je respecte tes secrets, fit-elle d’une voix douce, quoique entre nous il ne devrait pas y en avoir. Ne suis-je pas ta gonzesse, ta dabesse, ta femme enfin… ?

(Hector France, La Vierge Russe)

Dégotter

un détenu, 1846 : Trouver quelqu’un ; piller, prendre, enlever.

Larchey, 1865 : Surpasser. On disait en 1808 dégoutter, c’est-à-dire : être placé au-dessus de quelqu’un, dégoutter sur lui. V. d’Hautel.

Quel style ! Ça dégotte Mm’ de Sévigné.

(Labiche)

Delvau, 1866 : v. a. Surpasser, faire mieux ou pis ; étonner, par sa force ou par son esprit, des gens malingres ou niais. Signifie aussi : Trouver ce que l’on cherche.

Rigaud, 1881 : Surpasser. — Prendre la place d’un autre — Trouver. Dégotter une roue de derrière, trouver une pièce de cinq francs.

D’ailleurs, l’affaire est à moi. Je l’ai dégottée et, de plus, j’ai donné le coup.

(G. Marot, l’Enfant de la Morgue)

Merlin, 1888 : Surpasser.

Virmaître, 1894 : Se dit de quelqu’un mal habillé.
— Tu la dégottes mal.
Dégotter, signifie également trouver.
— Il y a deux mois que je la cherche, j’ai fini par la dégotter.
Dégotter
quelqu’un : faire quelque chose mieux que lui. Victor-Hugo, par exemple dégotte Sarrazin, le poète aux olives (Argot du peuple).

France, 1907 : Trouver, découvrir.

Pour cette fois, les policiers ont fait four, ils n’ont pu rien dégotter qui donne un semblant de raison à leurs menteries.

(Père Peinard)

— Tiens ! quoi donc que j’dégott’ dans l’noir,
Qu’est à g’noux, là-bas, su’ l’trottoir ?
Eh ben ! là-bas, eh ! la gonzesse !

(André Gill, La muse à Bibi)

Dos

d’Hautel, 1808 : Il a bon dos. Se dit d’un homme absent, sur lequel on rejette toutes les fautes ; et quelquefois d’un homme opulent qui peut supporter les frais d’une forte entreprise.
Être dos à dos. Vivre en mauvaise intelligence ; ne remporter ni l’un ni l’autre l’avantage dans un procès.
N’avoir pas une chemise à mettre sur son dos. Être réduit à une extrême indigence.
On mettra cela sur son dos. C’est-à-dire, sur son compte ; on lui fera payer les charges de cette affaire.
Faire le gros dos. Faire le fat ; se donner de l’importance ; faire le riche, le financier, lorsqu’on n’a pas le sou.
On dit d’un homme difficile à manier, et que l’on n’offense jamais impunément, qu’Il ne se laisse pas manger la laine sur le dos.
On dit dans un sens contraire, d’un homme mou et lâche, qui souffre tout sans mot dire, qu’Il se laisse manger la laine sur le dos.
Ils ont toujours le dos au feu et le ventre à la table.
Se dit des gens qui font un dieu de leur ventre ; qui ne respirent que pour manger.
On dit d’un homme ennuyeux et importun, qu’on le porte sur son dos.

Rossignol, 1901 : Souteneur. On dit aussi donner du dos ou du rein, cela regarde les chattes.

France, 1907 : Souteneur, amant d’une fille publique qui se fait entretenir par elle, maquereau enfin. C’est l’abréviation de dos vert, alias maquereau. Aristide Bruant a écrit les paroles et la musique de la Marche des Dos :

Le riche a ses titres en caisse,
Nous avons nos valeurs en jupon,
Et, malgré la hausse ou la baisse,
Chaque soir on touche un coupon.
V’là les dos, viv’nt les dos !
C’est les dos, les gros, les beaux !
À nous les marmites,
Grandes ou petites !
V’là les dos, viv’nt les dos !
 
Il était le personnage le plus connu, du Moulin de la Galette aux Folies-Bergère. Richepin l’avait surnommé l’empereur des dos. Son porte-monnaie était sans cesse garni de pièces jaunes que de gentilles tributaires étaient trop heureuses de lui apporter, après une nuit de travail.

(E. Lepelletier, Le Bel Alfred)

— Oh ! allez ! ne vous gênez pas ! faites comme chez vous ! appelez-moi dos pendant que vous y êtes : pourquoi pas ? Mais si moi, traîne-savates de naissance et d’éducation, je m’étais conjoint avec une gonzesse suiffarde qui m’aurait apporté du poignon à plein les plis de sa pelure blanche, — et ça se fait tous les jours dans la bonne société, — comment donc est-ce que vous m’auriez intitulé ?

(Montfermeil)

anon., 1907 : Souteneur.

Endosses

Delvau, 1866 : s. f. Épaules, — dans l’argot des voleurs.

La Rue, 1894 : Jupons. Épaules.

France, 1907 : Épaules ; argot des voleurs.

France, 1907 : Jupons.

— Tu es un vrai homme ! Le Pâtissier était girond et gentil avec les femmes, mais toi tu as de l’atout… une gonzesse peut être fière de toi… personne ne touchera à mes endosses et tu seras toujours mon homme ! Allons ! un bécot et qu’on fasse risette à sa petite femme !…

(Edmond Lepelletier, Les Secrets de Paris)

Entretenir une femme

Delvau, 1864 : Se charger de son existence, à la condition qu’elle se chargera de votre jouissance, et que vous aurez le droit de coucher avec elle — quand cela lui plaira.

Ils entretiennent des gonzesses
Qui loge’ à la patt’ de chat.

(Guichardet)

Épargner le Poitou (ne pas)

France, 1907 : Prendre des précautions, se tenir sur ses gardes.

N’épargnons le Poitou
Poissons avec adresse
Messières et gonzesses
Sans faire de regoût.

(Vidocq)

Être à poil

Delvau, 1864 : Être nue devant l’homme, ou nu devant la femme.

Je n’ bande jamais bien d’vant une gonzesse qu’est tout à poil.

(Lemercier de Neuville)

Fader

Ansiaume, 1821 : Partager.

Il m’a trahi quand il s’est agi de fader.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Partager le butin provenant d’un vol.

Vidocq, 1837 : v. a. — Partager les objets volés.

M.D., 1844 / M.D., 1844 : Partager.

Larchey, 1865 : Partager. — V. Coquer. — De l’ancien verbe fadiar : assigner. V. Roquefort.

Delvau, 1866 : v. n. et a. Partager des objets volés.

Rossignol, 1901 : Partager.

France, 1907 : Partager un vol ; du vieux mot fadiar.

Si le greco qu’est au milieu
Ne fade pas, jette-le au feu.

(Hogier-Grison, Maximes des tricheurs)

Payer.

Le pante a beau fair’ des largesses
Il ne peut être aimé comm’ nous,
Il a beau fader nos gonzesses,
Il n’sait pas leur foutre des coups.

(Aristide Bruant)

Fiques

France, 1907 : Vêtements.

La petite gonzesse à de fignoles fiques ! Pas besoin de dire avec quel instrument elle les a gagnées.

Flambeau

Fustier, 1889 : Factionnaire. Argot des soldats.

La Rue, 1894 : Affaire. Métier. Aventure. Bath flambeau, belle invention. Avoir le flambeau, être habile.

Rossignol, 1901 : Jeu. — « fait voir ton flambeau, je vais te dire si tu as gagné. » Flambeau veut aussi dire la chose, l’affaire : ce qu’il a fait n’est pas un chouette flambeau.

France, 1907 : Idée, projet.

— Voilà le mic-mac… Rogareff nous avait signalé un Russe comme lui, mais un douillard, arrivant de son pays pour rechercher une jeune fille… une héritière qui se trouvait à Paris… chez lui, Rogareff… il s’agissait, vous saisissez bien le flambeau, il s’agissait de supprimer le Russe et de chauffer la gonzesse…

(Edmond Lepelletier)

Gironde

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Belle, jolie.

Clémens, 1840 : Gentil.

Halbert, 1849 : Fille perdue, jolie, terme de mépris énergique.

Larchey, 1865 : Jolie fille. — Terme de mépris (Bailly).

Delvau, 1866 : adj. f. Se dit de toute fille ou femme agréable, plaisante à voir ou à avoir. Argot des voleurs. On dit aussi Girofle.

Rigaud, 1881 : Jolie femme, belle femme.

La Rue, 1894 : Jolie femme.

Virmaître, 1894 : Belle femme (Argot des souteneurs). Le souteneur qui se lamente lorsqu’elle vieillit, lui chante :

Dans ce temps-là t’étais rien gironde.
Maint’nant tu toquardes de la frime
T’es comme une planche toujours en bombe,
T’es même des mois sans changer de lime.

Rossignol, 1901 : Belle.

France, 1907 : Jolie, bien faite.

Roméo. — Quelle est cette gonzesse qui déboule par ici !
Juliette. — Oh ! la jolie gueule !
Roméo. — Bonjour, Mam’zelle, vous êtes rien gironde.
Juliette. — Et vous, je vous trouve rudement chouette… Vous devez an moins vous appeler Alphonse.
Roméo. — Non. Roméo seulement.

(Le Théâtre Libre)

Ma gosse à moi, c’est eun’ gironde,
Mais a’ crân’ pas comm’ ces femm’s-là,
D’ailleurs faut qu’a’ parle à tout l’monde
Pisque c’est l’métier qui veut ça.

(Aristide Bruant)

Gonce, gonzesse

anon., 1907 : Homme, femme.

Gonsse, gossier, gonzesse

La Rue, 1894 : Homme ; femme.

Gonze, gonzesse

Larchey, 1865 : Homme, femme. V Regout, Raleur. — Pris souvent dans le sens de Bourgeois à dépouiller.

Mais votre orange est fichée. Elle n’a point de queue ? — Allez donc, gonze.

(Vadé, 1788)

Gonzesse

Delvau, 1864 : Fille on femme de mœurs beaucoup trop légères ; fille publique même.

Allumer tous les soirs la chandelle de l’hyménée en faveur d’un tas de gonzesses…

(Lemercier de Neuville)

Ils entretienn’nt des gonzesses
Qui loge’ à la Patt’ de Chat.

(Guichardet)

Delvau, 1866 : s. f. Femme en général, et, en particulier, Maîtresse, concubine.

Rigaud, 1881 : Femme, la première venue. — Amante.

Merlin, 1888 : Maîtresse, catin, — de l’argot parisien.

Hayard, 1907 : Femme.

France, 1907 : Femme, en général, maîtresse, concubine.

Et c’est ceux-là qu’a des boutiques !
Des étalag’ ébouriffants !!
Un fonds !… des clients !!… des pratiques !…
Et des femm’ avec des enfants…
Des môm’s qui leur fait des caresses !…
Moi… j’vis tout seul comme un hibou,
Avec quoi qu’j’aurais des gonzesses ?
Ej’ vends mon crayon pour un sou…

(Aristide Bruant)

C’est nous qu’on voit passer avec des nœuds d’cravate,
Des bleus, des blancs, des roug’ et des couleur cocu ;
Et si nos p’tit’s gonzess’s traîn’ un peu la savate,
Nous avons des pantoufl’s pour leur y fout’ dans l’cul.

(Aristide Bruant)

Franchement, le coup d’œil n’avait rien de superbe,
L’assassin regrettait d’avoir risqué la gerbe,
La mise en scène était déplorable, sans chic,
Et pas une gonzesse, hélas ! dans le public.

(Paul Nagour)

Gonzesse à l’harnache

France, 1907 : Femme en carte ; littéralement, appartenant à la police.

Gothon

Ansiaume, 1821 : Fille de joie.

Aujourd’hui je vais picter et rigoler avec les gothons.

Delvau, 1864 : Abréviation de Margoton, qui signifie fille de mauvaise vie.

Delvau, 1866 : s. f. Cuisinière malpropre. Signifie aussi Coureuse, — dans l’argot des bourgeois.

Merlin, 1888 : Maîtresse, catin, comme ci-dessus. — Gothon est un prénom comme Margot.

Largue d’altèque

France, 1907 : Belle femme.

Quand j’eu l’œil au trou de la serrure et que je l’aperçus qui laissait tomber ses frusques une à une, je me mis à loucher furieusement, disant à part moi : « Nom de Dieu ! la belle gonzesse, une vraie largue d’altèque. Et dire que c’est à cet arsouille ! Ah ! malheur ! »

(La Bande de Maître Benef)

Loucherbème

France, 1907 : Argot des bouchers. Il consiste dans la désarticulation du substantif de la langue ordinaire en le faisant précéder de la lettre l et suivre de la désinence bèmes. Ainsi boucher fait loucherbème. Cet argot est assez difficile à parler et demande de la pratique ; il est encore plus difficile à saisir des oreilles profanes. On en a augmenté la difficulté en substituant à bème, tantôt muche, tantôt mar ou oque. Voir Largonji.

Moi, j’suis gonzesse d’loucherbème,
Un soir qu’a m’fera trop lierchème,
J’y fous mon vingt-deux dans la peau.

(Aristide Bruant)

Marle

Rossignol, 1901 : Malin.

France, 1907 : Souteneur, corruption de marlou. Être marle, connaître la vie, être malin.

On ne s’embêtait pas un seul instant ; le marle, non, le maître offrait du champagne… et il en vendait !
Il vendait de tout, même… surtout des gonzesses, sous prétexte de lancer des artistes : les vieux y trouvaient leur compte et lui aussi !

(Aristide Bruant, Les Bas-fonds de Paris)

Marron

d’Hautel, 1808 : Au propre, espèce de grosse châtaigne ; au figuré, terme d’imprimerie, libelle, ouvrage fait clandestinement, sans permission.
On a fait de ce mot, le substantif marronneur, ouvrier qui fait des marrons ; et le verbe marronner, imprimer, vendre ou colporter des marrons.
Se servir de la pate du chat pour tirer les marrons du feu. Se servir de quelqu’un pour faire une chose que l’on n’ose hasarder soi-même.

Clémens, 1840 : Pris, arrêté, reconnu.

un détenu, 1846 : Individu pris sur le fait.

Halbert, 1849 : Surpris.

Larchey, 1865 : En flagrant délit de vol ou de crime. — Du vieux mot marronner : faire le métier de pirate, de corsaire. V. Roquefort. — Marron serait en ce cas une abréviation du participe marronnant. — Paumer marron, Servir marron : Prendre sur le fait. — V. Servir, Estourbir.

J’ai été paumé marron.

(La Correctionnelle)

Delvau, 1866 : s. m. Livre imprimé clandestinement, — dans l’argot des typographes.

Delvau, 1866 : s. m. Rapport, procès-verbal des chefs de ronde, — dans l’argot des soldats.

Rigaud, 1881 : Brochure imprimée clandestinement. — Procès-verbal des chefs de ronde. (A. Delvau)

Rigaud, 1881 : Celui qui exerce illicitement un métier. — Paumer, servir marron, prendre en flagrant délit de vol. — Marron sur le tas, pris en flagrant délit de vol. Marron est une déformation de marry, ancien mot qui veut dire contrit.

Rigaud, 1881 : Contusion, coup et principalement coup qui marque le visage ; par allusion à la couleur qu’arbore la partie contusionnée. — Coller des marrons, attraper des marrons. La variante est : châtaigne qu’on prononce châtaigne.

Boutmy, 1883 : s. m. Ouvrier compositeur travaillant pour son propre compte chez un maître imprimeur, qui lui fournit le matériel et auquel il paye tant pour cent sur les étoffes.

La Rue, 1894 : Livre imprimé clandestinement. Rapport des chefs de ronde. Coup au visage. Homme qui exerce illicitement un métier. Paumé marron, pris en flagrant délit de vol.

Virmaître, 1894 : Livre imprimé clandestinement (Argot d’imprimerie).

Rossignol, 1901 : Recevoir un coup de poing, c’est recevoir un marron.

Hayard, 1907 : Livre imprimé clandestinement.

France, 1907 : Coup de poing.

— Vous voyez de quoi il retourne, les enfants, dit Nib, en reprenant son ton ironique. Monsieur se mêle de nos petites affaires… Il veut s’occuper de nos gonzesses… Il s’informe de ce que nous avons fait de la môme qu’il a vue avec nous… Il est pas mal curieux, le Monsieur !…
— Fiches-y un marron par la g… ! dit Mille-Pattes.

(Edmond Lepelletier)

France, 1907 : Ouvrier compositeur qui travaille pour son propre compte chez un maître imprimeur, qui lui fournit, moyennant au tant pour cent, le matériel.

France, 1907 : Pris. On écrit aussi maron.

Pendant qu’t’étais à la campagne
En train d’te fair’ cautériser,
Au lieur ed’rester dans mon pagne,
Moi, j’mai mis à dévaliser ;
Mais un jour, dans la ru’ d’Provence,
J’me suis fait fair’ marron su’ l’tas,
Et maint’nant j’tire d’la prévence
À Mazas.

(Aristide Bruant)

Être paumé ou pommé marron, être pris.

On la crible à la grive
Je m’la donne et m’esquive,
Elle est pommée marron.

Être servi marron, même sens.

— Que je sois servie marron au premier messière que je grincherai, si je lui en ouvre seulement la bouche.

(Mémoires de Vidocq)

Meule

La Rue, 1894 : Sans argent.

Virmaître, 1894 : Vide. C’est veule qu’il faudrait dire, veule signifie mou. Meule est une corruption (Argot des souteneurs). N.

Rossignol, 1901 : Sans argent.

France, 1907 : Corruption de veule, mou, vide, qui se laisse aller.

J’comprends, quand eun’ gonzesse est meule,
Qu’a monte avec des gens qu’est saouls,
Mais qu’a fass’ dés homm’s à trent’ sous !…
J’y fout’rais mon poing su’ la gueule !

(Aristide Bruant)

Miché

Delvau, 1864 : Homme galant forcé d’acheter ce que les femmes galantes donnent pour rien à leurs amants de cœur.

Allumer tous les soirs la chandelle de l’hyménée en faveur d’un tas de gonzesses et d’autant de michés.

(Lemercier de Neuville)

Surtout selon l’argent donné par le miché.

(Louis Protat)

Larchey, 1865 : Homme payant l’amour d’une femme. — Peut venir des vieux mots michon : sot (V. Roquefort) ou michon : argent de poche (V. d’Hautel).

On appelle miché Quiconque va de nuit et se glisse en cachette Chez des filles d’amour, Barbe, Rose ou Fanchonnette.

(Mérard de Saint-Just, 1764)

Dans une Protestation des Filles de Paris, 1790, nous lisons :

Ce pourfendeur de Mars avait bien affaire aussi de se présenter pour nous enlever nos michés.

« La biche étudiante qui avait levé un michet quelconque. » — 1860, les Étudiants du Quartier latin. On disait aussi micheton « All’ me dit : Mon fiston, Étrenne ma tirelire. Je lui réponds : Ma poule, tu m’ prends pour un mich’ton. » — Le Bâtonniste à la Halle, Aubert, 1813. Outre le miché proprement dit, il y a le miché sérieux et le miché de carton — « 1/ Le michet sérieux équivaut à l’entreteneur… Dans un lieu de plaisir où les femmes sont nombreuses, les jeunes gens se disent souvent, comme un mot d’ordre : Messieurs, ne parlez pas à la petite une telle, elle est ici avec son michet sérieux. Le même individu se désigne aussi par ce mot : Ponteur. Ce dernier mot, pris dans le vocabulaire des jeux, vient du verbe Ponter (V. Ponter). — 2/ Le michet de carton est un jeune homme bien élevé, qui fréquente les femmes entretenues. Il ne va jamais coucher chez elles, sauf durant les interrègnes des michets sérieux. En tout autre cas, sa maîtresse vient chez lui. Il ne donne que des cadeaux, paie à souper, à dîner dehors, à déjeuner chez lui. Il conduit aux courses en voitures et au théâtre en petites loges de baignoires Il ne sort point dans la rue avec les femmes. Il les salue au bois d’un petit geste. » — Cadol. — Il y a longtemps que le carton symbolise une apparence trompeuse. Saint-Simon appelait déjà le duc du Maine un roi de carton, c’est-à-dire un roi de cartes. V. Carton, Mikel.

Delvau, 1866 : s. m. Client, — dans l’argot des photographes ; homme ou femme qui achète, qui paie, — dans plusieurs autres argots.

Delvau, 1866 : s. m. Homme quelconque, jeune ou vieux, laid ou beau, disposé à acheter ce qui ne devrait jamais se vendre, — dans l’argot des filles, qui emploient depuis longtemps cette expression, contemporaine de michon (argent) et de miche (pain).

On appelle miché…
Quiconque va de nuit et se glisse en cachette
Chez des filles d’amour, Barbe, Rose ou Fanchette,

dit un poème de Médard de Saint-Just (1764).
Miché de carton. Amant de passage, qui n’offre que des gants de filoselle. Miché sérieux. Protecteur, ou amant généreux qui offre une boîte entière de gants.

La Rue, 1894 : Niais. Dupe. Homme qui pave généreusement les faveurs d’une Aile. Miché de carton, homme qui paye mal ou pas du tout les filles.

Virmaître, 1894 : Homme qui monte avec une fille, en payant, ou qui y couche. Miché était déjà connu en 1764. Merard de Saint-Just dit ceci :

D’où vient qu’on appelle miché
Quiconque va de nuit et se glisse en cachette
Chez des filles d’amour, Barbe, Rose ou Fanchette (Argot des souteneurs).

Hayard, 1907 : Riche client d’une fille.

France, 1907 : Niais, dupe, ou simplement client, dans l’argot des souteneurs et des prostituées. Le miché est celui qui paye, du vieux mot michon, bien, richesse. Mais les michés n’apportent pas toujours la richesse, il y en a qui ne payent pas ou qui payent peu : ce sont les michés de carton. Quant à ceux qui payent bien, on les appelle michés sérieux.

Les femmes — dit Léo Taxil — appellent « michés sérieux » les clients qui montent et flanelles ceux qui se contentent de peloter et de payer un petit verre…
On a prétendu, ajoute-t-il, que toutes les prostituées de Paris avaient un argot ou un jargon qui leur était particulier ; ceci n’est pas exact, nous avons vu qu’elles désignent le client sous le nom de miché, le visiteur qui ne monte pas sous celui de flanelle. Pour elles, les inspecteurs sont des « rails », un commissaire de police un « flique », une jolie fille une « gironde » ou une « chouette », une fille laide un « roubion », etc. Ce sont là des expressions qui font partie du langage des souteneurs qui, eux, possèdent un véritable argot ; elles en retiennent quelques mots et les mêlent à leur conversation. Quant aux prostituées qui s’entendent avec les voleurs et qui n’ont recours au libertinage que pour cacher leur réelle industrie, il n’est pas étonnant qu’elles ont adopté le jargon de leurs suppôts ; mais on ne peut pas dire que ce langage soit celui des prostituées.

(La Prostitution à Paris)

Or, quelqu’un les remarque et se met à les suivre,
L’espoir de voir finir la dèche les enivre ;
Leur pas se ralentit, d’instinct, sans faire exprès…
Le monsieur est bien mis et fume des londrès,
Tandis que leurs premiers amants fumaient la pipe ;
Elles tournent la tête, et jetant sur ce type,
Par-dessurs leur épaule, un regard curieux,
Songent : « Oh ! Si c’était un miché sérieux ! »

(André Gill, La Muse à Bibi)

Un vieux miché, un vieux beau.

Tel au printemps un vieux miché
Parade en galante toilette.

(André Gill)

On écrit aussi michet.

Vous êt’s tous des fils de michets
Qu’on envoie téter en nourrice ;
C’est pour ça qu’vous êt’s mal torchés…
Allez donc dir’ qu’on vous finisse !

(Aristide Bruant)

anon., 1907 : Le client.

Minzingo

France, 1907 : Cabaretier, marchand de vin. Corruption de manzingue.

Je la rencontrai chez le minzingo qu’est au coin du boulevard ; elle s’enfilait un demi-setier avec le tambour-maître. « Ah ! la gironde gonzesse, que je me dis : quinze ans et pas de corset ! »

(Les Joyeusetés du régiment)

Mistonne

Hayard, 1907 : Jeune fille.

France, 1907 : Fille ; corruption de fistonne.

Ma mistonne est eun’ chouett’ mènesse,
Alle est gironde et bath au pieu,
C’est c’qu’on appelle eun’ rich’ gonzesse ;
Aussi j’l’aim’ ben ! mais, nom de Dieu !
Ya pas moyen qu’a tais’ sa gueule…

(Aristide Bruant, Dans la rue)

Nez (avoir dans le)

Vidocq, 1837 : Détester, hair.

Delvau, 1866 : v. a. Détester une chose ou quelqu’un. C’est le Ne pouvoir sentir de l’argot des bourgeois.

France, 1907 : Détester quelqu’un, ne pouvoir le sentir. Expression figurée fort expressive.

Le gros capitaine harcelait partout la petite, dans la salle quand ils étaient seuls, dans les escaliers, dans le corridor et jusque dans la cuisine. Il cherchait à la pincer, à lui prendre la taille, le menton, tout ce qu’il pouvait. Il ne se décourageait pas malgré sa résistance et les rebuffades dont elle l’accablait : « Non, non ! criait-elle, laissez-moi tranquille, je ne veux pas de vous, je vous abomine, je vous ai dans le nez. »

(Les propos du Commandeur)

C’est pas qu’j’ay l’cœur à la tendresse,
Mais j’suis jaloux. Vous comprenez :
Ej’ veux pas qu’on r’trouss’ ma gonzesse,
V’là pourquoi qu’j’ai Polyt’ dans l’nez.

(Aristide Bruant)

Niber

Rigaud, 1881 : Regarder. Nibe la gonzesse, regarde la femme, — dans le jargon des rôdeurs de barrière.

Patte de chat (la)

Delvau, 1864 : Bordel fameux, situé sur le boulevard Courcelles, où presque toute la présente génération aura passé.

Ils entretienn’nt des gonzesses
Qui log’t à la Patt’ de chat.

(Guichardet)

Paumer

Vidocq, 1837 : v. a. — Perdre.

un détenu, 1846 : Prendre, saisir, empoigner.

Larchey, 1865 : Empoigner. V. Du Cange. — Du vieux mot paumoier. — V. Cigogne.

Rends-moi la bourse, ou sinon je te paume.

(le Rapatriage, parade, dix-huitième siècle)

Larchey, 1865 : Perdre.

Je ne roupille que poitou ; je paumerai la sorbonne si ton palpitant ne fade pas les sentiments du mien.

(Vidocq)

Delvau, 1866 : v. a. Empoigner, prendre — avec la paume de la main. S’emploie au propre et au figuré. Être paumé. Être arrêté. Être paumé marron. Être pris en flagrant délit de tricherie, de vol ou de meurtre.

Delvau, 1866 : v. a. Perdre, — dans l’argot des voleurs. Paumer la sorbonne. Devenir fou, perdre la tête.

Rigaud, 1881 : Arrêter, appréhender au corps. Se faire paumer ; mot à mot : se faire mettre la paume de la main au collet.

Rigaud, 1881 : Dépenser, — dans le jargon des ouvriers. Paumer son fade, dépenser l’argent de sa paye.

Rigaud, 1881 : Perdre, — dans le jargon des voleurs. — Paumer l’atout, perdre courage.

La Rue, 1894 : Perdre. Dépenser. Empoigner. Arrêter. Se paumer, s’égarer.

Virmaître, 1894 : Perdre.
— Tu fais une drôle de gueule.
— J’avais deux sigues d’affure et j’en paume quatre, y a de quoi.
— Fallait pas jouer (Argot des voleurs). N.

Rossignol, 1901 : Perdu. — « J’ai paumé ma bourse. » — « J’ai paumé au jeu. » — Celui qui a de la perte a de la paume.

Rossignol, 1901 : Prendre, surprendre, arrêter. — « J’ai été paumé par ma mère au moment où je fouillais dans sa bourse. » — « Le môme Bidoche a été paumé en volant à l’étalage. »

Hayard, 1907 : Perdre.

France, 1907 : Dérober, détourner adroitement quelque chose, mettre la paume de la main sur un objet.

France, 1907 : Donner, lancer. « Paumer la gueule à un roussin », donner un coup de poing sur la figure d’un agent. Argot des voyous.

France, 1907 : Manger avec avidité.

France, 1907 : Prendre, arrêter, saisir ; littéralement, tenir dans la paume de la main, Argot populaire.

Il y a trois ans, les enjuponnés cherchaient les assassins d’un paysan et de sa femme ; ils en avaient déjà deux dans les griffes, il leur manquait un troisième.
Au hasard, ils paumèrent un pauvre bougre qui n’était pour rien dans l’affaire.

(Le Père Peinard)

Paumer sur le tas, arrêter en flagrant délit. Paumé dans le dos, flambé, perdu.

— Faut gicler, les gonzesses, on va vous paumer su’l’tas.

(A. Bruant, Les Bas-fonds de Paris)

Pet

d’Hautel, 1808 : Fier comme un pet. Pour dire, hautain, orgueilleux ; qui affecte l’air méprisant et dédaigneux.
Pet en l’air. On appeloit ainsi à Paris, il y a quelques années, une espèce de casaquin que portoient les femmes.
Pet de nonne. Espèce de pâtisserie soufflée.
Un pet à vingt ongles. Manière burles désigner l’enfant dont une fille est accouchée.
On tireroit plutôt un pet d’un âne mort. Se dit d’un homme avare et dur à la desserre.

Clémens, 1840 : Manquer un vol.

Delvau, 1866 : s. m. Embarras, manières. Faire le pet. Faire l’insolent ; s’impatienter, gronder. Il n’y a pas de pet. Il n’y a rien à faire là dedans ; ou : Il n’y a pas de mal, de danger.

Delvau, 1866 : s. m. Incongruité sonore, jadis honorée des Romains sous le nom de Deus Crepitus, ou dieu frère de Stercutius, le dieu merderet. Glorieux comme un pet. Extrêmement vaniteux. Lâcher quelqu’un comme un pet. L’abandonner, le quitter précipitamment.

Virmaître, 1894 : Signal convenu pour prévenir ses complices qu’il y a du danger.
— Pet, pet, v’là les pestailles.
On dit également :
— Au bastringue du Pou Volant, il y aura du pet ce soir (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Danger.

Sauvons-nous, il y a du pet.

France, 1907 : Bruit, tapage, plainte en justice. Faire du pet, causer du bruit, du scandale ; faire le pet, manquer son coup. Il y a du pet, les choses tournent mal ; les voleurs, les escarpes, les souteneurs, pour prévenir d’un danger, crient : Pet ! pet ! comme des collégiens disent : Vesse ! vesse !

— Dis donc, Paul, il parait qu’il y a du pet, ce soir ?
— Je te crois ! Et les maqués du passage ont écopé… Y a Julot qui a voulu défendre sa femme ; on l’a fourré dedans… Un coup de rébellion… Tu sais, avec ses six jugements, il est foutu de passer l’eau. Les gonzesses des Princes osent plus sortir… J’ai été les prévenir.
— Et ma sœur ?’Tas pas vu ma sœur ?

(Oscar Méténier)

Il n’y a pas de pet, tout est tranquille. Cette expression signifie également : C’est bien certain, il n’y a pas d’erreur.

La foi est-elle morte, bon dieu ? ou la putain d’Église va-t-elle se ravigotter, entassant dans son giron les bons bougres en foultitude ?
Y’a pas de pet ! la foi est morte ; le paysan ne croit plus aux balourdises du prêtre, il n’y croit plus et n’y croira jamais !

(Le Père Peinard)

Glorieux comme un pet, vaniteux à l’excès ; lâcher quelqu’un comme un pet, l’abandonner brusquement.

Petillards

Virmaître, 1894 : Diamants. Pétiller est dit pour briller. C’en est le superlatif.
— Les durailles de la gonzesse sont pétillants aux pendus glacés (Argot des voleurs). N.

Poitou

Ansiaume, 1821 : Nier.

Le cardeuil a voulu me faire manger sur l’affaire, mais poitou.

Larchey, 1865 : Nulle chose. — Mot à mot : point du tout. — Jeu de mots analogue à celui de Niort.

Tout est à notre usage, N’épargnons le poitou.

V. Paumer.

Delvau, 1866 : adj. Point, non, nullement, — dans l’argot des voleurs.

Delvau, 1866 : s. m. Le public, — dans le même argot [des voleurs].

Rigaud, 1881 : Non ; rien ; formule négative. Vieux-mot argotique remis, depuis peu, en circulation par les rôdeurs de barrière qui en ont fait poiton et poite. — As-tu vingt ronds ? — Du poitou.

Rigaud, 1881 : Précautions. — Peine. — Épargner le Poitou, prendre ses précautions.

Rigaud, 1881 : Public, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Public. Non, point, nullement. Signifie aussi précaution, attention.

Virmaître, 1894 : Non. A. D. Poitou : Public. A. D. Poitou : Nulle chose. L. L. C’est assez difficile à accorder. Qui a raison des deux auteurs ? Moi, je crois que poitou veut dire silence, prenez garde, car ce mot est employé dans les prisons à l’arrivée d’un surveillant (Argot des voleurs). N.

Hayard, 1907 : Public.

France, 1907 : Le public ; argot des voleurs. Cette expression ne viendrait-elle pas de ce qu’on disait autrefois les asnes de Poitiers ? Épargner le poitou, prendre des précautions.

Partage, ou non partage,
Tout est à notre usage ;
N’épargnons le poitou ;
Poissons avec adresse
Messières et gonzesses,
Sans faire de regoût.

France, 1907 : Rien. Jeu de mot sur point du tout. Argot des voleurs.

Regout (faire du)

Larchey, 1865 : Être arrêté.

Poissons avec adresse mezières et gonzesses sans faire de regout.

(Vidocq)

Rigaud, 1881 : Éveiller les soupçons. C’est faire du ragoût avec changement d’une lettre. — Faire du bruit, se disputer.

Rembroquer

Ansiaume, 1821 : Regarder.

As-tu vu comme le camelotier nous rembroquoit ?

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Observer.

Vidocq, 1837 : v. a. — Reconnaitre.

Clémens, 1840 : Envisager, regarder.

M.D., 1844 : Regarder.

Delvau, 1866 : v. a. Reconnaître. Signifie aussi Regarder.

Rigaud, 1881 : Reconnaître. — Rembroquer le portrait d’une gonzesse, reconnaître la figure d’une femme.

La Rue, 1894 : Reconnaître. Regarder.

Virmaître, 1894 : Regarder.

Ses deux beaux chasses vous rembroquaient,
Puis à la piaule tous les gonces la refilaient.
Elle fit mince casquer les marlous,

dit la chanson du mac de Grenelle (Argot des souteneurs).

France, 1907 : Reconnaitre, examiner ; argot des voleurs.

— Nous avons aboulé chez le pante, et j’ai effarouché la blanquette et des fringues que nous avons mis en pacsin, nous avions un aminche qui gaffait, mais il n’a pas remouché le pante qui rentrait quand je l’ai rembroqué.

(Delesalle, Autobiographie d’un malfaiteur)

Reposoir

Fustier, 1889 : Hôtel garni. Argot des voyous.

Les garnis sont le plus bel ornement de la rue. Ils ont aussi leurs noms : reposoirs ou assommoirs.

(Henri IV, 1882)

France, 1907 : Hôtel meublé, cabaret de bas étage, logements pour voleurs et prostituées.

Paris, en dépit de ses démolitions… renferme toujours des tapis-francs, comme au temps d’Eugène Sue. Leurs noms seuls ont changé. Ce sont des Ribines, des Reposoirs, des Assommoirs dont le Château-Rouge possède, en fait d’alphonses, d’escarpes ou de gonzesses, la fleur du panier.

(Mémoires de M. Claude)

France, 1907 : Lieu de recel ; argot des voleurs.

Le reposoir, tenu par le fourgat, est un lieu de recel pour le criminel qui ne travaille qu’en ville.

(Mémoires de M. Claude)

Ronflant

Rigaud, 1881 : Bien mis. — Gonse ronflant, homme bien mis. — Gonzesse ronflante, femme bien mise. — Dégringoler un ronflant, voler un homme bien mis.

Rigaud, 1881 : Poêle, calorifère.

La Rue, 1894 : Bien mis.

Rossignol, 1901 : Beau, bien. Il est bien habillé, il est ronflant.

Hayard, 1907 : Beau, bien, agréable.

France, 1907 : Élégant, bien mis. C’est ronflant, c’est très bien.

France, 1907 : Poêle.

Sérieuse (la)

France, 1907 : La guillotine.

— Eh bien ! puisque cette gonzesse nous a vus, qu’elle a entendu ce que nous avons dit et qu’elle peut tous nous envoyer à la sérieuse, il faut qu’elle nous donne un gage de sa discrétion.

(Edmond Lepelletier)

Suçage de pomme

Rigaud, 1881 : Embrassade.

France, 1907 : Baiser.

Depuis au moins dix minutes le gonce et la gonzesse se livraient à un suçage de pomme que l’eau m’en venait à la bouche…

(Les Joyeusetés du régiment)

Sucer la pomme

France, 1907 : Embrasser.

— Crois-tu, mon vieux ! V’là la gonzesse qu’est allée se faire sucer la pomme par un vieux qu’a cinquante-cinq piges ; mais j’vais la mettre à la redresse.

(Louis Barron, Paris-Étrange)

J’couch quèqu’fois sous des voitures ;
Mais on attrap’ du cambouis,
J’veux pas chlinguer la peinture
Quand j’suc’ la pomme à ma Louis.

(J. Richepin, La Chanson des gueux)

Suiffée

Delvau, 1866 : s. f. Coups donnés ou reçus.

France, 1907 : Correction.

France, 1907 : Riche, bien attifée. Féminin de suiffard. « Une gonzesse suiffée. »

Toc, toque, tocasson

Rigaud, 1881 : Laid, désagréable, qui a peu de valeur. — Elle est rien toc cette gonzesse ! cette femme est très laide.

Tromboler les gonzesses

Delvau, 1866 : v. a. Aimer les filles, — dans l’argot des maquignons.

Tromboller

Rigaud, 1881 : Aimer, — dans le jargon des voyous. — Tromboller les gonzesses, aimer les femmes.

La Rue, 1894 : Aimer.

Virmaître, 1894 : Aimer autrement que platoniquement.
— Je vais tromboller ma gonzesse (Argot des souteneurs).

France, 1907 : Aimer ; argot des voyous.

Vache

d’Hautel, 1808 : C’est une vache. Se dit injurieusement d’une femme dont l’embonpoint et trop volumineux. C’est du mot vache que l’on a fait le verbe populaire Avachir, épaissir à la manière des vaches.
Bon homme garde ta vache. Pour dire, prends garde à tes intérêts, à ce qui te concerne.
Il a pris la vache et le veau. Se dit d’un homme qui s’est uni à une femme qui a anticipé sur le sacrement de mariage.
Vache à lait. Personne à l’appui de laquelle on obtient toute espèce de considération, qui fournit à toutes les dépenses, à tout ce dont on a besoin.
La vache a bon pied. Pour dire cette personne est capable de soutenir tous les frais de l’entreprise.

Delvau, 1864 : Fille de la dernière catégorie, — par allusion à ses énormes tétons, sa seule beauté, et aussi à sa nonchalance de ruminante.

Comme on connaît les seins, on les honore.

(Vieux proverbe)

Avoue, Zidore, que ta Fifine est une bonne vache, et une vache à lait encore.

(Lireux)

Larchey, 1865 : Prostituée avachie. V. Blagueur.

Delvau, 1866 : s. f. Fille ou femme, de mauvaises mœurs, — dans l’argot du peuple. On dit souvent Prendre la vache et le veau, pour épouser une femme enceinte des œuvres d’un autre, — uxorem gravidam nubere.

Delvau, 1866 : s. f. Homme sans courage, avachi.

Rigaud, 1881 : Agent de la sûreté, — dans le jargon des voleurs.

Partout (à la prison de la Santé) on lit cette imprécation : Mort aux vaches ! Les vaches sont les agents de police.

(H. Cochin, Le Moniteur universel, du 13 fév. 1881)

Rigaud, 1881 : Femme avachie. — Dans ce sens-là une vache peut être encore honnête. Les Italiens disent en parlant de ce genre de femmes : grossa vacca, ou grossa porca.

Fustier, 1889 : Qui se vend à la police, mouchard.

La Rue, 1894 : Femme de mauvaises mœurs. Homme vil, sans courage. Agent de police. Dénonciateur. Temps chaud, lourd, orageux.

Virmaître, 1894 : Expression fréquemment employée dans le peuple pour qualifier une femme qui se livre au premier venu. Dans le peuple, quand on a dit d’une femme : c’est une vache, il est impossible de rien dire de plus. Quand un homme épouse une femme enceinte, on lui dit :
— Tu prends la vache et le veau (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Homme mou, bon à rien. Vache, quand il dénonce ses camarades ou travaille au rabais.
— Tu n’es qu’un cochon, tu passes ta vie à faire des vacheries (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Sergent de ville ou agent de la sûreté. Dans les prisons, malgré les règlements et la surveillance active pour les faire observer, les détenus écrivent leurs pensées sur les murs. Les plus communes sont celles-ci :
— Mort aux vaches.
— Quand je serai désenflaqué, gare à la vache qui m’a fait chouette et qui m’a fait tirer un bouchon (Argot des voleurs). N.

Rossignol, 1901 : On désigne ainsi les agents de police. On voit fréquemment écrit sur les murs :

Mort aux vaches, on les pendra, les bourriques.

Hayard, 1907 : Tout agent de la police.

France, 1907 : Fille ou femme de mœurs légères ; injure que les femmes du peuple adressent ouvertement et les bourgeoises mentalement à celles qu’elles n’aiment pas.

France, 1907 : Mouchard, magistrat, agent de police ; argot des souteneurs, des voleurs et des escarpes.

Elle avait été amenée là par deux horribles petits drôles… Ils étaient en train de dresser la gonzesse avant de l’envoyer battre le trimar, lorsque les roussins, les vaches, survinrent.

(Albert Cim, Institution de Demoiselles)

…Et si les bochons
Suffis’nt pas… on a des eustaches
Pour les saigner comm’ des cochons !
À bas les pant’s et mort aux vaches !

(Aristide Bruant)

anon., 1907 : Agent de police.

Vingt-deux

Vidocq, 1837 : s. m. — Couteau. Terme des voleurs flamands et hollandais.

Clémens, 1840 : Épée, couteau.

M.D., 1844 : Un poignard.

un détenu, 1846 : Couteau.

Halbert, 1849 : Un couteau.

Delvau, 1866 : s. m. Poignard, — dans l’argot des voleurs. Jouer du vingt deux, Donner des coups de poignard.

Rigaud, 1881 : Poignard, — dans l’ancien argot.

Merlin, 1888 : Couteau, — de l’argot parisien.

La Rue, 1894 : Poignard.

Virmaître, 1894 : Couteau. Jouer la vingt-deux, donner des coups de couteau. Vingt-deux : les deux cocottes. Vingt-deux : quand le compagnon placé le plus près de la porte voit entrer le prote dans l’atelier de composition, il crie :
— Vingt-deux ! Synonyme d’attention. Quand c’est le patron, il crie :
— Quarante-quatre ! En raison de l’importance du singe, le chiffre est doublé (Argot d’imprimerie). N.

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Couteau.

France, 1907 : Contremaître ; surveillant. Argot des voleurs.

France, 1907 : Couteau. Jouer du vingt-deux, donner des coups de couteau. Argot des rôdeurs ; allusion aux 22 sous, prix du couteau.

Nous avons voulu maquiller à la sorgue chez un orphelin, mais le pantre était chaud ; j’ai vu le moment où il faudrait jouer du vingt-deux et alors il y aurait eu du raisinet.

(Mémoires de Vidocq)

Moi, j’suis gonzesse d’loucherbème,
Un soir qu’à m’f’ra trop lierchème,
J’y fous mon vingt-deux dans la peau.

(Aristide Bruant)

anon., 1907 : Deux agents (cri d’alerte).

Vougri

France, 1907 : Auvergnat, dénommé ainsi à cause du juron qui lui est familier et qui n’est autre que notre mot bougre.

— Chouette, patron ! Ça y est !… C’est aujourd’hui que nous allons en mouiller. La gonzesse est seule. Le larbonchem vient de s’esbigner de sa turne. En dimanche, oui, madame ! habillé comme un astre : tromblon et rédingue, mince d’épate ! Longue course, rentrera pas avant souper. Hé ! là, vous y êtes ?
— Et j’y chuis, vougri !

(Jean Richepin)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique