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À la grive !

France, 1907 : Avertissement des voleurs entre eux pour indiquer l’approche de la police, pour veiller au grain, ce qui répond au vesse ! vesse ! des collégiens. Grive signifie la garde, de grivois, ancien sobriquet des soldats.

Par contretemps ma largue
. . . . . . . . .
Pour gonfler ses valades,
Encasque dans un rade,
Sert des sigues à foison ;
On la crible à la grive,
Je m’la donne et m’esquive :
Elle est pommée marron.

(Mémoires de Vidocq)

Anguille

d’Hautel, 1808 : Écorcher l’anguille par la queue. C’est faire quelque chose à rebours ; commencer par où l’on doit finir.
Anguille sous roche. Entreprise qui se trame sous main ; mauvais desseins, perfidie concertée en cachette.
Il est comme l’anguille de Melun, il crie avant qu’on l’écorche. Se dit d’un homme qui, étant sur le point de subir une opération, crie avant qu’on l’ait touché ; ou d’une personne qui se plaint d’un mal avant qu’il soit arrivé. Il y a plusieurs versions sur l’origine de ce proverbe ; une des plus accréditée est celle-ci, donnée par Barbazan.
« On représentoit à Melun les mystères de Saint-Barthélemi, qui, suivant la tradition de l’église, fut écorché ; et comme toutes les actions se passoient sur le théâtre, un nommé Languille qui faisoit le personnage du saint, fut attaché à une croix, pour être, en apparence, écorché ; celui qui le lioit, lui ayant fait mal, il se mit à pousser un grand cri ; et aussitôt quelques-uns des spectateurs se mirent à dire : Languille crie avant qu’on l’écorche. »

Vidocq, 1837 : s. f. — Ceinture.

Larchey, 1865 : Ceinture (Vidocq). — Une ceinture de cuir noir gonflée d’argent ressemble assez à une anguille.

Delvau, 1866 : s. f. Ceinture, — dans l’argot des voleurs.

Delvau, 1866 : s. f. Fouet à sabot, — dans l’argot des enfants.

Fustier, 1889 : Mouchoir roulé en façon de fouet et dont se servent les enfants au jeu de l’anguille.

Virmaître, 1894 : Ceinture. Allusion à sa souplesse (Argot des voleurs).

Hayard, 1907 : Ceinture.

France, 1907 : Ceinture ; argot des voleurs.

France, 1907 : Jeune voleur, mince et agile, qui s’introduit dans les immeubles par l’imposte. Voir Vol à la venterne et Venternier.

Bajaf

Delvau, 1866 : s. m. Butor, gros homme qui, sous l’effort de la respiration, gonfle ses jaffes ou ses abajoues, comme on voudra. Le peuple dit aussi Gros bajaf.

France, 1907 : Gros butor.

Ballon

d’Hautel, 1808 : Être enflé comme un ballon. Être bouffi d’orgueil ; tirer une grande vanité d’un petit succès ; faire le hautain et le fiérot.
On dit aussi par plaisanterie, en parlant d’une femme dont la grossesse est très-éminente, qu’Elle est enflée comme un ballon.

Larchey, 1865 : Derrière. — Enlever le ballon : Donner un coup de pied au derrière.

Inutile de faire remarquer l’analogie qu’il y a ici entre la partie du corps ainsi désignée et une peau gonflée de vent qu’on relève du pied.

(F. Michel)

Delvau, 1866 : s. m. Partie du corps humain dont la forme sphérique a été le sujet de tant de plaisanteries depuis le commencement du monde — et de la bêtise. Argot des faubouriens. Enlever le ballon à quelqu’un. Lui donner un coup de pied dans cette partie du corps sur laquelle on a l’habitude de s’asseoir.

Rigaud, 1881 : Derrière. — Enlever le ballon, donner un coup de pied au derrière.

Rigaud, 1881 : Postiche en crinoline qui avantage les femmes par derrière.

On a beau dire, Paméla ; femme sans ballon, oiseau sans plume.

(Grévin)

Rigaud, 1881 : Prison. — Être en ballon, être en prison. C’est une variante d’être emballé, et une allusion à l’état de l’aéronaute entre ciel et terre, c’est-à-dire mis dans l’impossibilité de s’échapper de la nacelle.

Fustier, 1889 : Art de tournoyer en dansant. — Verre de bière.

La Rue, 1894 : Le postérieur. Être ballon, être enlevé par la police.

Virmaître, 1894 : Postérieur copieux. Je vais t’enlever le ballon, pour coup de pied dans le derrière (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Prison. Allusion à la forme sphérique de Mazas (Argot des voleurs). N.

Rossignol, 1901 : Prison.

D’où viens-tu ? — Je sors du ballon.

Hayard, 1907 : Prison.

France, 1907 : Derrière. Enlever le ballon, donner un coup de pied au cul ; se donner du ballon se disait du temps des crinolines ; se lâcher du ballon, s’enfuir.
D’après Lorédan Larchey, « bien que l’image ou dessin qui sont reproduits paraisse être celle d’un ballon s’élevant du sol, c’est dans la légèreté traditionnelle de M. et Mme Ballon, célèbres danseurs de ballet sous Louis XIV, qu’il faut chercher l’origine du mot. Un Dictionnaire de la danse du siècle dernier le constate bien avant l’invention des aérostats. »
Ballon se dit aussi pour ventre : « Le ballon lui gonfle » et pour prison :

Au coin du boulevard, il rencontra deux gardiens qui emmenaient une fille.
— Tiens, la Momignarde ! Toujours les mêmes, alors ! Y a pas quatre jours qu’elle sort du ballon !

(Oscar Méténier)

Ballon (gonfler son)

Rigaud, 1881 : Commencer à donner des signes de grossesse. — Quand ma tortue aura fini de gonfler son ballon.

Berdouille

Halbert, 1849 : Ventre.

Delvau, 1866 : s. f. Ventre, — dans l’argot des faubouriens.

Virmaître, 1894 : Ventre.
— Que boulottes-tu donc, mon vieux, pour avoir une sacrée berdouille comme ça ?
On dit aussi bedaine (Argot du peuple).

France, 1907 : Ventre.

— T’as bouffé des haricots que t’en as la berdouille gonflée.

(Jean Richepin, Le Pavé)

Blague

Larchey, 1865 : Causerie. — On dit : J’ai fait quatre heures de blague avec un tel.
Blague : Verve ; faconde railleuse.

Quelle admirable connaissance ont les gens de choix des limites où doivent s’arrêter la raillerie et ce monde de choses françaises désigné sous le mot soldatesque de blague.

(Balzac)

Blague : Plaisanterie.

Je te trouve du talent, là sans blague !

(De Goncourt)

Pas de bêtises, mon vieux, blague dans le coin !

(Monselet)

Pousser une blague : Conter une histoire faite à plaisir.

Bien vite, j’pousse une blague, histoire de rigoler.

(F. Georges, Chansons)

Ne faire que des blagues : Faire des œuvres de peu de valeur.
L’étymologie du mot est incertaine. d’Hautel (1808) admet les mots blaguer et blagueur avec le triple sens de railler, mentir, tenir des discours dénués de sens commun. — Cet exemple, des plus anciens que nous ayions trouvés, ne prend blague qu’en mauvaise part. On en trouverait peut-être la racine dans le mot blaque qui désignait, du temps de ménage, les hommes de mauvaise foi (V. son dictionnaire). — M. Littré, qui relègue blague et blaguer parmi les termes du plus bas langage, donne une étymologie gaëlique beaucoup plus ancienne blagh souffler, se vanter.

Delvau, 1866 : s. f. Gasconnade essentiellement parisienne, — dans l’argot de tout le monde.
Les étymologistes se sont lancés tous avec ardeur à la poursuite de ce chastre, — MM. Marty-Laveaux, Albert Monnier, etc., — et tous sont rentrés bredouille. Pourquoi remonter jusqu’à Ménage ? Un gamin s’est avisé un jour de la ressemblance qu’il y avait entre certaines paroles sonores, entre certaines promesses hyperboliques, et les vessies gonflées de vent, et la blague fut ! Avoir de la blague. Causer avec verve, avec esprit, comme Alexandre Dumas, Méry ou Nadar. Avoir la blague du métier. Faire valoir ce qu’on sait ; parler avec habileté de ce qu’on fait. Ne faire que des blagues. Gaspiller son talent d’écrivain dans les petits journaux, sans songer à écrire le livre qui doit rester. Pousser une blague. Raconter d’une façon plus ou moins amusante une chose qui n’est pas arrivée.

Rigaud, 1881 : Mensonge, bavardage, plaisanterie, verve.

Ils (les malthusiens) demandent ce que c’est que la morale. La morale est-elle une science ? Est-elle une étude ? Est-elle une blague ?

(L. Veuillot, Les Odeurs de Paris)

M. F. Michel fait venir blague de l’allemand balg, vessie à tabac, avec transposition de l’avant-dernière lettre. M. Nisard soutient que le mot descend de bragar, braguar, qui servait à désigner soit une personne richement habillée, soit un objet de luxe. Quant à M. Littré, il le fait remonter à une origine gaélique ; d’après lui, blague vient de blagh, souffler, se vanter. Quoi qu’il en soit, le mot a été employé d’abord et propagé par les militaires, vers les premières années du siècle, dans le sens de gasconnade, raillerie, mensonge (V. Dict. de d’Hautel, 1806, Cadet Gassicourt, 1809, Stendhal, 1817). Sans remonter aussi loin, il ne faut voir dans le mot blague qu’un pendant que nos soldats ont donné au mot carotte.

France, 1907 : À un grand nombre de significations ; d’abord, mensonge, hâblerie. « Blague à part, causons comme de bons camarades que nous sommes. »

— Non, ma chérie, le bonheur n’est pas une blague, comme tu le dis, mais les gens sont idiots avec leur manière de concevoir la vie. Être heureux, qu’est-ce que cela évoque à l’esprit ? Une sensation pareille qui dure des années après des années ! Vois combien c’est inepte… L’existence est faite d’une quantité de secondes toutes différentes et qu’il s’agit de remplir les unes après les autres, comme des petits tubes en verre. Si tu mets dans tes petits tubes de jolis liquides colorés et parfumés, tu auras une suite exquise de sensations délicates qui te conduiront sans fatigue à la fin des choses… On veut toujours juger la vie humaine par grands blocs, c’est de là que vient tout le mal… Amuse la seconde que tu tiens, fais-la charmante, ne songe pas qu’il en est d’autres… Voilà comment on est heureux… le reste est de la blague.

(J. Ricard, Cristal fêlé)

Blague signifie ensuite plaisanterie, raillerie.

Le spectacle est d’autant plus curieux qu’on est les uns sur les autres et que la promiscuité y est presque forcée.
Le garçon du restaurant y blague le client qu’il servait tout à l’heure avec respect ; les souteneurs y débattent leurs petites affaires avec leurs douces moitiés au nez et à la barbe de ceux qui viennent de payer ces filles.
C’est la tour de Babel de la débauche nocturne.

(Édouard Ducret, Paris-Canaille)

C’est à l’héroïque blague, à l’irrespect du peuple de Paris, que Rochefort dut son succès. La Lanterne d’Henri Rochefort est une œuvre collective. C’est l’étincelle d’un courant. Ce courant lui était fourni par la pile immense, surchargée des mécontentements publics.

(Paul Buquet, Le Parti ouvrier)

Blague, faconde, verve, habileté oratoire.

Un homme d’esprit et de bonnes manières, le comte de Maussion, a donné au mot blague une signification que l’usage a consacrée : l’art de se présenter sous un jour favorable, de se faire valoir, et d’exploiter pour cela les hommes et les choses.

(Luchet)

Blague, causerie.

Bonjourier

Delvau, 1866 : s. m. Voleur au Bonjour. On dit aussi : Chevalier grimpant, — par allusion aux escaliers que ce malfaiteur doit grimper.

La Rue, 1894 : Voleur dans les chambres d’hôtel.

Virmaître, 1894 : Vol au bonjour. Ce vol se pratique dans les chambres d’hôtels. Le bonjourier monte lestement les escaliers comme s’il allait faire une visite, généralement le matin à l’heure à laquelle les gens dorment encore ; il voit une clé sur la porte, il entre doucement. Si le dormeur s’éveille, il lui souhaite le bonjour et s’excuse de s’être trompé de porte ; au cas contraire, il vole rapidement ce qui lui tombe sous la main et s’esquive. Il y a six mois, on arrêta une bande de bonjouriers qui avaient la spécialité de voler les souliers des locataires. Ils avaient sous le bras une serviette d’avocat gonflée de vieux journaux ; ils les jetaient dans un coin du couloir et les remplaçaient par les bottines et les souliers (Argot des voleurs).

Bouffi

d’Hautel, 1808 : Un gros bouffi. Un gros garçon dont le visage plein et joufflu ne dénote ni malice, ni finesse.

Virmaître, 1894 : Être joufflu. D’un vaniteux on dit qu’il est bouffi d’orgueil. On dit aussi ironiquement : tu l’as dit bouffi, dans le sens de grosse bête. Bouffi est le synonyme (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Noyé. Allusion à l’eau qui gonfle la face de l’individu qui reste longtemps immergé (Argot du peuple).

France, 1907 : Noyé.

Bourbe (la)

Delvau, 1866 : Nom que le peuple s’obstine à donner à l’hospice de la Maternité de Paris, malgré l’espèce d’infamie cruelle qui semble attachée à cette appellation.

Rigaud, 1881 : L’hospice de l’Accouchement, — dans le jargon du peuple. Ainsi nommé eu souvenir de la rue de la Bourbe où cet hospice était primitivement situé. — Aller pondre à la Bourbe. — Aller faire dégonfler son ballon à la Bourbe, aller accouchera la Bourbe.

La Rue, 1894 : L’hospice de la Maternité.

France, 1907 : Hôpital de la Maternité ; argot des faubouriens.

Le moment terrible vint ou les douleurs de l’enfantement se firent sentir. La malheureuse n’avait plus de gite. Elle avait dépensé son dernier sou. Elle errait dans les rues sans dormir ni manger. Enfin, elle alla frapper à la porte de la Maternité qui ne lui fut pas ouverte. « Il n’y a plus de place à la Bourbe, ma petite, lui dit un interne, va voir à la Clinique. »

(Michel Morphy, Le Vampire)

Caler les joues

Virmaître, 1894 : Bien boire et bien manger. Allusion aux joues qui gonflent lorsqu’elles sont pleines (Argot du peuple).

Casser sa bouteille

Fustier, 1889 : Expression populaire datant de l’année 1885 ; c’est vouloir se donner de l’importance, se gonfler, se faire aussi gros que le bœuf… et n’y point réussir.

Chaloupe

Larchey, 1865 : Femme dont le jupon se gonfle comme une voile de chaloupe. — « C’te chaloupe ! » crie Un gamin de Gavarni derrière une élégante.

Delvau, 1866 : s. f. Femme à toilette tapageuse, — dans l’argot des voyous. Chaloupe orageuse. Variété de chahut et femme qui le danse.

Cribler à la grive

Halbert, 1849 : Crier, avertir de prendre garde.

Virmaître, 1894 : Crier à la garde. Appeler au secours (Argot des voleurs).

France, 1907 : Crier à la garde.

Par contretemps, ma largue,
Voulant s’piquer d’honneur,
Craignant que je la nargue,
Moi qui n’suis pas taffeur
Pour gonfler ses balades
En caque dans un’ rade,
Sert sigues à foison.
On la crible à la grive,
Je m’la donne et m’esquive :
Elle est paumé’ marron.

(Vidocq)

Croupir dans le battant

Delvau, 1866 : v. n. Se dit d’une indigestion qui se prépare, par suite d’une trop grande absorption de liquide ou de solide.

Rigaud, 1881 : Stationner sur l’estomac, se refuser à circuler, préluder à une indigestion. Ces coquins de gonfle-bougres croupissent dans le battant.

France, 1907 : On dit d’une nourriture ou d’une boisson trop abondante qu’elle croupit dans le battant, c’est-à-dire dans l’estomac.

Débourrer

d’Hautel, 1808 : Il commence à se débourrer. Pour il devient insensiblement plus civil ; il se familiarise avec le ton, les usages du monde et les bienséances sociales.

Delvau, 1866 : v. a. Déniaiser quelqu’un, — dans l’argot du peuple. Se débourrer. S’émanciper, se dégourdir.

Fustier, 1889 : Jargon des maquignons. Cheval débourré, cheval qui a perdu l’embonpoint factice qu’on lui avait donné pour le vendre.

Au bout de quelque temps, les fraudes se découvrent, l’embonpoint factice s’affaisse, les côtes reparaissent, et la bête est ce qu’on appelle débourrée…

(Siècle, 1867. Cité par Littré.)

Rossignol, 1901 : L’empereur n’y allait pas à cheval.

Hayard, 1907 : Aller aux water-closets.

France, 1907 : Déniaiser. Enlever la bourre d’innocence, dégrossir.

… Faites-nous des romans
Remplis de passions et de débordements ;
Qu’ils soient bien croustillants, gonflés de choses sales,
Détritus ramassés aux fanges de nos halles ;
Mettez-y des catins retroussant leur jupon…
Surtout des vieux paillards, au nez plein de roupilles,
Qui s’en vont débourrant toutes les jeunes filles.

(Barrillot, La Mascarade humaine)

Enflé

Delvau, 1866 : s. m. Imbécile, homme dont on se moque, — dans l’argot des faubouriens. Ohé ! l’enflé ! est une injure à la mode.

France, 1907 : Imbécile présomptueux, l’homme qui se gonfle.

Fayots (avoir bouffé des)

Rigaud, 1881 : Être enceinte, — dans l’argot des marins. C’est une locution provençale répandue parmi les matelots. Mot à mot : avoir mangé des haricots. Allusion à la réputation qu’ont les haricots de gonfler celui qui en mange.

Flafla

Larchey, 1865 : Grand étalage. — Onomatopée.

Delvau, 1866 : s. m. Étalage pompeux, en paroles ou en actions, — dans l’argot du peuple, très onomatopéique. Car je ne pense pas qu’il faille voir autre chose qu’une onomatopée dans ce mot, qui est une imitation, soit d’une batterie de tambour bien connue, soit du fracas de l’éclair.
Comme Parisien, ayant emboîté le pas aux tapins de mon quartier, lorsque j’étais enfant, je pencherais volontiers pour la première hypothèse ; comme étymologiste, j’inclinerais à croire que la seconde vaut mieux, — d’autant plus que les Anglais emploient le même mot dans le même sens. Flash (éclair), disent-ils ; flash-flash (embarras, manières.)
Faire du fla-fla. Faire des embarras.

Rigaud, 1881 : Embarras, manières. — Faire du flafla, faire des embarras. — Un objet qui a du flafla, c’est du clinquant.

France, 1907 : Étalage pompeux, soit de costume, soit de paroles.
Faire du flafla, faire des embarras. Flafla vient de l’onomatopée anglaise flash, éclair, d’où flas-flash, embarras, manières affectées et prétentieuses.

— Sale type que le bourgeois parisien. J’ai ouï dire par mon père qui l’a fréquenté jadis, qu’il n’y a rien de plus mesquin et de plus ladre dans son intérieur. Tout est pour le flafla, le dehors. Paraître plus riche que l’on n’est, jeter de la poudre aux yeux des voisins et des connaissances ; faire passer la plus grande partie des recettes ou des appointements en toilettes et en colifichets… mesurer la nourriture et peser le pain de la servante… se serrer le ventre pour se gonfler le torse.

(Hector France, La Mort du Czar)

Fourneau

Rigaud, 1881 : Imbécile, — dans le jargon des voyous.

Fustier, 1889 : Vagabond, — dans l’argot des saltimbanques.

La Rue, 1894 : Vagabond.

Virmaître, 1894 : Vagabond, mendiant habitué du fourneau de charité. L. L. Fourneau, signifie crétin, imbécile. Quand on imprime dans les journaux que nos ministres et nos députés sont des fourneaux ils ne sont pas je pense habitués des asiles de nuit (Argot du peuple). N.

Hayard, 1907 : Naïf, imbécile.

France, 1907 : Imbécile, inoffensif.

— Allons ! messieurs, n’y aurait-il pas parmi vous un fourneau qui ait besoin d’une âne sœur ?… J’en connais une, dans la peau d’une bonne fille, un peu loufoque, mais une vraie pâte tout de mème… Elle a déjà servi… Mais parait que c’est dans les vieux fours qu’on fait les meilleures galettes…

(Jean Adalbert)

Alors, furieux, étouffant
Il fit, le pauvre ministre
Un formidable boucan
Dans cet appareil sinistre :
Allô, mad’moiselle, allô, plus qu’un mot ?
Veuillez seul’ment m’dir’ quel est le fourneau
Qui changera d’la sort’ les noms d’tout’s nos rues.
La d’moisell’ répond de sa bouche en cœur :
Mon pauvre monsieur,
C’est un vieux farceur
Qui s’app’lait, je crois, monsieur Mesureur.

(D. Bonnaud, La France)

On jouait, dans une grande ville de province, un vieux drame de Bouchardy.
L’acteur en scène, poursuivi par des malfaiteurs, tient entre les mains un portefeuille gonflé de billets de banque.
— Oh ! s’écrie-t-il, miséricorde… je suis perdu ! ce portefeuille qui contient ma fortune… où le cacher ?
Une voix des galeries :
— Dans ta poche !… hé… fourneau !

France, 1907 : Vagabond, vagabonde.

— Sal’ chaudron ! Sal’ calorifère !…
Sal’ fourneau ! paillasse à homm’s saouls !
A fait mes michets pour trent’ sous
Quand ej’suis pas là pour les faire.

(Aristide Bruant)

Fumer sa pipe

Delvau, 1866 : Se dit, — dans l’argot des infirmiers, — « d’un symptôme qui se présente quelquefois dans les apoplexies : le malade, dont un côté de la face est paralysé, a ce côté gonflé passivement à chaque expiration ; mouvement qui a quelque ressemblance avec celui d’un fumeur. »

Gonfle-bougres

Rigaud, 1881 : Haricots blancs.

Gonfler (faire) son andouille

Delvau, 1864 : Se masturber.

Ça m’ trifouille,
Ça m’ gargouille,
Ça fait gonfler mon andouille.

(L. L.)

Gonfler (se)

France, 1907 : Prendre des airs importants, imiter la grenouille de la fable qui veut se faire aussi grosse que le bœuf. On dit aussi : se gonfler de jabot, imiter le dindon.

— Ouvre l’œil, si c’est votre nouveau curé. Un si beau monsieur ! C’est pour le coup que vos femmes vont se gonfler… et aussi vos filles. Ah ! ah ! ah ! Elles feront queue pour lui conter leurs péchés mignons.

(Hector France, Marie Queue-de-Vache)

De fait, les réacs et les richards qui auparavant ne pouvaient pas le voir en peinture commencent à se rapapilloter. Ils ont trouvé leur homme ; ils pelotent le type, lui font les yeux doux.
Et Constans de se gonfler, nom de dieu ! Il se reluque dans la glace, espérant arriver à ressembler à Badinguet.

(Le Père Peinard)

Joliesse

France, 1907 : Ce qui est mignon et délicatement joli.

Deux seins gonflés d’une chair qu’on devinait sons le boléro bleu et le plastron or, d’un exquis contour, fruits voluptueux d’une jeune poitrine, haut placés, tendus jusqu’à la pointe, se tenaient droits et libres, presque hors du corset, un corset quelle portait bas, presque une ceinture et dont elle aurait pu se passer. Sa joliesse était aux hanches, d’une courbe accentuée et attirante.

(Félicien Champsaur, Le Mandarin)

Malingreux

anon., 1827 : Ceux qui ont de fausses plaies.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Malade.

Bras-de-Fer, 1829 : Qui a de fausses plaies.

Vidocq, 1837 : s. — Ancien sujet du grand Coësré. Il y en avait de deux espèces. Les premiers avaient le ventre dur et gonflé comme des hydropiques ; les seconds montraient aux passans un membre rongé d’ulcères. Les uns et les autres demandaient l’aumône dans les églises ; ils allaient, disaient-ils, en pélerinage à Saint-Merry.

Halbert, 1849 : Ceux qui ont de fausses plaies.

Delvau, 1866 : s. et adj. Souffreteux, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Anciens sujets de la Cour des Miracles, chargés d’exhiber de fausses plaies.

France, 1907 : Faible, chétif. C’était autrefois une variété de mendiants qui simulaient des maladies ou se faisaient des plaies factices.

Malingreux sont ceux qui ont des maux ou plaies dont la plupart ne sont qu’en apparence.

(Le Jargon de l’argot)

Mandrin

d’Hautel, 1808 : Nom d’un voleur, d’un brigand insigne, qui est devenu commun à tout voleur, escroc ; filou ; et que l’on donne généralement aux gens sans foi, sans probité.

Delvau, 1866 : s. m. Bandit, homme capable de tout, à quelque rang de la société qu’il appartienne, sur quelque échelon qu’il se soit posé. Cette expression — de l’argot du peuple — est dans la circulation depuis longtemps. On dit aussi Cartouche, — ces deux coquins faisant la paire.

France, 1907 : Vaurien, scélérat, mauvais sujet. Du nom d’un célèbre coupeur de bourses qui fut roué à Valence, le 26 mai 1755, après avoir terrorisé longtemps les bourgades du Midi, à la tête d’une bande désignée d’après lui sous le nom de les Mandrins. En décembre 1754, Louis Mandrin, à la tête de soixante-cinq bandits, contraignait la mairie et la ferme des sels d’Autun à lui donner 20.000 livres. Le lendemain, il résistait avec succès à un détachement de hussards et de chasseurs commandé par le colonel Fisher, mais cet officier avant reçu du renfort, Mandrin fut complètement battu à Guénand, près Brion, dans le baillage d’Autun. D’autres disent que ce furent des volontaires du Dauphiné qui s’emparèrent de lui au bourg de la Sauvelat en Velay.

Sur ces entrefaites, des marchands de bon sens populaire, dégonfleurs d’outres et propagateurs de Libre examen, eurent la curiosité de se pencher sur la vie des plus illustres diplomates et en particulier sur celle de ce Talleyrand qui en est le type consacré, et ils virent que cette vie n’en laissait rien, pour le crime, l’infamie, de mensonge, les trahisons et toutes les hontes aux existences abominables des Mandrin des Cartouche et des exemplaires les plus abjects de la bête humaine.

(Émile Bergerat)

Marie-salope

Delvau, 1866 : s. f. Bateau dragueur, — dans l’argot des mariniers de la Seine.

Delvau, 1866 : s. f. Femme de mauvaise vie.

France, 1907 : Bateau dragueur. Se dit aussi pour fille ou femme de mauvaise vie.

La Seine fait vivre bien d’autres gens encore que les marins d’eau douce. Ce sont les lessiveuses qui battent à coups redoublés le linge, que l’eau gonfle. Ce sont les ravageurs de la Seine, ces chiffonniers du fleuve, qui butinent sur les débris tirés de la vase. Ce sont les dragueurs et leurs bruyantes machines qui nettoient le fond, ramassent la boue, et que le peuple surnomme des Marie-salope.

(Paul Alexis)

Mastiquer

Delvau, 1866 : v. n. Manger, — dans l’argot du peuple en général, et en particulier des francs-maçons, qui se livrent à la mastication comme de simples profanes.

Rigaud, 1881 : « Cacher ingénieusement les avaries et les voies d’eau d’un soulier, au moyen d’un enduit spécial de graisse noire ou autre drogue équivalente. » (F. Mornand, La Vie de Paris)

Rigaud, 1881 : Manger ; c’est-à-dire se livrer à la mastication.

La Rue, 1894 : Manger.

France, 1907 : Manger. La fréquence des équivalents indique mieux que toutes les statistiques morales la place tenue par certaines passions et les besoins naturels. Nous avons déjà vu quelle place tenait dans les synonymes l’acte qui perpétue les espèces et celui au moyen duquel on s’abreuve, en voici pour le manger une légion : béquiller ; becqueter ; tortiller du bec ; bouffer ; boulotter ; briffer ; brouter ; chiquer ; casser la croustille ; se caler, se calfater le bec ; se coller quelque chose dans le fanal, dans le fusil, dans le tube ; chamailler des dents ; cacher ; se caresser l’angoulême ; clapoter ; croustiller ; charger pour la Guadeloupe ; déchirer la cartouche ; débrider la margoulette ; se l’envoyer ; engouler ; engueuler ; effacer ; friturer ; friper ; se faire le jabot ; gobichonner ; gonfler ; se graisser les balots ; jouer des badigoinces, des dominos, des osanores ; se lester la cale ; mettre de l’huile dans la lampe ; morfailler ; se mettre quelque chose dans le cadavre ; pitancher ; travailler pour Jules ; passer à la tortore ; tortorer, etc.

Matelassée

Virmaître, 1894 : Femme qui a des seins énormes. Son estomac est matelassé. Quand c’est une fille et qu’elle maigrit, son souteneur lui dit :
— Tu t’débines des matelassés.
Quand une femme est plate comme une limande elle se matelasse en bourrant son corset d’assez de coton pour donner l’illusion. Les femmes fin-de-siècle en portent en caoutchouc qu’elles gonflent chaque matin (Argot des souteneurs).

Mou (se gonfler le)

France, 1907 : S’enorgueillir, faire le fier.

Dans cette caserne, où règne une discipline de maison centrale, une vingtaine de prolos et environ soixante-dix ouvrières y triment dur.
Le silence absolu — tout comme dans les prisons — est le premier article du règlement. Et les amendes grêlent ! Pour la moindre couillonnade, retard ou autre chose, y a une retenue de salaire à la clé.
Et, les bons Lougres, n’allez pas croire que dans cette sale baraque on gagne des mille et des cents : la paye des femmes varie de 7 à 13 francs par semaine.
Nom de Dieu, y a guère de quoi se gonfler le mou !

(Le Père Peinard)

Pilaf

France, 1907 : Plat turc composé de riz, qu’on a fait gonfler dans une petite quantité de bouillon, puis retiré du feu en couvrant le vase ; on y mêle du blanc de poulet.

Pochettes

Virmaître, 1894 : Les joues. Comme les poches, elles se gonflent (Argot du peuple).

France, 1907 : Les joues.

Poitrine (avoir de la)

Delvau, 1864 : Avoir des tétons accusés.

Ces belles filles qui ont de la poitrine et rien dessous !

(A. Delvau)

Elle a dix-huit ans et pas de poitrine ;
Sa robe est très close et monte au menton ;
Rien n’en a gonflé la chaste lustrine ;
Elle est droite ainsi qu’on rêve un bâton.

(A. Glatigny)

Priape

Delvau, 1864 : Le dieu fait homme, qui n’a pas encore trouvé d’athées et à qui le beau sexe — les tribades exceptées — se plaît à faire ses dévotions soir et matin, et même dans la journée et dans la nuit.

Un priape, à travers le feuillage d’un arbre,
Ouvrait en souriant ses prunelles de marbre ;
Et la vierge, le sein gonflé d’un doux émoi,
Rapproche, rougissante et la joue enflammée,
Entoure de ses bras la statue, et, pâmée,
S’écrie : Oh ! je meurs ! Vénus, pardonne-moi !

(E. Cantel)

Je m’élevais sur mes jambes secouant frénétiquement mon glorieux priape.

(A. de Musset, Gamiani)

Qui voit ses veines voit ses peines

France, 1907 : Les veines des mains des rudes travail leurs sont plus gonflées et plus noires que celles des oisifs, parce que les tissus du travailleur s’usent davantage et que, obligé de faire des efforts de respiration, il absorbe plus d’oxygène, lequel, par sa combinaison avec l’acide carbonique, donne la couleur noire au sang veineux. Par suite, les veines sont plus visibles. Il en est de même des personnes débilitées, malades, qui voient aisément leurs veines sur leurs mains maigres et transparentes.

Servir

d’Hautel, 1808 : Cela sert comme une cinquième roue à un carosse ; comme un clou à un soufflet. Pour dire, est inutile, superflu ; ne sert à rien.
Tout sert en ménage, jusqu’au pain de la huche. Pour dire que tout est utile dans la nature.

Vidocq, 1837 : v. a. — Arrêter, s’emploie aussi pour exprimer voler et prendre.

Clémens, 1840 : Tirer.

Halbert, 1849 : Arrêter.

Larchey, 1865 : Prendre, arrêter. — Mot à mot : asservir. — La personne servie n’a plus sa liberté.

Frangin et frangine, je pesigue le pivot pour vous bonnir que mezigue viens d’être servi maron à la lègre de Canelle (Caen).

(Vidocq)

Servir de belle : Dénoncer à faux. — Servir le trèpe : Faire ranger la foule. V. Curieux.

Delvau, 1866 : v. a. et n. Trahir, dénoncer, — dans l’argot des voleurs. Servir de belle. Dénoncer à faux.

Delvau, 1866 : v. a. Arrêter, prendre, — dans l’argot des faubouriens. Vidocq, lorsqu’il était chef de la police de sûreté, avait l’habitude de dire tranquillement au malfaiteur pris dans une souricière, ou ailleurs : « Monsieur, vous êtes servi !… »

Rigaud, 1881 : Arrêter. — Monsieur est servi.

La Rue, 1894 : Arrêter. Voler. Dénoncer, trahir. Servir de belle, dénoncer à faux.

Rossignol, 1901 : Faire arrêter quelqu’un est le faire servir. Lorsqu’on a reçu des coups on s’est fait servir.

France, 1907 : Arrêter.

— Soyez tranquille. Des hommes à nous ne les quittent pas d’une semelle. Ils sont d’ores et déjà tout aussi bien servis que s’ils l’étaient par la Préfecture.

(Paul Mahalin, Le Megg)

France, 1907 : Voler.

Par contretemps, ma largue
Voulant s’piquer d’honneur,
Craignant que je la nargue,
Moi qui n’suis pas taffeur,
Pour gonfler ses valades
Encasque dans un rade,
Sert des sigues à foison !

(Winter, forçat, 1829)

Sorlot

Rigaud, 1881 : Soulier, — dans le jargon des voleurs. — Foutre un coup de sorlot dans le tabernacle à faire sauter le saint ciboire, donner un coup de pied dans le ventre à décrocher le cœur.

La Rue, 1894 : Soulier.

France, 1907 : Soulier ; argot des faubouriens, du vieux français solerot.

Ah ! nom de Dieu, v’là que tout r’commence.
L’Amour, y gonfle tous les cœurs,
D’après l’chi-chi des chroniqueurs :
Quand c’est qu’y m’gonflera… la panse ?
Quand c’est qui m’foutra eun’ pelure,
Eun’ liquette, un tub’, des sorlots.
Si qu’a fait peau neuv’ la Nature,
Moi, j’suis cor’ mis comme un salaud !

(Jehan Rictus)

Souffleur de boudin

Delvau, 1866 : s. m. Homme à visage rubicond.

Virmaître, 1894 : Individu à visage boursouflé, joufflu. Allusion au compagnon charcutier dont les joues gonflent quand il souffle dans le boyau. Cette expression est également employée d’une autre manière, sous forme de proposition… (Argot du peuple). N.

Truffe

Delvau, 1866 : s. f. Nez d’ivrogne, — dans l’argot des faubouriens, qui trouvent que ces nez-là ressemblent beaucoup au tuber cibarium. Ils ont raison.

Rigaud, 1881 : Pomme de terre. — Gros nez, nez d’ivrogne.

La Rue, 1894 : Pomme de terre. Nez d’ivrogne. Truffe de savetier, marron.

Virmaître, 1894 : Nez, lorsqu’il est gros eu forme de groin. Allusion au cochon qui s’en sert pour chercher des truffes. Le peuple dit aussi : piton (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Naïf, imbécile.

France, 1907 : Imbécile, digne d’être accommodé aux truffes comme une oie ou un dindon.

Le départ de la chaîne était un spectacle qui avait ses fidèles habitués.
On accourait de tous les points de la capitale pour voir ce pittoresque tableau ; mais le bourgeois du Marais dominait.
Ce n’était pas l’échafaud, ce n’était pas la marque, mais enfin, c’était quelque chose qui méritait que l’on se dérangeât, disaient les Babyloniens de la fin du siècle dernier.
Les forçats, loin d’être intimidés par les spectateurs, leur lançaient de grossiers lazzis.
— Tu viendras bientôt nous retrouver !
— Arrétez-le, il a monté le coup avec moi !
— Tu ne ferais pas mieux de rester auprès de ta femme ? Ton premier garçon est en train de te remplacer.
— Oh ! là, là ! regardez-moi cette gueule ! On dirait l’hippopotame. Eh ! va donc, truffe !

(Marc Mario et Louis Launay)

France, 1907 : Nez sur lequel poussent des tubercules, nez d’ivrogne rouge et gonflé. Argot populaire.

France, 1907 : Tête ; argot populaire.

Valtreusier

Vidocq, 1837 : s. m. — Voleur de portemanteau, valise et malle.
Les étrangers qui arrivent à Paris par la malle-poste, les diligences ou toutes autres voitures publiques, ne sauraient trop se méfier de ces individus qui ne manqueront pas de venir leur faire des offres de services à leur descente de la voiture, car il est rare qu’il n’y ait parmi eux quelques Valtreusiers. Les Valtreusiers, comme les commissionnaires dont ils ont emprunté le costume, se chargent de porter à l’hôtel les mailles et bagages du voyageur qui a bien voulu les charger de ce soin. Pour se mettre à l’abri de leurs atteintes, il ne faut pas perdre de vue un seul instant celui que l’on a chargé de ses bagages, surtout au détour des rues, et s’il survient un embarras de voitures. Les Valtreusiers connaissent toutes les sinuosités, tous les passages de Paris, aussi ils savent disparaître comme l’éclair.
Si l’on ne veut pas être volé par les Valtreusiers, il ne faut se servir que des commissionnaires spécialement attachés à l’administration des voitures que l’on vient de quitter, ou, ce qui vaut mieux encore, prendre un fiacre.

Delvau, 1866 : s. m. Voleur de valises.

Rigaud, 1881 : Voleur de malles.

Virmaître, 1894 : Voleur de valise. Ce vol est pratiqué sur une grande échelle dans les salles d’attente des gares de chemins de fer. Il est des plus simples : Le valtreusier a une valise à la main qui paraît gonflée ; pour compléter son apparence de voyageur, il porte une couverture de voyage. Il se promène ayant l’air indifférent, mais en réalité il guigne un voyageur assis à côté d’une valise respectable. Sans affectation, il s’assied à ses côtés et engage la conversation. Au moment de prendre un billet, le voyageur se dirige vers le guichet et laisse sa valise à la garde de son compagnon ; aussitôt celui-ci se lève, change de valise et s’en va tranquillement. Neuf fois sur dix, le volé ne s’aperçoit de la substitution qu’à son arrivée à destination : la valise ne contient en fait de linge que des cailloux (Argot des voleurs).

France, 1907 : Voleur de valises.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique