d’Hautel, 1808 : Les caquets de l’accouchée. Babil, conversation des femmes entr’elles, lorsqu’elles visitent une accouchée.
Faire l’accouchée. Locution goguenarde : se tenir au lit par oisiveté et mollesse.
Accouchée
Addition
Larchey, 1865 : Carte à payer.
C’est l’addition même de l’un de ces repas-là.
(Delvau)
Ce néologisme fort juste s’explique de lui-même.
Delvau, 1866 : s. f. Ce que nos pères appelaient la carte à payer, ce que les paysans appellent le compte, et les savants en goguettes le quantum.
Rigaud, 1881 : Carte à payer chez le restaurateur, le total des objets de consommation.
Les gens qui suivent les modes disent l’addition.
(Eug. Wœstyn, Physiologie du dîneur)
On n’a jamais souffert que le mot addition fût prononcé au Café de Paris. C’est ce que les gens bien élevés appellent la carte.
(Nestor Roqueplan, Parisine)
Malgré l’indignation de Nestor Roqueplan, le mot addition a prévalu ; il est généralement employé par quatre-vingt-dix-neuf consommateurs sur cent.
Argument
Delvau, 1864 : Pousser un argument naturel et irrésistible ; c’est-à-dire une déclaration d’amour, sous la forme d’un bon vit — dans un bon con, qui ne trouve rien à redire à cela.
Sans brusquer une fillette,
Moi j’attends patiemment
Qu’elle soit bien en goguette
Pour pousser mon argument.
(E. C. Piton)
Ballade, goguette balladeuse
Rigaud, 1881 : « C’est la chanson courant de salle en salle, sans domicile fixe, s’installant aujourd’hui là, demain ici, évitant avec soin la périodicité et l’œil des agents. »
(Eug. Imbert, La Goguette et les goguetiers, 1873)
Baquet de science
Delvau, 1866 : s. m. Baquet où le cordonnier met sa poix et les autres ingrédients de son métier. Argot du peuple.
Rigaud, 1881 : Baquet dont se servent les cordonniers, les forgerons.
Si tu ne veux pas marcher mieux que ça, je te f… dans le baquet de science.
(Le Sublime)
France, 1907 : Baquet où trempent les cuirs du cordonnier, dont on a fait ensuite goguenot.
Beau
d’Hautel, 1808 : Aux derniers les beaux, et plus communément les bons. Se dit par plaisanterie à ceux qui sont appelés les derniers dans une affaire ou à une distribution quelconque, pour leur faire accroire qu’ils seront mieux servis que les premiers. On entend aussi par cette locution, que les choses les moins difficultueuses sont ordinairement gardées pour la fin.
Beau comme le jour qu’il pleuvoit tant. Propos goguenard pour dire que quelqu’un n’est rien moins que beau, ou qu’il est paré ridiculement.
La belle plume fait le bel oiseau. Signifie que la parure et les beaux ajustemens donnent plus d’éclat à la beauté, et rendent supportable la laideur même.
Il fera beau temps, quand on m’y reverra. Pout dire qu’on ne retournera plus dans un endroit où l’on a été trompé, où l’on a essuyé quelque déplaisir.
Il a recommencé comme de plus belle. Pour il s’est remis à faire ce qu’on lui avoit expressément défendu.
Voilà une belle échauffourée, une belle équipée. Pour une étourderie, une inconséquence des plus grandes.
C’est un beau venez-y voir. Se dit d’une chose dont on fait peu de cas, et pour en diminuer la valeur.
À beau jeu, beau retour. Espèce de menace que l’on fait à celui dont on a reçu quelqu’offence, pour lui faire entendre qu’on trouvera tôt ou tard l’occasion de s’en venger.
Être dans de beaux draps. S’être attiré les bras une mauvaise affaire.
Il l’a échappé belle. Pour il a couru un grand danger.
Tout cela est bel et bien, mais je n’en ferai rien. Pour dire que l’on est fermement résolu de ne pas condescendre aux demandes, aux désirs de quelqu’un : qu’on ne veut pas se laisser aller à ses conseils.
Le voilà beau garçon. Se dit ironiquement d’un homme qui s’est laissé prendre de vin, ou qui s’est mis dans un grand embarras.
Larchey, 1865 : Homme à la mode.
Le beau de l’Empire est toujours un homme long et mince, qui porte un corset et qui a la croix de la Légion d’honneur.
(Balzac)
Il y a les ex-beaux et les beaux du jour.
Delvau, 1866 : s. m. Le gandin du premier Empire, avec cette différence que, s’il portait un corset, au moins avait-il quelque courage dessous. Ex-beau. Élégant en ruines, — d’âge et de fortune.
France, 1907 : Gandin du premier Empire, die Alfred Delvau, avec cette différence que s’il portait un corset, au moins avait-il quelque courage dessous.
Le beau de l’Empire est toujours un homme long et mince, qui porte un corset et qui a la croix de la Légion d’honneur.
(Balzac)
C’est à cause des mouches
Boutmy, 1883 : Réplique goguenarde que l’on fait à une question à laquelle on ne veut pas répondre. Un lundi après midi, un frère gouailleur interpelle ainsi son camarade : Eh ! dis donc, compagnon, pourquoi n’es-tu pas venu à la boîte ce matin ? L’autre répond par ce coq-à-l’âne : C’est à cause des mouches.
Cautère
d’Hautel, 1808 : Ce remède lui a fait comme un cautère sur une jambe de bois. Manière goguenarde de dire qu’un remède n’a pas produit l’effet qu’on en attendoit, qu’il n’a servi à rien, ou qu’il a été administré trop tard.
Cependant
d’Hautel, 1808 : Cependant… En se pendant on s’étrangle. Quolibet. Réponse goguenarde que l’on fait à une personne qui met des cependant partout ; qui trouve des obstacles dans les moindres choses, qui commente les ordres qu’on lui donne au lieu de les exécuter.
Chahut
Larchey, 1865 : Danse populaire.
Un caractère d’immoralité et d’indécence comparable au chahut que dansent les faubouriens français dans les salons de Dénoyers.
(1833, Mansion)
La chahut comme on la dansait alors était quelque chose de hideux, de monstrueux ; mais c’était la mode avant d’arriver au cancan parisien, c’est-à-dire à cette danse élégante décemment lascive lorsqu’elle est bien dansée.
(Privat d’Anglemont)
Larchey, 1865 : Dispute.
Je n’ai jamais de chahut avec Joséphine comme toi avec Millie.
(Monselet)
Delvau, 1866 : s. m. Bruit, vacarme mêlé de coups, — dans l’argot des faubouriens. Faire du chahut. Bousculer les tables et les buveurs, au cabaret ; tomber sur les sergents de ville, dans la rue.
Delvau, 1866 : s. m. Cordace lascive fort en honneur dans les bals publics à la fin de la Restauration, et remplacée depuis par le cancan, — qui a été lui-même remplacé par d’autres cordaces de la même lascivité. Quelques écrivains font ce mot du féminin.
Rigaud, 1881 : Bruit, tapage. Faire du chahut.
Rigaud, 1881 : Cancan poussé à ses dernières limites, l’hystérie de la danse. On dit également le ou la chahut.
Un d’eux, tout à fait en goguette, se laissera peut-être aller jusqu’à la chahut.
(Physiologie du Carnaval)
La Rue, 1894 : Dispute, tapage, mêlée. Danse de bastringue.
France, 1907 : « Le chahut est la danse par excellence, dit l’auteur des Physionomies parisiennes, danse fantaisiste, sensuelle, passionnée, plus d’action et de mouvement que d’artifice, qui se prête aux improvisations les plus hardies et les plus excentriques… Le cancan est l’art de lever la jupe : Le chahut, l’art de lever la jambe. »
S’il faut en croire le même auteur, ce qui caractérise le chahut, c’est la décence ; car, dit-il, tout ce qui est simple et naturel est décent, et le chahut est la plus simple et la plus naturelle de toutes les danses.
Le chahut remonte à la plus haute antiquité. Cette danse à été et est encore celle de tons les peuples primitifs. Les austères Lacédémoniennes dansent le chahut en costume des plus légers : c’est le chahut que le saint roi David dansait devant l’arche, et le Parisien badaud a pu jouir d’un vrai chahut sauvage avec les Peaux-Rouges du colonel Cody.
— Hein ! quelle noce à la sortie du bloc ! Que de saladiers rincés joyeusement et de chahuts échevelés pour célébrer le sacrifice ! Franchement, ça vaut ça !
(Montfermeil)
France, 1907 : Bruit, tapage.
Peu à peu, le cabaret du Hanap d’Or s’était rempli de monde. Adèle, Marie étaient venues entourées d’une bande de petits gommeux qui, ce soir-là, avaient trouvé amusant d’aller faire du chahut à l’Élysée-Montmartre.
(Édouard Ducret, Paris canaille)
Champagne
d’Hautel, 1808 : Attrape, Champagne, c’est du lard. Phrase goguenarde dont on se sert pour railler quelqu’un à qui l’on a joué quelque tour, et que l’on est parvenu à attraper, à prendre dans quelque piège.
Charge
d’Hautel, 1808 : Une charge est le chausse-pied du mariage. Pour dire qu’un homme revêtu d’un emploi trouve facilement à se pourvoir en mariage.
d’Hautel, 1808 : Goguette, farce, bouffonnerie.
Il est chargé. Pour il est plaisant et jovial. Se dit d’un homme qui fait de grands efforts pour divertir les autres. Terme de peinture.
France, 1907 : Caricature.
France, 1907 : Grosse plaisanterie en action.
Tirer brusquement sa chaise à un rapin qui travaille, de façon à le faire tomber à terre, ou bien lui couvrir la figure de couleur et d’huile, ou bien lui barbouiller si bien un dessin quasi achevé qu’il soit obligé de recommencer son ouvrage, telles sont, entre mille autres, les charges qui se pratiquent dans les ateliers.
(J. Chaudesaigues, Le Rapin)
Chatouille (une)
Virmaître, 1894 : Une chansonnette. Vieux terme de goguette :
— Allons, dégoise-nous ta petite chatouille (Argot du peuple). N.
Cheval de l’adjudant
France, 1907 : Planche servant de lit, qui compose, avec le « goguenot », tout le mobilier des salles de police.
L’adjudant m’a fait monter son cheval durant une huitaine pour avoir oublié pendant vingt-quatre heures le chemin de la caserne : et il a le trot sec ! je vous en réponds… Je ne sais avec quel sapin ils font aujourd’hui les lits de camp des salles de police, mais j’aimerais autant coucher sur un lit de plume rembourré de noyaux de pêches.
(Ch. Dubois de Gennes, Le Troupier tel qu’il est… à cheval)
Choula
Rigaud, 1881 : Synagogue, temple israélite.
Compositrice
Boutmy, 1883 : s. f. Jeune fille ou femme qui se livre au travail de la composition. Nous ne réveillerons pas ici la question tant de fois débattue du travail des femmes ; nous ne rappellerons pas les discussions qui se sont élevées particulièrement à propos de la mesure prise par la Société typographique, qui interdisait à ses membres les imprimeries où les femmes sont employées à la casse à un prix inférieur à celui fixé par le Tarif accepté. Contentons-nous de dire que nous sommes de l’avis de MM. les typographes qui, plus moraux que les moralistes, trouvent que la place de leurs femmes et de leurs filles est plutôt au foyer domestique qu’à l’atelier de composition, où le mélange des deux sexes entraîne ses suites ordinaires. — Quoi qu’il en soit, il existe des compositrices ; nous devions en parler. MM. les philanthropes qui les emploient vont les recruter dans les ouvroirs, les orphelinats ou les écoles religieuses. Ces jeunes filles, en s’initiant tant bien que mal à l’art de Gutenberg, ne manquent pas de cueillir la fine fleur du langage de l’atelier et de devenir sous ce rapport de vraies typotes comme elles se nomment entre elles. L’argot typographique ne tarde pas à se substituer à la langue maternelle ; mais il en est de l’argot comme de l’ivrognerie : ce qui n’est qu’un défaut chez l’homme devient un vice chez la femme, et il peut en résulter pour elle plus d’un inconvénient. L’anecdote suivante en fournit un exemple : un employé, joli garçon, courtisait pour le bon motif sa voisine, une compositrice blonde, un peu pâlotte (elles le sont toutes), qui demeurait chez ses parents. La jeune fille n’était point insensible aux attentions de son galant voisin. Un samedi matin, les deux jeunes gens se rencontrent dans l’escalier : « Bonjour, mademoiselle, dit le jeune homme en s’arrêtant ; vous êtes bien pressée. — Je file mon nœud ce matin, répondit-elle ; c’est aujourd’hui le batiau, et mon metteur goberait son bœuf si je prenais du salé. » Ayant dit, notre blonde disparaît. Ahurissement de l’amoureux, qui vient d’épouser une Auvergnate à laquelle il apprend le français. Nous avons dit plus haut que les typographes, en proscrivant les femmes de leurs ateliers, avaient surtout en vue la conservation des bonnes mœurs à laquelle nuit, comme chacun sait, la promiscuité des sexes. Ce qui suit ne démontre-t-il pas qu’ils n’ont pas tort ? Un jour, ou plutôt un soir, une bande de typos en goguette faisait irruption dans une de ces maisons de barrière qu’on ne nomme pas. L’un d’eux, frappé de l’embonpoint plantureux d’une des nymphes du lieu, ne put retenir ce cri : « Quel porte-pages ! » La belle, qui avait été compositrice, peu flattée de l’observation du frère, lui répliqua aussitôt : « Possible ! mais tu peux te fouiller pour la distribution. » (Authentique.) L’admission des femmes dans la typographie a eu un autre résultat fâcheux : elle a fait dégénérer l’art en métier. Pour s’en convaincre, il suffit d’examiner les ouvrages sortis des imprimeries où les femmes sont à peu près exclusivement employées.
Coup (monter le)
Merlin, 1888 : Voyez Bourichon.
France, 1907 : Tromper, faire croire à une chose qui n’est pas. Nombre d’historiens ont monté le coup à la postérité. Les politiciens sont des menteurs de coups.
Où va l’crapaud, où va l’arpète,
Où va l’mecton dans l’ambargo,
Où va l’rigoleur en goguette,
Où va l’pante qui fuit l’conjungo !…
Si vous d’mandiez ça m’la botte,
Y croiraient qu’vous leur montez l’coup,
Y vous diraient à la minute :
Nom de Dieu ! faut-y qu’tu sois soûl !
(Aristide Bruant)
Croire que c’est arrivé
France, 1907 : Prendre une chose au sérieux ; s’imaginer qu’une fortune imméritée et passagère va durer toujours. « Les colonels de la Commune, élevés à ce poste par l’ignorance ou la jobarderie, croyaient tous que c’était arrité. »
Mais tout le monde ne jouit pas de cette philosophie délicieuse, de cette bonhomie légèrement goguenarde capable d’enfanter de tels propos. Il est des robins gourmés, austères, pénétrés de la gravité de leur mission ; il est de simples mortels croyant que c’est arrivé, que le Code est dieu et que les procureurs sont ses prophètes, — que la Loi, cette entité majestueuse, règne, gouverne, châtie qui même étend le doigt vers sa robe sacrée.
(Séverine)
Défaire
d’Hautel, 1808 : Faire et défaire, c’est toujours travailler. Manière goguenarde de réprimander quelqu’un qui s’est trompé, et à qui ont fait recommencer l’ouvrage sur nouveaux frais.
Dégaîne
d’Hautel, 1808 : Il a une belle dégaîne. Manière triviale et goguenarde de dire que quelqu’un a une mauvaise tournure, est gauche et emprunté dans son maintien.
Doigt
d’Hautel, 1808 : Il y a mis les quatre doigts et le pouce. Signifie, il s’est donné beaucoup de peine pour faire réussir une affaire ; il s’y est employé avec ardeur.
Il a de l’esprit jusqu’au bout des doigts. Pour dire qu’une personne est très-spirituelle.
Ne faire œuvre de ses dix doigts. Se croiser les bras ; ne rien faire de la journée ; être excessivement paresseux.
Mon petit doigt me l’a dit. Voyez. Dire.
Ce sont les deux doigts de la main. Se dit de deux personnes liées d’une étroite amitié, et qui sont inséparables.
Il s’en est léché les doigts. Pour, il a mangé de ce mets avec plaisir ; il en désiroit encore.
Entre l’arbre et l’écorce il ne faut pas mettre le doigt. Pour, il ne faut pas s’initier dans les secrets de ménage.
Il sait cela sur le bout de son doigt. C’est-à dire, il sait cela par cœur.
Je n’en mettrois pas mon doigt au feu. Pour je n’en jurerois pas ; je n’en suis pas bien certain.
Il a mis le doigt dessus. Pour, il a deviné juste.
Avoir l’esprit au bout des doigts. Faire tout ce que l’on veut de ses mains ; être fort industrieux.
Un doigt de vin. Pour dire très-peu de vin.
Il s’en mord les doigts. Se dit de quelqu’un qui regrette de n’avoir pas fait une chose qui lui avoit d’abord été proposée.
Donner sur les doigts. Réprimander, corriger quelqu’un.
Être servi au doigt et à l’œil. Pour dire, à souhait ; au premier commandement.
Être à deux doigts de sa perte. Pour, être dangereusement malade ; sur le point d’être ruiné ; dans un péril éminent.
Les cinq doigts de la main ne se ressemblent pas. Pour dire que rien n’est semblable dans la nature.
Faire aller une montre au doigt et à l’œil. Se dit d’une mauvaise montre qu’on est obligé de toucher souvent pour la remettre à l’heure.
Il n’en a donné qu’à lèche doigt. C’est-à dire, avec parcimonie ; à regret.
Delvau, 1864 : Le membre viril, que nous insinuons si volontiers dans le dé de la femme.
Et moy d’un seul petit coup
J’ay gagné la chaude-pisse,
Et du doigt de quoy je pisse
On m’en a coupé le bout.
(Chansons folâtres)
Il cherche le temps et le lieu
Pour mettre le doigt du milieu
Dans la bague de ta nature.
(Théophile)
Sans y réfléchir j’enfonçai
Ce pauvre doigt jusqu’à la gard
(É. Debraux)
Ma seringue, sans nul obstacle,
Peut seule opérer un miracle :
Pour guérir radicalement.
Prenez un doigt de lavement.
(J. Cabassol)
Ce passe-temps partout d’usage
Favorise plus d’un amant :
La fillette innocente et sage,
Par là s’engage très souvent.
L’amour qui toujours nous partage
A soin que tout soit débrouillé,
Il dissipe plus d’un nuage
En conduisant le doigt mouillé.
(La Goguette du bon vieux temps.)
Drôlerie
d’Hautel, 1808 : Des drôleries. Pour dire des friandises, des choses de fantaisie ; des frivolités.
Drôlerie, au propre signifie boufonnerie, goguenarderie, gaillardise, bagatelle divertissante.
Écho !
Delvau, 1866 : Bis, — dans l’argot des goguettiers, qui se plaisent à faire répéter les couplets des autres, afin qu’on fasse bisser les leurs.
Écoute
d’Hautel, 1808 : Je t’entends bien, mais je ne t’écoute guères. Locution goguenarde et populaire, pour dire à quelqu’un qu’on se moque bien de ce qu’il dit ; qu’on ne déférera pas à ses avis, à ses propositions ; que tout ce qu’il dit et rien est tout-à-fait le même chose.
Ce sont des écoute s’il pleut. Pour, ce sont de vaines promesses, des mensonges, des gasconnades, auxquels il ne faut pas se fier.
Être aux écoutes. Chercher à entendre ce que l’on dit en un lieu où les portes sont fermées ; s’inquieter des nouvelles d’une affaire ; être aux aguets.
Sonnez comme il écoute. Se dit lorsqu’on veut faire écouter un bruit qu’on n’entend pas.
Il s’écoute trop. Pour, il a trop soin de sa personne ; il se dorlotte, il se délicate trop.
France, 1907 : Oreille. Écoute s’il pleut, reste tranquille, tais-toi. On donne le sobriquet d’écoute s’il pleut, dans certaines campagnes, aux gens faibles, irrésolus. Cette expression à aussi le sens de fadaise, promesse illusoire, espérance irréalisable.
Enterrer
d’Hautel, 1808 : Enterrer la synagogue avec honneur. Se retirer d’une affaire avec honneur et d’une manière irréprochable ; terminer quelque réjouissance par un dernier divertissement.
On dit d’un avare qui amasse de l’argent ; qu’il enterre ses écus, et d’un homme qui renonce à toutes jouissances humaines, qui s’éloigne de la société, qu’il s’enterre tout vivant.
Fait (le)
Delvau, 1864 : L’acte vénérien.
Un mari goguelu,
Trouva sa femme sur le fait.
(G. Coquillart)
Cela ne plut pas au valet,
Qui, les ayant pris sur le fait,
Vendiqua son bien de couchette.
(La Fontaine)
Faribole
d’Hautel, 1808 : Goguettes, plaisanteries, sornettes.
Un conteur de fariboles. Homme vain, frivole et léger ; qui n’a que des fadaises à la bouche.
Delvau, 1866 : s. f. Farce, plaisanterie, gaminerie, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi : Chose sans importance, objet de peu de valeur. On disait autrefois et on dit encore quelquefois Falibourde.
France, 1907 : Plaisanterie, farce. Objet sans valeur. Voir Fariboulet.
Par notre faute et notre très grande faute, les peuples se sont épris de redoutables fariboles : principe des nationalités, irrédentisme, groupement des races, etc. Nous savons ce que cela nous a coûté. Mais le mal est fait. L’Europe est hérissée de baïonnettes ; partout, on centralise à outrance, et le roi de Saxe ni celui de Bavière n’ont même le droit de graver leur profil sur les timbres-poste.
(François Coppée)
Feignasse
Hayard, 1907 : Fainéant.
France, 1907 : Fainéant. Autre forme de feignant.
C’est vous dire, les aminches, que les autorités n’aiment pas beaucoup que des gas à poil viennent troubler la digestion des feignasses en goguette, en parlant au populo de ses intérêts.
(Père Peinard)
— Vous savez, cria-t-elle, moi, je pompe en vous attendant, tas de feignasses ! avais lai pépie ! Je viens de dépenser de la salive avec un vieux type qui voulait monter sans payer d’avance. Ce que je l’ai remballé !
(Oscar Méténier, Madame La Boule)
Gog
France, 1907 : Abréviation de goguenot ; argot des polytechniciens.
Gogaille
d’Hautel, 1808 : Faire gogaille ; être en gogaille. Signifie faire débauche, faire un repas joyeux ; être en frairie.
De la gogaille. Se dit par mépris du vin de mauvaise qualité.
Delvau, 1866 : s. f. Repas joyeux et plantureux.
France, 1907 : Festin, de gogue.
Avec vous je faisais gogaille
Et j’étais comme un rat en paille.
(Scarron, Virgile travesti)
Gogo
d’Hautel, 1808 : Avoir de tout à gogo. Pour avoir abondamment tout ce que l’on peut désirer ; être très à son aise ; être à même de se procurer les jouissances de la vie.
Larchey, 1865 : Dupe, homme crédule, facile à duper. — Abréviation du vieux mot gogoyé : raillé, plaisanté. V. Roquefort. — Villon paraît déjà connaître ce mot dans la ballade où il chante les charmes de la grosse Margot qui…Riant, m’assit le point sur le sommet, Gogo me dit, et me lâche un gros pet.
C’est en encore ces gogos-là qui seront les dindons de la farce.
(E. Sue)
Avec le monde des agioteurs, il allèche le gogo par l’espoir du dividende.
(F. Deriège)
Delvau, 1866 : s. m. Homme crédule, destiné à prendre des actions dans toutes les entreprises industrielles, même et surtout dans les plus véreuses, — chemins de fer de Paris à la lune, mines de café au lait, de charbon de bois, de cassonnade, enfin de toutes les créations les plus fantastiques sorties du cerveau de Mercadet ou de Robert Macaire. À propos de ce mot encore, les étymologistes bien intentionnés sont partis à fond de train vers le passé et se sont égarés en route, — parce qu’ils tournaient le dos au poteau indicateur de la bonne voie. L’un veut que gogo vienne de gogue, expression du moyen âge qui signifie raillerie : l’autre trouve gogo dans François Villon et n’hésite pas un seul instant à lui donner le sens qu’il a aujourd’hui. Pourquoi, au lieu d’aller si loin si inutilement, ne se sont-ils pas baissés pour ramasser une expression qui traîne depuis longtemps dans la langue du peuple, et qui leur eût expliqué à merveille la crédulité des gens à qui l’on promet qu’ils auront tout à gogo ? Ce mot « du moyen âge » date de 1830-1835.
Rigaud, 1881 : Niais, nigaud ; abréviation et redoublement de la dernière syllabe de nigaud. Gogo pour gaudgaud. — Quelques écrivains l’ont, par raillerie, employé comme synonyme d’actionnaire. C’est le nom d’un actionnaire récalcitrant dans la pièce de Robert-Macaire.
La Rue, 1894 : Niais, dupe.
France, 1907 : Homme crédule, dupe, proie des gens d’affaires et des lanceurs d’affaires ; du vieux français gogaille, sottise, simplicité, « Paris est peuplée de gogos. » M. Gogo est un personnage de Robert Macaire et passa dans la circulation à l’époque de la grande vogue de cette pièce, c’est-à-dire de 1830 à 1835, mais le mot existait déjà depuis longtemps, puisqu’on le trouve dans une ballade de François Villon, où, raconte-t-il, la grosse Margot,
Riant, m’assit le poing sur le sommet,
Gogo me dit, et me lâche un gros pet.
En 1844, Paul de Kock donna un roman sous le titre : La Famille Gogo, et sous le même titre, en 1859, un vaudeville en cinq actes.
Avez-vous vu jouer Robert Macaire ? ou avez-vous lu ? Car il y a, sous des titres divers, Robert Macaire, pièce, et Robert Macaire, roman. Avant même que l’inventeur de cette extraordinaire et féroce bouffonnerie, inventeur resté mystérieux, — je ne m’en tiens pas aux auteurs qu’affirmait l’affiche ou la couverture, et, en tout cas, ils ont eu pour collaborateur quelqu’un qui avait plus de génie que Benjamin Entier et même que Frédérick-Lemaître. M. Tout-le-Monde ! — avant même que cette atroce farce eût popularisé Gogo, le type, sous d’autres noms, en était banal au théâtre ; car la bêtise crédule est une des formes éternelles de l’humanité. Les dieux le savent bien, et les financiers aussi.
(Catulle Mendès)
Vers minuit, la partie commençait à devenir sérieuse ; à peine si la rumeur du boulevard produisait une légère émotion parmi les membres présents, pour la plupart desquels le mot de patrie n’existe pas, car la patrie pour eux, c’était le pays où l’on peut, le plus impunément, détrousser le gogo d’une façon quelconque.
(Théodore Cahu, Vendus à l’ennemi)
Attaquer une diligence,
En ce temps de chemins de fer,
Impossible. On met, c’est moins cher
Monsieur Gege dans l’indigence,
On pousse d’infectes valeurs,
Des métaux on annonce l’ère…
C’est bien mesquin. Tout dégénère
Aujourd’hui, — même les voleurs.
(Don Caprice, Gil Blas)
Les aventures d’Arton, aussi bien dans le monde de la finance que dans le monde galant, sont banales, et mille Parisiens les ont vécues. Seulement, lui les a vécues toutes ensemble. Il brassait les affaires comme il embrassait ses maîtresses, vingt-deux à la fois. Ce fut un type. Il a sombré — tandis que plusieurs de ses collègues en escroquerie, plusieurs de ceux qui, dans cette gigantesque odyssée du Panama, se sont enrichis avec la bonne galette des gogos, tiennent aujourd’hui le haut du pavé, font de la poussière, commanditent celui-ci, asservissent celui-là, bavardent avec les ministres et consentent à ce que certains députés et certains journalistes ramassent les miettes de leur table.
(Pédrille, L’intransigeant)
Gogueau
France, 1907 : Plaisant, farceur ; du vieux français gogue, plaisanterie, dérivé du latin gaudium par la substitution des consonnes d et g. On a fait, de gogue, goguenette, goguette, goguenard.
Goguelin
France, 1907 : Démon qui hante la cale et l’entrepont des navires ; corruption de gobelin.
Goguenau
Rigaud, 1881 : Récipient en fer-blanc remplissant, au régiment, l’office de tinette ; latrines portatives. — Par ironie, les troupiers appellent aussi « goguenaux » leurs gobelets en fer-blanc et leurs marmites de campagne. Par extension, sorte de valet de chambre dans une prison.
Le goguenau est un homme nommé par le concierge pour maintenir la propreté dans le corridor… et porter en certain lieu les objets odorants de la nuit.
(Ém. Debraux, Voyage à Sainte-Pélagie, 1823)
Goguenau, gogsis
La Rue, 1894 : Tinette. Vase et baquet de nuit.
Goguenaux
Larchey, 1865 : Lieux d’aisance.
Il fumera dans les goguenaux aux jours de pluie.
(La Cassagne)
Gogueneau
Halbert, 1849 : Pot de nuit.
Goguenettes
France, 1907 : Bagatelles, choses sans valeur.
— Vous serez récompensé bien au delà de vos désirs. Je vous permettrai de baiser ma fluette main blanche et, si ce n’est assez, encore qu’il m’en coûte fort, vous baiserez aussi mon frais visage.
Le jeune marchand s’esclaffa d’insolente façon.
— Ouais ! dit-il, j’ai bien cure de ces goguenettes-là ! En ma demeure, j’en prends ma satiété.
(Charles Foley)
Goguenot
Clémens, 1840 : Pot de nuit, baquet.
Larchey, 1865 : « Grand quart, vase de fer-blanc de la contenance d’un litre dont se munissent les troupiers d’Afrique. Il va au feu, sert à prendre le café, s’utilise comme casserole et comme gobelet. » — De Vauvineux.
Larchey, 1865 : Baquet servant de latrines portatives.
La meilleure place, la plus éloignée de la porte, des vents coulis et du goguenot ou thomas.
(La Bédollière)
Delvau, 1866 : s. m. Baquet-latrine, — dans l’argot des prisons et des casernes. On dit aussi Goguenaux.
Delvau, 1866 : s. m. Vase de fer-blanc, — dans l’argot des troupiers d’Afrique, qui s’en servent comme casserole et comme gobelet.
Merlin, 1888 : Gobelet, marmite en Afrique ; baquet, latrine, en France ; dans l’artillerie, les mortiers.
Virmaître, 1894 : Pot de chambre. Le locataire de la table de nuit (Argot du peuple).
Hayard, 1907 : Pot de chambre.
France, 1907 : Baquet qui sert de latrines. On appelle les balayeuses de rues hirondelles à goguenot.
France, 1907 : Récipient de fer-blanc dont se servent les troupiers d’Afrique pour faire la soupe ou le café.
Goguetier
Rigaud, 1881 : Ami de la goguette, ami de la chanson bachique.
Goguette
d’Hautel, 1808 : Sornettes, badinerie, mot pour rire.
Faire ses goguettes. Se divertir, faire bonne, chère, mener une joyeuse vie.
Être en goguettes. Pour dire être en joyeuse humeur.
Chanter goguette. Pour gronder, réprimander quelqu’un, lui dire des injures.
Larchey, 1865 : Société chantante. — Au moyen âge, ce mot signifiait Amusement, réjouissance.
Il y a environ trois cents goguettes à Paris, ayant chacune ses affiliés connus et ses visiteurs. L’entrée de la goguette est libre.
(Berthaud)
L’affilié de la goguette est un goguettier.
Delvau, 1866 : s. f. Chanson joyeuse. Être en goguette. Être de bonne humeur, grâce à des libations réitérées.
Delvau, 1866 : s. f. Société chantante, — dans l’argot du peuple, qui lui aussi a son Caveau.
Rigaud, 1881 : Cabaret où l’on, cultive la chanson inter pocula, en dînant et après dîner.
France, 1907 : Joie, belle humeur, suite de libations ; de gogue.
Franc ami de la goguette,
Ma chambre est une guinguette
Où je tiens festin et bal.
(Désaugiers)
… La manie de tourner tout en ridicule excite la verve de certains écrivains et le crayon de quelques dessinateurs avides de réclames scandaleuses. Journellement le public se groupe aux étalages des marchands de journaux pour regarder des gravures sans esprit, représentant des sœurs de charité, des prêtres en goguette ou des officiers et des soldats dans des tenues et des allures grotesques.
(G. Macé, Un Joli Monde)
Condamner à la déportation dans une enceinte fortifiée, pour quelques articles de journaux, un homme qui n’a jamais conspiré — est déjà bien. Ajouter trois mois de prison à cette peine qui implique la mort civile est tout à fait piquant. Ce sont là de ces facéties auxquelles se plait la magistrature, qui, alors même qu’elle est en goguette, a toujours la plaisanterie un peu macabre.
(Édouard Drumont, La Libre Parole)
Goguettier
Delvau, 1866 : s. m. Chanteur de goguettes ; membre d’une société chantante.
Grenouille en goguette
France, 1907 : Figure célèbre du cancan.
Au bal, où j’ai des succès,
Quand je balance ma dame,
On me couvre de bouquets,
Chacun m’entoure et m’acclame,
Quand j’arrive au fameux pas
De la grenouille en goguette,
Les femmes disent tout bas,
En se montrant ma binette :
Voyez ce beau garçon-là,
C’est l’amant d’A, c’est l’amant d’A,
Voyez ce beau garçon-là,
C’est l’amant d’Amanda !
Grisette
d’Hautel, 1808 : Terme injurieux et de mépris. Petite ouvrière à mise simple et bourgeoise. Fille de moyenne vertu, qui prête l’oreille aux discours des garçons.
Virmaître, 1894 : Jeune fille, ouvrière plumassière, fleuriste, modiste ou polisseuse qui fit la joie de nos pères et le désespoir des leurs. Depuis qu’elle a passé les ponts, ce n’est plus qu’une vulgaire cocotte.
Type charmant, grisette sémillante,
Au frais minois, sous un piquant bonnet
Où donc es-tu, gentille étudiante
Reine sans fard de nos bals sans apprêts.
Ainsi s’exprime la chanson en vogue autrefois au quartier latin (Argot du peuple).
France, 1907 : Fauvette grise, appelée aussi syriot, et, en Provence, passerine.
France, 1907 : Jeune ouvrière galante, appelée ainsi de la petite étoffe légère de ce nom que portaient les jeunes filles du peuple.
Le mot est vieux de près de trois siècles. On le rencontre souvent dans La Fontaine :
Sous les cotillons des grisettes
Peut loger autant de beauté
Que sous les jupes des coquettes,
D’ailleurs, il n’y faut point faire tant de façons.
(Joconde)
Une grisette est un trésor ;
Car sans se donner de la peine,
Et sans qu’aux bals on la promène,
On en vient aisément à bout ;
On lui dit ce qu’on veut, bien souvent rien du tout.
(Ibid.)
Ce type charmant et essentiellement parisien, célébré dans les romans de Paul de Kock et qui est maintenant complétement disparu, à été magistralement décrit par Jules Janin :
De tous les produits parisiens, le produit le plus parisien sans contredit, est la grisette. Voyagez tant que vous voudrez dans les pays lointains, vous rencontrerez des arcs de triomphe, des jardins royaux, des musées, des cathédrales, des églises plus ou moins gothiques ; comme aussi, chemin faisant, partout où vous conduira votre humeur vagabonde, vous coudoierez des bourgeois et des altesses, des prélats, et des capitaines, des manants et des grands seigneurs ; mais nulle part, ni à Londres, ni à Saint-Pétersbourg, ni à Berlin, ni à Philadelphie, vous ne rencontrerez ce quelque chose si jeune, si gai, si frais, si fluet, si fin, si leste, si content de peu, qu’on appelle la grisette. Que dis-je, en Europe ? vous parcourriez toute la France que vous ne rencontreriez pas dans toute sa vérité, dans tout son abandon, dans toute son imprévoyance, dans tout son esprit sémillant et goguenard, la grisette de Paris.
Les savants (foin des savants !), qui expliquent toute chose, qui trouvent nécessairement une étymologie à toute chose, se sont donné bien de la peine pour imaginer l’étymologie de ce mot-là : la grisette. Ils nous ont dit, les insensés ! qu’ainsi se nommait une mince étoile de bure à l’usage des filles du peuple, et ils en ont tiré cette conclusion : « Dis-moi l’habit que tu portes, et je te dirai qui tu es ! »…
Pour se vêtir, pour se nourrir, pour se loger, pour cultiver le parterre qui est devant sa fenêtre, pour le mouron de l’oiseau qui chante dans sa cage, pour le bouquet de violettes qu’elle achète chaque matin, pour cette chaussure si luisante et si bien tenue, pour cette élégance soutenue des pieds à la tête, dont serait fière plus d’une reine de préfecture, la grisette parisienne gagne à peine de quoi fournir chaque jour au déjeuner d’un surnuméraire du ministère de l’intérieur. Et cependant avec si peu, si peu que rien, elle est bien plus que riche, elle est gaie, elle est heureuse ; elle ne demande en son chemin qu’un peu de bienveillance, un peu d’amour.
Il est ainsi des œuvres — les seules vraiment populaires — assez banales et veules pour se prostituer aux lubies du lecteur. Celle de Murger s’affirma complaisante jusqu’à l’invraisemblance. Rien de plus étrange que la déformation de sa Mimi. Le livre la montre avide et coquette, infidèle et cruelle, torturant Rodolphe, exposant le vicomte Paul. De tendresse, pas un témoignage ; de charme, de poésie, nul indice. Si elle s’attendrit enfin, c’est sur elle-même, lorsque, dévorée par la phtisie elle agonise sur un lit d’hôpital. Eh bien ! de cette créature odieuse et lamentable, de cette fille banale entre toutes, le publie à fait la grisette, — sa grisette, la femme en qui il met toutes ses complaisances, maîtresse idéale de l’étudiant et du calicot, compagne élue des cœurs secs de la vingtième année. Rire et sourire, esprit et joliesse, elle a tous les petits charmes qui attirent sans retenir. Et que d’autres avantages ! Un regard la conquiert, un geste la congédie, un ruban l’habille. Elle s’en va si elle lasse, revient dès qu’on la rappelle, jamais ne coûte ni n’encombre. Et, lorsque sonne pour le jeune homme l’heure grave de l’établissement et du mariage, elle disparaît, pour toujours cette fois, discrète jusqu’au mystère, sans laisser le souci de ce qu’elle va devenir, sa vie avant le frêle et le vague du destin d’un oiseau.
(Joseph Caraguel)
— Et moi ! dit un grave professeur de philosophie, comment n’ai-je pas pleuré sur la dernière lettre que m’a écrite l’unique femme que j’aie adorée. C’était une grisette aussi, que je trahissais pour deux marquises. Je crois que je me souviendrai d’elle à mon dernier jour, et que je la regretterai dans l’autre monde. Cette lettre, que je conserve tendrement, elle se terminait ainsi : « Adieu, Monsieur, vous êtes un cochon. » Et il y avait en prost-scriptum : « Ah ! Gustave, je te croyais le cœur plus sensible. »
(H. de Latouche, Grangeneuve)
Les garçons de ces cafés — de mon temps du moins, hier — étaient des filles, plaisantes quelquefois, avatars de la grisette métamorphosée en tireuse de bocks.
Les grisettes, que sont-elles devenues ? Je sais bien une Parisienne, jolie, fine, essentiellement artiste, qui prétend avoir, à l’occasion, une âme de grisette, sans adresse, oui, si celle y tient, mais si mondanisée et si spirituelle qu’elle semble plutôt une reine de Petit-Trianon. — Que sont devenues les vraies grisettes, celles que les amoureux d’antan serrèrent dans leurs bras ? Où sont les jeunes créatures qui faisaient leur bonheur des feuilles qui leur tremblaient sur la tête, dans les charmilles de Fontenay-aux-Roses, des saladiers où bleuissait le vin des barrières, des rayons de soleil où dansent les papillons, d’un brin de chèvrefeuille arraché à la haie du chemin, et d’un baiser sonore cueilli sur la pourpre de leurs lèvres où sur la printanière fraicheur de leurs joues doucement teintées ?
— Te voilà veuf pendant une semaine,
Lui dit-il ; viens, nous dînerons ce soir
En devisant des heures envolées,
De ce beau temps où nous étions garçons,
Où nous laissions mille folles chansons
Jaillir sans fin de nos lèvres brûlées
Par les baisers de ces démons d’amour
Qu’on appelait, en ces temps, des grisettes,
Viens ! nous ferons au passé des risettes ;
Soyons garçons et libres pour un jour !
(A. Glatigny)
Hirondelle de goguenau
Rigaud, 1881 : Raccrocheuse, — dans l’argot des voyous. Mot à mot : hirondelle de latrines.
Hirondelle de goguenot
France, 1907 : Balayeuse de rues.
Jacobinière
France, 1907 : Réunion de démagogues intolérants et farouches.
Jules
Delvau, 1866 : s. m. Pot qu’en chambre on demande, — dans l’argot des faubouriens révolutionnaires, qui ont éprouvé le besoin de décharger la mémoire de saint Thomas des ordures dont on la couvrait depuis si longtemps.
Aller chez Jules. C’est ce que les Anglais appellent To pay a visit to mistress Jones.
Rigaud, 1881 : Pot de chambre ; tinette, latrines portatives des troupiers. Jules a remplacé le vieux Thomas, source d’éternelles plaisanteries. Jules est plus nouveau. On dit au régiment passer la jambe à Jules ou pincer l’oreille à Jules lorsqu’on est de corvée pour vider les tinettes.
Merlin, 1888 : Tonneau percé d’un bout, posé sur l’autre, et portant deux crochets de fer sur les côtés. C’est le meuble indispensable des salles de discipline d’où les soldats ne peuvent sortir, même pour satisfaire certains besoins. Les soldats chargés de transporter ce fameux baquet tirent les oreilles à Jules ; quand, pour le vider, ils le font basculer, ils lui passent la jambe.
La Rue, 1894 : Tinette.
Virmaître, 1894 : Pot de chambre (Argot du peuple). V. Goguenot.
Rossignol, 1901 : Baquet qui se trouve dans toutes les salles de police ou violons. Un vase de nuit est aussi nommé Jules ou Thomas.
Hayard, 1907 : Camarade à Thomas : le pot de chambre.
France, 1907 : Baquet-tinette ; argot militaire.
— Mais pour en revenir à mon histoire, maintenant que tu sais que les canards ils sont des animaux plus décents et moins parfumés que toi, dis un peu voir comment tu t’y prendrais pour faire traverser le pont de la ville à cinquante canards, après les avoir fait manger, sans que pas un y laisse sur le pont ce que tu vas donner à Jules.
(La Baïonnette)
Pincer l’oreille à Jules, prendre le baquet par les anses. Passer la jambe à Jules, vider le goguenot. Aller chez Jules, aller aux cabinets. Travailler pour Jules, manger.
Pauvre pousse-crotte, je trotte,
J’astique et je frotte
Tous mes cuirs avec un bouchon.
— Ah ! mon vieux cochon ! —
Toi ! tu vas, tu viens, tu circules…
Réveils ridicules :
Moi, je pince l’oreille à Jules,
À Jules !
(Louis Marsolleau)
Passer la jambe
Larchey, 1865 : Donner un croc-en-jambes, et par extension, supplanter.
Son ennemi roulait à ses pieds, car il venait de lui passer la jambe.
(Vidal, 1833)
Passer la jambe à Thomas (V. ce mot), c’est, dans l’armée, être de corvée pour l’enlèvement des goguenots. — Allusion à l’action de les renverser dans les latrines.
Delvau, 1866 : v. a. Donner un croc-en-jambe.
Passez-moi le fil
Merlin, 1888 : Expression goguenarde et sans équivalent dans le langage ordinaire, quelque chose comme : elle est bonne, celle-là !
France, 1907 : Expression militaire ironique signifiant : Quoi encore ?
Pavé
d’Hautel, 1808 : Il a la tête dure comme un pavé. Se dit d’une personne sans intelligence et sans pénétration.
Être sur le pavé. Pour être hors de maison, n’avoir pas d’ouvrage.
C’est tout pavé d’ici là. Manière goguenarde de dire qu’une course est très-longue, qu’un lieu est très-éloigné d’un autre.
Tâter le pavé. Agir avec prudence et circonspection.
Être sur le pavé du roi. Être dans un lieu public, d’ou personne n’a le droit de vous renvoyer.
Il est tombé sur le pavé. Pour dire sa fortune est bouleversée, il est ruiné.
Il a le gosier pavé. Se dit d’un goulu qui mange des alimens bouillans.
De pavé sec et bois mouillé, libera nos domine. Dicton populaire qui signifie que l’un et l’autre de ces inconvéniens sont dangereux.
Larchey, 1865 : Éloge maladroit. — Allusion au pavé de la Fontaine.
C’était un journal pavé de bonnes intentions ; mais on y rencontrait plus de pavés encore que de bonnes intentions.
(Alb. Second)
Delvau, 1866 : adj. Insensible, — dans l’argot du peuple. Avoir le gosier pavé. Manger très chaud ou boire les liqueurs les plus fortes sans sourciller.
Delvau, 1866 : s. m. Bonne intention malheureuse, comme celle de l’ours de la Fontaine. Réclame-pavé. Éloge ridicule à force d’hyperboles, qu’un ami, — ou un ennemi, — fait insérer à votre adresse dans un journal.
Rigaud, 1881 : Éloge exagéré et si maladroitement lancé qu’il assomme celui qui en est l’objet.
Payer
d’Hautel, 1808 : Adieu, porte-toi bien ; je payerai le médecin. Plaisanteries, goguettes populaires, usitées en se séparant de gens avec lesquels on est très-familier.
Il veut tout savoir et ne rien payer. Se dit d’un investigateur, d’un curieux fort avare.
Payer ric à ric. Se faire tirer l’oreille pour payer une somme ; la payer par petits à comptes.
Il payera les pots cassés. Signifie qu’on fera retomber sur quelqu’un le dommage survenu dans une affaire.
Tant tenu, tant payé. Pour dire qu’on ne doit payer un ouvrier qu’à proportion du temps qu’on l’a employé.
Payer en monnoie de singe, en gambades. Signifie se moquer de celui à qui l’on doit.
Payer bouteille, pinte, chopine, demi-setier. Pour dire payer à boire à quelqu’un.
Fustier, 1889 : Argot des lycées. S’exonérer, au moyen d’une exemption, d’un satisfecit, d’une punition encourue. Payer ses arrêts, sa retenue. Sortie payante, sortie de faveur accordée à relève qui remet en paiement une ou plusieurs exemptions que son travail, sa bonne conduite lui ont fait obtenir.
Depuis longtemps, la France a protesté contre les sorties dites payantes ou de faveur et contre les punitions actuellement en vigueur.
(France, 1881)
La Rue, 1894 : Faire, accomplir. Être condamné. Avoir payé, avoir subi des condamnations, faire payer, condamner.
Pays de cocagne
France, 1907 : Pays où tout abonde, où l’on fait grande chère, où l’on vit bien sans travailler.
On n’est pas d’accord sur l’étymologie de ce nom. Le savant évêque Daniel Huet, qui fut adjoint à Bossuet pour l’éducation du Dauphin, prétend que c’est une corruption de gogaille, gogue, goguette. La Monnoye, l’auteur de la célèbre chanson de M. de la Palisse, philologue érudit, le fait venir de Merlin Coccaio, qui, dans sa manière macaronée, décrit une contrée qui serait un paradis pour les gastrolâtres. Mais bien avant le moine Théophile Falengo, caché pendant la première moitié du XVIe siècle sous le pseudonyme de Merlin Coccaie, on trouve le mot cocagne dans les vieux fabliaux. Un d’eux, écrit au XIIIe siècle, a même pour titre : C’est li fabliou de Coquaigne. Il est fort curieux et débute ainsi :
Li païs a nom Coquaigne,
Qui plus y dort, plus y gaaigne ;
Cil qui dort jusqu’a miedi,
Gaaigne cinc sols et demi,
De bars, de saumons et d’aloses
Sont toutes les maisons encloses ;
Li chevrons y sont d’esturgeons,
Les couvertures de bacons (jambons)
Et les lates sont de saucisses…
Par les rues vont rostissant
Les crasses oes (les grasses oies) et tornant
Tout par elles (d’elles-mêmes) et tout ades
Les suit la blanche aillie (sauce à l’ail) après.
C’est ce qui a fait croire à Geruzez et à Littré après lui que cocagne venait de coquina (cuisine) ou de coquere (cuire) en passant par le catalan coca.
Voilà bien de l’érudition et c’est remonter à bien des sources quand l’étymologie se trouvait, c’est le cas de le dire, sous la main.
Cocagne vient de coquaigne, justement comme on le trouve écrit dans de fabliau du recueil de Méon, et coquaigne est un pain de pastel du Languedoc. Comme la vie y était facile, la terre fertile, les fruits en abondance et le climat charmant, on appelait ce pays, pays de Coquaigne, c’est-à-dire où les habitants mangeaient d’excellents petits gâteaux à très bon marché, buvaient de bon vin à peu de frais, enfin ne travaillaient guère.
Legrand, dans le Roi de Cocagne, a donné de ce merveilleux pays un tableau qui est loin de valoir celui du fabliau du XIIIe siècle :
Veut-on manger, les mets sont épars dans les plaines ;
Les vins les plus exquis coulent de nos fontaines ;
Les fruits naissent confits dans toutes les saisons ;
Les chevaux tout sellés entrent dans les maisons ;
Le pigeonneau farci, l’alouette rôtie,
Vous tombent ici-bas du ciel comme la pluie.
Terminons par cette fin de la satire de Boileau :
Paris est pour le riche un pays de Cocagne ;
Sans sortir de la ville, il trouve la campagne ;
Il peut, dans son jardin tout peuplé d’arbres verts,
Recéler le printemps au milieu des hivers ;
Et, foulant le parfum de ses plantes fleuries,
Aller entretenir ses douces rêveries,
Mais moi, grâce au destin, qui n’ai ni feu ni lieu,
Je me loge où je puis, et comme il plaît à Dieu.
Petdeloup
France, 1907 : Sobriquet donné aux chefs d’institution. Il a été mis à la mode par Nadar en 1849 où, dans son Histoire de M. Réac, se trouve M. Petdeloup. « homme sévère mais juste ».
Les vieux bibliothécaires sadiques et les divers Petdeloups que la pensée du fouet émerillonne et ravit ont une circonstance atténuante : c’est qu’ils sont les derniers conservateurs d’une longue tradition. La fessée a été pendant des siècles considérée par tous les peuples comme une institution des plus utiles. Une fresque d’Herculanum en donne une vue prise sur le vif. Horace reçut le fouet dans son enfance et en garda rancune à son pédagogue, qu’il qualifie de plagosus.
(Léon Fouchet)
Pique
d’Hautel, 1808 : Il a passé par les piques. Se dit lors que quelqu’un s’est trouvé dans des circonstances périlleuses, qu’il a essuyé quelque perte ; qu’il a couru de grands dangers.
Voilà bien rentrée de piques noires. Se dit de celui qui interrompt mal à propos un autre.
C’est un bon as de pique. Se dit par injure d’un stupide, d’un sot.
Pique. Signifie aussi bisbille, mésintelligence, querelle.
Delvau, 1864 : Le membre viril.
Laquelle passa et repassa par les piques de neuf amoureux.
(Brantôme)
Lors la lascive imprudemment applique
Son savoir grec pour redresser ma pique.
(Cabinet satyrique)
Mais voyez ce brave cynique,
Qu’un bougre a mis au rang des chiens,
Se branler gravement la pique
À la barbe des Athéniens.
(Piton)
De vieilles bigornes qui n’épargnent ni or ni argent pour se faire piquer.
(Molière)
Il piquait ses pages au lieu de piquer ses chevaux.
(Agrippa d’Aubigné)
En jouant au piquet,
Ma Philis me disait :
Je me sens tout en feu
De vie voir si beau jeu ;
Mais que me sert, hélas !
Que j’écarte si bien,
Si, dans ce que je porte,
Il n’entre jamais rien.
(Goguette du bon vieux temps)
Delvau, 1866 : s. f. Petite querelle d’amis, petite brouille d’amants, — dans l’argot des bourgeois.
Pot-de-vinier
France, 1907 : Néologisme tiré de pot de vin, vieille expression indiquant qu’autrefois le pourboire consistait en un verre de vin. Le pot de vin exprimait donc un gros pourboire. On connait le mot du député socialiste Joffrin. On parlait d’un de ses collègues qu’on accusait d’avoir reçu un fort pot-de-vin dans une entreprise louche. — Un pot-de-vin ! s’exclama-t-il. Vous voulez dire un tonneau ?
On lit dans l’Esprit de Henri IV, paru en 1770, l’anecdote suivante : « Madame d’O… parut dans un ballet avec une coiffure plutôt surchargée qu’enrichie de pierreries.
— Voyez, dit le roy, comme madame la superintendante est droite et ferme sur ses pieds ; cependant elle a plus d’un pot de vin sur la tête.
On sait ce que signifie ce mot en matière de finances. »
Tout plutôt que vivre sons la domination de ce ramassis d’épiciers aigris, de ronds-de-cuir exaspérés, de démagogues chevelus et crasseux, souteneurs de grèves, voleurs de grévistes, pot- de-viniers sans vergogne. Dans cette bande d’écumeurs, qui tant mérite l’épithète de « parti », pas un homme, pas une figure, pas un sincére.
(Georges Brandal, L’Endehors)
Observation curieuse : on les a qualifiés de panamistes, de pot-de-viniers, de fesse-mathieu, de mameluks, de trafiquants de bulletins, de traîtres et même de faussaires. Ils ont accepté, sans protestation aucune, ces dénominations. On les appelle « mouchards » et ils se révoltent. Pourquoi ? C’est là ce que Darwin lui-même serait impuissant à expliquer.
(Henri Rochefort)
Quelques auteurs écrivent potdevineux.
Un ministre potdevineux et chéquard…
(Félicien Champsaur, Le Mandarin)
Prendre du fruit
Delvau, 1864 : Croquer la pomme, c’est-à-dire : se laisser baiser, devenir enceinte pour accoucher, — petit-être d’un melon.
Avec Lycas, l’autre jour,
La jeune innocente
A cueilli des fleurs d’amour ;
Mais trop imprudente,
Elle tremble d’avoir pris
Parmi les fleurs quelques fruits.
(Goguette du bon vieux temps)
Raper
La Rue, 1894 : Chanter mal.
Virmaître, 1894 : Chanter. Vieille expression de goguette pour qualifier un chanteur qui écorchait les oreilles de ses auditeurs. Mot à mot : il rapait sa chanson (Argot du peuple). N.
Renommée
Rigaud, 1881 : Goguette ; cabaret où l’on chante.
Rougir la trogne (se)
France, 1907 : Boire avec excès. Synonyme de se piquer le nez.
Le Lock, l’Île-aux-moutons, le fort Sygogue,
Un peu plus bas
Se trouv’ Saint-Nicolas,
C’est là ousque l’on va s’rougir la trogne.
(Chanson du Glenans)
Synagogue
d’Hautel, 1808 : Enterrer la synagogue. Se dit par plaisanterie, quand après plusieurs jours de ripaille et de divertissemens, on en prend encore un pour se préparer avant de rentrer dans le devoir.
Enterrer la synagogue avec honneur. Finir honorablement une entreprise difficile que l’on a commencée.
Synagogue (c’est)
Rigaud, 1881 : C’est synonyme, — dans le jargon des farceurs.
Synagogue (enterrer la)
France, 1907 : Finir une entreprise, rompre une liaison avec éclat ou par quelque action dont on parle. On dit dans un cas favorable : enterrer la synagogue avec honneur.
Thomas
d’Hautel, 1808 : À la Saint-Thomas, les jours les plus bas. Manière proverbiale de dire qu’à cette époque on s’aperçoit sensiblement du décroissement des jours.
Vidocq, 1837 : s. m. — Pot de nuit.
Larchey, 1865 : Pot de chambre. V. Goguenot.
Parmi les consignés occupés à passer la jambe à Thomas (vider les baquets d’urine).
(La Bédollière)
Équivoque sur les mots vide Thoma de l’hymne populaire de Pâques.
Delvau, 1866 : s. m. « Pot qu’en chambre on demande », — dans l’argot du peuple. Passer la jambe à Thomas. Vider le goguenot. La veuve Thomas. La chaise percée.
Rigaud, 1881 : Pot-de-chambre haute forme. Allusion au verset de l’hymne de Pâques : Vide Thomas, vide pedes, vide manus. — La mère Thomas, la veuve Thomas, chaise percée. — Avoir avalé Thomas, avoir l’haleine fétide.
Boutmy, 1883 : Nom générique sous lequel on désigne, dans quelques imprimeries de province, l’ouvrier typographe et spécialement le pressier. Il existe une pièce de théâtre qui a pour titre Thomas l’Imprimeur.
Merlin, 1888 : Voyez Jules.
La Rue, 1894 : Tinette. Vase de nuit. On dit aussi Jules.
France, 1907 : Tinette, pot de chambre. Avoir avalé Thomas, avoir l’haleine fétide. Passer la jambe à Thomas, vider la tinette. On dit aussi dans le même sens : Prendre Thomas par les oreilles.
C’est un vrai velours que la goutte
Pour les débiles estomacs,
Surtout si cela te dégoûte
Le passer la jambe à Thomas.
(Raoul Fauval)
Ce singulier nom de Thomas serait une équivoque plaisante sur Vide Thoma, hymne de Pâques, dont les jeunes paysans, qui chantaient autrefois tous en chœur dans les églises de village, se seraient souvenus en vidant le baquet de la salle de police, car l’expression est toute militaire. Voir Jules.
On a chanté le muguet et la rose,
Le frais lilas et l’œillet embaumé,
Le réséda que la nuée arrose,
Et qu’a bercé le zéphyr parfumé,
On a chanté les parfums d’Arménie,
Le patchouli, l’ambre et l’encens divin,
Les enivrantes odeurs d’Arabie,
Le lis, l’iris, le musc et le benjoin !
Aussi je veux qu’on vous rende justice
Et vous chanter, vous qu’on ne chante pas,
Qui parfumez la salle de police,
Jules divin et céleste Thomas !…
(Griolet)
Tremblement (tout le)
Rigaud, 1881 : Le reste. Tout le reste.
Je voudrais, un jour de goguette,
Être Bon Dieu rien qu’un moment,
Pour brouiller comme une omelette,
L’eau, la terre et le tremblement.
(L. Festeau, Le Tapageur)
Trois-pont
Fustier, 1889 : Casquette en soie assez haute ; à l’usage de MM. les voyous.
Je les (les Alphonses) rencontre encore qui rôdent en bande, les cheveux effilés, en corne de bœuf, sur les tempes obscurcies par le troispont.
(Huysmans, Une goguette)
Voyou
Delvau, 1866 : s. m. Gamin de Paris, enfant perdu de la voie publique ; produit incestueux de la boue et du caillou ; fumier sur lequel pousse l’héroïsme : hôpital ambulant de toutes les maladies morales de l’humanité ; laid comme Quasimodo, cruel comme Domitien, spirituel comme Voltaire, cynique comme Diogène, brave comme Jean Bart, athée comme Lalande, — un monstre en un mot. Type vieux — comme les rues. Mais le mot est moderne, quoiqu’on ait voulu le faire remonter jusqu’à Saint-Simon, qui traite de voyous les petits bourgeois de son temps.
Rigaud, 1881 : Gamin de Paris. — Dans les Mystères de Paris, Eug. Sue a doté le voyou, son Tortillard, de tous les vices. — Dans les Misérables, M. Victor Hugo a poétisé le voyou sous le nom de Gavroche.
C’était le même regard pénétrant et astucieux joint à cet air insolent, gouailleur et narquois, particulier au voyou de Paris, ce type alarmant de la dépravation précoce, véritable graine de bagne.
(E. Sue)
Ses parents l’avaient jeté dans la vie d’un coup de pied. C’était un garçon bruyant, blême, leste, éveillé, goguenard, à l’air vivace et maladif. Il allait, venait, chantait, jouait à la fayousse, grattait les ruisseaux, volait un peu, mais, comme les chats et les passereaux, gaiement, riait quand on l’appelait galopin, se fâchait quand on l’appelait voyou.
(V. Hugo)
C’est le gamin de Paris, l’enfant de la voie publique, le produit de la boue et du caillou, le fumier sur lequel passe l’héroïsme, l’hôpital ambulant de toutes les plaies morales de l’humanité. Laid comme Quasimodo, cruel comme Domitien, spirituel comme Voltaire, cynique comme Diogène, brave comme Jean-Bart, athée comme Lalande, un monstre.
(A. Delvau, La Journée d’un voyou)
Le voyou, le parisien naturel, ne pleure pas, il pleurniche ; il ne rit pas, il ricane ; il ne plaisante pas, il blague ; il ne danse pas, il chahute ; il n’est pas amoureux, il est libertin.
(L. Veuillot, Les Odeurs de Paris)
Rigaud, 1881 : Grossier, mal-appris, canaille et crapuleux personnage.
Virmaître, 1894 : Le voyou n’est pas à comparer à l’ancien titi, au gamin, au gavroche. C’est une petite crapule qui a en lui les germes de toutes les passions, de tous les vices et de tous les crimes imaginables. Le gamin de Paris est gouailleur, spirituel, courageux, susceptible de dévouement, il est flâneur, c’est vrai, mais sa flânerie est innocente. Le voyou a un langage à part ; comme le moineau franc, il a les instincts pillards, il est sans cœur, n’aime rien et convoite tout (Argot du peuple).
France, 1907 : Gamin mal élevé, cynique et mal embouché. Le type du genre est le voyou parisien. Alfred Delvau en a donné une définition à laquelle rien n’est à changer :
Gamin de Paris, enfant perdu de la voie publique ; produit incestueux de la boue et du caillou ; fumier sur lequel pousse l’héroïsme : hôpital ambulant de toutes les maladies morales de l’humanité ; laid comme Quasimodo, cruel comme Domitien, spirituel comme Voltaire, cynique comme Diogène, brave comme Jean Bart, athée comme Lalande, — un monstre en un mot.
Type vieux — comme les rues. Mais le mot est moderne, quoiqu’on ait voulu le faire remonter jusqu’à Saint-Simon, qui traite de voyous les petits bourgeois de son temps.
Dans ses Misérables, Victor Hugo, sous le tvpe de Gavroche, a idéalisé le petit voyou parisien. On dit au féminin voyouse ou voyoute. D’après Charles Nisard, voyou viendrait de voirou, individu malfaisant, loup-garou. « Le peuple de Paris, dit-il, qui fait et refait les mots et qui, bons ou mauvais, finit par les imposer, a perfectionné celui-là. Voyou prévaut sur voirou et a gagné la province. Seules les campanes tiennent bon encore, mais à la longue elles céderont. »
Voir Voirou.
Y aller
France, 1907 : Donner, payer.
M. Henri Becque reçoit un jour la visite d’une vieille dame d’allure très respectable qui vient recourir à sa charité pour faire rééditer les œuvres de son mari, un confrère quelconque décédé.
L’auteur se laisse toucher et y va de son obole.
La vieille dame alors remercie et demande, en se levant, de ce ton goguenard qui trahit l’aventurière faisant les maisons charitables :
— Est-ce que vous avez pas par hasard quèque vieux savant dans la maison ?
Youtrerie
Rigaud, 1881 : Réunion de juifs. — Avarice ; usure.
Rossignol, 1901 : Synagogue.
France, 1907 : Ladrerie ; acte de juif.
Youtrerie (la)
Virmaître, 1894 : La Synagogue quand tous les juifs y sont réunis. Youtrerie est synonyme de ladrerie, d’avarice, d’âpreté. Ce mot peint bien les estimables rogneurs de pièces de six liards (Argot du peuple).
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