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Argagnasses

Rossignol, 1901 : Voir anglais.

Biche, cocotte, grue, horizontale, persilleuse, bergeronnette, Louis XV

La Rue, 1894 : Fille galante, maîtresse. Les prostituées de basse catégorie ont reçu beaucoup de noms : crevette, bourdon, passade, fesse, galupe, catau, catin, gerse, gaupe, ruttière, gouge, gouine, baleine, chausson, roubion, grognasse, gourgandine, truqueuse, asticot, morue, brancard, autel ou outil de besoin, dossiers, roulante, roulasse, rouleuse, roulure, traînée, trouillarde, camelotte, volaille, carogne, blanchisseuse de tuyaux de pipes, pouffiasse, moellonneuse, pontonnière, pilasse, ponante, ponifle, pierreuse, vadrouille, chiasse, avale-tout, taupe, paillasse, cambrouse, wagon à bestiaux, voirie, rouchie, gadoue, etc.

Camoufler (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. Se déguiser.

La Rue, 1894 : Se déguiser.

Virmaître, 1894 : Changer de costumes et de physionomie afin de n’être pas reconnu (Argot des souteneurs et Sûreté).

Rossignol, 1901 : S’habiller de façon à se rendre méconnaissable.

Hayard, 1907 : Machiner, se grimer, changer d’aspect.

France, 1907 : Se déguiser.

Je me camoufle en pélican,
J’ai du pellard à la tignasse.

(J. Richepin)

Cognasse

France, 1907 : Viande dure et filandreuse ; le contraire de conasse.

Éponge

d’Hautel, 1808 : Boire comme une éponge. Boire avec excès ; s’enivrer.
Passer l’éponge sur quelque chose. Pardonner ; oublier noblement une mauvaise action ; une offense.
Presser l’éponge. C’est faire rendre à quel qu’un ce qu’il a pris ; le faire regorger.

Delvau, 1864 : Femme. Épouse ou maîtresse qui vous éponge, en manœuvrant au cul, le trop plein de vos couilles.

Delvau, 1866 : s. f. Ivrogne, — dans l’argot du peuple.

Delvau, 1866 : s. f. Maîtresse, — dans l’argot des voyous, qui révèlent ainsi d’un mot tout un détail de mœurs. Autrefois (il n’y a pas longtemps) les filles et leurs souteneurs hantaient certains cabarets borgnes connus de la police. Ces messieurs consommaient, en inscrivait sur l’ardoise, ces dames payaient, et le cabaretier acquittait la note d’un coup d’éponge.

Rigaud, 1881 : Maîtresse d’un souteneur.

Mais, pardon, tiens, que je te fasse voir mon éponge, poursuivit-il, en tirant à lui Céline.

(Huysmans, les Sœurs Vatard)

La Rue, 1894 : Femme de souteneur. Éponge d’or, avoué.

France, 1907 : Ivrogne. La périphrase s’explique de soi.

France, 1907 : Maîtresse ; argot des souteneurs.

Me v’là, Laur’, l’éponge à Polyte,
C’est un beurr’ comm’ nous nous aimons,
Mon homme et moi, nous somm’s l’élite,
La fleur, la crèm’ des butt’s Chaumont,
C’est dimanch’ dernier, au bastringue,
Qui m’a plu Polyte, et qu’j’y plus ;
La grande Irma, c’t’espèc’ de bringue,
Était sa marmite, ell’ l’est pus,
Dès qu’j’en suis d’venue amoureuse,
Y m’a dit : Toc, ça t’va, ça m’va !
C’est vraiment chouett’ pour un’ pierreuse
D’avoir un mec comm’ celui-là.

(André Gill, L’Éponge à Polyte)

Voici en bloc les noms donnés aux prostituées de basse catégorie : asticot, autel du besoin, avale-tout, baleine, blanchisseuse de tuyau de pipe, bourdon, brancard, cambrouse, camelotte, carogne, catau, catin, chausson, chiasse, dossière, fesse, gadoue, galupe, gaupe, gerse, gouge, gouine, gourgandine, grognasse, moellonneuse, morue, outil de nécessité, paillasse, passade, pétasse, pierreuse, ponante, ponifle, pontonnière, pouffiasse, punaise, roubion, rouchie, roulante, roulasse, rouleuse, roulure, rullière, taupe, trainée, trouillarde, truqueuse, vadrouille, voirie, volaille, wagon à bestiaux.

Feignant

Delvau, 1866 : s. et adj. Fainéant, — dans l’argot du peuple, qui parle plus correctement qu’on ne serait tenté à première vue, de le supposer, feignant venant du verbe feindre, racine de fainéantise, qu’on écrivait autrefois faintise. Signifie aussi Poltron, lâche, et c’est alors une suprême injure, — l’ignavus de Cicéron, Barbarisme nécessaire, car fainéant ne rendrait pas du tout la même idée, parce qu’il n’a pas la même énergie et ne contient pas autant de mépris.

Virmaître, 1894 : Propre à rien. Lâche, poltron, paresseux.

Descends-donc de ton cheval, eh ! Feignant !

Apostrophe d’un voyou charitable à Henri IV sur le Pont-Neuf pour lui offrir un canon. On dit également feignasse (Argot du peuple).

France, 1907 : Fainéant, poltron, lâche. Ce n’est pas, comme on pourrait le croire, une corruption de fainéant, mais le participe présent du verbe feindre. Le feignant feint de travailler.

Deux pâles voyous errent autour de la Roquette, et ils n’ont que faire, si ce n’est que d’être enfermés, si on le voulait bien.
Gugusse a des pleurs dans les yeux.
Bibi, son camarade, le pousse du coude.
— Eh bien ! qu’est-ce qui te prend ?
Gugusse, très mélancolique et très shakespearien :
— Nous sommes des feignants, des propres à rien… à notre âge, Barré et Lebiez avaient déjà été fauchés.

(Écho de Paris)

Mille pétards ! Celle-là me dépasse. Sacrés gobeurs, rendez-vous compte que la Sociale a justement pour but de supprimer les feignants. La cause de nos mistoufles, c’est que la société actuelle en est bondée. La racaille de la haute : gouvernants, richards, curés… bouffe-galette de tout calibre, que sont-ils, sinon la crème des feignants ?

(Père Peinard)

Mais ceux dont la bourse se ferme
Et qui conservent leur argent
Pour mieux pouvoir payer leur terme,
Ça c’est des feignants !

(Caran d’Ache, Les Chevaliers du Travail)

Feignasse

Hayard, 1907 : Fainéant.

France, 1907 : Fainéant. Autre forme de feignant.

C’est vous dire, les aminches, que les autorités n’aiment pas beaucoup que des gas à poil viennent troubler la digestion des feignasses en goguette, en parlant au populo de ses intérêts.

(Père Peinard)

— Vous savez, cria-t-elle, moi, je pompe en vous attendant, tas de feignasses ! avais lai pépie ! Je viens de dépenser de la salive avec un vieux type qui voulait monter sans payer d’avance. Ce que je l’ai remballé !

(Oscar Méténier, Madame La Boule)

Gnasse

Hayard, 1907 : (Mon) moi, (ton) toi, (son) lui, elle.

Guigne

Delvau, 1866 : s. f. Mauvaise chance, — dans l’argot des cochers qui ne veulent pas dire guignon. Porter la guigne. Porter malheur.

Rigaud, 1881 : Guignon. — Guignasse, guignon énorme. — Guignolant, guignolante, désespérant, désespérante.

Rossignol, 1901 : Avoir la guigne est ne pas avoir de réussite. Il est né sous une mauvaise étoile, il a une guigne insensée : tout ce qu’il entreprend ne lui réussit pas.

France, 1907 : Mauvaise chance.

Elle surprit mon regard sur sa robe : — Vous regardez mes frusques ? Ah ! c’est la guigne, voyez-vous, et la guigne ça rend timide ; alors, telle que vous me voyez, je bois pour me donner de l’aplomb.

(Alphonse Allais)

— Allons, mes enfants, il ne faut pas se faire de bile… Ça ne sert à rien d’abord, et puis ça vous flanque la guigne pour l’avenir… Moi le premier, est-ce que vous croyez que je n’ai pas eu mes moments difficiles ?… On les surmonte, parbleu ! et un jour vient où l’on a l’assiette au beurre à son tour…

(Paul Alexis)

On regrette de n’avoir pas
Consommé ce premier repas,
Le cœur plus digne.
Et de notre fleur au trépas
Alphonse s’offre les appas…
Voilà la guigne.
Ils vous disent : « Faisons joujou,
Je te mettrai dans l’acajou… »
On se résigne.
Et bien souvent le sapajou
En est quitte pour un bijou…
Et vient la guigne.

(Blédort)

Maquereauter

Delvau, 1866 : v. a. et n. Vivre aux dépens des femmes oui ne vivant elles-mêmes qu’aux dépens des hommes. On prononce Macroter. Maquereauter une affaire. Intriguer pour la faire réussir.

France, 1907 : Fréquenter les prostituées, vivre à leurs dépens.

Ce qu’il y a d’enquiquinant, c’est que les grosses légumes, pour couper la chique à notre esprit de révolte, ont entrepris de nous avachir en nous infusant leurs vices. Ils ont manœuvré pour nous donner l’envie de louper, de feignasser, de vivre à rien foutre, en maquereautant ou putassant — afin de nous rendre incapables d’agir.

(Le Père Peinard)

Mignoter

d’Hautel, 1808 : Caresser, dorloter, traiter délicatement. Il se dit particulièrement des enfans.
Se mignoter. Se traiter avec beaucoup de précaution, mettre de l’affectation dans les soins qu’on prend de sa personne.

Fustier, 1889 : Cajoler, embrasser, faire mignon.

Elle mignotait Céline, sa préférée, dont la tignasse jaune de chrome l’intéressait.

(Huysmans, les Sœurs Vatard)

France, 1907 : Caresser.

Pagnoter

Fustier, 1889 : Coucher. Pagnoter avec une grognasse. Coucher et faire la noce avec une femme.

Rossignol, 1901 : Se coucher.

France, 1907 : Coucher ; de pagne, lit.

Poivrière

Larchey, 1865 : Femme malade.

Va, poivrière de Saint-Côme, je me fiche de ton Jérôme.

(Vadé)

Delvau, 1866 : s. f. Fille ou femme galante punie par où elle a péché et exposée à punir d’autres personnes par la même occasion. Argot du peuple.

Va, poivrière de Saint-Come,
Je me fiche de ton Jérôme.

dit un poème de Vadé.

Rigaud, 1881 : Route. Comparaison de la poussière au poivre.

La Rue, 1894 : Route. Fille malade. Le palais de justice.

France, 1907 : Ivrognesse.

France, 1907 : Le Palais de Justice.

France, 1907 : Prostituée, qu’elle ait ou non la syphilis, mais toujours apte à la recevoir ou à la donner.

— Allons, silence, crapules ! par respect pour les nobles étrangers, exclama l’ivrogne qui avait donné la main au préfet.
— Je m’en f…iche, vieux musée de cire ! brame une poivrière à la tignasse grisonnante et ébouriffée.
— Oh ! c’tamour qui piaille ! reprend l’ivrogne.

(G. Macé, Un Joli Monde)

On disait autrefois poivrière de Saint-Côme.

Cadavre à moitié démoli
Va, poivrière de Saint-Côme !
Je me fiche de ton Jérôme.

(J.-J. Vadé)

France, 1907 : Route ; elle est pleine de poivre, c’ést-à-dire de poussière.

Ragougnasse

Rigaud, 1881 : Mauvais ragoût, et, par extension, tout objet de très peu de valeur. C’est de la ragougnasse.

France, 1907 : Mauvais ragoût et, par extension, mauvaise chose.

Par le temps qui court, nul n’a plus — sinon avec beaucoup d’efforts — sa saine faculté de raisonnement : chacun se fait trop une opinion qui n’est que le reflet des ragougnasses imprimées dans le quotidien du matin.
Or, comme les quotidiens prennent leur mot d’ordre chez les jean-foutre de la haute et orientent leur girouette suivant les intérêts des chameaucrates, il est tout simple que le populo raisonne de travers !

(Le Père Peinard)

Rincer la dalle (se)

Rigaud, 1881 : Se rafraîchir en buvant.

France, 1907 : Boire.

C’est pourquoi dès l’aube, à la halle,
J’allais fair’ ma p’tit’ provision,
Afin qu’ell’ pût s’rincer la dalle
Et pas mourir d’inanition.

(E. Héros-Keraval)

On dit aussi se rincer l’avaloir, le bec, le bocal, la corne, le cornet, la dent, de fusil, la gargarousse, la gargoine, le sifflet, le plomb, etc.

La journaille, j’vas chez l’bistrot
Dans un coin affaler mon gnasse
Et m’rincer l’plomb d’un coup d’sirop ;
Mais faut pas coir’ que j’soy’ feignasse,
J’ai d’la pogne autant qu’du jaspin :
On peut gâfer ça quand j’attige
Les gas qui cultivent el’ lapin
Quand, tout seuls, dans un coin, j’les pige.

(É. Blédort)

Rogner

d’Hautel, 1808 : Taillez, rognez comme il vous plaira. Se dit à quelqu’un qu’on laisse le maître absolu de ses volontés.
Rogner les ongles à quelqu’un. Lui diminuer son emploi, ses bénéfices, son autorité.

Rigaud, 1881 : Guillotiner. Bon à rogner, condamné à mort.

France, 1907 : Gronder, grommeler.

Les petits bourgeois rognent après les juifs qui, disent-ils, leur font de la concurrence commerciale ; quant aux noblaillons dans la débine, ces feignasses trouvent très aristocratique de foutre leur dèche relative sur le compte des banquiers juifs à qui ils ont emprunté de la galette.

(Le Père Peinard)

France, 1907 : Guillotiner.

Tiffes

Fustier, 1889 : Cheveux.

Virmaître, 1894 : Les cheveux. Tiffe est une corruption de tignasse (Argot des voleurs). N.

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Les cheveux.

Tignasse

d’Hautel, 1808 : Une tignasse. Mauvaise perruque.

Delvau, 1866 : s. f. Chevelure abondante, épaisse, bien ou mal peignée, — dans l’argot du peuple, pour qui ces chevelures-là sont autant de nids à teigne. A signifié au début Perruque. On dit aussi Tignon.

France, 1907 : Chevelure touffue, emmêlée ; de tigne, teigne, vieux français.

Elle avait quéqu’s cheveux graisseux,
Perdus dans un filet crasseux
Qu’avait vieilli su’ sa tignasse
À Montparnasse.

(Aristide Bruant, Dans la rue)

France, 1907 : Femme ; argot des boulevardiers.

Dans leur gracieux langage, deux crânes, trois tignasses, ce sont deux hommes, trois femmes.

(Frédéric Loliée, Parisianismes)

Tigne, tignasse

Larchey, 1865 : Chevelure en désordre. — Du vieux mot tigne : teigne. V. Aplomb.

Traîne-savate

France, 1907 : Misérable, loqueteux.

La traîne-savate flaira une mauvaise affaire, et, remorquant après elle sa marmaille renâclant et se grattant à pleins poings la tignasse, détala sans retourner la tête.

(Camille Lemonnier)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique