La Rue, 1894 : La morgue.
Boîte aux dégelés, aux refroidis
Boîte aux dégelés, boîte aux refroidis
Rigaud, 1881 : La Morgue.
Buen retiro
France, 1907 : Italianisme, Endroit secret, lieu discret de rendez-vous.
Angèle Renard, modiste, rue de Richelieu, et proxénète, avait à Auteuil un buen retiro où se rencontraient des femmes et des libertins qui s’y livraient à de honteuses saturnales.
Foubert, chef du cabinet au ministère de l’intérieur, quoique vivant maritalement avec une jeune fille du peuple, se rendait très souvent chez Angèle Renard pour jouir du spectacle de tableaux vivants qu’on lui préparait avec art et qu’on lui faisait payer fort cher.
La marquise de B… était aussi une habituée du buen retiro et elle s’y abandonnait aux plus raides débauches.
On assure même que cette grande dame aurait tellement abusé des faiblesses et des complaisances d’une jeune fille de quinze ans que celle-ci aurait failli en mourir.
(Numa Gilly, Mes Dossiers)
Buen retiro. Cabinet d’aisances. « …Endroit écarté où, pour se mettre à l’aise, on a la liberté. »
Au moment où l’air connu : C’est Boulange, lange, lange ! retentissait sur les boulevards, un pâle gavroche fait irruption dans un buen retiro à cinq centimes.
— Madame, dit-il à la préposée, fermez bien vite… on va piller !
(Le Diable boiteux)
Couillon
Rigaud, 1881 : Poltron. Vient de Coilly ou Couilly, petit village de la Brie Champenoise, aujourd’hui dans le département de Seine-et-Marne, arrondissement de Meaux. Un vieux quatrain recueilli dans les adages français donne une haute idée du courage des gens de Couilly, les Couillyons.
Mil cinq cent vingt et quatre
Coilli fut pris sans combattre ;
Et les blés furent engelés
Et maints gens déshonorés.
Virmaître, 1894 : Imbécile, peureux (Argot du peuple).
France, 1907 : Poltron, bête, pusillanime ; du vieux français couillu, même sens.
Quoique ça, les malins voyaient le bout de l’oreille : « Méfiez-vous, les aminches, qu’ils rengainaient, les chefs vous lâcheront d’un cran un de ces quatre matins… Et vous vous retrouverez couillons comme devant. »
(Le Père Peinard)
On écrit aussi coïon.
— Tenez, voulez-vous que je vous dise ? s’exclama à la fin Béchu, vous êtes tous des coïons. Eh bien ! j’irai, moi.
Chamerot, qui rentrait en bouclant la ceinture de son pantalon, lui serra les mains :
— C’est bien, ça, Béchu. Tu es un homme. toi !
(Camille Lemonnier)
Cour du roi Pétaud
France, 1907 : Réunion tumultueuse où personne ne s’entend. Lieu de désordre et de confusion où chacun veut être le maître. Molière, dans Tartufe, fait dire à madame Péronnelle, critiquant le ménage de son fils Orgon :
On n’y respecte rien, chacun y parle haut,
Et c’est tout justement la cour du roi Pétaud.
Pendant le moyen âge, tous les corps de métiers s’étaient établis en corporations. Les mendiants, qui pullulaient alors, eurent aussi leur corporation, leurs règlements, leur chef. On l’appelait le roi Péto, du mot latin peto (je mendie), qu’on changea plus tard en celui de Pétaud. Il est probable qu’au milieu de ces truands et de ces gueux, l’autorité de ce monarque fantastique étant plutôt nominale que réelle, et que les réunions qu’il présidait ne se terminaient pas sans cris, sans tumulte, sans injures et sans horions. De Pétaud on a fait pétaudière.
Littré cependant attribue à cette expression une autre origine malpropre et plus burlesque. Le roi Pétaud devait en tout cas avoir du fil à retordre avec ses sujets. Voici, d’après de curieuses recherches récentes, quelles étaient les différentes catégories de mendiants qui se partageaient la grande ville :
Les courtauds, qu’on ne voyait à Paris que pendant l’hiver ; ils passaient la belle saison à rapiner dans les environs de la capitale.
Les capons, qui ne mendiaient que dans les cabarets, tavernes et autres lieux publics.
Les francs-mitoux, dont la spécialité consistait à contrefaire les malades et à simuler des attaques de nerfs.
Les mercandiers. Vêtus d’un bon pourpoint et de très mauvaises chausses, ils allaient dans les maisons bourgeoises, disant qu’ils étaient de braves et honnêtes marchands ruinés par les guerres, par le feu ou par d’autres accidents.
Les malingreux. Ceux-la se disaient hydropiques, ou bien se couvraient les bras et les jambes d’ulcères factices. Ils se tenaient principalement sous les portes des églises.
Les drilles. Ils se recrutaient parmi les soldats licenciés et demandaient, le sabre à la ceinture, une somme qu’il pouvait être dangereux parfois de leur refuser.
Les orphelins. C’étaient de jeunes garçons presque nus ; ils n’exerçaient que l’hiver, car leur rôle consistait à paraître gelés et à trembler de froid avec art.
Les piètres. Ils marchaient toujours avec des échasses et contrefaisaient les estropiés.
Les polissons. Ils marchaient quatre par quatre, vêtus d’un pourpoint, mais sans chemise. avec un chapeau sans fond et une sébile de bois à la main.
Les coquillards. C’étaient de faux pèlerins couverts de coquilles ; ils demandaient l’aumône afin, disaient-ils, de pouvoir continuer leur voyage.
Les collots. Ils faisaient semblant d’être atteints de la teigne et demandaient des secours pour se rendre à Flavigny, en Bourgogne, où sainte Reine avait la réputation de guérir miraculeusement et instantanément ces sortes de maladies.
Les sabouleux. C’étaient de faux épileptiques. Ils se laissaient tomber sur le pavé avec des contorsions affreuses et jetaient de l’écume au moyen d’un peu de savon qu’ils avaient dans la bouche.
Les cagous. On donnait ce nom aux anciens qui instruisaient les novices dans l’art de couper les chaînes de montre, d’enlever les bourses, de tirer les mouchoirs et de se créer des plaies factices.
Il y avait aussi les millards, les hubains, les morjauds.
Crotte
d’Hautel, 1808 : Être dans la crotte. C’est-à-dire, dans la misère, dans un grand dénûment.
La ribotte nous met dans la crotte. Pour dire, ruine le corps et la bourse.
Il a le nez retroussé peur de la crotte. Se de quelqu’un qui a le nez camus.
Les chiens ont mangé la crotte. Manière plaisante de dire, qu’il a fortement gelé, et que les rues sont sèches et propres.
Delvau, 1866 : s. f. Misère, abjection, — dans l’argot du peuple. Tomber dans la crotte. Se ruiner, se déshonorer, — se salir l’âme et la conscience. Vivre dans la crotte. Mener une vie crapuleuse. On n’est jamais sali que par la crotte. On ne reçoit d’injures que des gens grossiers.
Rigaud, 1881 : Misère, dégradation morale. — Rouler, tomber, se carrer dans la crotte.
France, 1907 : Misère abjecte. Le mot est employé dans ces expressions : vivre, traîner ou tomber dans la crotte.
Dégel
Larchey, 1865 : Mortalité.
Il y aura un rude dégel.
(Watripon)
On connaît les effets dissolvants du dégel.
Rigaud, 1881 : Mort. — Dégelé, cadavre. — Dégeler, mourir. — Se dégeler, se suicider.
France, 1907 : Mort.
Dégelé (un)
France, 1907 : Un mort, un cadavre.
Dégelée
Larchey, 1865 : Volée de coups. — Il y a une chanson de V. Gaucher intitulée la dégelée de 1854, ou la Prise de Bomarsund. — Une volée dégèle ordinairement ce lui qui la reçoit.
Delvau, 1866 : s. f. — Coups donnés ou reçus, — dans l’argot des faubouriens.
Rigaud, 1881 : Série de coups. — Flanquer une dégelée soignée.
France, 1907 : Coups. Recevoir, donner une dégelée.
Enfin, mon père arrive avec un fouet à lanière en peau de serpent noir, et, me faisant courir devant son cheval, lié à la taille par une corde fixée à sa selle, il me cingla tout le long du chemin. Je n’oublierai jamais cette dégelée.
(Hector France, Chez les Indiens)
Dégeler
d’Hautel, 1808 : Mourir, expirer, s’en aller dans l’autre monde.
Il est dégelé. Pour, il est mort, il est expiré.
Cette locution se prend toujours en mauvaise part, et ne se dit que d’une personne pour laquelle on n’avoit ni respect, ni estime, ni considération.
Delvau, 1866 : v. n. Se déniaiser, se remettre de son émotion, — dans le même argot [des faubouriens]. Signifie aussi : Mourir.
Rossignol, 1901 : Mourir.
Hayard, 1907 : Assassiner.
Dégéler
un détenu, 1846 : Mourir par violence en prison.
Dégeler (se)
La Rue, 1894 : Se déniaiser, se dégourdir.
France, 1907 : Se déniaiser, se dégourdir.
Ne te semble-t-il pas que la petite Georgette s’est joliment dégelée depuis sa sortie du couvent ?
— Bah ! ce n’était qu’une couche de givre. Un baiser de son cousin le cuirassier l’a fait fondre.
(Les Propos du Commandeur)
Dégeler son membre
Delvau, 1864 : L’introduire à moitié roide dans le vagin d’une femme dont la chaleur le force à grossir et à brûler lui-même.
Un jour d’hiver Collas tout éperdu
Vint à Catin présenter sa requête
Pour dégeler son chose morfondu.
(Cl. Marot)
Déger
La Rue, 1894 : Mort. Dégelé, cadavre.
Digelette
France, 1907 : Bague.
Digelettes
Hayard, 1907 : Bagues.
Digelettes ou dégelettes
Virmaître, 1894 : Bagues (Argot du peuple).
Fin de siècle
France, 1907 : Qualificatif imbécile employé à toutes sauces, désignant généralement le nec plus ultra, l’outrance, la décadence artistique, morale. Le fin de siècle, c’est le plus idiot boudiné, la fille la plus excentrique, la femme la plus dénuée de préjugés, l’enfant le plus insolent et le plus mal élevé. J’ai dit ce qualificatif imbécile, puisque les siècles sont une division arbitraire du temps qui n’a ni commencement ni fin.
Notre pauvre humanité a mal à la vie, et malheureusement ce ne sont ni les boulevards, ni les squares, ni l’éclairage à l’électricité, ni les trains-éclairs, ni les maisons chauffées au calorifère, ni le téléphone, et tous les et cætera dont le progrès l’a dotée, qui peuvent la guérir de ce mal-là. Aussi, allons patiner au Bois, pendant que les lacs sont gelés, et occupons-nous d’être bel et dûment fin de siècle.
(Gil Blas)
Il dépassait le but, devenant fringant et coquet, abusant outrageusement des cosmétiques et des coups de fer au chapeau et à la moustache, innovant cravates inouïes, bouleversant l’armoire aux chemises et s’instituant boudiné et fin de siècle.
(Marc Anfosse)
Pour moi, j’ai beau ne m’être jamais aventurée sur l’ombre d’un vélocipède, je n’en suis pas moins une jeune fille fin de siècle, détestablement élevée.
(Fernand Berolaud)
C’était une petite fin de siècle, curieuse et détraquée, désirant connaître, avant vingt ans tous les mystères de la passion ; une de ces femmes que le danger fascine, qui convoitent le fruit défendu, comme la seule joie tentatrice et digne de leurs cerveaux raffinés.
(Sapho, La Lanterne)
Frisbi
Virmaître, 1894 : Froid. Ou dit aussi : il fait friot, frisquet, et comme superlatif :
— Nom de Dieu, que ça pince il gèle à pierre fente (pour fendre) (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 / France, 1907 : Froid.
Galette
Vidocq, 1837 : s. m. — Homme maladroit, dépourvu d’intelligence.
Larchey, 1865 : Homme nul et plat ; contre-épaulette portée autrefois par les soldats du centre.
Pour revêtir l’uniforme et les galettes de pousse-cailloux.
(La Bédollière)
Aux écoles militaires, une sortie galette est une sortie dont tous les élèves profitent, même ceux qui sont punis.
Delvau, 1866 : s. f. Imbécile, homme sans capacité, sans épaisseur morale. Argot du peuple.
Delvau, 1866 : s. f. Matelas d’hôtel garni.
Rigaud, 1881 : Argent. Boulotter sa galette, manger son argent, — dans le jargon des voyous.
Rigaud, 1881 : Grand, complet, — dans le jargon des Saint-Cyriens.
Rigaud, 1881 : Individu sans intelligence.
Rigaud, 1881 : Mauvais petit matelas aplati comme une galette.
Fustier, 1889 : Petit pain rond et plat qu’on sert dans certains restaurants.
La Rue, 1894 : Matelas. Imbécile. Mauvais soulier. Monnaie.
Virmaître, 1894 : Argent (Argot du peuple). V. Aubert.
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Argent.
France, 1907 : Argent.
—Les femmes, ça sert à quelque chose ou ça sert à rien. Si ça sert à rien, fourrez-les dedans, mais ne vous en servez pas. Non ! ces Messieurs veulent bien rigoler ; puis, quand ils ont casqué, qu’ils en ont eu pour leur argent, ils se plaignent… On dirait qu’ils regrettent leur galette. Faudrait peut-être les prendre à l’œil ! Ça serait pas à faire !… Et le commerce donc !
(Oscar Méténier)
Ô sainte Galette dorée
Devant qui l’on est à genoux,
Par toute la terre adorée,
Bonne sainte, priez pour nous !
Telle est votre toute-puissance
Aux yeux avides des mortels,
Que même en pâte on vous encense
Et qu’on vous dresse des autels.
(Jacques Rédelsperger)
Le lendemain de la fête des Rois, un marmot demande à un autre :
Y avait-il un bébé, hier, dans ta galette ?…
L’autre répond :
— Ah ! ouiche, rien du tout, et j’ai même entendu la nuit, papa qui disait à maman : « Avant d’avoir le bébé, faudrait avoir la galette ! »
(Le Charivari)
Embrassons-nous, ma gigolette,
Adieu, sois sage et travaill’ bien,
Tâch’ de gagner un peu d’galette
Pour l’envoyer à ton pauv’ chien ;
Nous r’tourn’rons su’ l’bord de la Seine,
À Meudon, cueillir du lilas,
Après qu’j’aurai fini ma peine
À Mazas.
(Aristide Bruant)
Bouffer la galette de quelqu’un, manger son argent, le ruiner.
Solange avait à elle environ quatre cents francs d’économies couchés sur un livret de la Caisse d’épargne postale ; de son côté, Camille, pour ne pas être en reste, ni accusé un jour de lui avoir bouffée sa galette, s’ingénia, parvint à tirer une carotte de cinq cents francs à sa famille, peu aisée pourtant et souvent déjà tapée dans les grands prix.
(Paul Alexis)
On dit aussi bonne galette.
Angèle se tenait derrière sa porte. Vous la voyez d’ici : des bas à fleurs, un peigne rose, ouvert du haut en bas, sur des chairs écroulées, et qui se gonflait au courant d’air. Une âcre odeur de musc flottait autour de ses aisselles ; ses cheveux étaient rougis par le fer, et la ligne blanche du maquillage, arrêtée à son cou, faisait paraitre sa graisse plus jaune.
— C’est vrai, me dit-elle, mon mignon, que tu veux m’apporter ta bonne galette ?
(Hugues Le Roux)
France, 1907 : Fête, dans l’argot des saint-cyriens. Sortie galette, sortie générale, sortie de fête.
France, 1907 : Homme sans valeur, caractère plat comme une galette.
France, 1907 : Matelas très mince et dur.
France, 1907 : Mauvais acteur.
… Il est donc très avantageux pour le correspondant de traiter avec des galettes semblables, qui, sans cesse à l’affut de nouveaux engagements, sont obligés d’avoir recours à son entremise.
(Charles Friès, Le Correspondant dramatique)
France, 1907 : Mauvais soulier.
France, 1907 : Nom donné par les saint-cyriens à la contre-épaulette de sous-lieutenant. Il y a une chanson intitulée : La Galette, dont voici une strophe qui donnera l’idée du reste.
Notre galette que ton nom
Soit immortel en notre histoire,
Qu’il soit embelli par la gloire
D’une brillante promotion !
On dit aussi : fine galette.
Autrefois les soldats du centre portaient tous des galettes en guise d’épaulettes.
Gelée
d’Hautel, 1808 : Un beau plat de gelée. Expression métaphorique, pour dire une belle gelée, un froid vif et serré.
Gelée de loup
France, 1907 : Teinture d’antimoine.
Gelée de mer
France, 1907 : Méduse.
Geler
d’Hautel, 1808 : Il gèle à pierre fendre. Pour dire il gèle fortement.
Il n’a pas le bec gelé. Se dit d’un homme qui parle continuellement ; d’un grand babillard.
Glissoire
Delvau, 1866 : s. f. Ruisseau gelé sur lequel les gamins s’amusent à glisser.
Rigaud, 1881 : Patinage dans le ruisseau. — Ruisseau gelé sur lequel le voyou se livre au patinage. C’est son lac du Bois de Boulogne.
Là-bas
Larchey, 1865 : Maison de correction de Saint-Lazare.
Julia à Amandine : Comme ça, cette pauvre Angèle est là-bas ? — Ne m’en parle pas. Elle était au café Coquet a prendre un grog avec Anatole. Voilà un monsieur qui passe, qui avait l’air d’un homme sérieux avec des cheveux blancs et une montre. Il lui offre une voiture, elle accepte, un cocher arrive, et… emballée ! Le monsieur était un inspecteur.
(Les Cocottes, 1864)
Delvau, 1866 : adv. de l. Saint-Lazare, — dans l’argot des filles, qui n’aiment à parler qu’allusivement de ce Paraclet forcé.
Rigaud, 1881 : Prison. — Prison de Saint-Lazare que les filles appellent encore : La campagne. — Revenir de la campagne, revenir de Saint-Lazare.
France, 1907 : Saint-Lazare, dans l’argot des souteneurs et des filles ; la maison de jeu de Monte-Carlo, dans l’argot des joueurs ; le bagne, dans celui des escarpes.
Lune rousse
France, 1907 : Lune d’avril. Elle est généralement accompagnée de gelée et de vents froids, aussi la fait-on présider aux nuits des couples mal assortis. « Après la lune de miel, la lune rousse. »
Mannequin
d’Hautel, 1808 : C’est un vrai mannequin. Pour dire, un homme sans caractère, qui n’agit que d’après la volonté des autres, ou dont on se rend absolument maître.
Delvau, 1866 : s. m. Imbécile, homme de paille, — dans l’argot du peuple.
Delvau, 1866 : s. m. Voiture quelconque, et spécialement Tape-cul, — dans l’argot du peuple.
Rigaud, 1881 : Cabriolet, voiture à deux roues. — Hotte de chiffonnier. — Mannequin à machabées, corbillard, ou encore mannequin du trimballeur de dégelés, de refroidis, de machabées.
Rigaud, 1881 : Demoiselle de magasin sur le dos de laquelle on essaie les confections, devant les acheteurs, — dans le jargon des marchands de nouveautés.
La Rue, 1894 : Imbécile. Voiture.
France, 1907 : Homme méprisable, sans valeur.
France, 1907 : Hotte de chiffonnier.
France, 1907 : Imbécile toujours habillé à la dernière mode.
Oranges à cochon
France, 1907 : Pommes de terre. On les donnait en effet autrefois aux cochons, et ce préjugé était tel que les paysans seraient plutôt morts de faim que de goûter à ce tubercule, interdit par les prêtres.
Par les villes, par les hameaux,
Après la parole bénite,
Pendant deux cents ans les pourceaux
Mangeaient seuls la pomme maudite.
Si bien qu’on vit les paysans
Brouter l’hiver l’herbe gelée,
Tandis qu’au milieu de leurs champs
Restait la pomme ensorcelée.
(Charles Jodet)
On dit aussi oranges de Limousin.
Patati-patata
France, 1907 : Onomatopée, dont on se sert pour exprimer un bavardage ennuyeux qui n’en fini pas, une suite de rengaines sur un air connu.
— Depuis longtemps, il m’adorait. Nos âmes sœurs ! Cruelle énigme ! et patati et patata… J’affectai de rire pour geler un peu son éloquence…
(Paul Adam)
Pieds attachés ou gelés (avoir les)
La Rue, 1894 : Ne pas pouvoir ou ne pas vouloir faire une chose commandée ou désirée.
Pipe (casser sa)
Larchey, 1865 : Mourir. — Ceux qui sont morts ne fument plus.
Papa avait beaucoup de blessures, et un jour il cassa sa pipe, comme on dit au régiment.
(Méry)
Rigaud, 1881 : Mourir. Les morts ne fument plus… que la terre. — Cette expression a, sans doute, été consacrée par le peuple qui a voulu faire une vulgaire allusion à un usage emprunté au cérémonial des funérailles des évêques. D’après le cérémonial, la crosse d’un évêque mort est brisée et figure placée sur un coussin, dans le cortège funèbre.
On place aux pieds du prélat (Mgr Dupanloup), sur un second coussin cramoisi, la crosse brisée en trois tronçons.
(Figaro, du 24 octobre 1878, funérailles de Mgr Dupanloup)
Nous avons prédit cent fois pour une que Dupanloup briserait sa crosse sans être cardinal.
(Tam-Tam, du 20 octobre 1878)
France, 1907 : Mourir. Les synonymes sont aussi nombreux que variés : avaler sa langue, sa gaffe, sa cuiller, ses baguettes ; n’avoir plus mal aux dents ; aller manger les pissenlits par la racine ; avoir son coke ; baiser la camarde ; cracher son âme ; claquer ; cracher ses embouchures ; casser son crachoir ; canner ; camarder ; casser son câble, son fouet ; couper sa mèche ; calancher ; dévisser ou décoller son billard ; déposer ses bouts de manche ; déteindre ; donner son dernier bon à tirer ; descendre la garde ; défiler la parade ; dévider à l’estorgue ; déralinguer ; déchirer son faux col, son habit, son tablier ; dégeler ; éteindre son gaz ; épointer son foret ; être exproprié ; fumer ses terres ; fermer son parapluie ; faire ses petits paquets, sa crevaison ; fuir ; graisser ses bottes ; ingurgiter son bilan ; lâcher la perche, la rampe ; laisser fuir son tonneau ; ; laisser ses bottes quelque part ; mettre la table pour les asticots ; poser sa chique ; péter son lof ; perdre son bâton ; passer l’arme à gauche ; perdre le goût du pain ; piquer sa plaque ; pousser le boum du cygne ; recevoir son décompte ; remercier son boulanger ; rendre sa secousse ; saluer le public ; souffler sa veilleuse ; tourner de l’œil, etc.
Plat
d’Hautel, 1808 : Avoir le ventre plat. Pour n’avoir rien mangé depuis long-temps ; avoir le ventre creux.
Faire merveille du plat de la langue. Dire de belles paroles, tenir de beaux discours, mais ne point les mettre à exécution.
Donner du plat de la langue. Flatter, cajoler, caresser quelqu’un.
Mettre les petits plats dans les grands. Faire beaucoup de frais pour recevoir quelqu’un, mettre tout en l’air, ne rien épargner pour le bien traiter.
Mettre les pieds dans le plat. Voyez Pied.
Un bon plat de gelée. Pour dire une forte gelée.
On dit figurément d’un vin frelaté, sans goût et sans saveur : qu’il est plat.
un détenu, 1846 : Argent en matière.
France, 1907 : Nom donné autrefois, dans l’argot militaire, au hausse-col que portaient les officiers de service et qui remplaçait dans l’infanterie la giberne des officiers de cavalerie.
Pocharder (se)
Delvau, 1866 : v. réfl. S’ivrogner, vivre crapuleusement.
France, 1907 : S’enivrer.
Mongelet n’eut jamais de vices ; à peine si les soirs d’ivresse — car il se pochardait comme un charretier, — il s’amusait à des fantaisies avec des filles de maisons publiques. Très connu des habituées des maisons de passe ; femmes d’officiers ou de bureaucrates dans la panade, grues de toutes nuances, marquises mal rentées, bourgeoises, commerçantes pratiques pour lesquelles il n’est point de bénéfices malpropres ou défendus, Mongelet était considéré comme un veau d’or.
(Victorien de Saussay, L’École du vice)
Pouce (mal au)
France, 1907 : Manque d’argent. C’est avec le pouce que l’on compte l’argent. Avoir mal au pouce, c’est ne pouvoir s’en servir pour compter. On dit aussi dans le même sens : avoir les pouces gelés.
Saints de glace
France, 1907 : On appelle ainsi saint Mamert, saint Pancrace et saint Servais dont les fêtes tombent les 11, 12 et 13 mai, jours auxquels il se fait spécialement dans le centre de la France et en Allemagne des froids qui ne sont pas de saison.
Les météorologistes expliquent ainsi les intempéries dans cette période lunaire qui commence en avril et finit en mai :
Chaque année la terre, dans le parcours de son vaste orbite autour du soleil, passe par deux points critiques : les saints de glace et l’été de la Saint-Martin (novembre-décembre et avril-mai).
Lorsque la terre est à l’extrémité de cet axe oblique correspondant à l’été de la Saint-Martin, elle reçoit, comme le ferait un réflecteur, toutes les tiédeurs du rayonnement solaire.
Mais quand elle est à l’autre extrémité, là où demeurent les saints de glace légendaires, par une combinaison céleste spéciale, il se rencontre entre la terre et le soleil un paquet de pulvéries, de nébuleuses, de quelque matière cosmique, d’astéroïdes, peut-être, qui forme écran entre notre planète et notre grand calorifère. Alors ce sont, dès que le ciel est clair, les abaissements de température, les gelées nocturnes, les accidents variés, que redoutent si fort, et à si juste titre, les agriculteurs, et dont on dit, faute de mieux, afin de tâcher d’en prendre son parti : « C’est la lune rousse ! »
Sine Cerere et Baccho friget Venus
France, 1907 : Sans Cérès et sans Bacchus, Vénus se gèle. Locution latine tirée de Térence, « Il faut bien boire et bien manger pour être vigoureux en amour. » Conseil aux amoureux transis. Vive l’amour après diner ! dit un dicton de nos pères.
Suer (faire)
Halbert, 1849 : Se faire donner part d’un vol.
Larchey, 1865 : Accabler d’ennui quelqu’un. — V. Suage.
J’ai beau m’évertuer, j’crains qu’après moi z’on n’répète : Ah ! comme ça fait suer.
(Francis, 1825)
Delvau, 1866 : Assassiner, — dans l’argot des voleurs. Faire suer sur le chêne. Tuer un homme.
Delvau, 1866 : Ennuyer outrageusement par ce qu’on fait ou par ce qu’on dit ; faire lever les épaules de pitié ou de dédain. Argot du peuple.
Rigaud, 1881 : Ennuyer fortement. — Faire pitié, en terme de mépris. Mot à mot : c’est donner chaud à quelqu’un à force de débiter des platitudes.
Rigaud, 1881 : Faire donner de l’argent, — dans le jargon des voleurs.
La Rue, 1894 : Ennuyer. Faire donner de l’argent. Assassiner.
France, 1907 : Indigner, mettre en colère, révolter.
Ça m’fait suer, quand j’ai l’onglée,
D’voir des chiens qu’ont un habit,
Quand, par les temps de gelée,
Moi, j’n’ai rien, pas même un lit.
(Auguste de Chatillon)
Faire suer des lames de rasoir. Importuner, agacer.
— Oh ! assez, hein ? Tu nous fais suer des lames de rasoir.
(Edgar Monteil)
Tapis
Ansiaume, 1821 : Cabaret.
Je n’irai plus à ce tapis, car la raille y va.
Vidocq, 1837 : s. m. — Auberge, hôtel garni, cabaret.
Halbert, 1849 : Café.
Delvau, 1866 : s. m. Cabaret, auberge, hôtel, — dans l’argot des voleurs, qui se servent là d’un vieux mot de la langue romane, tapinet (lieu secret), dont on a fait tapinois. Ils disent aussi Tapis franc, c’est-à dire Cabaret d’affranchis. Tapis de grives. Cantine de caserne. Tapis de malades. Cantine de prison. Tapis de refaite. Table d’hôte.
Delvau, 1866 : s. m. Conversation, causerie, — dans l’argot des bourgeois. Être sur le tapis. Être l’objet d’une causerie, le sujet d’une conversation. Amuser le tapis. Distraire d’une préoccupation sérieuse par une causerie agréable.
Rigaud, 1881 : Auberge, cabaret. — Tapis vert, table de jeu. — Tapis de grives, cantine militaire. Tapis de dégelés, la Morgue. Tapis de refaite, table d’hôte. Tapis bleu, le ciel.
La Rue, 1894 : Cabaret. Tapissier, cabaretier.
Hayard, 1907 : Débit où se réunissent les malfaiteurs.
France, 1907 : Auberge, cabaret, hôtel garni. Tapis franc, cabaret de voleurs. Tapis de grives, cantine. Tapis de malades, cantine de prison. Tapis de dégelés, la Morgue. Tapis de refaite, restaurant. Tapis vient du vieux français tapinet, retraite, lieu caché où l’on se tapit. Amuser le tapis, amuser la société, la compagnie.
Toison
Delvau, 1864 : Les poils qui garnissent l’entrée du con.
Pour garder certaine toison,
On a beau faire sentinelle.
C’est temps perdu lorsqu’une belle
Y sent grande démangeaison.
(La Fontaine)
Au soleil tirant sans vergogne
Le drap de la blonde qui dort,
comme Philippe de Bourgogne
Vous trouveriez la toison d’or.
(Th. Gautier)
Va sur Acomat au poil raide,
Sur Fatime, à la toison d’or.
(H. De Maurice)
Delvau, 1866 : s. f. Chevelure opulente, absalonienne, — dans l’argot du peuple, qui parle comme écrivait Rabelais : « Comme tomba la rousée sus la toison de Gédéon, » dit Panurge effrayé des paroles dégelées qui planent au dessus de sa tête (Liv. IV, ch. LV.). Signifie aussi Pudenda mulieris.
Vélocipède (casser son)
France, 1907 : Mourir.
— Ah ! ben ! En v’là un crevé. Ça veut fumer, ça n’tient pas sur ses pattes ; s’il ne dégèle pas cet hiver, s’il ne dévisse pas son billard au printemps, pour sûr à l’automne il va casser son vélocipède.
(Baumaine et Blondelet)
Vizir
France, 1907 : Tabac d’Orient de première qualité, dénommé ainsi parce qu’il est censé n’être fumé que par les vizirs.
Nous entrâmes dans un débit, et Bazin, qui connaissait les goûts d’Angèle, commanda un paquet de vizir. Je l’ai soupçonné, depuis, de l’avoir oublié dans sa poche, et cela jeta de l’ombre sur notre amitié.
(Hugues Le Roux)
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