d’Hautel, 1808 : Ce que l’on appelle plaisamment Gambade d’oreiller. Voyez Gambade.
Baillement
Bogue d’Orient
Ansiaume, 1821 : Montre d’or.
Le fourgat prend celles d’orient pour trois cigues.
Bras-de-Fer, 1829 : Montre d’or.
France, 1907 : Montre d’or.
En faisant nos gambades,
Un grand messière franc
Voulant faire parade
Serre un bogue d’Orient.
(Chanson de forçats)
On dit aussi bogue en jonc.
Cabrioler
d’Hautel, 1808 : Sauter, faire des gambades, des cabrioles ; danser en fou
Gambade
d’Hautel, 1808 : Faire des gambades d’oreillers. Pour bailler fréquemment, ce qui dénote l’envie de dormir.
Faire ses gambades. Danser follement ; faire des singeries, des fredaines.
Gambader
d’Hautel, 1808 : Se réjouir, danser, cabrioler ; faire le fou ; se livrer à toutes les extravagances d’une jeunesse fougueuse.
Juste milieu
Delvau, 1866 : s. m. Député conservateur quand même, ami quand même du gouvernement régnant. Argot des journalistes libéraux. On dit aussi Centrier.
France, 1907 : Le derrière où le devant.
Debout sur son lit, la gamine se mit d’abord à gambader, faire la culbute, jouer avec son oreiller, me lancer son traversin, puis tout à coup levant sa chemise avec des éclats de vire, me fit voir son juste milieu.
(Les Propos du Commandeur)
Messière franc
France, 1907 : Bourgeois, littéralement franc-bourgeois.
En faisant nos gambades,
Un grand messière franc
Voulant faire parade
Serre un bogue d’Orient.
Monnaie de singe
Rigaud, 1881 : Payement en grimaces, en plaisanteries. Payer en monnaie de singe.
La Rue, 1894 : Grimace.
Virmaître, 1894 : Une monnaie qui n’a pas cours à la Banque de France, car les garçons de recette n’accepteraient pas des grimaces en paiement (Argot du peuple).
France, 1907 : Grimaces.
D’après les étymologistes, cette expression daterait du temps de saint Louis. Ce roi qui avait toujours besoin d’argent, comme d’ailleurs tours les monarques, rendit une ordonnance d’après laquelle tous les animaux introduits dans Paris devaient acquitter un certain droit. Les saltimbanques et les montreux de bêtes exotiques, gens peu cossus d’ordinaire, cherchaient à esquiver cet impôt, et comme généralement ils avaient tous un ou plusieurs singes, ils s’arrêtaient aux barrières et faisaient danser et gambader leurs bêtes devant les commis du fisc, qui, pour les récompenser de ce spectacle gratis, les laissaient passer sans payer.
D’autre part, on cite un tarif de saint Louis qui règle les droits de péage des singes à l’entrée de Paris, ainsi conçu : « Si le singe appartient à un joueur, celui-ci le fera jouer devant le péager qui sera tenu de se contenter de cette monnaie » : autrement on payait quatre deniers.
On dit donc de quelqu’un qu’il paye en monnaie de singe, lorsqu’il s’acquitte de ce qu’il doit par des grimaces, des révérences ou des promesses.
Monnoie
d’Hautel, 1808 : On se perd en battant de la fausse monnoie. Pour dire, c’est temps perdu que de corriger un vaurien, et par allusion avec les faiseurs de fausse monnoie.
Payer en monnoie de singe. Pour dire, en mauvaises raisons, en gambades.
Il est décrié comme de la vieille monnoie. Se dit d’un homme perdu de réputation.
Il n’a point de monnoie, faute de grosses pièces. Se dit par ironie d’un homme qui n’a pas d’argent, et qui dit continuellement pour ne pas payer, qu’il n’a pas de monnoie.
Monnoie fait tout. Pour dire, qu’avec de l’argent on fait tout ce que l’on veut.
Il feroit de la fausse monnoie pour lui. Se dit d’un homme qui est extrêmement attaché à un autre.
Il l’a payé en même monnoie. Pour, il lui à rendu la pareille ; cette locution se prend toujours en mauvaise part.
Orient
Ansiaume, 1821 : Or.
Il feroit suer un chêne pour des broquilles d’orient.
Rigaud, 1881 : Or, — dans le jargon des voleurs.
France, 1907 : Or ; argot des voleurs. Une bogue d’orient, une montre d’or.
Pécille l’orient avec ta fourchette.
(Winter, forçat de Toulon, 1829)
En faisant mes gambades,
Un grand messière franc,
Voulant faire parade.
Sone un bogue d’orient.
(Mémoires de Canler)
Payer
d’Hautel, 1808 : Adieu, porte-toi bien ; je payerai le médecin. Plaisanteries, goguettes populaires, usitées en se séparant de gens avec lesquels on est très-familier.
Il veut tout savoir et ne rien payer. Se dit d’un investigateur, d’un curieux fort avare.
Payer ric à ric. Se faire tirer l’oreille pour payer une somme ; la payer par petits à comptes.
Il payera les pots cassés. Signifie qu’on fera retomber sur quelqu’un le dommage survenu dans une affaire.
Tant tenu, tant payé. Pour dire qu’on ne doit payer un ouvrier qu’à proportion du temps qu’on l’a employé.
Payer en monnoie de singe, en gambades. Signifie se moquer de celui à qui l’on doit.
Payer bouteille, pinte, chopine, demi-setier. Pour dire payer à boire à quelqu’un.
Fustier, 1889 : Argot des lycées. S’exonérer, au moyen d’une exemption, d’un satisfecit, d’une punition encourue. Payer ses arrêts, sa retenue. Sortie payante, sortie de faveur accordée à relève qui remet en paiement une ou plusieurs exemptions que son travail, sa bonne conduite lui ont fait obtenir.
Depuis longtemps, la France a protesté contre les sorties dites payantes ou de faveur et contre les punitions actuellement en vigueur.
(France, 1881)
La Rue, 1894 : Faire, accomplir. Être condamné. Avoir payé, avoir subi des condamnations, faire payer, condamner.
Rigoler
d’Hautel, 1808 : Se divertir, folâtrer ; se dégourdir ; faire des folies, gambader.
Ansiaume, 1821 : Rire.
J’ai entendu rigoler le messière, sans quoi j’étois marroné.
Vidocq, 1837 : v. a. — Rire.
Clémens, 1840 : Rire.
Larchey, 1865 : Rire, se divertir. Vieux mot. — Dès 1373, Du Cange en cite des exemples au mot Rigolamentum. — V. Hariadan, Lansquiner.
Et frère Jean de rigouller, jamais homme ne feut tant courtois ny gracieux
(Rabelais)
Qu’est-ce qui chante ? je veux de quoi rigoler ! moi.
(Champfleury)
Delvau, 1866 : v. n. S’amuser, se réjouir, boire, danser, rire, — dans l’argot du peuple. Un vieux mot de notre vieille langue, que beaucoup de personnes, j’en suis sûr, s’imaginent né d’hier. Un hier qui a six cents ans ! Les gens du monde croiraient parler argot en employant ce mot employé par Jean de Meung, par Rabelais, par l’auteur de la Farce de Maistre Pathelin et par d’autres écrivains qui font autorité.
Merlin, 1888 : Rire, plaisanter, s’amuser.
Rossignol, 1901 : Rire, prendre du plaisir, s’amuser.
France, 1907 : Rire, s’amuser ; du vieux français rigouller que l’on trouve dans Rabelais : « Et frère Jean de rigouller. »
On dit souvent rigoler comme une baleine.
— Renand et moi, nous demandâmes le divorce et nous l’obtînmes ! De sorte que nous ne sommes plus mari et femme, mais amant et maîtresse… Alors, personne n’a plus rien à nous dire. Nous rigolons comme des vieilles baleines.
(Alphonse Allais)
Singe
d’Hautel, 1808 : Payer en monnoie de singe, en gambades. Se moquer de celui à qui l’on doit, au lieu de le satisfaire. Ce proverbe vient de ce qu’autre fois les bateleurs qui montroient des singes, étoient obligés, pour tout péage, à l’entrée des villes, de faire danser leurs singes. ACAD.
Singe. C’est le nom que les imprimeurs à la presse donnent aux compositeurs qui ne font pour ainsi dire que copier le manuscrit, et pour se venger de ces derniers, qui les appellent ours.
C’est un vrai singe. Se dit d’un homme qui imite avec trop d’affectation les gestes d’un autre homme.
Adroit comme un singe. Se dit d’un homme agile et industrieux.
Malin comme un singe. Se dit d’un enfant fort espiègle, très-avisé.
Halbert, 1849 : Chef d’atelier, le patron.
Larchey, 1865 : « En revanche, les ours ont nommé les compositeurs des singes à cause du continuel exercice qu’ils font pour attraper les lettres dans les cinquante-deux petites cases où elles sont contenues. » — Balzac.
Monnaie de singe : Grimace. V. Roupie.
Il la payait, comme dit le peuple en son langage énergique, en monnaie de singe.
(Balzac)
Delvau, 1866 : s. m. Ouvrier compositeur, — dans l’argot des imprimeurs.
Delvau, 1866 : s. m. Patron, — dans l’argot des charpentiers, qui, les jours de paye, exigent de lui une autre monnaie que celle de son nom.
Rigaud, 1881 : Apprenti typographe.
Rigaud, 1881 : Patron. Nom donné primitivement par les peintres en bâtiment aux bourgeois qui les employaient, et, par extension, par tous les ouvriers à leurs patrons. Aujourd’hui ce sobriquet est trop connu pour qu’il soit employé en présence du patron ou’ du contre-maître. Dans la plupart des ateliers on choisit un sobriquet qui rappelle soit les mœurs, soit les habitudes, soit une infirmité du patron.
Boutmy, 1883 : s. m. Ouvrier typographe. Ce mot, qui n’est plus guère usité aujourd’hui et qui a été remplacé par l’appellation de typo, vient des mouvements que fait le typographe en travaillant, mouvements comparables à ceux du singe. Une opinion moins accréditée, et que nous rapportons ici sous toutes réserves, attribue cette désignation à la callosité que les compositeurs portent souvent à la partie inférieure et extérieure de la main droite. Cette callosité est due au frottement réitéré de la corde dont ils se servent pour lier leurs paquets.
Les noms d’ours et de singe n’existent que depuis qu’on a fait la première édition de « l’Encyclopédie », et c’est Richelet qui a donné le nom d’ours aux imprimeurs, parce que, étant un jour dans l’imprimerie à examiner sur le banc de la presse les feuilles que l’on tirait, et s’étant approché de trop près de l’imprimeur qui tenait le barreau, ce dernier, en le tirant, attrape l’auteur qui était derrière lui et le renvoie, par une secousse violente et inattendue, à quelques pas de lui. De là, il a plu à l’auteur d’appeler les imprimeurs à la presse des ours, et aux imprimeurs à la presse d’appeler les compositeurs des singes.
(Momoro)
Autrefois MM. les typographes se qualifiaient pompeusement eux-mêmes du titre d’hommes de lettres, et MM. les imprimeurs de celui d’hommes du barreau.
Virmaître, 1894 : Patron. Presque tous les corps de métiers, à l’exception des chapeliers, nomment leur patron un singe. Singe, ouvrier compositeur. Ce n’est pourtant pas dans un atelier de typographie qu’il faut chercher des grimaces (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Patron.
France, 1907 : Dessin d’imitation ; argot des polytechniciens.
Le singe imite tout ce qu’il voit faire, de là le mot singe employé pour désigner le dessin d’imitation… Les uns dessinent d’après les estampes, d’autres le paysage, d’autres des chevaux ; une section occupe un petit amphithéâtre réservé à la bosse ou à l’étude du modèle vivant. Ces différents genres de dessin sont ce qu’on appelle le singe mort, le jodot, les zèbres et le singe vivant.
(Albert Lévy et G. Pinet)
France, 1907 : Patron, directeur, chef, maître quelconque. Ce sobriquet est général, il est passé des ouvriers, des domestiques, aux employés de magasins et de bureaux.
France, 1907 : Petite fille ou femme laide, chétive, disgracieuse.
— Conment ! ce petit laideron que j’ai accueillie par charité, cette horreur que je suis forcé de voir chaque jour à ma table, qui a déjà apporté chez moi une maladie contagieuse… cette petite guenon, amenant le vice chez nous, est la cause de la mort de ce pauvre garçon… L’imbécile ! un singe comme ça !
(A. Bouvier, La Grêlée)
France, 1907 : Sobriquet donné autrefois aux ouvriers typographes à cause des gestes saccadés qu’ils font en levant la lettre. Ce mot a été remplacé par celui de typo.
France, 1907 : Viande de conserve ; argot militaire.
Comme de coutume au régiment le 14 juillet on nous a fait faire ripaille. Les grands chefs avaient ordonné à nos sacrés capitaines de bien nourrir leurs hommes.
Ah ! ils nous ont bien nourris !
Un de ces gradés n’a rien trouvé de mieux que de nous faire bouffer du singe.
Tu dois penser que ça ne doit pas être fameusement ragoûtant. Il s’en faut ! C’est de la bidoche qui a au moins cinq ans de magasin et qui, peut-être, est en conserves depuis six ou huit ans…, sinon plus !
(Le Père Peinard)
anon., 1907 : Patron.
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