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Arroser

d’Hautel, 1808 : Arroser ses créanciers. Leur donner à chacun de petits à-comptes, afin de les rendre plus traitables et arrêter leurs poursuites.

Delvau, 1864 : Éjaculer dans la nature de la femme — un charmant petit jardin dont nous sommes les heureux jardiniers. Pluie ou sperme, quand cela tombe à propos, cela féconde.

Pourquoi ne voudraient-elles pas être arrosées ?

(Cyrano de Bergerac)

Rigaud, 1881 : Ajouter de l’argent à une somme engagée après un coup gagné à la ponte. — Risquer une nouvelle mise en banque après décavage, — dans le jargon des joueurs. Ordinairement, à la ponte, on arrose après le premier coup de gain. C’est mot à mot : arroser le tapis avec de l’argent tiré de la masse. À force d’arroser sans succès, on finit par être à sec.

Rigaud, 1881 : Donner un à-compte à un créancier.

À quoi bon arroser ces vilaines fleurs-là ?

(V. Hugo, Ruy-Blas)

Virmaître, 1894 : Donner un accompte sur une dette. Un huissier cesse les poursuites commencées quand le débiteur arrose. Donner de l’argent à un fonctionnaire pour obtenir un privilège, c’est l’arroser. Nos députés le furent largement par Arton pour l’affaire du Panama. Martingaler son enjeu c’est arroser le tapis (Argot du peuple). JV.

Rossignol, 1901 : À la suite d’un achat on va boire une consommation pour arroser l’objet acheté.

Hayard, 1907 : Payer, donner des acomptes.

France, 1907 : Faire des dépenses. Arroser le tapis, terme de joueur à la roulette pour couvrir le tapis d’argent. Arroser ses galons, terme militaire, payer sa bienvenue dans son nouveau grade. Arroser un créancier, lui donner des acomptes.

Arroser ses galons

Delvau, 1866 : v. a. Offrir à boire à ses camarades quand on est reçu sous-officier. Argot des soldats.

Baguette du fourrier

Merlin, 1888 : Le galon d’or qu’il porte au haut du bras. Est-ce pour cela que lorsqu’il n’est que brigadier, on le traite volontiers de tambour ?

Brisque

Delvau, 1866 : s. f. Année, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Année, — dans le jargon des voleurs.

Rigaud, 1881 : Chevron.

Est-ce que vous attendez un larbin, par hasard, pour ranger votre case ? grommela un vieux sergent à plusieurs brisques.

(R. Maizeroy, La Vie moderne, 2 août 1879)

Rigaud, 1881 : Les dix et les as, au jeu de bezigue.

Merlin, 1888 : Chevron-galon en forme d’angle, indiquant le nombre d’années de service.

La Rue, 1894 : Année. Chevron.

France, 1907 : Galon de laine ou d’or, suivant le grade, que portaient les sous-officiers et soldats, avant la nouvelle loi militaire, et qui indiquait le nombre de rengagements. On avait jusqu’à trois brisques. Année, dans l’argot des voleurs.

Calice

d’Hautel, 1808 : On dit des gens qui sont vêtus avec luxé et recherche, qui ont des habits galonnés sur toutes les coutures, qu’ils sont dores comme des calices.

Chine

Fustier, 1889 : Sorte de vol.

France, 1907 : Abréviation de chinage. Aller à la chine, crier dans les rues : Vieux habits, vieux galons ! (Rigaud)

Le père Salomon était brocanteur et chineur. Un petit établi, dans un coin, lui servait à pratiquer l’art de la chine, qui consiste principalement à truquer sur les bijoux. On vide l’or d’une bague et on y coule du plomb. Le bijou ainsi dénaturé, on le confie à des camelots qui le revendent à bas prix à des femmes naïves, s’imaginant faire une bonne affaire. Il sert aussi à l’industrie, très répandue à Londres, des ring-droppers (ramasseurs de bagues).

Cocardier

Larchey, 1865 : Homme fanatique de son service, zélé jusqu’à l’exagération de ses devoirs. — Cette dénomination spéciale à l’armée se sent plus qu’elle ne s’explique. Le cocardier croit avoir toujours l’honneur de sa cocarde à soutenir.

Delvau, 1866 : s. m. Homme fanatique de son métier, — dans l’argot des troupiers.

Rigaud, 1881 : « Le commandant du bataillon était ce que les troupiers appellent un cocardier, c’est-à-dire qu’il mettait une importance extrême à ce que ses hommes brillassent par leur tenue soignée et sévère. » (Louis Noir, Souvenirs d’un zouave.) Le maréchal de Castellane, qui prenait son bain, ayant, sur une chaise à côté de lui, le grand cordon de la légion d’honneur, est resté comme le type le plus réussi du cocardier.

Rossignol, 1901 : Celui qui se tient propre et qui est coquet est un cocardier. Un propre soldat est un cocardier.

France, 1907 : Homme qui pousse à l’exagération l’amour de son métier et l’accomplissement de ses devoirs, ignorant où dédaignant le sage précepte de Talleyrand : « Pas trop de zèle ! pas trop de zèle ! » Ce n’est guère que dans l’armée que l’on rencontre les cocardiers.

Était-ce un de ces hommes brillants, avides de tintamarre et de piaffe, dédaigneux de tout ce qui n’est pas une joie ou une jouissance, qui se morfondent d’ennui dans leurs lointaines garnisons de province et rêvent de Paris comme d’une terre promise et féérique ? Était-ce seulement un obscur, peu à peu arrivé au cinquième galon, un brisquard de fortune qui ne connait que la consigne, que ses vieilles manies de cocardier, et que les sous-lieutenants redoutent comme la peste ?

(Mora, Gil Blas)

Cote

d’Hautel, 1808 : Faire une cote mal taillée. Pour, s’arranger à l’amiable ; diminuer chacun de ses prétentions pour l’arrangement d’une affaire.

Fustier, 1889 : Terme de course. Tableau sur lequel les bookmakers indiquent les alternatives de hausse et de baisse qui ont lieu sur les chevaux qui prennent part à des courses.

Les paris à la cote sont les seuls autorisés, depuis que les paris mutuels, reconnus jeux de hasard ont sombré par-devant la police correctionnelle.

(Carnet des courses)

France, 1907 : Dans les écoles, la cote est le total des notes chiffrées données, soit à la fin du mois, soit à celle du trimestre.

À l’École Polytechnique, on cote tout travail d’après une échelle qui va de 0 à 20, la cote 0 signifiant absolument nul et 20 parfaitement bien.
Coter quelqu’un, c’est l’apprécier, c’est lui donner une cote ; parfois même, c’est simplement l’observer avec attention. Il y a des examinateurs qui cotent très haut, d’autres très bas. À l’amphithéâtre, le capitaine de service cote un élève dont la tenue laisse à désirer. On dit encore, dans ce dernier sens, coter ou repérer. Quelle que soit l’intégrité d’un examinateur, mille causes, dont il ne se rend pas toujours compte, peuvent l’influencer. La note qu’il aurait dû donner au mérite réel se trouve, par suite de l’influence subie, modifiée dans certaines circonstances. Signalons la cote galon, dont profitent les gradés : la cote major, donnée particulièrement aux majors des deux promotions ; la code binette ou la cote d’amour, suivant le physique du malheureux appelé au tableau : la cote papa, donnée à celui dont le père, surtout s’il occupe une haute situation, est connu de l’examinateur ; la cote capote, attribuée à l’élève malade qui passe ses examens revêtu de la capote blanche de l’infirmerie, etc., etc.
L’habitude de coter par des chiffres variant de 0 à 20 est si enracinés parmi les polytechniciens qu’ils la conservent toute leur vie. Au sortir de l’École, ils ont une tendance à appliquer cette méthode, par amusement, il est vrai, aux affaires de la vie : beaucoup d’entre eux, dans le monde, cotent de 0 à 20 les jeunes filles à marier.

(Albert Lévy et G. Pinet, L’Argot de l’X)

France, 1907 : On appelle ainsi, en terme de courses, le tableau indiquant les hausses et les baisses qui ont lieu sur les chevaux.

Coudre

d’Hautel, 1808 : Il faut coudre la peau du renard avec celle du Lion. Vieux proverbe qui signifie qu’outre la force, il faut encore, joindre la prudence, la ruse et la finesse en traitant avec ses ennemis.
Des malices cousues de fil blanc. Voyez Malice.
Il a le visage cousu de petite vérole. Pour dire il en est extrêmement marqué.
Coudre la bouche à quelqu’un. Acheter sa discrétion par des présens.
Il est cousu d’or. Expression métaphorique qui se dit d’un millionnaire, ou d’un homme qui a un habit galonné sur toutes les coutures.
Avoir le visage cousu. C’est-à-dire, avoir le visage cicatrisé, maigre et décharné.

Couvrir

d’Hautel, 1808 : Couvrir la joue à quelqu’un. Pour, lui donner une morniffle, lui appliquer un soufflet.
Couvert d’or. Couvert de boutons. Avoir un habit galonné sur toutes les coutures ; avoir le visage rempli de boutons.

Crotale

France, 1907 : « Nom donné, à l’École Polytechnique, aux chefs de salle, qui portaient le titre et les galons de sergent. L’administration a conservé aux crotaux le titre de chefs de salle ; c’est à eux qu’elle s’adresse quand elle a des communications générales à faire aux élèves. »

(Albert Lévy et G. Pinet)

Détourneur

Rigaud, 1881 : Voleur à la détourne.

Il y a des voleurs à la détourne de trois classes : les aristos, les bourgeois et les voyous. Les premiers ne travaillent qu’en équipage et ne font que la pièce de soie, de velours, ou le cachemire des Indes ; ils ont des laquais avec des galons d’argent et des jambes torses comme les colonnes d’un lit Louis XIII.

(L. Paillet, Voleurs et Volés)

La Rue, 1894 : Voleur à la détourne dans intérieur des magasins.

Virmaître, 1894 : Voleur. Détourner un objet de sa destination (Argot des voleurs).

Deux galons

Fustier, 1889 : Lieutenant. Argot militaire.

Comment, disait-on, un médecin de deuxième classe qui n’a que le grade de lieutenant dans l’armée, un deux galons va commander des amiraux !

(Événement, juin 1884)

Double

d’Hautel, 1808 : Voir double. Être gris n’avoir pas sa raison.
Jouer à quitte ou double. C’est-à-dire, le tout pour le tout.
Double jeûne, double morceau. Signifie que l’abstinence d’une chose vous donne des désirs plus vifs d’en faire usage.

Larchey, 1865 : Sergent-major, maréchal des logis chef. L’insigne de ce sous-officier est un double galon.

Si son double un soir pris d’humeur noire veut tempêter… il n’a pas le dernier.

(Wado)

Delvau, 1866 : s. m. Sergent-major, — dans l’argot des soldats, qui l’appellent ainsi probablement à cause de ses deux galons dorés.

Rigaud, 1881 : Gardien-chef, — dans le jargon des prisons. Le mot est également en usage au régiment pour désigner un sergent-major. Allusion aux doubles galons.

France, 1907 : Sergent-major, ou maréchal des logis-chef, à cause de son double galon.

— C’est là, lui dit le planton : tu vas voir le double… oui, le double ! Le chef, si tu veux ; c’est comme ça qu’on appelle le sergent-major… C’est ici sa chambre et celle du fourrier, là oùsqu’ils font leurs écritures ! En face, c’est la hotte les pieds-de-banc, des sergents, si tu aimes mieux… T’as qu’à remettre ton papier… Ah ! passe-moi encore une sibiche…

(Paul Bonnetain, Le nommé Perreux)

Le plus grand souci du double est de trouver un fourrier qui sache écrire pour deux.

(A. Foubert, Le 39e d’artillerie)

Double (le)

Merlin, 1888 : Le sergent-major, — par allusion à son double galon.

Faffiot, fafiot

France, 1907 : Même sens que faffe. Fafiot femelle, billet de cinq cents francs ; fafiot mâle, billet de mille ; fafiot en bas âge, billet de cent francs.

Quelque malheureux officier, pauvre sans doute, qui, aux abois, à la veille de passer pour dettes devant un conseil de discipline, de perdre les galons si durement payés par des années de continuel labeur, d’austères privations, de périls surhumains, seul, sans protections, sans fortune, sans ces amitiés qu’on appelle à son aide lorsqu’on se sent perdu, avait écouté les histoires fabuleuses de banque qui saute, de fafiots bleus qui affluent soudain vers les doigts extasiés.

(René Maizeroy, Âmes tendres)

Pour affiner fafiots et carme
Chassons loin du mess, du gendarme.

(Hogier-Grison, Maximes des tricheurs)

Le billet de mille francs est un fafiot mâle, le billet de cinq cents francs le fafiot femelle.

(Balzac)

Faradasser

France, 1907 : S’exhiber, se vanter, parader ; de l’italien fare da se (faire de soi), sous-entendu : un personnage.

À force de faradasser, à l’instar des hercules de la foire au pain d’épices, les Italiens devaient finir par « défaradasser ». Ni les peuples ni les individus ne s’enrichissent en bavardant, et ce ne sont pas les généraux qui ont les plus gros galons qui gagnent des batailles.

Ferblantier

Fustier, 1889 : Commissaire de la marine. Ainsi nommé à cause de ses galons d’argent.

Une amertume gâtait toujours ses satisfactions d’employé : l’accès des commissaires de marine, des ferblantiers, comme on disait à cause de leurs galons d’argent, aux emplois de sous-chef et de chef.

(Guy de Maupassant)

On désigne aussi de ce nom, depuis la révélation de scandales qu’on n’a point oubliés les individus qui se livrent au trafic des décorations. Pendant que les ferblantiers et les ferblantières continuent à accaparer l’attention publique…

(National, octobre 1887)

France, 1907 : Fonctionnaire couvert de décorations. Commissaire de la marine, à cause de ses galons d’argent.

Fine-galette

Rigaud, 1881 : Élève sans galons, — dans le jargon des Saint-Cyriens.

Galants

France, 1907 : Bouffettes et nœuds de rubans que portaient, sous Henri III, les seigneurs de la cour, qui avaient pris cette mode des Espagnols comme l’indique le mot. Galan, joli, mignon, dérivé de gala, fête, resté dans notre langue.

Les nobles seuls avaient le droit de porter des palmes et des galants. Mais les riches bourgeois empiétèrent sur ce droit : ils préféraient payer une amende et se parer de l’attribut des gentilshommes. Ils exagérèrent même tellement la mode que le peuple créa à leur adresse le proverbe : « Quand on prend du galant, on n’en saurait trop prendre. » L’abus amena le ridicule, et les galants disparurent du vêtement civil ; ils furent recueillis par les soldats, qui s’en parèrent à leur tour. Ce fut alors que le mol espagnol galon, diminutif de galan, se substitua au mot galant. Il fit fortune chez nous, et le proverbe resta, avec une légère modification dans son sens primitif : il est probable qu’il vivra aussi longtemps qu’il y aura des hommes amoureux des distinctions extérieures, c’est-à-dire toujours.

(Ch. Ferrand)

Galons (arroser ses)

Larchey, 1865 : Payer à boire lorsqu’on est promu sous-officier.

Je ne dis pas que… avec les camarades, pour arroser mes galons.

(Cormon)

Merlin, 1888 : Fêter sa promotion, en vidant force bouteilles, suivant l’usage. En cette occurrence, ce sont généralement les parents du promu qui ont casqué.

France, 1907 : Payer à boire lorsqu’on reçoit de l’avancement.

Galons d’imbécile

Delvau, 1866 : s. m. pl. Grade subalterne obtenu à l’ancienneté, — dans l’argot des troupiers.

Rigaud, 1881 : Chevrons au-dessus du coude servant à marquer le nombre d’années de service dans un régiment.

Merlin, 1888 : Galons de soldat de 1re classe ou de caporal.

France, 1907 : Grade ou avancement obtenu à l’ancienneté.

Galuche

Vidocq, 1837 : s. m. — Galon.

Delvau, 1866 : s. m. Galon, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Galon. — Galucher, galonner.

France, 1907 : Galon.

Galucher

Vidocq, 1837 : v. a. — Galonner.

Larchey, 1865 : Galonner. — Corruption de mot. — V. Tirant.

J’li ferai porter fontange et souliers galuchés.

(Vidocq)

Delvau, 1866 : v. a. Galonner.

France, 1907 : Galonner.

Galuchet

Larchey, 1865 : Valet de cartes. — Allusion aux galons de sa livrée.

Cinq atouts par le monarque son épouse et le galuchet.

(Montépin)

Qu’est-ce que c’est que ça, galuchet ? — C’est le valet.

(Méry)

Delvau, 1866 : s. m. Valet, — dans l’argot des voyous.

Rigaud, 1881 : Valet d’un jeu de cartes.

Je dormais jusqu’à cinq heures du soir et je voyais flotter sur mon traversin la grande ombre de Galuchet.

(Ed. About, Trente et Quarante)

La Rue, 1894 : Valet.

France, 1907 : Valet ; allusion au galon de la livrée.

Gâte-sauce

d’Hautel, 1808 : Sobriquet que l’on donne à un mauvais cuisinier, à un mauvais traiteur.

Delvau, 1866 : s. m. Garçon pâtissier.

Virmaître, 1894 : Garçon pâtissier. A. D. Gâte-sauce ne s’emploie pas exclusivement pour désigner un garçon pâtissier, cette expression s’applique à tous les métiers. Dire à un mari qu’il est cocu et troubler la félicité des amants, c’est gâter la sauce. Quand un commissaire de police tombe comme un aréolithe au milieu d’un tripot, la sauce est gâtée pour les joueurs. Dans le peuple, de tout, ce qui va mal, la sauce se gâte. Le synonyme est : ça tourne au vinaigre (Argot du peuple).

France, 1907 : Garçon pâtissier, marmiton ou généralement trouble-fête.

En face de moi se trouvait un jeune homme d’une vingtaine d’années, revêtu d’un costume de franc-tireur : casquette américaine, vareuse et pantalon bleu foncé, bottes en cuir fauve. La vareuse était fortement galonnée et, sur l’épaule gauche, retombait tu flot d’aiguillettes, comme en portent les aspirants de marine… On causa. Intrigué, je lui demandai quelle était sa profession : « Cuisinier », me répondit-il. Mon admiration baissa d’un cran. Je me sentis même humilié de mon peu de pénétration, ayant pris un gâte-sauce pour un artiste.

(Sutter Laumann, Histoire d’un Trente sous)

Ils étaient quinze ou vingt
Gâte-sauce, écoliers, un tas de rien qui vaille.

(François Coppée)

Gradaille

France, 1907 : Les gradés ; tout ce qui dans l’armée porte soutache ou galons.

Pour que le « libérateur » vienne vite, cette gradaille qui s’abstient même de prononcer le mot « république », crainte de s’écorcher la gueule, récite des chiées d’oremus et, en attendant que vienne le moment des grandes boucheries humaines, s’entretient les tripes en état en les bondant d’alcool.

(Le Père Peinard)

Gros légume

Rigaud, 1881 : Officier supérieur.

France, 1907 : Haut fonctionnaire.

L’antichambre du directeur du personnel, celle d’un sous-directeur, les abords des bureaux de tous les gros légumes, des demi-gros, de tout ce qui possédait un brin d’autorité ou d’influence, étaient toujours encombrés de commises en grand tralala, fardées, poudrerizées, astiquées, pomponnées, exhalant tous les parfums de l’Arabie — empestant tous les locaux à deux cents pas à la ronde — et toujours munies de dessous bien blancs, irréprochables.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Il était venu un inspecteur de Nouméa faire la visite du pénitencier. Ce fonctionnaire avait l’air très doux et tous nos surveillants se faisaient petits garçons devant lui. Il portait une belle casquette galonnée et semblait être un très gros légume.

(Edmond Lepelletier, Les Secrets de Paris)

On dit aussi grosse légume.

À 11 heures du matin, on l’a saqué en lui disant : « Vous ne pouvez pas vous dégrouiller ; allez chercher du travail ailleurs. »
Et le pauvre fieu est parti… pour où ?
C’est ce dont les grosses légumes qui lui ont abimé la santé en l’expédiant à Madagascar se foutent comme de leur première crapulerie.

(Le Père Peinard)

Comme les autres grosses légumes de l’État qui folichonnent aux quatre coins de la France, confiants sur les assurances du Temps lui-même que tout marche mieux en leur absence, l’Auverpin s’en est allé avec sa famille.

(Rochefort)

Imbécile (galon d’)

Larchey, 1865 : Galon de soldat de première classe. Il est donné a l’ancienneté et non au mérite. — On rencontre l’équivalent de ce mot dans les autres grades.

Il passa capitaine à l’ancienneté, à son tour de bête, comme il disait en rechignant.

(About)

Mégalomane

France, 1907 : Individu qui aime les gens titrés, les grands : c’est le snob anglais. Hellénisme formé de mégalon, grand, et de manie.

Mégalomane, il s’imaginait créer une espèce : au lieu de bras, les hommes avaient des ailes, et les femmes, des cornes à la place des yeux ; puis les sexes divers se confondaient, et d’un millier d’êtres jaillissait un seul type avec une poitrine de vierge, une queue de serpent, des pattes de chien et un œil servant de bouche, d’oreilles humaines, de langue et de mains ; — et, le monstre disparu, naquirent des variétés infinies de bêtes épouvantables, toutes les horreurs de l’Apocalypse, tous les rêves obscènes d’un vieillard érotique.

(Dubut de Laforest, Morphine)

Midship-ça !

France, 1907 : Exclamation des élèves de l’École navale à la clôture d’un cours.

Quelle que soit l’application déployée par les élèves dans leurs différents cours, on comprend facilement qu’ils en voient arriver la fin avec plaisir.
Pour les uns, c’est l’année de fistot qui se termine ; pour les autres, c’est le galon d’aspirant qui s’approche. Ainsi, toutes les fois qu’un cours est clôturé, les fistots, pour témoigner leur joie, dès que le professeur a quitté l’amphithéâtre, crient-ils par trois fois : Ancien-ça ! expression elliptique signifiant : Désormais nous n’assisterons plus à un cours de même nature qu’en qualité d’ancien.
De leur côté, les anciens, à la fin de chaque cours, crient par trois fois : Midship-ça ! midship étant le nom anglais des aspirants de marine.

(Un ancien officier, Histoire de l’École navale)

Monsignori

France, 1907 : Pluriel de monsignore.

Il y a dans l’Église, des hommes — on n’ose pas dire des prêtres — cousus de violet, galonnés d’or et de vert, que les naïfs prennent pour des évêques, et que les experts appellent, avec un ironique sourire, des monsignori. Quant au clergé sérieux, il ne fait pas plus attention à ces hommes que s’ils n’existaient pas ; car il les voit ayant sous les oripeaux de la prélature la même physionomie d’excommuniés qu’ils eurent toujours depuis le séminaire.
La moitié de ces monsignori vient de Rome avec des titres achetés.

(Jean de Bonnefond, Le Journal)

Moukère, mouquère

France, 1907 : Femme. Même provenance que ci-dessus, corruption de l’espagnol mujer, passé en langue sabir.

Et le père du condamné se souvenait des beaux jours d’Afrique, des galons de sergent, des moukères sortant de leur gourbi, chaque nuit, pour vendre de l’amour aux zouaves dans les camps ; il se souvenait d’autre chose !

(Auguste Marin)

— Ah çà ! qu’est-ce qu’ils fricotent donc, ces bougres-là ! Pas de factionnaire ? Hé ! Brigadier ! Vous allez finir la nuit au clou, mon bel ami. Et gare le motif ! Et le salaud de factionnaire, donc ! Ah ! nom de Dieu ! En voilà des fumistes… Tas de Parisiens, va ! Je donne ma tête à couper qu’ils ont trouvé une mouquère. Nous allons rire.

(Hector France, Les Mystères du monde)

Noire (forêt)

France, 1907 : « La Forêt Noire en question, dit Alfred Delvau, n’est pas en Allemagne ; elle est à Paris, entre la rue du Temple et le Marais. On n’y voit, en fait de sapins, qu’une infinité de petites boutiques ouvertes à tous les vents et à tous les acheteurs, et garnies d’habillements qui ont fait plusieurs campagnes sur des épaules humaines. Vieux habits, vieux galons, défroques de marquises et de rabotins, garde-robes de clercs de notaires et d’étudiants, costumes de débardeurs et de chambellans, tout un monde de guenilles et d’oripeaux. La Forêt Noire, c’est le nom général de cette halle aux loques qu’on appelle le Temple… La Forêt Noire est un lieu funèbre et jovial tout à la fois — comme tout ce qui touche à l’homme et surtout au Parisien. C’est le panier aux ordures des riches et la garde-robe des pauvres. Les uns y viennent ramasser avec empressement ce que les autres y ont jeté avec dédain. La Forêt Noire, c’est Madame la Ressources et ses filles. »

(Le Fumier d’Ennius)

Piston (coup de)

France, 1907 : Démarche, sollicitation en faveur d’un protégé qui agit sur le dispensateur de l’avancement comme un piston de pompe pour lui en extraire le jet du favoritisme. Combien ne doivent leur fortune rapide qu’à des coups de piston !

Par égard pour des coups de piston, on donne de l’avancement avec autant de justice qu’il y en aurait à payer au négligent qui redoit à sa masse le décompte qui revient au soldat économe et soigneux. C’est encore pis. Le décompte n’est qu’une affaire du moment ; tandis qu’en frustrant un homme des galons qu’il a gagnés, on lui rend odieuse une carrière qu’il a commencée peut-être avec répugnance, et dont il a su vaincre les ennuis et les dégoûts.

(A. Longuet, Méditations de caserne)

De piston, on a fait pistonner.

Platventrisme

France, 1907 : Bassesse, avilissement, soumission outrée comme celle du chien qui rampe à plat ventre devant son maître.

Si vous trouvez dans vos recherches un citoyen plus plat que moi devant une manche galonnée, plus lâche devant l’ombre d’une casquette officielle, je m’engage à faire douze cents francs de rente annuelle au malin qui m’amènera ce phénomène d’avilissement.
Si l’on m’interpelle, je salue ; si l’on m’injurie, je souris agréablement. Il suffit de me menacer d’une poussée vers le poste de police pour que je me confonde en honteuses excuses…
Seulement, j’ai parfois mal aux ongles ; il me semble qu’au bout des doigts, entre cuir et chair, il me pousse par gerbes les brûlantes torches de l’incendiaire, et je ne réponds pas qu’un jour mon platventrisme bien connu ne me conduise à l’anarchie.

(Gonzague-Privat, Germinal)

Rabiot

Larchey, 1865 : Temps pendant lequel le soldat peut être forcé de rester à son corps après sa libération. Il y eut plus d’un rabiot en Crimée. — Restant de soupe laissée au fond de la gamelle (De Vauvineux).

Virmaître, 1894 : Faire plus de temps qu’il n’a été convenu. Au régiment, un homme puni fait autant de jours de présence en plus qu’il a eu de jours de punition. Avoir du rabiot : avoir du bon, toucher un reliquat sur lequel on ne comptait pas (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Faire plus de temps de travail que l’on ne doit. Le militaire qui a été condamné par un conseil de guerre fait du rabiot, parce que le temps de sa condamnation ne compte pas sur le congé. Celui qui a droit à son congé, et qui est retenu sous les drapeaux pendant une guerre, fait du rabiot, — telle la classe 1847 qui, pendant la guerre de Crimée, a fait près de neuf années au lieu de sept ; de même la classe 1863 qui a été libérée en 1871. Rabiot veut aussi dire : surplus. Lorsque, dans un partage, chacun a eu son compte, ce qui reste est du rabiot qui est encore à partager.

Hayard, 1907 : Temps en plus, en prison ou au régiment.

France, 1907 : « Il y en a de deux sortes, dit le Petit Pioupiou : Le rabiot que fait le fourrier Coudepousse sur la distribution du vin, et celui que les amis du cuisinier font sur le tata, ne sont nullement du même genre que le rabiot que fait un réserviste qui reste au corps après la libération de ses camarades. » Le rabiot est donc un reste, un excédent et, dans certains cas, un profit illicite. Faire du rabiot, c’est donc prélever indûment une part sur les vivres ou la boisson des hommes de troupe, ou rester au corps plus que le temps réglementaire. On écrit aussi rabio.

— C’que c’est que c’paquet-là ?
— Mon colonel, c’est… du sel.
— Du sel… tant que ça de sel ! C’que vous foutez d’tant d’sel ?
— Mon colonel, c’est que… c’est un peu de rabio.
— Rabio ! C’ment ça, rabio ? Pour lors vous avez volé tout c’sel-là aux hommes ! S’cronhnieugnieu !… Allons, foutez-moi tout ça dans la soupe !

(Ch. Leroy, Guibollard et Ramollot)

France, 1907 : Convalescent employé par les infirmiers à quelques menus services dans les salles d’hôpital.

France, 1907 : Économe ; argot du Borda. Un économe est toujours censé faire du rabiot. On est monorabiot ou birabiot suivant qu’on a un ou deux galons. C’est aussi le nom donné à l’élève chargé d’aller vérifier les vivres qui entrent à bord.

Repiquer

Larchey, 1865 : Recommencer, reprendre le dessus, se tirer d’une mauvaise passe.

On repique son chaste cancan.

(1846, Privat d’Anglemont)

Delvau, 1866 : v. n. Reprendre courage, se tirer d’embarras. Signifie aussi : Revenir à la charge ; retourner à une chose. Repiquer sur le rôti. En demander une nouvelle tranche.

Rigaud, 1881 : Redoubler. — Repiquer sur le rôti ; renouveler une consommation. — Nous avons bu trois bocks : si nous repiquions ? — Redoubler d’ardeur à l’ouvrage après un moment de repos. — Rétablir ses affaires, recouvrer la santé.

Rigaud, 1881 : Se rendormir. C’est-à-dire piquer de nouveau son chien.

La Rue, 1894 : Revenir à la charge. Reprendre son travail. Se rendormir. Reprendre faveur.

Virmaître, 1894 : Deux joueurs font une partie ; l’un joue pique, l’autre répond : repique. Repiquer de riffe : rappliquer d’autorité (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Recommencer.

Je t’ai défendu de faire telle chose, tâche de ne pas repiquer.

Hayard, 1907 : Recommencer.

France, 1907 : Recommencer, se rengager.

On le vit pendant ses sept premières années toujours maugréant, rechignant et tempêtant, mais, en définitive, faisant assez bien son service tout en disant chaque jour : Chien de métier  ! Quand mon congé viendra-t-il ? Mais le dernier jour de la septième année, il repiqua pour trois ans, à la grande déception des brigadiers de son escadron qui comptaient sur ses galons de maréchal des logis.

(Hector France, L’Homme qui tue)

France, 1907 : Répondre.

— Des gens chouettes, t’en connais, toi, des gens chouettes ? Regarde un peu à Saint-Eustache, c’était ouvert dès le matin et on pouvait aller s’y chauffer en sortant d’ici. Ben maintenant, on nous fiche à la porte. Même que, jeudi, j’étais sur le calorifère, le sacristain rapplique. « Qu’est-ce que vous faites ? — Je me chauffe. — C’est pas un chauffoir ici, c’est la maison du bon Dieu, faut vous en aller. — Mon vieux, que j’y réponds, vous saurez qu’au moyen âge les églises étaient des lieux d’asile. » Il en est resté bleu ! « Mâtin ! qu’y repique, vous avez de l’instruction, vous ! — Sûr ! que je réponds, c’est pas parce que j’ai froid que j’ai pas été à l’école. »

(Guy Tomel, Le Bas du pavé parisien)

Requin

Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 / La Rue, 1894 : Douanier.

France, 1907 : Flibustier, fripon, usurier, huissier.

Et de deux : tu connais les marchands de ferraille de la rue de Lappe, les bandes noires qui opèrent à l’Hôtel des Ventes… tous des requins à l’affût d’un coup à faire !
Que sont-ils ?
Auvergnats !
Et fouchtra, je t’assure qu’un juif ne les roulera pas.
Tu vois donc qu’il n’est pas nécessaire d’être né à Bethléem pour savoir voler son monde.

(Le Père Peinard)

France, 1907 : Professeur civil du Borda, ainsi nommé à cause du galon à dents de scie de la casquette d’uniforme et des manches.

Rogneur

Larchey, 1865 : Fourrier. — Mot à mot : rogneur de portions. — Allusion aux vins et aux vivres de campagne sur lesquels un fourrier peu délicat prélève parfois une dîme indue.

Gratte-papier, rogneur, traîne-paillasse, Hardi pillard aux deux galons d’argent, De vingt surnoms que sur lui l’on entasse, Le fourrier rit, et se moque en chantant.

(Wado, Chansons)

Delvau, 1866 : s. m. Fourrier, — dans l’argot des troupiers.

Rogneur de portions

France, 1907 : Fourrier, expression militaire. Les fourriers ont toujours eu la réputation de rogner sur les vivres, les liquides spécialement.

Gratte-papier, rogneur, traine-paillasse,
Hardi pillard aux deux galons d’argent
De vingt surnoms que sur lui l’on entasse
Le fourrier rit et se moque en chantant.

(Wado, cité par L. Larchey)

Rond de cuir

Fustier, 1889 : Vieil employé. Fonctionnaire inintelligent. S’endormir sur son rond de cuir, ne pas faire son chemin.

Rossignol, 1901 : Employé de bureau dont le travail consiste à toujours être assis.

France, 1907 : Employé de bureau.

Depuis cent ans, les gouvernements ne cessent de créer de nouvelles places ; il y a toujours plus de candidats, et c’est toujours nous qui payons.
Et voyez comme le premier rond de cuir venu vous traite ! Que ce soit dans un bureau de poste ou dans un ministère, que vous ayez affaire à un garçon de bureau ou à un chef, on vous reçoit de la façon la plus impertinente. Qu’ils aient un seul galon ou des manches très brodées et des boutonnières très ornées, tous nos mandarins sont insolents. Ils nous mangent comme le phylloxera dévore la vigne.
N’y aura-t-il donc personne pour monter à la tribune de la Chambre et pour dire qu’il faut supprimer au moins les deux tiers de nos fonctionnaires ? Si nous n’avons pas la ferme résolution d’aller jusqu’à ce sacrifice, la banqueroute apparaîtra, tôt ou tard, inévitable.

(Le Sage, Gil Blas)

Sardine

Rigaud, 1881 : Galon de caporal, galon de sergent.

Merlin, 1888 : Galon d’or pour sous-officiers.

France, 1907 : Galon d’or ou d’argent sur la manche des sous-officiers.

Sur la manche de la tunique
Il a la fin’ sardine d’or :
Pour l’élégance, il est unique
Quand, le dimanche, il prend l’essor.

Arroser la sardine, payer à boire à ses camarades lorsque l’on vient d’être promu sous-officier.

Avancement, anniversaire,
Tout est motif au régiment
Pour vider un bon petit verre
Et faire un diner succulent.
Quand on arroser la sardine
D’un fourrier ou bien d’un sergent,
Faut voir alors comment on dine
À la cantine !

(Griolet)

Sardines

Larchey, 1865 : Galons du grade de sous-officier. — Allusion de forme et d’éclat.

L’un portait la sardine blanche, L’autre le jaune baudrier.

(Nadaud)

Delvau, 1866 : s. f. pl. Galons de laine ou d’or aux manches de l’uniforme, — dans l’argot des soldats. Sardines blanches. Galons de gendarme, ou d’infirmier militaire.

La Rue, 1894 : Galons de sous-officier. Doigts.

Sergent d’hiver

Rigaud, 1881 : Soldat d’élite. Le mince galon de laine qu’il porte sur les manches est censé lui tenir chaud pendant l’hiver.

France, 1907 : Soldat de première classe ; allusion au galon de laine qui est supposé tenir chaud en hiver. Le sergent-major d’hiver est le caporal.

Sergent-major d’hiver

Merlin, 1888 : Caporal, en raison de son double galon de laine.

Sous-off

Delvau, 1866 : s. m. Apocope de Sous-Officier, — dans l’argot des troupiers.

Rigaud, 1881 : Sous-officier.

Merlin, 1888 : Apocope de sous-officier.

France, 1907 : Abréviation de sous-officier.

— Eh ! mon cher, pourquoi nous sommes-nous engagés ? Pour arriver, n’est-ce pas ? Or, au train dont vont les choses, nous avons la perspective d’être sous-off vers l’époque de notre retraite, avec la médaille militaire qui nous rapportera cent francs par an. Plus de guerre, partant plus de galons. Ce n’est pas précisément pour ça que je me suis fait soldat.

(Hector France, L’Homme qui tue)

Talentueux

France, 1907 : Individu qui a du talent ou désigné comme tel dans l’argot des journalistes.

Les gens de lettres se hiérarchisent et déjà les règles solennelles d’un tacite, mass formel protocole, classent les mérites et déterminent les avancements. Tout le monde sait que la mention : le jeune et talentueux écrivain est le galon de la littérature, quelque chose comme la situation ambiguë d’adjudant. L’auteur remarqué de — ici le nom d’un volume inconnu — correspond avec assez de précision au grade de lieutenant, comme distingué et très distingué à ceux de capitaine et de colonel, mais à éminent nous atteignons au généralat et illustre vaut bien maréchal.

(La Palférine, Écho de Paris)

Que nous importe que Virgile ait eu des familiarités avec son beau domestique, puisqu’il a laissé les Églogues et les Géorgiques ? — Pour le public égoïste et indifférent, un compositeur très vertueux, mais sans talent, ne vaudra jamais un musicien vicieux, mais talentueux.

(Edmond Lepelletier)

Troubade

Delvau, 1866 : s. m. Apocope de Troubadour.

France, 1907 : Fantassin ; apocope de troubadour.

— Je suis un ancien troubade. Je me souviens qu’au régiment, où la jeunesse inconsidérée est falsifiée dans la perversité par la passion effrénée du sexe, je me souviens que quand nous quittions une garnison numéro un pour quelque sale numéro cent, une chose mettait du beurre dans les épinards : laisser les anciennes avec les marmites de rebut. Nous disions : « Ouf ! Ouf ! au kilo de moins sur le dos. » Les remplaçantes ne valaient pas mieux, c’est sûr, mais c’était du nouveau. Eh ! nous sommes tous organisés dans les mêmes règlements vitaux. C’est la nature de l’homme ! Tous même pâte, n’y a que le pétrin qui diffère.

(Hector France, Marie Queue-de-Vache)

C’était hier un simple troubade,
L’égal du dernier tourlourou,
Mais aujourd’hui, de par son grade,
Il a le droit de fiche au clou
Quand il commande, sa voix pleine
Dans le décor ne fait pas mal ;
Bref, il a deux galons de laine,
V’là c’que c’est que d’êtr’ caporal !

(Griolet)

Vieux-bahut

France, 1907 : Nom donné par les saint-cyriens à l’École spéciale militaire, et au Prytanée par les élèves de l’École de la Flèche.

Nous retrouvons les camarades du Vieux-Bahut dans un de ces diners joyeux où les rires sonnent des fanfares, où les verres se choquent, où l’on croit encore avoir vingt ans et son premier galon, où l’on se reconnait si vite malgré les jours enfuis, où l’on évoque tant de souvenirs demeurés intacts au fond du cœur.

(René Maizeroy)

J’ai gardé bien des souvenirs du Vieux Bahut de la Flèche, quelques-uns agréables, un plus grand nombre mêlés d’amertume et d’étonnement sur la singulière façon dont on comprenait l’éducation de la jeunesse militaire.

(Hector France, Souvenirs du Bahut)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique