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Agalir

France, 1907 : Endurcir ; par extension, rendre insensible, cœur agali. Mot des départements du Nord, et de la même origine que gal et galet, pierre. Une autre forme moins répandue est agaler, en bourbonnais.

Aller à bord de l’eau

un détenu, 1846 : Aux galères, Toulon, Brest, Rochefort.

Anglaise (faire une)

Rigaud, 1881 : Se cotiser pour aller boire bouteille chez le marchand de vin, — dans le jargon des ouvriers. — C’est ce que les Italiens appellent faire une Romaine, se régaler à la Romaine.

Argousin

Rigaud, 1881 : Contre-maître, — dans le jargon des ouvriers qui comparent l’atelier à une galère.

La Rue, 1894 : Policier. Gardien de prison ou du bagne. Contremaître.

France, 1907 : Contremaître, parce qu’il remplit près des ouvriers le métier des argousins.

Argouzin

d’Hautel, 1808 : Sobriquet injurieux qui équivaut à iroquois, butord, lourdaud, homme stupide et grossier. C’est aussi le nom qu’on donne aux officiers subalternes qui surveillent les galériens.

Arracher un pavé

Rigaud, 1881 : Se livrer au travail d’Onan, — dans le jargon des voyous.

Virmaître, 1894 : V. Rouscailler.

Rossignol, 1901 : J’avais un vieil ami de 70 ans qui me disait : Mon cher Rossignol, quand je pouvais, je n’avais pas le temps ; maintenant que j’ai le temps, je ne peux plus.

France, 1907 : Monter sur l’autel de Vénus, acte qui pour certaines gens est aussi dur que d’arracher un pavé de la rue.

Deux minutes après, elle roulait dans ma voiture. Ah ! qu’il est doux parfois d’arracher un pavé…

(Pompon, Gil Blas)

Depuis le commencement de la langue on a usé de nombreuses périphrases dont voici les plus décentes : Accorder sa flûte, administrer une douche, aforer le tonnel, aller à la charge, aller aux armes, apaiser sa braise, avoir contentement ; faire bataille, bonne chère, dia hur haut, du bon compagnon, fête, la belle joie, la bonne chose, la chose pourquoi, la chosette, la culbute, la grenouille, la pauvreté, l’amoureux tripot, le déduit, le devoir, le heurte-bélin, le petit verminage, le saut de Michelet, ses besognettes, ses choux gras, une aubade de nuit, une grosse dépense, une libation à l’amour, une politesse, une sottise, un tronçon de bon ouvrage, un tronçon de chère-lie, virade ; fournir la carrière, franchir le saut, frétin frétailler, goûter les ébats ; jouer au reversis, aux cailles, aux quilles, des basses marches ; laisser aller le chat au fromage ; mettre à mal, en œuvre ; se mettre à la juchée, négocier, officier ; passer le pas, les détroits ; payer la bienvenue, son écot ; planter le cresson, le mai ; prendre pâture, passe-temps, provende, soulaz, une poignée ; régaler, rompre une lance, roussiner, sabouler, savonner, soutenir un entretien, tenir en chartre, thermométriser, travailler à la vigne, vendanger, etc… etc.

Arroser

d’Hautel, 1808 : Arroser ses créanciers. Leur donner à chacun de petits à-comptes, afin de les rendre plus traitables et arrêter leurs poursuites.

Delvau, 1864 : Éjaculer dans la nature de la femme — un charmant petit jardin dont nous sommes les heureux jardiniers. Pluie ou sperme, quand cela tombe à propos, cela féconde.

Pourquoi ne voudraient-elles pas être arrosées ?

(Cyrano de Bergerac)

Rigaud, 1881 : Ajouter de l’argent à une somme engagée après un coup gagné à la ponte. — Risquer une nouvelle mise en banque après décavage, — dans le jargon des joueurs. Ordinairement, à la ponte, on arrose après le premier coup de gain. C’est mot à mot : arroser le tapis avec de l’argent tiré de la masse. À force d’arroser sans succès, on finit par être à sec.

Rigaud, 1881 : Donner un à-compte à un créancier.

À quoi bon arroser ces vilaines fleurs-là ?

(V. Hugo, Ruy-Blas)

Virmaître, 1894 : Donner un accompte sur une dette. Un huissier cesse les poursuites commencées quand le débiteur arrose. Donner de l’argent à un fonctionnaire pour obtenir un privilège, c’est l’arroser. Nos députés le furent largement par Arton pour l’affaire du Panama. Martingaler son enjeu c’est arroser le tapis (Argot du peuple). JV.

Rossignol, 1901 : À la suite d’un achat on va boire une consommation pour arroser l’objet acheté.

Hayard, 1907 : Payer, donner des acomptes.

France, 1907 : Faire des dépenses. Arroser le tapis, terme de joueur à la roulette pour couvrir le tapis d’argent. Arroser ses galons, terme militaire, payer sa bienvenue dans son nouveau grade. Arroser un créancier, lui donner des acomptes.

Attraper le haricot ou la fève

France, 1907 : Avoir à payer pour d’autres. Allusion au gâteau des Rois où celui qui trouve la fève doit régaler les convives.

Avoiner

France, 1907 : Repaître, régaler. Avoiner les chevaux. On dit d’un homme qui prend un bon repas : il s’avoine bien. Exciter, donner du courage au moyen d’une récompense. Avoiner un commissionnaire, un témoin.

Bachasse

Ansiaume, 1821 : Galère.

Gerbé à vioc, si tu rejoins la bachasse, tu es marron.

Vidocq, 1837 : s. — Travaux forcés, galères.

Halbert, 1849 : Galère.

Larchey, 1865 : Galère. — Augmentatif de bac : bateau.

En bachasse tu pégrenneras jusqu’au jour du décarement.

(Vidocq)

Delvau, 1866 : s. f. Travaux forcés. Même argot [des voleurs].

Rigaud, 1881 : Travaux forcés, — dans l’ancien argot.

La Rue, 1894 : Travaux forcés.

France, 1907 : Travaux forcés. Abréviation de basses-chasses, allusion aux châssis bas desquels sortaient les avirons des anciens rameurs de galères. (Lorédan Larchey)

Baisser une espace qui lève

Virmaître, 1894 : Dans les ateliers de typographie, quand un camarade envoie chercher un litre par l’apprenti, il le met sous son rang — le prote n’aime pas que l’on boive pendant le travail ; — il verse une rasade et fait dire au copain qu’il veut régaler :
— Viens donc baisser une espace qui lève. Synonyme de lever le coude (Argot d’imprimerie). N.

Barberot

Vidocq, 1837 : s. m. — Forçat chargé de raser ses camarades. Quoiqu’il ne soit point alloué d’appointemens aux Barberots, l’emploi qu’ils exercent est toujours vivement sollicité, et l’administration ne l’accorde qu’à celui qu’elle croit capable de pouvoir lui rendre quelques services. Le Barberot est donc en même temps frater et agent de surveillance officieux.
Ses fonctions ne se bornent pas à cela, c’est lui qui est chargé de laver, avec de l’eau et du sel, les plaies du forçat qui vient de recevoir la bastonnade.
Le Barberot est déferré, il ne va pas à la fatigue, il peut parcourir librement tous les quartiers du bagne, et il reçoit tous les jours environ trois demi-setiers de vin en sus de sa ration ; les forçats donnent aux Barberots le titre de sous-officier de galères.

Larchey, 1865 : Barbier (Vidocq). Dimin. de barbier.

La Rue, 1894 : Barbier.

France, 1907 : Barbier ; argot des forçats.

Basses-chasses

France, 1907 : Les galères, telles qu’elles étaient autrefois quand les forçats ramaient. — Voir Bachasse.

Bonbonnière

Rigaud, 1881 : Élégante petite chambre, petit appartement meublé avec goût. — Élégante petite salle de spectacle où l’on croque des bonbons aux avant-scènes et des sucres d’orge aux galeries.

Rigaud, 1881 : Tinette à vidange, — dans le jargon des vidangeurs.

Virmaître, 1894 : Tonneau de vidange. Allusion, sans doute, à ce qu’en l’ouvrant on prend une prise. Dans le peuple on dit d’un vidangeur qu’il en prend plus avec son nez qu’avec une pelle (Argot du peuple).

France, 1907 : Tonneau de vidange.

Boulevardière

Rigaud, 1881 : Fille libre qui continue sur les boulevards le commerce que faisait sa mère sous les galeries du Palais-Royal.

France, 1907 : Femme galante qui a choisi les boulevards comme un champ fertile pour sa clientèle. Les boulevardières qui circulent le long des cafés, de cinq heures du soir à minuit, du faubourg Montmartre à la Madeleine, seront bientôt aussi nombreuses que les bocks que l’on y sert.

Depuis cinq heures du soir, la boulevardière va du Grand-Hôtel à Brébant avec la régularité implacable d’un balancier de pendule.

(Paul Mahalin)

Cage

d’Hautel, 1808 : Mettre en cage. Signifie mettre en prison ; priver quelqu’un de sa liberté. On dit d’une petite maison, d’une bicoque, que c’est une Cage.

Delvau, 1866 : s. f. Atelier de composition, — dans l’argot des typographes. Ils disent aussi Galerie.

Delvau, 1866 : s. f. Prison, — dans l’argot du peuple, qui a voulu constater ainsi que l’on tenait à empêcher l’homme qui vole de s’envoler. Cage à chapons. Couvent d’hommes. Cage à jacasses. Couvent de femmes. Cage à poulets. Chambre sale, étroite, impossible à habiter.

Rigaud, 1881 : Atelier de composition des ouvriers typographes.

Rigaud, 1881 : Prison. — Oiseau en cage, prisonnier. — Mettre en cage, mettre en prison.

Ce fut peut-être le maréchal de Matignon qui mit Philippe de Commes en cage.

(Du Puy, Thuana, 1669)

Fustier, 1889 : Tête. Ne plus avoir de mouron sur la cage, être chauve.

France, 1907 : Prison ; atelier recouvert de vitres.

Il déteste l’argot d’atelier, gourmande l’apprenti sur son manque de décorum, sans espérer le corriger, et saisit le premier prétexte venu pour débaucher l’ouvrier qui nomme sa casse une boîte, l’imprimerie une cage.

(Décembre-Alonnier, Typographes et Gens de lettres)

France, 1907 : Tête.

Camisard

France, 1907 : Soldat des compagnies de discipline. On donne quelquefois aussi ce nom à ceux des bataillons d’Afrique composés, comme on le sait, de soldats ayant subi une condamnation.
Le mot vient des Cévenols calvinistes qui se révoltèrent après la révocation de l’édit de Nantes et firent, pendant deux ans, la guerre à Louis XIV. On les appelait camisards à cause de la chemise qu’ils portaient par-dessus leurs vêtements pour se reconnaître, et aussi pour échapper aux représailles. Des bandes irrégulières de catholiques les imitèrent. Il y eut les camisards blancs et les camisards noirs qui commirent tous les excès. Les blancs furent exterminés par le maréchal de Montrevel ; quant aux noirs, déserteurs, vagabonds, repris de justice, galériens fugitifs, ils se barbouillaient le visage de suie pour voler et tuer avec impunité. Jean Cavalier dut en faire pendre ou fusiller un grand nombre.

Caracot

France, 1907 : Bigorneau, dans l’argot brabançon.

Voici l’heure ou Bruxelles s’allume, où les galeries Saint-Hubert flamboient, où les coquettes marchandes de cigares sont sous les armes derrière leurs comptoirs éblouissants, où, dans les estaminets de la rue des Bouchers, les Bruxellois, fidèles aux vieilles coutumes, boivent le lambick, le faro, et s’éperonnent la soif en gobant des caracots bouillis au sel.

(Paul Arène)

Casse-poitrine

Larchey, 1865 : « Cette boutique est meublée de deux comptoirs en étain où se débitent du vin, de l’eau-de-vie et toute cette innombrable famille d’abrutissants que le peuple a nommés, dans son énergique langage, du Casse-Poitrine. »

(Privat d’Anglemont)

Ces demoiselles n’ont plus la faculté de se faire régaler du petit coup d’étrier, consistant en casse-poitrine, vespetro, camphre et autres ingrédients.

(Pétition des filles publiques de Paris, Paris, 1830, in-8)

Delvau, 1866 : s. m. pl. Individus voués aux vices abjects, qui manustupro dediti sunt, dit, le docteur Tardieu.

Delvau, 1866 : s. m. Eau-de-vie poivrée, — dans l’argot du peuple.

Virmaître, 1894 : Mauvaise eau-de-vie. En effet, elle casse rudement la poitrine de ceux qui en boivent (Argot du peuple). V. Eau d’aff.

France, 1907 : Eau-de-vie. On appelle aussi de ce nom ceux voués à l’amour grec, ou socratique.
« Qui manustupro dediti sunt, casse-poitrine appellantur, » dit le docteur A. Tardieu.

J’ai pu juger par moi-même, dans trop de circonstances, de l’aspect misérable, de la constitution appauvrie et de la pâleur maladive des prostitués pédérastes : j’ai trop bien reconnu la justesse sinistre de cette expression de casse-poitrine réservée à quelques-uns d’entre eux, pour méconnaître que cet abus de jouissances honteuses mine et détruit la santé…

(Léo Taxil, La Prostitution contemporaine)

Castor

Larchey, 1865 : Officier de marine qui évite les embarquements. — Le castor bâtit volontiers sur le rivage.

Delvau, 1866 : s. m. Chapeau d’homme ou de femme, en feutre ou en soie, en tulle ou en paille, — dans l’argot du peuple, qui n’emploie pas cette expression précisément en bonne part.

France, 1907 : Nom donné vers 1820 aux filles qui fréquentaient les galeries du Palais-Royal. Il y avait, suivant le prix que se cotaient ces dames, les demi-castors et les castors fins.

Vous savez que Paris, comme toutes les grandes villes, renferme un nombre considérable de malheureuses demandant au vice leurs moyens d’existence… je laisse de côté les hautes notoriétés du turf de la galanterie et leurs émules qu’on nomme, dans le langage imagé du boulevard, les « demi-castors »… Nous avons pour ces personnalités attrayantes, j’en contiens, du Paris élégant, des indulgences spéciales…

(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris)

France, 1907 : Officier de terre ou de mer qui s’embusque dans un poste pour en bouger le moins possible.

Il faut une longue série de mauvaises fortunes et de vexations intérieures pour que l’officier de marine prenne tout à fait la navigation en horreur et mette son habileté à se ranger dans la classe des castors. L’on qualifie ainsi plaisamment celui qui, une fois parvenu à saisir un poste sédentaire, s’y cramponne de toutes ses forces et renonce pour jamais à l’Océan…

(G. de la Landelle, Les Gens de mer)

Cavaler (s’évader)

Clémens, 1840 : S’évader (en terme de galère), on le dit aussi pour se sauver.

Chambre des pairs

Delvau, 1866 : s. f. Bagne à vie, — dans l’argot des prisonniers.

Rigaud, 1881 : On appelait ainsi au bagne le côté des galériens condamnés à perpétuité. Les condamnés à temps formaient le côté désigné sous le nom de Chambre des députés. (L. Larchey)

France, 1907 : Partie du Dépôt réservée aux condamnés aux travaux forcés à perpétuité.

Charriage au pot

Larchey, 1865 : Il débute de la même façon que le précédent. Seulement l’américain offre à ses deux compagnons d’entrer à ses frais dans une maison de débauche. Par crainte d’un vol, il cache devant eux dans un pot une somme considérable. Plus loin, il se ravise et envoie la dupe reprendre le trésor après lui avoir fait déposer une caution avec laquelle il disparaît, tandis que le malheureux va déterrer un trésor imaginaire.

Virmaître, 1894 : Ne demande pas non plus un grand effort d’imagination : un pot et un imbécile aussi bête que lui suffisent. Deux voleurs abordent un individu à l’air naïf. Après quelques stations dans les cabarets, ils lui offrent de le conduire dans un bocard éloigné. En chemin, ils avisent un terrain vague, l’un des deux voleurs exprime à ses compagnons la crainte d’être volé car il porte sur lui une grosse somme. Devant eux il la cache dans le pot qu’il enterre. Plus loin il se ravise et dit au naïf d’aller déterrer l’argent caché, mais auparavant il lui fait donner ce qu’il a sur lui. Le naïf part, ne trouve que des rouleaux de plomb dans le pot et quand il revient les voleurs sont loin (Argot des voleurs).

France, 1907 : Même procédé que celui « à l’américaine », avec cette différence que l’Américain propose à ses compagnons une partie de lupanar. Craignant d’être volé, il met son or et un paquet de bank-notes, en présence de sa dupe, dans un vase ou une boîte qu’on enfouit en quelque coin ou qu’on cache dans une armoire. Mais, à la porte du lupanar ou dans le lieu même, le charrieur se ravise. Il feint l’ivresse ainsi que son complice et offre de régaler les filles et a besoin de son argent. Il demande à la dupe d’aller le chercher. Mais attention ! hé ! hé ! Il y a là une grosse somme ! En outre, il faut payer le champagne comptant. La dupe laisse sa bourse en gage, court au trésor, le rapporte essoufflé ! Les charrieurs ont levé le siège, et le pot ne contient que des billets de la banque de Sainte-Farce et des jetons.

Chicard

Halbert, 1849 : Pas mal.

Larchey, 1865 : Le héros du carnaval de 1830 a 1850. Son costume, bizarre assemblage d’objets hétéroclites, se composait le plus souvent d’un casque à plumet colossal, d’une blouse de flanelle et de bottes fortes. Ses bras à moitié nus s’enfonçaient dans des gants à manchette de buffle. Tel était le fond de la tenue ; quant aux accessoires, ils variaient à l’infini. Celui qui le premier mit ce costume à la mode était un marchand de cuirs ; son chic le fit nommer Chicard. Il donna des bals et inventa un pas nouveau.

Et puis après est venu Chicard, espèce de Masaniello qui a détrôné l’aristocratie pailletée des marquis, des sultans et a montré le premier un manteau royal en haillons.

(M. Alhoy)

L’homme de génie qui s’est fait appeler Chicard a modifié complètement la chorégraphie française.

(T. Delord)

La sage partie du peuple français a su bon gré à maître Chicard d’avoir institué son règne de mardi-gras.

(J. Janin)

Mais qu’aperçois-je au bal du Vieux Chêne ? Paméla dansant le pas chicard.

(Chauvel)

Delvau, 1866 : adj. et s. Superlatif de Chic. Ce mot a lui-même d’autres superlatifs, qui sont Chicandard et Chicocandard.

Delvau, 1866 : s. m. Type de carnaval, qui a été imaginé par un honorable commerçant en cuirs, M. Levesque, et qui est maintenant dans la circulation générale comme synonyme de Farceur, de Roger-Bontemps, de Mauvais sujet.

Rigaud, 1881 : Costume carnavalesque mis à la mode, pendant la période de 1830 à 1850, par une célébrité chorégraphique qui lui donna son nom ou plutôt son surnom. Les chicards ont révolutionné les bals publics et, pendant vingt ans, ils ont imprimé une grande vogue à la descente de la Courtille. — La danse de Chicard, leur maître, n’a jamais été ni bruyante, ni extravagante. Il procédait à pas serrés, mimant, grimaçant, roulant ses gros yeux en boule de loto. Grande fut sa gloire. On a dit le « pas chicard » pour rappeler sa manière, chicarder, danser comme Chicard. On a créé les vocables chicandar, chicocan-dar, pour désigner quelque chose de très chic comme l’inventeur du fameux pas qui, lui-même, a dû son sobriquet au chic qui le caractérisait. Chicard a passé, son pas n’est plus, seul le mot chic, le radical, a survécu.

France, 1907 : Superlatif de chic.

Vrai, c’en était un’ joli fête :
Y avait du punch et du pomard,
On s’piquait l’nez dans son assiette,
C’était un’ noce un peu chicard !
Vrai, c’était chicard !
Ma bell’ mère était tés aimable,
Parait qu’elle ador’ le bon vin,
C’est p’t’êtr’ ben pour ça qu’à la fin
On l’a retrouvé’ sous la table !

(Aristide Bruant)

On dit aussi chicandard et chicocandard.

France, 1907 : Type de carnaval, inventé vers 1830 par un honnête commerçant de Paris. Le costume se composait d’un casque à plumet, d’une blouse, de bottes de gendarme et de gants de grosse cavalerie. Il est tombé en désuétude, après avoir été fort illustré dans les caricatures de Gavarni. Il y avait le pas chicard, qu’on appelle aussi chicarder.

Chicard était un gringalet passionné, silencieux, et dévoré de la manie de la danse obscène. Sa méthode consistait à se trémousser sur place, avec force gestes indécents et une physionomie immuable. Le pince-sans-rire de la polissonnerie. Il ne parlait à personne : au pied d’un arbre d’un jardin public, se tenait son sérail, composé des plus jolies filles, toutes gloires futures de la Cuisse en l’air et de la Jambe en cerceau. Quand le quadrille préludait, ce Vestris de la braguette désignait une d’elles, et, sans mot dire, se rendait à son ouvrage. C’est alors que froidement, l’œil atone et le visage immobile, le danseur commençait ses petites cochonneries devant un public idolâtre formant galerie et plus tard lui faisant cortège.
Pétit, court de jambes, une tête avec des cheveux blancs coupés ras, il portait un veston, un pantalon flottant, des chaussettes en filoselle et des escarpins. Ce Chicard s’appelait de son vrai nom M. Levêque. Notable commerçant de Paris, marchand en gros de cuir brut, sa signature était cotée premier crédit à la Banque.

(Gil Blas)

Chou pour chou (aller)

Rigaud, 1881 : Suivre exactement la copie imprimée. (Boutmy, Les Typographes parisiens.) C’est une réminiscence du proverbe : Chou pour chou, Aubervilliers vaut bien Paris.

Autrefois le terrain du village d’Aubervilliers était presque entièrement planté de choux qui passaient pour meilleurs que ceux des autres endroits. De là ce proverbe dont on se sert pour égaler sous quelque rapport deux choses dont l’une a été trop rabaissée, ou pour signifier que chaque chose a une qualité qui la rend recommandable.

(Quitard, Dict. des Proverbes)

Boutmy, 1883 : v. Suivre exactement la copie imprimée. C’est l’équivalent de Kif-kif.

Chouette

d’Hautel, 1808 : Malin comme une chouette. Pour dire sans finesse, sans esprit, gauche et dépourvu d’industrie.

Vidocq, 1837 : ad. — Excellent.

Clémens, 1840 : Jolie, belle.

un détenu, 1846 : Quelque chose de bien. Largue chouette, femme qui est bien. Cela est chouette.

Halbert, 1849 : Beau, remarquable.

Delvau, 1866 : adj. Superlatif de Beau, de Bon et de Bien, — dans l’argot des ouvriers. On dit aussi Chouettard et Chouettaud, — sans augmentation de prix.

Rigaud, 1881 : Beau, excellent. Chouette, alors ! — très bien alors ! Femme chouette, belle femme. Repas chouette, bon repas.

Rigaud, 1881 : Malin.

(Le Sublime)

— Faire la chouette, jouer à l’écarté, à l’impériale, seul contre plusieurs adversaires qui prennent les cartes à tour de rôle et qui parient de concert.

La Rue, 1894 : Beau, joli. Jolie prostituée.

Virmaître, 1894 : Superlatif de tout ce qu’il y a de plus beau, le suprème de l’admiration. Chouette (être fait) : être arrêté par les agents. Ce n’est pas chouette : ce n’est pas bien. Elle n’est pas chouette : elle est laide (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Beau, belle, bien, bon, bonne.

Hayard, 1907 : Beau, bien.

France, 1907 : A aussi la signification de chic.

— Pas étonnant, reprend le pantalon percé, si les gens chouettes deviennent rosses, on fait tout pour les dégoûter de donner.
— Les gens chouettes, répond le titi, t’en connais, toi, des gens chouettes ? Regarde un peu à Saint-Eustache, c’était ouvert dès le matin et on pouvait aller s’y chauffer en sortant d’ici. Ben, maintenant, on nous fout à la porte.

(Guy Tomel, Le Bas du Pavé parisien)

Dans l’aube qui naissait, chétive silhouette,
La « veuve » lui semblait piteuse et pas chouette,
Et cabotin hideux, peut-être à son insu,
Polyte murmurait : « Non, vrai ! si j’avais su… »

(Paul Nagour)

France, 1907 : Joli, agréable.

De cent métiers en mon pouvoir
J’ai choisi le plus chouette :
Adèle faisait le trottoir
Et m’offrait la galette.

(Georges Prud’homme)

Beaujean, assez épris de l’étroite banlieue, n’aimait pas beaucoup la province ; même la grande ceinture paraissait arriérée à son parisianisme aigu. Et il se plaint d’être ainsi relégué, pour son dernier acte, hors de son cadre et de son milieu habituel : « Ce qui m’embête, c’est d’être fauché à Versailles. J’aurais préféré place de la Roquette : au moins, là, on a une chouette galerie et l’on peut reconnaître des copains… »

(Séverine)

J’crach’ pas sur Paris, c’est rien chouette,
Mais comm’ j’ai une âme d’poête,
Tous les dimanch’s j’sors de ma boîte,
Et j’m’en vais, avec ma compagne,
À la campagne !

(Paul Verlaine)

Ce mot s’emploie ironiquement : Nous sommes chouettes ! Nous voilà bien lotis.

— Ah ! la riche idée qu’il a eue, l’idiot, d’introduire des femmes chez nous, des femmes au rabais ! de leur faire faire concurrence aux hommes et d’avilir ainsi le prix du travail… Toutes les souffrances, les larmes, les hontes, les désespoirs, les vices et les crimes de toutes ces pauvres petites s’élèvent contre lui, l’accablent et le maudissent. Quand il aurait si bien pu, en donnant à son personnel mâle plus d’argent en échange de plus de travail, l’encourager à se marier, à ne pas laisser vieillir, se faner et s’avilir toutes ces filles de petits bourgeois et d’ouvriers ! Ah ! le monstre ! Mais ce n’est même pas un bordel qu’il nous a légué, ce misérable, c’est un égorgeoir et un dépotoir ! Ah ! c’est superbe ! chouette, le résultat !

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Être chouette, dans l’argot des voleurs, c’est être pris. Faire une chouette, jouer seul contre deux : terme de billard.

anon., 1907 : Beau, belle.

Crapaud (faire)

Rigaud, 1881 : Boire seul, se régaler en sournois, — dans le jargon des troupiers. C’est le synonyme de faire suisse.

Cuire dans son jus

Delvau, 1866 : v. n. Avoir très chaud, jusculentus, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Avoir très chaud, fournir une transpiration abondante. Si l’on veut cuire dans son jus, l’on n’a qu’à aller un dimanche soir, dans un théâtre de Paris, aux troisièmes galeries.

Rigaud, 1881 : Concentrer sa douleur et retenir son élan naturel, — dans le jargon des comédiens. L’expression, qui est de mademoiselle Contât, est restée dans le dictionnaire du théâtre. (V. Couailhac, La Vie de théâtre)

France, 1907 : Avoir très chaud, transpirer. À propos de cette expression, Lorédan Larchey cite un bon mot de Piron. « Suant au parterre et entendant ses voisins chuchoter : Voilà Piron qui cuit dans son jus. — Ce n’est pas étonnant, s’écria-t-il, je suis entre deux plats. »

Échapper

d’Hautel, 1808 : C’est un cheval échappé. Se dit d’un écervelé, d’un libertin, d’un jeune homme qui se livre impétueusement à toutes sortes d’excès.
Échappé des galères. Surnom outrageant que l’on donne à un fourbe ; à un escroc ; un malôtru, un vaurien.
Il l’a échappé belle. Se dit de quelqu’un qui s’est retiré à temps d’une mauvaise affaire.

Emporteur

Vidocq, 1837 : s. m. — L’Emporteur, proprement dit, est le héros de la partie de billard dont nous avons ci-dessus promis les détails ; pour le truc dont nous allons parler, il faut de toute nécessité être trois : l’Emporteur, la Bête et le Bachotteur ; nous avons dit plus haut quelle était la tâche de ces deux derniers ; celle de l’Emporteur est beaucoup plus difficile, c’est lui qui doit chercher et trouver une dupe, et l’amener au lieu où elle doit être dépouillée.
Après avoir examiné si rien ne manque à son costume, qui doit être très-propre, l’Emporteur sort suivi de loin par ses deux acolytes, qui ne le perdent pas de vue, il se promène jusqu’à ce qu’il avise un individu tel qu’il le désire, c’est-à-dire qui annonce, soit par ses manières, soit par son costume, un étranger ou un provincial, et c’est ici le lieu de faire remarquer la merveilleuse perspicacité que possèdent ces hommes, et plusieurs autres espèces de fripons dont il sera parlé plus tard, qui savent tirer de la foule le seul individu propre à être dupé, ces hommes, presque toujours dépourvus d’éducation, savent cependant saisir le plus léger diagnostic ; ils jugent un homme à la coupe de ses habits, à la couleur de son teint, à celle de ses gants, et ils le jugent bien.
Lorsque l’Emporteur a rencontré ce qu’il cherche, il s’approche, et une conversation à peu-près semblable à celle-ci ne tarde pas à s’engager : « Monsieur pourrait-il m’indiquer la rue… — Cela m’est impossible, monsieur ; je suis étranger. — Eh ! parbleu, nous sommes logés à la même enseigne ; je ne suis à Paris que d’hier matin. »
L’Emporteur n’a pas cessé de marcher près du provincial. « Vous êtes étranger, ajoute-t-il après quelques instans de silence, vous devez désirer voir tout ce que la capitale renferme de curieux. » Signe affirmatif. « Si vous le voulez, nous irons ensemble voir les appartements du roi. J’allais, lorsque je vous ai rencontré, chercher ici près des billets que doit me donner un des aides-de-camp du duc d’Orléans ; c’est une occasion dont je vous engage à profiter. »
Le provincial hésite, il ne sait ce qu’il doit penser de cet inconnu si serviable ; mais, que risque-t-il ? Il n’est pas encore midi, et les rues de Paris ne sont pas dangereuses à cette heure ; et puis les appartemens du roi Louis-Philippe doivent être bien beaux ; et puis ce n’est pas lui, le plus mâdré des habitans de Landernau ou de Quimper-Corentin, qui se laisserait attraper : il accepte ; l’Emporteur fait le St-Jean à ses deux compagnons (voir ce mot), qui prennent les devans et vont s’installer au lieu convenu.
C’est un café estaminet d’assez belle apparence, dont le propriétaire est presque toujours affranchi. L’Emporteur y arrive bientôt, suivi de son compagnon ; en entrant il a demandé à la dame de comptoir si un monsieur à moustaches, et décoré, n’était pas venu le demander ; on lui a répondu que ce monsieur était venu, mais qu’il était sorti après toutefois avoir prié de faire attendre. « Eh bien, nous attendrons, » a-t-il répondu ; et il est monté au billard après avoir demandé quelques rafraichissemens qu’il partage avec son compagnon.
Le monsieur à moustaches n’arrive pas ; pour tuer le temps on regarde jouer les deux personnes qui tiennent le billard, et qui ne sont autres que la Bête et le Bachotteur. La Bête joue mal, et à chaque partie qu’elle perd elle veut augmenter son jeu, le Bachotteur ne veut plus jouer, et offre de céder sa place au premier venu, la Bête sort pour satisfaire au besoin, alors le Bachotteur s’exprime à-peu-près en ces termes, en s’adressant à l’Emporteur : « C’est une excellente occasion de gagner un bon dîner, le spectacle, et le reste, il est riche, il est entêté comme une mule ; rendez-lui quelque points, et son affaire est faite. — Si je savais seulement tenir une queue, répond l’Emporteur, j’accepterais la poposition. » Le provincial, qui a entendu cette conversation, et qui a vu jouer la Bête, trouve charmant de ce faire régaler par un parisien ; il pourra parler de cela dans son endroit. Il joue, il perd ; son adversaire raccroche toujours ; il s’échauffe, il joue de l’argent ; les enjeux sont mis entre les mains du Bachotteur ; le provincial envoie au diable l’Emporteur, qui l’engage à modérer son jeu. Somme totale, il sort du café les poches vides, mais cependant bien persuadé qu’il est beaucoup plus fort que son adversaire, qui n’est, suivant lui, qu’un heureux raccrocheur. (Voir Floueur.)

Delvau, 1866 : s. m. Filou qui a pour spécialité de raccrocher des provinciaux sous un prétexte quelconque, et de les amener dans un estaminet borgne, où ils sont plumés par le bachotteur et la bête. (Voir à propos de ce mot, le volume de Vidocq.)

Rigaud, 1881 : Filou qui vit au détriment des magasins. Après avoir fait un achat d’importance, l’emporteur se fait accompagner par un garçon de magasin, qu’il doit payer à domicile. Une fois en route, sous un prétexte quelconque, il écarte le garçon en ayant eu la précaution de se faire remettre la marchandise. Les hôtels garnis, les passages, les maisons à deux issues, favorisent beaucoup le jeu de l’emporteur.

France, 1907 : Filou qui racole des provinciaux ou des naïfs et les amène dans quelque cabaret borgne où ils sont dévalisés par des compères.

Enflaneller (s’)

Rigaud, 1881 : Absorber une boisson chaude. Mot à mot : une boisson qui remplace le gilet de flanelle.

Une nuit de mardi gras, je m’assis à une table, — dans la galerie en face de l’orchestre, — sur laquelle le Temps et Cybèle venaient de s’enflaneller de deux grogs américains.

(P. Mahalin, Au Bal masqué.)

Enfoncer

Larchey, 1865 : « Lorsqu’on réussit à perdre un journal à force de le décrier, ou un théâtre à force de blâmes, cela s’appelle enfoncer la feuille rivale ou le théâtre ennemi. »

(Biogr. des Journalistes, 1826)

Larchey, 1865 : Dominer.

Vous n’êtes pas de force au piquet ; je vous enfonce.

(Gavarni)

Larchey, 1865 : Duper.

Il m’apprenait la vie qu’il fallait mener pour ne pas être enfoncé.

(E. Sue)

Delvau, 1866 : v. a. Tromper, faire fort, duper. Signifie aussi Surpasser.

Rigaud, 1881 : Tromper.

Papa vous a bien enfoncé dans l’affaire des suifs.

(Gavarni)

Surpasser, être supérieur à.

Une telle imitation du vent enfonce cruellement les fameuses gammes chromatiques de la Pastorale de Beethoven.

(H. Berlioz, Les Grotesques de la musique.)

Rossignol, 1901 : Tromper quelqu’un est l’enfoncer, synonyme de enturer.

Rossignol, 1901 : Voir appuyer.

France, 1907 : Tromper, duper, surpasser.

S’il quitte fréquemment son ouvrage, c’est pour régaler un ami ; s’il passe des journées entières entre les cartes et la bouteille, c’est pour ne pas se séparer de ses amis ; s’il met toute son attention à diriger une queue de billard, c’est pour enfoncer un ami.

(Jules Ladimir, Le Compositeur typographe)

Espalier

Larchey, 1865 : Réunion de figurantes chargées d’animer un décor comme un espalier garnit un mur. — V. Bouisbouis.

Les petites filles qui se destinent à être danseuses et qui figurent dans les espaliers, les lointains, les vols, les apothéoses.

(Th. Gautier)

Delvau, 1866 : s. m. Figurante, — dans l’argot des coulisses.

Delvau, 1866 : s. m. Galérien, — dans l’ancien argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Figurant, figurante. Celui, celle qui, dans un théâtre, contribue à l’aspect général de la mise en scène. Les chanteuses de cafés-concerts, assises en fer-à-cheval au fond de la scène, s’appellent « espaliers. » — C’était autrefois : espalier d’opéra.

Elle était alors simple espalier d’opéra, c’est-à-dire chanteuse et danseuse de chœurs.

(La Gazette noire, 1789)

Par allusion aux arbres plantés en espalier.

France, 1907 : Figurant, dans l’argot des théâtres. Les jeunes personnes qui remplissent l’emploi de figurantes sont en effet rangées autour de la scène comme des espaliers.

Fagot

d’Hautel, 1808 : C’est un fagot d’épine, se dit d’une personne qui a l’humeur revêche et acariâtre, que l’on ne sait comment aborder.
Débiter, dire des fagots. Dire des fariboles, des bourdes, des mensonges.
Un philosophe conversant un jour avec une femme de beaucoup d’esprit qui ne partageoit pas ses opinions, et à laquelle néanmoins il vantoit les hauts faits de la philosophie, en s’exprimant ainsi : Nous autres philosophes, nous avons abattu des forêts de préjugés ; la dame ne lui laissa pas le temps d’en dire davantage et, répliqua aussitôt C’est donc pour cela que vous nous débitez tant de fagots.
On dit d’un ami que l’on veut régaler, qu’on lui fera boire une bouteille de vin de derrière les fagots.
Il y la fagots et fagots.
Pour il y a mensonges et mensonges.
Il y a bien de la différence entre une femme et un fagot. Se dit en parlant de deux choses très différentes par leur nature.

Vidocq, 1837 : s. m. — Forçat.

Clémens, 1840 : Forçat.

un détenu, 1846 : Forçat libéré.

Halbert, 1849 : Forçat.

Larchey, 1865 : Ancien forçat.

Eh ! mais ! je connais cet homme-là. C’est un fagot

(V. Hugo)

Larchey, 1865 : Aspirant à l’École des eaux et forêts. — C’est dans ces dernières qu’on doit aller chercher la raison de ce sobriquet.

Delvau, 1866 : s. m. Élève de l’École des eaux et forêts, — dans l’argot des Polytechniciens.

Delvau, 1866 : s. m. Forçat, — Homme qui est lié à un autre homme : en liberté, par une complicité de sentiments mauvais ; au bagne, par des manicles. Fagot à perte de vue. Condamné aux travaux forcés à perpétuité. Fagot affranchi. Forçat libéré.

Delvau, 1866 : s. m. Vieillard, — dans l’argot des marbriers de cimetière, qui savent mieux que personne ce qu’on fait du bois mort.

Rigaud, 1881 : Vieillard. — Forçat. (Vidocq, F. Michel, Colombey.) — Ancien forçat. (V. Hugo, L. Larchey.) — Élève des eaux et forêts. — Femme habillée sans goût, comme est lié un fagot. Dans la langue régulière fagoter exprime la même idée.

La Rue, 1894 : Vieillard. Forçat. Camarade. Homme mené en prison.

Rossignol, 1901 : Forçat.

Hayard, 1907 : Récidiviste.

France, 1907 : Camarade.

— Où est-il ton fagot, que je le remouche.

(Vidocq)

France, 1907 : Élève de l’École forestière de Nancy.

Chaque année, le lundi de Pâques, les X reçoivent les fagots, alors à Paris, dans un restaurant du boulevard. En février, les X sont reçus à Nancy. Les deux écoles fraternisent ainsi deux fois par an.

(Albert Lévy et G. Pinet, L’Argot de l’X)

France, 1907 : Forçat, transporté où simplement homme conduit en prison ; on le lie ou on l’attache comme un fagot.

Mes pauvres diables de soldats en sont parfois réduits à se procurer une marmite de soupe à la cuisine de la transportation. Elle est très bonne, cette soupe, et embaume tout le camp. Il faut vous dire que les fagots — c’est le nom familier des transportés — possèdent un jardin immense et le moyen de lui faire beaucoup produire. On les soigne, du reste ; ils sont mieux nourris, plus intelligemment habillés et plus payés que les troupiers. Ajoutez qu’ils ne font rien ; on feint de les conduire au travail et ils ne feignent même pas de travailler.

(Paul Bonnetain, Le nommé Perreux)

On y assommait à coups de chaînes trois condamnés : l’ex-commissaire des guerres Lemière, l’ex-officier d’état-major Simon et un voleur nommé le Petit Matelot, que l’on accusait d’avoir trahi ses camarades par des révélations et d’avoir fait manquer des complots de prison.
Celui qui les avait signalés à la vengeance des fagots était un jeune homme dont la rencontre eût été une bonne fortune pour un peintre ou pour un acteur.
On l’appelait à Bicêtre Mademoiselle.
Ce sobriquet est assez significatif.
Mademoiselle était un de ces monstres qui trouvent au bagne un théâtre digne de leurs dégoûtantes voluptés.

(Marc Mario et Louis Launay)

Fagot affranchi, forçat libéré ; fagot à perte de vue, condamné aux travaux forcés à perpétuité.

— On a beau être un vieux fagot affranchi, on sait ce qu’on doit au sexe et à l’innocence… moi d’abord j’ai toujours été le champion des dames ! Ah ! mais oui ! Et ça ne m’a pas fait tort, puisque, après avoir tiré dix berges, j’ai obtenu ma grâce, quoique fagot à perte de vue…

(Hector France, La Mort du Czar)

Fagot en campe, échappé du bagne.

France, 1907 : Vieillard.

Faire amende honorable

France, 1907 : Avouer sa faute, reconnaître ses torts, d’où s’amender.
Ce terme vient d’un vieil usage qui consistait à faire en public aveu d’un délit ou d’un crime. Le coupable ou plutôt le condamné — car combien de condamnés non coupables ! — paraissait nu-tête, nu-pieds, corde au cou et un cierge à la main. Pour les hérétiques et les sacrilèges, l’amende honorable se faisait devant une église ; à Paris, c’était devant le portail du Notre Dame. À la suite de l’amende, le condamné était généralement envoyé aux galères ou à l’échafaud. La Révolution de 1789 à supprimé les amendes honorables.

Faire de l’œil

Delvau, 1864 : Provoquer un passant, par un coup d’œil, à monter tirer un coup de cul.

Aussi, je le dis sans orgueil,
Le beau sexe me fait de l’œil.

(Jules Moineaux)

Rossignol, 1901 : On fait de l’œil à une femme pour tâcher de la posséder.

France, 1907 : Lancer des œillades provocatrices, regarder amoureusement quelqu’un.

D’ailleurs, à mesure qu’elle avance en âge, l’incertitude de sa vie l’inquiète ; toute son ambition serait d’avoir au moins quelques jolis costumes à mettre, et assez le paroles pour être remarquée des loges d’avant-scène : c’est là, en effet, que se tiennent les vieux généraux de l’empire, les banquiers célibataires, les Ulysses cosmopolites de l’hôtel des Princes, tous armés d’indiscrètes jumelles. Pour nous servir d’une expression consacrée dans le langage des coulisses, c’est en faisant bien l’œil de ce côté-là que la figurante parviendrait à retrouver toute l’existence dorée qu’elle a perdue après les beaux jours de sa jeunesse. Mais ce sont là autant de soupirs jetés dans les nuages.

(Philibert Audebrand)

La nuit venue, la scène changeait : à peine les réverbères étaient-ils allumés que la foule grossissante roulait à flots bruyants autour des galeries ; beaucoup de jeunes gens, une infinité de militaires, quelques vieux libertins, maints désœuvrés, un petit nombre d’observateurs force filous, des filles à moitié nues : c’était le moment où tous les vices se donnaient rendez-vous, se coudoyant, se heurtant, s’entremettant, où, tandis que les filles faisaient de l’œil, les escrocs jouaient des mains.

(Octave Uzanne, La Française du siècle)

Faire son palais-royal

Delvau, 1864 : Se promener dans les galeries du Palais-Royal pour y raccrocher des hommes, — ce qui avait lieu surtout lorsque le Palais-Royal était un immense bordel où se donnaient rendez-vous, pour jouir, les membres virils des cinq parties du monde.

De tous les points de Paris une fille de joie accourait faire son Palais-Royal.

(H. de Balzac)

Faucher

d’Hautel, 1808 : Faucher le grand pré. Ramer sur les galères ; faire le métier de galérien.

Ansiaume, 1821 : Couper.

Il a fallu faucher 4 balançons et aller de l’avant.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Couper. Être fauché, être guillotiné. Faucher le pré, être aux galères.

Bras-de-Fer, 1829 : Guillotiner.

Vidocq, 1837 : v. a. — Couper.

Clémens, 1840 : Couper.

M.D., 1844 : Guillotiner.

un détenu, 1846 : Tuer, guillotiner.

Larchey, 1865 : Couper.

Faucher, dans leur langage veut dire l’exécution de la peine de mort.

(Balzac)

V. Colas. Terrer. — Faucher dans le pont : Couper dans le pont. V. ce mot. — Faucheur : Voleur coupant (fauchant) les chaînes de montre. — Faucheur : Bourreau.

Delvau, 1866 : v. a. Couper, — dans le même argot [des voleurs], où on emploie ce verbe au propre et au figuré. Faucher le colas. Couper le cou. Faucher dans le pont. Donner aveuglément dans un piège. Faucher le grand pré. Être au bagne.

Rigaud, 1881 : Guillotiner. — Couper. — Faucher le grand pré, être aux galères, — dans l’ancien argot.

Rigaud, 1881 : Tromper ; voler, — dans l’argot des camelots et des truqueurs. Le mec est fauché, l’individu est dépouillé.

La Rue, 1894 : Guillotiner. Couper. Tromper, voler. Être au bagne.

Rossignol, 1901 : Guillotiner. Un supplicié a été fauché.

Rossignol, 1901 : Voler.

France, 1907 : Guillotiner.

anon., 1907 : Voler.

Faucher le grand pré

France, 1907 : Subir sa peine au bagne. Cette expression vient des anciens forçats qui ramaient sur les galères de l’État ; leurs rames étaient comparées à une faux et la mer à un pré.
On trouve dans le Gil Blas de Lesage : « émoucher la mer avec un éventail de vingt pieds ».

Fort comme un Turc

France, 1907 : La force extraordinaire des matelots et des portefaix de Constantinople a de tous temps frappé les voyageurs.
« Les Turcs, écrit Blaise de Montluc (Commentaires, liv. I) à propos de l’assaut qu’unis aux Provenceaux ils donnèrent en 1543 à Venise, les Turcs méprisaient fort nos gens : aussi crois-je qu’ils nous battraient à forces pareilles ; ils sont plus robustes, obéissants et patients que nous, mais je ne crois pas qu’ils soient plus vaillants ; ils ont un advantage, c’est qu’ils ne songent qu’à la guerre. » Quelques écrivains ont attribué au croisement des races, aux alliances des Turcs avec les Géorgiennes et les Circassiennes cette vigueur qui les a toujours caractérisés.
Au XVIe siècle, pour fournir le service des galères, le nombre de forçats n’étant pas toujours suffisant, il fallait à tout prix des rameurs ; et à Gênes, à Venise, à Naples, en Sicile, on recrutait la chiourme sur les côtes du Grand Seigneur, s’emparant de tout ce qui tombait sous la main, Turcs ou Grecs, que l’on mettait aussitôt à la chaîne. Mais les Turcs étaient plus recherchés que les Grecs à cause de leur force et de leur résistance à supporter les horribles fatigues des bancs de galères.
En 1570, dit l’amiral Jurien de la Gravière, le sénateur Zane général de la flotte vénitienne, ne remplaça pas autrement les rameurs qu’il avait perdus. Il détacha, pendant qu’il hivernait dans les ports de Candie, le provéditeur Marco Quirini avec une division de choix vers les îles de l’Archipel. Marco Quirini s’acquitta de sa mission avec une activité et un zèle qui lui méritèrent les éloges du Sénat : il est vrai que les Grecs des Cyclades se souviennent encore de son passage.
Nos rois furent plus honnêtes que les doges et les amiraux de Venise : ils ne volèrent pas les esclaves, ils les achetèrent. Un Turc se payait au XVIIe siècle de 400 à 450 livres, argent comptant. « Ces esclaves disait-on alors, sont extrêmement vigoureux, très endurcis à la fatigue, fort grands, infiniment plus propres pour cette raison que les forçats à servir d’espaliers et de vogue-avant. » C’est très probablement des galères de Louis XIV que nous est venue l’expression : fort comme un Turc. Les Anglais disent dans le même sens : fort comme un Tartare.

Four

d’Hautel, 1808 : Ce n’est pas pour vous que le four chauffe. Se dit à quelqu’un que l’on veut désabuser de ses espérances.
Envoyer quelqu’un sur le four. Pour l’envoyer promener, l’envoyer paître.
Vous viendrez cuire à notre four. Espèce de menace que l’on fait à quelqu’un qui a refusé un service qu’on lui demandoit. Voy. Bouche.

Delvau, 1864 : Employé dans un sens obscène pour désigner la nature de la femme.

Avec sa pâte qui fut levée aussitôt que le four fut chaud.

(Moyen de parvenir)

S’il vous plaist nous prester vos fours,
Nous sommes à vostre service.
Il est défendu par nos loix
De travailler dans un four large.

(La Fleur des chansons amoureuses.)

Delvau, 1866 : s. m. « Fausse poche dans laquelle les enquilleuses cachent les produits de leurs vols. » Argot des voleurs.

Delvau, 1866 : s. m. Insuccès, chute complète, — dans l’argot des coulisses et des petits journaux.
M. Littré dit à ce propos : « Rochefort, dans ses Souvenirs d’un Vaudevilliste, à l’article Théaulon, attribue l’origine de cette expression à ce que cet auteur comique avait voulu faire éclore des poulets dans des fours, à la manière des anciens Égyptiens, et que son père, s’étant chargé de surveiller l’opération, n’avait réussi qu’à avoir des œufs durs. Cette origine n’est pas exacte, puisque l’expression, dans le sens ancien, est antérieure à Théaulon. Il est possible qu’elle ait été remise à la mode depuis quelques années et avec un sens nouveau, qui peut avoir été déterminé par le four de Théaulon ; mais c’est ailleurs qu’il faut en chercher l’explication : les comédiens refusant de jouer et renvoyant les spectateurs (quand la recette ne couvrait pas les frais), c’est là le sens primitif, faisaient four, c’est-à-dire rendaient la salle aussi noire qu’un four. »

Delvau, 1866 : s. m. L’amphithéâtre, — dans l’argot des coulisses.

Rigaud, 1881 : Avant-scène des quatrièmes à l’Opéra. Elle est exclusivement réservée aux figurantes et il y fait, chaud comme dans un four.

Rigaud, 1881 : Gosier. — Chauffer le four, boire.

Rigaud, 1881 : Insuccès ; chute d’une pièce de théâtre. — M. J. Duflot écrit fourre, du verbe se fourrer dedans. — Faire four, ne pas réussir, en être pour ses frais. Au théâtre une pièce fait four lorsqu’elle ne réussit pas. — Un homme fait four auprès d’une femme, lorsqu’il en est pour ses frais d’amabilité et même pour ses frais d’argent. Celui qui s’est flatté de raconter une histoire bien amusante et qui ne fait rire personne, fait four.

Rigaud, 1881 : Omnibus ; parce qu’on y enfourne les gens comme des pains.

Rossignol, 1901 : Ne pas réussir une chose est faire four.

Je croyais trouver telle chose, j’ai fait four. — J’ai demande une avance d’argent à mon patron, j’ai fait four (il me l’a refusée.)

France, 1907 : Gosier. Chauffer le four, boire avec excès. Se dit aussi pour allumer, exciter une femme.

— Finissez, me dit-elle, allez, amant transi,
Eh ! ce n’est pas pour vous que le four chauffe ici.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

France, 1907 : Insuccès, chute d’un livre ou d’une pièce.
Alfred Delvau fait remonter cette expression à l’habitude qu’avaient les comédiens de refuser de jouer quand la recette ne couvrait pas les frais. On éteignait alors les lumières et la salle devenait noire comme un four.
Au siècle dernier, on appelait four des cabarets fréquentés par les sergents racoleurs et des filles, où l’on attirait les jeunes gens que l’on voulait recruter pour le service militaire. La fille les appelait, le sergent les grisait et l’on surprenait ainsi leur engagement. Faire un four, ou faire four, ne viendrait-il pas plutôt de là ?

Comme four, je le crierai par-dessus les toits de la Chapelle et de la Villette, les Chansons des rues et des bois ne laissent rien à désirer. Elles sont, de l’aveu de tous, le volume la plus faible qu’Hugo, poète, ait écrit.

(Léon Rossignol, Lettres d’un Mauvais Jeune homme à sa Nini)

Après la longue insomnie
Que son four lui procura,
Sardou, transcendant génie,
S’endort, perdu sous son drap.

(Le Monde plaisant)

France, 1907 : La galerie dans un théâtre, à cause de la chaleur qui y règne.

France, 1907 : Large poche que portent les voleuses et généralement les femmes de ménage pour dissimuler leurs larcins.

Fourneau

Rigaud, 1881 : Imbécile, — dans le jargon des voyous.

Fustier, 1889 : Vagabond, — dans l’argot des saltimbanques.

La Rue, 1894 : Vagabond.

Virmaître, 1894 : Vagabond, mendiant habitué du fourneau de charité. L. L. Fourneau, signifie crétin, imbécile. Quand on imprime dans les journaux que nos ministres et nos députés sont des fourneaux ils ne sont pas je pense habitués des asiles de nuit (Argot du peuple). N.

Hayard, 1907 : Naïf, imbécile.

France, 1907 : Imbécile, inoffensif.

— Allons ! messieurs, n’y aurait-il pas parmi vous un fourneau qui ait besoin d’une âne sœur ?… J’en connais une, dans la peau d’une bonne fille, un peu loufoque, mais une vraie pâte tout de mème… Elle a déjà servi… Mais parait que c’est dans les vieux fours qu’on fait les meilleures galettes…

(Jean Adalbert)

Alors, furieux, étouffant
Il fit, le pauvre ministre
Un formidable boucan
Dans cet appareil sinistre :
Allô, mad’moiselle, allô, plus qu’un mot ?
Veuillez seul’ment m’dir’ quel est le fourneau
Qui changera d’la sort’ les noms d’tout’s nos rues.
La d’moisell’ répond de sa bouche en cœur :
Mon pauvre monsieur,
C’est un vieux farceur
Qui s’app’lait, je crois, monsieur Mesureur.

(D. Bonnaud, La France)

On jouait, dans une grande ville de province, un vieux drame de Bouchardy.
L’acteur en scène, poursuivi par des malfaiteurs, tient entre les mains un portefeuille gonflé de billets de banque.
— Oh ! s’écrie-t-il, miséricorde… je suis perdu ! ce portefeuille qui contient ma fortune… où le cacher ?
Une voix des galeries :
— Dans ta poche !… hé… fourneau !

France, 1907 : Vagabond, vagabonde.

— Sal’ chaudron ! Sal’ calorifère !…
Sal’ fourneau ! paillasse à homm’s saouls !
A fait mes michets pour trent’ sous
Quand ej’suis pas là pour les faire.

(Aristide Bruant)

Frégate

Ansiaume, 1821 : Succube (jeune homme sodomiste ou putain de galère).

Il donne à sa frégate ses nourritures et 6 balles par mois.

Vidocq, 1837 : s. m. — Jeune pédéraste. Terme des bagnes.

Clémens, 1840 : Jeune forçat.

Rigaud, 1881 : Émigré de Gomorrhe, — dans le jargon des voleurs.

France, 1907 : Chapeau bicorne, claque, à cause de sa forme assez semblable à celle d’un navire à voiles, porté par l’état-major et les élèves de l’École polytechnique. « La courbe gracieuse de la frégate n’est pas due au caprice d’un artiste habile ; c’est une courbe géométrique transcendantale qu’on peut construire par points et dont on peut déterminer les tangentes et les points d’inflexion… La manière de porter la frégate a été pour la première fois enseignée en 1824 par Baupré, ancien danseur de l’Opéra, qui donnait à l’École des leçons de danse et de maintient. »

(Albert Lévy et G. Pinet)

France, 1907 : Sodomite.

Fricoter

Delvau, 1866 : v. a. et n. Dépenser de l’argent, le boire ou le manger ; faire la noce ; se régaler.

Delvau, 1866 : v. n. Se mêler d’affaires véreuses ; pêcher en eau trouble.

Rigaud, 1881 : S’amuser ; tripoter à la Bourse, dans le commerce. — Dans le jargon des typographes, c’est le synonyme de chiquer des sortes. — Fricoter de l’argent, dépenser de l’argent.

Boutmy, 1883 : v. a. Prendre des sortes dans la casse de ses compagnons ; synonyme de piller.

Fustier, 1889 : « Les secrétaires, les commis d’état-major qu’on appelle fricoteurs au régiment, sont assis dans une salle au rez-de-chaussée, autour d’une immense table. »

(Constitutionnel, août 1882)

Rossignol, 1901 : Tripoter. Celui qui a la conscience élastique, qui fait argent de tout, fricote ; c’est un fricoteur.

France, 1907 : Faire.

— Nous avons dans le quartier le boulevard Richard-Lenoir, la place de la Bastille et la gare de Vincennes… Mais là, rien à fricoter… C’est plein de femmes, toutes plus méchantes les unes que les autres, qui sont jalouses chaque fois qu’elles en voient une nouvelle, et qui seraient les premières à la « donner » aux agents… Les premières fois, ça finirait par des batteries. Donc, nisco… D’autant plus que le public n’est pas fameux : des types du faubourg, des artilleurs de Vincennes ou des poivrots… Ça vaut pas la peine qu’on se dérange, et faut laisser ça aux Marie-sans-dents. T’es trop jolie et trop jeune pour eux.

(Oscar Méténier, Madame la Boule)

France, 1907 : S’amuser en noces et festins, boire et manger dans les gargotes.

Frou-frou

Rigaud, 1881 : Passe-partout, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Passe-partout. Bruit de la soie frottée.

France, 1907 : Bruit des jupes, froissement d’étoffes. Onomatopée.

Il avait fort couru le jupon, le brave homme, et, à l’occasion, un frou-frou de robe animait encore sa vieillesse : une antique ramure, en un mot, dans laquelle la sève courait toujours.

(Me Huvelin, Le Journal)

On eût dit qu’elle venait de déserter les galeries d’un temple de la vieille Rome ou de descendre d’un cadre ancien, tant il y avait de majesté et d’onction en ses moindres gestes, en ces moindres frou-frous.

(Dubut de Laforest)

Et je songeais au temps où, le feutre à l’oreille,
Laissant voir la folie ardente qui s’éveille,
Pour les jeux de l’amour on était toujours prêt
Où les hommes toujours en quête de querelles,
Dans leur frou-frou soyeux, suivaient les pas des belles
La rapière à la hanche, — et tendaient le jarret !

(Macdonald, duc de Tarente)

La jambe laisse sous les plis,
Espèce d’onde aérienne,
Deviner les contours polis
De la cuisse marmoréenne ;
Et dans la chanson des frou-frous,
Dans le doux vol des clartés blondes,
On sent flotter les duvets roux
Sous le gras des épaules rondes.

(Clovis Hugues)

Faire du frou-frou, faire des embarras.

Galer

d’Hautel, 1808 : Pour gratter.
Il ne fait que se galer. Se dit de celui qui éprouve de fréquentes démangeaisons, et qui se gratte continuellement.

Galère

d’Hautel, 1808 : C’est une véritable galère. Se dit d’une maison où l’on a beaucoup de peine, et peu de profits.
Vogue la galère ! Pour au jour le jour ; prenons le temps comme il vient ; abandonnons tout au hasard ; ne pensons point à l’avenir.

Galerie

d’Hautel, 1808 : Ce sont ses galeries. Se dit d’un homme qui hante souvent le même lieu ; qui va se promener toujours dans le même endroit.

Delvau, 1866 : s. f. La foule d’une place publique ou les habitués d’un café, d’un cabaret. Parler pour la galerie. Faire des effets oratoires ; — parler, non pour convaincre, mais pour être applaudi, — et encore, applaudi, non de ceux à qui l’on parle, mais de ceux à qui on ne devrait pas parler. Que de gens, de lettres ou d’autre chose, ont été et sont tous les jours victimes de leur préoccupation de la galerie ?

Boutmy, 1883 : s. f. Salle de composition, le plus ordinairement de forme rectangulaire. Les rangs sont placés perpendiculairement à chacun des grands côtés du rectangle. L’espace laissé libre au milieu est en partie occupé par les marbres.

Galérien

d’Hautel, 1808 : Il travaille comme un galérien. Pour il est très assidu à son travail, il est alerte, laborieux, infatigable.

Galérienne

Rigaud, 1881 : « Sous les sombres galeries qui bordent, au rez-de-chaussée, la salle de danse du Casino, se tiennent volontiers des femmes grasses et maquillées… On les appelle Galériennes, parce qu’elles font galerie. » (Ces Dames du Casino, 1862)

France, 1907 : « Sous les sombres galeries qui bordent, au rez-de-chaussée, la salle de danse du Casino, se tiennent, veloutées, des femmes grasses et maquillées.
On les a flagellées d’une épithète horrible, mais d’une implacable étymologie : on les appelle galériennes, parce qu’elles font galerie. Assises sur des banquettes obscures, elles attendent que l’insecte… pardon, que le visiteur imprudent se jette dans la toile de la séduction qu’elles ont tendue ! »

(Ces Dames du Casino, 1862)

Galurin

Delvau, 1866 : s. m. Chapeau. Ce mot ne viendrait-il pas, par hasard, du latin galea, casque, ou plutôt de galerum, chapeau ?

Rigaud, 1881 : Chapeau.

Vous mettez votre galurin ?

(Huysmans, les Sœurs Vatard)

La Rue, 1894 : Chapeau.

Virmaître, 1894 : Chapeau. On dit quand il a une hauteur exagérée :
— Mince de galure (Argot du peuple). V. Bloum.

Hayard, 1907 : Chapeau.

France, 1907 : Chapeau ; du bas latin galerum, chapeau.

Ton galurin, rougi par le soleil, détrempé par l’averse, ta cotte déchirée aux coudes, ton grimpant qui s’effrange, et tes godillots en gueule de poisson mort, crois-tu que ça ne trouble pas la digestion de tes exploiteurs ? tu les gênes : tu es un reproche vivant et permanent contre leur existence de jouisseurs. On va te coffrer.

(La Révolte)

La poussière et l’humidité l’ayant terni, il a été décidé qu’on ferait donner un coup de fer au vénéré couvre-chef. On confia la mission aux deux fils, qui portèrent le galurin, comme un vrai saint-sacrement, chez le chapelier du coin.

(Maurice Vaucaire)

Gambiller

d’Hautel, 1808 : Remuer les jambes ; se démener, se trémousser.

Ansiaume, 1821 : Danser.

Les voilà tous à gambiller, il n’y a même pas de lubins à la turne.

Vidocq, 1837 : v. a. — Danser.

M.D., 1844 : Danser.

Larchey, 1865 : Danser. — Mot de langue romane. V. Roquefort. — Tout récemment une danseuse du Casino portait le sobriquet de Gambilmuche. V. Coquer. — Gambille : Jambe. Diminutif du vieux mot gambe.

Delvau, 1866 : v. n. Danser, remuer les jambes. Il est tout simple qu’on dise gambiller, la première forme de jambe ayant été gambe.

Si souslevas ton train
Et ton peliçon ermin,
Ta cemisse de blan lin,
Tant que ta gambete vitz.

dit le roman d’Aucassin et Nicolette.

Rigaud, 1881 : Danser ; sauter. — Gambilleur, gambilleuse, danseur, danseuse. — Gambilleur, gambilleuse de tourtouse, danseur, danseuse de corde.

Virmaître, 1894 : Danser. Mot à mot : faire marcher ses gambettes (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Danser.

France, 1907 : Danser, courir ; jouer des jambes ; du vieux français gambille, diminutif de gambe, latin gamba.

Le vertige noir les invite
À gambiller sur le chemin.
Les fous vont vite, vite, vite !…
Sait-on qui sera fou demain ?

(Émile Bergerat)

Houp ! la Mort au nez ridicule
Les fait sauter comme des chats ;
Tout ça gambille, gesticule,
Dans de suprêmes entrechats.

(Jean Richepin)

Aussitôt Phrasie et Dédèle, qui, entre deux contredanses au bastringue, étaient venues se faire régaler de grenadine par leurs amants, deux clampins plus jeunes qu’elles, se mirent à gambiller sous la table.ve :

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Gobichonner

Larchey, 1865 : Se régaler. — Diminutif du vieux mot gobiner qui avait le même sens. V. Roquefort.

Il se sentit capable des plus grandes lâchetés pour continuer à bien vivre… à gobichonner de bons petits plats soignés.

(Balzac)

Delvau, 1866 : v. n. Courir les cabarets ; faire le lundi toute la semaine. Argot des ouvriers.

France, 1907 : Festoyer.

Il se sentit capable des plus grandes lâchetés pour continuer à gobichonner.

(Balzac)

Gommeux

Rigaud, 1881 : Fashionable qui se trouve charmant, et que le bon gros public avec son gros bon sens trouve ridicule. Le Figaro a beaucoup contribué à mettre le mot à la mode.

Le gommeux succède au petit crevé, qui avait succédé au gandin, qui avait succédé au fashionable, qui avait succédé au lion. qui avait succédé au dandy, qui avait succédé au freluquet, qui avait succédé au merveilleux, à l’incroyable, au muscadin, qui avait succédé au petit-maître.

(Bernadille, Esquisses et Croquis parisiens)

J’ai rencontré tout à l’heure un gommeux de la plus belle pâte, ridiculement prétentieux de ton, de manières, d’allures.

(Maxime Rude)

Quant à l’étymologie, les opinions sont partagées. Pour les uns, ils sont empesés, gommés dans leur toilette, dans leurs cols, d’où leur surnom. — D’autres veulent que l’état misérable de leur santé, à la suite d’une série d’orgies, en les réduisant à l’usage du sirop de gomme, soit la source du sobriquet. Déjà, avant que le mot eût fait fortune, les étudiants appelaient « amis de la gomme, gommeux », ceux de leurs camarades qui mettaient du sirop de gomme dans leur absinthe.

Rigaud, 1881 : Pris adjectivement a le sens de joli, agréable. (L. Larchey)

La Rue, 1894 : Voir Copurchic.

France, 1907 : Jeune désœuvré, prétentieux et ridicule. C’est en 1873 que cette épithète a remplacé celle de petit crevé qui avait remplacé gandin en 1867.

Le gommeux, cet inutile, parfait modèle de ces ridicules petits jeunes gens pour lesquels la vie se résume dans le cercle, les demi-mondaines et les modes anglaises, de ces êtres qui se croient beaux parce qu’ils ont des cols cassants, des cannes dont ils sucent le bout pour se donner une contenance, des bas verts et des souliers blancs, une fleur à la boutonnière dès qu’ils sortent du lit.

(Théodore Cahu, Vendus à l’ennemi)

Dans le monde, de vieux et de jeunes gommeux attendent la sortie de pension de ces ingénues pour les épouser ; et les moins fatigués d’entre eux auront le triomphe de déniaiser ces lis élevés à l’ombre du cloître.

(Jeanne Thilda)

Maint gommeux voit de sa figure
Sortir des boutons dégoûtants,
Il faut boire de l’iodure
De potassium… C’est le printemps !

(Gramont)

Les gommeux des ancienn’s couches
Qu’ont souvent des tas d’bobos,
Jour et nuit, se flanqu’nt des douches
Afin d’se r’caler les os.

(Victor Meusy)

Au sujet des gommeux, des boudinés, des crevés, de tous ces petits atrophiés de cervelle que l’éducation et la civilisation modernes ont faits, je ne puis manquer de citer le regretté Guy de Maupassant, qui écrivait dans le Gil Blas que pour composer une galerie de grotesques à faire rire un mort, il suffirait de prendre les dix premiers passants venus, de les aligner et de les photographier avec leurs tailles inégales, leurs jambes trop longues on trop courtes, leurs corps trop gros ou trop maigres, leurs faces rouges ou pâles, barbues ou glabres, leur air souriant ou sérieux.

Jadis, aux premiers temps du monde, l’homme sauvage, l’homme fort et nu, était certes aussi beau que le cheval, le cerf ou le lion. L’exercice de ses muscles, la libre vie, l’usage constant de sa vigueur et de son agilité entretenaient chez lui la grâce du mouvement, qui est la première condition de la beauté, et l’élégance de la forme, que donne seule l’agitation physique. Plus tard, les peuples artistes, épris de plastique, surent conserver à l’homme intelligent cette grâce et cette élégance par les artifices de la gymnastique. Les soins constants du corps, les jeux de force et de souplesse, l’eau glacée et les étuves firent des Grecs les vrais modèles de la beauté humaine, et ils nous laissèrent leurs statues comme enseignement, pour nous montrer ce qu’étaient leurs corps, ces grands artistes.
Mais aujourd’hui, ô Apollon, regardons la race humaine s’agiter dans les fêtes ! Les enfants ventrus dès le berceau, déformés par l’étude précoce, abrutis par le collège qui leur use le corps, à quinze ans, en courbaturant leur esprit avant qu’il soit nubile, arrivent à l’adolescence avec des membres mal poussés, mal attachés, dont les proportions normales ne sont jamais conservées.
Et contemplons la rue, les sens qui trottent avec leurs vêtements sales ! Quant au paysan ! Seigneur Dieu ! allons voir le paysan dans les champs, l’homme souche, noué, long comme une perche, toujours tors, courbé, plus affreux que les types barbares qu’on voit aux musées d’anthropologie.
Et rappelons-nous combien les nègres sont beaux de forme, sinon de face, ces hommes de bronze, grands et souples ; combien les Arabes sont élégants de tournure et de figure !

Si l’un de nos ancêtres, un homme du XVIe ou au XVIIe siècle pouvait ressusciter, quelle stupéfaction serait la sienne en présence de l’être profondément burlesque qu’on appelle aujourd’hui la fin de siècle, un élégant !

Guignol

Fustier, 1889 : Gendarme. Argot des voleurs.

Survient-il dans une foire quelque figure rébarbative, le teneur flaire un gaff (un gardien de la paix en bourgeois), ou un guignol (un gendarme en civil)…

(Petit Journal, mai 1886)

France, 1907 : Homme sans consistance, sans caractère et sans parole, qui n’est bon qu’à amuser les autres et sur lequel on ne peut compter. Faire le guignol, c’est faire de grands gestes, se remuer à tort et à travers.
On a donné le nom de guignol à tous les farceurs politiques et littéraires. Henry Bauer a publié une série d’études critiques sous le titre : Les Grands Guignols.

Parfois, dans mes rares éclaircies d’obnubilation politique, il me passe comme un sentiment confus de ce qu’ils veulent dire par : le jeu des portefeuilles. J’y entrevois une sorte de conséquence farce et logique du parlementarisme où nous pataugeons, et, — vous l’avouerai-je ? — la comédie la plus burlesque de son grand guignol national. Mais ce n’est qu’un éclair dans ma nuit de contribuable.

(Émile Bergerat)

France, 1907 : Théâtre de marionnettes en plein vent, appelé ainsi de son principal personnage.
D’après Joanny Augier qui a décrit le canut dans les Français peints par eux-mêmes, Guignol aurait Lyon pour origine : « Il fréquente, dit-il en parlant du canut, un petit spectacle de marionnettes, tout à fait local, dont le principal personnage, assez semblable au Pulcinella des Italiens, au Punch des Anglais, est un nommé Guignol, type du canut lui-même, dont les lazzis moqueurs et dérisoires à son encontre font pourtant ses délices et son plus parfait amusement »
Guignol est une marionnette d’origine lyonnaise, et date de la fin du premier empire. Vers 1812 un entrepreneur de marionnettes, ruiné à la suite des guerres, se vit réduit à vendre aux enchères ses décors et ses pantins. Un seul acquéreur se présenta, un nommé Mourguet, connu depuis vingt ans dans Lyon où il vendait des chansons sur les places publiques, tandis que sa femme l’accompagnait en jouant de l’orgue de Barbarie. Il eut les marionnettes à très bon compte. Il loua alors dans un quartier pauvre de la ville, celui de Saint-Paul, une vieille salle qui pouvait contenir cent personnes, y installa, outre la scène, une galerie et un parterre. On payait de quatre à douze sous. On y joua d’abord les Jocrisse, qui étaient fort à la mode. Mais un directeur d’un des grands théâtres de la ville défendit, en vertu de son privilège, qu’on représentât les Jocrisse ailleurs que chez lui. Mourguet alors changea les types de ses personnes et appela Jocrisse Guignolant.
« Le nouveau Jocrisse était méconnaissable, dit Tony Révillon qui raconte l’anecdote dans le Drapeau noir. Son nez était aplati ; un petit serre-tête noir terminé par une queue ou salsifis en demi-cercle couvrait sa perruque rousse ; le justaucorps rouge des valets avait disparu pour faire place à la veste marron à boutons blancs de l’ouvrier lyonnais. L’accent s’était modifié comme le costume. Mourguet parlait canut. Il avait les ô et les â circonflexes de la Croix-Rousse, l’accent traînard et doux de Saint-Just.
Le succès fut immense.
Pendant six mois, on s’abordait par ces mots : « Avez-vous vu Guignol ? »
Le public, trouvant Guignolant trop long, avait baptisé lui-même le héros du théâtre lyonnais.
Mais en dépit du costume et de l’accent, Guignol rappelait trop Jocrisse. Son créateur le modifia.
Désormais il sera lui-même. Ouvrier, il représentera les misères, les tiraillements, les menues joies du peuple des tisseurs ; héros de théâtre, il incarnera la justice, protégera les faibles, se soustraira à la tyrannie par la ruse et châtiera la méchanceté par les coups. Gai comme tous les comiques, sa gouaillerie aura parfois la dent cruelle, mais la bonne humeur et la verve l’emporteront. Cette verve et le bâton de Polichinelle (le picarlat) sont italiens. Tout le reste est lyonnais, et surtout l’ami, le confident du héros, Benoit, qui plus tard deviendra Gnafron, mais qui aura laissé pour trace de son passage deux locutions : Dis donc, Benoit ! et Va donc, Benoit ! populaires aujourd’hui dans le département un Rhône. »
Un gendre de Mourguet, Josseraud, introduisit Guignol à Paris.

Hanneton

d’Hautel, 1808 : (l’h s’aspire).
Ils se tiennent par le cul comme des hannetons. Se dit des gens qui font clique et coterie ; qui sont toujours ensemble.
Il est étourdi comme un hanneton. Se dit d’un jeune écervelé, d’un homme qui agit inconsidérément.
Le peuple n’aspire point l’h, et dit au pluriel, des zannetons.

Delvau, 1866 : s. m. Manie quelconque, idée fixe, — dans l’argot de Breda-Street, où les hannetons hommes viennent d’eux-mêmes s’attacher le fil à la patte. Avoir un hanneton dans le plafond. Être fou de quelqu’un ou de quelque chose. Les voyous anglais ont une expression analogue : To have a bee in his bonnet (avoir une abeille dans son chapeau), disent-ils.

Rigaud, 1881 : Monomanie, idée fixe. On dit de quelqu’un qui est tourmenté d’une idée aussi fixe que saugrenue : « Encore son hanneton qui le travaille ». Celui qui a un hanneton dans le plafond est hannetonné, c’est-à-dire qu’il a la tête fêlée.

Boutmy, 1883 : s. m. Idée fixe et quelquefois saugrenue. Avoir un hanneton dans le plafond, c’est avoir le cerveau un peu détraqué. On dit aussi, mais plus rarement Avoir une sauterelle dans la guitare et une araignée dans la coloquinte. Le hanneton le plus répandu parmi les typographes c’est, nous l’avons déjà dit, la passion de l’art dramatique. Dans chaque compositeur il y a un acteur. Ce hanneton-là, il ne faut ni le blâmer ni même plaisanter à son sujet ; car il tourne au profit de l’humanité. Combien de veuves, combien d’orphelins, combien de pauvres vieillards ou d’infirmes doivent au hanneton dramatique quelque bien-être et un adoucissement à leurs maux ! Mais il en est d’autres dont il est permis de rire. Ils sont si nombreux et si variés, qu’il serait impossible de les décrire ou même de les énumérer ; comme la fantaisie, ils échappent à toute analyse. On peut seulement en prendre quelques-uns sur le fait. Citons, par exemple, celui-ci : Un bon typographe, connu de tout Paris, d’humeur égale, de mœurs douces, avait le hanneton de l’improvisation. Quand il était pris d’un coup de feu, sa manie le talonnant, il improvisait des vers de toute mesure, de rimes plus ou moins riches, et quels vers ! Mais la pièce était toujours pathétique et l’aventure tragique ; il ne manquait jamais de terminer par un coup de poignard, à la suite duquel il s’étendait lourdement sur le parquet. Un jour qu’il avait improvisé de cette façon et qu’il était tombé mort au milieu de la galerie de composition, un frère, peu touché, se saisit d’une bouteille pleine d’eau et en versa le contenu sur la tête du pseudo Pradel. Le pauvre poète se releva tout ruisselant et prétendit à juste raison que « la sorte était mauvaise ». C’est le hanneton le plus corsé que nous ayons rencontré et on avouera qu’il frise le coup de marteau. Un autre a le hanneton de l’agriculture : tout en composant, il rêve qu’il vit au milieu des champs ; il soigne ses vergers, échenille ses arbres, émonde, sarcle, arrache, bêche, plante, récolte. Le O rus, quando ego te aspiciam ? d’Horace est sa devise. Parmi les livres, ceux qu’il préfère sont la Maison rustique et le Parfait Jardinier. Il a d’ailleurs réalisé en partie ses désirs. Sa conduite rangée lui a permis de faire quelques économies, et il a acquis, en dehors des fortifications, un terrain qu’il cultive ; malheureusement ce terrain, soumis à la servitude militaire, a été saccagé par le génie à l’approche du siège de Paris. Vous voyez d’ici la chèvre ! Un troisième a une singulière manie. Quand il se trouve un peu en barbe, il s’en va, et, s’arrêtant à un endroit convenable, se parangonne à l’angle d’un mur ; puis, d’une voix caverneuse, il se contente de répéter de minute en minute : « Une voiture ! une voiture ! » jusqu’à ce qu’un passant charitable, comprenant son désir, ait fait approcher le véhicule demandé. Autre hanneton. Celui-ci se croit malade, consulte les ouvrages de médecine et expérimente in anima sua les méthodes qu’il croit applicables à son affection. Nous l’avons vu se promener en plein soleil, au mois de juillet, la tête nue, et s’exposer à une insolation pour guérir des rhumatismes imaginaires. — Actuellement, son rêve est de devenir… cocher. Un de nos confrères, un correcteur celui-là, a le hanneton de la pêche à la ligne. Pour lui, le dimanche n’a été inventé qu’en vue de ce passe-temps innocent, et on le voit dès le matin de ce jour se diriger vers la Seine, muni de ses engins. Il passe là de longues heures, surveillant le bouchon indicateur. On ne dit pas qu’il ait jamais pris un poisson. En revanche, il a gagné, sur les humides bords des royaumes du Vent, de nombreux rhumes de cerveau.

France, 1907 : Idée baroque, saugrenue on simplement idée fixe, dans l’argot des typographes. Le hanneton est ce que, dans l’argot de tout le monde, on appelle le dada.

À la suite de l’exposé de ce hanneton qui a produit le plus grand effet, une discussion bruyante, raisonnée, mais peu raisonnable, s’engage entre les diverses parties de l’atelier.

(Décembre-Alonnier, Typographes et gens de lettres)

France, 1907 : Personne étourdie, qui va donner tête baissée et sans réfléchir dans tous les potins et toutes les aventures. Maladroit sans réflexion.

Nous disons volontiers de certaines personnes dont les façons étourdies ne nous agréent pas : « C’est un hanneton ! Ce n’est qu’un hanneton ! » En politique, cette espèce de hanneton est très répandue. Les moins mauvais parmi les boulangistes étaient des hannetons. Que de fois on a dit, en parlant de MM. Turquet et Laur : « Pas méchants, mais quels hannetons ! »

(Léon Bernard-Derosne, Gil Blas)

Avoir un hanneton dans le plafond, être un peu timbré.

Il pleut !

Delvau, 1866 : Exclamation de l’argot des typographes, pour annoncer la présence d’un étranger dans l’atelier. — Exclamation de l’argot des francs-maçons, pour s’avertir mutuellement de l’intrusion d’un profane dans une réunion.

Delvau, 1866 : Terme de refus ironique, — dans l’argot des gamins et des ouvriers.

Boutmy, 1883 : v. unipers. Exclamation par laquelle un compositeur avertit ses camarades de l’irruption intempestive dans la galerie du prote, du patron ou d’un étranger. Dans quelques maisons, il pleut ! est remplacé par Vingt-deux. Pourquoi vingt-deux ? On n’a jamais pu le savoir.

Hayard, 1907 : Exclamation signifiant :

Attention, il y a du danger ; voici du monde !

France, 1907 : Exclamation pour annoncer la présence d’un étranger dans un atelier, ou, dans l’argot des francs-maçons, d’un profane dans le temple.

France, 1907 : Non.

Lanterner

d’Hautel, 1808 : Au propre, tarder, marchander, hésiter, être dans l’irrésolution ; impatienter, ennuyer.
Lanterner. Pendre quelqu’un à une lanterne : exécution funeste que le peuple se permettoit fréquemment dans les troubles de la révolution.

Delvau, 1866 : v. a. Ennuyer quelqu’un, le faire attendre plus que de raison, se moquer de lui.

Delvau, 1866 : v. n. Temporiser ; hésiter ; marchander et n’acheter rien. Argot du peuple.

Fustier, 1889 : N’être plus apte aux choses de l’amour.

— Dis-moi, petite… crois-tu que… ? — Dame ! vous savez, monsieur avec mamz’elle, faut pas lanterner… — Ben oui ! mais voilà ! à présent c’est que j’lanterne !…

(Almanach des Parisiennes, 1882)

Virmaître, 1894 : Faire une chose mollement, accomplir un travail à regret : lanterner pour l’achever. Lanterner : synonyme de muser (abréviation de s’amuser). Marcher comme un chien qu’on fouette (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Faire une chose lentement. Mettre deux heures pour faire un travail de vingt minutes, c’est lanterner.

France, 1907 : Ennuyer quelqu’un, se moquer de lui.

Et il s’étonna de ne plus éprouver à présent qu’un embêtement vague de mari lanterné. Sûrement non, ce n’était plus la même chose qu’auparavant ; et il soupirait, regrettait de bon temps de leur petit ménage des commencements, dans leur coin de campagne là-bas, alors qu’elle l’attendait venir le soir sur le pas de la porte, après le trimage de la galère, pour lui manger le cou et se rouler dans ses tétins.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

France, 1907 : N’être plus propre aux joutes amoureuses. Voir Limer.

— Dis-moi, petite… crois-tu que… — Dame ! vous savez, Monsieur, avec Mam’zelle, faut pas lanterner… — Ben oui ! mais voilà ! à présent que je lanterne…

(Gustave Fustier)

Longe

Ansiaume, 1821 : Année.

Il est gerbé de 12 longes pour deux coups de lingré à une gothon.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Année. J’ai fauché le pré cinq longes, j’ai été aux galères pendant cinq ans.

Vidocq, 1837 : s. f. — Année.

Clémens, 1840 : Année.

Larchey, 1865 : Année (Vidocq). — Forme de longue. Une année est souvent longue à passer.

Delvau, 1866 : s. f. Année, — dans l’argot des voleurs, qui tirent volontiers dessus lorsqu’ils sont en prison.

Rigaud, 1881 : Année, an. — Tirer une longe, faire un an de prison.

La Rue, 1894 : Année.

Virmaître, 1894 : V. Berge.

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Année.

Hayard, 1907 : Couteau.

France, 1907 : Année ; corruption de longue. Argot des forçats, qui trouvent en effet longues les années passées au bagne.

Maltèses

Rigaud, 1881 : Écus, — dans l’ancien argot ; en souvenir de la monnaie qui avait cours sur les galères de Malte.

Manger le lapin de quelqu’un

France, 1907 : Se régaler en revenant du cimetière. Manger son lapin, inviter ses camarades en prévisions de sa mort. « Eh ! les copains, je compte sur vous pour manger mon lapin. »

Marine (la petite)

France, 1907 : Nom que l’on donnait autrefois aux galères.

Mitan

Delvau, 1866 : s. m. Milieu, — dans l’argot du peuple.

Hayard, 1907 : Milieu.

France, 1907 : Milieu, moitié. Provincialisme ; du latin medietas, moitié. Au mitan, au milieu, dans l’Est et la plupart des provinces. En tudesque, on écrit mittau ; en bas breton, mittain. La mer du mitan, la Méditerranée.

Le boufon qui vist cela dit : Et moi je voudrois estre au beau mitan.

(Brantôme)

Ai fai tremblai les quatre quarres
Et le mitan de l’univers.

(Noël bourguignons)

Jadis on disait mer du mitan, pour mer Méditerranée.

D’autre part, il voyait monter de la Bretagne
Grand nombre de vaisseaux sur l’ondeuse campagne,
Aux armes des François, et la mer du mitan
Ses galères conduire ès eaux de l’Océan.

(Jacques Corbin, La Sainte Franciade)

Moliériste

France, 1907 : Admirateur fanatique de Molière. Les moliéristes ont fondé un banquet annuel qui se distingue par le fétichisme qui y préside. S’il faut en croire Grimsel, du Gil Blas, les convives ne s’y présentent que chaussés de souliers Molière : on n’y boit que de l’eau puisée à la fontaine Molière, et, après toute espèce de toasts à la Molière, on va terminer la soirée au cirque Mollier, qu’on est, pour cette circonstance spéciale, tenu d’appeler cirque Mollierre.

Le moliériste se divise en plusieurs sous-genres. Nous avons celui qui, s’emparant de ce mot sans gêne : « Je prends mon bien où je le trouve », recherche de 8 heures du matin à 7 heures du soir à qui Molière a bien pu faire ces emprunts dont il a proclamé la légitimité. Deux moliéristes ont failli s’entr’égorger à propos de la fameuse scène des Fourberies de Scapin : « Qu’allait-il faire dans cette galère ? » L’un soutenait qu’elle était bien du grand homme ; l’autre affirmait qu’on la retrouvait tout entière dans le Pédant joué, de Cyrano de Bergerac, ce qui constituait à la charge de Molière un honteux plagiat.
Nous avons aussi le moliériste qui, sans pousser l’imitation jusqu’à porter des hauts-de-chausses et des manches de dentelles, relève ses moustaches et frise sur le haut de la tête ses cheveux qu’il laisse tomber sur ses épaules, de façon à ressembler de son mieux à l’auteur du Misanthrope.
À ces divers cas de moliérisme intensif, rabique ou sous-cutané, s’ajoute celui du moliériste collectionneur. Lui n’a jamais lu Molière et serait hors d’état d’en citer un vers. Il se contente de rechercher, pour les placer dans une vitrine, des objets ayant appartenu à ce puissant poète dramatique. Il a le cordon d’un des souliers qu’il portait en scène lorsqu’il y est mort de la rupture d’un anévrisme. Il montre à ses visiteurs une quittance de loyer signée J.-B. Poquelin.
Mais le vrai, le pur moliériste est celui qui, au banquet annuel créé pour célébrer l’anniversaire de la naissance du grand homme, se lève, et après avoir porté un toast à son immortalité, se déchaîne en apostrophes virulentes contre la Béjart, sa femme, qui l’a trompé toute sa vie, paraît-il, soit avec des grands seigneurs, soit avec des cabotins.

(Henri Rochefort)

Môme d’altèque

Delvau, 1866 : s. m. Adolescent, — dans le même argot [des voleurs].

Virmaître, 1894 : Jeune homme beau et efféminé que l’on rencontre vêtu d’un ça ne te gêne pas dans le parc (veston), d’un pantalon collant gris clair, d’une cravate voyante à larges bouts, et maquillé la plupart du temps, On le rencontre dans la galerie d’Orléans, au Palais-Royal, ou au passage Jouffroy. Ce n’est pas l’omnibus qu’il attend. On les nomme aussi chouard en souvenir du fameux procès Germiny (Argot du peuple). N.

Munition

d’Hautel, 1808 : Pain de munition. Le peuple dit habituellement et par corruption pain d’amonition.
Avoir des munitions de gueule.
Pour, avoir de quoi manger, de quoi se régaler, se divertir, faire ribote.

Paniers, vendanges sont faites (adieu) !

France, 1907 : La saison de faire une chose est passée. Trop tard, petit bonhomme ne vit plus. Brantôme donne une explication de ce dicton. Le grand prieur de Lorraine, François de Guise, envoya en course, du côté du Levant, deux de ses galères sous le commandement du capitaine de Beaulieu, brave et vaillant homme. Vers l’Archipel, il rencontra un grand navire vénitien et se mit à le canonner. Mais celui-ci lui répliqua si vigoureusement qu’il lui emporta à la première volée deux de ses bancs avec leurs forçats et son lieutenant du nom de Panier, bon compagnon, dit Brantôme, qui n’eut que le temps de dire ce seul mot : « Adieu, Panier, vendanges sont faites ! » Il y a tout lieu de supposer que ce dicton existait déjà dans la langue avant ledit Panier et que cet officier des chiourmes n’a fait qu’un jeu de mot sur son nom. C’est, du reste, un débris de chanson, dont Édouard Fournier donne l’histoire dans son livre des Chansons populaires.

Paroli

d’Hautel, 1808 : Faire paroli. Signifie, tenir tête, vouloir égaler quelqu’un d’un mérite supérieur, renchérir sur ce qu’il a dit ou fait.

Payot

Bras-de-Fer, 1829 : Forçat écrivain.

Vidocq, 1837 : s. m. — Forçat chargé de délivrer les vivres aux cuisiniers du bagne, et d’une partie de la comptabilité. Les places de Payot sont les plus belles et les plus lucratives de toutes celles qui peuvent être accordées aux forçats qui, par leur conduite et leur instruction, se montrent dignes des faveurs de l’administration. À Toulon, elles peuvent rapporter au moins 20 fr. par jour à ceux qui les occupent. Au bagne, les écritures doivent être tenues avec plus de soin et de régularité que dans quelqu’administration que ce soit, aussi faut-il que les Payots soient doués de capacités plus qu’ordinaires, mais comme il n’y a jamais disette de sujets au bagne, les places de Payot ne sont jamais long-temps vacantes ; on peut cependant regretter qu’elles soient plus souvent accordées aux intrigants qu’à ceux dont la conduite est véritablement bonne et le repentir sincère. Le Payot, comme les autres sous-officiers de galère, est déferré, et ne va pas à la fatigue, mais il a de plus qu’eux la permission d’aller en ville, accompagné d’un garde chiourme ; il peut entrer dans tous les lieux publics, cafés, restaurans, et personne ne le remarque d’une manière désagréable, mais le mépris que les habitans des villes où des bagues sont établis est si grand, que l’entrée des lieux où les forçats sont admis sans difficulté leur est rigoureusement interdite. Les gardes chiourmes reçoivent du forçat qu’ils sont chargés d’accompagner en ville, 3 fr. par jour à titre d’indemnité.
Les forçats sont ordinairement bien reçus des habitans de la ville dont ils habitent le bagne, pendant tout le temps de leur captivité. Cela vient peut-être de ce qu’il est très-rare que l’un d’eux abuse de la confiance que l’on veut bien lui accorder. Un des plus insignes voleurs de son époque, condamné à une très-longue peine qu’il subissait au bagne de Brest, allait en ville pour donner des leçons de harpe à plusieurs personnes recommandables ; cela dura quinze ans au moins, et jamais on ne se plaignit de lui. La bonne conduite soutenue des forçats auxquels on accorde quelques faveurs, devrait engager l’administration à traiter un peu plus doucement les hommes placés sous sa dépendance, car il est à présumer qu’il vaudrait mieux les traiter avec douceur que de les soumettre à un régime auquel du reste ils s’habituent bientôt, et que par conséquent ils ne redoutent plus.

Delvau, 1866 : s. m. Forçat chargé d’une certaine comptabilité.

Rigaud, 1881 : Forçat cantinier et comptable, une des places les plus recherchées des anciens bagnes. C’était une place accordée ordinairement aux anciens notaires, aux agents de change qui avaient eu des malheurs.

France, 1907 : Forçat chargé des comptes.

Le payot distribue les vivres, fait la paye et se charge à juste prix de la correspondance des camarades. C’est à la fois un fourrier du bagne et un écrivain public.

Pimpelotter (se)

Larchey, 1865 : Se régaler.

Elle n’haït pas de gobichonner et de se pimpelotter.

(La Correctionnelle)

Delvau, 1866 : S’amuser, rigoler, gobichonner, — dans l’argot des faubouriens.

Pontes pour l’af

Vidocq, 1837 : s. f. — Galerie des étouffoirs, fripons réunis.

Delvau, 1866 : s. f. pl. « Galerie des étouffoirs, fripons réunis, » — dit Vidocq.

Pose (la faire à la)

Rigaud, 1881 : Chercher à éblouir la galerie, soit par ses manières, soit par sa conversation.

Poser pour la galerie

France, 1907 : Faire le beau ; prendre devant le public des poses avantageuses de façon à se faire admirer.

Des degrés du Parlement descendirent les ratés de a politique et les libidineux sénateurs. Ils causaient entre eux, plaisantaient, se montraient le public. Ils étaient gras, bien portants, robustes, en face de cette hâve multitude, tel un bon morceau de bifteck devant un lion maigre, et j’admirais la barrière morale qui sépare l’oppresseur de l’opprimé. De quoi parlaient-ils ? Qu’agitaient-ils dans leurs cervelles vides et confuses ? Les uns avaient des favoris, d’autres de la barbe ; d’autres étaient imberbes comme des comédiens et ils posaient pour la galerie, s’arrêtant sur les marches, pérorant à grands gestes… On les accusait de tripotages et de déprédations innombrables ; mais, comme ils servaient d’intermédiaires entre les autres pouvoirs et qu’ils faisaient les lois, ils se soustrayaient toujours eux-mêmes à des châtiments d’ailleurs illusoires !

(Léon Daudet)

Poulailler

d’Hautel, 1808 : Se dit en plaisantant, pour chambre, demeure, logis, maison.
S’en retourner au poulailler. Pour dire, à la maison.
Il veut être riche marchand, ou pauvre poulailler. Pour, il veut tout gagner ou tout perdre.

Larchey, 1865 : C’est la partie du théâtre la plus voisine du lustre. Les spectateurs y sont juchés par gradins comme sur un perchoir. — On dit aussi Paradis, parce que ces places sont au ciel, dont le soleil est le lustre.

Delvau, 1866 : s. m. Partie du théâtre la plus voisine du plafond, ordinairement désignée sous le nom d’Amphithéâtre. Argot du peuple.

France, 1907 : Galerie intérieure de certaines églises, soit par allusion au poulailler des théâtres, soit parce qu’elle se garnit des vieilles poules de sacristie.

Au fond, sous le poulailler, pend la grosse corde à laquelle les gas s’accrochent, les jours de noce ou de baptême, pour lancer la cloche à toute volée.

(Harry-Alis Petite Ville)

On appelle aussi de ce nom la plus haute galerie d’un théâtre.

Ils adorent le théâtre, les Parisiens. Ils ont tous un peu l’âme de ce titi, fidèle abonné du poulailler de l’Ambigu, qui, brûlant d’amour pour la jeune première, lui adressait une déclaration terminée en ces termes : « Du reste, Mademoiselle, vous me reconnaîtrez facilement. Mes jambes pendront. »

France, 1907 : Maison mal famée ; argot populaire. Les pensionnaires de ce genre de maison sont appelées poules.

Pré

d’Hautel, 1808 : Il seroit mieux en terre qu’en pré. Se dit d’un homme qui est atteint d’une maladie de langueur, qui mène une vie indigente et pénible, et signifie qu’il seroit plus heureux mort que vivant.
Verd comme pré. Pour dire gaillard, frais, vigoureux.
Épargne de bouche vaut rente de pré. Pour dire que l’économie et la sobriété rendent l’homme aisé, et par allusion aux prés, dont les revenus sont certains.
Aller souvent sur le pré. Pour dire se battre fréquemment.

Ansiaume, 1821 : Galère.

Me voilà planqué pour 20 longes au pré.

Bras-de-Fer, 1829 : Bagne.

Vidocq, 1837 : s. m. — Bagne.

Clémens, 1840 : Bagne.

un détenu, 1846 : Galères. Être au pré : aller aux galères.

Delvau, 1866 : s. m. Bagne, — dans l’argot des voleurs. On dit aussi le Grand pré. Aller au pré. Être condamné aux travaux forcés. On dit aussi : Aller faucher au pré.

France, 1907 : Bagne ; argot des voleurs, qui disent aussi pré des fagots, grand pré.

— C’est égal, t’as beau coquer, tu rappliqueras au pré.

(Marc Mario)

Aller au bagne, c’est faucher le grand pré.

Quand on a fauché le grand pré, on fauche un homme sûrement.

(Edmond Ladoucette)

Cayenne est appelé le pré des fagots.

Pré, grand pré

Larchey, 1865 : Travaux forcés.

Ne crains pas le pré que je brave.

(Vidocq)

On dit aussi le grand pré.

Du grand pré tu te cramperas pour rabattre à Pantin lestement.

(Id.)

Aller faucher au pré quinze ans : Avoir quinze ans de galères. — Le mot est imagé et doit être fort ancien, car le grand pré est ici la mer dont les anciens galériens coupaient en cadence de leurs longs avirons les ondes verdâtres, comme des faucheurs rangés dans une prairie. On sait qu’autrefois tous les condamnés ramaient sur les galères du Roi.

Rigaud, 1881 : Bagne ; maison de secours aujourd’hui disparue.

La Rue, 1894 : Bagne. Faucher le grand pré, aller au bagne.

Qu’allait-il faire en cette galère ?

France, 1907 : Pourquoi est-il allé là ? Pourquoi s’est-il fourré dans cette affaire ? Allusion à une pièce de Molière, les Fourberies de Scapin, où Scapin, valet de Léandre, fils d’un vieil avare, vient, pour soutirer de l’argent à celui-ci, lui annoncer que son fils a eu l’imprudence de monter dans une galère turque, où on l’a retenu prisonnier, et qu’il ne sera rendu que moyennant une forte rançon. Et l’avare de s’écrier à chaque demande d’argent de Scapin : « Que diable allait-il faire dans cette galère ? » Cette exclamation qu’on retrouve six fois dans la même scène, où elle provoque le rire des spectateurs, fut si souvent répétée qu’elle est devenue proverbe.

Que t’ès

Boutmy, 1883 : Riposte saugrenue que les compositeurs se renvoient à tour de rôle, quand l’un d’eux, en lisant ou en discourant, se sert d’un qualificatif prêtant au ridicule. Donnons un exemple pour nous faire mieux comprendre. Supposons que quelqu’un dans l’atelier lise cette phrase : « Sur la plage nous rencontrâmes un sauvage… » un plaisant interrompt et s’écrie : Que t’ès ! (sauvage que tu es !). C’est une scie assez peu spirituelle, qui se répète encore dans les galeries de composition plusieurs fois par jour.

Régaler

d’Hautel, 1808 : Régaler quelqu’un. Au figuré, le maltraiter ; lui donner une volée de coups de bâton.

Delvau, 1866 : v. a. et n. Donner à dîner, payer à boire.

Régaler la veuve

Rigaud, 1881 : Dresser la guillotine.

France, 1907 : Être guillotiné.

Régaler ses amis

Rigaud, 1881 : Se purger.

France, 1907 : Se purger ; argot populaire.

Régaler son cochon

Rigaud, 1881 : S’offrir à soi-même une consommation, se payer un bon dîner.

France, 1907 : Faire un bon repas.

Régaler son suisse

Delvau, 1866 : v. a. C’est, quand on joue à deux, à un jeu quelconque, une consommation, ne perdre ni gagner, être chacun pour son écot.

Rigaud, 1881 : Ne perdre ni ne gagner une consommation jouée.

France, 1907 : Payer chacun son écot.

Réglette (arroser la)

Rigaud, 1881 : Payer sa bienvenue dans un atelier de typographes. Quand un paquetier passe metteur en pages, il est aussi d’usage qu’il arrose la réglette à coups de tournées. (Jargon des typographes.)

France, 1907 : En terme de typographie, la réglette est une petite lame mince et plate qui sert à mesurer la longueur des pages. Arroser la réglette, c’est régaler son équipe, lorsque de compositeur on passe metteur en pages.

Rincer la dalle (se faire)

Virmaître, 1894 : Se faire régaler par un camarade.
— Je lui ai tellement rincé la dalle qu’il n’a pas une dent dans la gueule qui ne me coûte au moins vingt francs (Argot du peuple).

Roastbeef

France, 1907 : Morceau de bœuf rôti. Anglicisme.

Le roastbeef à l’anglaise est un plat de restaurant ; il n’y a que les parvenus qui aillent au cabaret pour y commander des plats compliqués, pour se régaler de la musique des sept grandes sauces. Un homme de notre monde et de notre éducation a, pour ces complications, le dégoût qu’une femme bien élevée professe pour les toilettes à tapage. Elle laisse la fanfare aux étrangères ; elle se plaît dans les harmonies simples, dans la discrétion qui, aux gens communs, semble presque ordinaire, mais que les raffinés tiennent pour le sceau de l’élégance parfaite.

(Hugues Le Roux)

Romamichel

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Maison où logent ordinairement les saltimbanques, les bohémiens, les voleurs, etc.

Vidocq, 1837 : Bohémien. Les Romamichels, originaires de la Basse-Égypte, forment, comme les juifs, une population errante sur toute la surface du globe, population qui a conservé le type qui la distingue, mais qui diminue tous les jours, et dont bientôt il ne restera plus rien.
Les Romamichels sont donc ces hommes à la physionomie orientale, que l’on nomme en France Bohémiens, en Allemagne Die Egyptens, en Angleterre Gypsès, en Espagne, et dans toutes les contrées du midi de l’Europe, Gitanos.
Après avoir erré long-temps dans les contrées du nord de l’Europe, une troupe nombreuse de ces hommes, auxquels on donna le nom de Bohémiens, sans doute à cause du long séjour qu’ils avaient fait en Bohème, arriva en France en 1427, commandés par un individu auquel ils donnaient le titre de roi, et qui avait pour lieutenans des ducs et des comtes. Comme ils s’étaient, on ne sait comment, procuré un bref du pape qui occupait alors le trône pontifical, bref qui les autorisait à parcourir toute l’Europe, et à solliciter la charité des bonnes âmes, ils furent d’abord assez bien accueillis, et on leur assigna pour résidence la chapelle Saint-Denis. Mais bientôt ils abusèrent de l’hospitalité qui leur avait été si généreusement accordée, et, en 1612, un arrêt du Parlement de Paris leur enjoignit de sortir du royaume dans un délai fixé, s’ils ne voulaient pas aller passer toute leur vie aux galères.
Les Bohémiens n’obéirent pas à cette injonction ; ils ne quittèrent pas la France, et continuèrent à prédire l’avenir aux gens crédules, et à voler lorsqu’ils en trouvaient l’occasion. Mais pour échapper aux poursuites qui alors étaient dirigées contre eux, ils furent forcés de se disperser ; c’est alors qu’ils prirent le nom de Romamichels, nom qui leur est resté, et qui est passé dans le jargon des voleurs.
Il n’y a plus en France, au moment où nous sommes arrivés, beaucoup de Bohémiens, cependant on en rencontre encore quelques-uns, principalement dans nos provinces du nord. Comme jadis, ils n’ont pas de domicile fixe, ils errent continuellement d’un village à l’autre, et les professions qu’ils exercent ostensiblement sont celles de marchands de chevaux, de brocanteurs ou de charlatans. Les Romamichels connaissent beaucoup de simples propres à rendre malades les animaux domestiques, ils savent se procurer les moyens de leur en administrer une certaine dose, ensuite ils viennent offrir leurs services au propriétaire de l’étable dont ils ont empoisonné les habitans, et ils se font payer fort cher les guérisons qu’ils opèrent.
Les Romamichels ont inventé, ou du moins ont exercé avec beaucoup d’habileté le vol à la Carre, dont il a été parlé dans le premier volume de cet ouvrage, et qu’ils nomment Cariben.
Lorsque les Romamichels ne volent pas eux-mêmes, ils servent d’éclaireurs aux voleurs. Les chauffeurs qui, de l’an IV à l’an VI de la République, infestèrent la Belgique, une partie de la Hollande, et la plupart des provinces du nord de la France, avaient des Romamichels dans leurs bandes.
Les Marquises (les Romamichels nomment ainsi leurs femmes) étaient ordinairement chargées d’examiner la position, les alentours, et les moyens de défense des Gernafles ou des Pipés qui devaient être attaqués, ce qu’elles faisaient en examinant la main d’une jeune fille à laquelle elles ne manquaient pas de prédire un sort brillant, et qui souvent devait s’endormir le soir même pour ne plus se réveiller.

Rigaud, 1881 : Bohémien. Tribu de bohémiens. — Vagabond, coureur de grands chemins, diseur de bonne aventure et voleur à l’occasion.

Rothschildien

France, 1907 : Riche. Adjectif introduit récemment dans la langue, allusion à la fortune des célèbres banquiers Rothschild.

J’ai conté quelque part l’histoire de cette grande dame rothschildienne qui, désireuse de se régaler d’un simple bœuf bouilli, ne put obtenir d’aucun chef qu’on lui en servit sur sa table. Elle dut s’en faire un elle-même, dans sa chambre à coucher, la nuit, sur le feu de sa cheminée.

(Émile Bergerat)

On a fait aussi le verbe rothschilder dont se servent les meilleurs écrivains :

Le seul riche de tous les temps, sous tous les ciels, est celui qui, sa journée faite et son pain gagné, s’endort repu et las et ronfle à poings fermés. Un point, c’est tout ; il n’y en a point d’autres, et les Rothschilds rothschildants sont pauvres. Ne vous laissez jamais dire et ne croyez jamais que l’argent aide à autre chose qu’aux échanges, et que le million soit gai, heureux et libre…

(Émile Bergerat)

Roulance

d’Hautel, 1808 : Terme particulier au jargon typographique ; c’est un bruit que les compositeurs font sur les casses avec leurs composteurs, et les imprimeurs avec leurs broyons, pour annoncer qu’ils ont eu l’intention de se jouer de quelqu’un, et qu’ils y ont réussi. Une roulance exécutée dans une imprimerie nombreuse, produit un charivari, un tintamarre dont on ne peut se faire une juste idée.

Larchey, 1865 : « Roulement général que font les ouvriers typographes à coups de composteurs sur leurs casses, à la rentrée d’un confrère qu’ils viennent de mystifier. »

(Ladimir)

Delvau, 1866 : s. f. Bruit de pieds, ou de marteaux, ou de composteurs, que font entendre les typographes pour accueillir quelqu’un à son entrée dans l’atelier. Donner une roulance. Faire ce bruit, qui est tantôt une moquerie, tantôt une marque de sympathie.

Rigaud, 1881 : Roulement produit à l’aide des pieds et des composteurs, lorsque, dans une imprimerie, les typographes éprouvent le besoin d’égayer la situation. C’est une manière de battre aux champs à l’entrée de quelqu’un qu’on veut fêter ou de quelqu’un dont on veut se moquer.

Boutmy, 1883 : s. f. Tapage assourdissant que les ouvriers d’un atelier font tous ensemble en frappant avec leurs composteurs sur leur galée ou sur les compartiments qui divisent les casses en cassetins, sur les taquoirs avec les marteaux, en même temps qu’ils frappent le sol avec les pieds. Quand un sarrasin pénètre dans une galerie, quand un compositeur est vu d’un mauvais œil, qu’il est ridicule, ou ivre, qu’il a émis une idée baroque et inacceptable, en un mot quand quelqu’un ou quelque chose leur déplaît, MM. les typographes le manifestent bruyamment par une roulance. Les roulances ne respectent rien : les protes, les patrons eux-mêmes, n’en sont pas à l’abri.

Virmaître, 1894 : Quand une équipe de compositeurs typographes est mécontente, ses membres le manifestent en frappant tous à la fois la casse avec un outil quelconque ; le bruit produit une sorte de roulement, de là, roulance (Argot d’imprimerie).

France, 1907 : Roulement que font sur leurs casses avec leur composteur les ouvriers typographes à la rentrée à l’atelier d’un camarade qu’ils ont mystifié.

D’autres fois on fait descendre un camarade sous prétexte qu’il est demandé dehors. À son retour, il est accueilli par une roulante générale, ce qui signifie que chaque ouvrier frappe en mesure de son composteur sur sa casse à peu près comme les représentants d’une petite partie de la nation frappent leurs pupitres de leurs couteaux à papier, quand certains orateurs du centre jugent à propos de donner un échantillon de leur éloquence.

(Jules Ladimir, Le Compositeur typographe)

Rouleur

Larchey, 1865 : « Ses fonctions consistent à présenter les ouvriers aux maîtres qui veulent les embaucher et à consacrer leur engagement. C’est lui qui accompagne les partants jusqu’à la sortie des villes. »

(G. Sand)

De rouler : voyager.

Larchey, 1865 : Trompeur.

Cela ne serait pas bien : nos courtiers passeraient pour des rouleurs.

(Lynol)

De rouler : vaincre.

Delvau, 1866 : s. m. Chiffonnier.

Delvau, 1866 : s. m. Compagnon du tour de France chargé de présenter les ouvriers aux maîtres et de consacrer leur engagement.

Delvau, 1866 : s. m. Vagabond, homme suspect.

Rigaud, 1881 : Vagabond doublé d’un filou. — Parasite effronté. — Individu de mauvaise mine et étranger à la localité, — dans le jargon des paysans de la banlieue de Paris. Le mot a été emprunté au jargon des pâtissiers.

En terme de métier, celui qui ne reste pas longtemps dans la même maison s’appelle rouleur.

(P. Vinçard, Les Ouvriers de Paris)

Boutmy, 1883 : s. m. Ouvrier typographe qui roule d’imprimerie en imprimerie sans rester dans aucune, et qui, par suite de son inconduite et de sa paresse, est plutôt un mendiant qu’un ouvrier. Aucune corporation, croyons-nous, ne possède un type aussi fertile en singularités que celui dont nous allons essayer d’esquisser les principaux traits. Les rouleurs sont les juifs errants de la typographie, ou plutôt ils constituent cet ordre mendiant qui, ennemi juré de tout travail, trouve que vivre aux crochets d’autrui est la chose la plus naturelle du monde. Il en est même qui considèrent comme leur étant due la caristade que leur alloue la commisération. Nous ne leur assimilons pas, bien entendu, les camarades besogneux dont le dénuement ne peut être attribué à leur faute : à ceux-ci, chacun a le devoir de venir en aide, dignes qu’ils sont du plus grand intérêt. Les rouleurs peuvent se diviser en deux catégories : ceux qui travaillent rarement, et ceux qui ne travaillent jamais. Des premiers nous dirons peu de chose : leur tempérament ne saurait leur permettre un long séjour dans la même maison ; mais enfin ils ne cherchent pas de préférence, pour offrir leurs services, les imprimeries où ils sont certains de ne pas être embauchés. Si l’on a besoin de monde là où ils se présentent, c’est une déveine, mais ils subissent la malchance sans trop récriminer. De plus, détail caractéristique, ils ont un saint-jean, ils sont possesseurs d’un peu de linge et comptent jusqu’à deux ou trois mouchoirs de rechange. Afin que leur bagage ne soit pour eux un trop grand embarras dans leurs pérégrinations réitérées, ils le portent sur le dos au moyen de ficelles, quelquefois renfermée dans ce sac de soldat qui, en style imagé, s’appelle azor ou as de carreau. Un des plus industrieux avait imaginé de se servir d’un tabouret qui, retenu aux reins par des bretelles, lui permettait d’accomplir allègrement les itinéraires qu’il s’imposait. Ce tabouret, s’il ne portait pas César, portait du moins sa fortune. Mais passons à la seconde catégorie. Ceux-là ont une horreur telle du travail que les imprimeries où ils soupçonnent qu’ils en trouveront peu ou prou leur font l’effet d’établissements pestilentiels ; aussi s’en éloignent-ils avec effroi, bien à tort souvent ; car le dehors de quelques-uns est de nature à préserver les protes de toute velléité d’embauchage à leur endroit. D’ailleurs, si les premiers ne se présentent pas souvent en toilette de cérémonie, les seconds, en revanche, exposent aux regards l’accoutrement le plus fantaisiste. C’est principalement l’article chaussure qui atteste l’inépuisable fécondité de leur imagination. L’anecdote suivante, qui est de la plus scrupuleuse exactitude, pourra en donner une idée : deux individus, venant s’assurer dans une maison de banlieue que l’ouvrage manquait complètement et toucher l’allocation qu’on accordait aux passagers, étaient, l’un chaussé d’une botte et d’un soulier napolitain, l’autre porteur de souliers de bal dont le satin jadis blanc avait dû contenir les doigts de quelque Berthe aux grands pieds. Des vestiges de rosette s’apercevaient encore sur ces débris souillés d’une élégance disparue. Au physique, le rouleur n’a rien d’absolument rassurant. La paresse perpétuelle dans laquelle il vit l’a stigmatisé. Il pourrait poser pour le lazzarone napolitain, si poser n’était pas une occupation. Sa physionomie offre une particularité remarquable, due à la conversion en spiritueux d’une grande partie des collectes faites en sa faveur : c’est son nez rouge et boursouflé. Lorsque, contre son attente, le rouleur est embauché, il n’est sorte de moyens qu’il n’emploie pour sortir de la souricière dans laquelle il s’est si malencontreusement fourvoyé : le plus souvent, il prétexte une grande fatigue et se retire en promettant de revenir le lendemain. Il serait superflu de dire qu’on ne le revoit plus. Il est un de ces personnages qu’on avait surnommé le roi des rouleurs, et que connaissaient tous les compositeurs de France et de Navarre. Celui-là n’y allait pas par trente-six chemins. Au lieu de perdre son temps à de fastidieuses demandes d’occupation, il s’avançait carrément au milieu de la galerie, et, d’une voix qui ne trahissait aucune émotion, il prononçait ces paroles dignes d’être burinées sur l’airain : « Voyons ! y-a-t-il mèche ici de faire quelque chose pour un confrère nécessiteux ? » Souvent une collecte au chapeau venait récompenser de sa hardiesse ce roi fainéant ; souvent aussi ce cynisme était accueilli par des huées et des injures capables d’exaspérer tout autre qu’un rouleur. Mais cette espèce est peu sensible aux mortifications et n’a jamais fait montre d’un amour-propre exagéré. Pour terminer, disons que le rouleur tend à disparaître et que le typo laborieux, si prompt à soulager les infortunes imméritées, réserve pour elles les deniers de ses caisses de secours, et se détourne avec dégoût du parasite sans pudeur, dont l’existence se passe à mendier quand il devrait produire. (Ul. Delestre.)

France, 1907 : Cheminot, vagabond.

Un vagabond passait par là, mangeant à petites pincées le pain sec qu’il portait sous le bras. Le froid mordait, la forêt était profonde, et le village prochain, avec ses chiens de chasse hargneux et ses paysans avares, accueillait mal, d’habitude, les maraudeurs. Un charbonnier, de bonne humeur, le héla d’une voix engageante :
— Hé ! le rouleur ! si tu vas à la fontaine, l’eau te glacera le sang. Viens donc boire un coup avec nous.
Le vagabond, sans une parole, lui répondit d’un regard en dessous, et poursuivit sa route à travers bois. On entendit son pas indécis qui traînait dans les feuilles sèches. Il ne se retourna plus, n’envoya ni salut, ni merci, et disparut au détour d’un sentier.

(Aug. Marin)

France, 1907 : Trompeur, escroc.

Roveau

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Gendarme.

France, 1907 : Gendarme. Sobriquet donné par les galériens aux gardes qui conduisaient la chaîne. C’est l’ancien nom donné aux archers, sans doute une corruption de royaux.

Sas

d’Hautel, 1808 : Passer au gros sas. Pour dire faire quelque chose avec peu de soin, grossièrement et sans délicatesse.

France, 1907 : Bâton. Ce mot vient évidemment de sasse, sorte de pelle creuse qui sert à jeter l’eau hors des petites embarcations, telles que les galères où ramaient les forçats.

Je sais, mon doux ami, le sujet qui t’ameine,
Ta venue en ce lieu n’aura pas été vaine,
Le bruit de mon savoir ne t’a point imposé ;
Je sais rendre tout neuf un pucelage usé ;
Je fais tourner le sas, jai l’enfer dans ma manche,
Je possède, en un mot, magie et noire et blanche.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Sibérie

Boutmy, 1883 : s. f. Se dit de rangs situés à l’extrémité de la galerie et avec lesquels la chaleur n’a aucune espèce d’accointance. Dans quelques imprimeries, on donnait ce nom à un coin de l’atelier où les apprentis, personnages encombrants et plus spécialement affectés aux courses qu’à l’initiation de leur art, étaient relégués pour le tri du pâté. L’attrape-science, heureux de ne pas sentir là peser sur lui une surveillance constante, en profitait pour dévorer le moins de pâté possible et se livrer à toutes les malices que lui suggérait une imagination précoce. La bande joyeuse composait et jouait des drames inévitablement suivis de duels, où les épées, représentées par des réglettes, jonchaient de leurs débris le dessous des rangs. Mais tout, hélas ! n’était pas rose pour nos singes en herbe, et plus d’une fois les jeux se terminèrent par de terribles catastrophes. L’un d’eux ayant un jour chipé chez ses parents un mirifique jeu de piquet, quatre apprentis joyeux, quoique gelant dans leur Sibérie, se mirent à battre bravement les cartes. Ils se les étaient à peine distribuées, qu’ils furent pris d’une panique soudaine bien justifiée. On venait d’entendre le frôlement d’une robe qui n’était autre que celle de la patronne, laquelle n’entendait pas raillerie. Le plus avisé, ramassant vivement les pièces accusatrices, les jeta dans sa casquette, dont il se coiffa non moins vivement. Il était temps ! La patronne vit nos gaillards acharnés après la besogne qui semblait fondre sous leurs doigts. Aussi leur adressa-t-elle des paroles éloquentes de satisfaction. Mais, s’apercevant que l’un d’eux était couvert, et comme elle tenait au respect : « Dieu me pardonne, dit-elle, mais vous me parlez la casquette sur la tête. — Pardon, madame ! » dit l’interpelé. Aussitôt, le roi de pique, la dame de cœur et leur nombreuse cour dansèrent une sarabande effrénée et couvrirent le parquet, plus habitué à recevoir la visite de caractères en rupture de casse que celle de ces augustes personnages. Le jour même, nos quatre drôles avaient quitté la Sibérie et l’atelier. (Nous devons la définition de la Sibérie et les développements de cet article à M. Delestre, un des héros du drame… L’enfant promettait !)

France, 1907 : Arrière-partie d’un atelier où l’on relègue les apprentis qui s’y trouvent généralement dans l’ombre et exposés an froid.

Sucre

France, 1907 : Argent ; il adoucit les amertumés de la vie. Argot populaire.

Tantôt, sortant d’chez ma modiste,
Un vieux monsieur, à l’improviste,
M’abord’ soudain. Je lui résiste,
Et lui m’soupir’ d’un ton bien triste :
« Ah ! vous voulez donc voir tous mes rêves déçus ! »
Je réponds au bonhomme :
Tu m’la fais à la gomme ;
Mais si tu veux, en somme,
Me régaler d’ta pomme,
Faut mettre du sucr’ dessus !

(Chanson fin de siècle)

Tamponne

France, 1907 : Nourriture, plat quelconque. On s’en tamponne l’estomac. Vieux français. Faire la tamponne, se régaler.

Le 13e a eu ses illustrations culinaires. On y parle encore d’un Provençal qui n’avait pas son pareil pour le rata au lard et aux pommes de terre ; et il est avéré que certain soir, ayant un grand dîner, le capitaine de l’escadron envoya chercher plein une soupière de cette délicieuse tamponne, pour en faire goûter à ses convives, lesquels s’en léchèrent les doigts.

(Émile Gaboriau, Le 13e hussards)

En Béarn, tamponne signifie débauche de table ; ha la tamponne, boire et manger avec excès ; tamponnaire, personne qui fait des excès de table.

Taupinier

France, 1907 : Casanier ; personne qui ne sort pas de chez elle, à l’exemple des taupes qui ne sortent guère de leurs galeries souterraines.

Traiter

Delvau, 1866 : v. a. et n. Donner à dîner ; régaler, — dans l’argot des bourgeois.

Traverse

Vidocq, 1837 : s. m. — Bagne, galère.

Rigaud, 1881 : Bagne, — dans l’ancien argot.

La Rue, 1894 : Bagne. En traverse à perte de vue, condamné au bagne à perpétuité.

France, 1907 : Déportation. Aller en traverse, être expédié dans une colonie pénitentiaire. Argot des voleurs, de traversée.

Trouille

d’Hautel, 1808 : Aphérèse de citrouille.
Une grosse trouille.
Terme de mépris, pour dire une grosse mâflée ; une femme d’une corpulence peu gracieuse.

Delvau, 1866 : s. f. Domestique malpropre ; femme du peuple rougeaude et avachie.

Rigaud, 1881 : Souillon de cuisine, femme malpropre.

Virmaître, 1894 : Domestique malpropre, femme du peuple rougeaude et avachie. A.D. Trouille ne se prend pas en ce sens ; cela veut dire : tu n’as pas peur. Trouille est synonyme de hardiesse.
— Tu n’as pas la trouille d’entreprendre une tâche aussi difficile (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Peur. — « Tu n’as pas la trouille (pas peur). » — « Tu veux que je te prête ma femme, tu n’as pas la trouille. »—« Si tu n’y va pas, c’est que tu as la trouille. »

Hayard, 1907 : Peur.

France, 1907 : Peur. N’avoir pas la trouille, avoir de l’audace, de l’effronterie.

Même au fort d’une conversation tant soit peu lâchée entre gens de bonne compagnie, on trouverait d’un goût douteux… au moins, d’articuler à haute voix cette opinion qu’un tel, muni de trop d’aplomb (un aplomb bœuf !) n’a pas la trouille ou qu’il ne manque pas de culot.

(Frédéric Loliée, Parisianisme)

Cependant que tu es en verve,
Dis-nous encor, fils de Minerve,
Quelque chose… Tu t’ébahis
De la piètre et triste figure
D’un Français qui, par aventure,
S’exile en ton chien de pays ?
Parbleu, butor de belle espèce,
Rommel, dont la caboche épaisse
Ferait mieux dans un pantalon,
Je vois que tu n’as pas la trouille ;
Mais vraiment, est-ce à la citrouille
À se gondoler du melon !

(Raoul Ponchon)

France, 1907 : Fille sale, servante malpropre, souillon ; argot populaire.

Et, si tout le monde l’appelait la Trouille quoiqu’elle portât le beau nom d’Olympe, cela venait de ce que Jésus-Christ, qui gueulait coutre elle du matin au soir, ne pouvait lui adresser la parole, sans ajouter : « Attends, attends ! Je vais te régaler, sale trouille ! »

(Émile Zola, La Terre)

Tulipe orageuse (le pas de la)

Rigaud, 1881 : Pas chorégraphique très risqué au point de vue de la décence. Cavalier seul exécuté par une danseuse de bal public qui enlève ses jupes à la hauteur de la tête en tournant sur elle-même. — La tulipe orageuse est le nec plus ultra du cancan, et laisse bien loin la rémoulade, le passage du guet, le coup du lapin, et le présentez armes !

Son amour pour la chorégraphie s’était développé au Prado où elle dansait la tulipe orageuse avec un chic qui lui avait valu les applaudissements frénétiques de la galerie.

(Abbot, La Princesse Mathilde)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique