Entrez le mot à rechercher :
  Mots-clés Rechercher partout 


Amadou

Vidocq, 1837 : s. m. — Les argotiers du temps passé nommaient ainsi une drogue dont ils se frottaient pour devenir jaunes et paraître malades.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Delvau, 1866 : s. et adj. Homme qui prend aisément feu — afin d’être aimé, amatus. Argot du peuple.

Delvau, 1866 : s. m. « C’est dequoy les argotiers se frottent pour se faire devenir jaunes et paraistre malades, » — c’est-à-dire pour amadouer et tromper les bonnes âmes.

France, 1907 : Substance avec laquelle les mendiants et les vagabonds enduisent leur face pour se donner une apparence maladive.

Les anciens argotiers, ceux du moins qui avaient établi leurs pénates dans la Cour des Miracles, et dont la profession était de vivre d’aumônes, en simulant des infirmités, exprimaient la substance particulière au moyen de laquelle ils se faisaient paraitre jaunes et malades par le mot amadou.

(Charles Nisard, Curiosités de l’Étymologie française)

Apothicaire

d’Hautel, 1808 : Mémoire d’Apothicaire. Compte surchargé, et sur lequel il y a beaucoup à rabattre.
Faire de son corps une boutique d’apothicaire. Se droguer continuellement ; prendre, sans nécessité, des médicamens.
Un apothicaire sans sucre. Homme qui ne possède aucune des connoissances nécessaires à son état.

Delvau, 1864 : Pédéraste, ou sodomite ; homme qui se trompe volontairement de côté quand il est au lit avec une femme et qui l’encule au lieu de la baiser.

Jean, ce frotteur invaincu,
Au soir, dans une taverne,
Frottait Lise à la moderne,
C’est-à-dire par le cul.
Elle, qui veut qu’on l’enfile,
Selon sa nécessité,
Disait d’un cœur irrité
Qu’un clystère est inutile
À qui crève de santé.

(Le Cabinet satyrique)

Attrape-science

Delvau, 1866 : s. m. Apprenti, — dans l’argot des typographes.

Rigaud, 1881 : Apprenti cordonnier. Pour laver la tête à l’apprenti, les ouvriers la lui plongent plus d’une fois dans le baquet de science, le baquet où trempent les cuirs.

Boutmy, 1883 : s. m. Nom ironique par lequel les ouvriers désignent quelquefois un apprenti compositeur. L’attrape-science est l’embryon du typographe ; la métamorphose demande trois à quatre ans pour s’accomplir ; vers seize ou dix-sept ans, la chrysalide est devenue papillon, et le gamin s’est fait ouvrier. À l’atelier, il a une certaine importance : c’est le factotum des compositeurs ; il va chercher le tabac et fait passer clandestinement la chopine ou le litre qui sera bu derrière un rang par quelque compagnon altéré. Il va chez les auteurs porter les épreuves et fait, en général, plus de courses que de pâté. Quand il a le temps, on lui fait ranger les interlignes ou trier quelque vieille fonte ; ou bien encore il est employé à tenir la copie au correcteur en première, besogne pour laquelle il montre d’ordinaire une grande répugnance. Parfois victime des sortes de l’atelier, il en est aussi le complice ou le metteur en œuvre. Il nous revient en mémoire une anecdote dont le héros fut un apprenti. Ses parents habitant dans un faubourg, notre aspirant Gutenberg apportait à l’atelier sa fripe quotidienne, dont faisait souvent partie une belle pomme. Le gaillard, qui était un gourmet, avait soin de la faire cuire en la plaçant sur un coin du poële. Mais plus d’une fois, hélas ! avant d’être cuite, la pomme avait disparu, et notre apprenti faisait retentir les échos de ses plaintes amères : « Ma pomme ! on a chipé ma pomme ! » La chose s’étant renouvelée plus souvent que de raison, l’enfant s’avisa d’un moyen pour découvrir le voleur. Un beau jour, il apporta une maîtresse pomme qu’il mit cuire sur le poêle. Comme le gamin s’y attendait, elle disparut. Au moment où il criait à tue-tête : « On a chipé ma pomme ! » on vit un grand diable cracher avec dégoût ; ses longues moustaches blondes étaient enduites d’un liquide noirâtre et gluant, et il avait la bouche remplie de ce même liquide. C’était le chipeur qui se trouvait pris à une ruse de l’apprenti : celui-ci avait creusé l’intérieur de sa pomme et avait adroitement substitué à la partie enlevée un amalgame de colle de pâte, d’encre d’imprimerie, etc. L’amateur de pommes, devenu la risée de l’atelier, dut abandonner la place, et jamais sans doute il ne s’est frotté depuis à l’attrape-science. Certains apprentis, vrais gamins de Paris, sont pétris de ruses et féconds en ressources. L’un d’eux, pour garder sa banque (car l’attrape-science reçoit une banque qui varie entre 1 franc et 10 francs par quinzaine), employa un moyen très blâmable à coup sûr, mais vraiment audacieux. Il avait eu beau prétendre qu’il ne gagnait rien, inventer chaque semaine de nouveaux trucs, feindre de nouveaux accidents, énumérer les nombreuses espaces fines qu’il avait cassées, les formes qu’il avait mises en pâte, rien n’avait réussi : la mère avait fait la sourde oreille, et refusait de le nourrir plus longtemps s’il ne rapportait son argent à la maison. Comment s’y prendre pour dîner et ne rien donner ? Un jour d’été qu’il passait sur le pont Neuf, une idée lumineuse surgit dans son esprit : il grimpe sur le parapet, puis se laisse choir comme par accident au beau milieu du fleuve, qui se referme sur lui. Les badauds accourent, un bateau se détache de la rive et le gamin est repêché. Comme il ne donne pas signe de vie, on le déshabille, on le frictionne, et, quand il a repris ses sens, on le reconduit chez sa mère, à laquelle il laisse entendre que, de désespoir, il s’est jeté à l’eau. La brave femme ajouta foi au récit de son enfant, et jamais plus ne lui parla de banque. Le drôle avait spéculé sur la tendresse maternelle : il nageait comme un poisson et avait trompé par sa noyade simulée les badauds, ses sauveurs et sa mère. — Nous retrouverons cet attrape-science grandi et moribond à l’article LAPIN. À l’Imprimerie nationale, les apprentis sont désignés sous le nom d’élèves. Il en est de même dans quelques grandes maisons de la ville.

France, 1907 : Apprenti, dans l’argot des typographes.

Auverpin

Larchey, 1865 : Auvergnat. V. Charabia.

Delvau, 1866 : s. m. Auvergnat, — dans l’argot des faubouriens, qui donnent ce nom à tous les charbonniers et à tous les commissionnaires.

Virmaître, 1894 : Auvergnat. On dit aussi : Auverplum et Bougnat (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Auvergnat ; il y a un mot plus moderne qui est ploume.

France, 1907 : Auvergnat ; argot populaire.

Et là seulement vous trouverez les bals-musette, les vrais, tenus par des Auverpins à la fois mastroquets et charbonniers, hantés par des Auverpins aussi, porteurs d’eau, commissionnaires, frotteurs, cochers.

(Richepin, Le Pavé)

Badigeonner la femme au puits

Rigaud, 1881 : Mentir. Mot à mot : farder la vérité au moyen d’un coup de badigeon. La femme au puits, c’est la vérité, — dans le jargon des voleurs qui se sont quelque peu frottés au mur de la littérature.

Virmaître, 1894 : Farder la vérité. On sait que la vérité sort nue d’un puits ; la badigeonner c’est mentir (Argot des voleurs).

Battre le briquet

Delvau, 1866 : v. a. Cogner les jambes l’une contre l’autre en marchant. Argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Heurter la lettre au composteur avant de l’y laisser tomber, — argot des typographes. (Boutmy.)

Rigaud, 1881 : Marcher les genoux en dedans.

Boutmy, 1883 : v. Heurter la lettre au composteur avant de l’y laisser tomber. MM. les compositeurs ne sont pas exempts de tics dans l’accomplissement de leur tâche. Il en est de très préjudiciables à la rapidité du travail et conséquemment au gain qui en résulte. Quelques compositeurs mettent en mouvement tous leurs membres, tandis que le bras droit seul doit agir ; d’autres s’y reprennent à deux fois pour saisir la lettre ; d’autres piétinent ; mais le défaut le plus commun est de battre le briquet.

Virmaître, 1894 : Frotter en marchant les deux jambes de son pantalon l’une contre l’autre (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Frotter les genoux ou talons en marchant est battre le briquet.

Bobine

un détenu, 1846 : Figure risible.

Delvau, 1866 : s. f. Tête, visage, — dans l’argot du peuple, qui a constaté fréquemment les bobes ou grimaces que les passions font faire à la figure humaine, d’ailleurs terminée cylindriquement.

Rigaud, 1881 : Tête, physionomie. — Bobine décidée, crâne chauve. La variante est : Bille d’ivoire.

Comme ta bille d’ivoire reluit ! disait à Murger une Aspasie au rabais. — Je crois bien, je fais venir le frotteur une fois par semaine.

Virmaître, 1894 : Tête (Argot du peuple). V. Tronche.

Rossignol, 1901 : Visage.

Tu es malade, il faut te soigner : tu as une sale bobine.

Hayard, 1907 : Visage.

France, 1907 : Figure ; du vieux français bobe, moue, grimace.

Beau jeune homme, écoutez-moi donc !
Votre figure est charmante et mutine.
Beau jeune homme, écoutez-moi donc !
Laissez-moi baiser votre cou mignon.
Non, mam’sell’, je ne vous écout’ pas !
De l’échafaud j’ai sauvé ma bobine ;
Non, mam’sell’, je ne vous écout’ pas !
Car j’ai fait la nique au grand coutelas.

(Jules Jouy)

Plus de fil sur la bobine, être chauve.

France, 1907 : Montre.

Bombe

d’Hautel, 1808 : Il est tombé comme une bombe. Signifie que quelqu’un dont on ne désiroit pas la présence est venu subitement, à l’improviste.
Nom d’une bombe ! mille bombes ! Jurons populaires et bouffons, qui équivalent à morbleu ! tubleu !

Rigaud, 1881 : Demi-setier, quart de litre de vin, — dans le jargon des ouvriers.

Virmaître, 1894 : Mesure non classée qui contient environ un demi-litre de vin. Quand un ouvrier en a bu un certain nombre, ses camarades disent : Il est en bombe. Quand il rentre au logis, la ménagère fait une scène épouvantable ; les voisins entendant le pétard disent : la bombe éclate, gare ! (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Verre de vin contenant 25 centilitres. Quand un ouvrier ne va pas à l’atelier le lundi, c’est qu’il est en bombe ; faire la noce est faire la bombe.

France, 1907 : Mesure de vin, environ un demi-litre. Bombe de vieux oint, vessie de graisse. Gare la bombe ! Attention ! Voilà un mauvais coup qui s’apprête, garons-nous.

France, 1907 : Partie du casque recouvrant la tête. Au régiment, on attache beaucoup d’importance à son éclat.

Pendant huit jours, ils frottent, ils astiquent, ils polissent le cuivre et l’acier, surtout la bombe.

(Dutreuil de Rhins, La Bohème militaire)

Brosser

d’Hautel, 1808 : Ce verbe, dans le sens qui lui est propre, signifie frotter avec une brosse ; mais dans le langage vulgaire il reçoit une autre acception.
Cette affaire sera bientôt brossée. Pour dire quelle ne traînera pas ; qu’on la fera aller grand train ; qu’elle sera promptement expédiée.
On dit aussi brosser un ouvrage. Pour le faire à la hâte ; le bousiller, n’y apporter aucun soin.

Delvau, 1866 : v. a. Donner des coups. Signifie aussi Gagner une partie de billard. Se faire brosser. v. réfl. Se faire battre, — au propre et au figuré.

Rigaud, 1881 : Battre, vaincre son adversaire.

Caroubleur

Clémens, 1840 : Voleur avec fausses clefs.

Larchey, 1865 : « Voleur employant des caroubles fabriquées par lui-même sur des empreintes livrées par des domestiques, des frotteurs, des peintres, ou des amants de servantes. — Le Caroubleur à la flan ou à l’esbrouffe vole aussi avec de fausses clés, mais au hasard, dans la première maison venue. Le Caroubleur au fric-frac emploie, au lieu de clés, un pied de biche en fer appelé cadet, monseigneur, ou plume. »

(Vidocq)

Delvau, 1866 : s. m. Individu qui vole à l’aide de fausses clés. On dit aussi caroubleur refilé. Caroubleur à la flan. Voleur à l’aventure.

Rigaud, 1881 : Voleur qui opère à l’aide de fausses clés. — Caroubleur au fric-frac, voleur avec effraction au moyen d’un ciseau à froid, d’un clou, d’une pince.

Virmaître, 1894 : Vol à l’empreinte à l’aide de fausses clés (Argot des voleurs). V. Boîte de Pandore.

Rossignol, 1901 : Celui qui carouble. Le voleur à l’aide de fausses clés est un caroubleur.

Caroubleur, -euse

Vidocq, 1837 : s. — Variété de Cambriolleurs ; ils entretiennent des intelligences avec les domestiques, frotteurs, colleurs de papiers, peintres. Aussi comme ils connaissent parfaitement les endroits qui peuvent leur offrir des ressources, ils vont droit au but ; la plupart du temps ils se servent de fausses clés qu’ils fabriquent eux-mêmes sur les empreintes qui leur sont données par les indicateurs leurs complices.

Chapon

d’Hautel, 1808 : Gros comme un chapon.
Il a les mains en chapon rôti.
Se dit figurément d’un homme qui est sujet à prendre, qui s’empare de tout ce qui lui tombe sous la main ; et au propre de quelqu’un qui a les doigts crochus et retirés.
Qui chapon mange, chapon lui vient. Signifie que le bien vient souvent à ceux qui n’en ont pas besoin.
Deux chapons de rente. Se dit de deux personnes ou de deux choses inégales, parce que il y a toujours un de ces chapons gras et l’autre maigre.
Ce n’est pas celui à qui le bien appartient qui en mange les chapons. Se dit d’un bien, d’une terre dont le véritable propriétaire est frustré ; ou d’un homme qui porte le nom d’une terre, et n’en touche pas les revenus.
On appelle chapon de Limousin, des chataignes ou marrons, parce que ces fruits sont très-abondans en Limoge.
Se coucher en chapon. Se coucher après avoir bien bu, bien mangé ; ou se coucher les jambes recroquevillées.

Delvau, 1864 : (au figuré) ; Homme châtré ou impuissant.

En termes de cuisine, l’on appelle chapon le croûton de pain frotté d’ail qui aromatise la salade.
Un de nos confrères, célèbre par sa continence… forcée, dînait dimanche à la campagne.
— Aimez-vous le chapon ? lui demande la maîtresse de la maison.
— Oh ! non, je ne peux pas le sentir.
— Parbleu ! fit un convive, ça lui rappelle Boileau.

(Émile Blondet)

Pour ma part, moi j’en réponds,
Bien heureux sont les chapons.

(Béranger)

Delvau, 1866 : s. m. Morceau de pain frotté d’ail, — dans l’argot du peuple, qui en assaisonne toutes les salades. On dit aussi Chapon de Gascogne.

France, 1907 : Moine, dans l’argot populaire. Cage à chapons, monastère ; les moines s’engraissant généralement dans une douce oisiveté, comme le chapon en cage.

France, 1907 : Un croûton de pain frotté d’ail que l’on met dans la salade. On dit aussi dans le mème sens chapon de Gascogne.

Charmante

Halbert, 1849 : Gale.

Halbert, 1849 : Galeuse.

Larchey, 1865 : Gale.

La charmante y fait gratter bien des mains, aussi la visite était-elle rigoureuse.

(Vidal, 1833)

Delvau, 1866 : s. f. La gale, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : La gale, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : La gale.

Virmaître, 1894 : La gâle. Par allusion aux vives démangeaisons que cause cette maladie, on la nomme aussi la frotte (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : La gale.

Chat, chatte

Delvau, 1864 : Nom que les femmes donnent à la divine cicatrice qu’elles ont au bas du ventre, — à cause de son épaisse fourrure, et aussi parfois à cause des griffes avec les quelles elle déchire la pine des honnêtes gens qui s’y frottent.

Elle aime tous les rats
Et voudrait, la Lesbienne,
Qu’à sa langue de chienne
Elles livrent leurs chats.

(Joachim Duflot)

Cirer en fourrier (se)

Rigaud, 1881 : Frotter ses souliers entre les planches de son lit et sa paillasse, afin de leur donner une apparence de propreté, — dans l’argot du régiment. (Bernadille, Le Français)

Colin-tampon (s’en moquer comme de)

France, 1907 : N’avoir pas le moindre souci d’une personne ou d’une chose.
Colin-tampon était le sobriquet donné aux élèves tambours des régiments suisses au service de la, France, et pour lesquels les soldats des autres régiments professaient un grand mépris.
Dans les Courriers de la Fronde en vers burlesques, on lit :

Les gardes qu’on avait postées
Sur le Pont-Neuf sont tapotées ;
Et dessus tous les autres ponts
On frotte les colins-tampons.

On dit aussi : s’en moquer comme de l’an quarante, sous-entendu : de la République, expression employée par les royalistes pour signifier que l’on ne verrait jamais l’an quarante de la République.
Claude Le Petit, dans Paris ridicule, appelle Colin-Tampon le Luxembourg.

Donnons des éloges idoines
Au noble Palais d’Orléans,
Colin-Tampon, Dieu soit céans,
Et le diable chez tous les moines !
Quand j’admire solidement
Cet admirable bâtiment
Qui semble au Louvre faire niche,
Je dis : Est-il possible enfin
Que celle qui l’a fait si riche
Soit morte, à Cologne, de faim ?

Allusion à Marie de Médicis, qu’une tradition erronée fait mourir dans la misère à Cologne.

Con (le)

Delvau, 1864 : Le petit vase dans lequel l’homme verse en pluie fine et pérénétrante une partie du produit de sa nourriture, — à sa grande satisfaction et à celle du petit vase. — Les anciens connaissaient ce mot : ωο disaient les Grecs ; cunnis, disaient les Latins ; cwens, disaient les Celtes, qui disaient aussi cona et quena (d’où les Anglais ont appelé leur reine queen) ; kona, disaient les Goths ; kouima, disent les Arabes ; emacucma disent les Basques ; pota, disent les Italiens, etc., etc.

Donne, que je te frotte le con. Il est étroit que c’est un charme.

(La Popelinière)

Le con met tous les vits en rut ;
Le con du bonheur est le voie ;
Dans le cont vit la joie ;
Mais hors le con, point de saint.

(Pyron)

Il faut donc, pour ce vit ; un grand con vermoulu.
Un con démesuré, qui dévore, goulu,
La tête et les couillons pour les mettre en curée,
Un con toujours puant, comme vieille marée.

(Rémy Belleau)

La matrice d’une femme est du nombre de choses insatiables dont parle l’Écriture, et je ne sais s’il y a quelque chose au monde à quoi on puisse comparer son avidité : — car, ni l’enfer, ni le feu, ni la terr, ne sont si dévorants que le sont les parties naturelles d’une femme lascive.

(Venette)

C’était une jolie grêlée faite au tour, ayant un con tellement insatiable, que je fus obligé de lui mettre la bride sur le cou et de la laisser foutre avec qui elle voudrait…

(Anti-Justine)

Coup de fion

Virmaître, 1894 : Terminer un ouvrage (Argot du peuple). V. Fignoler.

Rossignol, 1901 : Bien essuyer et frotter un travail terminé est lui donner un coup de fion.

Dandée

Fustier, 1889 : Coup, frottée. (V. Delvau : Dandinette.)

Qui a composé cette chanson ?
C’est un Cotric tourangeau
Par joie et satisfaction
D’ la dandée de ce Morvandiau.

(Chanson, 1884)

Éclipser (s’)

Delvau, 1866 : v. réfl. S’en aller, s’enfuir, — dans l’argot des bourgeois frottés d’astronomie.

France, 1907 : Disparaître tout à coup, s’échapper à l’improviste, se dérober aux yeux de quelqu’un. Faire faux bond.

Entrefesson

Delvau, 1866 : s. m. Le périnée, — dans l’argot du peuple, qui parle comme écrivait Ambroise Paré.

France, 1907 : Le périnée.

Aux bains de mer :
Le jeune Bob, âgé de six ans, se promène sur la plage avec son papa.
— Dis, p’tit père, demande-t-il tout à coup, comment s’appelle cette herbe frisée qui est là-bas ?
— C’est du varech, répond le père ; on l’appelle aussi mousse de mère.
Un ou deux jours après, le jeune Bob refuse d’aller prendre son bain.
— Mais pourquoi ? demande l’auteur de ses jours. L’eau n’est pas froide. Tu vois bien que ta grande sœur a pris le sien.
— Justement, réplique Bob, je ne veux pas qu’il m’arrive la même chose qu’à elle !
— À moi ! s’exclame la grande sœur, qu’est-ce qui m’est arrivé ?
— Oui, tu sais bien, riposte Bob ; quand je suis entré dans ta cabine au moment où tu t’essuyais…
— Eh bien, petit polisson, je t’ai vivement chassé !
— Qui, mais j’ai bien vu !
— Bien vu quoi ? fit la jeune fille en rougissant.
— La mousse de mer ! Tu avais beau te frotter, tu ne pouvais parvenir à l’enlever de ton entrefesson.

Être heureux

Delvau, 1864 : Jouir en baisant ou en se masturbant, au moment où le sperme part sous l’action du frottement.

Tu vas te soulager, mon chéri, je te le promets ; le roi Louis-Philippe n’aura jamais été aussi heureux que tu vas l’être.

(Lemercier de Neuville)

La douleur qu’il éprouve est quelquefois bien grande ;
Mais il ne se plaint pas : il est heureux… il bande !

(Louis Protat)

Faire du genou, faire du pied

Rigaud, 1881 : Frotter son genou, frotter son pied, contre le genou, contre le pied d’une femme. Petite polissonnerie innocente, quelque chose comme les bagatelles de la porte en espérant le lever du rideau.

Faire le serrurier

Delvau, 1864 : Frotter longtemps son membre contre les parois du vagin d’une femme sans parvenir à éjaculer. Voir limer.

Fourbir une femme

Delvau, 1864 : La baiser, frotter de la queue les parois de son vagin pour les dérouiller, — ce qui la rend non-seulement polie, mais très contente.

Comme s’il fallait que je lui donnasse du salaire pour avoir fourbi cette gaupe.

(Ch. Sorel)

Puis vous fourbit l’agréable femelle
Qui l’occupait.

(Grécourt)

Foutreau

Larchey, 1865 : Combat, action de se foutre des coups.

Oh ! il va y avoir du foutreau, le commandant s’est frotté les mains.

(Balzac)

France, 1907 : Combat, engagement ; argot militaire.

— Oh ! il va y avoir du foutreau, dit Beau-Pied à voix basse, le commandant s’est frotté les mains.

(Balzac, Les Chouans)

Frangin, fralin

France, 1907 : Frère, camarade, compagnon.

Et, par cela seul que la mécanique sociale qui nous poussait et nous excitait au mal aura été déclanchée, on vivra en frangins, au lien de vivre en loups. En effet, pourquoi ferait-on des vacheries à ses voisins, puisqu’on n’y aura plus le moindre intérêt ? Au lieu d’être comme actuellement, où les misères des uns font le plaisir d’un autre, ce sera l’opposé : le bonheur des uns s’accroitra du bien-être des autres, et plus il y aura de contacts et de frottements entre les bons bougres, et moins il y aura de sujets de discorde.

(La Sociale)

L’offre d’une tournée d’eau-de-vie blanche, dont, stoïque, je bus ma part, acheva la connaissance, et l’un d’eux traduisit l’opinion générale en me saluant du nom de frangin.

(Georce Daniel)

À cette fête que l’on prône,
Allons nous pousser d’l’agrément ;
D’un litre je ferai l’aumône
Pour aider à fair’ le chemin !
Thomas m’répond : Vieux frangin,
C’est dit, rigolons un brin.

(Réal)

Fricarelle

France, 1907 : Lesbienne ; du latin fricare, frotter.

Fricassée de museau

Virmaître, 1894 : S’embrasser mutuellement. Cela indique bien le frottement de deux visages. Mot à mot : s’embrasser avec effusion (Argot du peuple).

France, 1907 : Embrassades sans fin, comme ont coutume de s’en donner les femmes qui se détestent le plus.

Froller

Larchey, 1865 : Médire. — Du vieux mot froler : frotter. V. Du Cange. — Frollaux : Traître (Vidocq). — De là, le nom donné par Victor Hugo à un personnage de sa Notre-Dame.

France, 1907 : Calomnier, médire ; du vieux français frôler, injurier.

Froteska

Delvau, 1866 : s. f. Correction, frottée, — dans l’argot du peuple, qui a saisi cette occasion de donner un nom de plus à la danse qu’il a inventée pour son plaisir et pour sa défense.

France, 1907 : Correction, danse, bonne frottée ; du nom d’une danse polonaise.

Frotte

France, 1907 : La gale.

Frotte (la)

Delvau, 1866 : La gale, — qu’on guérit en frottant énergiquement le corps.

Rigaud, 1881 : Traitement de la gale à l’hôpital Saint-Louis où les galeux se frottent mutuellement avec de la pommade soufrée, suivant le précepte de la maison : « Frottez-vous les uns les autres ». Passer à la frotte, suivre le traitement antigaleux.

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Gale.

Frotte-bottes

Virmaître, 1894 : Domestique (Argot du peuple).

Frottée

Delvau, 1866 : s. f. Coups donnés ou reçus, — dans l’argot du peuple.

Virmaître, 1894 : Recevoir une bonne frottée ou la donner. Se battre (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Donner des coups a quelqu’un, c’est lui flanquer une frottée.

France, 1907 : Correction.

Frotter

d’Hautel, 1808 : Battre, rosser, étriller.
Il a été frotté. Pour on lui a donné sur les doigts, sur les oreilles ; il n’a pas été le plus fort.
Se frotter au pilier, s’associer à une cotterie, à une cabale.
Il ne faut pas s’y frotter. Pour il ne faut pas s’y fier.

Larchey, 1865 : « Battre, rosser. » — d’Hautel, 1808. — On dit aussi : Donner une frottée.

Delvau, 1866 : v. a. Battre, donner des coups. On dit aussi Frotter les reins et Frotter le dos.

Virmaître, 1894 : Faire la cour à une femme.
— Elle est rien raide, faut pas s’y frotter (Argot du peuple). N.

Frotter (s’y)

France, 1907 : S’y hasarder, s’en approcher.

On ne peut jamais dire d’une jolie femme, quelque méchante qu’elle soit, qu’il ne fait pas bon s’y frotter.

Frotter le lard (se)

Delvau, 1864 : Faire l’acte copulatif, qui consiste en effet dans le frottement des chairs de ces deux cochons qui s’appellent deux amants.

Toutes les fois qu’on t’a frottée,
Tu ne me l’es pas venu dire.

(Ancien théâtre français)

Jean, ce frotteur invaincu,
Un soir dans une taverne
Frottait Lise à la moderne,
C’est-à-dire par le cu.

(Cabinet satyrique)

Joyeusement se frottant leur lard.

(Rabelais)

Quand tu voudras, je frotterai ma coine contre ton lard.

(La Comédie des Proverbes)

Frotter sur la balle

Bras-de-Fer, 1829 : Médire de quelqu’un.

Frotteur

Fustier, 1889 : Argot de Police.

Maniaques qui suivent la foule pour se frotter à elle ; pour toucher d’une main frémissante les femmes de toutes catégories qui se pressent autour d’eux.

(Giffard : Les grands bazars)

France, 1907 : Maniaque sadique qui se frotte aux jupes des femmes.

Il est souvent difficile de distinguer un pickpocket d’un… frotteur, car dans une foule leur façon de procéder est la même. Je dois ajouter que certains individus à passions honteuses deviennent, à la longue, des pickpockets de profession. Ils commencent par un mouchoir de dame, objet de leur convoitise érotique ; puis ils arrivent à enlever aussi le porte-monnaie qu’ils sentent sous ce mouchoir… On les reconnait à leur regard plongeant de haut en bas, et qu’ils dirigent vers l’échancrure des robes pour voir la gorge des femmes. Leur choix fait dans un but obscène, ils frôlent la femme, l’obsèdent des heures entières, allument, entretiennent leurs désirs en chiffonnant sa robe.

(G. Macé, Un Joli Monde)

Frou-frou

Rigaud, 1881 : Passe-partout, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Passe-partout. Bruit de la soie frottée.

France, 1907 : Bruit des jupes, froissement d’étoffes. Onomatopée.

Il avait fort couru le jupon, le brave homme, et, à l’occasion, un frou-frou de robe animait encore sa vieillesse : une antique ramure, en un mot, dans laquelle la sève courait toujours.

(Me Huvelin, Le Journal)

On eût dit qu’elle venait de déserter les galeries d’un temple de la vieille Rome ou de descendre d’un cadre ancien, tant il y avait de majesté et d’onction en ses moindres gestes, en ces moindres frou-frous.

(Dubut de Laforest)

Et je songeais au temps où, le feutre à l’oreille,
Laissant voir la folie ardente qui s’éveille,
Pour les jeux de l’amour on était toujours prêt
Où les hommes toujours en quête de querelles,
Dans leur frou-frou soyeux, suivaient les pas des belles
La rapière à la hanche, — et tendaient le jarret !

(Macdonald, duc de Tarente)

La jambe laisse sous les plis,
Espèce d’onde aérienne,
Deviner les contours polis
De la cuisse marmoréenne ;
Et dans la chanson des frou-frous,
Dans le doux vol des clartés blondes,
On sent flotter les duvets roux
Sous le gras des épaules rondes.

(Clovis Hugues)

Faire du frou-frou, faire des embarras.

Gaupe

d’Hautel, 1808 : Terme d’injure et de mépris, qui se dit d’une femme malpropre et désagréable. ACAD.
Vulgairement on donne ce nom à une coureuse, à une femme de mauvaises mœurs.

Delvau, 1864 : Fille légère — comme chausson.

Delvau, 1866 : s. f. Fille d’une conduite lamentable.

La Rue, 1894 : Basse prostituée.

France, 1907 : Fille de mauvaise vie, ignoble et malpropre.

— Jour de Dieu ! je saurai vous frotter les oreilles :
Marchons, gaupe, marchons…

(Molière)

— Tais-toi, mou de veau mal lavé,
Pourquoi m’appelles-tu bâtarde,
Bassinoire de corps de garde,
Gaupe ! — Moi, gaupe ! gaupe, moi !
Ah ! chienne ! pan… Tiens, v’là pour toi.

(Vadé)

Il était 10 heures du matin, Nestine, éreintée, reposait entre les bras de son amant, quand un coup violent retentit à la porte.
— Nestine… ouvre-moi !
La gamine se réveilla en sursaut.
— M’man ! C’est m’man ! nous sommes pincés !
— De quoi ? de quoi ? fit Anatole en se frottant les yeux. Ta mère ? Eh bien ! je m’en fous. Je suis chez moi et je paye mon terme…
— Veux-tu ouvrir, petite gaupe ! continua la voix de la mère. Ouvre, ou je vas chercher les fliques !

(Oscar Méténier)

Gratter

d’Hautel, 1808 : S’il n’a pas de quoi, qu’il en gratte. Se dit de celui à qui on refuse des secours ; que l’on éconduit impitoyablement.
Qui se sent galeux se gratte. Se dit de ceux qui prennent pour eux personnellement les reproches que l’on fait en général.
J’aimerois mieux gratter la terre. Sert à exprimer l’aversion que l’on a pour une chose.
Un âne gratte l’autre. Se dit deux personnes de peu de mérite qui se louent réciproquement. Asinus asinum fricat, dit Phèdre.
Gratter quelqu’un où cela lui démange. Lui parler d’une chose qu’elle prend plaisir à entendre, qui la flatte.
Trop gratter cuit, trop parler nuit. V. Cuire.

Vidocq, 1837 : v. a. — Arrêter.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Halbert, 1849 : Raser.

Larchey, 1865 : Arrêter (Vidocq). V. Raclette.

Larchey, 1865 : Voler.

Au diable la gloire ! il n’y a plus rien à gratter.

(M. Saint-Hilaire)

Delvau, 1866 : v. n. et a. Prélever un morceau plus ou moins considérable sur une pièce d’étoffe, — de façon à pouvoir trouver un gilet dans une redingote et un tablier dans une robe.

Rigaud, 1881 : Arrêter, — dans l’ancien argot. — Garder l’excédent d’une marchandise confiée pour un travail à façon. — Chiper, retirer un profit illicite. — Il n’y a rien a gratter dans cette baraque, il n’y a pas de bénéfices à faire dans cette maison.

La Rue, 1894 : Rouer de coups. Gratter le pavé, vivre misérablement.

Virmaître, 1894 : Battre quelqu’un.
— Je vais te gratter.
Gratter : prendre, grapiller sur tout pour grossir son lopin (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Donner des coups à quelqu’un, c’est le gratter.

Rossignol, 1901 : Prendre.

Je lui ai gratté son tabac.

Rossignol, 1901 : Raser.

J’ai la barbe longue, je vais me faire gratter.

France, 1907 : Brimade militaire dont le colonel Bouchy, dans l’affaire de Lunéville, donne ci-dessous l’explication :

Il est faux que ces deux hommes aient passé à la couverte, comme l’ont prétendu certains journaux. Ils ont subi des molestations, bien plutôt qu’ils n’ont reçu de coups.
On leur a fait la plaisanterie de leur faire des moustaches avec du cirage, de les « gratter », comme on dit au régiment, — c’est-à-dire de leur frotter le corps avec le manteau roulé à l’ordonnance ; — enfin, je crois que les soldats les ont renvoyés après leur avoir donné trois ou quatre coups de pied au derrière.

Guignes

Delvau, 1864 : Les testicules — à cause de leur forme.

Ma cousine… empoigne-le bien fort… Tu sais si bien frotter, frotte-moi de l’autre main mes guignes.

Hippiquer (s’)

France, 1907 : Voici un mot qui devrait entrer dans la langue, car il remplace à lui seul quantité de périphrases pour dire se tenir bien à cheval. Il est d’Édouard Cavailhou qui, dans un dîner chez M. Paul Chirey, le sportsman bien connu, à improvisé une chanson de circonstance intitulée : Qui s’y frotte s’hippique, dont voici le premier couplet et le refrain :

Si vous voulez, de par la vie,
Gagner bonne position,
Livrez-vous à la folle orgie
De l’ardente équitation.
Au début, la jambe se gerce
Et l’on souffre dans ses dessous,
Mais une volupté vous berce,
Vous chatouille, Vrai Dieu ! c’est doux.
L’on trouve une caresse
Au galop.
L’on n’a de celte ivresse
Jamais trop.
Qui s’y frotte s’hippique,
Eyohé !
Irait-on en bourrique ?
C’est forcé !

Huile de cotret

Delvau, 1866 : s. f. Coups de bâton, — dans l’argot des ouvriers, qui, dans les jours gras, se plaisent à envoyer les nigauds chez les épiciers pour demander un litre de cette huile-là. La plaisanterie et l’expression sortent du roman de Cervantès.

France, 1907 : Coup de bâton.

Qu’ils viennent vous frotter les épaules de l’huile de cotret.

(Don Quichotte)

Intertrigo

France, 1907 : Jargon médical pour désigner une inflammation causée par le frottement des parties sexuelles ; du latin inter, entre, et terere, trotter.

Jacter

Ansiaume, 1821 : Parler.

Pendant que vous jactés, j’ai grinchi deux rondines à la buque.

Clémens, 1840 : Crier.

un détenu, 1846 : Dire, proclamer, crier.

Delvau, 1866 : v. n. Parler, — dans l’argot des voleurs, qui ont emprunté ce verbe à la vieille langue des honnêtes gens (jactare, vanter, prôner).

La Rue, 1894 : Parler. Crier. Jaquette, bavard.

Virmaître, 1894 : Parler, crier.

Si quelque pante
Se glisse et entre
Et se permet
Chez nous de faire du pet
On l’saigne, on l’frotte,
Et c’est fini par là.
S’il se cacale et jacte dans la rue
Pour ameuter tous les daims contre nous.

dit une des plus vieilles chansons d’argot connue.
Jacter vient sûrement de jacare (Argot des voleurs).

Jules

Delvau, 1866 : s. m. Pot qu’en chambre on demande, — dans l’argot des faubouriens révolutionnaires, qui ont éprouvé le besoin de décharger la mémoire de saint Thomas des ordures dont on la couvrait depuis si longtemps.
Aller chez Jules. C’est ce que les Anglais appellent To pay a visit to mistress Jones.

Rigaud, 1881 : Pot de chambre ; tinette, latrines portatives des troupiers. Jules a remplacé le vieux Thomas, source d’éternelles plaisanteries. Jules est plus nouveau. On dit au régiment passer la jambe à Jules ou pincer l’oreille à Jules lorsqu’on est de corvée pour vider les tinettes.

Merlin, 1888 : Tonneau percé d’un bout, posé sur l’autre, et portant deux crochets de fer sur les côtés. C’est le meuble indispensable des salles de discipline d’où les soldats ne peuvent sortir, même pour satisfaire certains besoins. Les soldats chargés de transporter ce fameux baquet tirent les oreilles à Jules ; quand, pour le vider, ils le font basculer, ils lui passent la jambe.

La Rue, 1894 : Tinette.

Virmaître, 1894 : Pot de chambre (Argot du peuple). V. Goguenot.

Rossignol, 1901 : Baquet qui se trouve dans toutes les salles de police ou violons. Un vase de nuit est aussi nommé Jules ou Thomas.

Hayard, 1907 : Camarade à Thomas : le pot de chambre.

France, 1907 : Baquet-tinette ; argot militaire.

— Mais pour en revenir à mon histoire, maintenant que tu sais que les canards ils sont des animaux plus décents et moins parfumés que toi, dis un peu voir comment tu t’y prendrais pour faire traverser le pont de la ville à cinquante canards, après les avoir fait manger, sans que pas un y laisse sur le pont ce que tu vas donner à Jules.

(La Baïonnette)

Pincer l’oreille à Jules, prendre le baquet par les anses. Passer la jambe à Jules, vider le goguenot. Aller chez Jules, aller aux cabinets. Travailler pour Jules, manger.

Pauvre pousse-crotte, je trotte,
J’astique et je frotte
Tous mes cuirs avec un bouchon.
— Ah ! mon vieux cochon ! —
Toi ! tu vas, tu viens, tu circules…
Réveils ridicules :
Moi, je pince l’oreille à Jules,
À Jules !

(Louis Marsolleau)

La frotte

Rossignol, 1901 : La gale.

Long du mur (le)

Delvau, 1866 : Avec son argent, — dans l’argot du peuple. Pour bien comprendre cette expression pittoresque si fréquemment employée, je veux citer la réponse que me fit un jour un coiffeur : « Combien gagnez-vous chez votre patron ? — Trois francs par jour. — Alors vous êtes nourri ? — Nourri et blanchi, oui… le long du mur ! »

Virmaître, 1894 : Les murs sont blancs ; quand on s’y frotte, on blanchit ses effets. Allusion à une bonne qui, avant d’entrer en place, demande ce qu’elle gagnera :
— Nourrie, vingt francs par mois, un jour de sortie.
— Et blanchie ?
— Le long des murs (Argot du peuple). N.

Lorette

Delvau, 1864 : Femme entretenue par Monseigneur Tout-le-Monde, et qui habite volontiers dans les environs de l’église de notre dame de Lorette. D’où son nom, qui lui a été donné par Nestor Roqueplan.

Je suis coquette
Je suis lorette
Reine du jour, reine sans feu ni lieu !
Eh bien ! J’espère
Quitter la terre
En mon Hotel… Peut-être en l’Hotel-Dieu

(G. Nadaud)

Larchey, 1865 : « C’est peut-être le plus jeune mot de la langue française ; il a cinq ans à l’heure qu’il est, ni plus ni moins, l’âge des constructions qui s’étendent derrière Notre-Dame-de-Lorette, depuis la rue Saint-Lazare jusqu’à la place Bréda, naguère encore à l’état de terrain vague, maintenant entourée de belles façades en pierres de taille, ornées de sculptures. Ces maisons, à peine achevées, furent louées à bas prix, souvent à la seule condition de garnir les fenêtres de rideaux, pour simuler la population qui manquait encore à ce quartier naissant, à de jeunes filles peu soucieuses de l’humidité des murailles, et comptant, pour les sécher, sur les flammes et les soupirs de galants de tout âge et de toute fortune. ces locataires d’un nouveau genre, calorifères économiques à l’usage des bâtisses, reçurent, dans l’origine, des propriétaires peu reconnaissants, le surnom disgracieux, mais énergique, d’essuyeuses de plâtres. l’appartement assaini, on donnait congé à la pauvre créature, qui peut-être y avait échangé sa fraîcheur contre des fraîcheurs. À force d’entendre répondre « rue Notre-Dame-de-Lorette » à la question « où demeurez-vous, où allons-nous ? » si naturelle à la fin d’un bal public, ou à la sortie d’un petit théâtre, l’idée est sans doute venue à quelque grand philosophe, sans prétention, de transporter, par un hypallage hardi, le nom du quartier à la personne, et le mot Lorette a été trouvé. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il a été lithographié pour la première fois par Gavarni, dans les légendes de ses charmants croquis, et imprimé par Nestor Roqueplan dans ses Nouvelles à la main. Ordinairement fille de portier, la Lorette a eu d’abord pour ambition d’être chanteuse, danseuse ou comédienne ; elle a dans son bas âge tapoté quelque peu de piano, épelé les premières pages de solfège, fait quelques pliés dans une classe de danse, et déclamé une scène de tragédie, avec sa mère, qui lui donnait la réplique, lunettes sur le nez. Quelques-unes ont été plus ou moins choristes, figurantes ou marcheuses à l’Opéra ; elles ont toutes manqué d’être premiers sujets. Cela a tenu, disent-elles, aux manœuvres d’un amant évincé ou rebuté ; mais elles s’en moquent. Pour chanter, il faudrait se priver de fumer des cigares Régalia et de boire du vin de Champagne dans des verres plus grands que nature, et l’on ne pourrait, le soir, faire vis-à-vis a la reine Pomaré au bal Mabile pour une polka, mazurka ou frotteska, si l’on avait fait dans la journée les deux mille battements nécessaires pour se tenir le cou-de-pied frais. La Lorette a souvent équipage, ou tout au moins voiture. — Parfois aussi elle n’a que des bottines suspectes, à semelles feuilletées qui sourient à l’asphalte avec une gaîté intempestive. Un jour elle nourrit son chien de blanc-manger ; l’autre, elle n’a pas de quoi avoir du pain, alors elle achète de la pâte d’amandes. Elle peut se passer du nécessaire, mais non du superflu. Plus capable de caprice que la femme entretenue, moins capable d’amour que la grisette, la Lorette a compris son temps, et l’amuse comme il veut l’être ; son esprit est un composé de l’argot du théâtre, du Jockey Club et de l’atelier. Gavarni lui a prêté beaucoup de mots, mais elle en a dit quelques-uns. Des moralistes, même peu sévères, la trouveraient corrompue, et pourtant, chose étrange ! elle a, si l’on peut s’exprimer ainsi, l’innocence du vice. Sa conduite lui semble la plus naturelle du monde ; elle trouve tout simple d’avoir une collection d’Arthurs et de tromper des protecteurs à crâne beurre frais, à gilet blanc. Elle les regarde comme une espèce faite pour solder les factures imaginaires et les lettres de change fantastiques : c’est ainsi qu’elle vit, insouciante, pleine de foi dans sa beauté, attendant une invasion de boyards, un débarquement de lords, bardés de roubles et de guinées. — Quelques-unes font porter, de temps à autre, par leur cuisinière, cent sous à la caisse d’épargne ; mais cela est traité généralement de petitesse et de précaution injurieuse à la Providence. » — Th. Gautier, 1845.

Delvau, 1866 : s. f. Fille ou femme qui ne vit pas pour aimer, mais au contraire, aime pour vivre. Le mot a une vingtaine d’années (1840), et il appartient à Nestor Roqueplan, qui a par un hypallage audacieux, ainsi baptisé ces drôlesses du nom de leur quartier de prédilection, — le quartier Notre-Dame-de-Lorette.

Rigaud, 1881 : Femme galante, femme entretenue. M. Prudhomme l’appelle « la moderne hétaïre ». Le mot a été créé en 1840 par Nestor Roqueplan.

Comme Vénus aphrodite de l’écume des flots, la lorette était née de la buée des plâtres malsains, là-haut, dans les quartiers bâtis en torchis élégants, la petite Pologne des femmes. Roqueplan s’était fait son parrain ; Balzac son historien ; Gavarni sa marchande de mots et de modes.

(Les Mémoires du bal Mabille)

Qu’est-ce que la lorette ? C’est la loi du divorce rétablie et, pour plus d’un mari, je le dis avec tristesse, la patience du mariage… La lorette n’est ni fille, ni femme, à proprement parler. C’est une profession c’est une boutique.

(Eug. Pelletan, La nouvelle Babylone)

Elle a un père à qui elle dit : Adieu papa ; tu viendras frotter chez moi dimanche. — Elle a une mère qui prend son café quotidien sur un poêle en fonte.

(Ed. et J. de Goncourt)

Il y a mille et une manières, en apparence de devenir lorette, mais au fond c’est la même. Une pauvre fille que l’on vend, une pauvre fille que l’on trompe.

(Paris-Lorette)

Une lorette, parlant d’un entreteneur pour lequel elle a du goût, dit : « Mon homme » ; l’entreteneur qu’elle considère et respecte est son monsieur ; quant à l’entreteneur pur et simple, quoi qu’il fasse, et quoi qu’il donne, il n’est jamais qu’un mufle.

(Idem)

Aujourd’hui les lorettes célèbres de 1840 ont vieilli. Elles comptent leur dépense avec leurs cuisinières, prennent l’omnibus quand il pleut, et élèvent des oiseaux. La lorette pure est maintenant un type évanoui, une race disparue.

(Paris à vol de canard.)

France, 1907 : Femme galante d’un certain luxe de tenue. Le mot a été mis à la mode par Nestor Roqueplan, vers 1840, à cause du nombre considérable de ces filles dans le quartier de Notre-Dame-de-Lorette. « L’ensemble des rues de ce quartier, écrivait-il, s’appelle le quartier des Lorettes, et, par extension, toutes ces demoiselles reçoivent dans le langage de la galanterie sans conséquence le nom de lorettes. » Le quartier est à peu près resté le même, mais le mot n’est plus guère employé que par les provinciaux.

Lorette, dit Balzac, est un mot décent inventé pour exprimer l’état d’une fille ou la fille d’un état difficile à nommer et que, dans sa pudeur, l’Académie a négligé de définir, vu l’âge de ses quarante membres. Quand un nom nouveau répond à un cas social qu’on ne pouvait pas dire sans périphrase, la fortune de ce mot est faite. Aussi la lorette passa-t-elle dans toutes les classes de la société, même dans celles où ne passera jamais une lorette.

Les lorettes habitent invariablement rue Notre-Dame-de-Lorette, rue Bréda, rue du Helder, rue Taitbout, rue Neuve-des-Mathurins ou rue Richer. Elles ne traversent jamais la Seine et s’écartent peu de la zone des boulevards. Elles savent Barême par cœur, jouent à la Bourse, roulent équipage, éclaboussent ceux qui vont à pied, et m’admettent dans leur salon que les hommes du meilleur monde… Elles ont les hommes en profond mépris et m’estiment que les coupons de la Banque de France.

(Ces Dames. — Physionomies parisiennes)

L’autre jour, j’ai entendu faire la définition suivante d’une lorette par la petite fille d’une portière de la place Vintimille :
— Une lorette, a-t-elle dit, c’est une dame qu’a une chemise sale, emprunte dix sous à mon papa, porte des jupons bariolés comme des drapeaux, ses bijoux au clou quand elle en a, et des plumes à son chapeau. À quarante ans, elle est ouvreuse aux Délassements-Comiques.
J’ai interrogé l’enfant terrible dans le but de savoir de qui elle tenait des renseignements aussi exacts.
— Monsieur, m’a-t-elle répondu naïvement, je le sais mieux que vous, puisque c’est arrivé à ma sœur.

(Léon Rossignol, Lettres d’un Mauvais Jeune homme à sa Nini)

Enfin, dans la catégorie des clandestines, c’est-à-dire parmi des filles dont l’insoumission à la police des mœurs est continuelle, toutes, depuis la riche lorette jusqu’à la pierreuse, sont dans la nécessité de se faire protéger. On conçoit alors que la position sociale des souteneurs doit varier autant que celle dans laquelle les filles se sont elles-mêmes placées.

(Léo Taxil, La Prostitution contemporaine)

Mascotte

Rigaud, 1881 : Fétiche au jeu. — Porte-chance. — Autant de joueurs, autant de mascottes. Tantôt c’est un sou troué, tantôt un fragment de n’importe quoi, un bouton, une petite épave de l’amour, une boucle de cheveux. — Un joueur donne à un pauvre, mascotte ; celui-ci refuse l’aumône à un malheureux, mascotte ; cet autre se promène jusqu’à ce qu’il ait rencontré un bossu ou un cheval blanc, mascotte ; ainsi à l’infini. — Il y a quelques années, à Monaco, un petit bossu réalisa d’assez beaux bénéfices rien qu’à faire toucher sa bosse aux joueurs superstitieux. Les prix étaient ainsi fixés : Un simple frottement, cinq francs ; frottement prolongé, dix francs ; droit de stationnement sur la bosse, vingt francs. La saison finie, notre homme regagnait Paris et enlevait son monticule… C’était un faux bossu.

France, 1907 : « C’est, depuis 1886, dit Lorédan Larchey, ce qu’on appelait, il y a quatre-vingts ans, un cul de Paris et un polisson ; il y a cinquante ans, une tournure. Seulement cet accessoire a grossi avec le temps (1889). »

Traînes crottées, mascottes trop en arrière et gorges plus en avant qu’il ne faudrait pour marquer bien.

(Paul Verlaine)

France, 1907 : Chapeau de feutre mou dont le fond se plie en soufflet.

France, 1907 : Fétiche de joueur.

France, 1907 : Fille qui a son pucelage.

Mais depuis quelques mois, Clara dédaignait ce genre d’amoureux. On la rencontrait partout avec une élève d’une classe voisine, Jeanne Durel, ingénue de seize ans, à la tête angélique d’un ovale allongé, aux bandeaux plats aux grands yeux bleus, une vierge de Greuze qu’on avait surnommée la Mascotte, et mille bruits honteux couraient parmi les élèves sur l’intimité des deux inséparables.
… Une fois, elle avait répondu par serrement de main à Jeanne Durel qui, furtivement, dans un couloir, l’avait embrassée en pleine bouche, à lèvres humides. L’ingénue à la tête angélique l’avait emmenée chez elle, après la classe, et l’y avait retenue deux heures. Clara était sortie de là honteuse, dégoûtée d’elle-même et n’avait plus jamais voulu, depuis, retourner chez la Mascotte.

(Henry Bauër, La Comédienne)

— Et dire que je mourrai sans avoir le pucelage de quelqu’un ! Ça serait mon rêve de trouver un débutant ! Je le payerais même, si je savais en rencontrer un !
— V’là ton affaire, dit un volontaire, le brigadier… c’est une mascotte !
— C’est vrai ? fit Blondinette en me saisissant par le cou.
— Il est fou ! répondis-je en haussant les épaules, mais je me sentais rougir jusqu’aux yeux.
— Écoute, mascotte ou non, ça ne fait rien, montons !

(Oscar Méténier, Le Brigadier Mascotte)

Mince alors !

France, 1907 : Exclamation ironique.

Entre Alphonses :
— T’as pas vu la femme qu’a eune peau que quand on la frotte, a laisse jaillir des étincelles ?
— Mince alors !… C’est rien chouette ! Son type n’a qu’à la frotter pour qu’elle éclaire !…

Mirliton

Delvau, 1864 : Un des nombreux synonymes des mots : vit, pine et con, — très usité dans les chansons et les poésies légères.

Je ne connais sur la terre
Que deux séduisants objets :
Ce vin qui remplit mon verre
Et d’un tendron jeune et frais.
L’étroit mirliton, etc.
Le cynique Diogène
Blâmait toujours le plaisir,
Et lui-même, dans Athènes,
Il empoignait pour jouir
Son vieux mirliton, etc.

(J. Cabassol)

Vos mirlitons, Mesdames, à présent,
Sont grands trois fois plus qu’ils ne devraient être.

(Grècourt)

Mais où placer un Amphion
Qui n’a qu’un petit mirliton ?

(Chanson anonyme moderne)

Delvau, 1866 : s. f. La voix humaine, — dans l’argot des faubouriens. Jouer du mirliton. Parler, causer.

Rigaud, 1881 : Voix. — Jouer du mirliton, parler.

France, 1907 : Ce n’est pas la trompette du plaisir, c’en est l’instrument, ce que Rabelais appelait Maistre Jehan Chouart ou Maistre Jehan Jeudi. Jouer du mirliton, sacrifier à Vénus, ou, suivant Maître Alcofribas, frotter son lard.

Ce soir, ma ménagère
Trouvant que j’rentrais tard,
J’lui dis : Écout’, ma chère,
J’apport’ pour le moutard
Un joli p’tit mirlitire,
Un charmant p’tit mirliton.
Là-d’sus, se mettant à rire,
Ma femm’, qui change de ton,
Veut jouer du mirlitire,
Veut jouer du mirliton,
Veut jouer du mir, du li, du ton,
Du mirliton !

(Le Mirliton)

Mirliton s’employait aussi autrefois pour la nature de la femme :

Auprès de toi, ma mignonne,
Mon cœur est comme l’aimant,
Et mon aiguille friponne
Cherche le pôle charmant
De ton mirliton.

(Le Nouveau Tarquin, 1731)

Nichons

Delvau, 1866 : s. m. pl. Seins, — dans l’argot des entants.

Virmaître, 1894 : Les seins.
— Laissez-moi tâter vos jolis nichons.
— Combien qu’tu payes ? (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Seins.

France, 1907 : Seins, appelés ainsi de la double niche qu’ils remplissent dans le corset.

La petite Nadège, protégée depuis peu par un Marseillais, arrive hier très en retard à un grand dîner chez une amie.
Immédiatement une odeur d’ail emplit la salle à manger. Le fard de ces dames se craquèle sur leurs joues.
— Ah ! il t’en fait manger de l’ail, ton Marseillais !
— Qui, moi ? Pas du tout.
— Mais tu ne 1e sens pas !…
— Je vais te dire… Je n’en mange pas, mais il m’en frotte tous les soirs sur mes nichons.

(Le Diable Amoureux)

Un employé d’commerce
En quête d’un emploi
Chez un’ veuve perverse
S’en vint rue du Bouloi ;
C’était un’ négociante
Aux plantureux nichons,
Qui, femme très vaillante,
Gérait ell’-mêm’ son fonds.

(Henri Bachman)

Certains nichons, faits en forme de poire,
Ont un bouton de rose pour tétin ;
D’autres sont ronds avec des tons d’ivoire,
Ou des reflets de soie ou de satin ;
D’autres encore, aussi doux que la plume,
Sont les coussins des ébats folichons,
Enfin, Messieurs, il faudrait un volume
Pour détailler les grâces des nichons.

(Lemercier)

Ognon

d’Hautel, 1808 : Pérette à l’ognon. Petite fille babillarde et inconséquente, qui fait la bégueule et la mijaurée.
Il y a de l’ognon. Locution basse et triviale, tirée d’une chanson populaire, pour, il y a quelque chose là dessous ; on trame quelque mauvaise affaire.
Il croît à la façon des ognons. Pour dire que quelqu’un épaissit et ne grandit pas.
Être vêtu comme un ognon. Se dit de quelqu’un qui porte un grand nombre d’habits les uns sur les autres.
Se mettre en rangs d’ognons. Se placer en un rang ou il y a des personnes plus considérables que soi.
Il s’est frotté les yeux avec un ognon. Se dit par ironie d’une personne peu sensible, et qui affecte de verser des larmes pour un évènement qui ne l’intéresse que faiblement.

Delvau, 1866 : s. m. Grosse montre, de forme renflée comme un bulbe, — dans l’argot du peuple, ami des mots-images. On remarquera que, contrairement à l’orthographe officielle, j’ai écrit ognon et non oignon. Pour deux raisons : la première, parce que le peuple prononce ainsi ; la seconde, parce qu’il a raison, oignon venant du latin unio. J’ai même souvent entendu prononcer union.

Oreille

d’Hautel, 1808 : Cela n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Pour dire qu’on a vivement relevé une parole piquante, qu’on y a riposté sur-le-champ.
Je suis sourd d’un oreille et n’entends pas de l’autre. Pour dire à quelqu’un que l’on ne consentira pas à ce qu’il demande, qu’on ne peut condescendre à ses désirs, que ses souhaits sont indiscrets.
Il n’entend pas de cette oreille-là. Se dit par ironie d’un homme avare, intéressé, qui a de la peine à payer ses dettes.
Les murs ont des oreilles. Voyez Muraille.
Cela lui entre par une oreille et lui sort par l’autre. Se dit d’un homme qui ne fait aucune attention à ce qu’on lui adresse ; qui méprise toutes les représentations qu’on lui fait.
Faire la sourde oreille. Faire semblant de ne pas entendre ce qu’on dit, n’y point avoir égard.
Corner aux oreilles de quelqu’un. Vouloir lui parler continuellement d’une affaire, vouloir le persuader, le forcer à vous entendre.
Frotter les oreilles à quelqu’un, ou lui donner sur les oreilles. Pour le corriger, le battre.
Les oreilles lui cornent. Se dit à quelqu’un qui croit entendre un bruit réel ; ou qui entend tout de travers.
Baisser l’oreille. Être humilié, mortifié ; être déchu d’une bonne condition.
Il a eu sur les oreilles. Se dit de quelqu’un qui a essuyé quelque perte ou quelque grande maladie.
Avoir la puce à l’oreille. Être inquiet, tourmenté, comme le sont les jaloux ; être occupé de quelque chose qui ôte le sommeil.
Secouer les oreilles. Signe négatif, pour faire entendre que l’on ne consent pas à ce qu’on exige de vous ; qu’on ne tient nul compte de quelque chose ; qu’on s’en moque.
Il sera bien heureux, s’il en rapporte ses oreilles. Pour dire qu’un homme qui s’est exposé à un grand péril, sera bien heureux s’il en revient sain et sauf.
Du vin d’une oreille. Pour dire excellent.
Du vin de deux oreilles. Pour dire détestable, parce qu’on secoue les deux oreilles en signe d’improbation.
Il lui a fait une oreille. Se dit par raillerie de quelqu’un que l’on soupçonne avoir coopéré à la naissance d’un enfant.
Être crotté jusqu’aux oreilles. Être fort mal dans ses affaires.
Gratter l’oreille à quelqu’un. Le cajoler, le flatter, pour en obtenir ce que l’on désire.
On dit aussi d’un homme inquiet et soucieux, qui n’a pas de mémoire, qu’il se gratte l’oreille.
Il est toujours pendu à ses oreilles.
Pour dire il le suit continuellement.
Se faire tirer l’oreille. Faire quelque chose de mauvaise grace ; se faire prier long-temps pour les moindres choses.
L’argent lui fait ouvrir les oreilles. Pour le rend attentif à quelque chose qu’il ne vouloit pas entendre ; le fait consentir à une proposition à laquelle il étoit sourd auparavant.
Lever l’oreille. Être orgueilleux de ses succès ; être fier de son bonheur.

France, 1907 : Nom de plusieurs champignons à chapeau adhérent par le côté, qui poussent soit sur le tronc, soit au pied des arbres dont il portent le nom, ou sur le bois en décomposition, au pied de quelque plante : oreille d’aloyard (de peuplier blanc), oreille de suie (de sureau), oreille d’ours, oreille de chardon, que les Provençaux et les Languedociens mangent à l’huile asaisonnée d’ail, de poivre et de sel : oreille de Judas.

Oublieux

France, 1907 : Marchand d’oublies, oublieur. On les appelait au moyen âge oblayers. Les statuts de ce métier montrent que, de 1397 à 1406, il y en avait à Paris vingt-neuf qui pouvaient faire chacun par jour mille oublies de différentes espèces. Ils les débitaient dans les rues, dit Léon de Laborde, et les jouaient aux dés sur le coffret qui les contenait. Nous avons dans les marchands de macarons et de plaisir les dernières lueurs de cet usage. Les oblayers étendaient leur spécialité à toute la pâtisserie en général. Ajoutons que cette friandise fort appréciée des enfants était connue des Grecs et des Romains. Ces derniers l’appelaient panis obelius.

Soldats, fils de famille, apprentis, artisans,
Fraters, coleporteurs, vieillards, adolescens,
Oublieux, portefaix, décroteurs, revendeuses,
Serruriers, porteurs d’eau, frotteurs et ravaudeuses,
Sans compter mes cadets que j’avois débauchés,
Tous ces gens sur mon livre à l’instant sont couchés.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Paillasson

Delvau, 1864 : Homme trop porté sur son membre ; libertin à qui la qualité importe peu, pourvu qu’il ait la quantité.

J’ pine à l’œil et j’ m’en fais gloire,
C’est mon gout d’êtr’ paillasson.

(Chanson anonyme moderne)

Delvau, 1866 : s. m. Libertin, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi souteneur de filles. Mais le premier sens est le plus usité, et depuis plus longtemps, comme en témoigne ce passage d’une chanson qui avait, sous la Restauration, la vogue qu’a aujourd’hui la chanson de l’Assommoir :

Chaque soir sur le boulevard
Ma petit’ femm’ fait son trimar,
Mais si elle s’port’ sus l’paillasson,
J’lui coup’ la respiration :
Je suis poisson !

Rigaud, 1881 : Homme aimé un moment pour lui-même, — dans le jargon des filles.

Celui avec lequel elle passe un caprice, auquel ce se donne sans lui demander de l’argent, un paillasson.

(Paris-vivant, La Fille. 1858)

Rigaud, 1881 : Libertin qui ne craint pas de se frotter à toutes les paillasses des drôlesses.

Paillasson, quoi ! cœur d’artichaut. C’est mon genre : un’ feuill’ pour tout l’monde. Au jour d’aujourd’hui, j’gob’ la blonde ; Après-d’main, c’estlabrun’qu’im’faut.

(La Muse à Bibi, Le Paillasson)

La Rue, 1894 : Libertin. Amant de cœur.

France, 1907 : Amant d’une fille publique, d’une paillasse.

C’est d’nature, on a ça dans l’sang :
J’suis paillasson ! c’est pas d’ma faute,
Je m’fais pas plus marioll’ qu’un aut’e,
Mon pèr l’était ; l’Emp’reur autant !

(André Gill, La Muse à Bibi)

France, 1907 : Chevelure. N’avoir plus de paillasson à la porte, être chauve.

— Eh ben ! en v’là un vieux gâteux avec son crâne à l’encaustique ! S’il avait des cheveux, il serait encore assez réussi. Mais il n’a plus de fil sur la bobine, plus de crin sur la brosse, plus de gazon sur le pré ; il a le caillou déplumé, quoi ! Enfin, n’y a plus de paillasson à la porte.

(Baumaine et Blondelet)

France, 1907 : Petite pièce en un acte donnée avant une grande, autrement dit : lever de rideau.

Patarosses

France, 1907 : Bourrelets que font les forçats avec des chiffons pour se garantir les jambes du douloureux frottement de l’anneau de la chaîne.

Petits cadeaux entretiennent l’amitié

France, 1907 : C’est surtout l’amour qu’ils entretiennent, et rien de plus vu que ce conte espagnol : Une jeune et belle marquise accueillit un jour d’un air boudeur son amant qui venait les mains vides. C’était, sans doute, un poète plus amoureux que riche, il s’étonna de sa froideur, surtout quand il en sut le motif : « Hélas ! dit-il, je n’ai que mon cœur à vous offrir. » Alors la marquise lui fit ce discours : « Souvenez-vous que s’il arrivait à une reine de recevoir les vœux d’un valet de ses écuries, elle attendrait de lui quelque petit présent, ne fût-ce que son étrille. » Là-dessus le poète, qui n’était pas sot, réprliqua : « Sans doute, mais elle préférerait le bouchon », faisant allusion au bouchon avec lequel on frotte les chevaux.
Les Anglais ont le même dicton : Giff-gaff makes good friends. Un autre vieux proverbe français dit : Bon présent en amour sert mieux que babil.

Petits vits

Delvau, 1864 : Synonymes : l’asticot, la bibite, le fifre, guiguitte, la quéquette, le salsifis, etc., etc.

Ces petits vits desquels l’enflure
À peine garnit l’ouverture
Des cons, voire des plus petits,
Sont haïs de nous autres, filles,
Et les estimons inhabiles
À chatouiller nos appétits.
Ces petits vits à la douzaine
Ne rendent la nature pleine
Et ne donnent jusque au bout ;
Il semble qui l’on nous farfouille
Ou d’un fétu, ou d’une douille :
Il faut égalité partout
[…]
Ils vont vagabonds par la place,
Sans marquer ni chemin ni trace :
Les murs n’approchent nullement,
Le plancher sur leur chef se hausse,
C’est une volupté sans sauce :
Le plaisir vient du frottement.

(Le Sr de Sygognes)

Pilier

d’Hautel, 1808 : Se frotter au pilier. Prendre les mauvaises habitudes des personnes que l’on fréquente.
Un pilier de cabaret. Ivrogne de profession, qui du matin au soir ne décesse de boire, ne bouge pas du cabaret.
Il a de bons gros piliers. Se dit en plaisantant d’un homme qui a les jambes grosses et massives.

Halbert, 1849 : Maître de maison de femme.

Larchey, 1865 : Habitué dont la présence soutient un établissement comme un pilier soutient un plafond.

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui ne bouge pas plus d’un endroit que si on l’y avait planté. Argot du peuple. Pilier de cabaret. Ivrogne. Pilier d’estaminet. Culotteur de pipes. Pilier de Cour d’assises. Qui a été souvent condamné.

Rigaud, 1881 : Commis. — Pilier de boutanche, commis de magasin. — Pilier de paquelin, commis voyageur. — Pilier du creux, pilier de la boîte, chef de maison, patron d’un établissement.

Rigaud, 1881 : Fidèle habitué d’un endroit. — Pilier de café, pilier de bal public.

La Rue, 1894 : Le mari de la matrone au prostibulum.

Pince-sans-rire

Delvau, 1866 : s. m. Agent de police, — dans l’argot des voleurs.

Delvau, 1866 : s. m. Homme caustique, qui blesse les gens sans avoir l’air d’y toucher, ou qui dit les choses les plus bouffonnes sans se dérider. On dit aussi Monsieur Pince-sans-rire.

Rigaud, 1881 : Agent de police, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Agent de police.

France, 1907 : Agent de police, argot les voleurs.

France, 1907 : Personne qui blesse sans avoir l’air d’y toucher.
Cette expression vient d’un vieux jeu de société quelque peu tombé en désuétude, excepté toutefois dans plusieurs provinces, pour les enfants. Il consiste à faire asseoir une personne de la compagnie, tandis qu’une autre prend un chandelier dont le dessous est noirci de suif, ou une soucoupe noircie d’encre ; il y frotte le pouce et l’index à l’insu du patient et le pince en divers endroits du visage en disant à chaque fois : « Je vous pince sans rire. » Mais il arrive que ce visage barbouillé de noir fait toujours rire une des personnes présentes, qui est obligée alors de prendre la place de celui ou de celle qui vient d’être pincée.

Millière m’était antipathique avec son air de pince-sans-rire, sa longue figure osseuse et sa cascade de cheveux grisonnants dont les ondes retombaient sur le collet de l’habit. Il étant peut-être convaincu, bien que son attitude fût un peu indécise, mais à coup sûr il posait pour l’apôtre.

(Sutter-Laumann, Histoire d’un Trente sous)

Poil dans la main (avoir un)

Rigaud, 1881 : Être paresseux, Allusion à un poil imaginaire qui empêche de travailler celui qui en est détenteur. — Avoir un fameux poil dans la main, être très paresseux.

France, 1907 : Être fainéant ; image populaire indiquant que l’absence de poils à la face palmaire tient aux frottements de l’instrument de travail.

— Eh ! ce fichu poil dans la main, pardi ! l’horreur du travail, la flemme, la paresse. La tête va bien, les jambes sont bonnes ; l’estomac — il est admirable : j’absorbe tout ce que je veux. Nul embarras dans le verbe : je puis, deux heures d’affilée, débiner les camarades au café. Mais dès que j’essaie de travailler, je sens que je vais mourir, je meurs, je m’éteins.

(Émile Goudeau)

Quand il a fait un joli gain,
Victoria n’est pas sa marraine,
Mais si, deux jours de la semaine,
Il possède un poil dans la main,
L’horloger, au mois de décembre,
N’en a pas toujours dans sa chambre.

(Alfred Marquiset, Rasures et Ramandons)

Polluer le dard (se)

Delvau, 1864 : Se masturber.

Notre cocher, sans vergogne et sans fard,
Sur ses coursiers laissait frotter les rênes
Et des deux mains se polluait le dard.

(Anonyme)

Raclée

Larchey, 1865 : Rossée. C’est plus qu’une frottée.

Ça lui procura de leur part quelques belles raclées.

(L. Desnoyer)

Delvau, 1866 : s. f. Coups donnés ou reçus, — dans l’argot du peuple.

France, 1907 : Correction, volée de coups.

Or, le 5 novembre 1757, le Bon Dieu avait favorisé sa chère armée prussienne, précisément parce qu’elle était commandée par un affreux voltairien, appelé Frédéric II, qui ne croyait pas en lui. Nous avions, nous, pour chef, un bon croyant, plein de croisades sur son blason et prince de Soubise… Enfin, nous reçûmes la raclée, quoi ! parce que c’était notre tour de la recevoir.

(Émile Bergerat)

Remuer du cul ou du croupion

Delvau, 1864 : Se trémousser de plaisir sous l’homme.

Et tandis qu’elles font bien leur devoir de remuer du croupion et de pressurer la grappe soigneusement pour faire que le jus en sorte…

(Mililot)

Sur son lit d’acajou,
Cette jeune ingénue
Fort gentiment remue
Du cul pour un bijou.

(J. Duflot)

Enfin, à force de frotter et de remuer le cul de part et d’autre, il arrive que tous deux viennent à s’échauffer d’aise par une petite démangeaison et chatouillement qui leur vient le long des conduits.

(Mililot)

Elle passa dans un bois avec un jeune compagnon dans l’espérance d’y bien remuer les fesses.

(D’Ouville)

Le garçon en avertit la fille et elle le garçon : cela les oblige à frotter plus fort et à remuer plus vite les fesses.

(Mililot)

Que j’étais jeune, que j’avais les reins souples et que je les pouvais remuer.

(P. De Larivey)

Tous vos baisers sont contraints ;
Mais remuez donc les reins !
Que faites-vous de vos mains ?

(Béranger)

S’y frotte s’y pique (qui)

France, 1907 : C’était autrefois la devise de nombre de chevaliers avec un chardon pour emblème. Ce chardon se retrouve dans les armes de Nancy accompagné de cette légende : non inultus premor. On applique ce dicton aux gens irascibles et pointilleux.

Sézière, sézigue

France, 1907 : Lui, elle. Rouscaillez à sézière, parlez-lui.

Et les punit en la forme qui suit : premièrement on lui ôte tontine son frusquin, puis on urine dans une saliverne de sabri avec du pivois aigre, une poignée de marrons et un torchon de frétille, et on frotte à sézière tant son proy qu’il ne demorfle d’un mois aprés.

(Le Jargon de l’argot)

Singe

d’Hautel, 1808 : Payer en monnoie de singe, en gambades. Se moquer de celui à qui l’on doit, au lieu de le satisfaire. Ce proverbe vient de ce qu’autre fois les bateleurs qui montroient des singes, étoient obligés, pour tout péage, à l’entrée des villes, de faire danser leurs singes. ACAD.
Singe. C’est le nom que les imprimeurs à la presse donnent aux compositeurs qui ne font pour ainsi dire que copier le manuscrit, et pour se venger de ces derniers, qui les appellent ours.
C’est un vrai singe.
Se dit d’un homme qui imite avec trop d’affectation les gestes d’un autre homme.
Adroit comme un singe. Se dit d’un homme agile et industrieux.
Malin comme un singe. Se dit d’un enfant fort espiègle, très-avisé.

Halbert, 1849 : Chef d’atelier, le patron.

Larchey, 1865 : « En revanche, les ours ont nommé les compositeurs des singes à cause du continuel exercice qu’ils font pour attraper les lettres dans les cinquante-deux petites cases où elles sont contenues. » — Balzac.
Monnaie de singe : Grimace. V. Roupie.

Il la payait, comme dit le peuple en son langage énergique, en monnaie de singe.

(Balzac)

Delvau, 1866 : s. m. Ouvrier compositeur, — dans l’argot des imprimeurs.

Delvau, 1866 : s. m. Patron, — dans l’argot des charpentiers, qui, les jours de paye, exigent de lui une autre monnaie que celle de son nom.

Rigaud, 1881 : Apprenti typographe.

Rigaud, 1881 : Patron. Nom donné primitivement par les peintres en bâtiment aux bourgeois qui les employaient, et, par extension, par tous les ouvriers à leurs patrons. Aujourd’hui ce sobriquet est trop connu pour qu’il soit employé en présence du patron ou’ du contre-maître. Dans la plupart des ateliers on choisit un sobriquet qui rappelle soit les mœurs, soit les habitudes, soit une infirmité du patron.

Boutmy, 1883 : s. m. Ouvrier typographe. Ce mot, qui n’est plus guère usité aujourd’hui et qui a été remplacé par l’appellation de typo, vient des mouvements que fait le typographe en travaillant, mouvements comparables à ceux du singe. Une opinion moins accréditée, et que nous rapportons ici sous toutes réserves, attribue cette désignation à la callosité que les compositeurs portent souvent à la partie inférieure et extérieure de la main droite. Cette callosité est due au frottement réitéré de la corde dont ils se servent pour lier leurs paquets.

Les noms d’ours et de singe n’existent que depuis qu’on a fait la première édition de « l’Encyclopédie », et c’est Richelet qui a donné le nom d’ours aux imprimeurs, parce que, étant un jour dans l’imprimerie à examiner sur le banc de la presse les feuilles que l’on tirait, et s’étant approché de trop près de l’imprimeur qui tenait le barreau, ce dernier, en le tirant, attrape l’auteur qui était derrière lui et le renvoie, par une secousse violente et inattendue, à quelques pas de lui. De là, il a plu à l’auteur d’appeler les imprimeurs à la presse des ours, et aux imprimeurs à la presse d’appeler les compositeurs des singes.

(Momoro)

Autrefois MM. les typographes se qualifiaient pompeusement eux-mêmes du titre d’hommes de lettres, et MM. les imprimeurs de celui d’hommes du barreau.

Virmaître, 1894 : Patron. Presque tous les corps de métiers, à l’exception des chapeliers, nomment leur patron un singe. Singe, ouvrier compositeur. Ce n’est pourtant pas dans un atelier de typographie qu’il faut chercher des grimaces (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Patron.

France, 1907 : Dessin d’imitation ; argot des polytechniciens.

Le singe imite tout ce qu’il voit faire, de là le mot singe employé pour désigner le dessin d’imitation… Les uns dessinent d’après les estampes, d’autres le paysage, d’autres des chevaux ; une section occupe un petit amphithéâtre réservé à la bosse ou à l’étude du modèle vivant. Ces différents genres de dessin sont ce qu’on appelle le singe mort, le jodot, les zèbres et le singe vivant.

(Albert Lévy et G. Pinet)

France, 1907 : Patron, directeur, chef, maître quelconque. Ce sobriquet est général, il est passé des ouvriers, des domestiques, aux employés de magasins et de bureaux.

France, 1907 : Petite fille ou femme laide, chétive, disgracieuse.

— Conment ! ce petit laideron que j’ai accueillie par charité, cette horreur que je suis forcé de voir chaque jour à ma table, qui a déjà apporté chez moi une maladie contagieuse… cette petite guenon, amenant le vice chez nous, est la cause de la mort de ce pauvre garçon… L’imbécile ! un singe comme ça !

(A. Bouvier, La Grêlée)

France, 1907 : Sobriquet donné autrefois aux ouvriers typographes à cause des gestes saccadés qu’ils font en levant la lettre. Ce mot a été remplacé par celui de typo.

France, 1907 : Viande de conserve ; argot militaire.

Comme de coutume au régiment le 14 juillet on nous a fait faire ripaille. Les grands chefs avaient ordonné à nos sacrés capitaines de bien nourrir leurs hommes.
Ah ! ils nous ont bien nourris !
Un de ces gradés n’a rien trouvé de mieux que de nous faire bouffer du singe.
Tu dois penser que ça ne doit pas être fameusement ragoûtant. Il s’en faut ! C’est de la bidoche qui a au moins cinq ans de magasin et qui, peut-être, est en conserves depuis six ou huit ans…, sinon plus !

(Le Père Peinard)

anon., 1907 : Patron.

Suce larbin

Vidocq, 1837 : s. m. — Bureau de placement de domestiques. Les bureaux de placement, tels qu’ils existent maintenant, nuisent à ceux qui se font servir, et à ceux qui servent, aussi le mal qui résulte de leur existence est-il visible à tous les yeux. Les quelques notes qui suivent, sont extraites du prospectus que je publiais lorsque je me déterminais à fonder, sous le titre de l’Intermédiaire, une agence qui, j’ose le croire, aurait rendu d’éminens services à la société si elle avait été mieux comprise.
« Un décret impérial du 10 octobre 1810 fixa la position des individus qui étaient ou qui voulaient se mettre en service en qualité de domestiques ; ce décret, à la fois juste et sévère, prévoyait tous les abus.
Les bons domestiques l’accueillirent avec plaisir ; l’homme probe ne redoute pas les investigations, il sait fort bien qu’il ne peut que gagner à être connu ; mais ceux dont la conscience n’était pas nette, employèrent tous les moyens que leur suggéra leur imagination pour éluder et paralyser les effets qu’il devait produire : celui qu’ils adoptèrent devait nécessairement réussir, à une époque où la police était ombrageuse et la population inquiète.
Si vous parlez de la police à la plupart des habitans de Paris, ils croiront tout ce que vous voudrez bien leur dire, ils flétriront du nom de mouchard tous les individus dont ils ne connaissent pas les moyens d’existence.
Les domestiques, presque tous doués d’une certaine finesse et d’une grande perspicacité, avaient remarqué celte tendance des esprits, ils l’exploitèrent à leur profit.
Lorsqu’ils se présentaient pour obtenir une place et qu’on leur demandait l’exhibition de leur livret, ils répondaient : « Monsieur ignore sans doute que tous les porteurs de livret sont vendus à la police ; nous n’avons pas voulu en prendre afin de ne pas être contraints à exercer l’ignoble métier de mouchard. » Si cette réponse eût été seulement celle de quelques individus, ce grossier subterfuge n’aurait trompé personne ; les domestiques sentirent cela, aussi lorsqu’ils se trouvaient avec ceux de leurs camarades possesseurs du livret qu’ils n’avaient pu obtenir, ils disaient : « J’obtenais aujourd’hui une excellente place, si je n’avais pas eu la maladresse de montrer mon livret ; les maitres pensent que l’on n’en délivre qu’à des agens secrets de la police. » Crédules comme tous les honnêtes gens, les bons domestiques croyaient cela, et lorsqu’à leur tour ils se présentaient dans une maison nouvelle, ils cachaient avec soin leur livret.
Les mauvais domestiques furent et sont encore favorisés dans leurs desseins par l’indifférence coupable des maîtres, qui ne cherchent pas assez à connaître l’homme qu’ils admettent dans leur intérieur, auquel ils confient leur fortune et leur vie ; ces derniers n’exigent de cet homme que des certificats sans authenticité, et qui, s’ils ne sont faux, sont très-souvent arrachés à la complaisance ; le maître les examine sans les voir, les rend au domestique et tout est dit : souvent aussi, pour ne point se donner la peine de s’habituer à un nom nouveau, il donne à celui qu’il vient de prendre à son service le nom de son prédécesseur, il se nommait Pierre, le nouveau se nommera Pierre ; le domestique dont les intentions sont mauvaises, loin de s’opposer à cette manie, la fait naître ; qu’arrive-t-il ensuite ? Pierre vole et se sauve ; où chercher Pierre ?
L’impunité enhardit les fripons : lorsqu’un domestique a commis un vol de peu d’importance, un couvert, une montre, etc., le maître qui ne veut pas sacrifier au juge d’instruction et aux audiences de la Cour d’Assises un temps qu’il peut employer plus agréablement, le chasse et lui dit d’aller se faire pendre ailleurs. Qu’arrive-t-il encore ? Le domestique ne va pas se faire pendre, il va voler ailleurs ; encouragé par l’indulgence de son maître, il ne s’arrête plus à des bagatelles, il tente un coup hardi, et s’il réussit il peut aisément se soustraire aux recherches puisque l’on ignore jusqu’à son véritable nom.
Ainsi sapé dans ses fondemens, par la ruse des domestiques et l’insouciance des maîtres, le décret de 1810 ne vécut pas long-temps : c’est souvent le sort des meilleures institutions.
Aujourd’hui rien ne régit la classe si nombreuse des domestiques (dans Paris seulement on en compte plus de quatre-vingt-dix mille), les effets déplorables de cet état de choses sont visibles à tous les yeux ; les crimes nombreux commis par des individus de cette profession épouvantent non-seulement les gens obligés de se faire servir, mais encore le philantrope qui désire l’amélioration des classes infimes. »
Une cause qui contribue puissamment à démoraliser les domestiques, est la multitude de bureaux de placement qui infestent la capitale (on en compte plus de trois cents) ; la Gazette des Tribunaux a plus d’une fois donné la mesure de la moralité des individus qui dirigent ces sortes d’établissemens : (nous apprenons au moment de mettre sous presse, que les tribunaux viennent de faire justice de deux de ces forbans. La Gazette des Tribunaux rapporte, que les sieurs Prévost et Turquin, directeurs du bureau de placement rue St.-Denis, no 357, viennent d’être condamnés à un an de prison, cent francs d’amende, et à la restitution des sommes nombreuses extorquées par eux.) Tout le monde sait que leur but unique est de gagner de l’argent ; pour arriver à ce but ils doivent désirer des mutations, car plus il y a de mutations, plus il y a d’inscriptions à recevoir.
Dans toutes les professions centralisées, lorsqu’un individu commet une faute, si elle est légère il se corrige, si elle est grave ou s’il y a récidive, il doit disparaître de la corporation ; les bureaux de placement qui admettent sans examen préalable tous ceux qui se présentent, donnent aux mauvais domestiques la faculté de se produire comme des hommes nouveaux autant de fois qu’il y a d’établissement de ce genre ; les maîtres qui choisissent là leurs serviteurs sont donc continuellement exposés, et, sans qu’ils s’en doutent, leurs domestiques (que l’on me pardonne cette comparaison) jouent chez eux le rôle de l’épée de Damoclès : au premier jour ils s’éveillent et sonnent leur domestique, il ne vient pas, ils se frottent les yeux et cherchent leur montre ; plus de montre, elle a disparu avec le domestique ayant de bons répondans. Un autre inconvénient des bureaux de placement, moins grave il est vrai, mais cependant très-désagréable, est celui-ci : vous demandez un cocher, on vous envoie un pâtissier ; vous voulez un cuisinier, c’est un palefrenier que l’on vous adresse.
Si les bureaux de placement nuisent aux maîtres, ils nuisent aussi aux bons serviteurs ; alléchés par des annonces mensongères, ces hommes laborieux grimpent bravement les quelques étages qui conduisent au cabinet du distributeur de places, paient une somme plus ou moins forte, et sortent bercés par l’espérance d’obtenir un emploi qui n’existe que sur le carton qui leur a servi d’appeau. Les directeurs de bureaux de placement ont aussi des compères chez lesquels ils envoient des sujets qui arrivent toujours trop tard.
Lorsque l’on a toujours vécu dans une certaine sphère, on ne trouve souvent dans son cœur que du mépris pour ces individus que la société repousse de son sein, et tout le monde sait que le mépris éloigne la compassion : dans la carrière pénible que j’ai parcourue, j’ai pu étudier des mœurs qui échappent aux yeux des gens du monde ; j’ai eu le courage de fouiller les sentines de la prostitution, et à quelques variantes près, j’ai toujours entendu la même histoire. Une jeune fille arrive à Paris ; lorsqu’à sa descente de voiture elle ne trouve pas certaine courtière, elle porte ses pas vers le premier bureau de placement, paye et attend patiemment la place qui lui a été promise ; le dénuement, la misère arrivent avant la place, et bientôt, ne sachant plus que faire, il faut qu’elle se prostitue à un de ces vieux libertins qui n’oseraient s’adresser à une agence recommandable, et qui vont hardiment chercher dans les bureaux de placement les victimes de leur lubricité, ou bien qu’elle meure de faim ; et que l’on ne croie pas que les choses soient ici poussées jusqu’à leurs dernières conséquences, il n’y a pas d’exagération dans ce que j’avance ; je suis seulement rigoureusement vrai. Oui, cette nécessité cruelle qui crie sans cesse aux oreilles du malheureux : il faut vivre, a poussé plus de victimes dans l’abîme, que la corruption et la débauche.
« Quelquefois aussi il arrive que ces individus sont les premiers trompés, à ce sujet que l’on me permette de citer un exemple récent.
Un sieur Gazon avait chargé un individu, à la fois écrivain public et directeur d’une agence de placement, de lui trouver une jeune fille probe et jolie. L’obligeant courtier, sans trop s’inquiéter de la première des qualités exigées, procura au sieur Gazon une jeune fille de dix-sept ans ; ce dernier la reçut chez lui, et peu de temps après la jeune innocente lui vola 35,000 francs ; la Gazette des Tribunaux a rendu compte de ce fait. (Numéros des 28 août et 11 septembre 1835.)
Un établissement créé sur une vaste échelle, qui remédierait aux inconvéniens, aux vices même qui viennent d’être signalés, établissement fondé dans l’intérêt des maîtres ct dans celui des domestiques, doit, si je ne me trompe, satisfaire un besoin général et vivement senti : les services immenses que j’ai pu rendre au commerce depuis que mes bureaux de renseignemens existent, ont engagé mes nombreux cliens à désirer cet établissement, qui doit améliorer une classe nombreuse, intéressante, et qui n’a besoin pour devenir meilleure, que d’être guidée, éclairée et surtout protégée.
Déjà bon nombre d’industriels me trouvant toujours sur leurs pas, se sont corrigés ; ils suivent d’autres erremens et manifestent l’intention de devenir honnêtes : ce qui est arrivé aux flibustiers du commerce, arrivera sans doute aux domestiques ; tous mes efforts du moins tendront à atteindre ce but : ceux qui ne seront qu’égarés seront ramenés avec douceur, ceux qu’on ne pourra corriger seront repoussés de l’administration, ils devront donc disparaître de la corporation : au reste, et qu’on ne croie pas que ce que je vais dire soit une de ces phrases de prospectus dont la banalité ne trompe plus personne ; l’intérêt n’a pas été le moteur créateur de cette entreprise, j’ai cédé aux instances des plus recommandables philantropes qui ont bien voulu m’honorer, m’aider de leurs conseils, et m’engager à ne point abandonner une entreprise dont je ne cherche pas à me dissimuler les écueils, et qui d’abord m’avait paru une utopie irréalisable.
Je n’ai pas non plus commencé à agir sans m’être entouré de toutes les lumières qu’il était possible de recueillir ; j’ai pris les avis des personnages haut placés qui se sont spécialement occupés de la matière ; j’ai consulté d’anciens et loyaux domestiques : l’approbation des uns et des autres a été une récompense prématurée dont je saurai, je l’espère, me montrer toujours digne.
Sans pourtant négliger les anciens domestiques, je m’occuperai plus spécialement des hommes nouveaux qui débuteront dans la capitale, car souvent les premiers pas d’un homme décident de sa vie toute entière. Une correspondance sera établie avec MM. les maires de toutes les communes de France qui voudront bien, sans doute, encourager mes efforts et m’adresser ceux de leurs administrés qui viendraient à Paris pour servir. Aucun domestique ne sera admis à l’agence qu’il n’ait préalablement établi son individualité d’une manière positive, et justifié de l’emploi de son temps depuis sa sortie de son pays.
Une carte dont le domestique sera porteur pour être envoyé en place, fera connaître ses nom, prénoms, ses antécédens, etc., etc. ; les maîtres sauront donc enfin quelles sont les mœurs, les habitudes et le caractère de leurs serviteurs.
Comme on l’a déjà dit, les mauvais seront impitoyablement repoussés, les bons, au contraire, seront protégés, aidés et secourus en cas de besoin.
Je ne prétends pas avancer que ces mesures détruiront de suite le mal, le temps seul peut opérer des prodiges ; mais si les maîtres veulent bien, en s’adressant exclusivement à moi, seconder mes efforts, le bien ne tardera pas à se faire sentir.
Les domestiques sortis de l’administration devront donc jusqu’à un certain point inspirer de la confiance, car enfin ils seront connus, et leur vie passée sera la garantie morale de leur vie à venir.
On appréciera, j’ose l’espérer, ce que je viens de dire, et pour être bien comprises, mes raisons n’ont pas besoin de plus longues explications : que l’on me permette seulement les quelques lignes qui suivent et qui doivent nécessairement terminer ce discours.
Ceux qui se font servir considèrent aujourd’hui leurs domestiques comme des instrumens nécessaires sans doute, mais qui peuvent être brisés sans remords ; cette funeste tendance des esprits a fait plus de coupables peut-être que les vices naturels à l’homme, dont l’éducation n’a pas corrigé les mœurs : le domestique qui ne reçoit en échange de son travail, de ses soins, de son dévouement même, que de l’argent seulement, se dégoûte bientôt d’une chaîne dont l’espoir d’un meilleur avenir ne vient pas alléger le poids ; il se sert, pour quitter cette position devenue insupportable, de tous les moyens qui se présentent à son esprit : aussi tel individu a manqué à sa destinée qui devait être celle d’un honnête homme, parce que ses protecteurs naturels n’ont pas su deviner le fruit caché sous une rude écorce. Il existe malheureusement des hommes essentiellement vicieux et contre lesquels tous les correctifs doivent échouer ; mais il en est, et le nombre de ceux-là est plus considérable qu’on ne le pense, dont les fautes sont excusables, si l’on veut bien avoir égard aux circonstances qui les ont fait commettre.
Autrefois il n’était pas rare de rencontrer des domestiques qui honoraient leur profession par des sentimens élevés et une probité à toute épreuve, cela se conçoit ; autrefois le domestique était un des membres de la famille ; le maître savait lui pardonner les fautes légères, les défauts de caractère, il s’occupait de son bien être, il cherchait à lui rendre sa position supportable, et lorsque les années avaient blanchi sa tête, il assurait son avenir. Aujourd’hui s’ils ne vont pas mourir à l’hôpital, les domestiques périssent d’inanition sur la voie publique.
On doit à tous les hommes, quelle que soit d’ailleurs leur position sociale, la considération qu’ils méritent : pourquoi les domestiques sont-ils déshérités de ce qui leur appartient ? Les maîtres trop souvent oublient en leur parlant, qu’ils s’adressent à des êtres doués d’organes semblables aux leurs et tout aussi sensibles ; ils ne ménagent pas leur susceptibilité, ne s’occupent pas de leur avenir : cette négligence, cet égoïsme, font les mauvais domestiques ; mais lorsqu’ils seront certains de n’avoir sous leur toit que des serviteurs probes, fidèles, laborieux, ils voudront bien sans doute leur accorder cette considération qui rehausse l’homme à ses propres yeux, l’encourage à bien faire et lui persuade que la droiture et l’honneur peuvent seuls constituer un bonheur véritable. »

Torchon (se donner un coup de), se torcher

Larchey, 1865 : Se battre. — Même allusion que dans frotter. — Se dit aussi pour faire toilette.

Allons jusqu’aux chouans, leur donner un coup de torchon.

(Henry, Ch. 1836)

Le torchon brûle à la maison se dit pour annoncer une querelle domestique.

Je ne suis plus son jujule, son chou, son rat, son trognon, l’torchon brûle, l’torchon brûle à la maison.

(Dalès)

Touche mouille (qui)

France, 1907 : Synonyme de Qui s’y frotte s’y pique.

Tout

d’Hautel, 1808 : C’est le tout-tout, le petit chien de madame. Phrase facétieuse et triviale, pour dire, que c’est le reste, la totalité d’une chose. Par allusion avec le mot toutou, nom que les enfans donnent aux chiens.
Tout plein. Expression vicieuse pour dire beaucoup, extrêmement, abondamment.
À tout seigneur tout honneur. Se dit lorsqu’on rend les premiers honneurs à qui ils sont dus.
Il fourre son nez partout. Se dit d’un homme indiscret, importun, qui s’entremêle dans toutes les affaires.
Tout fait ventre. Se dit en plaisantant de quelqu’un qui ne se montre pas délicat sur le manger.

France, 1907 : (Prononcez taout). On appelle ainsi, dans le monde des courses, une sorte d’espion généralement très bien renseigné et qui vend ses tuyaux aux parieurs et aux entraîneurs.

Ancien laveur de vaisselle ou ex-frotteur des appartements du château de Chantilly, le tout ou espion est une sorte de champignon spécial aux grands centres d’entraînement ; son métier consiste à lutter de ruses avec les propriétaires et les entraîneurs ; caché derrière les haies, grimpé sur les arbres, déguisé en paysan, il vient surveiller les salops des chevaux entraînés pour les grandes courses.

(F. Laffon, Le Monde des courses)

Traineau (faire)

Rigaud, 1881 : Se dit en parlant des chiens qui, après avoir satisfait aux lois de la nature, frottent contre terre leur train de derrière, parce qu’ils n’ont pas l’habitude de se servir de papier comme les faibles humains.

Troussequin

Larchey, 1865 : Derrière. — De la partie de la selle que frotte la plus noble partie du cavalier.

Delvau, 1866 : s. m. La partie du corps qui sert de cible aux coups de pied, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Pétrousquin, mais ce dernier mot est moins étymologique que l’autre, qui est proprement le Morceau de bois cintré qui s’élève sur l’arçon de derrière d’une selle.

Rigaud, 1881 : Derrière ; pour pétrousquin.

France, 1907 : Derrière ; argot militaire.

Trumeau

Delvau, 1866 : s. m. Comédie ou vaudeville Louis XV, — dans l’argot des gens de lettres et des gens de théâtre.

Rigaud, 1881 : Femme de mauvaise vie. — Vieux trumeau, prostituée hors d’âge.

Virmaître, 1894 : Comédie ou vaudeville Louis XV. Trumeau signifie vieille femme. On dit dans le peuple :
— Sale trumeau, ta gueule est bonne à foutre dans les lieux pour faire chier les gens de peur (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Prostituée. Vieille catin.

Je ne sais ce qui s’est passé entre Trublot et Suzanne ; mais Trublot m’a déclaré avant hier que la vieille le dégoûtait, qu’il ne pouvait plus faire un pas sans être cramponné par elle, que ses camarades commençaient à tourner cet amour en ridicule ; bref, que, malgré son grand désir de m’être utile, il aimait encore mieux reprendre son service au quartier que de continuer à se frotter à pareil trumeau !

(Richard Cross-Country)

Tutu

France, 1907 : Caleçon ; maillot que portent les danseuses.

Pour tout le monde, une belle fille est une belle fille, et qu’une danseuse appétissante, avec des cuisses, des bras et des seins, se fasse mieux valoir en tutu, cela ne m’étonne guère.
Ce qui me laisse rêveur, c’est la monomanie de ces astronomes de la petite comète, qui recherchent non pas une danseuse — mais la danseuse.

(Montjoyeux, Gil Blas)

Aujourd’hui, s’il vous plaît,
Au grand corps de ballet
Elles sont en régie.
Si bien sont leurs tutus
Et leurs jetés-battus
Sont de telle énergie
Que tous les vieux messieurs
— À l’orchestre — des yeux
Dévorent nos poulettes,
Et plus d’un, en pacha,
Veut après l’entrechat
Frotter leurs allumettes.

(Blédort, Chansons de faubourg)

France, 1907 : Danseuse.

Malgré ses cinquante ans bien sonnés, X… n’a pas encore désarmé. Son fils, un délicieux potache, âgé de 16 ans, ne dégénère pas et marche glorieusement sur ses traces. Dernièrement, il s’est échappé da colère pour aller retrouver certain tutu dont il fit la connaissance un soir d’Hippodrome.
Son père le sermonne :
— Tu n’es pas honteux… à ton âge !.. Tu me la feras connaître, cette dame… j’irai lui parler.
— Jamais de la vie… tu me la soufflerais…

France, 1907 : Le derrière. Terme enfantin.

C’était gentil, c’était mignon,
C’était le tutu d’un trognon !
De la Lolotte, de Zézèle !
Puis un jour on fut renversé
Lorsqu’on s’aperçut que c’é-
Tait celui d’une demoiselle !

(Miguel Zamacoïs, Le Sourire)

France, 1907 : Souffle.

Il donne quatre notes à la fois, le do, le mi, le sol et le contre-ut, par un seul tutu des lèvres à l’orifice du tube !

(Émile Bergerat)

Vachalauréat

France, 1907 : « On annonce un arrivage de petites étrangères de Vienne, de Prague, de Londres, d’Amsterdam, de vraies perles.
La vieille garde est dans la désolation : les Chiliens se frottent les mains.
— Mais que viennent faire toutes ces jeunes filles à Paris ? demandait une Madeleine, non repentante.
Un vieux Parisien répondit :
— Elles viennent passer leur vachalauréat. »

(Aurélien Scholl)

Venternier

Vidocq, 1837 : s. m. — Voleur qui s’introduit dans l’intérieur des appartemens par les croisées laissées ouvertes.
Les premiers vols à la venterne furent commis, à Paris, en 1814, lors de la rentrée en France des prisonniers détenus sur les pontons anglais ; ceux de ces prisonniers qui précédemment avaient été envoyés aux Îles de Ré et de Saint-Marcou, étaient pour la plupart d’anciens voleurs ; aussi, à leur retour, ils se formèrent en bandes et commirent une multitude de vols ; dans une seule nuit plus de trente vols commis à l’aide d’escalade vinrent effrayer les habitans du faubourg Saint-Germain, mais peu de temps après celte nuit mémorable, je mis entre les mains de l’autorité judiciaire trois bandes de Venterniers fameux ; la première, composée de trente-deux hommes, la seconde de vingt-huit, et la troisième de seize ; sur ce nombre total de soixante-seize, soixante-sept furent condamnés à des peines plus ou moins fortes.
Il serait facile de mettre les Venterniers dans impossibilité de nuire ; il suffirait pour cela de fermer à la tombée de la nuit, et même durant les plus grandes chaleurs, toutes les fenêtres, pour ne les ouvrir que le lendemain matin.
Les savoyards de la bande des fameux Delzaives frères, étaient pour la plupart d’adroits et audacieux Venterniers.
Un vol à la venterne n’est quelquefois que les préliminaires d’un assassinat. Des Venterniers voulaient dévaliser un appartement situé à l’entresol d’une maison du faubourg Saint-Honoré ; l’un d’eux entre par la fenêtre, visite le lit, ne voit personne, bientôt il est suivi par un de ses camarades, et tous deux se mettent à chercher ce qu’ils espéraient trouver, mais bientôt ils aperçurent une jeune dame endormie sur un canapé ; elle avait au col une chaîne et une montre d’or ; elle roupille, dit à son compagnon, l’un des Venterniers Delzaives, surnommé l’Écrevisse, il faut pesciller le bogue et la bride de jonc (il faut prendre la chaîne et la montre d’or) ; mais si elle crible (crie), répond le second Venternier, le nommé Mabou, dit l’Apothicaire ; si elle crible dit encore l’Écrevisse, on lui fauchera le colas (on lui coupera le col). La jeune dame qui paraissait endormie, et qui entendait, sans en comprendre le sens, les paroles que prononçaient les voleurs, eut assez de prudence et de courage pour feindre de toujours dormir profondément ; aussi il ne lui arriva rien.
Le receleur de fa bande dont Delzaives, dit l’Écrevisse, était le chef, se nommait Métral, et était frotteur de l’impératrice Joséphine. On trouva chez lui des sommes considérables.
J’ai fait aux voleurs de la bande de Delzaives une guerre longue et incessante, et je suis enfin parvenu à les faire tous condamner.

Delvau, 1866 : s. m. Voleur qui s’introduit dans les maisons par la fenêtre au lieu d’y entrer par la porte.

Vieille médaille

Delvau, 1866 : s. f. Vieille femme usée par le frottement de la vie. Argot des faubouriens.

Vit

Delvau, 1864 : « La partie qui fait les empereurs et les rois, la garce et le cocu, » dit le vertueux Pierre Richelet. En voici la description, d’après l’auteur du Noviciat d’amour :

Ce tube est le chef-d’œuvre de l’architecture divine qui l’a formé d’un corps spongieux, élastique, traversé dans tous les sens par une ramification de muscles et de vaisseaux spermatiques. Il est, à son extrémité supérieure, surmonté d’une tête rubiconde, sans yeux, sans nez, n’ayant qu’une petite ouverture et deux petites lèvres, couvert d’un prépuce, retenu par un frein délicat qui ne gêne point le mouvement d’action et de rétroaction : au bas de cet instrument précieux sont deux boules ou bloc arrondis, qui sont les réservoirs de la liqueur reproductive, qu’aspire et pompe votre partie dans le mouvement et le frottement du coït, id est, de la conjonction ; ces deux boules enveloppent deux testicules, d’où elles ont pris leur nom, et sont soutenues par le ralphé ; on les nomme plus généralement couilles et couillons…

(Mercier De Compiègne)

On dit de quelqu’un qui rougit de chaleur, de honte, de colère, ou pour toute autre cause : il est rouge comme un vit de noce.

(Dicton populaire)

L’académicien dit : Mon vit.

(L. Protat)

Ah ! je n’y tiens plus ! le cul me démange…,
Qu’on m’aille chercher l’Auvergnat du coin…
Car je veux sentir le vit de cet ange
Enfoncer mon con — comme avec un coin.

(Parnasse satyrique)

Si je quitte le rang de duchesse de Chaulne
Et le siège pompeux qu’on accorde à ce nom,
C’est que Gino a le vit long d’une aune,
Et qu’à mon cul je préfère mon con.

(Collé)

De Madeleine ici gisent les os,
Qui fut des vits si friande en sa vie,
Qu’après sa mort tout bon faiseur supplie
Pour l’asperger lui pisser sur le dos.

(B. Desperriers)

Quand votre vit, à jamais désossé,
Comme un chiffon pendra triste et plissé.

(Chanson d’étudiants)

France, 1907 : Membre viril, du latin vitum, dérivé de vita, vie. C’est en effet, suivant l’expression de Boccace, le bâton avec lequel on plante les hommes et qui perpétue la vie et les espèces. Le mot est aussi vieux que notre langue et nos pères, qui, n’étant pas englués de notre fausse et ridicule pudeur, n’hésitaient pas à le prononcer ni à l’écrire.

Ton vieux couteau, Pierre Martel, rouillé
Semble ton vit jà retrait et mouillé ;
Et le fourreau tant laid où tu l’engaînes,
C’est que toujours as aimé vieilles gaines.
Quant à la corde à quoi il est lié,
C’est qu’attaché seras et marié.
Au manche aussi de corne connoît-on
Que tu seras cornu comme un mouton.
Voilà le sens, voilà la prophétie
De ton couteau, dont je te remercie.

(Clément Marot)

Vulgum pecus

France, 1907 : La foule, littéralement le troupeau vulgaire, ce que Thiers appelait la vie multitude.

Ce qui m’a réussi, c’est que j’ai toujours suivi mon petit bonhomme de chemin, sans m’inquiéter des propos du vulgaire — je dis vulgaire par manière de parler, car n’étant qu’un humble prêtre, je dois passer moi-même aux yeux de mes supérieurs pour un des membres du vulgum pécus, mais tout varie et change d’aspect suivant le point de vue où l’on est placé.

(Hector France, Confession de l’abbé Ledru)

Eh bien ! sais-tu pourquoi les portiques des palais romains souffrent beaucoup plus de cet inconvénient que les masures du Transtévère ?… C’est que le peuple, le vulgum pécus, souille de préférence ce qui est beau, noble, élégant, riche et somptueux. S’il veut rendre à la terre le tribut de ses ondes, entre un coin sordide et obscur et le fût d’une belle colonne de marbre on de porphyre, un maroufle n’hésitera pas. C’est l’œuvre d’art qu’il honorera de ses faveurs malodorantes. En cela, il obéit à ses instincts. C’est ainsi qu’un maçon tout couvert de plâtre, s’il trouve le moyen de gâter, sans risquer les coups de bâton, un pourpoint de velours ou une robe de brocard, n’aura garde d’y manquer. Il se frottera de son mieux à l’homme bien ajusté ou à la dame bien couverte et croira s’être nettoyé en salissant autrui…

(Simon Boubée, La Jeunesse de Tartufe)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique