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Allumeur

Delvau, 1866 : s. m. Compère, homme qui fait de fausses enchères, — dans l’argot des habitués de l’hôtel Drouot.

Rigaud, 1881 : Entraîneur, compère dans les bazars, les ventes publiques, les théâtres forains.

Les allumeurs sont des employés aux gages des saltimbanques, qui entraînent le public à leur suite, en donnant l’exemple.

(G. Escudier, Les Saltimbanques)

Exploiteur du public crédule,
Fripons exerçant leurs talents,
Depuis la fausse somnambule
Jusqu’à l’allumeur de chalands.

(A. Pommier, Paris, 1867)

Rigaud, 1881 : Juge d’instruction, dans le jargon des voleurs. Il éclaire l’affaire, il porte la lumière sur l’affaire.

Fustier, 1889 : Voleur. Les allumeurs ont pour mission de racoler les ouvriers les samedis de paye et de les emmener chez le marchand de vin. Là, ils leur offrent libéralement à boire jusqu’à ce que les malheureux rentrent chez eux complètement ivres. Alors commence le rôle des meneuses et des travailleurs. V. ces mots. — Grec dont les fonctions consistent à mettre une partie en train.

Maintenant les deux allumeurs qui se trouvent mêlés à la partie reçoivent également une subvention.

(Gil Blas, 29 mars 1882)

La Rue, 1894 : Juge d’instruction. Compère des saltimbanques qui entraine le public en donnant l’exemple d’entrer.

Virmaître, 1894 : Agent provocateur chargé d’organiser un complot politique quand le gouvernement a besoin d’effrayer la population pour faire voter une loi réactionnaire. On en trouve un curieux exemple dans les Mémoires de Claude, à propos de l’Internationale et des allumeurs de la rue des Gravilliers. (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Agent provocateur.

France, 1907 : Aiglefin qui pousse à la boisson les ouvriers au jour de paye et, lorsqu’ils sont ivres, les fait voler par ses complices males ou femelles.

Au jour dit, nos trois gaillards sont venus dans un cabinet du restaurant en question et, après le dîner, l’allumeur, qui attend un peu de confiture, propose un écarté, qui est accepté.

(Gil Blas)

Bon cheval de trompette

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui ne s’effraye pas aisément, dans l’argot du peuple.

France, 1907 : Homme difficile à effrayer ; argot populaire.

Cheval de trompette

Larchey, 1865 : Personne ne s’effrayant pas plus des menaces, que le cheval d’un trompette, du son aigre de son instrument. — Usité en 1808.

Moi d’abord, je suis bon cheval de trompette, le bruit ne m’effraie point.

(H. Monnier)

Delvau, 1866 : s. m. Homme aguerri à la vie, comme un cheval de cavalerie à la guerre. Argot du peuple. Être bon cheval de trompette. Ne s’étonner, ne s’effrayer de rien.

France, 1907 : Se dit d’un homme aguerri qui ne s’effraye de rien. Le cheval de trompette, en effet, est habitus au bruit.

— Oh ! je suis bon cheval de trompette ! J’ai réussi à coffrer tout le tas… même un grand bougre qui n’avait pas l’air d’avoir froid aux veux… Il tapait comme un sourd avec sa canne… Ça doit être un ancien prévôt…

(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris)

Empaouteau

France, 1907 : Épouvantail ; mannequin pour effrayer les oiseaux.

Enfrayer

La Rue, 1894 / France, 1907 : Enchanter.

Faire le diable à quatre

France, 1907 : Faire beaucoup de bruit.
Cette locution nous vient des mystères, pièces à dévotion et à effet que l’on représentait au moyen âge pendant certaines fêtes de l’année, surtout à Noël, à Pâques et à l’Épiphanie. Dieu le père et le fils, la Vierge, les apôtres, les saints paraissaient successivement sur la scène et naturellement les diables aussi. Afin d’impressionner davantage l’assistance et d’effrayer les pécheurs endurcis, ils faisaient un bruit affreux, poussaient des hurlements, en brandissant des torches enflammées et courant dans tous les sens. Mais comme cela exigeait une certaine dépense de soufre, d’étoupe et de masques, on les ménageait, c’est-à-dire que d’ordinaire il ne paraissait qu’un diable ou deux au plus sur la scène ; mais aux jours de grandes représentations on poussait le luxe jusqu’à quatre diables. C’était la grande diablerie et le tumulte et le tapage étaient tels que la chose devint proverbiale. On disait : Il fait du bruit comme dans une pièce à quatre diables, une diablerie à quatre, puis enfin diable à quatre.

Femme du quartier

Delvau, 1866 : s. f. Grisette qui a la spécialité de l’étudiant et qui se garderait bien de frayer avec les bourgeois ou les militaires, de peur de déplaire à Paul de Kock. On dit aussi Femme de l’autre côté (sous-entendu : de la Seine).

Flanche

Clémens, 1840 : Pas.

un détenu, 1846 : Chose mauvaise, de mauvais goût.

Larchey, 1865 : Jeu de roulette. — Flancher : Jouer franchement (Vidocq). — Flancher, Flacher : Plaisanter (Bailly). — Flanche : Plaisanterie.

Delvau, 1866 : s. f. La roulette et le trente-et-un, — dans l’argot des voleurs. Grande flanche. Grand jeu.

Delvau, 1866 : s. m. Affaire, — dans le même argot [des voleurs]. S’emploie ordinairement avec l’adjectif comparatif mauvais. « C’est un mauvais flanche », pour : C’est une mauvaise affaire.

Delvau, 1866 : s. m. Truc, secret, ruse, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Jeu ; ruse ; plaisanterie. — Affaire. — Reculade. — Grande flanche, jeu de la roulette, jeu du trente et quarante.

La Rue, 1894 : Jeu, ruse, plaisanterie. Affaire. Peur, reculade. Pas. Flancher, jouer, se moquer, reculer, s’effrayer, tricher.

Virmaître, 1894 : Affaire.
— Si tu veux, mon vieil aminche, nous avons un rude flanche en vue ?
— Je le connais ton flanche à la manque (Argot des voleurs).

France, 1907 : Affaire, truc, ruse, secret. Un sale flanche, une mauvaise affaire. Connaître le flanche, connaître son affaire. C’est flanche, tout va bien. Accoucher d’un flanche, écrire un article.

Il va pistonner un journaleux qui accoucha d’un flanche dégueulasse.

(La Sociale)

France, 1907 : Jeu de cartes. La grande flanche, la roulette et le trente et un. « J’ai joué la grande flanche. »

Foutu (être)

Delvau, 1866 : Être ruiné, ou sur le point de mourir.

France, 1907 : Être dans de mauvais draps ; littéralement, être mort. Foutu pris dans ce sens vient non pas de futeere, mais de falutus, défunt, dont nous avons fait feu.

— Mon cher, dit un vieux richard à l’un de ses amis, si jamais je suis malade et que mon neveu s’approche de mon lit…
Et il fait un geste désespéré.
— Quelle idée !
— Pensez donc, il est mon héritier.
— Ce n’est pas une raison.
— Et même mon médecin.
— Ah ! foutu, alors !

Se dit aussi d’une affaire manquée, d’une entreprise qu’il faut abandonner.

Comme Bébert n’était pas admis à ces parties, et qu’il recevait une bourrade dès qu’il voulait tâter de Lydie, il restait gêné, travaillé de colère et de malaise, quand les deux autres s’amusaient, ce dont ils ne se gênaient nullement en sa présence. Aussi n’avait-il qu’une idée, les effrayer, les déranger, en leur criant qu’on les voyait.
— C’est foutu, v’là un homme qui regarde !

(Émile Zola, Germinal)

Frayer

Delvau, 1866 : v. n. Convenir, s’accorder, vivre ensemble. Argot du peuple.

Gratte-papier

Larchey, 1865 : Fourrier. — Allusion à ses fonctions de scribe. V. Rogneur.

Delvau, 1866 : s. m. Employé, clerc d’huissier, expéditionnaire etc., — tous les scribes enfin.

Merlin, 1888 : Fourrier.

Virmaître, 1894 : Employé aux écritures (Argot du peuple). V. Chieur d’encre.

France, 1907 : Employé aux écritures, bureaucrate, comptable. On dit aussi rond-de-cuir.

J’interrogeai Victor Considérant sur Fourier, sur son maître ; et il nous parla longuement — avec quelle enthousiaste admiration ! — de cet étrange philosophe, profondément déiste, qu’on trouva mort, à genoux devant son lit, dans l’attitude de la prière, mais qui n’espérait pas en une autre vie et qui voulait que l’humanité se créât son paradis ici-bas. Il nous donna surtout des détails sur les dernières années de Fourier, celles qu’il passa à Paris, perdu dans la foule quand il comptait déjà cependant plusieurs apôtres tout dévoués et tant de disciples fervents. Il nous conta, par le menu, la singulière existence de ce Franc-Comtois, fils d’un humble boutiquier, dont le premier écrit avait attiré l’attention du premier consul, mais qui, par goût de l’obscurité, ne répondit même pas au signe que lui faisait un homme de génie ; de ce petit teneur de livres, qui rêvait de changer la face du monde en enfilant ses manches de lustrine et méditait les lois d’une société nouvelle sans jamais commettre une erreur dans ses additions, — de ce prophète gratte-papier, de ce messie rond-de-cuir.

(François Coppée)

Il semble à Paul, dont le désespoir augmente, que le mauvais destin réussit à le façonner à l’image de ces idiots de gratte-papier entassés dans les bureaux, à côté desquels il se rendra demain, puis après, puis toujours ! Quelle perspective !

(Paul Pourot, Les Ventres)

Au fond, elle était enchantée de voir partir toutes ces filles de boutiquiers et de qratte-papier, qu’elle avait prises au rabais et qui, loin de se plaindre, auraient dû s’estimer très honorées de frayer avec si noble compagnie.

(Albert Cim, Institution de demoiselles)

Langue

d’Hautel, 1808 : C’est une belle chose que la langue. Se dit par mépris en parlant d’un fanfaron, d’un pédant qui, à dessein de rabaisser les autres, se vante de faire ce dont il n’est pas capable.
S’il en avoit autant sur le bout de la langue, il ne parleroit si à son aise. Voy. Bout.
Marie quatre langues. Sobriquet offensant que l’on donne à une commère, à une femme qui s’occupe sans cesse de divulguer les secrets des autres.
Il n’a pas sa langue dans sa poche. Se dit d’un homme loquace et babillard, qui manie bien l’instrument de la parole.
Une méchante langue, une langue de vipère. Celui qui dit du mal de tout le monde.
Tirer la langue d’un pied de long. Être dans la nécessité, dans l’extrême besoin.
Avoir la langue longue. Ne pouvoir garder un secret.
Mince comme la langue d’un chat. Se dit par mépris d’une chose de peu de valeur.
Il n’aura jamais assez de langue pour le restant de ses jours. Se dit d’un parleur éternel, qui babille à tort et à travers.
Avoir la langue grasse. Au figuré, tenir des propos obscènes.
Avoir la langue bien pendue. S’exprimer avec précision et facilité.
Il lui a donné du plat de la langue. Pour, il l’a enjôlé par ses beaux discours.
La langue lui a fourché. Pour, il a dit quelque chose contre son intention.
Qui langue a, à Rome va. Signifie qu’avec le don de la parole, on peut se frayer les chemins les plus difficiles.
Il a la langue bien affilée. Se dit d’un diseur de riens, d’un homme fort indiscret.
Un coup de langue est pire qu’un coup de lance. L’un est du moins souvent aussi dangereux que l’autre.
Voilà une langue qui n’a jamais menti. Plaisanterie usitée lorsqu’on sert sur table la langue de quelqu’animal.

Marcher tout seul

Rigaud, 1881 : Être en état de décomposition, en parlant du fromage. Le fromage qui marche seul est habité par une colonie de ces petits vers blancs si vivaces qui sont loin d’effrayer les amateurs. « Tant pis pour eux », disent-ils. — « Apportez-moi du Roquefort », demande un consommateur au garçon d’un gargjot. — « Appelez-le, monsieur, il marche tout seul. » — Le fromage est une source de plaisanteries à l’usage des personnes qui trouvent beaucoup d’esprit aux commis voyageurs.

Mariolle (faire le)

Merlin, 1888 : Poser pour le torse ; ne pas frayer avec les camarades.

Payer en monnaie de singe

France, 1907 : Saint Louis avait toujours besoin d’argent : il rendit une ordonnance soumettant à un droit de péage tout animal entrant dans Paris. Les bateleurs qui presque tous possédaient des singes pour amuser le public dans leurs parades, cherchèrent naturellement à esquiver ce nouvel impôt. Ils s’arrêtaient donc aux barrières et faisaient danser et grimacer leurs singes devant les commis du fisc, qui, pour les récompenser de ce spectacle, les faisaient passer sans payer. Cet usage était tellement enraciné que Louis IX établit un tarif réglant à ce sujet les droits de péage : « Si le singe est à un joueur, celui-ci le fera jouer devant le péager, qui sera tenu de se contenter de cette monnaie x» ; au cas contraire, il payait 4 deniers.
On dit donc de quelqu’un qu’il paye en monnaie de singe lorsqu’il s’acquitte de sa dette par des grimaces, des révérences et des promesses. Une vieille coutume existait en Normandie par laquelle on pouvait défrayer son hôte par un conte ou une chanson :

Usages est en Normandie
Que qui hébergiez est qu’il die
Fable ou chanson die à son oste :
Cette coutume pas n’en oste
Sire Jehan de Chapelain.

(Jean le Chapelain)

Rat, raton

Rigaud, 1881 : Petit voleur, voleur de petite taille, enfant dressé au vol. C’est le rapin du voleur. L’exiguïté de sa taille le rend très utile dans certaines expéditions. Elle lui permet de se faufiler par les toits de cheminées, et de frayer la route aux filous de toutes les tailles.

Richelieu (faire son)

France, 1907 : Courtiser les femmes. Allusion au fameux duc de Richelieu, dont la galanterie et les exploits amoureux défrayèrent les chroniques du XVIIIe siècle.

Schpile

France, 1907 : Bon, excellent. Il n’est pas schpile à frayer, c’est un mauvais camarade.

Suite

France, 1907 : Poursuite, chasse. Donner une suite à quelqu’un, le poursuivre, l’effrayer. Parler du Centre. Suite, en anglais, signifie poursuite judiciaire, procès.

Taffer ou tracquer

Vidocq, 1837 : v. a. — Craindre, épouvanter, effrayer.

Venternier

Vidocq, 1837 : s. m. — Voleur qui s’introduit dans l’intérieur des appartemens par les croisées laissées ouvertes.
Les premiers vols à la venterne furent commis, à Paris, en 1814, lors de la rentrée en France des prisonniers détenus sur les pontons anglais ; ceux de ces prisonniers qui précédemment avaient été envoyés aux Îles de Ré et de Saint-Marcou, étaient pour la plupart d’anciens voleurs ; aussi, à leur retour, ils se formèrent en bandes et commirent une multitude de vols ; dans une seule nuit plus de trente vols commis à l’aide d’escalade vinrent effrayer les habitans du faubourg Saint-Germain, mais peu de temps après celte nuit mémorable, je mis entre les mains de l’autorité judiciaire trois bandes de Venterniers fameux ; la première, composée de trente-deux hommes, la seconde de vingt-huit, et la troisième de seize ; sur ce nombre total de soixante-seize, soixante-sept furent condamnés à des peines plus ou moins fortes.
Il serait facile de mettre les Venterniers dans impossibilité de nuire ; il suffirait pour cela de fermer à la tombée de la nuit, et même durant les plus grandes chaleurs, toutes les fenêtres, pour ne les ouvrir que le lendemain matin.
Les savoyards de la bande des fameux Delzaives frères, étaient pour la plupart d’adroits et audacieux Venterniers.
Un vol à la venterne n’est quelquefois que les préliminaires d’un assassinat. Des Venterniers voulaient dévaliser un appartement situé à l’entresol d’une maison du faubourg Saint-Honoré ; l’un d’eux entre par la fenêtre, visite le lit, ne voit personne, bientôt il est suivi par un de ses camarades, et tous deux se mettent à chercher ce qu’ils espéraient trouver, mais bientôt ils aperçurent une jeune dame endormie sur un canapé ; elle avait au col une chaîne et une montre d’or ; elle roupille, dit à son compagnon, l’un des Venterniers Delzaives, surnommé l’Écrevisse, il faut pesciller le bogue et la bride de jonc (il faut prendre la chaîne et la montre d’or) ; mais si elle crible (crie), répond le second Venternier, le nommé Mabou, dit l’Apothicaire ; si elle crible dit encore l’Écrevisse, on lui fauchera le colas (on lui coupera le col). La jeune dame qui paraissait endormie, et qui entendait, sans en comprendre le sens, les paroles que prononçaient les voleurs, eut assez de prudence et de courage pour feindre de toujours dormir profondément ; aussi il ne lui arriva rien.
Le receleur de fa bande dont Delzaives, dit l’Écrevisse, était le chef, se nommait Métral, et était frotteur de l’impératrice Joséphine. On trouva chez lui des sommes considérables.
J’ai fait aux voleurs de la bande de Delzaives une guerre longue et incessante, et je suis enfin parvenu à les faire tous condamner.

Delvau, 1866 : s. m. Voleur qui s’introduit dans les maisons par la fenêtre au lieu d’y entrer par la porte.

Vesse, vestige

Rigaud, 1881 : Peur. Coquer le vestige, effrayer, — dans le jargon des voleurs.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique