Delvau, 1864 : Petit nom d’amitié que les filles donnent à leur con, à cause de son épaisse fourrure.
Flatte mon angora, cher ange, baise-le de tes lèvres : nous allons jouir.
(J. Le Vallois)
Angora
Delvau, 1864 : Petit nom d’amitié que les filles donnent à leur con, à cause de son épaisse fourrure.
Flatte mon angora, cher ange, baise-le de tes lèvres : nous allons jouir.
(J. Le Vallois)
Belle petite
France, 1907 : Même sens que ci-dessus.
Pour la circonstance, elle avait pris ce que les femmes de cette catégorie appellent une tenue de femme honnête. Elle portait un petit chapeau fermé, très simple, recouvert d’une épaisse voilette, et sous la fourrure entr’ouverte on voyait une robe de soie noire d’une parfaite sévérité. Néanmoins, il s’exhalait de toute sa personne ce léger parfum de la femme galante, ce je ne sais quoi provocant qui fait qu’un Parisien expérimenté reconnait aussitôt ce que nos pères appelaient une cocotte, et que l’argot du jour appelle une belle petite.
(Édouard Ducret, Paris-Canaille)
Chameau
Delvau, 1864 : Fille de mauvaises mœurs, nommée ainsi par antiphrase sans doute, le chameau étant l’emblème de la sobriété et de la docilité, et la gourgandine, l’emblème de l’indiscipline et de la gourmandise.
L’autre dit que sa gorge a l’air d’un mou de veau,
Et toutes sont d’accord que ce n’est qu’un chameau.
(Louis Protat)
Suivre la folie
Au sein des plaisirs et des ris,
Oui, voilà la vie
Des chameaux chéris
À Paris.
(Justin Cabassoc)
Larchey, 1865 : Femme de mauvaise vie. — On dit aussi : Chameau d’Égypte, chameau à deux bosses, ce qui paraît une allusion a la mise en évidence de certains appas.
Qu’est-ce que tu dis là, concubinage ? coquine, c’est bon pour toi. A-t-on vu ce chameau d’Égypte !
(Vidal, 1833)
Cette vie n’est qu’un désert, avec un chameau pour faire le voyage et du vin de Champagne pour se désaltérer.
(F. Deriège, 1842)
Delvau, 1866 : s. m. Compagnon rusé, qui tire toujours à lui la couverture, et s’arrange toujours de façon à ne jamais payer son écot dans un repas ni de sa personne dans une bagarre.
Delvau, 1866 : s. m. Fille ou femme qui a renoncé depuis longtemps au respect des hommes. Le mot a une cinquantaine d’années de bouteille.
Rigaud, 1881 : Homme sans délicatesse. — Terme de mépris à l’adresse d’une femme. — Femme de mauvaise vie qui roule sa bosse comme le chameau la sienne. « La femme est un chameau qui nous aide à traverser le désert de la vie » a dit un insolent dont le nom m’échappe.
France, 1907 : Sale individu, homme sur lequel on ne peut compter, plus disposé à exploiter qu’à aider ses camarades. Encore une bizarrerie de langage à laisser étudier aux étymologistes, car le chameau est un animal utile et fort exploité et sur la sobriété duquel repose le salut des caravanes.
M’est avis que d’entrer en relations avec les pestailles, lez jugeurs et les piliers de prison, ça vous donne le dégoût de ces chameaux, et ça augmente votre haine contre les horreurs sociales.
(Le Père Peinard)
France, 1907 : Substantif masculin employé au féminin pour désigner une vieille ou jeune personne de morale relâchée. D’où peut venir cette expression ? Ce n’est certainement pas des protubérances naturelles au beau sexe. Faut-il voir dans cette singulière appellation une comparaison avec la docilité qu’a le chameau de se coucher pour recevoir sa charge, et celle de la fille qui subit le client ?
Mais ce déballage de honte, cette exhibition de crève-la-faim, cela soulève le cœur des catins de la haute, des salopes bourgeoises, les rivales, ces chameaux vêtues de soie et de fourrures, qui ont des amants dans tous leurs tiroirs, sans avoir, comme toi, l’excuse, la suprême excuse de la faim.
(La Révolte)
Un certain soir, des biches de la haute
Festoyaient dans un restaurant ;
De nous griser ne faisons pas La faute,
Dit l’une, et tenons notre rang !
Alors que nous sommes en noces,
Ne luttons que de gais propos,
Car, si nous nous faisions des bosses…
On nous prendrait pour des chameaux.
Chat, chatte
Delvau, 1864 : Nom que les femmes donnent à la divine cicatrice qu’elles ont au bas du ventre, — à cause de son épaisse fourrure, et aussi parfois à cause des griffes avec les quelles elle déchire la pine des honnêtes gens qui s’y frottent.
Elle aime tous les rats
Et voudrait, la Lesbienne,
Qu’à sa langue de chienne
Elles livrent leurs chats.
(Joachim Duflot)
Faire les cent coups
France, 1907 : Se livrer à toutes sortes d’excès ou de folies ; jeter sa gourme.
— Nous sommes des honnêtes gens, ici. Oui, comparativement à lui, nous sommes des honnêtes gens. Et parce qu’il vient, dans ta boutique à toi, et dans mon hôtel à moi des voyous, des escarpes et des bourgeois en redingote, des fourrures au cou, qui font du mal à des petites filles dont les mères ont faim, je dis tout de même que c’est plus honnête ici que chez lui ! Il que doit trois cent mille francs, qu’il m’a volés ! et il ne croyait pas un mot des choses dont je le payais pour qu’il les dit ! et il trouvait drôle d’être un menteur, un voleur et une crapule ! Vraiment, c’est bien, qu’une fille comme moi, qu’une garce comme moi, qu’une rouleuse comme moi, qui a fait les cent coups, qui n’a jamais rien aimé de beau, ni de bien, — ah ! je me connais, allez ! je sais ce que je vaux ! — puisse dire ça à cet ignoble journaliste, qui n’a rien à y répondre !
(Catulle Mendès, Gog)
On dit aussi dans le même sens : faire les cent dix-neuf coups :
Faites le diable à quatre, faites les cent dix-neuf coups… vous aurez de l’argent, et l’argent, dans notre siècle, il n’y a que ça !… On s’en fiche de la vertu ; la pauvreté, on la méprise…
(J. Patrice)
Fournir Martin
Rigaud, 1881 : Porter une grande pèlerine de fourrure à l’usage des cochers et des valets de pied de grandes maisons. — Quand les voyous rencontrent un de ces domestiques ainsi couverts, ils disent : Encore un qui fournit Martin, c’est-à-dire, qui fournit à l’ours Martin sa fourrure.
France, 1907 : Se couvrir de fourrure.
Fourré (chat)
France, 1907 : Juge, à cause des fourrures de leur robe. L’expression est vieille. Rabelais l’a souvent employée.
Qu’il s’agisse d’un juge de France ou d’Allemagne, qu’il soit fou, idiot ou canaille seulement, tout juge est déclaré infaillible par le gouvernement qui le paye. — Sans cela, n’est-ce pas ! il n’y aurait plus moyen de gouverner…
Et puis, c’est peut-être quand ils sont totalement dépourvus de cervelle que ces « horrifiques et dégoûtantes bêtes qu’on nomme chats fourrés » rendent la plus prudente justice. N’étaient-ce pas les décisions que Brid’oie confiait à ses dés, qui étaient les meilleures et les plus sensément prononcées ?…
(Intransigeant)
Frusqué
France, 1907 : Habillé.
I’s sont frusqués avec des p’lures
Qu’on leur-z-y fait esprès pour eux,
L’hiver i’s s’coll’nt dans des fourrures…
Dame ! ya pas qu’nous qu’est des frileux.
(Aristide Bruant)
Kolback
France, 1907 : Coiffure en peau que portaient les chasseurs à cheval et les artilleurs de la garde ; du turc galpak, bonnet de fourrure.
Les servants étant remontés à cheval, afin de faire le coup de sabre, au moment où les avant-trains sont disposés pour recevoir leurs pièces, ces avant-trains partent seuls et les trois canons restent, pendant quelque temps, au pouvoir des Brunswickois, qui sabrent servants et conducteurs sur leurs chevaux. Ces braves canonniers résistent héroïquement contre la masse le cavaliers qui les entoure ; la plupart sont heureusement préservés des grands coups de taille des Allemands par leurs kolbacks en peau de phoque et les tresses écarlates épaisses et serrées de leurs dolmans.
(Dick de Lonlay, Français et Allemands)
France, 1907 : Grand verre, sans doute parce que le kolback, coiffure de certaines troupes à cheval sous le premier et le second empire, affectait la forme d’un verre.
M’as-tu-vu, matuvu
France, 1907 : Sobriquet donné aux acteurs qui n’abordent jamais un camarade sans lui poser cette question : « M’as-tu vu dans tel ou tel rôle ? »
Et comme me le disait dernièrement l’ambassadeur marquis de K…, prince de Q… :
— Febvre, c’est très bien vos Mémoires. J’espère qu’on n’appellera plus maintenant les comédiens des mastuvus, mais des mastulus.
Mot profond, que je me garderai bien d’atténuer par un commentaire…
(Jean Maure, Le Journal)
Le café Matuvu est l’estaminet du théâtre où se donnent rendez-vous les artistes.
Homm’s aux faces de curé,
Femm’s au masqu’ peinturluré,
Ont des toilettes clinquantes,
Très voyantes.
Les femm’s ont comme parure
Bijoux d’un prix inconnu,
Les homm’s un col de fourrure,
Café Matuvu.
(Chambot et Girier, Les Chansons des cabots)
Martin (fournir)
France, 1907 : Porter des fourrures. Martin est le nom familier de l’ours.
Oniomanie
France, 1907 : Il y a des personnes, dit le Cosmos, qui ne peuvent s’empêcher d’acheter tout ce qui les tente : l’un, amateur de vieux livres, dépense pour eux le plus clair de ses revenus ; tel autre aimera les bibelots. Telle femme encombrera ses tiroirs de fourrures ou de dentelles. Lorsque le besoin d’acheter devient absolument impérieux, c’est souvent un premier symptôme de folie, et ce genre de délire se nomme l’oniomanie. Ce néologisme est formé du latin noionem, chose unique, et de manie.
Pelure
Vidocq, 1837 : s. f. — Redingotte.
un détenu, 1846 : Redingotte.
Larchey, 1865 : Vêtement. — C’est en effet une pelure pour le corps. V. Épates.
Delvau, 1866 : s. f. Habit ou redingote, — dans l’argot des faubouriens.
Rigaud, 1881 : Habit, redingote, paletot. — Pelure d’oignon, vêtement très léger, vêtement très usé.
La Rue, 1894 : Habit.
Virmaître, 1894 : Paletot ou veston.
— J’enquille ma pelure à manger le rôti (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Vêtement que l’on a sur soi.
Hayard, 1907 : Paletot.
France, 1907 : Habit, vêtement, paletot. « Enquiller sa pelure. » À noter qu’en vieux français un habit fourré s’appelait pelé.
En un tour de main, vous auront forcé d’essayer un habillement complet, du galurin aux ripatons, en passant par le culbutant, qui est le pantalon, et par la limace qui est la chemise. Puis après que vous leur aurez payé quinze francs une pelure ou paletot qu’elles vous faisaient cent cinquante…
(Paul Mahalin)
I’s sont frusqués avec des p’lures
Qu’on leur-z’y fait esprès pour eux,
L’hiver, ils s’coll’nt dans les fourrures…
Dame ! y a pas qu’nous qu’est des frileux…
(Aristide Bruant)
France, 1907 : Objet de nulle valeur, comme la pelure d’un fruit.
Ce qui est chic, pas ordinaire, épatant, c’est d’avoir ça au veston à vingt ans au plus, quand on a encore l’air d’un gamin et qu’on n’a pas de poil. Alors les passants sont embrochés, les vieux généraux qu’on croise vous reluquent avec des prunelles de conseil de guerre, les femmes vous rient des yeux et de la bouche, tout le monde pense : « Vous avez vu ce gringalet, qui est décoré ? C’est à crever de rire ! Qui c’est-il ? Qu’est- ce qu’il a fait ? Il a pour le moins arrêté un train express ? ou sauvé la Banque de France ? » Enfin, on ne passe pas inaperçu, on goûte la gloire. Comme ça, la Légion d’honneur, oui, ça vaut le coup ! Mais à trente, quarante ans, dans le tas, comme les dix-sept cent mille voyous qu’on rencontre partout, en omnibus, à pied, en chemin de fer ? Ah non ! De la pelure !
(Henri Lavedan)
Remoucher
Vidocq, 1837 : v. a. — Regarder.
Clémens, 1840 : Reconnaître.
M.D., 1844 : Faire attention.
M.D., 1844 : Regarder.
un détenu, 1846 : Regarder en surveillant.
Delvau, 1866 : v. a. Apercevoir, remarquer, admirer, — dans l’argot des faubouriens. Les Italiens disent rimorchiare, donner des regards pour allécher.
Rigaud, 1881 : Observer. — Se venger.
La Rue, 1894 : Observer, remarquer. Reconnaître. Admirer. Se venger.
Virmaître, 1894 : Regarder.
— Remouche moi cette petite gueule-là, elle ferait relever un mort.
On dit aussi :
— Je vais te remoucher pour : te battre (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Voir reluquer.
Hayard, 1907 : Même sens — regarder.
France, 1907 : Rabrouer, gronder.
France, 1907 : Regarder, voir.
R’mouchez-moi un peu c’larbin
Sous sa fourrure ed’cosaque,
Comme i’pu’ bon l’eau d’Lubin !
I’s’gour dans son col qui craque
Comme un’areng dans sa caque.
(Jean Richepin)
Rupin
anon., 1827 : Gentilhomme.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Noble, gentilhomme.
Bras-de-Fer, 1829 : Gentilhomme.
Vidocq, 1837 : s. m. — Gentilhomme.
(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)
Clémens, 1840 : Élégant, bien mis.
un détenu, 1846 : Riche, bien mis, bien habillé.
Halbert, 1849 : Fameux, beau.
Delvau, 1866 : s. et adj. Homme riche ; fashionable, mis à la dernière mode, — ou plutôt à la prochaine mode. C’est le superatif de Rup.
Le rupin même a l’trac de la famine.
Nous la bravons tous les jours, Dieu merci !
dit la chanson trop connue de M. Dumoulin. On dit aussi Rupiné.
Rigaud, 1881 : Malin.
Boutmy, 1883 : adj. Distingué, coquet, bien mis. N’est pas particulier à l’argot typographique. Quelques-uns diront rupinos.
La Rue, 1894 : Riche, élégant. Malin.
Virmaître, 1894 : Homme riche, calé, cossu. Au superlatif rupinskoff, alors c’est un homme pourri de chic. Les souteneurs disent à leur marmite :
— Lève donc le gonce, il est rupin, il doit être au sac (Argot des souteneurs).
Rossignol, 1901 : Riche, bien mis.
Hayard, 1907 : Riche.
France, 1907 : Riche, élégant, beau. Ce mot est dérivé du bohémien rup, venant lui-même de l’indoustani rupa, roupie, argent.
Il suffit d’une rosse pour faire tort à des centaines de pauvres bougres. Ainsi, avant-hier, aux Halles, un monsieur très rupin payait des soupes à tout le monde. Il en a fait distribuer plus de deux cents ; seulement, quand la marmite a été vide, tout le monde n’en avait pas eu. Alors les derniers arrivés se sont mis à engueuler le monsieur ; ils ont ramassé des trognons de choux et les lui ont jetés sur sa fourrure et sur son haut de forme. Si jamais on l’y repince, celui-là, à payer des soupes aux Halles !…
(Guy Tomel, Le Bas du pavé parisien)
Le mot est employé comme substantif :
Ya des chouett’s gens
Qu’a des argents
Et d’la bedaine ;
Ya pas d’lapins,
Ya qu’des rupins,
À la Madd’leine.
(A. Bruant)
Féminin : rupine.
On dit aussi rupard, ruparde et rupiné.
Tante
Ansiaume, 1821 : Femme concierge de prison.
Ma tante est encore girofle, ma foi, si elle m’ouvroit la lourde.
Vidocq, 1837 : s. m. — Homme qui a les goûts des femmes, la femme des prisons d’hommes. Je dois l’avouer, ce n’est pas sans éprouver un vif sentiment de crainte que je me suis déterminé à donner place dans cet ouvrage, à ce mot que l’ordre alphabétique amène sous ma plume ; mais cet ouvrage n’est destiné ni aux filles, ni aux femmes ; on le trouvera peut-être entre les mains de celles qui assistent, parées comme pour le bal, aux audiences de la cour d’assises lorsque l’acte d’accusation promet des détails sanglans ou critiques, ou qui sont allées par une froide matinée d’hiver, enveloppées de fourrures et nonchalamment étendues sur les coussins moelleux de leur landeau, acheter bien cher une place de laquelle elles pussent voir commodément tomber les têtes de Lacenaire et d’Avril ; mais à celles-là je n’apprendrais rien qu’elles ne sachent déjà, elles savent ce que c’était que la Tante Chardon, c’est tout au plus si la pile galvanique pourrait agacer leurs nerfs, et peut-être que si l’on cherchait sous leur oreiller on y trouverait les ouvrages du marquis de Sade.
Cependant ce n’est point pour -elles que j’écris ; aussi je d’aurais pas publié ces quelques lignes si je n’avais pas cru qu’il en dût résulter quelque bien.
Il ne faut pas croire que la pédérastie soit toujours le résultat d’une organisation vicieuse ; les phrénologistes qui ont trouvé sur notre crâne la bosse propre à chaque amour, n’y ont point trouvé celle de l’amour socratique ; la pédérastie n’est autre chose que le vice de toutes les corporations d’hommes qui vivent en dehors de la société ; les quelques hommes vivant dans le monde que l’on pourrait me citer, sont des êtres anormals qui ne doivent pas plus prouver contre ce que j’avance, que les boiteux, les bossus, les culs de jatte, ne prouvent que la nature de l’homme est d’être boiteux, bossu, ou cul de jatte ; ainsi donc quelques soldats, un peu plus de matelots, et beaucoup de prisonniers, seront atteints de ce vice, et cela, du reste, est facile à concevoir : tous les besoins de la nature sont impérieux, il faut que l’on trompe ceux qu’on ne peut satisfaire.
Il serait souvent plus juste de plaindre que de blâmer celui que l’on voit mal faire, car il est fort rare que l’homme succombe sans avoir combattu ; c’est presque toujours la nécessité qui conduit la main de celui qui commet un premier crime, et peut-être que si à côté des lois répressives de notre Code, le législateur avait placé quelques lois préventives, tel individu qui languit dans un bagne ou dans une maison centrale, posséderait la somme de bien-être à laquelle tous les hommes ont le droit de prétendre, et qui doit être le prix de toutes facultés utilement employées.
Je-ne me suis pas éloigné de mon sujet, ce que je viens de dire doit me servir à constater un fait qui malheureusement n’est que trop prouvé, et qui déjà a été signalé par des hommes vraiment recommandables : c’est que la pédérastie est la lèpre des prisons ; ce vice ignoble, que l’imagination ne peut que difficilement concevoir, est le plus saillant de tous ceux qui infestent des lieux placés aous la surveillance immédiate de l’autorité ; cependant les hommes dont la mission est d’améliorer le régime pénitenciaire, ne daignent pas seulement chercher les moyens de l’extirper.
Il y a plus même, dans les bagnes et dans les prisons, on voit souvent sans peine les voleurs audacieux s’attacher à de jeunes pédérastes, car alors ils ne cherchent plus à s’évader ; les directeurs et surveillans de maison centrale ont même quelquefois souffert que des mariages* fussent célébrés avec une certaine pompe ; cet abus n’existe plus, il est vrai, on se cache aujourd’hui pour faire ce qu’autrefois on faisait ouvertement, mais le mal existe toujours.
* Les prisonniers qui contractaient de semblables mariages ne faisaient, au reste, que ce que fit Henri III qui passa avec Maugiron, celui de ses mignons qu’il aimait le plus, un contrat de mariage que tous ses favoris signèrent, et qui donna naissance à un pamphlet intitulé : La Pétarade Maugiron. J’ai extrait de cet ouvrage le quatrain suivant, destiné à servir d’épitaphe à un des seigneurs de la cour de ce monarque, ainsi qu’à sa famille :
Ci gist Tircis, son fils, sa femme,
Juge passant qui fis le pis,
Tircis prit son fils pour sa femme,
Sa femme eut pour mari son fils.
Comme je l’ai dit plus haut, ce n’est pas sans avoir combattu que l’homme succombe ; mais, comme les mauvaises habitudes ont plus de force que les bonnes, il ne s’est pas plus tôt laissé séduire par l’exemple, qu’il aime ce que d’abord à ne pouvait concevoir, et bientôt son esprit affaibli, du reste, par une nourriture malsaine et insuffisante, et par une tension continuelle, ne lui permet plus de discerner les objets ; alors il croit avoir trouvé ce qu’il désire ; il flatte, il adule, il courtise les malheureux qu’il convoite, et qui, eux aussi, croient souvent être ce que l’autre cherche.
Oh ! il est de ces spectacles qu’il faut avoir vu, pour savoir jusqu’où peut descendre l’homme ; il faut être doué d’une organisation bien vigoureuse, et ne jamais s’être arrêté aux surfaces pour ne pas dire ruca à ses frères, lorsque l’on s’est couché sur le banc d’un bagne ou dans la galiote d’une maison centrale ; car n’est-ce pas un spectacle à dégoûter l’humanité toute entière, que de voir des hommes renoncer aux attributs, aux privilèges de leur sexe, pour prendre le ton et les manières de ces malheureuses créatures qui se vendent au premier venu, de les voir lècher la main de celui qui les frappe, et sourire à celui qui leur dit des injures ? et cela cependant se passe tous les jours, et dans toutes les prisons, sous les yeux de l’autorité qui, disent ses agens, ne peut rien y faire. Vous ne pouvez rien y faire ? dites-vous. Pourquoi donc le peuple paie-t-il grassement des philantropes et des inspecteurs-généraux ? Vous ne pouvez rien, mais il faut pouvoir ; le prisonnier est toujours un membre de la famille : la société qui vous a chargé de le punir, vous a en même temps donné la mission de le rendre meilleur, car s’il n’en était pas ainsi, le recueil de vos lois ne serait qu’un recueil d’absurdités ; la peine qui ne répare rien est une peine inutile. Rendez meilleurs les hommes vicieux, voilà la réparation que la société vous demande.
Les pédérastes, à la ville, ont un signe pour se reconnaître ; il consiste à prendre le revers de l’habit ou de la redingotte avec la main droite, le hausser à la hauteur du menton, et à faire une révérence imperceptible.
Delvau, 1864 : Homme qui sert de femme aux pédérastes actifs.
Enfants, on les appelle mômes ou gosselins ; adolescents, ce sont des cousines ; plus âgés, ce sont des tantes.
(Christophe)
Larchey, 1865 : « Homme qui a des goûts de femmes, la femme des prisons d’hommes. »
(1837, Vidocq)
Pour donner une vague idée du personnage qu’on appelle une tante, il suffira de rapporter ce mot magnifique du directeur d’une maison centrale a feu lord Durham qui visita toutes les prisons pendant son séjour à Paris. Le directeur, après avoir montré toute la prison, désigne du doigt un local en faisant un geste de dégoût : Je ne mène pas là Votre Seigneurie, dit-il, car c’est le quartier des tantes. — Hao ! fit lord Durham, et qu’est-ce ? — C’est le troisième sexe, milord.
(Balzac)
Enfants, on les appelle mômes ou gosselins ; adolescents, ce sont des cousines ; plus âgés, ce sont des tantes.
(Moreau Christophe)
Dans le chapitre détaillé qu’il a consacré à cette espèce de gens, M. Canler reconnaît quatre catégories appartenant à diverses classes sociales : persilleuses, honteuses, travailleuses et rivettes. Cette dernière est seule exploitée par les chanteurs.
Larchey, 1865 : « Tous mes bijoux sont chez ma tante, comme disent mes camarades lorsqu’elles parlent du Mont de Piété. » — Achard. — C’est, comme oncle, un terme ironique à l’adresse de ceux qui croient déguiser la source d’un emprunt en disant qu’ils ont eu recours à leur famille.
Delvau, 1866 : s. f. Individu du troisième sexe, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Tapette.
Rigaud, 1881 : Être hybride que Balzac a nommé le troisième sexe, et Vidocq la femme des prisons d’hommes. — Toutes les tantes ne sont pas des assassins, mais tous les assassins sont des tantes.
Homme ou femme ? On ne sait. Ça rôde, chaque soir,
En tous lieux où le gaz épargne un peu de noir,
Et ça répond au nom de : La Belle Guguste.
(J. Dementhe)
La Rue, 1894 : Individu ignoble. Le troisième sexe. Signifie aussi dénonciateur.
Virmaître, 1894 : Le Mont-de-Piété
— Je porte ma toquante chez ma tante, mon oncle en aura soin (Argot du peuple).
Virmaître, 1894 : Pédéraste, homme à double face qui retourne volontiers la tête du côté du mur (Argot du peuple). N.
Rossignol, 1901 : Voir chatte.
Hayard, 1907 : Pédéraste.
France, 1907 : Faux frère ; dénonciateur ; lâche.
Et quand faut suriner un pante
Ej’ reste là… les bras ballants…
I’s ont beau m’dir’ : Va donc… eh ! Tante !
Ej’ marche pas… j’ai les foies blancs.
(Aristide Bruant)
France, 1907 : Individu appartenant au troisième sexe dont était exclusivement composée la légion thébaine. On dit aussi tapette.
Il suffira, dit Balzac, de rapporter ce mot du directeur d’une maison centrale à feu lord Durham, qui visita toutes les prisons pendant son séjour à Paris. Le directeur, après avoir montré toute la prison, désigne du doigt un local en faisant un geste de dégoût : « Je ne mène pas là votre Seigneurie, dit-il, car c’est le quartier des tantes. — Aaoh ! fit lord Durham, et qu’est-ce ? — Le troisième sexe, milord. »
Alfred Tennyson, le barde national, étant mort, et sa succession ouverte, Oscar Wilde passait pour l’un de ceux qui devaient y prétendre et pouvaient y appéter. Pour qu’il soit devenu le chantre subventionné de la Grande-Bretagne et des Indes, il ne s’en est fallu peut-être que du lapin trop fort posé à un grand-oncle, je veux dire au père d’une jeune tante. Londres ne demandait au divin que de ne pas étaler sa « divinité », et, pour le reste, elle lui faisait crédit, sur la foi des aèdes antiques, ses maîtres et ses modèles.
(Émile Bergerat)
Vair
France, 1907 : Sorte d’étoffe ; en blason, fourrure blanche et grise. La fameuse pantoufle de Cendrillon des contes de Perrault était non de verre, mais de vair, ce qui est bien différent.
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