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Ballon (monter en)

Rigaud, 1881 : C’est une vexation qu’au régiment on fait subir à un nouveau venu. Dans les régiments de cavalerie, les lits sont adossés à une cloison en planches, appelée le bas-flanc par analogie avec les cloisons de bois qui séparent les chevaux ; cette cloison ne monte pas jusqu’au plafond. Pendant la nuit, on entoure le lit du patient au moyen de deux cordes à fourrages qui font nœud coulant, puis au signal : « Comptez-vous quatre, » quatre hommes tirent les cordes passées sur le bas-flanc, et la victime enlevée se trouve bientôt suspendue à deux ou trois mètres, quelquefois le lit sens dessus dessous ; ce qui ne lasse pas d’être fort amusant, pour ceux qui ont organisé cette aimable farce.

Chaparder

Larchey, 1865 : Marauder. — De chat-pard : chat-tigre ou serval. — Les zouaves passent pour les plus habiles chapardeurs de l’armée française.

Delvau, 1866 : v. a. Marauder, — dans l’argot des troupiers.

Merlin, 1888 : Marauder, voler.

Virmaître, 1894 : Aller à la maraude (Argot des troupiers).

Rossignol, 1901 : Prendre.

En nous promenant à la campagne, nous avons chapardé des cerises.

Hayard, 1907 : Marauder.

France, 1907 : Marauder, de chat-pard, chat-tigre ; argot des soldats d’Afrique.

— Qu’est-ce qu’il y a ? Qu’est-ce qu’on fricote ? Eh ! eh ! on se nourrit bien ici, tonnerre de Dieu ! ça sent bon ! Ah ! Ah ! C’est Jacobot ! D’où avez-vous tiré ce freschsteack ? Où diable a-t-il trouvé à chaparder de la viande, ce rossard ?
C’était Le gros commandant Rambaut qui, réveillé, lui aussi, s’avançait par l’odeur alléché.

(Hector France, Sous Le Burnous)

Puis voici cette étrange fille, Thérèse Figneur, dite Sans-Gêne, dont la vie est toute une épopée coupée d’éclats de rire. Engagée à dix-neuf ans dans la légion allobroge, elle est dragon au siège de Toulon. Elle vit familièrement avec l’état-major, partageant avec le sergent Masséna et le soldat Junot un gigot de mouton chapardé durant une reconnaissance en fourrageurs.

(Marzac)

Se dit aussi pour voler :

En quoi la sûreté de l’État et la défense nationale sont-elles compromises parce que j’ai prouvé, preuves en mains, qu’on avait chapardé du blé et que le Magenta ne répondait pas comme bâtiment à ce qu’on était en droit d’en attendre ?…
La publication que j’ai faite intéresse, en effet, la défense nationale, compromise par des serviteurs infidèles. Elle ne peut être désagréable qu’aux voleurs.

(Clemenceau, La Justice)

Coquer

Vidocq, 1837 : v. a. — Dénoncer.

un détenu, 1846 : Donner, être révêlé, enseigner, indiquer.

Halbert, 1849 : Embrasser.

Larchey, 1865 : Dénoncer. — Mot à mot : cuisiner, apporter tout préparé. — Du vieux mot coc : cuisinier (coquus). V. Raynouard. — On retrouve la même allusion dans les mots cuisinier et casserole.

En province, il avait coqué quelqu’un de leur bande.

(E. Sue)

Delvau, 1866 : v. a. Dénoncer, — dans l’argot des voleurs, qui ont emprunté à l’argot lyonnais ce mot qui signifie embrasser, comme fit Judas Iscariote pour Jésus.

Delvau, 1866 : v. a. Donner, — dans le même argot [des voleurs]. Coquer la camouffle. Présenter la chandelle. Coquer la loffitude. Donner l’absolution. Coquer le poivre. Empoisonner. Coquer le taf. Faire peur.

Rigaud, 1881 : Dénoncer. C’est le mot croquer moins l’R. En argot manger le morceau aie même sens.

Rigaud, 1881 : Donner. Coquer le poivre, donner du poison.

Rigaud, 1881 : Mettre. Coquer le rifle, mettre le feu.

La Rue, 1894 : Dénoncer. Donner. Mettre. Embrasser. Coquer son centre, donner, son nom. Coquez ! Enlevez ! Volez ! Il est temps.

Virmaître, 1894 : Dénoncer (Argot des voleurs). V. Mouton.

Rossignol, 1901 : Dénoncer quelqu’un.

Hayard, 1907 : Vendre, dénoncer.

France, 1907 : Dénoncer ; du mot coq, cuisinier, qui, en argot, signifie dénonciateur.

Quand on en aura refroidi quatre ou cinq dans les préaux, les autres tourneront leur langue deux fois avant de coquer la pègre.

(Eugène Sue, Les Mystères de Paris)

France, 1907 : Donner. Coquer son centre, donner son nom. Coquer la loffitude, donner l’absolution.

France, 1907 : Embrasser.

— Tandis que, très allumé, j’étais en train de coquer la grosse cantinière en lui fourrageant l’arrière-train, v’là que rapplique le cornard de mari.

(Les Joyeusetés du régiment)

Évouie

France, 1907 : Brassée de fourrage jetée dans la crèche.

Fourrager

Delvau, 1864 : Patiner une femme ; essayer d’introduire son membre dans son aimable hiatus.

Eh bien ! eh bien ! ou vas-tu comme ça ?… Qu’est-ce que tu fourrages là-dedans.

(Henry Monnier)

Delvau, 1866 : v. a. et n. Chiffonner de la main la robe d’une femme, — sa doublure surtout. Argot des bourgeoises.

Rigaud, 1881 : Chiffonner… la collerette.

France, 1907 : Palper, fouiller de la main les seins ou les dessous d’une femme.

Il s’échappait dans le plus strict incognito de sa capitale, seul, sans domestique, sans aide de camp, s’exilait en quelque bourg lointain de ses chères Alpes, et tout lui était bon alors : les servantes d’auberge qu’on jette d’une poussée brutale sur le lit, qui se débattent, qui insultent et qui griffent avant de demander grâce ; les robustes et rouges paysannes qu’on heurte au détour de quelque chemin creux, qu’on lutine, qu’on fourrage d’audacieuses caresses, qui s’abandonnent passives bestiales, parmi l’embaumement des herbes et des feuilles ; les filles précoces qui rêvent le pêché, qui donnent leurs rendez-vous au fond des granges ou des églises, qu’apprivoisent un carré de soie voyante ou une bague d’or.

(Champaubert)

Fourrageur

Delvau, 1866 : adj. et s. Homme qui aime à chiffonner les robes des femmes.

Rigaud, 1881 : Particulier qui aime à chiffonner… la collerette.

Kurka

France, 1907 : Habit-veste que portaient autrefois les lanciers. Mot d’origine polonaise, comme le sont les lanciers.

La kurka (dans la garde) était blanc avec plastron, collet, parements, revers et passepoils bleu de ciel pour la grande tenue. Nous avions les épaulettes, les aiguillettes et la fourragère en laine rouge ; le pantalon de la même couleur avec double bande bleu de ciel. Les boutons du kurka étaient jaunes, demi-sphériques, avec un aigle couronné.

(Marcel de Baillehache, Souvenirs intimes d’un lancier de la garde impériale)

Je venais d’être nommé lieutenant aux lanciers de la garde et je puis dire, sans me flatter, qu’avec ma taille pas plus grosse que ça, le torse moulé dans mon kurka bleu de ciel, avec mon schapska sur le coin de l’œil droit, mes épaulettes et mes cordons, je n’étais pas plus mal qu’un autre.

(Gil Blas)

N’avoir ni part ni quart

France, 1907 : N’avoir aucun bénéfice dans une affaire. Cette expression, encore usitée en province, a une origine fiscale. La part était une somme payée au prêtre pour dire la messe, ou une redevance due au pape par les ecclésiastiques ou par les églises ; le quart, une prestation en nature prélevée par le seigneur sur le blé, les fourrages, les fruits.
Il y avait aussi le tertium ou tiers, qui était ou bien la troisième partie de la dime, ou le droit de mutation dû au seigneur par le vassal qui vendait son bien. Tous ces impôts, toutes ces taxes et ces redevances devenaient fort onéreux pour ceux qui possédaient quelque bien, mais les pauvres diables, les gueux qui n’avaient ni terre, ni sou, ni maille, ne payaient par conséquent aucun impôt et se moquaient du tiers comme du quart.

Plaque de couche (astiquer la)

France, 1907 : Être étendu sur son lit, et, par extension, se coucher ; argot militaire.

— Eh ben, mon colon, faut croire que c’est le monde ertourné, pisque c’est les hommes ed’la classe qui sont commandés de fourrage durant que les bleus n’en fichent pas une secousse. À c’t’heure, j’astique ma plaque de couche et c’est cor’ pas toi qui me feras lever. Voilà !

(Georges Courteline, Les Gaietés de l’escadron)

Prendre le train d’onze heures

Rigaud, 1881 : Farce de troupiers. Cette farce consiste à administrer à la victime une promenade nocturne dans son lit, lequel est traîné par de facétieux voisins au moyen de cordes à fourrages. Cette brimade a encore reçu le nom de « rouler en chemin de fer ». Le soldat qui a fait suisse est sûr qu’il prendra le train d’onze heures ; mais il n’y a qu’un bleu, un conscrit, qui, ignorant les usages du régiment, puisse commettre un si grand délit.

Rabiau

Delvau, 1866 : s. m. Malade qui, dans certains hôpitaux, rend certains services à ses camarades de salle, comme de faire leurs lits, de brosser leurs effets, etc. On lui donne quelquefois de l’argent et, le plus souvent, des restes de soupe.

Delvau, 1866 : s. m. Résidu ; reste de portion, — dans l’argot des faubouriens, qui ont emprunté ce mot à l’argot des marins. On dit aussi Rabiautage.

Delvau, 1866 : s. m. Temps qui reste à faire, — dans l’argot des troupiers. On dit aussi Surcroît de punition.

Rigaud, 1881 : Convalescent qui se plaît à donner ses soins à des camarades d’hôpital, comme M. Jourdain donnait des étoiles à ses amis.

Merlin, 1888 : Voyez fourbi (1re acception). — Rabiau signifie également le temps que peut être encore retenu sous les drapeaux le militaire dont l’heure de la libération est venue.

Fustier, 1889 : Bénéfice.

Les pourboires cachés ;… les rabiaus sur le fourrage…

(Huysmans, les Sœurs Vatard)

La Rue, 1894 : Convalescent qui rend des services à ses camarades d’hôpital. Résidu, reste de portion. Prolongation du service militaire. Supplément, excédent. Les petits bénéfices.

France, 1907 : Voir Rabiot.

Trèfle

Larchey, 1865 : Anus. — Corruption de trou. — V. Trèpe.Vise au trèfle : Apothicaire (Vidocq).

Larchey, 1865 : Tabac. — Allusion à la couleur brune de ce fourrage, quand il est sec.

Delvau, 1866 : s. m. Le podex, — dans l’argot des faubouriens. Vise-au-trèfle. Apothicaire.

Rigaud, 1881 : Derrière.

Merlin, 1888 : Tabac.

Fustier, 1889 : Argent monnayé. Argot des gavroches.

Virmaître, 1894 : Tabac (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Tabac.

France, 1907 : Anus.

France, 1907 : Argent. Les nécromants, astrologues et sorciers du moyen âge attribuaient au trèfle de merveilleuses propriétés, entre autres, celle d’annoncer de l’argent. De là à signifier l’argent lui-même, la pente était facile. Cette propriété était surtout celle du trèfle à quatre feuilles : « Celui ou celle qui trouve le trèfle à quatre feuilles, disent les Évangiles des Quenouilles, s’il le garde en révérence, sachiez, pour aussi vray que Évangile, qu’il sera eureux et riche toute sa vie. »

France, 1907 : Tabac.

Qu’on le traitât de grand mac, feignant comme un prêtre, il en riait ; mais qu’on s’amusât à lui fourrer, ainsi qu’on le fit, des paquets de cheveux dans son trèfle, des poignées de roncés dans son pieu de goémon et des cervelas d’étron dans sa soupe, ah ! zut, alors !

(Jean Richepin)

anon., 1907 : Tabac.

Turlututu !

France, 1907 : Réponse de négation, ou de refus ironique.

Elle avait un air mutin
Quand elle croisa Justin ;
Pudeur ou frais du matin
Enluminèrent son teint,
Il la saisit au passage,
Fourrage dans son corsage.
— Laissez-moi, dit-elle, en nage.
— Ô méchante ! — Je suis sage.
— Quelle aubaine ! une vertu,
Pensa le gars. — Me veux-tu
Pour galant ? — Turlututu !
Pour mari — Donne la preuve
De ta sagesse. À l’épreuve
Justin la reconnut… veuve !…

(Gil Blas)

On dit généralement turlututu, chapeau pointu !

Brin-de-Mai de-ci, de-çà,
Entre les deux balança,
Dit : Comme on doit s’ennuyer
Sans chansons à son foyer,
Dit encor : Tout le restant,
Sans chansons, ne vaut pas tant,
Ajouta : Turlututu !
Et conclut : Chapeau pointu !

(Jean Richepin)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique