Delvau, 1866 : Prendre dans des dominos restants. Argot des joueurs. On dit aussi Fouiller au pot.
Aller au pot
Arçonner
Clémens, 1840 : Prévenir, tâter, fouiller, frapper.
Halbert, 1849 : Faire parler.
Delvau, 1866 : v. a. Parler à quelqu’un, l’apostropher, le forcer à répondre. Argot des voleurs.
Pierre Sarrazin avait déjà employé ce mot dans le même sens, en l’écrivant ainsi : arresoner ; je l’ai cherché en vain dans les dictionnaires. D’un autre côté, les voleurs disent : Faire l’arçon, pour signifier : Faire le signal de reconnaissance ou d’avertissement, qui est, paraît-il, le bruit d’un crachement et le dessin d’un C sur la joue droite, près du menton, avec le pouce de la main droite.
La Rue, 1894 : Faire parler. Faire l’arçon.
France, 1907 : Apostropher à haute voix quelqu’un pour l’obliger à répondre.
Arlequin
d’Hautel, 1808 : Un habit d’arlequin. On appelle ainsi et par mépris, un enfant né d’un commerce illicite ; une composition de toutes sortes de pièces qui n’ont aucun rapport entr’elles ; un habit racommodé de morceaux de diverses couleurs.
Larchey, 1865 : Rogatons achetés aux restaurants et servis dans les gargotes de dernier ordre.
C’est une bijoutière ou marchande d’arlequins. Je ne sais pas trop l’origine du mot bijoutier ; mais l’arlequin vient de ce que ces plats sont composés de pièces et de morceaux assemblés au hasard, absolument comme l’habit du citoyen de Bergame. Ces morceaux de viande sont très copieux, et cependant ils se vendent un sou indistinctement. Le seau vaut trois francs. On y trouve de tout, depuis le poulet truffé et le gibier jusqu’au bœuf aux choux.
(Privat d’Anglemont)
Delvau, 1866 : s. m. Plat à l’usage des pauvres, et qui, composé de la desserte des tables des riches, offre une grande variété d’aliments réunis, depuis le morceau de nougat jusqu’à la tête de maquereau. C’est une sorte de carte d’échantillons culinaires.
Rigaud, 1881 : Épaves de victuailles recueillies pêle-mêle dans les restaurants, dans les grandes maisons, et débitées aux pauvres gens. La variante est : Bijou.
En effet, c’est une chose affreuse que les arlequins… une chose affreuse, puisqu’elle a empoisonné deux hommes, la semaine dernière, l’un en vingt-quatre heures.
(Le Titi, du 17 janv. 1879)
Ça un arlequin, la petit’ mère ! vous vous foutez de moi… c’est tout au plus du dégueulis.
La Rue, 1894 : Reste de victuailles des maisons bourgeoises et des restaurants.
Rossignol, 1901 : Rogatons divers ramassés dans les restaurants et vendus dans les marchés aux malheureux ; arlequin, parce que du poisson peut être mêlé avec du lapin ou autres victuailles.
France, 1907 : Assemblage de restes achetés dans les restaurants par les gargotiers de dernier ordre et provenant de la desserte des tables. On y trouve de tout, dit P. d’Anglemont, depuis le poulet truffé et le gibier jusqu’au bœuf aux choux.
Autrefois chez Paul Niquet
Fumait un vaste baquet
Sur la devanture,
Pour un ou deux sous, je croix,
On y plongeait les deux doigts,
Deux, à l’aventure,
Les mets les plus différents
Étaient là, mêlés, errants,
Sans couleur, sans forme,
Et l’on pêchait, sans fouiller,
Aussi bien un vieux soulier
Qu’une truffe énorme.
(Richepin, La Chanson des Gueux)
Arsonner
Rigaud, 1881 : Fouiller, — dans le jargon des voleurs.
La Rue, 1894 : Fouiller.
Bafouillage
Fustier, 1889 : Conversation sans suite, confuse, incohérente. À vrai dire, ce mot rentre plus dans le langage trivial que dans l’argot ; toutefois comme les dictionnaires spéciaux ont jusqu’ici enregistré bafouiller et bafouilleur, j’ai pensé que bafouillage avait également droit d’asile.
J’ai entendu nombre de phrases sans suite, d’exclamations vides, de bafouillages incohérents.
(Écho de Paris, mai 1884)
Bafouiller
Rigaud, 1881 : Bredouiller.
Virmaître, 1894 : S’embarquer dans un discours et mélanger les phrases de façon à les rendre incompréhensibles. Vouloir faire le beau parleur et s’exprimer difficilement. Dans le peuple on appelle celui qui bafouille un bafouilleur et on lui offre un démêloir (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Rendre incompréhensible une conversation en s’exprimant difficilement. Un musicien bafouille lorsqu’il exécute mal un morceau de musique.
Hayard, 1907 : S’embrouiller en parlant.
France, 1907 : Bredouiller.
Baguenaude
Delvau, 1866 : s. f. Poche, — dans l’argot des marbriers de cimetière, qui y laissent quelquefois flâner de l’argent.
Rigaud, 1881 : Poche. — Baguenaude à sec, poche vide. — Baguenaude ronflante, poche garnie d’argent.
La Rue, 1894 : Poche. Baguenaude ronflante, poche pleine d’argent.
Hayard, 1907 : Poche.
France, 1907 : Poche ; du fruit du baguenaudier, qui est une gousse pleine de graisse. Baguenaude à sec, poche vide ; — ronflante, poche garnie d’argent. Faire la retourne des baguenaudes, fouiller les poches.
Barbaudier, barbotier
Rigaud, 1881 : Guichetier. — Barbaudier de castu, concierge d’hôpital. Il est chargé de fouiller, barboter les visiteurs.
Barbot
Vidocq, 1837 : s. m. — Canard.
Larchey, 1865 : Canard (Vidocq). — L’acte est mis pour l’acteur. Barbot : Fouille. — Allusion à la main fouillant une poche, comme un bec de canard barbotte dans un trou.
Je fis le barbot et je m’emparai de quelques pièces de vingt et quarante francs.
(Canler)
Delvau, 1866 : s. m. Canard, — dans l’argot des voyous.
Rossignol, 1901 : Souteneur voleur. — Un voleur est un barbot, les barbots (souteneurs) sont en général des barboteurs.
France, 1907 : Souteneur ou voleur. Voler au barbot ou faire le barbot, fouiller les poches.
Barbot, vol au barbot
Rigaud, 1881 : Vol exécuté dans les poches du prochain. — Faire le barbot, fouiller dans les poches.
Barboter
Vidocq, 1837 : v. a. — Fouiller.
Clémens, 1840 : Fouiller.
Delvau, 1866 : v. a. Fouiller ; voler. Argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Fouiller dans les poches du voisin ou de la voisine. Les voleurs barbotent beaucoup dans les omnibus. Ils fouillent dans la poche d’autrui comme les canards dans les ruisseaux.
Boutmy, 1883 : v. a. Voler des sortes dans la casse de ses camarades. Se dit souvent à la place de fricoter et de piller.
Merlin, 1888 : Fouiller dans les affaires d’autrui ; voler : pêcher en eau trouble.
Fustier, 1889 : Parler sans savoir ce que l’on dit.
Rossignol, 1901 : Fouiller, prendre.
On m’a barboté mon blavin.
France, 1907 : Fouiller, voler. Barboter la caisse, s’approprier le contenu d’un secrétaire ou d’un coffre-fort.
L’un de ces visiteurs occultes, l’abbé X…, avait même profité de la circonstance pour barboter deux livres obscènes, illustrés de galantes images inspirées par le péché peu mortel dont il aime tant à absoudre ses clientes de prédilection.
(Maxime Boucheron)
Barbotier
Delvau, 1866 : s. m. Guichetier chargé de la visite des prisonniers à leur entrée.
La Rue, 1894 : Canapé.
France, 1907 : Guichetier chargé de fouiller les prisonniers et les cellules.
Barbotter
Ansiaume, 1821 : Chercher.
J’ai barbotté toute la sorgue sans trouver une bredoche.
un détenu, 1846 / Halbert, 1849 : Fouiller.
Larchey, 1865 : Voler (Vidocq). — Mot à mot : faire le barbot.
Tous deux en brav’s nous barbottions, D’or et d’billet nous trouvons un million.
(Paillet)
Virmaître, 1894 : Fouiller les poches de quelqu’un. C’est une spécialité qui demande une certaine adresse. La ménagère souvent la nuit, pendant que son mari sommeille, pratique, sans mandat, une visite domiciliaire dans les poches du dormeur (Argot du peuple).
Bassin
d’Hautel, 1808 : Cracher au bassin. Donne, quelque chose malgré soi ; à contre-cœur.
On dit aussi Faire cracher quelqu’un au bassin. Pour lui soutirer de l’argent ; lui faire payer un écot auquel il n’a point pris part.
Delvau, 1864 : La nature de la femme, dans laquelle le membre viril nage trop souvent.
J’eusse voulu toujours fouiller dans votre bassin.
(Tabarin)
Delvau, 1866 : s. m. Homme ennuyeux, — dans l’argot des filles et des faubouriens, qui n’aiment pas à être ennuyés, les premières surtout. On dit aussi Bassinoire.
Boutmy, 1883 : s. m. Homme ennuyeux. Ce mot appartient aussi à l’argot parisien et n’est pas spécial à la typographie : Tais-toi, vieux bassin. On dit aussi bassinoire.
Virmaître, 1894 : Insipide, ennuyeux (Argot du peuple). V. Bassinoire.
Rossignol, 1901 : Individu ennuyeux.
France, 1907 : Homme ennuyeux. On dit aussi bassinoire. « Quel bassin que ce curé ! »
Basta
Merlin, 1888 : Assez, — de l’espagnol. On dit aussi Barka, — de l’arabe.
France, 1907 : Assez ; mot rapporté par les troupiers d’Algérie.
— Vous pouvez nous fouiller, vous m’avez fait flanquer deux semaines à l’ours et vous avez le toupet de me réclamer de l’argent ! Vous vous montez joliment le bourrichon. J’ai soupé de votre fiole, mon bon ami, basta !
(Hector France, L’Homme qui tue)
Bastringue
d’Hautel, 1808 : Nom donné primitivement à une contredanse qui a été long-temps on vogue à Paris ; ce mot a reçu depuis une grande extension : le peuple, à qui il a plu, s’en est emparé, et l’a appliqué à des choses de nature différente.
Un bastringue signifie tantôt un bal mal composé ; tantôt un mauvais joueur de violon ; puis une maison en désordre ; un mauvais lieu.
Un bastringue est aussi une petite mesure qui équivaut à peu-près à ce que les buveurs appeloient autrefois un canon, dont la capacite répondoit à celle d’un verre moyen.
Boire un bastringue signifie donc vulgairement, boire un verre de vin.
Ansiaume, 1821 : Lime fine.
N’oublie pas la bastringue pour faucher les balançons.
Vidocq, 1837 : s. m. — Étui de fer-blanc, d’ivoire, d’argent, et quelquefois même d’or, de quatre pouces de long sur environ douze lignes de diamètre, qui peut contenir des pièces de vingt francs, un passe-port, des scies et une monture, que les voleurs cachent dans l’anus. La facilité qu’ils trouvaient à dérober cet étui à tous les yeux, et la promptitude avec laquelle ils coupaient les plus forts barreaux et se débarrassaient de leurs chaînes, a long-temps fait croire qu’ils connaissaient une herbe ayant la propriété de couper le fer ; l’herbe n’était autre chose qu’un ressort de montre dentelé, et parfaitement trempé.
Halbert, 1849 : Scie pour scier le fer.
Larchey, 1865 : Étui conique en fer d’environ quatre pouces de long sur douze lignes de diamètre, contenant un passe-port, de l’argent, des ressorts de montres assez dentelés pour scier un barreau de fer, un passe-port, de l’argent, etc. — Vidocq — Les malfaiteurs, sur le point d’être pris, cachent dans leur anus cette sorte de nécessaire d’armes, mais il doit être introduit par le gros bout. Faute de cette précaution, il remonte dans les intestins et finit par causer la mort. Un prisonnier périt il y a quelques années de cette manière, et les journaux ont retenti du nombre prodigieux d’objets découverts dans son bastringue, après l’autopsie.
Delvau, 1866 : s. m. Bruit, vacarme, — comme on en fait dans les cabarets et dans les bals des barrières.
Delvau, 1866 : s. m. Guinguette de barrière, où le populaire va boire et danser les dimanches et les lundis.
Delvau, 1866 : s. m. Scie à scier les fers, — dans l’argot des prisons, où l’on joue volontiers du violon sur les barreaux.
Rigaud, 1881 : Lime, scie. — Étui dans lequel les récidivistes serrent les outils nécessaires à leur évasion, tels que lime, scie, ressort de montre. De là l’habitude qu’on a dans les prisons, lors de la visite, au moment de l’arrivée du prévenu ou du condamné, de le faire complètement déshabiller et de lui administrer une forte claque sur le ventre, dans le but de s’assurer s’il a un bastringue sous lui.
Rigaud, 1881 : Vacarme. — Faire du bastringue.
La Rue, 1894 : Lime, scie, outils d’évasion renfermés dans un étui. Guinguette et bal de barrière.
Virmaître, 1894 : Bal de bas étage où se donne rendez-vous la canaille du quartier dans lequel il est situé. Bastringue, faire du bruit, du tapage. Quand l’homme rentre au logis, un peu humecté et qu’il casse la vaisselle, la ménagère, furieuse, lui dit :
— T’as pas bientôt fini ton bastringue, sale chameau ? (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Bal de bas étage.
Rossignol, 1901 : Étui en ivoire ou en argent que les voleurs tiennent constamment caché dans leurs intestins et qui peut contenir jusqu’a 800 francs en or ; ainsi, lors qu’ils se trouvent arrêtés, ils ne sont jamais sans argent. Il y a des bastringues qui contiennent tournevis, scies et monture. Avec une scie semblable, votre serviteur a scié un barreau de la grosseur de ceux des prisons en trente-six heures. Cet étui est bien connu dans les prisons centrales, mais il est difficile de le trouver, le voleur le retire le soir de sa cachette pour le remettre le matin où il reste toute la journée. Il y a une chanson sur les prisons centrales où il est dit :
Un surveillant vous fait regarder à terre En vous disant : Baissez-vous à moitié ; Il vous palpe et regarde le derrière, Dans la maison, c’est l’usage de fouiller.
Hayard, 1907 : Bal de bas étage.
France, 1907 : Bal de barrière.
Mademoiselle, voulez-vous danser ?
V’là le bastringue.
V’là le bastringue !
Mademoiselle, voulez-vous danser ?
Le bastringue va commencer.
(Vieille chanson)
On appelle aussi bastringue, dans l’argot des prisons, une scie à scier le fer ; c’est également un étui conique, d’environ quatre pouces de long sur douze lignes de diamètre, qui sert à renfermer cette scie et d’autres objets utiles aux prisonniers.
Les malfaiteurs arrêtés cachent dans leur anus cette sorte de nécessaire d’armes, qui doit être introduit par le gros bout. Faute de cette précaution, il remonte dans les intestins et finit par causer la mort. Un détenu périt, il y a quelques années, de cette manière, et les journaux ont retenti du nombre prodigieux d’objets découverts dans son bastringue, après l’autopsie.
(Lorédan Larchey.)
Batifouiller
Rossignol, 1901 : S’embrouiller, patauger, dire des bêtises ou des naïvetés.
Cafouiller
France, 1907 : Fureter, chercher partout.
Carfouiller
Fustier, 1889 : Fouiller jusqu’au fond, dans tous les sens.
Il délibéra longtemps avec lui-même pour savoir… s’il lui carfouillerait le cœur avec son épée ou s’il se bornerait à lui crever les yeux.
(Figaro, 1882)
France, 1907 : Percer profondément. Carfouiller un pante d’un coup de surin.
Chatouiller un roupilleur
France, 1907 : Fouiller doucement les poches d’un dormeur.
Chauffer
d’Hautel, 1808 : Je ne me chauffe pas de ce feu-là. Pour, ce n’est pas ma manière de vivre ; je suis bien opposé à ce système.
Ce n’est pas pour vous que le four chauffe. Se dit à ceux que l’on veut exclure d’une chose à laquelle ils prétendent avoir part ; à un homme qui fait le galant auprès d’une femme qu’il ne doit point posséder.
Il verra de quel bois je me chauffe. Espèce de menace, pour dire quel homme je suis.
Allez lui dire cela, et vous chauffer ensuite à son four. Manière de défier quelqu’un d’aller redire à un homme le mal qu’on se permet de dire de lui en arrière.
Larchey, 1865 : Applaudir chaleureusement. V. Chaud.
Elle recueillait les plaintes de son petit troupeau d’artistes… on ne les chauffait pas suffisamment.
(L. Reybaud)
Delvau, 1866 : v. n. Aller bien, rondement, avec énergie.
Rigaud, 1881 : Battre ; arrêter, dans le jargon des voyous. Se faire chauffer, se faire arrêter. — Se faire chauffer par un cerbère, se faire arrêter par un sergent de ville.
Rigaud, 1881 : Faire l’empressé auprès d’une femme. — Stimuler, pousser, jeter feu et flamme. Chauffer des enchères, chauffer une affaire. — Chauffer une entrée, saluer d’une salve d’applaudissements un acteur à son entrée en scène. La mission de la claque est de chauffer le entrées et les sorties des acteurs en vedette.
La Rue, 1894 : Battre. Arrêter. Courtiser avec ardeur. Aller bien, vite. Fouiller pour voler.
Virmaître, 1894 : On chauffe une pièce pour la faire réussir et obtenir un succès. Chauffer une réunion publique. Chauffer une femme : la serrer de près, lui faire une cour assidue. On disait autrefois : coucher une femme en joue. On ajoute de nos jours, par ironie :
— tu ne la tireras pas, ou bien encore : Ce n’est pas pour toi que le four chauffe.
Chauffer une affaire pour attirer les actionnaires (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Prendre, battre.
Joseph a chauffé sa femme en partie fine avec un amoureux ; il a aussi chauffé l’amoureux de quelques coups de poing.
France, 1907 : Fouiller les poches, voler, Se dit aussi pour châtier.
Si tu fais un faux entiflage,
Choisis une largue en veuvage,
Qu’elle ait du fast, du monaco,
Et puis au jorn’ du conjungo ;
Chauffe l’magot avec madrice,
Cavale en plaquant ton caprice…
(Chanson d’un vieux voleur, recueillie par Hogier-Grison)
Compositrice
Boutmy, 1883 : s. f. Jeune fille ou femme qui se livre au travail de la composition. Nous ne réveillerons pas ici la question tant de fois débattue du travail des femmes ; nous ne rappellerons pas les discussions qui se sont élevées particulièrement à propos de la mesure prise par la Société typographique, qui interdisait à ses membres les imprimeries où les femmes sont employées à la casse à un prix inférieur à celui fixé par le Tarif accepté. Contentons-nous de dire que nous sommes de l’avis de MM. les typographes qui, plus moraux que les moralistes, trouvent que la place de leurs femmes et de leurs filles est plutôt au foyer domestique qu’à l’atelier de composition, où le mélange des deux sexes entraîne ses suites ordinaires. — Quoi qu’il en soit, il existe des compositrices ; nous devions en parler. MM. les philanthropes qui les emploient vont les recruter dans les ouvroirs, les orphelinats ou les écoles religieuses. Ces jeunes filles, en s’initiant tant bien que mal à l’art de Gutenberg, ne manquent pas de cueillir la fine fleur du langage de l’atelier et de devenir sous ce rapport de vraies typotes comme elles se nomment entre elles. L’argot typographique ne tarde pas à se substituer à la langue maternelle ; mais il en est de l’argot comme de l’ivrognerie : ce qui n’est qu’un défaut chez l’homme devient un vice chez la femme, et il peut en résulter pour elle plus d’un inconvénient. L’anecdote suivante en fournit un exemple : un employé, joli garçon, courtisait pour le bon motif sa voisine, une compositrice blonde, un peu pâlotte (elles le sont toutes), qui demeurait chez ses parents. La jeune fille n’était point insensible aux attentions de son galant voisin. Un samedi matin, les deux jeunes gens se rencontrent dans l’escalier : « Bonjour, mademoiselle, dit le jeune homme en s’arrêtant ; vous êtes bien pressée. — Je file mon nœud ce matin, répondit-elle ; c’est aujourd’hui le batiau, et mon metteur goberait son bœuf si je prenais du salé. » Ayant dit, notre blonde disparaît. Ahurissement de l’amoureux, qui vient d’épouser une Auvergnate à laquelle il apprend le français. Nous avons dit plus haut que les typographes, en proscrivant les femmes de leurs ateliers, avaient surtout en vue la conservation des bonnes mœurs à laquelle nuit, comme chacun sait, la promiscuité des sexes. Ce qui suit ne démontre-t-il pas qu’ils n’ont pas tort ? Un jour, ou plutôt un soir, une bande de typos en goguette faisait irruption dans une de ces maisons de barrière qu’on ne nomme pas. L’un d’eux, frappé de l’embonpoint plantureux d’une des nymphes du lieu, ne put retenir ce cri : « Quel porte-pages ! » La belle, qui avait été compositrice, peu flattée de l’observation du frère, lui répliqua aussitôt : « Possible ! mais tu peux te fouiller pour la distribution. » (Authentique.) L’admission des femmes dans la typographie a eu un autre résultat fâcheux : elle a fait dégénérer l’art en métier. Pour s’en convaincre, il suffit d’examiner les ouvrages sortis des imprimeries où les femmes sont à peu près exclusivement employées.
Coup du moineau
Virmaître, 1894 : Un pégriot a un pierrot apprivoisé ; il avise une boutique et lache son oiseau ; celui-ci se sauve derrière les sacs ; il entre, pleure, se désole :
— Mon pierrot, mon pierrot.
Les garçons, le patron, la patronne, tout le monde est après le pierrot. Le pégriot profite de cette chasse improvisée pour fouiller dans le comptoir et prendre une poignée de monnaie.
Le pierrot est pris, le gamin se sauve en remerciant, le tour est joué (Argot des voleurs). N.
France, 1907 : C’est un nouveau truc inventé par l’esprit fécond des voleurs. Un gamin lâche un moineau apprivoisé dans une boutique, et, tandis que celui-ci voltige à droite et à gauche et que chacun court pour l’attraper, le petit garçon fait main basse sur tout ce qu’il peut trouver, argent où marchandise.
Couper (y)
Rigaud, 1881 : Ne pas savoir faire une chose, n’y rien connaître, ou ne pas vouloir la faire. Êtes-vous fort sur le calcul ? — J’y coupe. A au régiment à peu près la même signification. C’est éluder une corvée ou une punition. Je coupe à aller prendre Jules par les oreilles. À quelqu’un qui veut éviter une corvée, les camarades disent : Tu n’y couperas pas plus qu’un vieux renard. — Dans le même jargon, équivaut au célèbre : Tu peux te fouiller. « Tu voudrais bien te rincer la trente-deuxième, mais tu y coupes. » Réminiscence du jeu d’écarté.
La Rue, 1894 : Croire. Se laisser abuser.
France, 1907 : Tomber dans un piège, croire à un mensonge.
Tout a sa fin dans ce baroque monde :
Les plus heureux même n’y coupent pas,
Car c’est la règle en la machine ronde
De ne jamais échapper au trépas.
Donc, brusquement, casse la manivelle :
Adieu famille, amis, et cætera…
Ah ! cette fois, pour sûr on restera
À tout jamais au fond de la Nouvelle.
(Georges Prud’homme)
Dates (des) !
France, 1907 : Interjection de mépris ou de refus.
Ell’ se r’tourn’, lui dit : Des dattes !
Tu peux t’fouiller, vieux pruneau !
Tu n’tiens plus sur tes deux pattes.
Va donc, eh ! fourneau !
Ébattre dans la tigne (s’)
France, 1907 : Fouiller les poches dans une foule.
Écafouiller
France, 1907 : Écraser.
Emfarfouiller (s’)
France, 1907 : Se tromper, s’empêtrer.
« Ne nous emfarfouillons pas dans les feux de file. » Ne nous embrouillons pas, revenons à notre affaire.
Faire les poches
Hayard, 1907 : Fouiller quelqu’un.
Faire un poivrot
France, 1907 : Fouiller et voler un homme ivre.
Farfouiller
d’Hautel, 1808 : Éparpiller ; mettre tout en désordre pour chercher quelque chose ; manier avec indiscrétion.
Delvau, 1866 : v. n. Chercher quelque chose avec la main, remuer tout pour le trouver. Argot du peuple.
Rossignol, 1901 : Chercher. Celui qui se met le doigt dans les narines se farfouille dans l’nez.
France, 1907 : Chercher.
Ernest m’envoie un regard coupant comme le rasoir de Prado et froid comme un discours de Mézières. Brr… ! la petite mort me passe dans le dos. Ernest farfouille dans ses papiers, l’huissier appelle mon affaire, et M. le président, me toisant d’un œil dédaigneux, laisse tomber ces mots : « Fille Colombine, levez-vous ! »
(Gil Blas)
Toute la pléiade qui fouille
Et farfouille le corps humain,
Plongeant les doigts dans ce qui grouille,
Pantins d’hier ou de demain.
(Jacques Rédelsperger)
Ci-gît qui toujours bredouilla
Sans jamais avoir pu rien dire ;
Beancoup de livres farfouilla,
Sans jamais avoir pu s’instruire ;
Et beaucoup d’écrits barbouilla,
Sans avoir pu les faire lire.
(La Harpe)
Farfouiller dans le tympan (se le)
Rigaud, 1881 : Se communiquer quelque chose. — Qu’on se le farfouille dans le tympan, qu’on se le communique.
Farfouiller dans les buissons
Rigaud, 1881 : Invoquer Vénus polyglotte.
Farfouiller dans ses esgourdes (se)
Virmaître, 1894 : Nettoyer ses oreilles pour en enlever les mucosités (Argot du peuple).
Farfouiller une femme
Delvau, 1864 : La baiser, ou quelquefois la peloter seulement.
Il était las de baiser, manier, fouiller et farfouiller.
(Mililot)
Comme celle qui disait que Claude lui avait farfouillé dans son cul de devant.
(Moyen de parvenir)
Fond
d’Hautel, 1808 : Aller au fin fond. Locution usitée parmi le peuple, et qui signifie fouiller une chose dans toutes ses profondeurs ; avoir parcouru un pays d’un bout à l’autre.
Il connoît le fond du sac. Pour il sait le fond des affaires.
Il faut voir le fond du sac. C’est-à-dire, il faut examiner jusqu’aux moindres circonstances ; jusqu’aux plus petits détails, aller jusqu’à la fin.
Fouiller (se)
Delvau, 1866 : Chercher inutilement, — dans l’argot des faubouriens, qui n’emploient ce verbe que dans cette phrase : Tu peux te fouiller. C’est-à-dire : Tout ce que tu diras et feras sera inutile.
France, 1907 : Chercher inutilement, attendre en vain. « Tu peux te fouiller, tu n’obtiendras rien. »
Le caporal, qui ne décolérait pas, me déclara que, pour la soupe, je pouvais me fouiller. La menace me fit peu d’effet. Je m’étendis sur le carreau, la tête appuyée sur mon sac, mangeant un morceau de pain qui me semblait délicieux.
(Sutter-Laumann, Histoire d’un Trente sous)
— Vous savez., l’abbé, si c’est pour de l’argent, vous pouvez vous fouiller ! Plus rien dans mes poches, ni dans celles des abonnés. N’espérez pas même une note pour une couturière à la journée suffisant seule par son travail à l’éducation de douze gosses ! Vous en ai-je assez fourré, des cinq louis, et des vingt-cinq louis ! Ah çà ! qu’est-ce que vous en fichez, de l’argent ? Ça n’est pas à nourrir vos moutards que vous l’employez, non ! ils crèvent de faim, ils finiront par se manger les uns les autres. Si vous en faites des missionnaires, c’est eux qui apprendront l’anthropophagie aux noirs.
(Catulle Mendès, Gog)
Fouiller (tu peux te)
Larchey, 1865 : Tu n’auras rien. — Mot à mot : Si tu veux avoir mon argent, tu peux fouiller dans ta poche et te payer toi-même.
Justement mon propriétaire Vint me réclamer mon loyer. Je lui dis, feignant la colère : Tu peux te fouiller.
(Hardy, Chanson)
Rigaud, 1881 : Tu n’obtiendras rien, il n’y a rien pour toi.
Veux-tu me rendre un service ? — Tu peux te fouiller.
Mot à mot : tu peux regarder dans tes poches pour voir si tu peux te le rendre. — Cette expression est encore prise dans le sens de : tu te trompes ; s’il croit que je l’aime, il peut se fouiller.
Et Champfleury, Sarcey, Scholl, Zola, etc… etc… peuvent se fouiller.
(L’Étrille, janvier 1879)
Virmaître, 1894 : Tu n’auras rien, ou il ne reste rien (Argot du peuple).
Fouilleuse
Fustier, 1889 : Argot de police. Femme chargée de fouiller dans les prisons soit les détenues soit les visiteuses qui les viennent voir.
Le soir, la Fouilleuse du Dépôt explore les poches et les vêtements de la femme…
(Gazette des Tribunaux, 1875.)
France, 1907 : Femme employée dans les grands magasins pour fouiller les femmes soupçonnées de vol.
Voulez-vous connaitre toutes ces femmes du monde portant des noms honorables qu’un soupçon n’a jamais effleurées, qui ont été cependant déshabillées dans les pièces où se trouvent les fouilleuses du Grand Bazar ? Elles sont enregistrées ici, comme ailleurs, sur le répertoire des voleuses, parmi les domestiques, les filles galantes et les pickpockettes.
(G. Macé, Un Joli Monde)
Religieuse chargée, au Dépôt, de fouiller les nouvelles arrivées.
Voici le Dépôt. Tout le monde attend pêle-mêle. Enfin arrive la fouilleuse. Les sœurs aux voiles blanc, bleu, noir, dirigées par la sœurs assistante, prennent les tickets qui sont marqués d’un trait au crayon bleu, si la fille est soumise, et d’un crayon rouge, si la fille est insoumise.
(Hogier-Grison, La Police)
Enfin on appelle aussi fouilleuse la salle où l’on fouille les prévenus.
Il lui fallait défiler à la permanence sous les yeux fouilleurs et devant les mines rébarbatives d’inspecteurs de police, en costumes civils, dévisageant les arrivants et cherchant à reconnaître les ordinaires habitués des lieux de détention.
Conduit ensuite dans une vaste salle, il passa devant le guichet où veille le brigadier, fut conduit à la fouilleuse, où on le débarrassa de son argent et de ses bijoux, puis, après qu’on lui eut fait relever les manches de son veston et de sa chemise afin de vérifier si ses bras ne portaient pas de tatouages révélateurs, il dut donner ses nom, prénoms au greffe et se trouva immatriculé.
(Edmond Lepelletier)
Fourgueroles
France, 1907 : Objets ou marchandises volés.
— Contrebande ? Recel ? Où ça ? Dans mes marines ? J’octroie la permission de farfouiller la cambuse. Il y a belle lurette que la camelote est lavée. Celui qui trouvera des fourgueroles chez Tom Dick, je l’appellerai monsieur le malin.
(Hector France, La Taverne de l’Éventreur)
Fourober
Vidocq, 1837 : v. a. — Fouiller les effets des forçats.
Delvau, 1866 : v. a. Fouiller les effets des forçats.
La Rue, 1894 : Fouiller.
France, 1907 : Fouiller les vêtements d’un condamné.
Fourrager
Delvau, 1864 : Patiner une femme ; essayer d’introduire son membre dans son aimable hiatus.
Eh bien ! eh bien ! ou vas-tu comme ça ?… Qu’est-ce que tu fourrages là-dedans.
(Henry Monnier)
Delvau, 1866 : v. a. et n. Chiffonner de la main la robe d’une femme, — sa doublure surtout. Argot des bourgeoises.
Rigaud, 1881 : Chiffonner… la collerette.
France, 1907 : Palper, fouiller de la main les seins ou les dessous d’une femme.
Il s’échappait dans le plus strict incognito de sa capitale, seul, sans domestique, sans aide de camp, s’exilait en quelque bourg lointain de ses chères Alpes, et tout lui était bon alors : les servantes d’auberge qu’on jette d’une poussée brutale sur le lit, qui se débattent, qui insultent et qui griffent avant de demander grâce ; les robustes et rouges paysannes qu’on heurte au détour de quelque chemin creux, qu’on lutine, qu’on fourrage d’audacieuses caresses, qui s’abandonnent passives bestiales, parmi l’embaumement des herbes et des feuilles ; les filles précoces qui rêvent le pêché, qui donnent leurs rendez-vous au fond des granges ou des églises, qu’apprivoisent un carré de soie voyante ou une bague d’or.
(Champaubert)
Frichti
Larchey, 1865 : Régal. — Corruption du mot allemand frühstück, déjeuner.
Voilà ce que je te conseille ; c’est de payer un petit frichti.
(Champfleury)
Delvau, 1866 : s. m. Ragoût aux pommes de terre, — dans l’argot des ouvriers, qui prononcent à leur manière le frühstück allemand.
Rigaud, 1881 : Repas de famille. — Ragoût de ménage. Les gens qui n’ont pas d’argot emploient à tort frichti dans le sens de grand dîner.
France, 1907 : Repas, régal ; corruption de l’allemand früstück, déjeuner, ou de l’anglais fresh steack, pièce de viande fraîche.
Sachant, comme pas un, vous fouiller un pays,
Entraîner les soldats, culbuter l’adversaire,
Donner des ordres nets, nettement obéis,
Avec ça, prévoyant comme trois majordomes,
Prodiguant an frichti ses soins intelligents,
Adorant son métier, adoré de ses hommes :
Bref, le dieu des troupiers et le roi des sergents !
(Paul Déroulède, Nouveaux Chants du soldat)
Gargouiller
d’Hautel, 1808 : Les boyaux lui gargouillent dans le ventre. Manière populaire d’exprimer le bruit que font les intestins, lorsqu’on a besoin de manger.
Ils ne font que gargouiller. Se dit des enfans qui barbottent dans l’eau des ruisseaux.
Delvau, 1866 : v. n. Avoir des borborygmes. On dit aussi Trifouiller.
Rigaud, 1881 : Crever la faim ; avoir des borborygmes, faire de la musique avec ses boyaux.
Gassouiller
France, 1907 : Farfouiller dans une mare ou une eau bourbeuse.
Guiches
Rigaud, 1881 : Cheveux, — dans le jargon des voleurs, et principalement cheveux collés sur les tempes. — De là le surnom de « mecs de la guiche » ou simplement de « guiches » donné aux souteneurs. — « Ohé ! la guiche ! tu fais rien tongirond ! T’as passé aux épinards ? Ohé, le souteneur ! tu fais bien des embarras ! tu as reçu de l’argent de ta maîtresse ? » — Trifouiller les guiches, peigner.
La Rue, 1894 : Cheveux. Accroche-cœurs.
Virmaître, 1894 : Les cheveux que les souteneurs ramènent sur les tempes. On dit aussi roufflaquettes (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Mèches de cheveux ramenées en pointes ou en crocs sur les tempes. Dans le temps, on disait des accroche-cœurs ; il n’y avait guère que les souteneurs ou rôdeurs de bals de barrière qui se coiffaient de la sorte.
Hayard, 1907 : Accroche-cœurs.
France, 1907 : Accroche-cœurs. On dit aussi rouflaquettes.
France, 1907 : Jambes.
Les bain’ à quat’ sous,
Voyez-vous,
C’est bon pour les gens riches,
Moi qu’a pas l’moyen,
Nom d’un chien !
Quand j’veux tremper mes guiches
Gratis pro Deo,
Sans bateau
J’m’en vais faire un’ pleine eau.
(Jean Richepin)
Harpe (jouer de la)
France, 1907 : Tricher au jeu ; faire sauter la coupe. Allusion à la dextérité des doigts. Cette expression a aussi une autre signification donnée dans le Dictionnaire Comique de J. Leroux : « Jouer de la harpe signifie jouer des mains auprès d’une femme, la patiner… la farfouiller… la chatouiller avec les doigts. »
Jardiner
un détenu, 1846 : Ennuyer, fatiguer par des paroles.
Halbert, 1849 : Se moquer, ricaner.
Larchey, 1865 : Parler en se moquant. — Vient de Jar. V. Escracher.
Delvau, 1866 : v. a. et n. Débiner.
Delvau, 1866 : v. n. Parler, — dans le même argot.
Virmaître, 1894 : Médire de quelqu’un, fouiller dans sa vie, comme le jardinier fouille dans la terre pour en mettre à jour les coins les plus secrets. Jardiner est synonyme de bêcher (Argot du peuple). N.
Rossignol, 1901 : Plaisanter. Blaguer quelqu’un, c’est le jardiner.
Hayard, 1907 : Médire, débiner quelqu’un.
France, 1907 : Taquiner, ennuyer, médire. Synonyme de bêcher.
Maillocher
Rigaud, 1881 : Travailler, — dans le jargon des souteneurs, pour qui le travail est la surveillance exercée sur leurs maîtresses dans le but de les empêcher de perdre leur temps, parce que le temps c’est de l’argent.
La Rue, 1894 : Pour la prostituée, c’est travailler (de son métier) ; pour le souteneur c’est surveiller la marmite qui travaille.
Rossignol, 1901 : Travailler.
France, 1907 : Surveiller une prostituée, la fouiller pour s’assurer qu’elle ne cache pas dans ses vêtements une partie de son gain. Argot des souteneurs.
France, 1907 : Travailler.
Midi !
Delvau, 1866 : Exclamation du même argot [du peuple], employée pour signifier : Trop tard ! Il est midi ! C’est-à-dire je ne crois pas un mot de ce que vous dites ; « Je ne coupe pas dans ce pont-là ! »
Merlin, 1888 : Trop tard ! ou tu peux t’ fouiller ! (argot parisien).
La Rue, 1894 : Trop tard. Il est midi ! cela n’est pas vrai.
Mille-pattes
Merlin, 1888 : Infanterie, régiment ou bataillon de fantassins. Le mot fait image.
Fustier, 1889 : Fantassin.
France, 1907 : Sobriquet donné par les cavaliers aux fantassins.
Il arrive parfois
Que la bourse est bien plate,
On n’est pas des bourgeois
Quand on est mille-patte,
Si l’on n’peut se payer
Sa petite chopine,
Faut souvent se fouiller
Passant d’vant la cantine !…
Aussi vive mon quart de vin
Dont la distribution sonne !
Vive ce nectar purpurin !
Vive la France qui le donne !
Mine à poivre
France, 1907 : Cabaret.
Lui était un bon, un chouette, un d’attaque. Ah ! zut ! le singe pouvait se fouiller, il ne retournerait pas à la boîte, il avait la flemme. Et il proposait aux deux camarades d’aller au « Petit bonhomme qui tousse », une mine à poivre de la barrière Saint-Denis, où l’on buvait du chien tout pur.
(Émile Zola, L’Assommoir)
Monter le bobéchon
France, 1907 : Tromper.
Partout germent les riches idées : partout poussent les bons bougres ! Oui, partout, même en Vendée — ce département qui, avec trois ou quatre autres de la Bretagne, avait la réputation d’être tant et plus sous la coupe des curés. Il n’en est rien, foutre ! — les Vendéens et les chouans sont de vieux souvenirs — et la calotte et le roy peuvent se fouiller : pas plus qu’à ceux d’ailleurs, ils ne monteront le bobéchon.
(Le Père Peinard)
Nonne
Delvau, 1866 : s. f. Encombrement volontaire, — dans l’argot des voleurs. Faire nonne. Simuler à huit ou neuf un petit rassemblement afin d’arrêter les badauds, et, les badauds arrêtés, de fouiller dans leurs poches.
France, 1907 : Attroupement. Faire nonne, c’est faire un attroupement pour aider à un vol. Manger sur les nonnes ou nonneurs, c’est dénoncer ses complices.
Le quart d’œil lui jabotte :
Mange sur tes nonneurs ;
Lui tire une carotte,
Lui montant la couleur.
(Mémoires de Vidocq)
Palper (pouvoir se)
Fustier, 1889 : Ne pas obtenir ce que l’on désire. C’est une variante de pouvoir se fouiller. (V. ce mot au Dictionnaire)
C’est pour ça que vous m’avez fait monter ? Ah bien ! Vous pouvez vous palper, par exemple !
(Événement, octobre 1885)
Patiner
d’Hautel, 1808 : Au propre ; glisser sur la glace avec des patins.
Patiner. Tâter, farfouiller indiscrètement, porter une main luxurieuse sur les appas d’une femme.
Delvau, 1864 : Badiner — d’une façon indécente.
S’approchant des comédiennes, il leur prit les mains sans leur consentement et voulant un peu patiner.
Car les provinciaux se dêmènent fort et sont grands patineurs.
(Scarron)
Ah ! doucement, je n’aime point les patineurs.
(Molière)
Mais Quand Bacchus vient s’attabler
Près de fille au gentil corsage,
Je me plais à gesticuler ;
J’aime beaucoup le patinage.
(L. Festeau)
Parfois il lui suffit de voir, de patiner.
De poser sur la motte une brûlante lèvre :
Il satisfait ainsi son amoureuse fièvre.
(L. Protat)
Les petites paysannes
Qu’on patiné au coin d’un mur.
Ont, plus que les courtisanes.
Fesse ferme et téton dur.
(De la Fizelière)
Tandis qu’elle lui fait cela, elle le baisa, coulant sa main sur son engin, qu’elle prend dans la braguette, et, quand elle l’a patiné quelque temps, elle le fait devenir dur comme un bâton.
(Mililot)
Quand ils ont tout mis dans la notre, ils se délectent encore, en faisant, à nous sentir la main qui leur patine par derrière les ballottes.
(Mililot)
Parmi les catins du bon ton,
Plus d’une, de haute lignée,
À force d’être patinée
Est flasque comme du coton.
(É. Debraux)
Delvau, 1866 : v. a. et v. n. Promener indiscrètement les mains sur la robe d’une femme pour s’assurer que l’étoffe de dessous en est aussi moelleuse que celle du dessus. Argot du peuple.
Rigaud, 1881 : Se livrer à des attouchements trop libres sur la personne d’une femme.
Il a voulu patiner. Galanterie provinciale qui tient plus du satyre que de l’honnête homme.
(Scarron, Roman comique, Ire partie, ch. X)
Patiner la dame de pique, patiner le carton, jouer aux cartes. — Patiner le trimard, faire le trottoir.
La Rue, 1894 : Se presser. Galoper. Manier.
France, 1907 : Caresser les formes d’une femme ; même sens que peloter.
Des femmes, parfois, telles qu’une plaine,
Montrent leur poitrine où de froids boutons
Poussent désolés : j’avais la main pleine
Quand je patinais ses fermes tétons.
(A. Glatigny, Joyeusetés galantes)
Patouiller
Delvau, 1866 : v. a. Manier, peloter. Argot du peuple.
Delvau, 1866 : v. n. Barboter, patauger. On dit aussi Patrouiller. Ce verbe est dans Rabelais.
Rigaud, 1881 : Tourner et retourner une marchandise comestible, la manier grossièrement, de manière à la défraîchir.
Virmaître, 1894 : Manier.
— Vous n’avez pas bientôt fini de me patouiller avec vos sales pattes ?
On patouille dans un coffre-fort.
On dit également patrifouiller.
— Ce cochon de quart d’œil a passé deux heures à patrifouiller dans mes frusques pour trouver de quoi me faire sapé, mais il est grinchi. C’était au moulin.
Patrifouiller est le superlatif de fouiller (Argot des voleurs). N.
Rossignol, 1901 : Palper, toucher, manier. Faire des attouchements à une personne est la patouiller.
France, 1907 : Manier, tourner et retourner un objet, tripoter.
Patrifouiller
France, 1907 : Fouiller en tous sens ; argot des voleurs.
Pendule (coup de la)
France, 1907 : Mettre un homme la tête en bas et le secouer vigoureusement pour faire tomber l’argent et les objets qu’il peut avoir dans les poches. Pour de vigoureux coquins, ce moyen est plus expéditif que celui de fouiller.
Père François
Rossignol, 1901 : Le coup du père François est de mettre autour du cou d’un passant un foulard ou une courroie au moment où il tourne le dos à l’agresseur. Celui qui a passé le foulard fait aussitôt un demi-tour et, tout en retenant les deux bouts, se courbe en avant ; de ce fait la victime perd pied, et instinctivement prend avec les deux mains l’objet qui l’étrangle, ce qui permet au complice de fouiller les poches tout à son aise. En plaisantant J’ai fait un jour le coup du père François à un de mes amis, un Italien de première force. Je ne l’ai tenu sur mes épaules que le temps de le soulever de terre, ce qui ne l’a pas empêché de tomber inerte ; et il a été un moment avant de reprendre connaissance. Je me suis bien juré de ne jamais recommencer, et je ne conseille à personne de jouer de la sorte.
France, 1907 : Célèbre inventeur du coup fameux qui a gardé son nom. Ce bandit légendaire étranglait encore à soixante ans. Il travaillait en solitaire, sans complice ni recéleur : d’où sa longue impunité. Quand il fut pris, il avait atteint l’âge où la peine de mort n’est plus appliquée.
— Jamais vous ne verrez opérer le « coup du père François » dans les rues de Constantinople. Le lutteur pour la vie, que vous y pouvez rencontrer, vous demande poliment de renoncer à votre bourse à son profit. Si vous lui prouvez que vous n’en avez point, il n’insiste pas, et il ne vous tue que si vous tentez de lui résister, ce qui est bien le moins, n’est-il pas vrai ?
(Simon Boubée, Le Testament d’un martyr)
Piocher
d’Hautel, 1808 : Pour travailler avec ardeur, avec assiduité.
Larchey, 1865 : Battre.
Je te pioche, je te fais danser la malaisée.
(Paillet)
Larchey, 1865 : Travailler assidûment. V. d’Hautel, 1808.
Tu peux piocher douze heures par jour… une colonne de feuilleton par heure.
(L. Reybaud)
Delvau, 1866 : v. a. et n. Étudier avec ardeur, se préparer sérieusement à passer ses examens, — dans l’argot des étudiants. Piocher son examen. Se préparer à le bien passer.
Delvau, 1866 : v. a. Battre, donner des coups à quelqu’un, — dans l’argot des faubouriens. Se piocher. Se battre.
Delvau, 1866 : v. n. Avoir recours au tas, — dans l’argot des joueurs de dominos, dont la main fouille ce tas. On dit aussi Aller à la pioche.
Rigaud, 1881 : Travailler avec ardeur. — Battre. — Voler à la tire.
La Rue, 1894 : Voler à la tire. Battre. Travailler avec ardeur. La pioche, le travail.
Virmaître, 1894 : Travailler dur et ferme.
— Je pioche mon examen.
Piocher est synonyme de fouiller.
Allusion à l’ouvrier qui fouille la terre en la piochant (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Beaucoup travailler.
France, 1907 : Manquer de dominos et aller au tas.
France, 1907 : Travailler avec ardeur. On dit aussi « se mettre à la pioche ». Le temps de pioche est les deux ou trois semaines qui séparent des examens.
France, 1907 : Voler à la tire ; argot des voleurs.
Pleurer ses péchés
Delvau, 1864 : Avoir la chaude-pisse.
Las ! si ce membre eut l’arrogance
De fouiller trop les lieux sacrez,
Qu’on lui pardonne son offense,
Car il pleure assez ses péchés.
(Régnier)
Poivrot (vol au)
Rigaud, 1881 : Vol commis sur la personne d’un ivrogne. — Barboter le poivrot, fouiller un ivrogne pour le voler. — Les barboteurs de poivrots sont des voleurs qui ont la spécialité de dépouiller les ivrognes. — Canler donne poivrier dans le même sens.
Queue
d’Hautel, 1808 : Faire la queue. Duper, fripponner sur un marché ; signifie aussi railler, persiffler quelqu’un, l’entraîner à de fausses démarches.
Il n’est pas cause si les grenouilles manquent de queue. Se dit d’un homme dénue de finesse, et dont la bonhomie approche de la bêtise.
Il est adroit de ses mains comme un cochon de sa queue. Se dit par raillerie d’un homme qui est d’une gaucherie, d’une maladresse extrêmes dans tout ce qu’il fait.
Faire des queues aux zéros. C’est-à-dire friponner dans un compte, donner une grande valeur aux chiffres qui n’en ont qu’une médiocre.
Aller à la queue loup loup. Se dit en parlant des enfans qui vont pour s’amuser à la file l’un de l’autre.
Cela viendra, la queue de notre moineau est bien venu. Dicton très-usité, et qui a pour but d’encourager une personne dans une entreprise qui offre de grandes difficultés.
Tirer le diable par la queue. Vivre misérablement, avoir bien de la peine à gagner son existence.
S’en retourner la queue entre les jambes. C’est-à-dire, être honteux, confus de n’avoir pas réussi dans une affaire.
Quand on parle du loup, on en voit la queue. Se dit de quelqu’un qui arrive dans le moment où l’on parle de lui.
À la queue gît le venin. Se dit lorsqu’on redoute la fin d’une affaire, quoiqu’elle se soit montrée sous des auspices favorables.
Il n’y a rien de plus difficile que la queue. C’est-à-dire qu’en toute chose, la fin semble le plus difficile.
On l’a pris par la tête et par la queue. Pour dire on l’a examiné de tous les côtés.
Commencer le roman par la queue. Ne pas suivre l’ordre naturel dans un récit.
Vous n’en verrez ni queue ni oreille. Se dit des choses qui sont absolument perdues.
Se fouetter avec une queue de renard. Vivre délicatement, et feindre de se mortifier.
Il a la queue roide. Locution usitée parmi les marchandes de macreaux ; pour dire, que leur poisson est frais.
Il n’en est pas resté la queue d’un ou d’une. Pour exprimer qu’il n’est rien resté, d’une chose quelconque.
On dit aussi en refusant quelque chose à quelqu’un. Tu n’en auras pas seulement la queue d’une.
Delvau, 1864 : Un des noms du membre viril, fréquemment employé — sans qu’il soit besoin d’expliquer pourquoi, tant le mot est imagé.
Mademoiselle, ma queue est assez levée pour votre service.
(D’Ouville)
Je suis comme les poireaux, j’ai la tête blanche et la queue verte.
(Tallemant des Réaux)
Messire Jean, je n’y veux point de queue !
Vous l’attachez trop bas, messire Jean.
(La Fontaine)
L’académicien dit : mon vit. Le médecin : Ma verge. Le curé : mon membre. Une putain : La queue…
(L. Protat)
Je viens revoir l’asile où, dans les jours mauvais,
J’exerçais librement les fiertés de ma queue.
(A. Glatigny)
Delvau, 1866 : s. f. Escroquerie, farce de mauvais goût, carotte. Argot des soldats. Faire sa queue. Tromper.
Delvau, 1866 : s. f. Infidélité faite à une femme par son amant, ou a un homme par sa maîtresse Faire une queue à sa femme. La tromper en faveur d’une autre femme.
Delvau, 1866 : s. f. Reliquat de compte, — dans l’argot des débiteurs. Faire une queue. Redevoir quelque chose sur une note, qui arrive ainsi à ne jamais être payée, parce que, de report en report, cette queue s’allonge, s’allonge, s’allonge, et finit par devenir elle-même une note formidable.
Rigaud, 1881 : La suite d’un parti politique, les figurants exaltés d’un parti, ceux qui le compromettent.
La Rue, 1894 : Infidélité faite par un homme à sa femme, ou par une maîtresse à son amant, et réciproquement. Escroquerie. Carotte.
Virmaître, 1894 : Faire une queue à sa femme : la tromper avec une autre et réciproquement. On fait également une queue à un fournisseur, en achetant chez son concurrent. Laisser une queue : ne donner qu’un acompte sur une dette. Se tirer la queue, se… battre (Argot du peuple).
France, 1907 : Infidélité en amour. Faire une queue, c’est tromper son mari ou sa femme, son amant ou sa maîtresse. On dit plus généralement faire des queues. « Tourne-toi, Monsieur, que je vous fasse une queue », dit une Belge à son protecteur.
— Si tu t’imagines qu’il se gêne pour flanquer des coups de sabre dans le contrat !… Tiens, pas plus tard que cette nuit, il me mitonne une queue plus longue que celle de la Porte-Saint-Martin, depuis qu’on y joue les Chevaliers du brouillard…
(Paul Mahalin, Le Megg)
On appelle aussi, dans l’argot musical, faire une queue, une note ou un accord qu’un choriste ou un instrumentiste maladroit fait entendre après tout le monde à la fin de l’exécution d’un morceau d’ensemble.
Couper la queue à son chien, se faire remarquer par des excentricités ; allusion à Alcibiade, le menin du sage Socrate, qui, pour faire parler de lui dans Athènes, employa se procedé.
Faire la queue, attendre à la porte d’un théâtre. Fouiller les poches de ceux qui attendent l’ouverture.
France, 1907 : Journal qui contient les mêmes matières qu’un autre avec un titre différent.
À Bruxelles, plus d’un journal quotidien compte de quatre à cinq queues, c’est-à-dire qu’il transforme son titre en conservant la même matière de texte on à peu près, er sert ainsi plusieurs catégories d’abonnés.
(Le Figaro)
France, 1907 : Membre viril.
En commençant le récit de ces aventures, plus d’un a dit : « L’auteur prend le roman par la queue. » Quand cela serait, je n’aurais fait que ce que font tous les jours vos dames…
(Louis Randal, Un pot sans couvercle)
En la queue et en la fin
Gist de coutume le venin.
(Trésor des sentences)
France, 1907 : Reliquat de compte. Laisser une queue, partir sans régler entièrement ce que l’on doit à un fournisseur.
Radin
Vidocq, 1837 : s. m. — Gousset.
M.D., 1844 : Tiroir de comptoir où l’on met l’argent.
un détenu, 1846 : Argent du comptoir.
Delvau, 1866 : s. m. Gousset de montre ou de gilet, — dans l’argot des voleurs. Friser le radin. Le débarrasser de sa montre.
Rigaud, 1881 : Gousset. — Radin fleuri, gousset garni, — dans le jargon des voleurs.
La Rue, 1894 : Gousset.
Rossignol, 1901 : Tiroir-caisse d’un comptoir, qui est aussi un rade.
France, 1907 : Gousset. Friser le radin, fouiller le gousset. C’est dans le radin qu’on met les radis.
Rapioter
Ansiaume, 1821 : Fouiller.
En me rapiotant, ils ont pésillé le carle, les carroubles, je fus marron.
Vidocq, 1837 : v. a. — Visiter les condamnés en route pour le bagne.
Larchey, 1865 : Rapiécer.
Monsieur, faites donc rapioter les trous de votre habit.
(Mornand)
Delvau, 1866 : v. a. Fouiller, — dans l’argot des voleurs.
Delvau, 1866 : v. a. Rapiécer.
Rigaud, 1881 : Fouiller un condamné, — dans le jargon des voleurs. Autrefois le mot s’appliquait à la visite pratiquée sur les condamnés en partance pour Toulon, Brest et Rochefort. — Le grand rapiot, c’était la visite préliminaire qu’on pratiquait sur les condamnés qui, à leur sortie de Bicêtre, étaient dirigés sur les bagnes.
Rigaud, 1881 : Repriser, rapiécer, raccommoder, — dans le jargon des marchands fripiers et des savetiers.
Virmaître, 1894 : Fouiller dans les poches de quelqu’un. Ce devrait être dépioter puisque l’on le fouille dans l’intention de le dévaliser. Cette expression est néanmoins employée par les voleurs. Les ouvriers tailleurs sont plus logiques. Pour rapiécer (mettre une pièce), ils disent rapioter (Argot des voleurs et des tailleurs).
France, 1907 : Faire main basse sur des objets. Tout rapioter, tout emporter.
France, 1907 : Raccommoder, ravauder, rapiécer.
Rencontre (vol à la)
Larchey, 1865 : « Variété du vol à la tire. Il est opéré par deux compères : le premier heurte un passant dont il détache la chaîne qui est aussitôt remise au second ; puis il s’éloigne en s’excusant et se laissant fouiller, si on découvre le vol. » — Canler.
France, 1907 : Enlever prestement la montre d’un passant qu’on bouscule, et glisser l’objet à un complice, de façon qu’en cas d’arrestation, la police ne trouve pas l’objet volé.
Sainte Touche
France, 1907 : Le jour des appointements, de la paye, des gages, Argot populaire.
À toutes les fins de mois régulièrement, tous les jours de Sainte Touche, on apercevait, à la sortie du bureau, Mme Varney, embusquée au tournant de la rue, ou devant la façade du Crédit, ou même jusque sous la voûte de la grand’-porte, et prête, comme une tigresse à l’affût de sa proie, à se précipiter sur sa fille, l’entraîner bien vite à l’écart et lui explorer les poches.
(Albert Cim, Demoiselles à marier)
C’est Saint’ Touche, ô brave ouevrier,
Viv’ment approche, on va t’payer :
— Y a pas gras, — L’gringale, l’loyer,
L’épicière… I’s’tape l’fruitier !
Et pour aller chez l’cordonnier,
Les pauv’ loupiots pourront s’fouiller.
(Paul Paillette, Tablettes d’un lézard)
Se fouiller
Rossignol, 1901 : « Je compte sur de l’argent qui m’est du, mais je crois que je peux me fouiller. Je ne l’aurai pas. »
Secouer
d’Hautel, 1808 : Secouer un malade. Le traiter avec des remèdes violens, qui, la plupart, produisent des effets contraires au bien qu’on vouloit opérer.
Delvau, 1866 : v. a. Gronder quelqu’un, et même le battre, — dans le même argot [du peuple]. On dit aussi Secouer les puces.
La Rue, 1894 : Mettre en arrestation.
France, 1907 : Fouiller ; argot des malfaiteurs.
L’homme s’arrêta an moment d’aller forcer le tiroir.
— Faut d’abord secouer le pantre, songea-t-il… J’ai entendu qu’il parlait de dix mille balles… où a-t-il carré ses dessins bleus ? Ah ! sons lui, sans doute !…
Il se pencha vers le cadavre, déboutonna le gilet à manches et fouilla.
(Edmond Lepelletier, Les Secrets de Paris)
Serrure (avoir mis un cadenas à sa)
France, 1907 : Se dit d’une femme résolue à renoncer aux hommes et à l’amour.
Elle disait à chaque lâchage : « Non, c’est fini, j’en ai soupé des hommes, tous des mufles ; à partir d’aujourd’hui, ils pourront se fouiller : je mets un cadenas à ma serrure. »
(Les Joyeusetés du Régiment)
Sonde (à la)
France, 1907 : Rusé, habile. Être à la sonde, c’est fouiller partout comme l’instrument de ce nom.
T’as entervé. Chouett’, mon amour,
Va, la môm’, truque et n’fais pas four.
Sois rien mariolle et à la sonde !
Pense à ta daronn’ qu’al’ t’aim’ tant.
J’ vas prendre un’ prune en t’attendant,
Qui m’a massé pou’ t’ fout’ au monde !
(J. Richepin, La Chanson des gueux)
Sonder
d’Hautel, 1808 : Essayer, éprouver, questionner, interroger, tirer les vers du nez.
Sonder le gué, le terrain. Étudier, peser une affaire ; tâcher de savoir, si on peut s’y engager sans danger.
Rigaud, 1881 : Espionner.
Rossignol, 1901 : Chercher à savoir une chose, prêcher le faux pour savoir le vrai, est sonder.
France, 1907 : Fouiller.
Suce larbin
Vidocq, 1837 : s. m. — Bureau de placement de domestiques. Les bureaux de placement, tels qu’ils existent maintenant, nuisent à ceux qui se font servir, et à ceux qui servent, aussi le mal qui résulte de leur existence est-il visible à tous les yeux. Les quelques notes qui suivent, sont extraites du prospectus que je publiais lorsque je me déterminais à fonder, sous le titre de l’Intermédiaire, une agence qui, j’ose le croire, aurait rendu d’éminens services à la société si elle avait été mieux comprise.
« Un décret impérial du 10 octobre 1810 fixa la position des individus qui étaient ou qui voulaient se mettre en service en qualité de domestiques ; ce décret, à la fois juste et sévère, prévoyait tous les abus.
Les bons domestiques l’accueillirent avec plaisir ; l’homme probe ne redoute pas les investigations, il sait fort bien qu’il ne peut que gagner à être connu ; mais ceux dont la conscience n’était pas nette, employèrent tous les moyens que leur suggéra leur imagination pour éluder et paralyser les effets qu’il devait produire : celui qu’ils adoptèrent devait nécessairement réussir, à une époque où la police était ombrageuse et la population inquiète.
Si vous parlez de la police à la plupart des habitans de Paris, ils croiront tout ce que vous voudrez bien leur dire, ils flétriront du nom de mouchard tous les individus dont ils ne connaissent pas les moyens d’existence.
Les domestiques, presque tous doués d’une certaine finesse et d’une grande perspicacité, avaient remarqué celte tendance des esprits, ils l’exploitèrent à leur profit.
Lorsqu’ils se présentaient pour obtenir une place et qu’on leur demandait l’exhibition de leur livret, ils répondaient : « Monsieur ignore sans doute que tous les porteurs de livret sont vendus à la police ; nous n’avons pas voulu en prendre afin de ne pas être contraints à exercer l’ignoble métier de mouchard. » Si cette réponse eût été seulement celle de quelques individus, ce grossier subterfuge n’aurait trompé personne ; les domestiques sentirent cela, aussi lorsqu’ils se trouvaient avec ceux de leurs camarades possesseurs du livret qu’ils n’avaient pu obtenir, ils disaient : « J’obtenais aujourd’hui une excellente place, si je n’avais pas eu la maladresse de montrer mon livret ; les maitres pensent que l’on n’en délivre qu’à des agens secrets de la police. » Crédules comme tous les honnêtes gens, les bons domestiques croyaient cela, et lorsqu’à leur tour ils se présentaient dans une maison nouvelle, ils cachaient avec soin leur livret.
Les mauvais domestiques furent et sont encore favorisés dans leurs desseins par l’indifférence coupable des maîtres, qui ne cherchent pas assez à connaître l’homme qu’ils admettent dans leur intérieur, auquel ils confient leur fortune et leur vie ; ces derniers n’exigent de cet homme que des certificats sans authenticité, et qui, s’ils ne sont faux, sont très-souvent arrachés à la complaisance ; le maître les examine sans les voir, les rend au domestique et tout est dit : souvent aussi, pour ne point se donner la peine de s’habituer à un nom nouveau, il donne à celui qu’il vient de prendre à son service le nom de son prédécesseur, il se nommait Pierre, le nouveau se nommera Pierre ; le domestique dont les intentions sont mauvaises, loin de s’opposer à cette manie, la fait naître ; qu’arrive-t-il ensuite ? Pierre vole et se sauve ; où chercher Pierre ?
L’impunité enhardit les fripons : lorsqu’un domestique a commis un vol de peu d’importance, un couvert, une montre, etc., le maître qui ne veut pas sacrifier au juge d’instruction et aux audiences de la Cour d’Assises un temps qu’il peut employer plus agréablement, le chasse et lui dit d’aller se faire pendre ailleurs. Qu’arrive-t-il encore ? Le domestique ne va pas se faire pendre, il va voler ailleurs ; encouragé par l’indulgence de son maître, il ne s’arrête plus à des bagatelles, il tente un coup hardi, et s’il réussit il peut aisément se soustraire aux recherches puisque l’on ignore jusqu’à son véritable nom.
Ainsi sapé dans ses fondemens, par la ruse des domestiques et l’insouciance des maîtres, le décret de 1810 ne vécut pas long-temps : c’est souvent le sort des meilleures institutions.
Aujourd’hui rien ne régit la classe si nombreuse des domestiques (dans Paris seulement on en compte plus de quatre-vingt-dix mille), les effets déplorables de cet état de choses sont visibles à tous les yeux ; les crimes nombreux commis par des individus de cette profession épouvantent non-seulement les gens obligés de se faire servir, mais encore le philantrope qui désire l’amélioration des classes infimes. »
Une cause qui contribue puissamment à démoraliser les domestiques, est la multitude de bureaux de placement qui infestent la capitale (on en compte plus de trois cents) ; la Gazette des Tribunaux a plus d’une fois donné la mesure de la moralité des individus qui dirigent ces sortes d’établissemens : (nous apprenons au moment de mettre sous presse, que les tribunaux viennent de faire justice de deux de ces forbans. La Gazette des Tribunaux rapporte, que les sieurs Prévost et Turquin, directeurs du bureau de placement rue St.-Denis, no 357, viennent d’être condamnés à un an de prison, cent francs d’amende, et à la restitution des sommes nombreuses extorquées par eux.) Tout le monde sait que leur but unique est de gagner de l’argent ; pour arriver à ce but ils doivent désirer des mutations, car plus il y a de mutations, plus il y a d’inscriptions à recevoir.
Dans toutes les professions centralisées, lorsqu’un individu commet une faute, si elle est légère il se corrige, si elle est grave ou s’il y a récidive, il doit disparaître de la corporation ; les bureaux de placement qui admettent sans examen préalable tous ceux qui se présentent, donnent aux mauvais domestiques la faculté de se produire comme des hommes nouveaux autant de fois qu’il y a d’établissement de ce genre ; les maîtres qui choisissent là leurs serviteurs sont donc continuellement exposés, et, sans qu’ils s’en doutent, leurs domestiques (que l’on me pardonne cette comparaison) jouent chez eux le rôle de l’épée de Damoclès : au premier jour ils s’éveillent et sonnent leur domestique, il ne vient pas, ils se frottent les yeux et cherchent leur montre ; plus de montre, elle a disparu avec le domestique ayant de bons répondans. Un autre inconvénient des bureaux de placement, moins grave il est vrai, mais cependant très-désagréable, est celui-ci : vous demandez un cocher, on vous envoie un pâtissier ; vous voulez un cuisinier, c’est un palefrenier que l’on vous adresse.
Si les bureaux de placement nuisent aux maîtres, ils nuisent aussi aux bons serviteurs ; alléchés par des annonces mensongères, ces hommes laborieux grimpent bravement les quelques étages qui conduisent au cabinet du distributeur de places, paient une somme plus ou moins forte, et sortent bercés par l’espérance d’obtenir un emploi qui n’existe que sur le carton qui leur a servi d’appeau. Les directeurs de bureaux de placement ont aussi des compères chez lesquels ils envoient des sujets qui arrivent toujours trop tard.
Lorsque l’on a toujours vécu dans une certaine sphère, on ne trouve souvent dans son cœur que du mépris pour ces individus que la société repousse de son sein, et tout le monde sait que le mépris éloigne la compassion : dans la carrière pénible que j’ai parcourue, j’ai pu étudier des mœurs qui échappent aux yeux des gens du monde ; j’ai eu le courage de fouiller les sentines de la prostitution, et à quelques variantes près, j’ai toujours entendu la même histoire. Une jeune fille arrive à Paris ; lorsqu’à sa descente de voiture elle ne trouve pas certaine courtière, elle porte ses pas vers le premier bureau de placement, paye et attend patiemment la place qui lui a été promise ; le dénuement, la misère arrivent avant la place, et bientôt, ne sachant plus que faire, il faut qu’elle se prostitue à un de ces vieux libertins qui n’oseraient s’adresser à une agence recommandable, et qui vont hardiment chercher dans les bureaux de placement les victimes de leur lubricité, ou bien qu’elle meure de faim ; et que l’on ne croie pas que les choses soient ici poussées jusqu’à leurs dernières conséquences, il n’y a pas d’exagération dans ce que j’avance ; je suis seulement rigoureusement vrai. Oui, cette nécessité cruelle qui crie sans cesse aux oreilles du malheureux : il faut vivre, a poussé plus de victimes dans l’abîme, que la corruption et la débauche.
« Quelquefois aussi il arrive que ces individus sont les premiers trompés, à ce sujet que l’on me permette de citer un exemple récent.
Un sieur Gazon avait chargé un individu, à la fois écrivain public et directeur d’une agence de placement, de lui trouver une jeune fille probe et jolie. L’obligeant courtier, sans trop s’inquiéter de la première des qualités exigées, procura au sieur Gazon une jeune fille de dix-sept ans ; ce dernier la reçut chez lui, et peu de temps après la jeune innocente lui vola 35,000 francs ; la Gazette des Tribunaux a rendu compte de ce fait. (Numéros des 28 août et 11 septembre 1835.)
Un établissement créé sur une vaste échelle, qui remédierait aux inconvéniens, aux vices même qui viennent d’être signalés, établissement fondé dans l’intérêt des maîtres ct dans celui des domestiques, doit, si je ne me trompe, satisfaire un besoin général et vivement senti : les services immenses que j’ai pu rendre au commerce depuis que mes bureaux de renseignemens existent, ont engagé mes nombreux cliens à désirer cet établissement, qui doit améliorer une classe nombreuse, intéressante, et qui n’a besoin pour devenir meilleure, que d’être guidée, éclairée et surtout protégée.
Déjà bon nombre d’industriels me trouvant toujours sur leurs pas, se sont corrigés ; ils suivent d’autres erremens et manifestent l’intention de devenir honnêtes : ce qui est arrivé aux flibustiers du commerce, arrivera sans doute aux domestiques ; tous mes efforts du moins tendront à atteindre ce but : ceux qui ne seront qu’égarés seront ramenés avec douceur, ceux qu’on ne pourra corriger seront repoussés de l’administration, ils devront donc disparaître de la corporation : au reste, et qu’on ne croie pas que ce que je vais dire soit une de ces phrases de prospectus dont la banalité ne trompe plus personne ; l’intérêt n’a pas été le moteur créateur de cette entreprise, j’ai cédé aux instances des plus recommandables philantropes qui ont bien voulu m’honorer, m’aider de leurs conseils, et m’engager à ne point abandonner une entreprise dont je ne cherche pas à me dissimuler les écueils, et qui d’abord m’avait paru une utopie irréalisable.
Je n’ai pas non plus commencé à agir sans m’être entouré de toutes les lumières qu’il était possible de recueillir ; j’ai pris les avis des personnages haut placés qui se sont spécialement occupés de la matière ; j’ai consulté d’anciens et loyaux domestiques : l’approbation des uns et des autres a été une récompense prématurée dont je saurai, je l’espère, me montrer toujours digne.
Sans pourtant négliger les anciens domestiques, je m’occuperai plus spécialement des hommes nouveaux qui débuteront dans la capitale, car souvent les premiers pas d’un homme décident de sa vie toute entière. Une correspondance sera établie avec MM. les maires de toutes les communes de France qui voudront bien, sans doute, encourager mes efforts et m’adresser ceux de leurs administrés qui viendraient à Paris pour servir. Aucun domestique ne sera admis à l’agence qu’il n’ait préalablement établi son individualité d’une manière positive, et justifié de l’emploi de son temps depuis sa sortie de son pays.
Une carte dont le domestique sera porteur pour être envoyé en place, fera connaître ses nom, prénoms, ses antécédens, etc., etc. ; les maîtres sauront donc enfin quelles sont les mœurs, les habitudes et le caractère de leurs serviteurs.
Comme on l’a déjà dit, les mauvais seront impitoyablement repoussés, les bons, au contraire, seront protégés, aidés et secourus en cas de besoin.
Je ne prétends pas avancer que ces mesures détruiront de suite le mal, le temps seul peut opérer des prodiges ; mais si les maîtres veulent bien, en s’adressant exclusivement à moi, seconder mes efforts, le bien ne tardera pas à se faire sentir.
Les domestiques sortis de l’administration devront donc jusqu’à un certain point inspirer de la confiance, car enfin ils seront connus, et leur vie passée sera la garantie morale de leur vie à venir.
On appréciera, j’ose l’espérer, ce que je viens de dire, et pour être bien comprises, mes raisons n’ont pas besoin de plus longues explications : que l’on me permette seulement les quelques lignes qui suivent et qui doivent nécessairement terminer ce discours.
Ceux qui se font servir considèrent aujourd’hui leurs domestiques comme des instrumens nécessaires sans doute, mais qui peuvent être brisés sans remords ; cette funeste tendance des esprits a fait plus de coupables peut-être que les vices naturels à l’homme, dont l’éducation n’a pas corrigé les mœurs : le domestique qui ne reçoit en échange de son travail, de ses soins, de son dévouement même, que de l’argent seulement, se dégoûte bientôt d’une chaîne dont l’espoir d’un meilleur avenir ne vient pas alléger le poids ; il se sert, pour quitter cette position devenue insupportable, de tous les moyens qui se présentent à son esprit : aussi tel individu a manqué à sa destinée qui devait être celle d’un honnête homme, parce que ses protecteurs naturels n’ont pas su deviner le fruit caché sous une rude écorce. Il existe malheureusement des hommes essentiellement vicieux et contre lesquels tous les correctifs doivent échouer ; mais il en est, et le nombre de ceux-là est plus considérable qu’on ne le pense, dont les fautes sont excusables, si l’on veut bien avoir égard aux circonstances qui les ont fait commettre.
Autrefois il n’était pas rare de rencontrer des domestiques qui honoraient leur profession par des sentimens élevés et une probité à toute épreuve, cela se conçoit ; autrefois le domestique était un des membres de la famille ; le maître savait lui pardonner les fautes légères, les défauts de caractère, il s’occupait de son bien être, il cherchait à lui rendre sa position supportable, et lorsque les années avaient blanchi sa tête, il assurait son avenir. Aujourd’hui s’ils ne vont pas mourir à l’hôpital, les domestiques périssent d’inanition sur la voie publique.
On doit à tous les hommes, quelle que soit d’ailleurs leur position sociale, la considération qu’ils méritent : pourquoi les domestiques sont-ils déshérités de ce qui leur appartient ? Les maîtres trop souvent oublient en leur parlant, qu’ils s’adressent à des êtres doués d’organes semblables aux leurs et tout aussi sensibles ; ils ne ménagent pas leur susceptibilité, ne s’occupent pas de leur avenir : cette négligence, cet égoïsme, font les mauvais domestiques ; mais lorsqu’ils seront certains de n’avoir sous leur toit que des serviteurs probes, fidèles, laborieux, ils voudront bien sans doute leur accorder cette considération qui rehausse l’homme à ses propres yeux, l’encourage à bien faire et lui persuade que la droiture et l’honneur peuvent seuls constituer un bonheur véritable. »
Taper
d’Hautel, 1808 : Taper de l’œil. Pour dire, se laisser aller au sommeil ; dormir profondément.
Taper. Pour, répliquer ; riposter avec vivacité.
Voilà un mot bien tapé, une réponse bien tapée. Pour dire, bien appliquée ; une riposte vive et piquante.
Taper. Pour, battre, talocher, cogner ; châtier quelqu’un.
un détenu, 1846 : Fermer, frapper. Taper le chasse : fermer l’œil, c’est-à dire dormir.
Delvau, 1866 : v. a. et n. Permolere uxorem, quamlibet aliam, — dans l’argot des typographes.
Delvau, 1866 : v. a. Demander de l’argent, — dans l’argot des ouvriers. Taper son patron de vingt francs. Lui demander une avance d’un louis.
Delvau, 1866 : v. a. Frapper, battre.
Delvau, 1866 : v. n. Prendre sans choisir, — dans l’argot des faubouriens. Taper dans le tas. Prendre au hasard dans une collection de choses ou de femmes. Taper sur les vivres. Se jeter avec avidité sur les plats d’une table ; manger gloutonnement. Taper sur le liquide. S’empresser de boire.
Rigaud, 1881 : Emprunter. Pour certaines gens, une demande d’argent à laquelle ils ne peuvent se soustraire équivaut à un coup qui les frappe… d’épouvante ; de là taper.
Il songea un instant à taper Théophile, mais il était déjà son débiteur de dix louis.
(Vast-Ricouard, Le Tripot)
Rigaud, 1881 : Étourdir, porter au cerveau. — Le vin tape sur la coloquinte.
Rigaud, 1881 : Séduire à première vue une femme. — Elle est tapée, elle en tient. C’est une abréviation de taper dans l’œil, mais applicable seulement a une femme.
La Rue, 1894 : Séduire. Étourdir. Emprunter.
Virmaître, 1894 : Taper quelqu’un, lui emprunter de l’argent. On lui refuse en lui disant également :
— Tu peux te taper.
Synonyme de : Tu peux te fouiller (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Emprunter.
Je n’ai pas d’argent, je vais taper mon ami pour qu’il m’en prête.
France, 1907 : Emprunter, généralement pour ne pas rendre ; argot populaire.
Le clergé catholique est passé maître dans l’art et dans la pratique de la mendicité. Il n’y a pas de cabotin, pas de charlatan qui sache aussi habilement que lui, soutirer pour la faire passer dans sa propre escarcelle, la bonne « galette » de ses contemporains.
Depuis vingt ans, les marchands d’oremus de la butte Montmartre ont trouvé le moyen de se faire donner par les « gogos » de l’Église romaine un nombre respectable de millions pour la construction de l’innommable bâtisse qu’ils ont consacrée au culte du sacré viscère de Jésus.
Chaque jour ce sont de nouvelles souscriptions que les frocards séculiers ou réguliers font circuler, dans toute la France, sous les prétextes les moins justifiés. Et il faut croire que le nombre des naïfs, qui se laissent taper par ces quémandeurs, est considérable, puisque leurs appels sont généralement couronnés de succès et que jamais on n’a élevé plus de chapelles et d’églises catholiques que depuis une quinzaine d’années.
(La Lanterne)
France, 1907 : Enivrer. On dit généralement taper sur la boule : « Ce vin gris qui se laisse boire comme du petit-lait, tape joliment sur la boule. »
Taper (se)
Fustier, 1889 : Se voir refuser quelque chose ; s’en passer. — Se masturber.
La Rue, 1894 : Se voir refuser un objet ou ne pouvoir se le procurer.
France, 1907 : N’avoir rien, synonyme de se fouiller. Se taper de quelque chose, s’en passer.
Si l’on n’avait que celui-là pour dire ou pour chanter quelque chose pendant la soirée, pour sûr, on pouvait se taper.
(André Desroches, L’éternelle illusion)
Tatillonner
d’Hautel, 1808 : Se mêler mal-à-propos des plus petits détails ; tracasser, fureter, fouiller partout.
Delvau, 1866 : v. n. S’occuper de choses qui n’ont pas d’importance ; faire la mouche du coche.
Tiraillon
Rigaud, 1881 : Apprenti voleur à la tire.
Vêtus très mesquinement, souvent même en blouse, ils se bornent à fouiller les poches des habits et des paletots, et exploitent ordinairement les curieux qu’un événement fortuit rassemble dans les rues ou qui forment cercle autour des chanteurs ou des saltimbanques.
(Mémoires de Canler, 1862)
France, 1907 : Débutant voleur dont Canler, dans ses Mémoires, fait la description : « Vêtus très mesquinement, ils se bornent à fouiller les poches des habits et des paletots, et exploitent ordinairement les curieux qu’un événement fortuit rassemble dans les rues ou qui forment cercle autour des chanteurs ou des saltimbanques. »
Tricoche et cacolet (agence)
France, 1907 : Officine interlope de renseignements ; police secrète privée à l’usage des maris qui cherchent à surprendre leur femme en flagrant délit d’adultère et de femmes trompées qui veulent tirer vengeance de leurs rivales et de leur perfide amant ou époux : elle est à l’usage aussi de tous ceux qui cherchent à pêcher en eau trouble, à fouiller occultement la vie intime des gens, soit par vengeance, soit pour faire du chantage. Ce nom vient d’une pièce célèbre d’Émile Augier, Le Gendre de M. Poirier.
Toutes les agences Tricoche et Cacolet sont fondées sur ce commode système. Elles pullulent. Il n’est clerc chassé d’étude, huissier rayé, avocat sans robe qui n’en fonde en son quartier. « Contentieux, divorces, enquêtes et surveillances, discrétion. » À la bonne heure. La petite Poirier peut s’enquérir de la vie menée par le marquis de Presles. L’agence Tricoche l’informera, minute par minute, et sa discrétion sera presque absolue. Car elle n’aura mis qu’un personne dans la confidence : c’est le marquis de Presles lui-même. Il « casquera », il rédigera l’« emploi du temps » qu’on communiquera à Madame, Tricoche s’engraisse. La petite Poirier est dupée et escroquée. Tant mieux ! Elle paye sa vilenie et sa naïveté.
(Lucien Muhlfeld)
Trifouillée
Virmaître, 1894 : Remuer, chercher en bousculant tout. A. D. Trifouillée, c’est trois fois fouiller, mais le peuple ne donne pas ce sens à cette expression. Trifouillée veut dire battre.
— Je vais te coller une trifouillée en cinq sec (Argot du peuple). N.
France, 1907 : Foule, tas ; grand nombre de personnes ou de choses. Argot populaire.
Bougre d’andouille, que j’y fais, tu ne vois donc pas que tous les bouffe-galette de l’Aquarium se foutent de vous ! Vous attendrez bougrement des années avant qu’ils votent nos lois ; et en admettant qu’ils les votent demain, tu ne vois donc pas qu’il y a dans les administraces une trifouillée d’employés qui n’entendent pas de celle oreille ? Même votée à l’Aquarium, à la Charcuterie Sénatoriale, partout, nom de dieu, ta loi sur les huit heures ne sera pas appliquée, parce que les ronds-de-cuir ne veulent pas.
(Le Père Peinard)
Trifouiller
d’Hautel, 1808 : Pour, farfouiller, brouiller, fouiller avec désordre, et indiscrètement.
Delvau, 1866 : v. n. Remuer, chercher en bousculant tout.
Rigaud, 1881 : Fouiller partout, embrouiller, mettre tout sens dessus dessous en cherchant un objet.
France, 1907 : Fouiller, chercher. Trifouiller les guiches, peigner. Expression populaire.
Tripoter
d’Hautel, 1808 : Manier indiscrètement et sans précaution ; intriguer, manigancer, tramer.
Tripoter le vin. Le mélanger, le falsifier, le couper à la manière des marchands de vins.
Delvau, 1866 : v. a. et n. Toucher à tort et à travers, aux choses et aux gens ; farfouiller. Tripoter une femme. S’assurer, comme Tartufe, que l’étoffe de sa robe — de dessous — est moelleuse.
Delvau, 1866 : v. n. Hanter les tripots, — dans l’argot des faubouriens.
France, 1907 : Palper, manier les formes d’une femme, augmentatif de peloter. Tripoter, c’est peloter indécemment et sans réserve.
Déjà quelques farauds attendaient çà et là différentes jeunes filles, mais je diminuais leurs chances par la position stratégique que j’occupais : je savais en tous cas que j’arriverais à elle le premier. Je ne voyais rien de plaisant à ce que ma future femme soit tripotée sous une couverture par une succession de Peaux-Rouges.
(Hector France, Chez les Indiens)
Chacun voulant, avant tout, avoir en mariage une femme non seulement vierge mais intacte dans tous les sens du mot, une femme, comment dirai-je ? qui n’ait point été… tripotée.
(Marcel Prevost)
Trompion
Hayard, 1907 : Clairon.
France, 1907 : Trompette ; le soldat qui joue de cet instrument.
Tout le monde connaît l’histoire de ce trompette qu’un tambour avait appelé collègue.
— Collège ! fit le trompette d’un air superbe. Apprends qu’un chien est un chien, qu’un tambour n’est rien et qu’un trompette est un musicien.
— Possible, répondit le tambour justement froissé, mais ce qu’il y a de certain, c’est que parmi les grands hommes du Panthéon on trouve un tapin… tandis qu’on peut se fouiller pour y découvrir un trompion !
(A. Foubert, Le 39e d’artillerie)
Valade
Ansiaume, 1821 : Poche.
Il a une bonne filoche en valade, qui ne couchera pas avec lui.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Clémens, 1840 / un détenu, 1846 / Halbert, 1849 : Poche.
Larchey, 1865 : Poche de derrière d’un habit. (Vidocq). — Du vieux mot avaler, descendre. La main descend dans la poche. V. Litrer.
Delvau, 1866 : s. f. Poche, — dans l’argot des voleurs. Sonder les valades. Fouiller les poches dans la foule. Le patois normand a le même mot pour signifier Blouse.
Rigaud, 1881 : Poche de redingote, de paletot, — dans le jargon des voleurs.
La Rue, 1894 : Poche. Bourse.
Virmaître, 1894 : La poche.
— J’avais caré deux sigues dans une valade de mon falzar, ma scie les a dénichés, je vais crapser de la pépie pendant tout le marqué (Argot des voleurs).
Hayard, 1907 : Poche.
France, 1907 : Poche. Bourse, d’avaler. Argot des voleurs.
J’ai toujours de l’auber dans mes valades, bogue d’orient, cadenne, rondines et frusquins.
(Vidocq)
Quand t’en auras plein les valades,
Laisse le reste aux camarades.
(Hogier-Grison)
Vider un homme
Delvau, 1866 : v. a. Le ruiner, — dans l’argot des petites dames.
Virmaître, 1894 : Il y a plusieurs manières de le vider. On lui vide son porte-monnaie. On le vide en le surmenant. Une maîtresse amoureuse le vide, et quand il rentre au domicile conjugal, sa femme peut le fouiller… et elle aussi (Argot du peuple). N.
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