Entrez le mot à rechercher :
  Mots-clés Rechercher partout 


Arpionner

France, 1907 : Marcher. Voir Arpions.

Un jour, il en a assez d’arpionner les grandes routes, de manger du cheval crevé dans les cantines, de boire d’ignobles mixtures qui le grisent sans le désaltérer, de porter des vêtements qui fondent à la pluie et se racornissent au soleil, de vivre seul et sans le sou, guetté par le lit d’hôpital et la fosse commune.

(Lucien Descaves, Le Chemineau)

Fosse commune

Rigaud, 1881 : Table d’hôte à bon marché, l’arche de Noé du XIXe siècle.

Il sort de la table d’hôte à quarante sous. En gastronomie on appelle cela, en terme de métier, la fosse commune.

(L. Lespès.)

Larbinisme

France, 1907 : Manière de penser et d’agir vile.

Vous êtes pauvre, voici donc votre inévitable avenir. Dilution forcée de vous-même en menues productions obligatoires, impossibilité d’écrire l’œuvre vraie et puissante, mépris final de tous et de vous-même ; vieillesse précoce et sans ressources ; agonie sous les yeux au ciel de vos « confrères », grabat d’hôpital ou de garni pour l’ultime souper, et, sauf la sépulture par souscription, la probable fosse commune de tous les Mozart du monde. Puis, une statue peut-être, en un square, où votre ombre de bronze, sempiternellement entourée de bonnes d’enfants, semblera bénir le larbinisme humain…

(Villiers de L’Isle-Adam, Contes cruels)

Madame la Ressource

Delvau, 1866 : s. f. Marchande à la toilette ; revendeuse.

Rigaud, 1881 : Revendeuse à la toilette.

Virmaître, 1894 : La marchande à la toilette, la brocanteuse, le mont-de-piété (ma tante), tous ces rongeurs sont madame la Ressource pour les pauvres gens qui vendent ou engagent leurs dernières nippes (Argot du peuple).

France, 1907 : Marchande à la toilette, brocanteuse.

Pauvres filles ! elles ont commencé à la lueur du gaz, dans les cafés du boulevard, coiffées de chapeaux à panaches et vêtues de robes à traîne, décrochées chez Madame La Ressource.
Où finissent-elles ? Je l’ignore. Un soir, comme au temps où elles guettaient les hommes, elles se perdent dans la nuit, et un matin la police les ramasse, non plus pour les conduire au poste, mais pour les jeter à la fosse commune !

(Louis Davyl)

Ouvrage

d’Hautel, 1808 : Il cherche de l’ouvrage, et prie Dieu de n’en pas trouver. Se dit d’un paresseux, d’un homme fainéant et oisif, qui, quoiqu’ayant besoin de travailler, passe la plus grande partie du temps à ne rien faire.
Un ouvrage de patience. C’est-à-dire très-vétilleux, qui offre de grandes difficultés, qui demande beaucoup de soins et de temps.
Un joli ouvrier. Épithète gracieuse que les ouvriers donnent entr’eux à un jeune homme qui travaille avec goût et propreté, et qui promet de faire un parfait ouvrier.
À l’œuvre on connoît l’ouvrier. Voy. Œuvre.

Vidocq, 1837 : s. m. — Vol.

Delvau, 1864 : La besogne de la fille, — le temps qu’elle consacré, moyennant finance, aux plaisirs de l’homme.

J’te laisse ta nuit, j’ vas m’ coucher, travaille… — Du froid qui fait ! Merci ! j’ voudrais t’y voir, tu rirais… Pus souvent que j’vas en avoir, à l’heure qu’il est, d’l’ouvrage !

(Henry Monnier)

Larchey, 1865 : Vol. — Ouvrier : Voleur (Vidocq).

Delvau, 1866 : s. m. L’engrais humain, à l’état liquide, — dans l’argot des faubouriens. Tomber dans l’ouvrage. Se laisser choir dans la fosse commune d’une maison.

Delvau, 1866 : s. m. Vol, — dans l’argot des prisons.

Rigaud, 1881 : Curage des fosses d’aisances. — Tomber dans l’ouvrage, tomber dans la fosse d’aisances, — en terme de vidangeur.

Rigaud, 1881 : Vol, — dans le jargon des voleurs. — Fonds de commerce de porteur d’eau. L’ouvrage comprend les ustensiles nécessaires à la profession, tels que cheval, voiture, seaux, bricole, tonneaux, etc.

La Rue, 1894 : Vol. Excréments humains.

France, 1907 : Excréments humains : synonyme de marchandise. Argot des faubouriens.

Paradis

d’Hautel, 1808 : Les riches ont leur paradis en ce monde. Pour dire, qu’ils y ont toutes leur commodités, qu’ils y goûtent toutes les jouissances de la vie.
Il a heurté à la porte du paradis. Se dit d’un homme qui a été dangereusement malade.
C’est le chemin du paradis, on n’y va qu’un à un. Se dit en plaisantant d’un chemin difficile et fort étroit, où l’on est obligé de passer l’un après l’autre.
Paris est le paradis des femmes, le purgatoire des hommes, et l’enfer des chevaux. Jamais proverbe ne fut d’une plus exacte vérité.
Il croit être en paradis. Se dit de quelqu’un qui passe tout d’un coup d’un emploi pénible et turbulent à une condition douce et paisible, ou qui est dans la joie et l’ivresse.

Delvau, 1866 : s. m. Amphithéâtre des quatrièmes, — dans l’argot des coulisses.

Delvau, 1866 : s. m. La fosse commune, — dans l’argot ironique des marbriers de cimetière.

France, 1907 : Amphithéâtre des quatrièmes, les places lus plus élevées d’un théâtre.

À l’orchestre d’un théâtre du boulevard, un spectateur demande à son voisin en levant les yeux vers les dernières places :
— Pourquoi diable appelle-t-on cela le Paradis ?
— Sans doute parce que c’est le ciel relativement au parterre, répond celui qu’on interroge.
— Du tout ! s’écrie Dumas fils, c’est parce qu’on y mange des pommes.

(Eugène de Mirecourt)

France, 1907 : Jeu de marelle, à cause du nom donné au point gagnant ; patois meusien.

Sapinière

Delvau, 1866 : s. f. La fosse commune, exclusivement réservée aux cercueils de sapin. Argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 / La Rue, 1894 / France, 1907 : Fosse commune.

Trompe-la-mort

Virmaître, 1894 : Individu condamné par les médecins, qui n’en meurt pas plus vite pour cela.
— Il trompe la mort qui le guette.
On dit également :
— Il a repris du poil de la bête.
Cette expression ; trompe la mort, date de 1848.
Un ouvrier forgeron, arrêté sur une barricade, lors de l’insurrection de Juin, fut conduit, avec un groupe de combattants, à la tombée de la nuit, au Champ de Mars, où se faisaient en masse les exécutions sommaires. On fusillait les malheureux rang par rang.
Il était au second rang ; par une présence d’esprit incroyable, à ce moment suprême, il tomba en même temps que le premier rang ; on n’y lit pas attention.
Vers onze heures du soir, l’exécution terminée, des tombereaux vinrent enlever les cadavres pour les transporter au cimetière Montmartre et les jeter dans la fosse commune.
On ne les recouvrait pas de terre, afin que les familles puissent les reconnaître le lendemain.
L’ouvrier avait eu la malchance d’être jeté au fond du tombereau ; il était inondé du sang qui coulait sur lui.
Pendant le trajet, après des efforts inouïs, il parvint à se hisser au-dessus des cadavres ; il sauta à bas de la lugubre voiture sans être aperçu, et alla se cacher chez un ami.
Le calme revenu, il rentra à l’atelier. Stupéfaction générale. Les camarades, qui connaissaient l’aventure, lui crièrent :
— Tiens ! voilà Trompe la mort.
Il l’avait rudement trompée, car il ne mourut qu’en 1888, à l’âge de quatre-vingts ans.
Trompe la mort (Argot du peuple).


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique