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Balinstriquer

Fustier, 1889 : Argot des malfaiteurs. Tuer, assassiner.

Tu sais, lui avait-il dit, j’ai fait un sale coup, j’ai balinstriqué une femme dans les fortifications. Si jamais tu le dis, c’est ma tête qui est à couper.

(Gazette des Tribunaux, septembre 1884)

La Rue, 1894 : Assassiner. Jeter de haut.

Barbettes

France, 1907 : Fortifications. On appelle aussi barbettes, dans l’argot de Saint-Cyr, les officiers du génie.

Berge

Delvau, 1866 : s. f. Année, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Année, — dans l’argot des voleurs.

La Rue, 1894 : Année.

Virmaître, 1894 : Année.
— Je tire cinq berges à la Centrousse de Melun (Argot des voleurs).

Virmaître, 1894 : Brigadier. Pour distinguer un sous-ordre, on ne dit pas un sous-brigadier mais par abréviation un S. B. (Argot des agents de police). N.

Rossignol, 1901 : Année.

J’ai été sapé à cinq berges pour un vague qui ne m’a rapporté que peau.

Hayard, 1907 : Année.

France, 1907 : Année ; argot des voleurs.

C’était un malheureux paillasse, sorti de prison, où il avait tiré trois berges pour attentat à la pudeur. À part cela, le meilleur zig du monde, affirmait-il.

(Jean Richepin)

I’s apprirent à biffiner ;
Mais i’s n’aimaient pas chiner.
C’qui fait qu’à leur quinzièm’ berge
I’s plaquèr’nt tous deux l’boulot
Afin d’faire l’rigolo
Aux fortifs et l’long d’la berge.

(Blédort)

France, 1907 : Brigadier de police. Sous-berge, sous-brigadier.

anon., 1907 : Année.

Clampin

d’Hautel, 1808 : Pour dire un boiteux. C’est aussi un sobriquet que l’on donne aux campagnards qui, sous un air niais et indolent, cachent beaucoup de finesse et de subtilité.

Delvau, 1866 : s. m. Fainéant, traîne-guêtres, homme qui a besoin d’être fortifié par un clamp, — le clamp de l’énergie et de la volonté.

France, 1907 : Fainéant, retardataire, endormi, traîne-savate, mou de la fesse Le sens primitif de ce mot est boiteux. « J’ai le Clampin boiteux, dit Charles Nodier dans son Dictionnaire des onomatopées, dans des mémoires de la fin du dix-septième siècle, où l’on désignait ainsi le duc du Maine. » Charles Nisard lui donne pour racine le vieux mot acclamper, qui signifie lier, nouer, formé lui-même de l’anglo-saxon clamps, lien, nœud.

À celui-ci, il manquait le bras : à cet autre, la jambe : celui-là, aveugle, débusquait mené par son chien ; ce dernier, tronçon émondé par les majors, ou paralytique mutilé par l’immobilité, arrivait dans sa carriole, que traînait un clampin.

(Séverine, Le Journal)

C’est un gaillard qu’est lapin,
Pas manchot, mais bien clampin ;
Il s’est mis, pour êt’ tranquille,
Sergent d’ville.
Au travail il fait la nique
Et gagne d’la « belle argent »
À ballader sa tunique,
Le parfait agent (bis).

(É. Blédort)

Couverture

Fustier, 1889 : Dans le jargon militaire, la couverture, mot tout récent, signifie l’ensemble des troupes et des ouvrages de fortification qui couvrent une frontière et sont destinés à soutenir un premier choc.

Surtout ne dites pas que le général Février a le commandement de la couverture.

(Figaro, mars 1887)

France, 1907 : Bruit fait dans les coulisses ou dans la salle.

Nous appelons couverture le bruit que nous faisons dans la salle pour couvrir un impair, un pataquès, une faute de français.

(P. Mahalin)

France, 1907 : Garanties, dans l’argot des financiers.

Damer

d’Hautel, 1808 : Damer le pion à quelqu’un. Contrarier quelqu’un dans ses entreprises ; aller sur ses brisées ; faire avorter ses projets ; le supplanter.

La Rue, 1894 : Rendre femme une jeune fille.

France, 1907 : Prendre la virginité d’une fille, la rendre dame.

Un prêtre catholique, le révérend père Aloysius, est traduit aux assises pour privautés sur la petite Ellen Stokes, beauté précoce qui n’a pas encore vu treize fois jaunir les houblonnières.
Un dimanche matin, comme elle rapportait au révérend le linge que sa mère avait lavé et préparé pour le saint sacrifice, l’homme de Dieu oublia ses vœux de chasteté.
Comment la Société de vigilance eut-elle vent du péché mortel qui se dégagea de cet entretien secret ? Comment sut-elle que le père Aloysius avait onctueusement damé la fillette ? Je ne saurais le dire, mais elle fit appréhender le saint homme à Folkestone, au moment où il se reposait de ses fatigues en une benoite villégiature et fortifiait ses reins et ses poumons en aspirant les vivifiants aromes des sels marins.

(Hector France, La Nation)

Factionnaires

Rigaud, 1881 : File de tabatières naturelles alignées le long des murs de ronde, le long des fossés des fortifications. — Elles semblent monter la garde.

Fortifes

Fustier, 1889 : Fortifications.

C’est tout en haut de la rue d’Allemagne, près des fortifes, comme dit le voyou.

(Événement, juillet 1887.)

Fortification

Rigaud, 1881 : Bande de billard ; allusion de forme. — Être protégé par les fortifications, être collé sous bande.

Fortifs

France, 1907 : Fortifications.

Après tout, la fleur de la pastorale est bien libre de pousser à Grenelle ou aux Lilas, dans les terrains vagues, entre une boîte à sardines et un vieux soulier lavé et rougi par cent averses. Votre gamine — je ne me rappelle plus si elle est brunisseuse ou corsetière — qui, ayant pour le lendemain un rendez-vous décisif, veut se parer pour la chute et lave son linge à la borne-fontaine, sous le bec de gaz, me plaît autant que Nausicaa, Pourquoi pas l’églogue le long des boulevards extérieurs et l’oaristys sur les fortifs ?

(François Coppée)

Sur l’talus posant leurs derrières
Au mêm’ niveau,
On y voit des famill’s entières
Mangeant du veau,
En guis’ d’absinthe ou d’anisette,
D’apéritifs,
On a des odeurs de poudrette
Sur les fortifs.

(V. Meusy, Chansons d’hier et d’aujourd’hui)

Galipette

La Rue, 1894 : Cabriole. Galipeteur, clown.

France, 1907 : Saut, cabriole, culbute ; du breton galipein.

Le mot galipein — il a un grand air de ressemblance, entre parenthèse, avec les vocables galoper et galopin — est constamment employé à Lorient et aux environs.
Si vous charger le premier marin venu d’une commission, vous ajoutez :
— Galipet founus ! (cours vite !)
Les habitants de Lorient connaissent tous cette expression — et aussi celle-ci :
— Je viens de faire une galipette, c’est-à-dire une course rapide.
Les paysans l’emploient pour vanter la rapidité de leurs chevaux :
— Me yo galipet mad (mon cheval court bien).
Les jeunes officiers l’emploient encore pour indiquer leurs recherches galantes et disent :
— Je vais faire une galipette.
C’est même, ajouterons-nous, dans ce sens qu’on emploie le plus souvent le terme de galipette.

(Intermédiaire des chercheurs et curieux)

Les gigolots, les gigolettes
S’tenant la main,
S’en vont faire des galipettes
Loin du chemin
Et, quand ils croient l’père et la mère
Moins attentifs,
Ils s’épous’nt, sans l’secours du maire,
Sur les fortifs !

(Victor Meusy, Chansons d’hier et d’aujourd’hui)

Globes (les)

Delvau, 1864 : Les tétons, sur lesquels les lèvres voyagent sans se lasser ; — quelquefois les fesses ou les testicule.

Et sa gorge charmante, au lieu d’être enfermée
Dans un affreux corset qui l’aurait déformée,
Montrant à découvert ses deux globes polis.
Se tenait d’elle-même et sans faire aucuns plis.

(L. Protat)

Lequel montrait deux globes faits au tour,
Qu’on aurait pris pour ceux du tendre Amour.

(Voltaire)

Deux petits globes au dessous,
Pour fortifier le mystère,
Donnent le contrepoids aux coups,
Et rendent le jeu moins austère.

(Cabinet satyrique)

Goguette

d’Hautel, 1808 : Sornettes, badinerie, mot pour rire.
Faire ses goguettes. Se divertir, faire bonne, chère, mener une joyeuse vie.
Être en goguettes. Pour dire être en joyeuse humeur.
Chanter goguette. Pour gronder, réprimander quelqu’un, lui dire des injures.

Larchey, 1865 : Société chantante. — Au moyen âge, ce mot signifiait Amusement, réjouissance.

Il y a environ trois cents goguettes à Paris, ayant chacune ses affiliés connus et ses visiteurs. L’entrée de la goguette est libre.

(Berthaud)

L’affilié de la goguette est un goguettier.

Delvau, 1866 : s. f. Chanson joyeuse. Être en goguette. Être de bonne humeur, grâce à des libations réitérées.

Delvau, 1866 : s. f. Société chantante, — dans l’argot du peuple, qui lui aussi a son Caveau.

Rigaud, 1881 : Cabaret où l’on, cultive la chanson inter pocula, en dînant et après dîner.

France, 1907 : Joie, belle humeur, suite de libations ; de gogue.

Franc ami de la goguette,
Ma chambre est une guinguette
Où je tiens festin et bal.

(Désaugiers)

… La manie de tourner tout en ridicule excite la verve de certains écrivains et le crayon de quelques dessinateurs avides de réclames scandaleuses. Journellement le public se groupe aux étalages des marchands de journaux pour regarder des gravures sans esprit, représentant des sœurs de charité, des prêtres en goguette ou des officiers et des soldats dans des tenues et des allures grotesques.

(G. Macé, Un Joli Monde)

Condamner à la déportation dans une enceinte fortifiée, pour quelques articles de journaux, un homme qui n’a jamais conspiré — est déjà bien. Ajouter trois mois de prison à cette peine qui implique la mort civile est tout à fait piquant. Ce sont là de ces facéties auxquelles se plait la magistrature, qui, alors même qu’elle est en goguette, a toujours la plaisanterie un peu macabre.

(Édouard Drumont, La Libre Parole)

Guinche

Halbert, 1849 : Barrière.

Delvau, 1866 : s. f. Bal de barrière, — dans l’argot des voyous, qui appellent de ce nom la Belle Moissonneuse, Aux Deux Moulins, le Vieux chêne, rue Mouffetard, le Salon de la Victoire, à Grenelle, etc.

Delvau, 1866 : s. f. Grisette de bas étage, habituée de bastringues mal famés.

Rigaud, 1881 : Bal public, — Cabaret mal famé, — dans le jargon des voyous.

À la porte de cette guinche, un municipal se dressait sur ses ergots de cuir.

(Huysmans, les Sœurs Vatard)

Guinche est une altération de guinguette. Le mot n’est pas moderne, mais il est très usité depuis quelque temps.

La Rue, 1894 : Bal public mal famé. Guincher, danser.

Virmaître, 1894 : Bal de barrière (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Bal.

France, 1907 : Danse, bal de barrières.

Ils ont de bell’s cravates,
De petits airs lascifs ;
Ils vont fair’ leurs épates,
Le jour, sur les fortifs,
L’soir, avec les aminches,
Ils tricot’nt des fuseaux,
Car ils fréquent’nt les guinches,
Les petits gigolos !

(Léo Lelièvre)

France, 1907 : Jeune personne de mœurs légères qui fréquente plus le bastringue que l’atelier.

Hanneton

d’Hautel, 1808 : (l’h s’aspire).
Ils se tiennent par le cul comme des hannetons. Se dit des gens qui font clique et coterie ; qui sont toujours ensemble.
Il est étourdi comme un hanneton. Se dit d’un jeune écervelé, d’un homme qui agit inconsidérément.
Le peuple n’aspire point l’h, et dit au pluriel, des zannetons.

Delvau, 1866 : s. m. Manie quelconque, idée fixe, — dans l’argot de Breda-Street, où les hannetons hommes viennent d’eux-mêmes s’attacher le fil à la patte. Avoir un hanneton dans le plafond. Être fou de quelqu’un ou de quelque chose. Les voyous anglais ont une expression analogue : To have a bee in his bonnet (avoir une abeille dans son chapeau), disent-ils.

Rigaud, 1881 : Monomanie, idée fixe. On dit de quelqu’un qui est tourmenté d’une idée aussi fixe que saugrenue : « Encore son hanneton qui le travaille ». Celui qui a un hanneton dans le plafond est hannetonné, c’est-à-dire qu’il a la tête fêlée.

Boutmy, 1883 : s. m. Idée fixe et quelquefois saugrenue. Avoir un hanneton dans le plafond, c’est avoir le cerveau un peu détraqué. On dit aussi, mais plus rarement Avoir une sauterelle dans la guitare et une araignée dans la coloquinte. Le hanneton le plus répandu parmi les typographes c’est, nous l’avons déjà dit, la passion de l’art dramatique. Dans chaque compositeur il y a un acteur. Ce hanneton-là, il ne faut ni le blâmer ni même plaisanter à son sujet ; car il tourne au profit de l’humanité. Combien de veuves, combien d’orphelins, combien de pauvres vieillards ou d’infirmes doivent au hanneton dramatique quelque bien-être et un adoucissement à leurs maux ! Mais il en est d’autres dont il est permis de rire. Ils sont si nombreux et si variés, qu’il serait impossible de les décrire ou même de les énumérer ; comme la fantaisie, ils échappent à toute analyse. On peut seulement en prendre quelques-uns sur le fait. Citons, par exemple, celui-ci : Un bon typographe, connu de tout Paris, d’humeur égale, de mœurs douces, avait le hanneton de l’improvisation. Quand il était pris d’un coup de feu, sa manie le talonnant, il improvisait des vers de toute mesure, de rimes plus ou moins riches, et quels vers ! Mais la pièce était toujours pathétique et l’aventure tragique ; il ne manquait jamais de terminer par un coup de poignard, à la suite duquel il s’étendait lourdement sur le parquet. Un jour qu’il avait improvisé de cette façon et qu’il était tombé mort au milieu de la galerie de composition, un frère, peu touché, se saisit d’une bouteille pleine d’eau et en versa le contenu sur la tête du pseudo Pradel. Le pauvre poète se releva tout ruisselant et prétendit à juste raison que « la sorte était mauvaise ». C’est le hanneton le plus corsé que nous ayons rencontré et on avouera qu’il frise le coup de marteau. Un autre a le hanneton de l’agriculture : tout en composant, il rêve qu’il vit au milieu des champs ; il soigne ses vergers, échenille ses arbres, émonde, sarcle, arrache, bêche, plante, récolte. Le O rus, quando ego te aspiciam ? d’Horace est sa devise. Parmi les livres, ceux qu’il préfère sont la Maison rustique et le Parfait Jardinier. Il a d’ailleurs réalisé en partie ses désirs. Sa conduite rangée lui a permis de faire quelques économies, et il a acquis, en dehors des fortifications, un terrain qu’il cultive ; malheureusement ce terrain, soumis à la servitude militaire, a été saccagé par le génie à l’approche du siège de Paris. Vous voyez d’ici la chèvre ! Un troisième a une singulière manie. Quand il se trouve un peu en barbe, il s’en va, et, s’arrêtant à un endroit convenable, se parangonne à l’angle d’un mur ; puis, d’une voix caverneuse, il se contente de répéter de minute en minute : « Une voiture ! une voiture ! » jusqu’à ce qu’un passant charitable, comprenant son désir, ait fait approcher le véhicule demandé. Autre hanneton. Celui-ci se croit malade, consulte les ouvrages de médecine et expérimente in anima sua les méthodes qu’il croit applicables à son affection. Nous l’avons vu se promener en plein soleil, au mois de juillet, la tête nue, et s’exposer à une insolation pour guérir des rhumatismes imaginaires. — Actuellement, son rêve est de devenir… cocher. Un de nos confrères, un correcteur celui-là, a le hanneton de la pêche à la ligne. Pour lui, le dimanche n’a été inventé qu’en vue de ce passe-temps innocent, et on le voit dès le matin de ce jour se diriger vers la Seine, muni de ses engins. Il passe là de longues heures, surveillant le bouchon indicateur. On ne dit pas qu’il ait jamais pris un poisson. En revanche, il a gagné, sur les humides bords des royaumes du Vent, de nombreux rhumes de cerveau.

France, 1907 : Idée baroque, saugrenue on simplement idée fixe, dans l’argot des typographes. Le hanneton est ce que, dans l’argot de tout le monde, on appelle le dada.

À la suite de l’exposé de ce hanneton qui a produit le plus grand effet, une discussion bruyante, raisonnée, mais peu raisonnable, s’engage entre les diverses parties de l’atelier.

(Décembre-Alonnier, Typographes et gens de lettres)

France, 1907 : Personne étourdie, qui va donner tête baissée et sans réfléchir dans tous les potins et toutes les aventures. Maladroit sans réflexion.

Nous disons volontiers de certaines personnes dont les façons étourdies ne nous agréent pas : « C’est un hanneton ! Ce n’est qu’un hanneton ! » En politique, cette espèce de hanneton est très répandue. Les moins mauvais parmi les boulangistes étaient des hannetons. Que de fois on a dit, en parlant de MM. Turquet et Laur : « Pas méchants, mais quels hannetons ! »

(Léon Bernard-Derosne, Gil Blas)

Avoir un hanneton dans le plafond, être un peu timbré.

Hôtel de la Belle-Étoile (coucher à l’)

Rigaud, 1881 : Coucher dans la rue, sur un banc, dans les champs, dans les fossés des fortifications, partout enfin où l’on a le ciel pour ciel-de-lit.

Kwas

France, 1907 : Boisson nationale des Russes et de plusieurs contrées du Nord. La base est la farine de seigle.

Cette boisson fortifie, nourrit, engraisse et préserve des maladies. Les Russes boivent du kwas pour conserver leur santé, et aussi quand ils sont malades pour se guérir… Qu’on interroge les milliers de Français, dit Percy, qui ont été prisonniers de guerre en Russie, ils diront que, s’ils ont eu le bonheur de revoir leur patrie, c’est en grande partie au kwas qu’ils en ont été redevables.

(Dr A.-F. Aulagnier)

Louarfs

Hayard, 1907 : Fortifications.

Loupeur, loupeuse

Rigaud, 1881 : Vaurien, drôlesse ; bambocheur, bambocheuse.

France, 1907 : Fainéants, débauchés.

La salle Colbus a une physionomie toute particulière parmi les bals de Paris. Sa clientèle est étrange et redoutable. Escarpes et souteneurs s’y rencontrent avec les bohèmes de la Villette, les loupeurs des fortifs, les rôdeurs du boulevard dit extérieur.

(Edmond Lepelletier)

— C’est drôle que ça fasse toujours plaisir de parler du temps où l’on était malheureux. Nom d’un chien ! je suis contente de me retrouver avec toi, tout de même ! Tu te souviens à l’école, chez les sœurs, tu faisais mes devoirs. J’étais rien loupeuse ! Et puis les pommes vertes que j’apportais et que nous allions manger dans les lieux…

(L.-V. Meunier, Chair à plaisir)

Rôdeurs, loupeurs, souteneurs, filles se pressaient autour des tables, retentissantes du choc des verres et du tumulte des conversations. Toutefois, dans cette cohue patibulaire, pas une blouse, pas un prolétaire. Tous gens comme il faut, portant le vêtement de drap bourgeois. Telle est la sévère étiquette du lieu (le caveau des halles).

(Louis Barron, Paris étrange)

Os

d’Hautel, 1808 : Il est rongé jusqu’aux os. Se dit d’un homme rempli de vermines, ou qui a quelque maladie honteuse et secrète qui le mine.
Donner un os à ronger à quelqu’un. Lui susciter une mauvaise querelle ; ou l’embarrasser dans une mauvaise affaire ; l’amuser, détourner son attention.
Les os sont pour les absens. Voyez absent.
Elle n’a que la peau sur les os. Se dit d’une personne fort maigre.
Il ne fera pas de vieux os. Pour, son existence ne sera pas longue, il mourra bientôt.
Jeter un os à la gueule de quelqu’un. Voyez chien.
Il n’y a pas de viande sans os. Dicton des bouchers de Paris, quand leurs pratiques se plaignent du trop grand poids des os qu’ils donnent, et qui signifie qu’il faut que tout passe ensemble.

Larchey, 1865 : « Dans la langue populaire parisienne, on appelle os le numéraire. » — Mornand. — « Il faut cependant que je lui donne de l’os. » — Lynol. — Pourquoi ne dirait-on pas au figuré, de l’os, comme on dit du nerf, pour désigner aussi l’argent ?

Delvau, 1866 : s. m. Argent, or, monnaie, — dans l’argot des faubouriens. Avoir l’os. Être riche.

La Rue, 1894 : Argent, monnaie. Avoir de l’os ou avoir l’os signifie aussi courage, énergie, force, moelle.

Virmaître, 1894 : Argent, or ou monnaie.
— J’ai de l’os à moelle dans ma poche (plusieurs pièces de cent sous) (Argot du peuple).

France, 1907 : Argent. Ce terme vient évidemment des maisons de jeu où la mise des joueurs est représentée par des jetons en os. « Je n’ai plus d’os », c’est-à-dire je n’ai plus de jetons, et par conséquent d’argent.

— Y ne manque pas d’aplomb, ce vieux, de vouloir essayer d’enjôler les filles : plus de cheveux, plus de dents, une sale trombine… Si encore il avait de l’os !

(René de Nancy)

L’soir on rencontr’ plus d’un’ fripouille
Extra muros
Qui vous assomme et vous dépouille
De votr’ pauvre os…
C’est pas la pein’ d’app’ler du monde
D’vos cris plaintifs :
Y a qu’l’écho qui nous réponde
Sur Les fortifs.

(Victor Meusy)

Panade

Vidocq, 1837 : s. — Chose mauvaise, de peu de valeur ; femme de mauvaise tournure, laide, sale.

Larchey, 1865 : Chose sans valeur (Vidocq). — De Panne.

Larchey, 1865 : Sans consistance. — Allusion à la soupe de ce nom.

Notre gouvernement est joliment panade !

(Ricard)

Delvau, 1866 : s. et adj. Chose molle, de peu de valeur ; femme laide. Argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Personne mal mise, malpropre, laide. — Personne sans énergie. — Objet de rebut. En un mot tout ce qui est panne : homme, femme ou chose.

La Rue, 1894 : Personne laide ou misérable, vannée. Objet de rebut. Misère.

Virmaître, 1894 : Soupe de pain qui mijote lentement sur un feu doux. Dans le peuple, être dans la panade, c’est être dans, la misère. Allusion à ce que la panade est généralement faite avec des croûtes de pain (Argot du peuple). N.

Hayard, 1907 : Être dans la misère.

France, 1907 : Misère, embarras, détresse ; synonyme de purée.

Le chicanous, muni de bons tuyaux, convoquait les types et leur expliquait qu’ils se trouvaient dans une sale panade et allaient sûrement être fichus à Mazas. Puis, après leur avoir mis la peur au ventre, la bourrique devenait patelin et peloteur et faisait entrevoir qu’un bon graissage de pattes rendrait Madame Justice coulante… et clairvoyante !

(Le Père Peinard)

Du peuple c’est la promenade,
L’attraction :
Ceux-là qui sont dans la panade,
L’inaction,
Aussi bien qu’ceux qui, tout’ la s’maine,
Turbin’nt captifs,
L’dimanch’, tout monde se promène
Sur les fortifs !

(Victor Meusy, Chansons d’hier et d’aujourd’hui)

France, 1907 : Personne laide, dénuée ; objet de rebut.

Pierreuse

d’Hautel, 1808 : Prostituée, vile courtisane, raccrocheuse dans le plus bas degré. Ce sobriquet a été donné à ces femmes parce qu’elles font ordinairement leur honteux commerce dans les lieux où l’on bâtit, et où il y a un grand nombre de pierres.

Vidocq, 1837 : s. f. — Fille publique du dernier étage. Ces malheureuses exercent leur triste métier dans les bâtimens en construction. On les nomme aussi Filles de terrain (Voir l’ouvrage de Parent Duchatelet, de la Prostitution dans Paris). Elles sont toutes voleuses.

Larchey, 1865 : « Prostituée qui, même dans sa sphère de turpitudes, est tombée au plus bas degré de l’abjection… elle cherche toujours les ténèbres… Derrière des monceaux de démolition, des tas de pierres, des restes d’édifices en ruines, elle traque l’homme que le hasard amène. » — F. Béraud. — V. d’Hautel, 1808.

Delvau, 1866 : s. f. Fille ou femme qui, dit F. Béraud, même dans sa sphère de turpitudes, est tombée au plus bas degré de l’abjection. Son nom lui vient de ce qu’elle exerce dans les lieux déserts, derrière des monceaux de démolition, etc.

Rigaud, 1881 : Misérable prostituée qui rôdaille autour des maisons en construction, aux abords des terrains vagues, sans feu ni lieu, et n’a pour alcôve qu’un amas de graviers. — La pierreuse est souvent doublée d’un macrotin qui se tient à distance et surgit à l’improviste, lorsque le moment de dévaliser le client paraît propice.

La Rue, 1894 : Prostituée errante.

Virmaître, 1894 : Fille publique qui bat son quart dans les terrains vagues, où il se trouve plus de cailloux que d’herbe (Argot des souteneurs).

Hayard, 1907 : Fille publique.

France, 1907 : On donne ce nom à un genre particulier de femmes qui ont vieilli dans l’exercice de la prostitution du plus bas étage, qui sont trop paresseuses pour chercher du travail, et trop repoussantes pour être accueillies nulle part. Le jour, on ne les voit pas : elles sortent la nuit et vont roder dans les endroits retirés. Ces filles sont rarement affectées de syphilis ; mais cela tient à ce qu’elles ne s’exposent jamais à la contracter.

(Léo Taxil, La Prostitution contemporaine)

Les pierreuses n’ont d’autre domicile que les chantiers de maisons en démolition on en construction ; exercent la prostitution à la belle étoile, sous les ponts, sur les berges, aux remparts et dans les fossés des fortifications, quelquefois même dans les allées des maisons sans concierge.

(G. Macé, Un Joli Monde)

Combien de belles l’ont maudit !
Séduisant la brune et la blonde,
Pierreuses et femmes du monde,
Chez toutes il avait crédit…

(Paul Daubry)

Poivrier

Vidocq, 1837 / Clémens, 1840 : Ivrogne.

M.D., 1844 : Homme saoûl.

Larchey, 1865 : « Voleur dévalisant les hommes ivres aux barrières. » — Canler.

Delvau, 1866 : s. m. Ivrogne, — dans le même argot [des voleurs]. C’est aussi le nom qu’on donne aux voleurs qui dévalisent les ivrognes.

La Rue, 1894 : Ivrogne. Voleur qui dévalise les ivrognes. Débit de mauvaise eau-de-vie.

Virmaître, 1894 : Voleur qui dévalise les ivrognes qui s’endorment sur les bancs ou sur l’herbe des fortifications. Ce vol est connu sous le nom de vol au poivrier (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Celui qui s’enivre souvent.

Rossignol, 1901 : Celui qui vole les hommes ivres.

Hayard, 1907 : Dévaliseur d’ivrognes.

France, 1907 : Ivrogne.

Poupée

d’Hautel, 1808 : Une poupée à ressorts. Terme équivoque et satirique qui signifie courtisane, fille de joie, prostituée ; femme galante et de mauvaise vie.
C’est une vraie poupée. Se dit aussi par raillerie d’une petite femme parée d’une manière ridicule.
Faire sa poupée de quelque chose. En faire ses délices ; prendre des soins particuliers à l’orner, à l’embellir.

Vidocq, 1837 : s. m. — Soldat.

Delvau, 1864 : Femme galante avec le cul de laquelle il est permis à tout le monde déjouer, comme Néron avec celui de Poppée.

Je m’en fus rue Saint-Honoré pour y trouver ma poupée. Je lui dis : ma petite femme…

(Vidal)

Larchey, 1865 : Prostituée.

Je m’en fus rue Saint Honoré pour y trouver ma poupée.

(Vidal, 1833)

En 1808, on disait une poupée à ressorts. V. d’Hautel.

Larchey, 1865 : Soldat (Vidocq). — Allusion à la raideur militaire.

Delvau, 1866 : s. f. Concubine, — dans l’argot du peuple, qui sait que ces sortes de femmes se prennent et se reprennent par les hommes comme les poupées par les enfants. C’est la mammet des ouvriers anglais. On dit aussi, — quand il y a lieu : Poupée à ressorts.

Delvau, 1866 : s. f. Morceau de linge dont on enveloppe un doigt blessé. On dit aussi Cathau.

Delvau, 1866 : s. f. Soldat, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Chiffon qui entortille un doigt malade.

Rigaud, 1881 : Fille publique.

Rigaud, 1881 : Soldat, — dans l’ancien argot.

La Rue, 1894 : Soldat. Concubine.

France, 1907 : Femme galante, sans doute à cause de la facilité avec laquelle on peut les déshabiller comme les petites filles font de leur poupée.

France, 1907 : Femme nulle, oisive et sans cervelle qui n’a d’autre souci que celui de sa toilette ; coquette appartenant à la catégorie de ces toquées qui suggèrent par leurs allures la légende d’un dessin de Gavarni : « Que Dieu préserve vos fils de mes filles !»

Il y a parfois, chez les peuples, des heures de folie ; il faut les leur pardonner. Les femmes, faites non pour concevoir des idées, mais des enfants, peuvent bien, elles aussi, par instant, céder au vertige. Elles ne sont pas équilibrées comme nous, et quand parfois, la science fait l’autopsie de ces charmantes poupées à ressorts, elle trouve dans leurs jolies têtes beaucoup plus de poudre de riz que de cervelle.

(Louis Davyl)

France, 1907 : Figure qui se trouve à l’avant des bâtiments à voiles. « Vivre entre poupe et poupée », être en mer ; argot des marins.

France, 1907 : Maîtresse.

Le petit Anatole, garçonnet de six ans, s’est emparé de la poupée de sa sœur et s’amuse à la déshabiller. Survient la maman qui gronde son fils en lui faisant observer que les petites filles seules jouent à la poupée. Anatole ouvre des yeux énormes et reprend :
—- Mais papa y joue bien, lui, à la poupée !
— Comment cela ? que veux-tu dire ?
— J’ai entendu ma bonne qui disais à celle de la voisine : « V’là encore Monsieur qui va jouer avec sa poupée. C’est la deuxième que je lui connais… Et elle lui coûte cher. »

France, 1907 : Petite fille on petit garçon, trop richement habillé, comme les classes riches ont coutume d’accoutrer leurs enfants… pour les rendre sots, maniérés, vaniteux, guindés et augmenter leur mépris du pauvre. Cette ridicule et coupable vanité ne date pas d’hier. Il y a longtemps que Diderot écrivait à Mlle Volland, en lui parlant de son neveu : J’eus le courage de dire hier au soir à Mme Le Gendre qu’elle se donnait bien de la peine pour ne faire de son fils qu’une jolie poupée. Pas trop élever est une maxime qui convient surtout aux garçons : il faut un peu les abandonner à l’énergie de naure. J’aime qu’ils soient violents, étourdis, capricieux. Une tête ébouriffée me plait plus qu’une tête bien peignée. Laissons-les prendre une physionomie qui leur appartienne.
Si j’aperçois à travers leurs sottises un trait d’originalité, je suis content. Nos petits ours mal léchés de province me plaisent cent fois plus que tous vos petits épagneuls si ennuyeusement dressés. Quand je vois un enfant qui s’écoute, qui va la tête bien droite, la démarche bien composée, qui craint de déranger un cheveu de sa figure, un pli de son habit, le père et la mère s’extasient et disent : « Le joli enfant que nous avons là ! » Et moi je dis : « Il ne sera jamais qu’un sot. »
« La Parisienne, dit Gustave Isembert, continue à élever de jolies poupées, de petits épagneuls. Guignol ne rétablit pas l’équilibre, il le rompt, et c’est fort heureux pour Paris que les petits ours mal léchés de province, fortifiés par le grand air, viennent apporter leur sang nouveau au milieu de tant de jolies bêtes nerveuses, anémiées et distinguées. »

Rempardeuse

Virmaître, 1894 : Fille qui fait les soldats autour des casernes, sur les glacis ou dans les fossés des fortifications (Argot des troupiers).

France, 1907 : Prostituée qui exerce son industrie le long des fortifications, des remparts, autour des casernes.

Rempart (escargot de)

France, 1907 : Sobriquet donné, pendant la guerre de 1870-71, aux gardes nationaux sédentaires auxquels était confiée la garde des fortifications de Paris.

Si j’ai vu des gardes nationaux sédentaires, plaisamment dénommés escargots de rempart, sacrifier au noble jeu du bouchon, il m’a été donné, aussi, de voir le spectacle encourageant et réconfortant qu’offraient les hommes de ma génération, qui, « croyant que c’était arrivé », se faisaient spontanément inscrire sur les registres ouverts à cet effet (briser la ceinture de fer), sans se soucier de leurs femmes et de leurs jeunes enfants.

(Georges Berthomme-Kesleau, Le Vétéran)

Tabac

d’Hautel, 1808 : Il ne prend pas souvent du tabac. Se dit en plaisantant d’un auteur qui ne multiplie pas les repos, les alinéa dans son ouvrage ; qui fait des chapitres de longue haleine.
On dit aussi dans un sens opposé, qu’il prend souvent du tabac, quand les alinéa y sont fréquens.

Delvau, 1866 : s. m. Ennui, misère, — dans l’argot des faubouriens. Être dans le tabac. Être dans une position critique. Foutre du tabac à quelqu’un. Le battre — de façon à lui faire éternuer du sang. Fourrer dans le tabac. Mettre dans l’embarras. Manufacture de tabac. Caserne.

Delvau, 1866 : s. m. Vieil étudiant, — culotté comme une pipe qui a beaucoup servi.

La Rue, 1894 : Ennui, misère : être dans le tabac. Coups : Passer à tabac, brutaliser, bourrer de coups. V. Passer.

Virmaître, 1894 : Misère.
— Je suis dans le tabac mistoufle (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Applaudissements, succès. Un artiste qui a des applaudissements, du succès, a du tabac.

France, 1907 : Danger. Il y a du tabac à noctambuler le long des fortifs.

France, 1907 : Dispute, bataille. Il y a du tabac dans la turne, on s’y chamaille, on s’y bat. Se foutre du tabac, se battre. Coup du tabac, effort, coup de collier. Donner à quelqu’un du tabac, lui donner de la peine, l’obliger à des efforts. Fourrer dans le tabac, mettre dans l’embarras. Ficher un tabac, pousser violemment ; jeu de mot sur à bas. Recevoir du tabac, être battu. Voici Le refrain d’une chanson de zouaves faisant allusion à la prise du col de la Mouzaïa :

À la Chiffa
À la Chiffa
Les réguliers ont reçu du tabac.

Tomber dans le tabac, tomber dans la misère, être dans la détresse. Passer de beigne à tabac, être roué de coups :

Nous, on est les pauv’s ’tits Fan-fans,
Les p’tits flaupés… les p’tits foutus
À qui qu’on flanqu’ sur le tu-tu,
Les ceuss’ qu’on cuit, les ceuss’ qu’on bat.
Les p’tits bibis, les p’tits bonshommes
Qu’ont pas d’bécots ni d’sucs de pomme,
Mais qu’ont l’jus d’trique pour sirop d’gomme
Et qui pass’nt de beigne à tabac.

(Jehan Rictus, Les Soliloques du pauvre)

Tapis du commandant de place

Merlin, 1888 : Les fortifications.

Tourlourou

Larchey, 1865 : Soldat du centre. — Forme du vieux mot turelureau, soldat de garnison. V. Du Cange. — Au quatorzième siècle, la turelure (prononcez toureloure) était une porte fortifiée, une sorte de château flanque de tourelles.

Si le tourlourou est solide sur l’école de peloton, il n’est pas moins ferré sur l’école de la séduction.

(M. Saint-Hilaire)

Delvau, 1866 : s. m. Soldat d’infanterie, — dans l’argot du peuple. Francisque Michel pousse une pointe jusqu’au XIVe siècle et en rapporte les papiers de famille de ce mot : turlereau, turelure, tureloure, dit-il. Voilà bien de la science étymologique dépensée mal à propos ! Pourquoi ? Tout simplement parce que le mot tourlourou est moderne.

La Rue, 1894 : Conscrit. Fantassin.

Rossignol, 1901 : Ce mot qui, en français signifie jeune soldat, a une autre signification peu connue, mais dont on se sert cependant ; il a été importé de la Nouvelle-Calédonie par les déportés et transportés. Tous les Canaques savent que Tourlourou veut dire dauffé.

France, 1907 : Fantassin. Le mot est peu usité maintenant ; il l’était fort de 1830 à 1850 lorsque les régiments étaient divisés en compagnies d’élite, grenadiers et voltigeurs, et compagnies du centre, fusiliers ; ces derniers étaient les tourlourous ; du vieux français turelureau, soldat gardant la turelure ou tourloure, château fort. Dans sa Physiologie du troupier, Émile Marco de Saint-Hilaire décrit ainsi le tourlourou : « Quand le Jean-Jean est passé de l’école du soldat à l’école de peloton, il possède ce qu’on appelle le fil — qui n’est pas celui d’Ariane — pour se reconnaitre dans le labyrinthe d’exercices, de marches, de contremarches et de corvées diverses, où sa nouvelle nature lui ferait courir le risque de se fourvoyer ; c’est-à-dire qu’il est arrivé à l’état normal de tourlourou. Dès ce moment il ne lui est plus permis de s’emmêler dans la manœuvre, car il est parvenu à ce degré d’intelligence qui s’oppose à ce qu’il fourre précipitamment sa baïonnette dans la poche de son pantalon, au lieu de l’introduire avec tranquillité dans le fourreau de cuir à ce destiné…
Au résumé, le tourlourou est bon enfant, coquet, farceur, généreux, courtois, déluré, intrépide et voluptueux ; c’est un lion à la mamelle un viveur en herbe, un gants-jaunes encore inédit, Bernadotte, Bessières, Brune, Junot, Lannes, Lefebvre, Murat, Rapp, et une foule d’autres que je pourrais nommer, ont commencé par être tourlourous, ce qui ne les a pas empêchés de devenir roi, prince, duc, comte, baron, et autre chose par-dessus le marché. »

Puis à travers les trognons d’choux
On voit des grands canonniers roux
Et de tout petits tourlourous
Qu’ont rien d’la veine,
Car, avec des airs triomphants,
I’s vont, avec les bonn’s d’enfants,
Dans les p’tits coins s’asseoir dedans…

(A. Bruant)

Turbiner

Vidocq, 1837 : v. a. — Travailler honnêtement.

un détenu, 1846 : Travailler.

Delvau, 1866 : v. n. Travailler.

Rigaud, 1881 : Travailler beaucoup, se donner beaucoup de mal.

Il y a des gens qui arrivent avec une mise de fonds de dix francs, turbinent toute l’après-midi et font dix opérations pour gagner quarante sous.

(Le Figaro, du 30 nov. 1878)

Boutmy, 1883 : v. intr. Travailler avec activité.

Merlin, 1888 : Synonyme de pivoter.

France, 1907 : Se prostituer.

— T’es marié ?
— Q’t’es moule ! j’suis bien trop gosse !… La vrille aussi est trop « loupiotte » ; elle n’a que quatorze « bergues ».
— Elle turbine ?
— Pas encore ; mais je la forme !

(Dubut de Laforest)

On dit aussi dans le même sens : turbiner sur le bitume.

Ne dites pas de mal des mômes qui turbinent sur le bitume, jeune homme. vous ne savez pas ce que vous deviendrez un jour…

(Edmond Lepelletier)

France, 1907 : Travailler de quelque façon que ce soit, mais péniblement.

On était voisins, on taillait des bavettes, le soir, dans la rue, avant de s’aller fourrer dans le dodo ; on en disait de roides, naturellement ; on se sentait pincé l’un pour l’autre, mais là, pincé ! sérieusement ; bref, on se colla. — Puis, reconnaissant le tort qu’elle avait fait à son mari en ne lui apportant pas une bonne dot, comme une jeune fille du monde chic, Chloé s’est mise à turbiner.

(Montfermeil)

À quinze ans, ça rentre à l’usine,
Sans éventail,
Du matin au soir, ça turbine,
Chair à travail.
Fleur de fortifs, ça s’étiole,
Quand c’est girond,
Dans un guet-apens, ça se viole,
Chair à patron.

(Jules Jouy)

Uzerche (maison à), château en Limousin

France, 1907 : La situation naturellement fortifiée d’Uzerche, autrefois la seconde ville du bas Limousin, située sur une colline escarpée au pied de laquelle coule la Vézère, a donné lieu à ce vieux dicton.

Versailleux

France, 1907 : Nom méprisant donné par les partisans de la Commune de 1871 aux troupes dont l’état-major se trouvait à Versailles.

Les troupes de Versailles, entrées dans Paris pendant la nuit, se déployaient en éventail, en longeant les fortifications. Ce ne pouvait être que l’affaire de quelques heures. Avant la fin du jour, le quartier se trouverait délivré.
Jean Norval passa outre, et haussant les épaules. « Délivré ! » Ce mot le frappait dans la bouche du concierge. « Paris délivré par Versailles ! » Il fallait que cet homme eût bien peur pour parler ainsi, lui qui, la veille encore, ne tarissait pas en insultes contre « ces salauds de Versailleux ! »

(Hugues Le Roux)

Zériba

France, 1907 : Enclos palissadé et parfois fortifié ; mot arabe rapporté par les soldats d’Afrique. Dans les Soudan, les zeribas servent à parquer les noirs capturés dans les guerres ou les chasses à l’homme.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique